XXXVIII . couf^-o'ouL winuL
Toute lliistoire atteste l'effort continuel que fit la papauté pour fidre de toutes les agrégations monastiques autant de fiefe relevant d'elle seule, et de tous les abbés-généraui autant de grands feudataires du siège apostolique. De là ces tributs prélevés par les papes sur les abbayes *, de là ces exemptions de la juridiction ordinaire, ces privilèges innombrables accordés aux monastères par la papauté et qui n'étdent tous au fond que des moyens employés par elle pour se les attacher immédiatement et d'une manière plus indissoluble.
Lorsqu'on se reporte aux circonstances, <m comprend parfiiite* mc&t cette teûdanee de la papauté à distraire les abbayes et les moines de la juridiction de l'ordinaire pour les mettre sous sa dé* pendaaoe immédiate. La papauté ayant entrepris de réformer le clergé séculier, ne pouvait pas en attendre un concours bien actifs puisque la réforme devait l'atteindre presque tout entier. Il lui fallait des hoknmes dévoués , énergiques , ne recevant que d'elle l'im-* pulsion , et pouvant exécuter sans entraves la mission qu'elle leur eonfiait. Or^ si elle ne pouvait pas trouver beaucoup de ces boininea dans le deigé séculier^ il y en avait un grand nombre dans les Or« dres monaàtiqnes; elle prit donc à son servioe ces laborieux ou* vriers, formés pendant de longues années au rude eoMBrcice de l'o^ béissance^ elle leur confia la mission de réformer l'Eglise, de ressus^ citer dans le monde l'énergie de la vertu, et, afin de leur aplanir les voies, elle leur donna tous les pouvoirs nécessaires à l'accom*; plissement de leur noble mission. Ds pouvaient ainsi, sous Tautorité souveraine du saint-^iége apostolique , parcourir toutes les pro*
* La papauté voalal même étendre sa auierafneté sur tous les bénéfices et ea recevoir certaines rétributions à propos de Tinvestlture des nouveaux Utulaires ott en d'autres circonstances. On appelait annales ces Impôts demandés par le pape. U en sera fait souveut menUon dans le cours de cette bistoirt.
sua U PBUIODK rSODAU. XXXl%
vinces; tous les diocèses, toutes les paroisses de l'Eglise et jrap^. peler au devoir arobevèquesi évéques et prêtres comme siuiples fidèles.
Des écrivains placés à distance > et oubliant qu'il ne feiut jamais juger une époque reculée par le siècle où Ton vit, ont blâmé la papauté d'avoir accordé aux abbayes des exemptions de la juridiotion épiscopale et aux moines des pouvoirs extraordinaires. Nous croyons avoir mieux compris que ces écrivains la raison de ces privilèges accordés par le siège apostolique, et cette raison nous les fait envisager sous un point de vue tout différent. Aujourd'hui qne le clergé s'acquitte de son ministère avec oidre et harmonie , que les liens hiérarchiques sont req»ectés^ que les éTèques résident dans leurs diocèses et les prêtres dans leurs paroisses , les exemptions de la juridiction de l'ordinaire seraient beaucoup plus nuisibles qu'utiles à l'Eglise. Mais au moment oit ces privilèges commencèrent à s'établir, les évoques ne résidaient presque pas et s'occupaient près* que exclusivement des choses temporelles; les prêtre»4)énéGciers étaient pour la plupart le scandale de leurs paroisses; les peuples croupissaient dans l'igporance et sous le joug tyrannique des seî» gneurs. La papauté , que le mouvement social avait mise à la tète de tous les royaumes de l'Europe i ne devait-elle pas employer des hommes vertueux, infatigables, indépendants, pour rendre la vie à cette société désolée, pillée; à ces peuples qui ne se sen^ taient plus vivre que par les souffirance^ qu'ils enduraient? Et cef hommes, où pouvait-elle les trouver si ce n'est dans les monastères}
Nous ne devrons donc point nous étonner en voyant les moines , pendant la période féodale, diriger le mouvement social et politique.
XL COUP-D'omt GJlfiRAI
Ils étaient les bras de la papaaté qui elle-même était la tête et le cœur de l'Europe , le principe générateur de tout ce qui fut &it alors de grand et de bien.
Qu'on se place à cette hauteur et qne de là on plane sur ces basses régions de l'histoire où grouillent tous les ignares adversaires du papisme et du monachismey on éprouvera alors une indicible pitié pour les sottes déclamations ^ pour les invectives passionnées y absurdes , dont les papes et les moines furent l'objet.
Nous savons que les monastères , après avoir rempli la mission que leur avait confiée la Providence , ont dégénéré : nous dirons aussi franchement le mal que le bien; mais nous dirons l'un et Tautre sans exagération et sans colère. Nous n'écraserons pas sous nos anathèmes les moines des xi*, xu* et xin* siècles, parce qu'à une époque postérieure , il y eut, dans la plupart des monastères, plus de vices que de vertus, plus d'ignorance que de science, plus de paresse que d'énergie.
Toute l'histoire nous dira l'influence morale et sociale des Ordres reUgieux. Les monuments élevés à la même époque par la philosophie, la science, l'art et la littérature attestent leur influence intellectuelle.
Tout est chrétien dans ces monuments ; la pensée religieuse est la pensée inspiratrice ; et l'on doit reconnaître quel'influence de l'Eglise ne fut pas moins grande, au moyen-âge, dans le domaine de l'intelligence que dans le domaine de la politique.
C'est pour cela sans doute qu'une philosophie sceptique, qui se faisait gloire de son mépris pour le christianisme , a déversé sur cette époque les sarcasmes les plus amers, les calomnies les plus injustes.
SUR LA pfelODK VfODAlB. XLI
Aujourd'hui que la passion commence à fiiire place à la raison calme et réfléchie , on en rappelle du jugement prononcé contre des âèdes dignes à bien des titres d*une étude approfondie.
A^aot d'exposer des considérations générales qui pourront , sous certains rapports, froisser des préjugés admis depuis longtemps , nous avons cru utile de citer un morceau remarquable où M. Guizot apprécie avec sagesse les avantages de l'étude du moyen^ftge.
< Parce que le xvui* siècle et la révolution ont été l'explosion définitive de Tantipathie nationale pour l'état social du moyen-Age, deux choses ont dû arriver et sont arrivées en effet : 1* Dans leurs efforts contre la mémoire et les restes de cette époque y le xvin* siècle et la révolution ont dû manquer envers die d'impartialité , et ne pas reconnaître le bien qui s'y pouvait rencontrer; 2^ on a dû méconnaître également alors son caractère poétique , son mérite et son attrait comme berceau de certains éléments de la vie nationale. Les époques où domine l'esprit critique, c'est-à-dire qui s'occupent surtout d'examiner et de démolir, comprennent peu en général les temps poétiques, ces temps où l'homme se laisse complaisamment aller à l'impulsion de ses mœurs et des faits qui l'entourent. EUes comprennent peu surtout ce qu'il y a de vrai et de poétique dans les temps auxquels elles font la guerre. Ouvrez les écrits du xvui* siècle, ceux-là du moins qui ont bien le caractère de l'époque et ont contribué à la grande révolution alors accomplie; vous verrez que l'esprit humain s'y montre fort peu sensible au mérite poétique de tout état social très différent du type qu'il concevait et poursuivait alors, surtout au mérite poétique des temps rudes et grossiers, et, parmi ces temps, du moyen-ftge. L'Essai sur les mœurs et r esprit des nations est en ce genre l'image la plus fidèle de la disposition
XLIV GOOF-I^'OBIL eilCillAL
avertir, retenir, combattre, empêcher enfin qu'on ne tombe soiu la domination exclusive d'une coterie ou d'un système? EUes n'épargnent point la nouvelle école; et le public , le vrai et grand public , tout en l'accueiilant avec bienveillance , ne parait point disposé à s'en laisser asservir. Il la juge et la tance même quelquefois assex rudement. Rien ne me parait donc annoncer que la barbarie soit près de rentrer dans le goût national.
a n &ut bien d'ailleurs prendre la vie où elle se manifeste, le vent d'où il vient, le talent où il a plu au ciel de le mettre; car il dut, avant tout, dans le monde littéraire, du talent, de la vie. Ce qu'il y a de pis, c'est l'immobilité , la stérilité.
a S'agit-il du danger de l'impartialité politique, caractère de la réaction qu'on déplore? Gelui-d, ilfiut le nier absolument. L'impartialité ne sera jamais une pente populaire, Perreur des masses; elles sont gouvernées par des idées et des passions simples, exclusives; il n'y a pas à craindre qu'elles jugent jamais trop fiivorablement du moyen âge et de son état social. Les intérêts actuels, les traditions nationales conservent à cet égard , sinon toute leur ardeur, du moins bien assez d'empire pour prévenir tout excès. Llmpartialité dont il s'agit ne pénétrera guère au-delà des régions de la science et de la discussion philosophique.
« Qu'est-elle d'ailleurs dans ces régions mêmes , et parmi les hommes qui s'en piquent le plus? Les pousse-t-elle à quelque retour vers les doctrines du moyen âge, à quelque approbation de ses institutions , de son <Stat social? Pas le moins du monde. Les principes sur lesquels reposent les sociétés modernes , les progrès et les besoins de la raison et de la liberté humaine , n'ont certainement pas de plus fermes, de plus zélés défenseurs que les partisans de
SUR LA PERIODE FiODAlR. XLV
llmpeirtialité historique; ils sont les premiers sur leur brèche, et plus en butte que nuls autres aux ooups de leurs ennemis. Ils n'ont aucune estime pour les vieilles formes, la bizarre et tjranuique elassiâcation de la France féodale , œuvre de la force , que des aèdes et des travaux immenses ont eu tant de peine à réformer. Ce qu'ils réclament, c'est un jugement complet et libre sqr ce passé de la patrie. Ils ne croient pas qu'il ait été absolument dépourvu de vertu, de liberté, de raison, ni qu'on soit en droit de le mépriser pour ses erreurs eises chutes dans une carrière où encore aujourd'hui, apiès tant de progrès et de victoires, nous avançons nous-mêmes si laborieusement.
a n n'y a là évidemment aucun péril ni pour la liberté de l'esprit humain, ni pour la bonne organisation de la société.
a N'y aurait-il pas, en revanche, à cette impartialité historique, à cette sympathie poétique pour l'ancienne France, de grands avantage^ ?
