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dans toutes les provinces ecclésiastiques il se trouvait des évéques assez zélés pour combattre de front les vices trop généralement répandus.
Outre le concile de Troslei dont nous avons parlé ^ il se tint, au mois de mai de l'année 909, un autre concile à Jonquières, au diocèse de Maguelone. Amnste , archevêque de Narbonne , s'y trouva avec onze autres évéques. Dès 902, Amuste avait tenu un concile avec Rostang d'Arles et plusieurs autres évéques. En 915, Austier de Lyon , Eymin de Besançon , Agius de Narbonne et quelquesuns de leurs suffragants , célébrèrent un autre concile à Châlonssur^Saône. Hervé, qui avait présidé celui de Troslei en 909, en convoqua un autre dans le même lieu en 921 . Seulf , son successeur, présida trois conciles : le premier en 923 , dans un Ûeu inconnu , les deux autres à Troslei^ en 924 et 925. n s'en tint plusieurs autres dans la province de Reims, à Verdun, à Ingelheim et à Trêves, & l'occasion des troubles que causèrent les querelles des prétendants au siège métropolitain de Reims. Nous ferons bientôt l'histoire de ces querelles déplorables.
On connaît encore deux conciles qui se tinrent à Anse, au diocèse de Lyon, dans les années 990 et 994, et où se trouvèrent les évéques de la province et quelques autres. Ceux de la province de Bordeaux en tinrent aussi deux, l'un à l'abbaye de Charroux, vers l'an 988, l'autre dix ans après, à Poitiers ^
Il est vrai que Ton possède fort peu de chose de ces conciles ; mais nous avons cru devoir les indiquer, pour montrer que si les désordres furent grands et très répandus dans le x.« siècle, il se trouva aussi des évéques attentifs à rappeler les règles de la discipline.
Plusieurs même se montrèrent animés d'une louable ardeur pour l'étude. Tels furent Hervé de Reims, dont nous aurons encore occasion de parler ; Rikulf de Soissons, qui recommande instamment à ses prêtres de se rendre exactement aux conférences chaque mois' \ Radbod d'Utrech, célèbre surtout par ses poésies chré-
4 V, pour tous ces conciles, Labb., Conc , t ii, et HIsL lltt. de France , t. n.
9 On a de Rikulf des statuts ecclésiastiques. Les Bénédictins , auteurs de VHi^ I toire littéraire de France^ disent que c'est dans ces statuts qu'ils ont trouvé le
j premier exemple des conférences ecclésiastiques. Cependant nous avons tu
! Hincmar de Reims dans ses capitulaires les recommAider k ses prêtres et ea
parier comiiie d'une losUtotion déJA en vlgumur.
Dl L'B6U8I 01 nUM CB. 9
tienaea; Saknnon de Constance, habile dans l'art depeindfe et de dorer les lettres capitales des manuscrits; Brunon de Cologne, dont la maison épiscopale était le rendet-vons de tous les savants dès bords du Rhin. Ces contrées étaient alors le point lumineux des royaumes franks. Les empereurs , qui étaient en même temps rois de Lorraine y s y montraient les dignes héritiers de Charlemagne et y encourageaient les études. On voyait auprès de Brunon de Colo* gne, Rather, de l'école de Lobbes, aussi distingué par ses connaissances qu'inconstant dans ses désirs ^
Rather, nommé en 931 évéque de Vérone , pendant un voyage qu'il fit en Italie, était, deux ans après, en prison, où il passa plusieurs années. Lorsqu'il fut rendu à la liberté, il trouva sur son siège épiscopal un prétendant peu disposé k le lui rendre , et il se retira en Erovence , ou il devint précepteur. Il n'y resta que deux ans et revint à Lobbes, d'où il passa à la maison de Brunon de Cologne, auquel il donna des leçons pendant neuf ans. Il fut ensuite pendant trois ans évéque de Liège, d'où il fut chassé. Etant retourné en Italie, il devint, pour la seconde fois, évéque de Vérone. Bientôt la mésintelligence se mit entre lui et ses clercs ; il publia des plaintes, chercha à se soutenir par des mesures de rigueur , et finit par se retirer , pour la troisième fois , dans l'abbaye de Lobbes. Il s'y brouilla avec l'abbé Folcuin et se rendit à Ulm , d'où il revint à Lobbes ter^ miner sa vie agitée et aventureuse.
