IV
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qu'après le viii/ siècle , il fiit l'époque la moins éclatante qu'eût encore traversée l'Eglise de France.
Nous trouvons la cause immédiate de cette décadence dans les commQtioiis qqi ébraqlèreat alors la société.
Les Nord^mans et, ^rè| eux, les S^rraeiDl et le» Hongres ravagèrent la France presque entière. Partout sur leur passage, les monastères disparurent, et avec les monastères, les écoles et les bibliothèques, sources de la science et aliment des études.
Tandis que les barbares couvmieat de ruioes U sol de la France , la race de Robert-le-Fort luttait contre les faibles débris de la race karolingienne, et la féodalité, a^ milieu de ces commotions, s'établissait d'une manière définitive, pour le malheur de la société et de l'EgUse.
La féodalité existait en germe dans les institutions primitives des Franks. Tous étaient groupés p^r baades autour de différents chefs dont ils étaient les fidèles ou les recommandés.
Au commencement de l'invasion franke, les rois se firent représenter par leurs principaux fidèles, sous les noms de ducs, de comtes, de vicomtes et de marquis, dans les provinces, les cités, les pcLgi et les marches. Ces magistrats civils et militaires étaient d'abord complètement soumis à la volonté souveraine des rois; leur autorité, n'était que transitoire, et sur la réclamation des évéques ou des peuples, on les en privait lorsqu'ils s'en étaient montrés indignes.
Il en fiit de même sons les premiers rois de la seconde race. Charlemagne régularisa l'administration entière , fit contrôler les actes de tous les fonctionnaires par ses missi dominici; et comme les magistrats franks avaient presque toujours été en lutte avec les évéques, défenseurs des vieilles municipalités romaines, il travailla à fondre, au moyen de l'élément chrétien, tout ce qui restait des lois et coutumes romaines avec les lois et coutumes des Franks.
L'autorité de Charlemagne fut respectée , et les magistrats tremblaient à son seul nom.
Mais sous Hludwig-le-Pieux et Karl-le-Chauve, plusieurs luttèrent contre l'autorité royale , et firent quelques tentatives pour se rendre inamovibles dans les gouvernements qui leur étaient confiés. Cette prétention ne fit que s'accrottre à mesure que la royauté s'affaiblissait au milieu des ravages des barbares (st des luttes que soutenaient entre elles les deux races rivales.
DB t'l(6LI8l DB PRANCB. 3
Dans le cours da x/ siècle, non-seulement les ducs ou les comtes dapsles provinces et les cités , mais les vicomtes dans leurs pogiy et les marquis dans leurs marches ^ se rendirent indépendants, et firent, de leurs gouvernements, des propriétés qu'ils transmirent à leurs enfants.
Plusieurs cités défendirent leur indépendance et conservèrent les franchises que leur accordaient les lois municipales romaines ; mais la plupart tombèrent sous le joug des seigneurs soit laïques, soit ecclésiastiques.
Ce fut alors qu'à la faveur des bouleversements qui tenaient la France entière sous Timpression delà terreur, les seigneurs construisirent leurs châteaux pour défendre leur indépendance contre le roi ou des seigneurs plus puissants. Bientôt, du haut de ces châteaux, ils se jetèrent sur les populations d'alentour, oui ne rachetèpent leur vie qu'au prix de leur liberté et de leurs oroits les plus inaliénables.
Quand la race de Robert-le-Fort eut enfin , dans la personne de Hugues Gapet, expulsé du trône les descendants de Charlemagne, la France se trouva partagée en deux castes, les seigneurs et les serfs. Les églises et les abbayes tombèrent en grand nombre au pouvoir des seigneurs , qui les abandonnèrent au plus offrapt. Quelques évéques ou abbés furent assez puissants pour préserver de Tinvasion des seigneurs laïques leurs églises épiscopales ou burs abbayes ; mais ils en firent des titres seigneuriaux, et ces seigneurs ecclésiastiques ne valurent guère mieux que les autres. Ils devinrent guerriers * comme les leudes ecclésiastiques du vin.* siècle, et affligèrent trop souvent TÉglise du spectacle de leurs violences. Leur domination, prétendue spirituelle, ne fut qu'une horrible tyrannie, leur vie privée un tissu de crimes; leur immoralité * était égale à leur ignorance.