« Et, d'abord, n'est-ce pas quelque chose qu'une source d'émo^ tions et de plaisirs rouverte à l'imagination des hommes? Toute cette longue époque, tonte cette vieille histoire, où l'on ne voyait naguère qu'absurdité et barbarie, redevient pour nous riche en grands souvenirs, en belles aventures, en événements, en sentiments auxquels nous portons un vif intérêt. C'est un domaine rendu à ce besoin d'émotion , de sympathie que rien , gr&ce à Dieu, ne saurait étonfier dans notre nature. L'invagination joue un r&le immense dans la vie des hommes et des peuples. Pour l'occuper, pour la satbfidre, il lui faut ou une passion actudUe, énergique, conMne ceUe qui animait le xvm* siède et la révolution , ou un speotade riche et varié. Le l^résent seul , le présent sans passion, le pré-
XLVi coup^d'obil gMral
wnft calme et régulier, ne siiffit pas à l'ftioe bomame; elle s'y sent 1 l'étroit et pauvre^ cile teut plut d'étendue, plus de Yariété. Delà l'importance et le cbanne du passé, des traditioas nationales, de toute cette partie de la irie des peuples où Tîmagination erre et se joue librement , au milieu d'un espace bien plus ^aste que la vie actuelle. Les peuples peuvent un moment, sous l'empire d'une crise violente , renier leor passé , le maudire même ; ils ne sauraient l'oublier, ni s'en détacher longtemps etabsolument^ Un jour, dans l'un des parlements éphémères tenus en Angleterre sous Cromwdl, dans Celui qui prit le nom d'un de ses membres , personnage ridicule, dans le parlement Barebone , un fanatique se leva , et demanda que , dans tous les dépôts , dans tous les Ueux publics, on anéantît les archives, les titres, fous les monuments écrits de la Vieille Angleterre. C'était là un accès de cette fièvre qui saisit quelquefois les peuples au milieu des plus utiles , des plus glorieuses régénérations. Cromwel, plus sensé, fit repousser la proposition. Croyezvous qu'elle eût eu longtemps l'assenfiment de l'Angleterre, qu'elle eût vraiment atteint son but?
s A mon avis, l'école du xviii* siède a plus d'une fois commis cette méprise de ne pas comprendre tout le rôle que joue l'imagination dans la vie de l'homme et de la société. Elle a attaqué, dé* crié, d'une part, tout ce qui était ancien, de l'autre, tout ce qui prétendait à être étemel : l'histoire et la religion ; c'est^nlire qu'elle a paru disputer et vouloir enlever aux hommes le passé et l'avenir, pour les concentrer dans le présent. La méprise s'explique , s'exeuse même par l'ardeur de la lutte alora engagée , et par l'empiré de la passion du moment , qui satis&dsait à ees boNHua d'émotion et d'i- ^a impérissables dans la nature humaine. Mais elle n'en
est pas mcnns grftTé, et de grtte eonséquenoe* Il me serait Ibcik d'en retrouver^ dans mille détails de notre histoire contempcmùne, la preuTe et les efiëts.
c On s'est plaint d'ailleurs, et atec raison , qae notre histoire ae f&t point nationale , qne nous manquassions de souvenirs , de traditions populaires* On a imputé à ce lût qudquesHins des défiuits de notre littérature , et même de notre caractère. Faut-tt donc l'étendre au delà de ses limites natureUesT Pant-il regretter que le passé redeinenne quelque chose pour nous y que nous y reprenions quelque intérêt «? a
Après ces sages reflétions i nous pontons entreprendre d'esqnisser le moyen-âge aux pointa de tue : philosophique, scientifique, artistique et littéraire.
On ne peut guère 8iqourd*hni parier de la philosophie du moyeaàge sans éteilier de nombreux pr^ngés. S'il est une chose, en effet, qui soit méconnue, disons^le mot, honnie, c'est bien cette pantre letoAulî^qui est, depob troisoents ansenwon, l'olifetdes dé* daitts superbes et des attaques de tous ceux qui ont qndque influence sur l'o^on.
Nous aborderons ce sqet avec notre indépendance ordinaire ; et si nous ne pouvons nous flatter de réhabiliter complètement la philosophie du moyen-âge , nous aurons du moihs le mérite d'avoir travalHé à cette réhdrflitation.
Le moyen-âge a laissé des monuments pUlosophiquesd'uue haute valeur, et ces monuments intellectuals seraietit placés haut dans l'opinion publique, s'il était aussi ftdle de les apprécier que ces cheb-d'fBUvre de l'art qui frappent, qui saisissent l'âme au simple
* Guixotf Itist de la Qvlllsst s» France, t m.
XLVIII OOUP-d'oBIL fiilfàlAL
aspect. Hais les ceuvres philosophiqaes, il {état les étudier pour les apprécier. Or^ quoi qu'on eu dise, de nos jours on étudie peu y aussi; malgré la justice que l'on commence à rendre à une grande époque méconnue depuis si longtemps , la réhabilitation complète de la philosophie et de la science du moyen-ftge est-elle encore éloignée.
C'est une raison pour nous de nous mettre à l'œuvre.
LeibnitZy parlant de la philosophie du moyen-âge, avait daigné avouer qu'il 7 avait de Vor dans son fumier^
Depuis on a bien voulu aller jusqu'à l'idée de Leibnifz, miûs on avait pour ainsi dire peur d'en dire davantage.
CSependant la force de la vérité a parfob arraché aux hommes les plus compétents des aveux précieux.
«On ne doit pas nier, dit Brucker \ qu'il ait existé à l'époque des scholastiques de grands génies doués d'une pénétration et d'une élévation peu communes. Quoique nous trouvions beaucoup de défauts dans leur méthode, nous n'hésiterons pas à souscrire au jugement de Mélancthon qui appeUe les docteurs de l'école «des grands c hommes y des hommes ingénieux. » Si on lit les meilleurs scho~ lastiques, on trouvera, au milieu de beaucoup d'idutili tés, d'excellentes observations. Nous formons donc, avec le grand Leiboitz, le vœu qu'un homme docte, également instruit de la philosophie seholastique et de la philosophie moderne, tire de ce fumier l'or qui y est enfermé. Nous sommes certains que Son ouvrage serait un recueil de bonnes observations. »
M. Cousin est plus explicite que Brudier. a Je suis loin, ditnil %
• Bruck. Hist. criilc. philosoph., t. m, p. 891 ; edit. Lcips,, ïn-ft». 3 V. Cousin, Hist. de la Plilloaoph. du xviii* siècle, a* leç., âdit 1841.
SUR LA FÙllODB VÉODALB. XLIX
de mépriser lascbotaslique; j'eafids même grand cas, à l'exemple de Leibnitz qui disait y avoir trooré de Tor. Il est impossible d'avoir plus d'esprit que les sebdastiques y de dépbyer plus de finesse , plus d'habileté , plus de ressources dans Targumentatioa , pins de cette analyse ingénieuse qui divise et subdivise ^ plus de cette synthèse puissante qui classe et ordonne. »
a II y a beaucoup de vérités dans la scbolastique y dit encore M. Cousin ^ et tout de même qu'aujourd'hui , après avoir, dans le premier moment d'émancipation, accusé, blasphémé, dédaigné le moyen-4ge , on se met à l'étudier avec ardeur, avec passion même; de même , après avoir dit beaucoup de mal de la scbolastique , il ne serait pas impossiUe^ attendu qu'on va toujours d'un extrême à l'autre et qull est inévitable qu'il en soit ainsi , il est probable qu'aujourd'hui, si l'on regardait du côté de la scbolastique, on serait si fort étonné de la comprendre et de la trouver ingénieuse, qu'on passerait à V admiration. »
n en serait ainsi, sans aucun doute, si Ton avut le courage de regarder sans trembler les énormes in--foIios dans lesquels elle est enfouie; et, sans vouer à cette philosophie une admiration exagé-rée, nous dirons, dussions-nous blesser certaines oreilles délicates, que le moyen-âge possède des philosophes qui ne craindraient le parallèle ni avec Descartes ni avec Leibnitz, et qui sont tout aussi profonds, sans être moins clairs, que Reid, Kant ou M. V. Cousin.