Rather ' fut un homme éloquent et instruit , le plus savant évéque, après Gerbert qui fut la merveille du x.* siècle. L'Eglise de France légua Gerbert à l'Eglise Romaine dont il fut la gloire, sous le nom de Sylvestre II. Nous lui consacrerons une étude spéciale.
Il faut encore placer, parmi les évéques célèbres du x." siècle, Gothescalk du Puy, qui , dans ses voyages, recueillait précieusement les manuscrits pour en enrichir son école épiscopale.
Les barbares avaient brûlé en France les manuscrits avec les églises et les monastères où ils étaient déposés. C'est une des principales causes de la perte d'un grand nombre d'ouvrages et de la ra-
* y. sur ces évoques et leurs ouvrages , THIstoire littéraire de France par les Bénédictins, L vi.
< Les ouvrages de Rather, nommé aussi Ralliier, sont pour la plupart des apologies ou des accusations contre ses ennemis; des plaintes où 11 exhale son mécontentement contre son siècle et ses adversaires* Oa a aussi de lui des opuscules théologiques , une graomiaire, etc., etc.
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r^é des manuscrits aatérieurg an x.« siàele^ Les homnes stqdieai de cette époque sentaient vivement la perte qu'ils venaient de fiaire et entreprenaient de longs voyages pour rechercher les ouvrages importants et en &ire des copies. Quand ils avaient trouvé ou copié un ouvrage y c'était une fête dans l'école ecclésiastique ou le monastère; on le déposait sur l'autel comme une chose sacrée^ et les savants qui en entendaient parler accouraient en prendre copie pour en enrichir leurs écoles.
Honneur à ces copistes obscurs du x.* siècle ^ à ces clercs, à ces moines dont le pénible et patient labeur nous a conservé ces chebd'oeuvre qu'ils ne pouvaient imiter ^ mais qu'ih savaient admirer !
A côté des évéques les plus célèbres y plaçons les savants que fournit à l'Eglise l'état monastique 3 Martinien ^, qui a flétri si énergie* quement les vices des clercs^ des moines et des laïques de son temps ; Éberhard, poète et historien; Reglnon, abbé de Prum, chroniqueur et canoniste estimé ; Abbon de Saint-Germain ^ chantre des exploits des défenseurs de Paris ; Notker > abbé de Saint*Gal « connu surtout par son martyrologe et ses séquences ; Flodoaid ' . historien instruit et mtéressant ; Abben y la gloire du monastère de Fleury ; Adalberty modérateur de l'école de Mets, une des plus célèbres de France sous les évéques Adalberon et Thiéderik ; Hilpérik de Grandfel, savant mathématicien ; Folcuin , abbé de Lobbes, auteur des Gestes de ses prédécesseurs ; Létald de Mici ; Hucbald de Saint<- Amand et son ami Rémi d'Auxerre, l'un et l'autre disciples du savant poète Hérik ' et regardés tous deux , à juste titre , comme de profonds docteurs.
Rémi * était surtout distingué par ses profondes connaissances en
* L'ouvrsge de Martinien est divisé en quatre livres et existe en minuflcrlL Nous ne pensons pas qu'il ait encore été imprimé. D'après ce qu'en disent les critiques qui l'ont lu, Il serait bien digne d'être plus connu. [K sur Martinien et les sttteurB que oom citons plus lias, l'Histoire litténire de France par les BénédictlDS, t. vi»)
2 Flodoard a oomposé deoi ovvraees linportants, loa HMoIre de l'élise de Reims, que nous avons souvent citée, et sa chronique que nous citerons plusieurs fois. Ces deux ouvrages sont classés parmi les meilleurs monuments de notre histoire nationale. Flodoard était chanoine à Reims.
