‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiques (volume 2)Chapitre 4 sur 50 · XXXVI . coup-d'obu général · texte numérisé non relu

XXXVI . coup-d'obu général

Lorsque la papauté entreprit , au xi* siècle , de réformer TEglise, elle dut naturellement jeter les yeux sur des institutions qui pouvaient seules la comprendre et se dévouera son œuvre.

Les monastères commençaient alors à avoir un caractère nouveau et tout différent de celui qu'ils avaient primitivement.

A l'origine, ces établissements avaient tous une existence indépendante les uns des autres. C'étaient tantôt de pieuses colonies fondées par révéque qui les distribuait çà et là dans son diocèse, comme des pépinières d'apôtres; tantôt ils se formaient d'eux-mêmes. Un pieux solitaire se retirait dans une grotte sauvage, au fend d'une forêt : l'auréole de sainteté qui brillait au-dessus de son buoible retraite le faisait découvrir, et ks âmes avides de perfection se groupaient autour de lui pour entendre sa voix et suivre ses exemples. Ces premiers moines suivaient de leur mieux les règles de Cassien ou de saint Benoit, gagnaient leur vie à la sueur de leur front , défrichaient ces terres qui font aujourd'hui la richesse de la France, on copiaient les livres qui ont fait sa richesse intellectuelle, a Qs cultivaient la terre, dit ^Voltaire % ils chantaient les louanges de Dieu, vivaient sobrement, étaient hospitaliers; et leurs exemples pouvaient servir à mitiger la férocité de ces temps de barbarie, i»

Dieu les appela à une plus haute mission sociale au ii* siècle; nous les voyons à cette époque quitter leur caractère érénûtique, et prendre un caractère d'association qui pouvait seul donner à leur action plus d'unité et de force.

Ce fut Odon de Gluni qui semble avoir eu le premier Fidée des agrégations monastiques. Il l'emprunta sans doute au régime ftodal qu'il voyait se développer et s'établir. Il travailla donc à affiUer à

* VolL, Essai , etc.

SUR LA P&lOra FÉODÀLK» XXIVU

son abbaye , non-seulement quelques prieurés , comme cela se fiûsait depuis assez longtemps , mais d'autres grandes abbayes. Sans leur dter leur supérieur, il cherchait à les grouper autour de Cluni comme les arrière-fie& étaient groupés autour du grand fief , à. &ire de tous les abbés particuliers de ces monastères, des feuda-* taires spirituekde l'abbé de Cluni, recevant de lui l'impulsion comme d'un centre commun. La pensée d'Odon fîit suivie par ses successeurs qui furent tous pendant longtemps des hommes d'une haute capacité et parvinrent à l'appliquer sur une large échelle. L'abbé de Cluni fht décoré, dès la fin du x* siècle, du titre de proUxibbas , et cette illustre abbaye comptait, au xi*, des afiBliations dans toutes les provinces de France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, en: Pologne.

Ce caractère d'association fut depuis adopté par tous les Ordres religieux de la période féodale comme ceux deCiteaux, de la Chaiv treuse, deGrammont, de Pontevraud, des Dominicains, des Frandscains, des Trinitaires, etc. Toutes ces corporations, aussi bien que les Ordres militaires , formèrent comme les bataillons fortement unis de la grande armée monastique à laquelle la papauté s'appliqua à donner l'impulsion, et qui travailla sans relâche à combattre tous les prindpes mauvais qui se trouvaient dans l'état social.

Quelquesandens monastères se tinrent en dehors de ces agrégations ou n'y entrèrent qu'à certaines conditions, en conservant plusieurs usages particuliers. Ils peuvent être assimilés aux villes qui jouis* saient de privilèges ou franchises et n'étaient pas complètement inféodées. Mais tous les autres étaient réellement inféodés àTabbayemère, qui elle-même ne reconnaissait la suzeraineté que du siège apostolique.

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