Ce dernier philosophe dépeint de cette manière le caractère général de la philosophie du moyen*ftge ':
« V. Cousin , Tntrod. à l'HisU delà Pbllosoplu, V leçon., «Ult. iSAl.
t. C<MTP-B*CBL «inàlâlL
« Le caractèn IbodanieBlalile h tchiolastiqtwM damted , <}ii'eli€ a'exerçait dans «a cerde qu'elle n'mtiit pn tracé dle^mteie) thm ^ lui était imposé {mr «ne autre «atorhé que U riailie^ L^esprit humain y a^ec toute sou énergie, éllrit dans leno^n-âge^ et, quot^ qu'il fût alors soub la forme religieuse ia plus parihile, il nepou^l pas, en vertu de sa nature, ne pascherctwr à ae rendfe eompte et oetie forme. De là pte k peu un eliseignement retigieux t>his méthodique et plus réigttiiâr dans les ddtres, puis les Univemilés et I* sebolastiquie. Les systèmes les plus divers sont dans k sdiolastîque avec une apparence de hardiesse extrême; voua seriex tout étonnés si vous aanea avec t|uellie liberté apforente on a raisonné dans le ttioyeii-4ige*»«. Mats ce n'^st paa moi, c'est la nature hismirioe ^i le dit : la pensée qui s'exerce dans un cerde qu'elle n'a point tl«o6 dle^ même et qu'elle n'ose pas dépasser, est tme pensée qui peut contèo nir toute véiité, mais oe n'^st pas encore fat pensée datts cette Sbertè absolue qui caractérise la philosophie proprement dite* »
Ced serait vrai si la pensée hailnaine pouvait dépasser les hnsites du cercle que loi a tracé la raison divine; mais comme ces limites sont dans le domaine du sumaturd et que la pensée de l'homme ne peut, malgré ses efforts , franchir les limites du possible, c'est-à-dive les limites que sa nature ello-méme lui impose, le raisonnement de M. V. Cousin est faux de tout points Aussi somme»-nous Idn de souscrire à sa conclusion qu'il formule en ces termes:
« Aussi la schokstique, à mon sens, est si peu le dernier Inot de la philosophie, qu'à parler généralement et rigoureusement, c'est à peine, selon moi, de la philosophie, »
Qud «st cependant le but unique de la philosophie? La connid»sance de la vérité. La possession réfléchie et raisonnée de la vérité
SUR Ll fféRIO»! PtfODâLB. U
«onaëtue dMc la vArild)i« ^Oeophie; la raohereb^dek vériié ne ooDfilftue réeUenent que tes pfélûoioaires y €( plus Teaprit humain pouède de iréritfs^ plus sa pUleeepliie «st vaste et profonde. Si donc Im homme se démontre la Yérité du christianieme, si^ sortant des limites de la nature , il s'élance à la suite du Verbe de Dieu jtls|Oe dans les riions du surnaturels «i, éclairé et soutMiv par la foi^ il surprend quelquesHms des secrets de Dieu et se plonge dans les étemelles splendeurs ée celtd qid est , pourquoi cet hom^e , inondé des lumières de DieU) no serait4l pas philosc^e aussi bien que odui qui dédaignerait toutes autres lumières que celles qu'il pourrait acquérir par l'effort solitaire de son intelligencet
L'erreur de M. Cousin et de beaucoup d'autres philosophes peu éclairés snr ht nature de Tautorité de l'Eglise, ooftsisie en ee qu'ils l'enTisagent en dehors de son objet, qui n'^st que îa vérùé réoéUe* Yeîci, en effet, comment M« Cousin s'exprime à oe sujet ^:
« Quel est le caractère de la scholastiqne? d'être renfermée dàttà un cercle ; de se mouvoir , il est trai, de s'agiter même dans oe cercle, mais sans pouvoir le dépasser. L'autorité vous imposait les printipes et elle survdUait les conséquences; sauf à vous à allef comme vous vouliez du principe à la conséquence. Telle est la schûlastique. s
n est vrai que la pl^losophie M moyen-ftge respectait la vérité révâée et s'appuyait sur elle comme sur une base inébranlable, mais il ne s'ensuit pas qu'elle ait été gênée dans ses allures. L'esprit humain avait son domaine, aussi vaste, atissi étendu qu'3 l'est aujoufd^m , et, en dehors de ce domaine , il avait le vaste champ dé
* V, Goatln i UisU de la Philosophie au zvnt* siècle , T leç.
LU GOUP-d'oBIL CIlliRAL
la révélation oii il exerçait son activité et d'où il tirait une bonne substance. Il est vrai que, dans ce champ de la révélation, il rencontrait l'autorité de l'Eglise qui survdllait ses mouvements et l'avertissait de ses écarts ; mais , dans le domaine purement rationnel , l'Eglise le laissait à sa liberté.
Aussi n'est-il pas une question que la scholastique n'ait posée, et discutée en toute liberté. L'autorité de l'Eglise , se renfermant dans son domaine et conservant pur le dépôt divin de la vérité, ne fit qu'étendre l'horizon de l'intelligence humaine, en lui permettant dépasser les bornes elles-mêmes de la nature, et de sonder les divins secrets échappés de la bouche de J.-C. Au lieu de réprimer les elTorts de ces génies hardis qui osaient, sous sa conduite, sonder le principe même et l'essence des choses, l'Erse les encourageait; seulement, si, dans leur route, ils venaient à s'égarer, à choquer un dogme révélé, die les en avertissait, soigneuse qu'elle était, comme die l'a été toujours, de conserver intact le christianisme, sans se préoccuper des expériences philosophiques.
L'autorité de l'Eglise est directive et non oppressive de la raison humaine, dans le travail qu'elle peut fûre sur le dogme chrétien; et elle la laisse exercer librement son activité dans la sphère rationnelle où Dieu lui-même a circonscrit son action.
La scholastique, quoique essentiellement chrétienne, a donc été une vraie philosophie, une philosophie élevée , large et profonde.
Son point de départ est celui-ci :
La vériié en elle-même est l'expression de ce qui esL De même que la venté pkyrique a sa raison dans la réalité de l'être matériel, ainsi toute vérité métaphysique a sa raison dernière dans celui qui est essentiellement^ qui a déposé dans l'àme humaine les premiers prin-
SUR LA PiSrIODE FEODALE. LUI
cipesda vrcd et du bien y principes qui ne sont que des émanations de ses idées éternelles et dont il a complété la connaissance par une révélation spéciale*
C'est ainsi que le philosophe scholastique arrivait à la révélation dont il se démontrait le fait par le témoignage traditionnel ^ seul argument philosophique en rapport avec le fait historique qu'il font bien distinguer des fiiits moraux qui trouvent leur démonstration dans la conscience ou la raison.
Le fait de la révélation démontré, le philosophe s'élançait dans la contemplation des vérités chrétiennes, les rattachait l'une à Vautre par un enchaînement logique, lescon^dérait sous toutes fiEices, recherchait leurs secrets rapports avec les premiers principes qui émanent de la même source y construisait ainsi un vaste monument ou la foi et la raison se prêtaient un mutuel concours.
Certes y au risque de paraître ou fanatique ou ami du paradoxe , nous n'hésiterons pas à dire que la philosophie ainsi conçue nous semble avoir une toute autre ampleur que la philosophie moderne.
Qu'est-ce, en effet, que la philosophie aujourd'hui, qu'une anatomie psychologique, un travail ingrat du moi sur lui-même, un empirisme intime dont les résultats sont presque nuls et qui n'est, à vrai dire, que le premier pas dans la philosophie?
Au moyen-flge, la philosophie ne se bornait pas à la contemplation du moi y elle était la science transcetidante de tout ce qui est-, elle embrassait tout : Dieu, l'homme et la nature. Philosophe au moyen-âge veut dire savant universel, savant qui ne se contente pas de recueillir des faits , mais qui cherche à pénétrer la nature même des choses et à rendre raison de tous les résultats.
Le premier nom qu'il faille prononcer, lorsqu'on entreprend de
u(v couf-*b'oui. «knkiui»
p«rier de ia philosopUe da moyen- Age^ eal celiu de fierbcri. Gat homme eitraordioaire, dont nous dirons la haute iafluenoe 8ur la renaissance du xi« siècle^ était un philosophe suivant rfteceplio& larg^ que Ton donnait à ce mot, e'eet-à^dire un savant univend.
Suivant lui , h fihilosophîe doit être envisagée aux points de vue thieriqqe et pratique. La philosophie pratique est dispensative , di&> tributive ois politique, selon qu'on l'exerce vis à vis de soi, d'un autre individu, ou de la société. La philosophie théorique se divise en trcMs parties: la physique ou philosophie de la nature matérielle ; les mathématiques, ou la philosophie des rapports existants entre les êtres; k théologie, ou philosophie du spirituel et de l'intelligible.
Cette idée générale de la philosophie a incontestablement de l'amp)eur; elle est complète, car tout rentre dans les trois catégories: du corporel, du spiritnd et de l'intelligible; de soi, de l'individu et de la société.
Gerbert cultiva avec un égal succès la physique, les mathématiques et ht théologie.
II ne considérait ta dialectique que comme l'introduction à la philosophie. Quoiqu'il n'eût à sa disposition que les ouvrages les moins importants d'Aristote, et ceux de Porphyre et de Boëce, il avait une grande subtilité de dialectique et savait déjà appliquer à la démonstration des théorèmes de Tordre moral la méthode géométrique qui fut depuis adoptée généralement dans les écoles de philosophie *.
Quoique Gerbert fût très-distingué par son génie philosophique,
^ C*e8t de là qu'on a appelé cette méthode : $choiastique («cAota, école). On a fV txtcQston éoaaé k non de scholastl^s | la philosophie da noyto-âgt.
SUR LA PiftlOM B&QBk^LB. LT
son iafliieiuse {kmmt la régénéralkw mIeltoctueUe de soa époque s'w€cça flai&i d'une maiiii«e générale qu'w poiatt de viie spéciel de k philosophie.
. Geliû qui inifNriim h U philoio|riiie du asoyen-ftge son vrai oie* ractère fut S. Anselme^ d'abord fooineetabbéduBee, puisarehe- Yâque de Cantorbérf.
Cofiame Gerbert » Ansebne enidsi^eait la phUosofAùe comaiQ la sckenoa univeiaellej maisr il s'attacha {ffincipalemeat à la partie né-^ taphysique qui allait mieux à son géaie méditatif que l'observation des phénomènes de la nature sensible. U conçut l'idée snUime de coordonner d'une manière logique toutes les téritéa en partant d'un principe incontesté , et d'élerer sur ce principe , en marchant de coAséqueaee en oontéqu^ace^ le monument ooeaplet des connaissances métaphysiques acoessiUes à la raisoB humaine ou connues par la révélation.
