‹ Histoire de l'Eglise de BrouChapitre 15 sur 40 · HISTOIRE. S · texte numérisé non relu

HISTOIRE. S

« que le dict dôme et ce qui est dessus (1). » Au moyen de la citation qui précède on peut , jusqu'à un certain point, se représenter la structure et la forme primitive du clocher de Brou. Cet 'amortissement extrêmement rare se retrouve d'une manière à peu près identique au befifroi d'Arras, construit à la même époque que celui de Brou, ce qui nous parait être une preuve de plus de Torigine flamande de notre monument. L''estinuft>le historien de notre département, M. de la Teyssonnière, nous a fait remarquer que les quatre pfliers de la croisée de Téglise de Brou sont beaiicoup plus massife que les autres, et que leur dimension est la même depuis leur base jusqu'à la hauteur des combles. Cette circonstance lui fait conjecturer que, suivant l'idée première de Tarchitecte, le clodier devait être placé à rentrée du chœur, à TinlerseCtion des deux branches de la croix. On ne saurait disconvenir que cette disposition eût été préférable à celle qui Ta fait reléguer dans le renfoncement sud-est de la croisée. Nous avons eu déjà roccasion de remarquer que ce clocher, construit en mauvais matériaux, se

(1) Rapport judieîel des roÎDes de Féglisc ot couvent de Brou, et des réparations qu'il y faut faire, par- devant BIM. le lieutenant, procureur du roi et les syndics de la ville de Bourg. Du 15 may 1659. (Archives de TAin).

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détériora promptement et absorba, par les réparations fréquentes qu'il dananda à diverses époques, des sonunes qui auraient pu suffire à Fentretien de l'édifice tout entier.

Les Augustins déchaussés prireut le parti de faire démolir le dôme et la lanterne. Ils firent reconstruire le dôme et placèrent au-dessus une pyramide ou flèche en bois , recouverte extérieurement de ferblanc. Cette opération, àelle seule, coûta 18,790 fr.

On a peine à concevoir aujourd'hui à quel d^é de délabrement et de ruine notre basilique était arrivée, alors que les Augustins déchaussés en opérèrent la restauration. Les voûtes de la nef, celles des bas-côtés, entièrement détériorées par suite de l'infiltration des eaux pluviales, furent Tobjet de leur attention et de leur sollicitude. Une citation, que nous empruntons au rapport des experts lyonnais, donnera au lecteur une idée exacte de Tétat alarmant dans lequel se trouvait cette partie essentielle de l'édifice :

« Dans la nef du côté de bize et contigu à la chapelle des seigneurs ducs de Pont-de-Yaux , la ditte voûte est altérée conune les susdittes, et même la voûte qui est au-dessus de la gallerie qui est entre la ditte nef et la chapelle de madame la princesse fondatrice; la voûte au-dessus l'oratoire de Ina ditte princesse est aussi altérée comme les susdites.

« Ont aussi reconnu que, dans Tangle de la chapelle de ma ditte dame, la voûte qui est au-dessus des augives en forme de pendant est en partie pourrie, et les eaux qui ont pénétré au travers d'icelle voûte ont rayé de haut en bas, terni et verdi partie de la sépulture de la dicte princesse fondatrice, même le doubleau qui sépare la dicte chapelle du dict oratoire, duquel il y a quelques pierres qui sont brisées, le tout causé par les eaux.

a Dans l'autre nef du côté du vent, dans la seconde, troisième et quatrième voûte d'icelle jusqu'à la ditte croisée, il y a semblables humidités et altérations, procédées par même cause.

tf Dans les chapelles à côté de la ditte nef, les quatre voûtes d'icelles sont semblablement altérées par la même raison que dessus.

tt Les deux voûtes qui sont tant en la chapelle de Notre-DameHle&Sept-Douleurs, autrement appelée de TAbbé, sont semblablement altérées par la même cause que dessus.

<c Le parapel qui est au-dessus de la cloison de la continuation de la ditte nef et partie du chœur de la ditte église est en partie ébranlé et rompu.

« La voûte sur la galierie qui va au chœur est altérée comme les autres cy-dessus.

« A été semblablement reconnu qu'en la voûte

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de la chapdie dodii prieur, il y a quantitéde corruptions; même eu la vitre de la ditte diapelle^ du côté de vent, la clef de Farcade s'est démise de sa place, et est nécessaire remettre icelle (1). »

Nous nous bornerons à ces détails que nousavons jugé à propos demaiti(Hmar pour donner une idée de la décadence hâtive du monument de Brou et des sacrifices que les Augustins déchaussés durent faire pour lui rendre sa forme et sa solidité primitives.

Les dépenses extraordinaires que firent les Augustins de France les réduisirent bientôt à un état de gène analogue à celui qui avait contraint leurs prédécesseurs à renoncer à la donation de la princesse fondatrice^ Les prévisions des experts, relativement aux frais que devaient nécessiter les réparations, s'élevaient à la somme considérable pour le temps de 45,000 livres.

« Toutes les réparations descriptes dans le présent (< rapport, disent-ils, ne se peuvent faire à moindres « frais et despences, ainsi qu'avons jugé à propos tt et raisonnable, à moins de quarante-cinq mille ce livres (2). »

Cependant les Augustins Lombards , récemment

(1) Rapport judiciel des raine» de l'église et du eouveat de Brou, 15 may 1659. (Archives de l'Ain).