s Hérik a mis en vers la vie de saint Germain d'Auxerre , composée au v.* siècle par le pr«tre Constance. ( ^. 1 1.*' de cette Histoire. )
* RemI d'Auxerre fut peut^tre l'homme le plus savant du t.* Stède, dans les aHences ecclésiastiques, n commenta presque toute la Bible , et plusieurs de ses commentaires ont été quelquefois confondns avec ceut d'Haimon on Ralmôti
DB l'ÉGUSR PK rRANGB. H
Ecriture Sainte , et ses commentaires ne sont pas indignes de figu*" rer à côté de ceux de Raban-Maur et d'Almon d'Alberstat.
Les ouvrages des hommes que nous venons de nommer ne sont pas sans érudition; mais, en général ^ ils sont d'une latinité yî* cieuse et d'une critique faible.
Le premier défaut vient évidemment du mélange du tudesque on langue des Franks, avec la langue latine. Cette fusion d'idiomes si différents mit en usage un grand nombre de locutions nouvelles , de mots barbares que les savants latinisaient dans leurs ouvrages. On s'aperçoit particulièrement de cette fusion sous le règne de Charlemagne, où les deux races gallo-romaine et firanke commencèrent à se confondre ; elle ne fit que s'accroître avec le temps et enfiinta la langue romane, d'où est sortie notre langue française.
Le défaut de critique que i'on remarque dans les ouvrages du X.* siècle, venait surtout de la rareté des manuscrits.
Le génie, privé des moyens nécessaires de l'érudition , déploya son activité sur des sujets de pure imagination et surchargea de détails fabuleux les fidts historiques dont on n'avait qu'uneconnaissance imparfaite. C'est au x.« siède qu'il faut remonter pour trouver l'origine de ces ouvrages fimtastiqnes appelés romans * ou fiibliaux, et de ces vies de saints surchargées d'aventures incroyables et souventabsurdes.
Des auteurs fort peu érodits et dans l'impossibilité de l'être, s'emparèrent de quelques données historiques transmises dans tes Eglises fmr tradition et les noyèrent dans une foule de récits merveilleux. L'absence de critique les faisait donner et accepter comme vrus, et les conciles furent souvent obligés de s'élever contre les auteurs , qui non-seulement inventaient des faits, mais quelquefois même des saints. Un grand nombre de vies furent ainsi altérées à la fin du ix.* et pendant le x«* siècle, pour sattsfiiire le goût du merveilleux, qui étidt dans les mœurs de Fépoque; ou la sotte vanité de quelques évéques ou abbés qui voulaient donner à leurs églises ou à leurs monastères une origine miraculeuse ou apostolique. Ces altérations portèrent sur des pièces historiques qui eussent été d'un grand in-
d'AlbcrsuL ReaU a aussi écrit plasienrt oiivniget llturglqiics et des eommèiH taires Uuéraircs sur Donat le Grammairien, et sur le Traité des Sept Arts de Mar^ tiaiius Capella. (F. Bibliotb. SS. PP., t. xyi, p. 052 et seq. (ediL Lugd.), etTHist. UtL de France, t. ti.)
* K Hist lut. de France, t. vi, p. 12 et sulV. Les r&kmm ftirent ainsi appelés parce qu'ils furent primitivement écrits eo langue roÊUtne,
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térét si elles nous fussent parvenues dans leur intégrité, mais qui ont per()u à-peu-près toute leur valeur, pat l'impossibilité où l'on se trouve de distinguer l'erreur de la vérité. Voilà pourquoi, dans toute cette histoire, nous n'avons tenu compte que des documents contemporains des faits et d'une authenticité incontestable , et nous avons négligé toutes les vies des saints primitifs composées ou altérées au moyen-âge.