Les prêtres et les moines suivirent les exemples des évéques et des abbés, l'impudicité et la simonie couvrirent comme d'une lèpre ailreuse le corps de l'Église.
* Folcuin (De Gestls abbat. Lobb.) raconte les exploits militaires de Francoa de Tongres contre les Nord-mans. On trx)uve des évoques et des abbés mêlés k tontes les (pierres dont les cbronlques de ce siècle sont remplies.
* Des prêtres Tlvalent même avec des femmes qu'Us regardaient comme leur^ épouses et avec lesquelles ils s'étalent mariés pnbllqvemenL ( K. EpisL LeQn# pap. ad Episcop. Gall. et Germ., apud Labb. , Gonc t. n, p. 507.)
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La chaire de Pierre elle-même était indignement souiUée^ et on vit alors de royales prostituées disposer du siège apostolique en Civeur de leurs amants !
Après Benoit IV, qui mourut en 903, Léon V fut élevé an pontificat dont il ne jouit que quarante jours. L'indigne Ghristofle l'en chassa, et fut lui-même expulsé , Tannée suivante, par Sei^us III , l'amant de Marozie. Anastase et Landon ne firent que passer, et après la mort de ce dernier , Tinfâmc Théodora mit sur le saintsiége l'archevêque de Ravenne avec lequel elle entretenait, depuis plusieurs années, un commerce adultère. Cet indigne pape est connu sous le nom de Jean X. Marozie, fille de Théodora, fit mourir le criminel amant de sa mère, et, après le court pontificat de Léon VI et d'Etienne VII, éleva à la papauté Jean XI, le fruit de ses infâmes amours avec Sergius III.
Depuis cette époque jusqu'au grand Sylvestre H, qui monta aar le siège de Saint-Pierre, à la fin du x.« siècle, les papes furent, pour la plupart, meilleurs dans leur vie privée; mais ils ne firent rien de remarquable , et jamais la papauté n'était tombée si bas.
Les vices se multiplièrent donc dans l'Eglise de France sans que la papauté élevât la voix \ Pour peindre les désordres qui y régnaient, nous emprunterons les paroles du concile de Troslei, qui se tint en 909.
n avait été convoqué par Hervé, successeur de Foulques sur le
siège de Reims. Hervé, très zélé pour la discipline, fit l'ouverture
du concile par un discours dans lequel il peignit de la manière la
plus pathétique les maux dont l'Église de France était afOigée.
a II est bien nécessaire, dit-il aux évêques ', que par vos con-
* On possède cependant quelques lettres par lesquelles on volt que plusieurs papes s'occupèrent un peu de l'Ëglise de France. Nous parlerons dans le corps de THlstoire des relations les plus Importantes qu'ils eurent avec elle , et nous citerons, en outre , dans cette note, la lettre du pape Jean X au roi Karl-le^lmple, à propos du siège de Tongres, transféré k Liège, que se disputaient deux compétiteurs Hilduln et Rlcher. Le pape adjugea le siège à Rlcher. ( Eplst. Joann. apud Slrm. , Conc. Gall. , t. m , p. 575 et seq. ) Nous citerons encore deux lettres de Léon VII qui Tut un des meilleurs papes du x.* siècle ; l'une dans laquelle il reproche aux chanoines de Saint-Martin de laisser les femmes entrer dans leur monastère, l'autre dans laquelle 11 répond ft diverses questions de discipline que lui avalent proposées les évéques de France et de Germanie. ( ApudLabb., Conc., t. IX , p. 504 et seq.)
s Conc. Trosleian., apud Slrm., Conc Gall., t. m, p. 535.
DB l'bGLISB DB FRAHCB.