(2) Rapport judicie! des ruines de Téglise et couvent de Brou, 15 may 1659. (Archives de rAin).

dépossédés de Téglise et du monastère de Brou, comptaient dans leur communauté plusieurs membres originaires de la Bresse et des provinces voi*siiies. Ces derniers, nous l'avons vu, n'avaient consenti à la cession faite aux Atigustins de France qu'en formulant une sorte de protestation, mécontents qu'ils étaient de la seule alternative qui leur fût laissée d'abandonner leur patarie ou de passer sous l'autorité d'une congr^tion étrangère. L'un d'entr'eux, le père Chérubin Colliod, esprit âpre et turbulent, intenta, par-devant le parlement de Dijon, un procès qui suscita aux Dédiaussés beaucoup d'inquiétudes et de tracasseries. Ils se virent de nouveau obligés de recourir à Tintervcntion du roi de France et du pape.

Louis XIY donna, en 1662, de nouvelles lettrespatentes par lesquelles il les confirma dans la possession du couvent et des biens en dépendants. Alexandre VII, de son côté, publia en leur faveur un bref tendant aux mêmes fins. Le parlement de Dijon enregistra ces deux titres qui réduisirent définitivement le père Colliod et ses adhérents à la soumission et au silence. Depuis lors, les Augustins déchaussés jouirent paisiblement du couvent et des biens qui en dépendaient jusqu'au moment de la suppression de tous les ordres religieux.

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L'histoire de l*église de Brou serait incomplète, si nous passions sous sUence les privilèges, indulgences et autres faveurs spirituelles dont elle a été dotée par les souverains pontifes , ainsi que les faits miraculeux que la tradition attribue à l'intercession de saint Nicolas de Tolentin, son patron .

Dans cette digression, nous ne nous écarterons pas de la ligne que nous nous sommes efforcé de suivre, c'est-à-dire que nous ne rapporterons rien qui ne soit revêtu d'un caractère authentique et en quelque sorte officiel.

Marguerite d'Autriche avait envoyé à Brou une copie du tableau de la Vierge, qui se trouve à Rome, dans l'église de Ste-Marie-Majeure, et qui passe pour être l'ouvrage de l'évangéliste saint Luc.

Ce tableau futappendu, en 1532, au-dessus du maltre-autel, place ordinairement réservée à l'effigie du patron principal d'une église. A cette circonstance est due la dénomination de Notre-Dame de Brou qui, une fois consacrée par l'usage, s'est per- ^létuée jusqu'à nos jours , bien que le patron de cette église soit, ainsi que nous avons eu souvent occasion de le dire, saint Nicolas-de-Tolentin. Dans ce tableau, le personnage principal, la Vierge Marie, était environné de sept médaillons, sur l'un desquels on lisait la singulière phrase que voici :

Comment les démons gardent le corps de Néron sous un noyer.

Nous avons retrouvé l'explication de ces bizarres paroles dans les papiers provenant des Augustins, et nous la rapporterons ici textuellement, parce que la cause ou l'origine des privilèges et indulgences accordés par les souverains pontifes à l'église de Brou, se trouve liée au fait qui est le sujet de cette légende (1) :

(1) Causa fabricationis ecdesi» Domina? nostr» de Populo hsc est : Tempore Paschalis secundi, summi pontificis, ubi nonc et aitare majus in dicta eccle-sia, erat quœdam arbor nucis alias in altitudine prœcellens, in qua Dœmones corpus Neronis custodientes latitabant. Qui, omnes transeuntes per portant Flamineam trucidabant penitus et suiFocabant. Hoc audiens SS. Papa prsedictus omni indixit populo jejunium et ipse cuai clero in oratione persistens, dévote supplicando ut Deus et beata Virgo dig;narcntur populum romanum a tam immanissima et terribili peste liberare, ac ut placeret quid faciendum esset, miscricorditer rerelarent, cam tertia nocte apparuit bcata Virgo bis alloquens verbis : a PascbaUs» cgredere ad locum qui Flaminea porta vocatur, juxta quam repcrics nucis aiborem alias arbores magnitudine prsBcellentem, quam prtecidere faciès et penitus eradicare> et in eodem loco, meo nomine eeclesiam fabricare. » Qui cùm evigilasset, ad locum prsdictum accessit, et congregatamultitudine populi et deri ac prelaiorum processionnaliter dictam arborcm prœcepit incidi atque eradicari. Mox ut eradicata extitit, omnis Dsmonum nequitia fîigata fuit ; ubi ipsc pontifex manibns propriis altare iîindavit, quod in ejus conseeratione supra dietis reliquiis insignicns indulgentiis privilegiavit.

Le Bullaire augustinicn résume ce fait dans les termes suivants :

Pascbalis secundus eeclesiam sanctœ Maris de Populo œdificavit

a fiindameniis , defossis eodem loco ossibos Neronis et ia Tiberim

projectis, ut esset rcfugii locus populo romano apud Détim, ubi prius

Dsemonum insîdiis vexabatur.