Tdle fiit l'idée qn'îl réalisa dans son Mmu>logimn. Cet ouvrage , asetlAPr^bjfiuwik ekle IHalogtiS (k veri^ umi, sans oontredii) trois csuTPes dignes d'élre placées au premier rang^ parmi les ou~ vrages philosophiques les pins remarquables.
Nous ne ponvons donner une idée plus juste de la philosophie do moyen âge qu'en exposant sommairement le système d' Anselme tel qu'il résulte de ses ouvrages.
Il part de lui-même et adm^ son éfre^ «on existence comme \m hase sur laqudUb il peut asseoir le fondement des connaissances. L'observation psyehblegiqne lui découvre en lui comme des prin* cipes essentiels, ideufiôés à son être même, Iqs idées générales du vrai et du bien qui sont les principes essentiels et oonstitnttfe de son intelligence; soBêtren'apassareîioJsenluiHBiême, il lui faut
LVt GOUP-d'oBIL GfalliU.
donc une cause; de même les idées essentielles qu*il découvre au fond de sa nature , doivent avoir une ration. Cette raison première ne peut être qu'un être en qui l'existence soit une nécessité de nature et qui soit le type du vrai et du bien. C'est ainsi qu'Anselme remonte, de la considération de lui-même , à Dieu.
Il s'arrête à contempler l'essence divine en elle-même. En Dieu, rien ne peut être relatif ou accidentel , tout doit être absolu , nécessaire et substantiel; il est par lui-même et nécessairement tout ce qu'il est. D'où il suit quli est un y qu'il ne peut être subdivisé ni en substancej ni par le temps, ni par Yespaoe. De là^ les grandes vérités de l'unité, de l'éternité, de l'infinité de Dieu.
L'être existant par lui-même est nécessairement actif; il exprime sa pens^; cette expression de sa pensée est son verbe ou sa parole, et son verbe est l'expression de ce qui est , et par conséquent est vérité. Le verbe de Dieu ne peut être, comme la parole matérielle de l'homme, un son d'une signification conventionnelle, mais limage réfléchie de tout l'être divin , le résultat de sa compréhension infinie. Ce verbe, distinct en quelque chose de l'être qu'il exprime , lui est cependant co-étemel et n'en peut être essenliellemetU séparé. De là, en Dieu, une dualité ineSable, ineompréhensible, mais nécessaire.
Par une série de contemplations non moins rigoureuses et non moins sublimes, Anselme s'élève de la Dualité à la Trinité, et, malgré l'élévation de son vol métaphysique, ne passe jamais les bornes de la plus rigoureuse orthodoxie. Il aime à planer dans ces hauteurs; son génie se plait à rester suspendu bien au dessus de la sphère delà nature. C'est pour lui, dit*il, chose délectable de s'abtmer dans la contemplation des plus sublimes vérités. Jamais phi-
SUR LA riRÎODE VJODAIS, Vm
losophe oa théologien n'a dépiassé ^selme y dans la considératipn de Fessence divine.
De Dieu y Anselme descend à l'homme, dans lequel il voit Tirnage de la Trinité di^ne. Il réduit à trois les facultés intellectuelles de son âme : la mémoire , l'intelligence et f amour. Cette théorie psychologique est commune à presque tous les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles et du rooyen-ftge ; mais par mémoire , ils n'entendent pas seulement le souvenir y mais bien Vdme en possession réfléchie de ta vérité. L'Ame ne peut exister ^ns idées , et la réalité de ridée ne peut être que dans le vrai. La vérité est donc le principe essentiel de Tàme, et c'est sa possession réfléchie qui est la première condition essentielle de TinteUigence. La mémoire ainsi entendue est la base des autres &caltés : la fiiculté intellectuelle ou contemplative, qui a pour objet le vrai; la fiusulté active ou l'amour, qui a pour but la réalisation pratique du vrai, c'est-à-dire leUèn.
C'est ainsi que l'Ame, une essentiellement et trijile en fiicultés premières et fondamentales, est l'image de la Trinité dans laquelle on distingue de même : le principe, le verbe, et l'amour, ou le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Anselme, dans ses ouvrages philosophiques, se tient dans les sphères élevées de la métaphysique. Dieu, l'homme considéré au pmnt de vue psychologique, les rapports nécessaires qui existent entre Dieu et l'homme; ce sont là les sujets ordinaires de ses méditations. Par une induction puissante et rigoureusement logique, il posa les bases fondamentales de la science universelle, et laissa à d'antres les régions moins élevées de la nature.
Un moine de Harmoutiers, nommé Gaunilo, essaya de combat**-
Lviu çQUf^ guL mfcuui»
tre un des prenûers principe» à'Amdmt et préUndH qu'il m imht* vait logiquement conclure l'existence de Dieu de 1*14^ purameiit subjective qu'il trouvait diuaa sa raison.
Anseloie se défendit avec sucqàs ^ GeMe discussion ooélftphysîqM du xi^ siècle est bien propre i^ ao«s Apre apprésîw la pt igo aa iec d^ conception de cas premiers philosophes du moyeiKâge. Nous es^ dirons autant da U fiunens(^ diseusaioB des rAitfsles et des nommar lisiez ou nominauœ. A ce titre nous eolreraia dans quelques dén taib généraux sur cette importante qoestioB» EUe tai soulevée à In fin du XI* siècle^ et fut renouvdée au xv* par Oocam* On penidon^ dire qu'eUe remplit tonte la période ttodale.
Le plus fiuneux champion ^ sincm ranftenr dn non»nali8Be, fii| Roscelin» chanoine de Compiègne. Suivent loi ^ les idées génésak» n'ont rien de réel en ettes^nitmesy elles se lédubMit pour nous à des mois ou des noma exprimant de pures abaâradwiis^ d ne soni qu'un résultat d'une simple opération intellectuelle. Toute l&réaElfi est dans YhuUviék qui seul a une existence pKqpre. Quant aux idées générales on umiversaïuaif l'esprit les. acquiert par bi géoéiabn salion des idées particulières que M fbumissent les îadiEridaalft^ tés d'un même genre ^ mais ce genre Ini^'inéaie n'est qu'nnn abstraction qui n'a d'exislenoe que dans l'esprit qui k conçoit. Par conséquent cette idée exprinée n'est qn'un mm^ de là la dé»* signation do naminaliàks ou nomim»m dMnén aox discqdea i^ Roscelin.
Toute idée philosophique, an moyen-4ge|. était appliquée aux. dogmes du christianisme. Gomme le plus hardi pMMenrnn révoquait
* La lettre de Gaonilon et la réponse d'Anselme sont dans les œuvres d'Aasetoe « Mt. du P. Gwbaiso.
point en dpute Uirérité ffaréUenne, chaeiin voulait Yê^oit pour soi. Le dogme était regardé comme le criierium de tout «^^stème philo^ sopbique^ le moyeu d'eu déoouviir le "vrû ou le &uxy de lui don-* uer de la valeur.
Bo9ceUu voulut doue faire au dogme de la Trinité Tapplicalion, de son système ; mais, sous ce rapport, il ne fut pas heureux. Si, eu effet y les idées générales ue sont qu'un nom} et que les indivisdualités seules ont de la réalité, il s'ensuit que la TrwUé n'a fB^ de réalité en elle-même et que diacune dea trois persounçs a une existence propre et indépendante; d'où il suivrait qu'U y aurait trois Dieux,
Roseelin > conséquent avec ses principes, prétendit, tout en admettant un seul Dieu , qu'on pourrait dire qu'il y eu a troi$ ^ si cetto manière de parler était en usage* Cette (^iuion bétérodoqie le fit condamner et nuisit fort à sou système qui contenait cependant beaucoup de vrai.
n eût évité l'écueil sur lequel il vint échouer, s'il eût fidt une distinction entre les dtres contingents dont toute l'existence est individuelle et accidentelle, et l'^re nécessaire^ dans lequel tout est réel et tin, puisqu'on lui tout a sa raison dans une nécessité de nature. L'erreur de Roseelin fut regardée comme une preuve que sou système n'était pas vrai, puisqu'il ne pouvait s'accorder avec la vérité révélée; aussi fut-il vigoureusement attaqué par Anselme, par Odon de Cambrai, par Guillaume de Champeaux et tous les plus célèbres professeurs qui accréditèrent par leur enseignement le système du réaUsme diamétralement opposé à celui de Roseelin.
D'après les réalistes ^ les idées générales exprimées n'étaient pas
LX COUP-d'ORL G<!ltRAL
de purs noms; elles avaient un type réel. Les essences ^ comme di* sait Platon y ou les universatLX^ comme on disait au moyen-âge , étaient des réalités dont les individualités n'étaient que des expressions partielles; ces individualités n'existaient que parce qu'ils avaient leur raison d'être , dans cette réalité universelle dont ils fisdsaient partie intégrante.
Amaury de Chartres , s'emparant de ces principes, prétendit que la réalité universelle, raison première des individualités, n'était autre que Dieu; et que tous les êtres tenaient à Dieu comme les parties tiennent au tout. 11 arriva ainsi au panthéisme. Voulant ensuite, suivant l'usage, démontrer la concordance de son système avec le dogme chrétien, il abusa de cette expression de l'Ecriture : que les fidèles sont membres de J.-C, et prétendit qu'ils ne pouvaient réellement en être membres y s'ils ne fusaient pas partie de J.-C. lui-même qui n'était que la réalité universelle de tous les individus chrétiens.