9 seUs et votre attt<»ité , vous acconriez au secours de l'Église , qui » semble être sur le penchant de sa ruine. Le démon est maître du » monde, car chaque année nos terres sont stériles , la mortalité » étend chaque jour ses ravages , les villes sont ruinées , les monas- 9 tères {Hllés ou détruits, les campagnes réduites en solitude. Nous 9 pouvons bien le dire , le glaive vengeur a pénétré jusques à Tame. 9 De même qu'autrefois les hommes vivaient sans loi et sans 9 crainte, abandonnés à leurs passions, ainsi de nos jours chacun 9 Ëiit ce qu'il lui plait, méprisant les lois divines et humaines et les 9 ordonnances des évéques. Les puissants oppriment les fidbles, les 9 pauvres gémissent sous le poids de la violence. Semblables aux 9 poissons de la mer , les hommes se font la guerre les uns aux au- 9 très, et les plus gros dévorent les plus petits. En un mot , l'É- 9 glise entière est bouleversée et dans la confusion.
» Et à nous-mêmes, que ne pourrait-on pas nous reprocher? 9 Hélas ! nous portons le nom d'évéques et nous n'en remplissons 9 pas les devoirs ! Nous négligeons la prédication ; nous voyons 9 ceux dont nous sommes chargés abandonner Dieu et croupir dans 9 le vice, sans les avertir, sans leur tendre la main; ou si nous vou- 9 Ions les reprendre, ils nous appliquent ces paroles de l'Evangile : 9 Ils nous chargent de fardeaux insupportables , et eux ne les tour 9 ckent pas seulement du bout du doigt. Ainsi le troupeau du Sei- 9 gneur périt, et nous ne pourrions citer personne qui se soit déci- 9 dé, d'après nos avis, à quitter les sentiers de la débauche, de 9 l'avance on de l'orgueil. Quel terrible compte sera le nôtre, lors- 9 que le pasteur étemel nous demandera les intérêts du talent qu'il 9 nous avait confié et les gerbes de la moisson que nous devions re- » cueillir ! Quelle sera notre confusion , malheureux pasteurs, lors*- 9 que nous paraîtrons devant Dieu sans brebis ! »
Hervé conclut son discours en exhortant les Pères du concile à s'armer du glaive spirituel pour couper les vices jusqu'à la racine, et firapper ceux qui refuseraient de se corriger.
On fit au concile de Troslei quinze canons qui mettent à nu la plaie hideuse de l'Église. Dans le premier et le second, les évêques réclament l'appui de la puissance temporelle pour seconder leur projet de réforme, et s'étendent fort au long sur les devoirs d'un roi chrétien. Ces conseils étaient à l'adresse de Rarl-le-Simple, pauvre prince qui manquait d'intelligence pour les comprendre et d'énergie pour les mettre à exécotion.
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Le troisième oanoo nous fiiit un bîtle taUèau de rinàtittltioA tno* nastiqae.
a De tous les monastères qui étaient en France, disent les étéqnes) les uns ont été brûlés par les païens, les autres ont été pillés et démolis presque entièrement^ Ceux dont il reste quelque ruine , n'ont rien conservé de la discipline régulière. Les tnoines , les cha-* noines , les religieuses n'ont plus de sut)ériét]ra légitimes. On leur impose d'ordinaire des laïques f et cette mauvaise coututne a eu pour résultat de les fidre tomber dans la pauvreté et le libertinage , de leur &ire oublier la sainteté de leur profession. La misère en a obligé plusieurs de quitter leur monastère et de retotimer dans le moiide pour y gagner leur vie.
a Nous voyons datis des monastères d'hommes et de filles , des abbés laïques avec leurs femmes , leurs enfants , lenrs gens et leurs chiens. Or ^ il est dit dans les capitulaires , que les abbés doivent expliquer la règle aui religieux et l'observer; comment des abbés comme ceux que nous voyons pourraient-ils expliquer la règle qu'ils ne savent pas même lire? Si on leur présentait le livre, ils seraient obligés de répondre par cette parole d'Isiâe : Je ne suis pas Ure. x>
Le concile, après ces justes plaintes, défend de mettre des abbés laïques dans les monastères, d'envahir les biens ecclésiastiques ,«de mépriser les paroles des évéques , de commettre des péchés infâmes^ des parjures et des homicides. Mais ces prescriptions ne furent guère respectées.