Ce qui contribua le plus à faire renaître l'érudition en multipliant les manuscrits , fut la réforme des monastères qui fut reprise au X.* siècle , et commença principalement dans l'abbaye célèbre de Cluny. Avant de traiter cet intéressant sujet, nous avons à raconter plusieurs événements importants qui arrivèrent au commencement du IX.® siècle. Un des principaux fut la conversion des Nord-mans.
Pluisieurs bandes de ces hommes du Nord étaient campées en diverses provinces de France et surtout en Neustrie , où guerroyait , depuis trente-sept ans , le fameux RoUon, leur chef le plus illustre.
Depuis loog-temps les évèques travaillaient à les convertir au Christianisme, et un assez grand nombre avaient reçu le baptême avant leur établissement définitif en France. Mais il faut avouer que pour la plupart des néophytes nord-roans, le baptême n'avait été qu'un moyen de s'attirer des présents. On en vit qui , après avoir été baptisés dans leur pays par Anskair ou par ses disciples , se fiadsaient de nouveau baptiser en France, et tous, à-peu-près, en recevant le baptême, conservaient leurs anciennes mœurs et vivaient comme auparavant, en vrais païens.
Widon, archevêque de Rouen, dont les Nord-mans étaient dèslors les maîtres, comptait dans son troupeau plusieurs de ces néophytes. Il était plus afiligé de leur conduite que consolé de leur couversion. Craignant toutefois d'aigrir le mal en appliquant à ces bibles chrétiens les canons dans toute leur sévérité, il consulta Hervé, archevêque de Reims, sur la manière dont il devait agir envers eux et envers les catéchumènes de la même nation qui aspiraient au baptême ^
Hervé lui conseilla d'user d'indulgence. U vaut mieux, dit-il', laisser croître l'ivraie que de s'exposer, en l'arrachant, à déraciner le bon grain.
1 Labli. , Conc , t. ix , p. &84»
ftB L'icUSB M ffRANCB. 13
L'archevêque de Reims travaillait lui-même, ainsi que son ami Widon, à convertir les Nord-mans assez nombreux dans son diocèse. Mais il trouva dans ses néoph^ftes cette inconstance qui avait éveillé les scrupules de l'archevêque de Rouen. Hervé , qui les avait calmés par sa réponse , eut besoin de consulter à son tour^ et pria le pape Jean IX de lui faire savoir quelle pénitence il convenait d'imposer aux Nord-mans qui , après avoir reçu le baptême , retournaient à leurs superstitions (90O).
Le pape lui répondit * : «
a La lecture de votre lettre nous a causé en même temps une vive douleur et une grande joie. Nous avons été affligés des maux que vous avez à supporter dans vos provinces , non-seulement de la part des païens, mais aussi de la part des chrétiens, comme vous nous Tavez appris. Mais je ne puis vous exprimer la joie que nous cause la conversion du peuple nord-man , de ce peuple qui , après avoir versé tant de sang humain, commence, par la grâce de Dieu et par vos exhortations, à reconnaître qu'il a été racheté parle sang de J.-C. Nous en rendons dlmmenses actions de grâces à l'auteur de tout bien, et nous le conjurons de confirmer ces néophytes dans la foi.
9 Quant à la question que me propose Votre Fraternité, savoir comment il convient d'en user avec les Nord-mans gui, après avoir été baptisés et même rebaptisés y continuent de vivre en païens, de tuer des chrétiens, de massacrer des prêtres, de sacrifier aux idoles et de manger des viandes offertes aux faux dieux; je pense qu'il faudrait leur appliquer les canons dans toute leur sévérité, s'ils n'étaient pas aussi nouveaux dans la foi. Mais ils sont encore peu instruits. Mieux que nous, vous connaissez leurs mœurs, vous savez donc mieux que nous avec quelle prudence il &ut en agir avec eux. Vous comprenez qu'en de telles circonstances il ne convient pas d'user envers eux de la sévérité prescrite par les lois, de peur de leur rendre insupportable le joug de J.-G. , et de leur fournir un prétexte de retourner à leurs anciennes erreurs. Cependant, si vous en trouvez quelques-uns assez fervents pour consentir à se soumettre à toute la rigueur de la pénitence canonique, vous devez la leur imposer. »
Il y avait donc déjà un certain nombre de Nord-mans baptisés et initiés aux éléments de la foi catholique, avant leur établissement
* Labb. , Conc , p. 483 , et apud Sinn. , Conc. Gall. « U ui , p. 534.