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« Voici la cause de la construction de Tégiîse de Notre-Dame iel Papolo : sous le pontificat de Paschai n , dans le lieu même ou se trouve actuellement le maltre^utd de cette église , il y avait un noyer d'une hauteur prodigieuse qui servait de retraite à une troupe de démons qui gardaient le corps de Néron et qui massacraient ou étran^aient tous ceux qui passaient par la porte Flamine. Instruit de ce fait, le pape Paschal II, après avoir prescrit un jeûne général , se mit en prière avec son clei^ , invoquant dévotement Fassistance de Dieu et de la Vierge Marie, pour délivrer le peuple romain d'un aussi horrible fléau, et lui su^érer ce quHl devait faire. La Inenheureuse Vierge Marie , lui ayant apparu en songe la troisième nuit, lui paria ainsi : Paschal, allez à la porte Flamine, vous trouverez dans le voisinage un noyer dont la hauteur l'emporte sur celle de tous les autres arbres qui l'avoîsinent; faites-le couper et enlevez-en jusqu'à la dernière racine^ et à la place qu'il occupe vous ferez construire une église en mon nom. — ^Le pape s'étant éveillé convoqua le clergé et les prélats , et, suivi d'une foule innombrable de peuple , il vint en procession au lieu désigné , fit couper et arracher le noyer; incontinent toute la malice des démons fut dissipée. Le pape posa lui-même de ses prc^res

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mains les fondations d'un autel que plus tard il consacra et enirichit de reliques précieuses et d'indulgences. »

n se rencontre parfois certains faits qui, au premier abord, semblent absurdes et puérils, mais qui prennent cependant quelque consistance, quand on remonte à Torigine ou à la cauae qui leur a fait prendre place dans les croyances d'une époque. Au nombre de ces faits est celui que nous venons de ra^erier. Nous dirons d'abovd que notre légende a sa racine dans les écrits de l'historien le plus grave et le plus sérieux du monde payen : Pons Milvius^ dit Tacite, in eo temjpore celehris noctumis ille-^ Gebris erat : ventitabatyue illuc NerOy qua $olu* iius urbem extra lasciviret (^IJ. Remarquons 4** que la porte Flamine est située près du Pont Milvius au^ jourd'hui Ponte Mole; 2^ que l'idée des sortilèges, dont ce lieu passait pour avoir été le théâtre ,. ap« partei^t au paganisme et était dévoue traditionnelle^ 3** que la mémoire de Néron était si exécrable que ^ dans les premiers siècles du christianisme, il passa pour avoir été l'Antéchrist (2)- Enfin, le psalmiste ayant dit que Dieu garde les âmes et les ossements des saints, ctistodit animai ^ando--

t«) AtmMm Tteili, lift. 4ftl.

(2) 2« Eç.âdThcasaK— (^tt5fM«f.,lib.20, DpnyiVafrA)^», c^p. 19).

rum êuorum (Psalm. 96, y. 10); cuHaiiî daminus omnia ossa eorutn (Psalm. 38, v. 21 .), on a pu par analogie penser au XI* siècle que, de son côté, le démon gardait les âmes et les corps des damnés.

Lorsque l'église de Notre-Dame del Popolo fut achevée, le pape Pascal lui conféra un grand nombre de privilèges et d'indulgences qu'augmentèrent encore ses successeurs, notamment Grégoire IX, 6oniface VIE, Nicolas III, Innocent IV et Innocent VIII ; Sixte lY les étendit depuis à toutes les églises et à tous les monastères de la congrégation de St-Augustin de l'Observance. Un titre, conservé aux archives de l'Ain , nous apprend que Jules II , par un bref spécial, accorda toutes ces indulgences à l'église de Brou.

Le tableau de Ste-Marie-Majeure resta fixé audessus du maître-autel jusqu'en 1S74, époque à laquelle il fut remplacé par celui que l'on voit aujourd'hui dans la chapelle de Gorrevod et qui représente saint NicolasKle-Tolentin entre saint Augustin et sainte Monique. Ce fut sous les auspices du cardinal Antoine Perrenot de Granvelle et par un artiste attaché à sa maison que fut exécutée cette toile, destinée à l'ornement du maître-autel , ainsi que le témoigne l'inscription placée au bas et ainsi conçue :

€c Divus Carolus quintus, imperator invictissimus, « hœres serenissimae D. Mai^ariteB Austriœ, dure cessas Sabaudiœ, comitisssB Burgundiae, ex legato <c ejusdem in hac ecclesia quam suaB sepulturœ elea git, ab ea fundata, hase tabulam, omamentum t( altaris maoris procurante ill"* ac rev*^ Antonio tf Perrenot S. B. E. cardinale Granveliano, pro rege « neapolitano, erigendam curavit 1574. » Nous avons trouvé, dans le Dépôt qui nous est confié, une lettre du cardinal de GranveUe qui renferme quelques renseignements au sujet de ce tableau. Ces renseignements sont accompagnés de détails qui s'appliquent à la personne de cet homme d'état qui a laissé un grand nom dans la diplomatie, la science et les arts (1). (Voir aux Documenté).