Dans le quatonième canon, Hervé recommande aux évéques du concile d6 travailler, de concert avec lui, à réfuter les erreurs des Orientaux touchant la proœmon du Saint-Esprit. C'était Sergius III qui) à l'exemple de ses prédécesseurs, avait réclamé les lumières des évéques de France sut* cette question. Cet indigne pape aimait mieux passer sa vie dans le désordre que d'approfbndir lui-métne les questions dogmatiques. Tandis que lui et les mauvais papes qui souillèrent alors le siège apostolique, laissaient voguer à-peu*près k Taventure la barque de Pierre, l'Eglise orientale se séparait définitivement du centré de Tunité.
L'Église de France fut plus heureuse et se conserva pure de toute hérésie. On ne peut en efiet donner ce nom à quelques erreun absuides ou à des superstitions qui se dissipèrent avec Tignoranoe qdi les avait enfiuitées.
Au premier rang de ces erreurs, il fiwt pkeer Une opinii^ qM
DB L EdhàêU OK ITHANGR.
Ton croyait appuyée »ur uq paasage de l'Apoeldypse ^ et d'après lar* quelle le moode devait finir avec le 1/ siècle.
Cette opinion , admise déjà au siècle précédent par quelques per* sonnes^ se répandit dans tout TOceident aveo une rapidité étonnante. Un ermite de Tburinge, nommé Bembard^ contriboa beaucoup à la fiiire adopter en prétendant que Dieu lui avait bit à 00 sujet des révélations. Une consternation générale s'caiparade tcuies les amest On vit uo grand nombre de fidèles abandonner leur patrie et prendre le chemin de la Palestine, où devait avoir lieu, disaitrHin, le juge* ment général. D'autres donnaient leurs biens aux monastères et pre* naient l'babit monastique, sous lequel ils se croyaient plus en sûreté. Si le soleil ou la lune s'édipsait, on désertait les villes ^ on allait se caeber dans le creux des rocbers, dans les cavernes les plus profondes. Les églises, les palais | les maisons même des particuliertf tombaient en ruines ; on regardait comme un soin fort inu* tile celui de les réparer, puisque toutes les constructions devaient bientôt disparaitre avec le monde. On ne pourrait peindre reffroî qui régnait de toutes parts. Des prédicateurs imprudents l'augmen--' talent encore par de prétendues prophéties ou des déclamations fanatiques. Ce fut en vain que des hommes graves tels que Adson , abbé de Montier«n-Der ; Râchard , abbé de Fleury , et ÂU>on, moioe du même monastère * , écrivirent contre ces rêveries, on ne se raf»<sura qu'à la fin du siècle , lorsqu'on vit que l'événement ne lépoi^ dait pas à l'attente.
L'ignorance fut eauae de quelques autres opinions ridicules* Celle des antbropomorphites ' eut des partisans^ Plusieurs avaient une dévotion particulière le lundi, parce que, suivant eux, l'archange saint Michel célébrait la messe ce jour-là en présence de Dieu. On poussa aussi jusqu'à la superstition ou au ridicule le culte des saints et des reliques, les enchantements, les sortilèges et les épreuves i^pelée» jugmnenU de Dieu.
Ces absurdités étaient combattues par tout ce que le clergé et l'é* tat monastique avait alors d'hommes instruits ; car on se trompe^ rait d'une manière étrange, si on regardait le x.* siècle comme absolument dénué d'hommes remarquables par leur science ou leurs vertus. Ce qui nous reste des conciles qui s'y tinrent atteste que
< y. ÀbboDvApologeU
'On appelait ainsi ceux qui se ifenleel Disu ssos ne fdme hi