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défiaitif en Neustrie. Mais Texemple de Rollon fut plus efficace que tiS8 efforts des évéques, pour les convertir au Christianisme.
Kari-le-Simple^ qui voyait soa trône continuellement menacé par la Cnciion des seigneurs dévoués à la race de Robert-le-Port, et qui était hors d'état de résister à RoUon, conçut le projet de traiter avec le chef nordnoian et de s'en faire un allié.
Francon , successeur de Widon sor le siège de Rouen , fut chargé de la négociation. S'étant donc rendu au camp de Rollon ^ il lui parla ainsi :
« Illustre guerrier \ as-tu résolu de taré toute ta vie la guerre 9 aux Franks? Si tu meurs dans les combats, quel fruit recueil- » leras-tu de tant de travaux? Crois-^tu être un dieu? N'es-tu pas » un homme mortel y fait comme les autres d'nn peu de poussière? j» Si tu continues comme tu as commencé , l'enfer sera ton partage y » et là , dans cette triste demeure y tu ne pourras plus fiûre la guerre 9 à personne ; mais si tu veux embrasser la religion de J.-C., tu jouip ras de la paix en cette vie et en l'autre.
» Le roi Karl veut bien te céder ces rivages de la mer que toi et 9 Hasting avez ravagés , et il t'offre en mariage sa fille Gisèle qui 9 sera le gage de la paix. Que ce soit l'amour de la gloire ou l'inté- 9 rét qui te guide, tu dois accepter de telles conditions, car elles 9 n'ont rien que de glorieux pour toi et d'avantageux pour ton 9 peuple. »
Rollon et ses guerriers étaient ftitigués des combats et aspiraient au repos. Les propositions du roi frank leur plurent , et Rollon ne désespéra pas d'en obtenir de plus avantageuses encore, il renvoya au roi l'archevêque Francon pour lui représenter que le pays qu'il lui offrait avait été désolé par les guerres précédentes, et qu'il fallait y joindre quelqu'autre province d'où il put tirer des vivres pour la subsistance de ses guerriers. Kari fui bien obligé d'y consentir, et se rendit à Saint-Glaîr, sur les bords de la rivière d'Epte, où Rollon vint le trouver pour conclure le traité. Le roi déclara lui céder tout le pays situé entre la rivière d'Epte et la mer, et qui prit le nom de Normandie, lui donner sa fille Gisèle en mariage, et la Bre-
* Dud. , lib. II. — Dudon'deSaint-QucQtln nous a donné une Histoire des Nord- «ans ; mais de graves auteurs lui reproclient de ravoir exécutée plus en romancier qu'en historien. Pour les faits qui se sont passés de son temps, Il n'est pas sans autorité.
DR L'sGltSIt DS VIIANCR. 4 5
togne pour la fiubsistoHce des Nord-mans, jasqa'à ce qae le pays qu41 lui cédait fût repeuplé et bien cultivé»
De son côté, Bollon promit d'embrasser la religion cbrétienae , et mit ses mains dans celles du roi pour lui faire hommage du ûef dont il recevait la propriété; mais il refusa de lui baiser les pieds, comme c'était l'usage. Un Nord-man, qui &t a sa place cette étrange cérémonie , leva si haut le pied du pauvre Karl, qu'il le fit tomber à *a renverse (914).