(1) Antoine Perrenot, cardinal de GranveUe, no à Besançon le 20 août 1 517, fut destiné aux ordres et de bonne heure initié aux affiûres par le chancelier Nicolas Perrenot, son père, qui le mena avec loi au colloque de Wonns, à la diète de Ratisbonne. Nonuné évéque d'Arras en 1540, il fut député par Charles-Quint au Concile de Trente, et y prononça une harangue qui lui valut la charge de conseiller d*état. Bans la fameuse séance où l'empereur abdiqua en faveur de Philippe U, son fils, GranveUe porta la parole au nom de ce dernier à qui la langue flamande n'était pas famiUère. PhiUppe U le plaça auprès de sa sœur Marguerite, duchesse de Panne, gouvernante des Pays-Bas ; il prit part à une foule de négociations importantes, et notamment à ceUes qui se terminèrent par le traité de Cateau-Çambresis (1559). Nommé en 1560 à l'archevêché de Malines, il obtint l'année suivante le chapeau de cardinal. La confiance absolue que lui accordait la gouvernante des Pays-Bas suscita contre lui la jalou-

Plus d'une fois, dans le cours de ce récit, nous avons parlé des nombreuses épidémies qui, prînci-

sie et les plaintes des seigneurs flamands. N^approuvant pas les moyens rigoureux mis en usage par Philippe H pour rétablir Tordre dans les Paya-P^, il fit ag^r à U ducheaae le projet qu'il anoât de se retirer dans sa patrie. 11 revint en effet à Besançon, accompagné du fameux Juste Lipse qui, ayant été son secrétaire, était resté son ami. lii il se livrt ai| c«H« des lettres et de$ aile, s^na «eeser foutefois de prendre une part active aux affiiires politioues.

En 1665, n assista au conclave où Pie Vfiit m pape. Cinq ans après il frit chargé 4f ^ég (icier mte lepentiie et les yiuâàkfnts un inité contre les Turcs. Nommé vice-roi de J*(aples, la sagesse de ^n administration le rendit cher aux Napolitains. Remplacé dans ce poste ^mporliipl, il ae déiasanit a Bf^me ie la Mffie du gQvvemeiveiit, leitkqu*il fut mandé à Mad|*id par Philippe 11, « pour kû aider à porter le faix dev affaires dont le déswi^ê ne pouvait phu être arrêté par de» génàee ^^édiocree. » £n 158^i il fcbip^B^ rarehevBché de MaUnes contre celui de Besançop où il avait Tintentioi) de finir ses joqrs. Cette intention ne fut pas rédfséc , car il mourut à Madrid, le fti septembre 1586 , l(gé de ^ ans. Suivnat ses dernières yoleotés, son corps fiit rapporté à Besançon et inhumé dans le caveau de sa famille, aux Carmes de l'ancienne Observance.

« Aucun ministre, avant lui, n'avait fait plus en faveur des lettres et des arts. Il faudrait une longue liste pour citer sevdement les nems des littérateurs, peintres, graveurs et dessinateurs q«*â soutînt de sa munificence et dont il sut exciter on récompenser les tnrvaux. Nous avons déjè parlé du câM>re fondateur de fUniversité de Deoai, P. Richarde, qui lui succéda sur le siège d'Arras, et de faste Lipse, qui le suivit à Besançon dans sa retraite.^ Il était l'intime ami du cardinal Sadolet, l'un des premiers littérateurs du XVI« siède ; les Aides, qui furent en Italie ce que les Estienne furent pour la France, reçurent de Granvelle de nombreuses marques d'encouragement. On sait que ce fut à l'instigation, sous les auspices et en partie aux irais du cardinal, que le fiameux Plantin, d'Anvers, donna son édition de la Bible polyglotte, ce chef-d'œuvre de typographie ; qo*fl publia les œuvres de Théophraste, la Somme de saint Thomas, et bien d'antres ouvrages très recherchés aujourd'hui. Les poètes de

paiement au XVr siècle, affligèrent la viHe de Bourgs A cette époque, Thygiène publique était encore à naHre } les maisons diétivefs et humides qui^ à partir de leur premier étage, faisaient saillie sur les rues étroites et fangeuses (ce ne fut qu'en 1638 que Ton commença à les paver) , interceptaient à la fois la

Gambara et Michel Toxîta, lesénidîts Etienne Pighius et Pierre Naniriiis, l'anâqtiaini Fvlvio Onino «t le s«Taiiti«i*oine Lnlle «taienl au nombre de ses protégés. Suffiride Pétri, qui publia plusieurs classiques inédits, était son bibliothécaire ; les Francs-Comtois, Anatole Dosbwres, do Salins» gantUfaoïnme de la ehamiyre de Tempeiteiv, auteur d*un éloge de Charles-Quint et d'un traité de mathématiques ; Antoine Gamier, de Besançon, d'abord secrétaire du cardinal, puis de l'empereur dont il éorlvit aussi la vie ; lean de Mppeloi et Jean de Gillcy, qui dédièrent chacun un poème à Granvelle ; un autre de ses secrétaires, Louis Marchant, de Salins, qui traduisit en français phimeun vies de Pfaitarqte 3 bien d'autres eQân q«*i| aeie4t trop long de nommer, lui devaient, soit des pensions, soit des places, soit des distinctions honorifiques.