D'autres réalistes ne poussèrent pas leur système jusqu'à l'hérésie, mais jusqu'à l'absurde. Ce fut une véritable manie pour créer des réalités imaginaires , et l'on transforma en entités toutes les idées ou qualités purement intelligibles; de là, les espèces sensibles qui n'étaient autres que les qualités des objets transformés en êtres réels; les espèces intelligibles y ou entités, qui servaient d'intermédiaires pour porter jusqu'à l'esprit les objets spirituels ou purement intelligibles, de même que les espèces sensibles portaient jusqu'à lui la notion des objets matériels.
Plus les idées furent abstraites et singulières , plus on s'y attacha avec opiniâtreté; on croyait ainsi faire preuve d'une plus haute puissance de conception. Aux xii* et xiir siècles, il régnait, dans
SVR LA PiniODE FBODALR LXI
les écoles, ane espèce de fureur philosophique que Jean de Salisbury a raillée avec autant d'esprit que de raison.
« Les poètes et les historiens, dit-il \ furent notés d'infamie; et si par hasard on voyait quelqu'un s'appliquer à l'étude des œuvres des anciens, on le r^ardait comme un pauvre homme plus arriéré qu'un âne d'Arcadie, comme un espni plus lourd que le plomb, plus obtus qu'une pierre brute; on le r^iardait en pitié. Chacun ne voulait se nourrir que des fruits de son génie ou du génie du mattre dont on suivait les leçons. Aussi voyait«-on éclore tous les jours des jeunes gens qui entraient à l'école sachant à peine lire et qui en sortaient philosophes , après y être restés autant de temps qu'il en faut aux petits oiseaux pour avoir des plumes. Gomment s'y prenaient donc les che& des écoles qui avaient consacré, je ne dirai pas leurs veilles , mais leurs rêves à la philosophie? Le fiiit est que toutes les sciences prenaient de nouvelles allures; on ne pouvait reconnaître ni la grammaire ni la dialectique, à leur physionomie de fraiche date. Pour la rhétorique, il n'en était plus question, écrasée qu'elle était sous Tanathème. Les vieilles règles n'étaient plus de saison, et, du sanctuaire de la philosophie, on avait tiré une méthode toute neuve pour le quadrivium \ On n'entendait plus retentir q«e les mots convenance et raison. C'était l'argumeot qui coulait de
* JoaniL Sal. Metalogic, Hb. 1.
2 L'eniteigneinent, depuis le v* siècle environ, éuit divisé en deux parties désignées sous les noms de trivium et de quadrivium,— Dans le trivfum étaient comprises : la grammaire , la rhétorique et la logique. De U on appela ces études trixiaks ou élémentaires et communes ; beaucoup s'arrêtaient là. — Dans \% quadrivium étaient comprises : l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie. — Le trivium et le quadrivium étaient désignés sous le nom général de : $ept arts libéraux.
l<^teft les bouches. Canunent fiiire , je "vous prie , tine ohose convenafr/emen/ et raûonna&femenf , sans parier de eauvamnoe et de raùtm? L'entreprendre) c'eût été unedioM absurde, in^te, indigne d*nn philosophe. »
Jean de Satisbury^ qui se moquait avec esprit des abus desdiscns^ ^akmspbîlosophiqikes; était lu-^niétne fbrt bon philosophe. L'entiiousiasnie pour des questions abstraites pouvait être excessif; mais, par cela même y il dénotait une activité intellectuelle qui ne pouvait avoir y pour le progrès de l'esprit humain ^ que d'excellents résultats. An dessus de la fode raisonneuse et querelleuse des philosophas sans portée, s'âevaient des philosophes du premier mérite, qui ne fussent pas nés, peut-être, si l'esprit humain n'eût été dirigé vers ces hautes régions.
Ce fiit même sans doute de Texcès des discussions philosophiques que naquit la pensée de systématiser, dans un tout complet et logique , l'enseignement philosophique, et qui donna naissance à ces oeuvres extraordinaires que l^antiquité ne connut pas et qui depuis sont devenus si communes.
Nous voulons parler des sommes philosophiques ou théologiques, dans lesquelles sont coordonnées d'une manière logique toutes les connaissances philosophiques accessibles à rintel%ence humaine.
On peut regarder le Monologium et le Proslogium de saint Anselme comme le premier modèle de ces grands travaux ^, comme l'œuvre génératrice dans laquelle sont posés les principes qui furent appli-
^ Avant cette époque, laiat Jeaa de Damas avait bien composé une somme tbéoioglque , mais ce fut surtout en France, pendant le »* altele et les siècles suivants , que l'on vit apparaître ces grands travaui.
son u MfMMt fBMyaB. ixm
qoéiduui tan Itenireé. AoMhae dèmiiie tonte la pUlodophié du «oyea-tge, <»iiMBe DeioarteB la pUiMOfliie moèsrmtj et il existe
jpku d'in impfMirt ctttre cea deux homoMB de génie qd partmt
mÊacteiiiaift des mètum prfocipeft.
C'est Aaselme qui aiik dit oai |wroies qii iareat adoptées ooBÉtoe la base de PeaocilP eoMat :
« L'ordre «xige queaoos crofiofU lel véiiiéa preféûdea de la foi ehrétieoBeairantque BOUS oaiooft ka diècuter eH eUea-méroesratkNinellement; mais c'est à mes yeux «ne BégKgeace ooadamnablesi^ lorsque BOUS BQBsmes affermis dans la {oïjmutMishiroktmtpasà comprendre ce que nmêicn^fons. a
Toute la philosophie du mof en-àge eiit dans œ priacipe.
Elle conaidètie les mérités de foi coBime faits rètélés et coanme i^b/et (ïinvetligatims jMotophiqw». D'aix>rdy elle constate les faits par des preuves eu rapport atec la nature de ces fsitSy c'est4'dii« par te témoignage tradhioattsl certain et permanebt ; puis y cette déiiKMistnitioB acqulae) eia sonde ntiouneUement la vérité rérâée peur augmenter k aotBDie des connatasances naturelles qui sont du domaînede Tinteligence abmdonnéeà dle^néme. Tous les philoebphes qui tinrent après Anselme suivirent cette marche ans» ra^tioamellé q»e lioonde. Quef on jèlte lee yeux sur toutes les œuvres philosophiques, et Ton y veita les vérités révélées, appuyées id'abordsork téoaoigna^e InMlitMinnel, puis disséquées, pour ainsi dire, en Ibàoràmes géométriques et déttiontrées avec une rigoureuse *«iiactifade.
Hildcbert , d'dxird évéqne du Mans, puis archevêque de Tours , marcha le premier sur les traces d'Anselme. Dans son Traité phUo- ^qpJUjiiie et dans sa PhiiosefMe morak, il exposa d'une manière
systématique renseignement dogmatique et moral du christianisme, qu'il démontra philosophiquement. Pierre Lombard profita des travaux d'Hildebert et d'Ansehne, et composa son Uvredes Sentences. Cet ouvrage fut la base de l'enseignement tbéologiqae jusqu'à saint Thomas. Il dut cet honneur à sa méthode claire , simple et logique.
Pierre Lombard n'avait pas le génie philosophique d'Anselme , mais il avait l'esprit d'analyse , et savait systématiser avec exactitude. On lui donna le titre de Maitre des sentences et son ouvrage marcha l'égal de ceux d'Aristote.
Alain des Isles n'obtint pas la réputation de Pierre Lombard ; ce^ pendant son livre intitulé : Ars fidei catholicœ dénote en lui beau* coup de science et de philosophie. Il embrasse tout dans son vaste pian : Dieu , l'homme , la nature , les rapports de l'homme et de la nature avec Dieu ; la réparation de Ihomme par J.-G. ; ses moyens de régénération 9 ses destinées futures.
Abailardy le plus grand philosophe du xii* siècle, suivit la même route que ses prédécesseurs, mais avec une dialectique plus subtile. Son Introduction à la Théologie dirétienne^ et son Ethique, ne sont qu'une somme théologico-philosophique dans laquelle il procède rationnellement à la démonstration du dogme et de la morale du christianisme. Abeilard a peut-^tre plus de subtilité qu'Anselme, mais beaucoup moins de génie philosophique.
Jusqu'à la fin du xn* siècle environ, les philosophes restèrent dans les hautes régions de la métaphysique. La philosophie de la nature se bornait à quelques considérations générales qui n'étaient appuyées que sur une observation superficielle des principaux phénomènes.
Hais bientôt une ère nouvelle s'ouvrit pour cette branche inté-
SUR LA pfalODB FÉODALE. LXV
ressante de la philosophie; dans le courant du xu' siède, les œuvres complètes d'Aristote *y avec les traductions et les commentaires d'Avicenne et d'Averroës, lurent apportées en France. On trouve dans les deux commentateurs arabes beaucoup de physique , d'astronomie et d'alchimie (c^est ainsi qu'on nommait la chimie). Leurs ouvrages et ceux d'Aristote, copiés dans toutes les écoles^ mirent en circulation d'abondants matériaux et créèrent une génération de philosophes naturalisies.
La métaphysique 9 cependant , fut toujours cultivée avec soin et progressa jusqu'au xiii* siècle qui est le point culminant de la période féodale , sous tous les rapports.
L'homme qui alors fat la plus haute expression de la philosophie métaphysique, fut saint Thomas d'Aquin. Ce grand homme, italien d'origine, appartient à la France par son enseignement. Nous ne dirons rien d'exagéré en proclamant saint Thomas un des plus grands génies qui aient honoré l'humanité.
Parmi ses nombreux ouvrages, il en est un surtout, qui a tou* joars fait l'admiration et l'étonnement de tous ceux qui ont été capables de l'apprécier, c'est la Somme théologique.
