‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 47 sur 50 · DB L ÉGLISE DB KHANCB · texte numérisé non relu

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cris de mort retentirent jusque dans les montagnes voisines du Jourdain.

Tandis que les autres assouvissaient leur soif de vengeance , Godefroiy suivi de trois de ses hommes, se rendait nu-pieds au tombeau du Sauveur. Cet acte de piété , connu de l'armée, ramena tout d'un coup les croisés à des sentiments plus dignes de disciples de J.-C. Ils se dépouillent de leurs habits sanglants, et, à l'exemple de leur chef, se dirigent , précédés du clergé , vers l'église de la Ré* surrection. Le sentiment religieux avait remplacé la fureur guerrière; pendant le chemin, on n'entendait que les sanglots et les gémissements des pèlerins qui pleuraient sur la mort de J.-C. et déploraient leurs péchés.

Le pieux pèlerinage terminé, les plus sages de l'armée, Godefroi et Tancrède surtout, voulurent empêcher les massacres. Leur autorité échoua contre la fureur des guerriers qui croyaient venger la religion en immolant impitoyablement ses ennemis. Le carnage dura une semaine, et plus de 70,000 Sarrasins ou Juifs perdirent la vie. Jérusalem changea complètement de face en quelques jours. Ses anciens habitants avaient disparu et une population entièrement chrétienne les avait remplacés. On était convenu que chaque pèlerin resterait en possession de la maison où il serait entré le premier. Une croix, un bouclier ou tout autre signe connu , placé au-dessus de la porte , fut pour chacun des croisés un titre de propriété que personne n'osa violer, et l'on vit en quelques jours le plus grand ordre succéder au tumulte du carnage et de la conquête. Les croisés trouvèrent à Jérusalem des trésors considérables, mais celui qu'ils regardèrent comme le plus précieux fut la croix de J.-C. Les chrétiens enfermés dans la ville l'avaient cachée pendant le siège. Son aspect excita les plus vi& transports, et, dit une vieille chronique, « De cette chose furent les chrétiens si joyeux comme s'ils eussent vu le corps de J.-C. pendu dessus icelle. d Elle fut portée en triomphe dans les rues de Jérusalem et replacée ensuite dans l'église de la Résurrection.

Dix jours après leur victoire, les chefs de Tarmée se réunirent pour élire entre eux un roi de Jérusalem. Godefroi fut choisi. On le conduisit en triomphe àl'cglisodu Saint-Sépulcre où il fit semicut de respecter les lois de Thonueur et de la justice; mais il refusa le diadème et les marques de la royauté : « Il ne volt ^ eslre sacré et

f V, Assises de Jérusalem.

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coposné roy de Jérusalem , porce qui il ne voU porter corosne d'or, là où le roy des roys , Jésus-Ghrisl le fils de Dieu, porta corosne d*espines le jour de sa passion. »

Godefroy ne prit que le titre modeste de défenseur et baron du Saint-Sépulcre; mais Thistoire lui a donné le titre de premier roi de Jérusalem.

Arnould de Rohes en fut élu évéque. C'était un homme Instruit et très-éloquent , mais de mœurs suspectes.

La bataille d'Ascalon et tous les autres combats que livrèrent les chrétiens aux Musulmans ne sont point du domaine de cette hi»« toire; nous ne devons pas parler non plus de plusieurs armées qui partirent pour Jérusalem dans le but de défendre le nouveau royaume et qui furent taillées en pièces par la perfidie de Thypocrite empereur Alexis.

Pierre l'Ermite^ qui le premier avait ébranlé ces immenses armées qui passèrent alors d'Occident en Orient, ne quitta Jérusalem qu'en 4102. A son retour , il bâtit à Huy , sur les bords de la Meuse, une abbaye où il mourut saintement. Les ennemis des croisades ont indignement outragé sa mémoire. Pour nous, qui, sans excuser les fautes commises par les croisés, admirons le principe et les résultats de leurs expéditions , nous sommes loin de les reprocher k rhumble moine qui ne fut que l'instrument dont se servit la Providence pour sauver l'Europe et l'Église. Son kèle l'égara lorsqu'il se mit lui-même à la tête de la première armée des croisés) mais cette foute ne doit pas nous rendre injustes à son égard et nous empêcher de rendre à son éloquence extraordinaire^ k sa foi, à ses vertus, à son énergie, l'hommage qu'elles mé* ritent.

La prise de Jérusalem couvrit de gloire la nation française à hn quelle on attribua à juste titre la meilleure part du succès. « On peut croire, dit Guibert de Nogent *, historien contemporain, que Dieu avait réservé cette gloire à la nation française qui l'avait méritée par sa foi. En effet, depuis qu'elle a reçu l'Évangile par la prédi-» cation de saint Rémi , elle ne s^est jamais souillée d'aucune tache d'hérésie. Les autres nations n'ont pas eu cet avantage. Alors même que les Français étaient idolâtres et qu'ils s'établissaient dans les Gaules, ils ne firent mourir personne à cause de la foi; au contraire, ils témoignèrent toujours beaucoup de respect pour la reli-

4 Gulb. Gesta Dei per Franc

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gion... La prise de Jérusalem a mis le comble à leur ^oire. Aussi le nom de Frank est-il devenu un éloge, et si, parmi les Bretons , les Anglais ou les Italiens, nous remarquons des gens de bien, nous croyons leur faire honneur en disant que ce sont des hommes franks. »

C'est ainsi qu'appréciait la première croisade un contemporain qui ne voyait dans les Français que la nation choisie de Dieu pour opérer de grandes œuvres et qui n'a pas trouvé de titre plus convenable pour l'ouvrage où il raconte leurs exploits queeelui-ci, un des plus beaux que puisse porter un livre : Les OEuvves de Dieu par les Pranks (Gesta Dei per Francos).

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