« Granvdld aimait et cultivait avec prédilection rii^troiioinie, la physique, la médecine et toutes les sciences naturelles connues de son temps. Des relations étroites l'unissaient avec l'alchinuste Nie. Gnîbert, dont il partageait quelquefois les travaux. Bon gdiït pour les antiquités était tel qu'il employait un grand nombre d'artistes, en Italie et en Sicile, à les rechercher et à les dessiner. On sait que c'est le eardiaal qui fit desûiier et pubMer à mi fimis, par le peîB-* tre Sébastien d'Oya et le graveur Jérôme Cock, les magnifiques thermes de Dioclétien ; et Ton peut dire que presque tous les savants, littérateurs et artistes de l'Bwope, se sont trouvés en rapport avec ce grand homme et ont été encouragés par ses faveurs ou honorés de son amitié. On compte plus de cent ouvrages que leurs auteurs lui ont dédiés. »

[Extrait de la notice préliminaire sur la collection Granvelle, par Charles Weiss, bibliothécaire de Besançon),

circulation de l*air et l'action assainissante du soleil ; Tusage d'ensevelir les morts dans les églises et de plaoer les cimetières à la porte et même dans Tintérieur de la ville; les eaux qui croupissaient dans les vastes fossés creusés autour des remparts; les passages fréquents des troupes, la guerre, la disette : telles sont les causes qui nous paraissent expliquer Texistence permanente de ce fléau. La foi était vive alors, et comme il y avait peu de secours à attendre de la science médicale, c'était au ciel que l'on demandait soulagement et guérison.

Dans la première partie du XVII* siècle (1628), la peste reparut plus menaçante que jamais à Lyon.

Les précautions et les mesures prises par Fautorité, le zèle des médecins et des religieux minimes voués au salut des pestiférés ne purent arrêter les progrès de la contagion. Le deuil et le désespoir régnaient dans la ville. En cette cruelle situation, les membre» composant le bureau de la santé ne virent d'autre voie de salut que dans Fintervention toute puissante du saint patron de Brou. II n'était bruit alors que des miracles nombreux et éclatants opérés par son intercession. Les pains bénits, dits de StrNicolas, étaient au loin considérés comme un préservatif et même un curatif de toutes les maladies épidémiques et notamment de la fièvre. Chaque année, le 10 sep-

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tembre , jour de la fête de St*Nicolas , ces pains étaient distribués gratuitement au public. Le concours des fidèles qui venaient s'en approvisionner était si considérable que , malgré Texiguité de ces pains gros comme une noix, on y employait vingt coupes de blé. Les religieux de Brou en tenaient toujours en réserve pour les cas et les demandes extraordinaires. A la requête des membres du bureau de la santé, le R. P. Dahnace d'Avigliane, alors prieur de Brou ^ fit parvenir à Lyon une grande quantité de ces pains (1). Il résulte d'un document que nous allons faire passer sous les yeux du lecteur que la peste céda à l'efiicacité miraculeuse des pains de St>Nicolas. Trois députés de la santé arrivent de

(1) <( Du septicsme novembre après midy mil six cent vingt-huict.

« Au bureau de la santé y estants,

« Messieurs de Silvecane, Melier, de Charly, Marcellin, Mizauld, de Coddeville, Roy, Coquel, Duplomb et Ballot, commissaires depputez pour le faict de la dicte santé en ceste ville de Lyon.

fc Lesdicts sieurs délibérant sur la proposition cy-devant faictc? concernant la lettre du R. P. Balmace, prieur de Nostre-Dame de Brou-lez-Bourg-en-Bresse, pour les dévotions et miracles qui se font en vertu du pain^benist soubs le nom de sainet Nicolas de Tolentin en la dicte esglise, ont arresté qu'il sera faict un vœu par les dicts ^ieurs, affin qu'il plaise à Dieu, par Tintereession de la bien heureuse Vierge et du dict St-Nicolas, de nous préserver du mal contagieux, lequel vœu sera rendu par deux des dicts sieurs, sçavoir les dicts sieurs Silvecane et Coddeville, sitost que les chemins seront libres pour y aller et y porter un calice et platine d'argent dcsdié pour l'autel du dict St-Nicolas, aux frais et charitez des dicts sieurs.

Signé Gatan, commis.

S82 ÉGLISE DK BROU.

Lyon à Brou, « poim rendre grâces a Dieu du bé-

NÉFICB ET SOULAGEMENT QU'lLS ONT RBCEU. i» A Toffer-

toire d'une grand'messe célébrée par le R. P. Dalmace, ils présentent un calice d'aiigent, du poids de 4 marcs, gravé aux armes de la ville de Lyon : en témoignagede la reconnaissance deshabitants. Après la célébration de cette messe solennelle, à laquelle assistent « plusieurs gentilshommes, personnes qualifiées et notables de la dicte ville de Boui^, ayant les dicts sieurs depputez Caict leurs prières et cornmtmion (ainsi qu'est accoustumé en telles soiennitez) , » on rédige de la cérémonie le prooèsKverbal suivant, dont nous reproduisons le texte fidèle :