Cet ouvrage est un des plus exacts , des plus complets , des plus profonds qui soient sortis du génie humain. Ce n'est pas seulement un cours de théologie, mais de métaphysique , de morale, de politique, a et cette politique n'est pas du tout servile, » dit avec raison M. Y. Cousin '• Saint Thomas est profond dans ses conceptions ,
* On D*ftvaU eu jusqu'alors que plusieurs trai lés d'Arhtoie; Bofice, Cassiodore, Claudlen-Mamerl et quelques traités des saints Pères, de saint Augustin, surtout , pour étudier la philosophie.
* V. Cousin , conrs d'histoire de la Philosophie , leç. D*«
lY *****
rigoureux dans ses déductions ; chacune de ses phrases a TexacU'? tude d'un axiome géométrique et la simplicité d'une vérité. Dana ce vaste monument philosophique , on ne trouverait peut-être rieu qu'on pût retrancher ou modifier sans nuire à la clarté et à l'exac^ titude. Le principe posé, toutes les questions de détail ^ tontes les conséquences se succèdent , sortent d'ellefrHaiémes ; Tœil scrutateur du philosophe va les chercher dans les profondeurs où une vue ordinaire ne les eût pas aperçues. Dans les questions contro«versées, saint Thomas e^tpose d'abord les raisons qui militent en foveur de Topinion qu'il ne croit pas devoir adopter; et ce n'est qu'après avoir revêtu Vopioion adverse de toutes les raisons fournies par ceux qui l'ont admise , qu'il expose les preuves de la sienne; ces preuves sont toi]yours claires et concluantes , ou tout au moins aussi fortes que celles qui étayent le système contraire.
Saint Thomas n'appuie pas sur lui-même y comme saint Anselme^ l'édifice de ses connaissances; il ne creuse pas jusqu'à la première pierre; mais^ après de courts préliminaires sur la science théologique , il se pose pette gr^ve question : Dieu existe-t-il ? et il arrive par le raisonnement au point où Anselme était parvenu par induction ; il contemple les attributs de la divinité, approfondit son action créatrice dont il admire en détail les effets : les anges et le monde spirituel 9 puis le monde physique, l'homme surtout qu'il étudie dans son principe spirituel, dans sa nature corporelle et dans ses destinées. Ces dernières considérations le conduisent à Texamen de la loi qui doit diriger les actions de l'homme ; de cette loi dérivent les devoirs qu'il doit accomplir; cet accomplissement lui fait pratiquer les vertxi^ et éviter les vtce^, que le profond docteur expose
SUR LA P&IODB VÉODAtB. LXVII
dans tous leurs détails avec pe tact sûr qui dénote le moraliste sage et observateur.
Mais, pour arriver à la pratique des vertus ou à l'accomplissement de ses devoirs y l'homme a besoin d'un moyen qui supplée aux forces que lui fit perdre la déchéance primitive de l'humanité. Ce moyen c'est la grdce que lui a méritée J.-C, le réparateur et le sanctificateur du monde.
Arrivé à ce point , Saint Thom&s aborde le majestueux sujet de l'Incarnation du Fils de Dieu et de la rédemption des hommes.
Là s'arrête la Somme de saint Thomas. Le temps fit défaut au saint philosophe et son œuvre est restée inachevée, comme ces vastes monuments qui s'élevaient à la même époque et qui sont restés comme un défi porté aux siècles postérieurs , de continuer ces chefs-d'œuvre.
Outre le grand théologien-philosophe du xm* siècle , Hugues-de- Saint-^her , Alexandre de Halès , Guillaume de Paris , et plusieurs autres , se distinguèrent*en France par l'étude de la métaphysique et de la morale -, mais aucun ne put rivaliser avec celui qui fut surnommé VAnge de V école et qui éleva la philosophie du moyen-âge à son apogée.
La Somme théologique de saint Thomas remplaça le Livre des Sentences de Pierre Lombard, comme base de l'enseignement.
Au commencement du xiv" siècle, cependant, Duns Scott fonda une école opposée à la sienne, et bientôt il ne fut bruit dans le monde savant que des discussions des thomistes et des scotistes^ sur les problèmes les plus élevés de la théologie et de la philosophie. Scott avait en subtilité ce que Thomas avait en profondeur; il n^était pas philosophe, dans la stricte acception du terme; car il
LXVIII COUP-d'œIL GENERAL
n'avait pas d'opinions qui lui fussent propres; mais ii savait donner une physionomie neuve aux opinions des autres et les présenter avec une subtilité inconnue avant lui. Son but était de perfectionner la philosophie en posant toutes les questions d'une manière plus rigoureuse y en apportant dans leur démonstration une méthode plus subtile. Malheureusement cette subtilité dégénéra en véritable manie y et Duns Scott , malgré son mérite , fat l'homme qui contribua le plus à faire tomber la philosophie de la hauteur où saint Thomas l'avait élevée.
A la même époque, Raymond-LuUe, par son Art com6tnatotr6, cherchait à foire de l'intelligence humaine une machine à idées; Okcam , en réveillant les questions du nominalisme et du réalisme, et en se déclarant pour le système de Roscelin presque abandonné depuis le xii* siècle, poussa de même les esprits dans la voie des subtilités prétentieuses.
A la fin du xiv* siècle il n'y eut presque plus que des dialecticiens ; au xv«, la philosophie n'était plus qu*un ergotisme ridicule ; les grandes questions étaient étoufTées sous une foule de propositions secondaires y souvent inutiles et ridicules , hérissées de mots barbares, pédantesques, à peine intelligibles pour les plus profonds initiés.
Ce n'était plus la vérité qui était l'objet de la philosophie; chacun n'avait qu'un but : celui de raffiner en subtilité sur les autres. Les idées étaient ainsi remplacées par les mots ; au lieu de s'occuper des grandes questions, on ne discutait que sur l'univodlé de l'être, la quiddité, la forme ou la qualité générale, et autres questions analogues.
Ce n'était plus que la philosophie dégénérée.
SUR LA piRlODB FEODALE. LXIX
On peut donc établir trois périodes bien déterminées dans la philosophie du moyen-âge :
La première commence avec le xi* siècle et s'étend jusqu'au xiu* : Gerberty Anselme , Abailard sont les hommes en qui elle se personnifie principalement -y
La deuxième période renferme le xm^ siècle : elle atteint , grâce à saint Thomas d'Aquin, le point le plus élevé;
La troisième embrasse les xiv* et xv^ siècles; c'est la décadence successive. Duns Scott , Okcam, Durand de Saint-Pourçain, Pierre d'Ailly^ Jean de Buridan, Gabriel Biel^ François de Mayron sont les dialecticiens les plus célèbres de cette période. Les philosophes y furent nombreux, et il n'y eut cependant presque plus de philosophie.
On eût dû réserver pour la scholastique dégénérée des xiv* et XV* siècles toutes les attaques que l'on a dirigées en général contre la philosophie du moyen-âge; on eût alors été dans le vrai : car on ne peut rien dire de trop fort contre les abus de cet ergotisme ridicule qui avait envahi l'enseignement.
La science y au moyen-âge, suivit les mêmes phases que la philosophie.
Nous sortirions de notre sujet en présentant le tableau détaillé du mouvement scientifique de cette époque ; cependant nous devons en esquisser quelques traits, d'abord parce qu'alors la science fut chrétienne, et puis, parce qu'elle fut principalement cultivée par le clergé et les Ordres monastiques.
La renaissance de la science, comme ceUe de la philosophie, comme celle des arts, remonte au xi* siècle, etGerbert, surtout, influe sur cette régénération scientifique.
LU coup-d'obil général
Gerbert cultiva surtout les mathématiques, la physique et Tastronomie. L'impulsion qu'il donna à ces sciences les maintint au premier rang. L'arithmétique surtout et la géométrie étaient trèscultivées aux XI* et xn* siècles. La plupart des hommes célèbres de cette époque sont renommés dans les monuments contemporains poui* leurs connaissances mathématiques. L'astronomie fit moins de progrès, faute d'instruments d'optique; l'esprit humain, ne trouvant pas d'aliment suffisant dans les données positives que lui fburnissait une observation incomplète, se perdit dans des espaces imaginaires, en des régions inconnues. C'est ainsi que l'astronomie dégénéra en astrologie judiciaire. On voulut voir dans les phénomènes la raison déterminante des événements futurs. L'astronomie ne fut plus une science positive, mais une science occulte, et ses adeptes exercèrent sur les décisions les plus graves une magique influence.
Dès le XI* siècle, l'astronomie avait ce caractère. On cite parmi les plus célèbres astrologues de cette époque Gilbert Maminot, évéque de Lizieux. Cependant les hommes les plus graves protestèrent contre l'abus étrange que l'on faisait de la science des astres et, auxH* siècle, Hildebert, dans son poème intitulé : le Mathématicien y poursuivit de ses sarcasmes les prétendus prophètes.
Gerbert, quoique décoré du titre de sorcier ou de magicien y ne contribua pas cependant à jeter la science dans ces régions inconnues. Ses ouvrages et les données trop rares que nous fournissent les chroniqueurs de son temps, attestent que sa méthode scientifique était l'observation et que les mathématiques étaient son moyen de démonstration.
Vers la fin du xii« siècle , la physique et la chimie , très-peu
SUR LA PÉRIODE ^ÉODALK. IXll
cultivées jusque alors, firent , comme nous Tavons remarqué ^ beaucoup de propfrës, grâce aux œuvres complètes d'Aristote * qui furent alors publiées en France, accompagnées des commentaires d'Avicenne et d'Averroës. Dès lors , dans toutes les écoles , on remarque, pour les sciences, une ardeur beaucoup plus prononcée qu'auparavant. Ce n*est plus seulement l'arithmétique, la géométrie et l'astronomie que Ton y cultive, mais la physique, la chimie et l'histoire naturelle.