« Extraict du verbal faict à Messieurs les députez delà santé de Lyon de Cojfrande à StrNicolas de Tolentin,

a Alexandre de Falaise, seigneur et baron de Perroges, conseiller du roy au bailliage et siège presidial de Bresse, sçavoir faisons que ce jourd'huy treziesme de juillet mil six cent vingt neuf, estant dans l'église de Brou» près la ville de Bourg, se seroient adressez à nous, noble Jehan de Silvecane , conseiller du roy en la seneschaulcée et siège presidial de Lyon, sieur Anthoyne de Coddéville, bourgeois du dict Lyon, et Armand Rochette, marchand drappier an dict Lyon, lesquels nous auroient remonstrë qu'en suite d'un vœu faict au mois de novembre dernier par Messieurs du bureau de la santé du dict Lyon au dict St-Nîcolas de Tolentin pour le prier d'intercéder envers Nostre Seigneur d'apaiser Tire et fléau de la peste , de la quelle la dicte ville de Lyon auroit esté griefi^ement affligée, ils auroient

esté commis des dicts sieurs de la santé pour vemr rendre le dict vœu, et offiîr un calice et plattine d'argent doré et gravé d'ouvrage d'orfèvrerie, et faire rendre grâces à Dieu du soulagement et bénéfice qu'ils en ont receu. Ainsi qu*en nostre présence, et de plusieurs gentilshommes , personnes qualifiées et notables de la dicte ville de Bourg, ils ont faict et délivré le dict calice et plattine a ToffiraiDde qui s'est faiete au saorifiee d'une grand'inas&e célébrée à c^ste intention par le révérend père Nicolas Dalmace d'Aviglîane, lecteur en saincte théologie, prédicateur et prieur du dict couvent et les religieux d'iceluy de Tordre de aainct Augustin de la congrégation de Lombardie^ y aiyant.les dicts sieurs depputez faict leurs prières et communion (ainsi qu'est accoustumé en telles solemnitez), après une procession et prédication préalaMeniaiil faÎQtes, De quoi ils nous ont reqiùâ le présent verbal pour servir et valoir ce que de raison. Faict en présence et assistance de noble Jehan Dupré, conseiller du roy et receveur g*^ des tailles en Lyonnois, noble André Gesson, eons«' du roy et esleu en l'eslection de iyonoois, noble Jacques Du Pré^ cotis^ du n^ et son receveur ea Bresse, et maistre Pierre le Loup et Augustin Saddet, advocats au dict siège de Bourg ^ lesquels ont tous sigOBsi avec les dicts s" depputez à l'original du présent verbal, demeuré rière le greffe du bailliage de Bresse, et signé Bru«bet, greffier. » (Archives de l'Ain).

Nous trouvons dans les papiers des Augustins le fait que nous venona de rapporter, reproduit (Xtfnme il suit:

(c His addere supervacaneum non dveimus nobiles quos* dam cives lugdunenses anno i6âB, peste in eorann urbe grassante ao omnia pêne in sditudinem redigente, calieem argenteum ponderis marearum quatu(»r in ciyus pede insignia eorum visuntur ex voto in honorem sununi Dei et

divi etiam suiNicolai Tolentinatis (tune pnesertim glorla miraculorum^ ac sanitatum gratia gloriosi), cum gratiarum actione dono dédisse. » (Liber recordationum. Archives de J'Ain).

Des circonstances analogues firent que l'année suivante les syndics de Bourg imitèrent l'exemple des échevins lyonnais. La peste s'étant manifestée dans tous les environs de Bourg, et commençant déjà à sévir dans l'intérieur de cette ville, les sieurs François Gauthier et Abraham Magueret, alors syndics, firent dans l'église de Brou, en présence des habitants, le v(Bu suivant que nous trouvons consigné comme il suit dans les registres de la municipalité :

(( C'est le vœu faîct par les soubsignés le dymanche vingthuitiesme janvier mil six cent vingt neuf, dans Fesglise Nostre Dame de Brou, devant l'autel de sainct Nicolas de Tolentin, à la grande messe célébrée par le vénérable messire Claude Daplomb, docteur en saincte théologie, prévost et chanoine en Tesglise Notre-Dame de Bourg, assistants tout le clergé et le peuple du dict Bourg :

« Nous, François Gauthier et Abraham Magueret, syndicqs de la ville et présente paroisse de Bourg, poiu* et au nom de tous les bourgeois et habitants de la dicte ville et paroisse, corps et membres d'icelle, et à ce qu'il plaise à Dieu, tout puissant et tout bon, délivrer a présent et préserver à Fadvenir miséricordieusement nous et noz successeurs de tout mal pestilentiel et contagieux par les prières et intercession du glorieux sainct Nicolas de Tolentin.

(c Vouons très humblement i sa dicte maiesté de chômer et solenniser dans ceste dicte paroisse, tous les ans, à perpétuité, le jour et feste du dict glorieux sainct Nicolas de

de Tolentin qui tombe le dixiesme septembre, et de venir annuellement ce mesme jour-là, en procession générale avec tout le clergé et tout le peuple, dès l'église collégiale et parrochiaUe Nostre-Dame du dict Bourg jusques en ceste esglise conventuelle J^ostre-Dame de Brouz, et assister dévotement au sainct sacrifice de la Messe qm s'y dira solennellement par Messieurs les chanoines de la susdite esglise collégiale et comme curés de ceste paroissiale , en offrant par nous et par nos successeurs syndicqs, après l'Evangile de la dicte messe deux flambleaux ou deux torches de cyre pure, du poids chascune de trois livres.

« Le tout pour estre ainsy gardé et observé annuellement et perpétuellement par nous et noz successeurs, de temps en temps et de siècle en siècle, à la gloire du grand Dieu, au quel nous faisons ores avec toute humilité le présent vœu et en l'honneur de son dict bienheureux serviteur, sainct Nicolas de Tolentin, aux prières et mérites duquel rious avons recours et confiance particulière, que par son entremise et intercession, le mesme bon Dieu nous délivrera en ce temps et préservera à Tadvenir du fléau de peste et nous sera favorable en toutes nécessités publicques.

« Que si néantmoins (ce que Dieu ne veuille permettre) que pour dangier de guerre ou autre grand et imminent péril, le clergé et le peuple ne peust sortir hors de la ville processionnellement au dict jour et feste sainct Nicolas de Tolentin, la mesme procession, incluse dans notre vœu, se pourra faire au dict jour par les esglises qui sont dans les murs de la dicte ville, comme les autres processions générales, et le sacrifice de la saincte messe se célébrera au grand autel de l'esglise parrochiale en l'honneur tousiours et commémoration du dict sainct Nicolas, l'offrande toutes fois des dictes deux torches réservée aux BR. PP. Augustins du dict Brouz.

« Ainsi le vouons à la divine maiesté, implorant dévo-

tement Taide et secours du dict glorieux sainct Nicolas de Tolentin.

a Signé F. Gauthiib, Abraham MAOi;EEBT(i). »

Déjà le lecteur a été prévenu que le document que nous venons de faire passer sous ses yeux est textoeUement emprunté à une délibération de la municipalité de Bourg, datée du 28 janvier 1629. Nous devons ajouter que, dans les délibérations suivantes, il n'est fait aucune mention de la peste, circonstance à Tappui de la tradition qui a depuis lors attribué la disparition du fléau à la protection miracideuse du saint patron de Brou. Les syndics et le conseil de la ville, en témoignage de leur reconnaissance et pour perpétuer le souvenir de Tinsigne feveuf qu'ils avaimt obtenue de St-Nicolas-de-Tolentin , firent exécuta le tableau qui est placé aujourd'hui au c6té gauche de la porte du chœur, sous le jubé. Cette toile, peinte dans le style de Tépoque, reproduit l'effigie du Saint, et dix médaillons placés sur chaque câté retracent les principaux miracles dont ses légendaires lui font honneur. Au bas du tableau , on lit cette inscription commémorative :

« De ce glorieux saint la faveur mantpeste « a la ville de bourg garanti de la peste. *

(1) Rei^tres do rhô*cl-de-villp de Bourg, 1629.

A la môme époque, les villes de Nantua et de Sa* lins eurent recours à rinteroesskm de St*Nicolas et échaf^èrent à la contagion. A l'exemple de Lyon et de Boui^, dies témoignèrent de leur recomudssance et de leur piété : la première, par le don d'm fort beau calice; la seconde, par la fondation à perpétuité d'une messe que l'on célébrait tous les ans à Brou, le jour de StrRocb. Nous ne parlerons pas des miracles opérés par les deux épines de la couronne de Jésas^CSirist, envoyées par Jnles II à Mar-^ guérite d'Autriche; nous renvoyons pour ces détails à VHiëioire hoffiologifue du dépariemenide l'Aùi^ de M. le chanoine Depéry (article St-Nicolas*de- Tdentin).

Les Augustins français, devenus paisibles posses* seurs du monastère, s'appliquèrent soigneusement à améliorer les biens du couvent, que leurs pnédécessenrs, étrangers aux usages de la contrée, avaient entièrement négligés. Une notable augsien^ tation dans leurs revenus fut la récompense de leurs travaux et de leurs sacrifices. Des fondatiotis par* ticulières, des legs pieux vinrent encore accroître leurs ressources. 11 est vrai que, préoccupés exclusivement de remédier aux d^radations incessantes du monument, ils négligèrent les travaux intéllee^ tuels. Durant l'espace de i30 années environ qu'ils

288 ÉGLISE DE mou.

ont occupé le monastère, la science et les lettres ne leur ont été redeyables d'aucune production. Habiles à se ménager les sympathies populaires, ils surent aussi se faire des amis puissants. C'est ainsi qu'en 4759 le monument dont ils avaient à grands frais assuré la conservation un siècle auparavant, nécessitant de nouveau des réparations considérables, ils obtinrent des trois états de la province de Bresse des secours proportionnés à leurs dépenses. La toiture primitive de l'église subit alors une transfor* mation complète; elle fiit remplacée par celle à la Mansard que Ton voit aujourd'hui. Pour opérer ce changement, il fallut élever les murs de l'église de six pieds sur le sanctuaire et de quatre sur toutes les autres parties de l'église. On restaura les trois frontispices ; on changea tout le système d'écoulement des eaux, eu donnant aux gargouilles et aux chéneaux une forme et une direction nouvelles. Le clocher exigea aussi de coûteuses réparations; il fallut changer le beffroi et revêtir la flèche d'une couverture neuve en fer-blanc. Ces diverses répararations s'élevèrent à 40,000 écus.