Ces sciences avaient fait de véritables progrès au iiu* siècle.
Alors vivaient Albert-Ie-Grand et Vincent de Beauvais, deux savants de premier ordre dont les œuvres attestent la profonde érudition.
Leurs ouvrages ne sont pas, comme on le pense bien, à la hauteur des connaissances actuelles; cependant on y trouve des aperçus fort justes, des observations curieuses, une variété de connaissances qui étonne.
On a souvent reproché aux savants du moyen-ftge d'avoir négligé la méthode expérimentale qui seule peut faire progresser la science. Il y a beaucoup de vrai dans cette critique, et il est cerlain que les physiciens ou naturalistes admettaient avec trop de facilité certains principes fort contestables et auxquels ils voulaieili subordonner les fjBdts dé la nature. Cependant on voit, par les œuvres d'Albert
le Grand, que cet homme célèbre s'appliquait à des observations zoologiques et minéralogiques.
Vincent de Beauvais, sous le titre de Miroir doctrinal , Miroir
* Jusqu'alors on n*arail pas connu les outragés d'ArIsiote sur l'histoire naturelle. Plusieurs môme pensent que ses ouvrages de dialectique n'étaient pas tous connus eu France avant le m* siècle.
ixxu goup-d'ool GBNinU
moral , Miroir historique , et Miroir naturel , composa une véritable encyclopédie dans laquelle il résuma toutes les connaissances littéraires^ métaphysiques y physiques et historiques de son temps.
A ce titre y et pour l'histoire de la science, le travail de Vincent de Beauvais est extrêmement curieux.
Mais Albert le Grand est bien supérieur à Vincent de Beauvais pour la profondeur et l'étendue du savoir. Il fut y au xiu* siècle, pour la philosophie naturelle, ce que fut saint Thomas , son disciple , pour la philosophie métaphysique et morale.
On reste stupéGut à la vue des énormes travaux d'Albert le Grand. Cet homme étonnant semble avoir voulu ravir à la nature tous ses secrets. Il approfondit tout ce qu'il peut observer et s'eiTorce continuellement de découvrir les raisons les plus cachées des êtres et des phénomènes. Désireux de tout connaître , il ne reculait même pas devant la magie y et on lui donna le titre de sorcier, comme à Gerbert, avec lequel il avait plus d'un trait de ressemblance.
Quand on jette seulement les yeux sur les pages d'Albert , on aperçoit la science déborder de toutes parts , et on ne sait si l'on doit plus s*éfonner ou de son immense érudition, ou de la légèreté de ces prétendus savants qui n'ont pas encore perdu l'habitude d'appeler le moyen-âge une époque ignorante. Qu'ils ouvrent donc les énormes volumes d'Albert, et, s'ils sont assez habiles pour découvrir les pensées profondes, les aperçus étonnants qui jaillissent, pour ainsi dire, de chaque mot, ils resteront convaincus qu'un siècle qui a produit Albert ne peut être un siècle ignare.
Après le xhi"* siècle, la science dégénéra comme la philosophie.
A part quelques résultats utiles que les savants obtinrent sans les chercher, on ne peut constater dans les travaux scientifiques qu'une
8VR LA PJRIODB FlSODALB LXXllI
activité stérile; ce qui venait sartout de ce que les savants ne se proposaient que des résultats chimériques pour but de leurs recherches. Ainsi les chimistes ne songeaient qu'à trouver la pierre philosophale; les mathématiciens s'épuisaient en combinaisons pour découvrir le principe du mouvement perpétuel ou la quadrature du cercle. L'activité dirigée ainsi vers un but chimérique , presque sans autre guide que des principes faux ou tout au moins contestables , ne poo» vait produire que des résultats à peu près nuls.
Les arts seuls, à cette époque de décadence ^ conservèrent quelque splendeur.
Il serait bien inutile aujourd'hui d'entreprendre de réhabiliter le moyen-ftge au point de vue artistique ; justice lui est rendue sous ce rapport y et l'on ne comprend plus comment, au xviu* »ècle, aune époque si rapprochée de la nôtre , on put avoir un mépris aussi ignare pour les chefs-d'œuvre de l'architecture , de la sculpture et de la ciselure de la période féodale.
L'art chrétien naquit au xi* siècle. Dans les monuments chrétiens antérieurs à cette époque on ne faisait guère que copier avec plus ou moins de perfection les règles de l'architecture grœco-romaine ; mais, au xi* siècle, on remarque dans les œuvres d'art un caractère propre, un genre nouveau. Ce fut d'abord un mélange incohérent d'idées empruntées indistinctement aux traditions chrétiennes et idolâtriques; mais peu à peu l'idée chrétienne domina ce chaos et fit sortir des éléments divers qui y étaient confondus une architecture improprement appelée gothique et à laquelle on donne généralement aujourd'hui le nom beaucoup plus }ns\e à* archilecture chrétienne. C'est, en effet, l'idée chrétienne qui a été le principe créateur de ce style architectural, c'est elle aussi qui a présidé à ses développe-
ments, qui les a dirigés; aiissi peiit-on dire qu'une {Censée thrëtienne jaillit de chaque détail artistique , de chaque pierre de nos églises du moyen-âge.
Le point culminant de l'art chrétien , comme de la philosophie et de la science au moyen-âge, est le xin* siècle.
Jusqu'Alors on avait conservé beaucoup des caractères de l'archi* tecture romaine, l'arcade en plein cintre, la colonne, le chapiteau à feuilles d'acanthe et à volutes; mais, dès le xW siècle, l'arc en tiers-point, ou ogive, remplaça l'arcade en plein cintre et donda à l'architecture chrétienne sa physionomie.
Dès lors, les cintres s'élevèrent progressivement jusqu'à l'ogive
à lancettes, svelte et élégante création du xni* siècle; les colonnes se changèrent en colonnettes juxtaposées qui s'élancèrent à des hauteurs prodigieuses pour s'épanouir ensuite en nervures gracieuses. Le principe ogivsd, appliqué à tous les détails de l'art chrétien, donna à l'église un caractère presque aérien, en fit une création neuve qui semblait, par sa nature même, être l'inspiration du spiritualisme et guider les âmes vers les sphères célestes.
n fiiudrait être complètement dépourvu de goût et de sensibilité pour contempler sans émotion ces belles églises du moyen-âge aux formes si pures et si harmonieuses. Qui n'a été saisi d*admira« tion , en contemplant ces voûtes où l'artiste semble avoir voulu défier les lois de la pesanteur, sur lesquelles les nervures rivalisent de grâce et de délicatesse avec les branches des arbres qui forment les voûtes de feuillage des foréte! Ces flèches, ces dentelles de pierre, ces belles roses parsemées d émaux brillants et purs, ces sculptures qui font vivre la pierre, le bois et les métaux, ces chapitaux où la pierre docile se plie à toutes les fantaisies de l'artiste, toute cette or-
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nementation de nos belles églises du xiu* siècle en fait, autant par le fini des détails que par les proportions à la fois vastes et gracieuses de l'édifice, un tout harmonieux qui produit sur l'âme l'effet d'une sublime mélodie.
L'imagiuation est frappée plus délicieusement encore, lorsqu'au delà des détails âHistlques , on sait découvrir Vidée qui les a inspirés, le sifmbolisme dont ils sont ta traduction. Mais la plupart des admirateurs ne comprennent rien au profond symbolisme de l'Eglise chrétienne.
t L'Église^ est maintenant un objet de curiosité scientifique, c'est un musée gothique que visitent les habiles; ils tournent autour, regardent irrévérencieusement et louent ail lieu de prier. Encore savent-ils bien ce qu'ils louent ! Ce qui trouve grâce devant eux, ce qui leur plaît dans l'Église, ce n'est pas l'Église elle-même; ce sera le travail délicat de ses ornements , la frange de son man* teau, sa dentelle de pierre.
» Hommes grossiers ! chrétiens ou non, révérez, baisez le signe que portent ces pierres; ce signe de la passion c'est celui du triomphe de la liberté morale. 9
L'Église chrétienne du moyen-âge est, dans l'économie générale de sa scructure, non pas seulement un monument d'art, c'est une pensée sublime admirablement exprimée; c'est l'Homme-Dieu lui-même. L'autel entouré de colonnettes est sa tête couronnée d'épines ; les chapelles qui entourent le sanctuaire sont les rayons de l'auréole divine; le chœur incliné par rapport à la nef, c'est la tête inclinée du Christ expirant; les transepts qui s'allongent
4 Mkhelet , HIst. de France , t u, p. 650, 660.
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de chaque côté du chœur sont les bras du Christ étendu sur la croix.
L'Église n'est ainsi que l'expression du sacrifice qui devait se renouveler quotidiennement sur ses autels.
Outre ce profond symbolisme , tout dans l'Église chrétienne a un sens moral. Elle n'est pas ce monument grec qui étonne , qu'on admire, mais qui ne dit rien à l'ftme; tout parle en elle, tout vous rappelle l'histoire , les vérités dogmatiques et morales , les cérémonies du culte du christianisme. Il n'est pas une sculpture sur le chapiteau ou la stalle , pas une ciselure sur l'autel ou le reliquaire qui ne rappelle au fidèle ce qu'il doit croire , aimer ou pratiquer. Sous le ciseau inspiré de l'artiste , un modillon, un chapiteau devient l'image pure d'une vertu ou le masque hideux du vice; la flèche légère y image gracieuse de l'âme juste qui aspire au ciel , les autels y les balustres, les pupitres, les chandeliers, les stalles et les bancs, tout parle dans l'Église chrétienne, tout redit les grandes œuvres de Dieu dans le monde, les actions de J.-C, les triomphes des martyrs; les statues roides et graves qui ornent les portiques sont des gardiens postés dans les parvis de la maison de Dieu; l'œil fixé sur le livre de prière, elles disent à celui qui entre avec quel respect il doit pénétrer dans le lieu saint. Il n'est pas une pierre qui n'exprime une idée; tout parle^ même la gargousse qui figure le vice dans toute sa laideur^ même ces griffons et ces animaux mythologiques qui ne supportent qu'avec peine, et en grimaçant, le temple chrétien qui les écrase sous son poids.
C'étaient surtout les évéques et les moines qui avaient donné à l'art chrétien ce symbolisme, ce sens moral si profond. On sait que la plupart des architectes appartenaient au clergé et aux Ordres mo-
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nastiques. C'est à eux que revient h plus grande partie de la gloire de ces monuments qui font aujourd'hui notre admiration. Nourris d'études mystiques ^ ces pieux cénobites aimaient à exprimer par la pierre, le métal ou le bois, les pensées dont leurs ftmes étaient habituellement nourries. Plusieurs d'entre eux travaillaient de leurs mains y et nous leur devons un grand nombre de chefr-d'œuvre de la sculpture et de la ciselure de la période féodale.
Sous leur direction, travaillaient des congrégations d'ouvriers voués à la construction des édifices religieux et qui prenaient le nom de logeurs du bon Dieu. Ils parcouraient le monde, oflrant leurs services aux évéques ou aux abbés qui voulaient &ire rebâtir leurs cathédrales ou les chapelles des monastères. On donnait avis de la nouvelle construction, et les populations aussitôt se rendaient en foule à l'endroit indiqué; les uns servaient de manœuvres, les autres s'attelaient comme des bétes de somme pour traîner les matériaux : tous travaillaient avec ardeur, en priant, ou en chantant des psaumes. C'est ainsi que furent élevés ces monuments grandioses qui défient les richesses et le génie des siècles modernes.
* La foi est plus puissante que l'or, et son action est plus féconde que celle du génie de l'homme.
Cet enthousiasme religieux est un des faits les plus étonnants de la période féodale; il se manifeste non-seulement dans la construction des édifices, mais dans la vie sociale tout entière, et particulièrement dans la littérature qui reflète mieux que tout le reste le caractère et les mœurs des siècles.
Nous sortirions de notre sujet, si nous entreprenions de faire le tableau complet de la littérature du moyen-ftge. Nous devons nous renfermer dans quelques considérations générales sur la littérature
tXXVIII COUPH>'CKn. GÉNÉRAI.
religieuse. U est vrai qu'à part certaines productions poétiques dont le but unique était Tamour ou les exploits des preux , toute la littérature est chrétienne; mais on n'attend pas de nous, dans ce Goup-d'œil général^ une étude approfondie des poèmes épiques, des romans, des drames et des fabliaux qui reflètent l'esprit religieux de l'époque. Nous en parlerons dans le courant de notre ouvrage, lorsque l'occasion s'en présentera. Cependant nous ne pouvons terminer nos réflexions préliminaires sans offrir quelques rapides considérations sur la littérature religieuse proprement dite.
La littérature religieuse du moyen-ftge est d'une immense éten* due. Ses productions sont aussi nombreuses que variées; et que l'on ne croie pas que ces œuvres littéraires soient sans mérite. Lorsqu'on les a vues de près, on s'étonne qu'elles aient été l'objet d'un mépris aussi général. Du reste, on commence à leur rendre Justice; et plus on les étudiera, plus on saura les apprécier. Nous ne serions point étonnés qu'un jour, et ce jour est peut-être plus rapproché qu'on pourrait le croire, on ne préférât ces œuvres ignorées aujourd'hui, à des compositions beaucoup plus connues et cependant moins dignes de l'être.
L'amour exagéré et exclusif des œuvres grecques et romaines, qui a dominé dans le monde depuis le xvi* siècle, avait jeté un tel discrédit sur les ouvrages du moyen-âgOi qu'on eût à peine osé, il 7 a cinquante ans, avouer qu'on leur eût consacré quelque temps; aujourd'hui on ne rougit plus de les étudier, on ose même avouer que parmi ces ouvrages il en est où le naturel et la grâce remplacent avantageusement le ton maniéré et pédant de la littérature imitée des Grecs et des Romains. ,
SUE LA PiatODl fioïkAtB. LUIX
La littérature religieuse ^ proprement dite, a deux branches principales : les oeuvres liturgiques et les oeuvres mystiques.
La littérature liturgique ne se distingue pas par un style riant et imagé, mais par un naturel , une allure populaire , une simplicité qui n'ont jamais été surpassés. Jamais littérature n'eût sur les masses autant d'influence.
On le sait y le culte était tout popr le peuple simple et candide du moyen-âge. Les actes du culte extérieur étaient son bonheur, sa consolation. Sa vie n'était qu'une suite d'émotions mystiques; l'année entière était parsemée de jours de fôte où tour à tour passaient devant ses yeux les mystères de J.-C. ou de la sainte Vierge et les triomphes des Saints. Ces fêtes étaient les grands jours du repos et des douces joies de la fiimille. L'Église, comme une bonne mère, les avait multipliées en faveur du pauvre serf qui n'avait même pas la propriété de ses bras et n'avait que les jours consacrés par la religion pour se soifvenir qu'il était homme, pour s'élever jusqu'à la pensée morale et au sentiment religieux.
Ce fut pour aider le peuple à s'élever jusqu'à l'idée et à l'amour des choses spirituelles et célestes, que l'Église adopta pour les réunions religieuses ces chants populaires que l'on a désignés sous le nom de Répons^ d'Hymnes et de Séquence ^ et qui forment ce que nous appelons la littérature liturgique.
II était diCBdle de rien fiûre de mieux adapté à la tendance générale des esprits , de plus attrayant pour le peuple , que ces compositions où la vieille langue de l'Église se trouve souvent mêlée à l'idiAme populaire, où la ppère est comme dramatisée et ressemble à on dialogue simple et candide entre Dieu et le fidèle. Les hymnes et les séquences surtout ont tour à tour un caractère tendre ou pa-
Lxxx coup^d'ûbil gMiial
théiique, triste ou joyeux; il s'en exhale comme un parfum mystique de foi et d'amour qui ne permet pas d'être insensible en les lisant. Ces rithmes, en apparence si simples^ yont à Tâme, Témeu- Tent doucement. Le simple les comprend et les aime à cause de leur sens clair, de leur mélodie naturelle; le philosophe y admire les pensées les plus hautes du christianisme largement compris. Ce mélange de simplicité et de profondeur est frappant dans la plupart des morceaux liturgiques du moyen-âge.
On ne s'en étonnera pas, lorsqu'on saura que les hommes les plus remarquables ont enrichi la liturgie des œuvres de leur pieux génie.
Le fonds de la liturgie appartient à tout ce que Tantiquité chré • tienne eut de plus élevé et de plus saint. Ce fonds a été enrichi en France , pendant la période féodale , par des hommes comme saint Odilon de Cluni , le roi Robert , Fulbert de Chartres , Hildebert, Anselme , saint Bernard, Pierre le Vénérable, Abailard, Guillaume Durand, Pierre d'Ailly , Gerson, et beaucoup d'autres écrivains célèbres. Les évéques adoptaient en outre pour leurs églises les œuvres des liturgistes étrangers, comme saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, Innocent III et autres grands liturgistes de diverses contrées.
A côté de cette littérature liturgique, si vaste et si intéressante, nous devons placer la littérature mystique qui arriva , pour ainsi dire, à sa perfection pendant le moyen-âge.
Que de noms nous aurions à citer, pendant la seule période féodale! Odon de Cluni , Fulbert et Yves de Chartres; Anselme, aussi
distingué comme mystique que comme philosophe; Geoffroy de Vendôme, Hildebert, Hugues et Richard de Saint-Victor, saint Bernard, Pierre le Vénérable, Pierre et Louis de Blois, saint Vin-
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cent-Ferrier, Genon et beaucoup d'autres enrichirent de leurs j^eux travaux la littérature mystique.
Parmi eux saint Bernard tient sans contredit la première place. On ne saurait dire tout ce qu'il y a d'éloquence douce ^ tendre et élevée dans les œuvres de ce grand homme. Nous n'étonnerons point ceux qui les connaissent, en plaçant saint Bernard au rang des plus grands écrivains des époques les plus célèbres. Ce qu'on remarque surtout en lui , c'est une abondance, une facilité qui ne laissent point apercevoir le travail. Les sentiments les plus pieux coulent de son cœur comme d'une source abondante et sont exprimés dans le style le plus attrayant. La lecture assidue de la Bible avait rendu familiers au saint docteur ce sens profond , ces mots saisissants , cette teinte orientale qui forment le caractère des livres sacrés. On a placé saint Bernard au rang des Pères de l'Eglise ; c'est à juste titre, et son nom est bien digne de figurer parmi ceux des Jérôme, desChrysostôme et des Augustin.
Dans le cours des trois volumes que nous consacrons & l'histoire de la période féodale, nous trouverons l'occasion de nous étendre davantage sur les grandes œuvres philosophiques, scientifiques, artistiques et littéraires de cette époque si méconnue et si calomniée ; sur la fondation de la Sorbonne et des Universités qui remplacèrent les écoles monastiques; sur les luttes de ces Universités et des Ordres mendiants ; sur les discussions philosophiques et théologiques ; enfin sur tout ce qui atteste la vie intellectuelle. Nous en parlerons sans préjugés, avec indépendance, et, suivant notre méthode, d'après les monuments les plus incontestables.
* D'après toutes ces études, nous serons en droit de conclure que
si, pendant le moyen-âge, il y eut des institutions déplorables et
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PERIODE FEODAIiE.