L'église était entièrement restaurée lorsqu'éclata la Révolution française. L'Assemblée nationale ayant aboli les droits de leyde et de couponnage sur les grains, les Âugustins durent renoncer à ce privilège

qui, depuis la fondation dq couvent, avait perpétuellement provoqué le mécontentement et les récriminations de la municipalité de Bourg. Bientôt la suppression générale et définitive de tous les ordres religieux fut prononcée par les décrets de l'Assemblée constituante, datés des 1 3 février et 20 mars 1790. Toutefois, les Augustins furent autorisés à habiter provisoirement le monastère , jusqu'au moment de sa vente; mais le père Rousselet, dernier prieur de Brou , dut faire, par devant Tautorité, la déclaration sincère et signée des biens mobiliers et immobiliers possédés par la communauté des Augustins.

Il résulte du rapport présenté par le père Rousselet à la municipalité de Bourg, et de Tinventmre qui fut dressé par les officiers municipaux de celte ville, que les Augustins jouissaient à cette époque de dix-huit mille livres de rentes annuelles. Nous transcrivons ici une lettre autographe du dernier prieur de Brou, jointe au rapport précité, et qui en renferme toute la substance :

« Les prieur et religieux Augustins du couvent royal de Brou vous représentent, Messieurs, qu'ils jouissaient cidevant, à titre de dotation, de dix-huit mille livres de rentes annuelles, comme il conste par l'inventaire fait par la municipalité de Bourg des biens m(rf)iliers et immobiliers dudit couvait.

290 ÉGLISE DE BBOU.

« Parmi les biens qui coacoiinîent a former ce revenu étaient compris , 4* le droit de leyde ou couponnage sur tous les bleds qui se vendent dans la ville de Boui^ et sa banlieue, lequel droit produisait annuellement aux religieux de Brou plus de sept mille livres ; 3* deux étangs et les fonds en dépendants, situés dans la paroisse de Chevroux, du produit annuel de deux mille quatre cents livres.

« Le premier objet ne subsiste plus : FAssemUée nationale ayant jugé à propos d'abolir les droits sur les grains, les suppliants n*oat pas même attendu la sanction du décret qui en ordonnait la suppression pour cesser de le percevoir ; ils ont cru en devoir le sacrifice anticipé au premier signe de la volonté des représentants de la nation , et ce sacrifice leur a paru léger dans un moment ou le soulagement du peuple et la tranquillité publique invitaient à le faire.

« Le second objet, c'est-à-dire le bail des étangs de Chevroux, éprouve aujourd'hui une diminution très-considérable, puisque de deux mille quatre cents livres que l'ancien produisait annuellement, le nouveau est réduit pour cette année à cinq cents livres. Une différence si prodigieuse pourra vous étonner, messieurs ; mais on ne doit l'imputer qu'aux circonstances où se trouve l'état monastique et aux craintes qui agitaient les fermiers sur la solidité des baux qu'ils pourraient passer avec les religieux.

a n résulte de cet exposé que les remontrants dont les

revenus s'élevaient annuellement à la somme de 48,000 1.

ayant perdu par la suppression du \

droit de leyde 7,000 l.f

> 8 900 et par la diminution de leur ferme i '

de Chevroux 1,900 )

leur revenu annuel se réduit actuel-

lement à 9,100 1.

Et cela pour la nourriture de quatorze religieux et de quatre domestiques, pour le vestiaire des premiers et les

HISTOIRE. â91

gages des seconds, pour Teniretien du linge et des meubles, pour les réparations journalières de leur maison et du monument qui leur est confié.

« Forcé, il y a trente ans, de se livrer à une dépense de plus de quarante mille écus pour refaire à neuf tous les toits de leur église, une partie de ceux du couvent, la charpente avec la couverture du clocher, etc., les remontrants furent obligés de recourir à la voie de l'emprunt. Malgré tous leurs efforts pour opérer les remboursements, ils n'ont pu parvenir encore à éteindre toutes leurs dettes, parce que, depuis l'époque des emprunts dont il s'agit, ils ont été souvent exposés à des constructions et réparations extraordinaires qui absorbaient toutes leurs épargnes.

(c Les remontrants ne parlent point ici du surcroit de charges qu'ils éprouvent par l'imposition des six derniers mois de 1789, parce que, en fait de charges publiques, rien ne leur paraîtra jamais pénible, et que pour remplir leurs obligations à cet égard ils ne craindront pas, s'il le faut, de prendre même sur leur plus étroit nécessaire.

« Brou, 5 juillet 1790.

(c Signé F. RoussELET, prieur des AugusHns du couvent royal de Brou (1). »

Au commencement de Tannée 1791 , les Augustins se dispersèrent, et tous les biens provenant de la fondation de Marguerite d'Autriche, déclarés propriété de Tétat, furent vendus au profit de la nation.

Le couvent et l'église elle-même furent sur le point d'éprouver un sort pareil. Voici le procès-verbal de leur estimation, rédigé en septembre 1790 par deux

(1) Archives de l'Ain.

architectes de la ville, commissionnés à cet effet par les administrateurs du district:

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