L'archevêque de Rouen Francon se mit , aussitôt après la condosion du traité , à instruire Rollon des mystères de la foi, et le baptisa au commencement de Tannée 942. Lorsque Rollon eut reçu le baptême, il dit à l'archevêque : a Nommes-moi les églises les plfis » respectables de mon nouveau pays? — Ce sont , |yi répondit Fran- » con, les églises de Notre-Dame de Rouen, de Notre-Dame de » Bayeux et de Notre-Dame d'Evreux ; celle du Mont-Saint-Michel , » de Saint-Pierre de Rouen * et de Saint-Pierre de Jumièges. — » Dans les environs, ajouta Rollon, quel est le saint le plus puis- I» sant auprès de Dieu ? — C'est saint Denis , répondit Tarchevéque. » — Eh bien , continua le Nord-man , avant de partager ma terre à > mes guerriers , je vepx en donner une partie à Dieu , à la Sainte- » Vierge et aux saints que tu m'as nommés, afin de mériter leur » protection, d
En effet , pendant les sept jours qu'il porta l'habit blanc des nouveaux baptisés, il donna quelque portion de terre aux sept églises que l'archevêque lui avait désignées *. Le territoire de la nouvelle province fût ensuite mesuré au cordeau , et partagé entre tous les Nord-mans qui voulureut y fixer leur demeure. Rollon prit soin de les fiûre instruire de la religion, et en peu de temps ils reçurent presque tous le baptême.
Ils connaissaient d'avance le Christianisme annoncé à tous les peuples du Danemarit et de la presqu'île Scandinave par Ebbon, saint Anskair et ses disciples; témoins, depuis un demi-siècle qu'ils parcouraient les diverses provinces de la France, des cérémonies du culte catholique, ils tenaient peu à leurs superstitions et les
* Depuis nommée Saint-Ouen.
s « Cbaque maUn, dit M. Aug. Thierry, les prêtres qui l'instruisaient lui firent donner quelque portion de terre aux églises et aux saints du pays. (Hist. de la Gonq. d'Angleterre par les Normands, 1 1, p. 166.) M. Tiilerry na peut t<Niclier k un fait religieux sans y laisser l'empreinte de ses préjugés anU-catholiques.
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abandonnèrent sans regret dès qu'ils comprirent que c*était leur intérêt.
Rollon y devenu chrétien , se montra législateur aussi intelligent qu'il s^était montré auparavant guerrier terrible. Il fit des ordonnances sévères contre le pillage et le vol, défaut dominant dans sa bande , et elles furent si exactement observées qu'on n'osait ramasser ce que l'on trouvait ^ dans la crainte de paraître l'avoir volé \ Grftce à la vigueur du nouveau duc et à l'influence salutaire des principes chrétiens qui pénétraient doucement les cœurs, les Nordmans devinrent bientôt un peuple modèle, a Ils l'emportèrent sur les autres, dit Raoul-Giaber ', par la gloire des armes au milieu des combats, par leur union et leur libéralité pendant la paix. Toute la province qui leur était échue en partage semblait former une seule maison, une même famille unie par les liens d'une concorde inviolable. Ils traitaient comme voleur et brigand tout homme qui avait recours au mensonge pour demander, dans une afiaire , plus qu'il n'avait droit d'exiger, ou pour soustraire quelque chose à autrui. Les pauvres, les indigents, tous les étrangers étaient comme leurs enfants d'adoption, et trouvaient toujours chez eux des soins vraiment paternels. Ils envoyaient dans presque tout l'univers les dons les plus magnifiques aux saintes Eglises; on voyait même tous les ans des moines venir de la Palestine et du mont Sinaî à Rouen , et remporter des secours pour leurs monastères, n
L'Église de France n'avait jamais oublié l'Église de Jérusalem. Au X.* siècle comme au cinquième, elle envoyait aux saints lieux de nombreux pèlerins qui lui redisaient les maux qu'avaient à souffrir les fidèles de Jérusalem, depuis surtout qu'ils étaient soumis à la domination des Musulmans. Nous verrons dans deux siècles les Nord-mans , dignes de leurs pères , marcher à la délivrance du tombeau de J.-C.
Les années qui suivirent la conversion de Rollon sont pleines d*intrigues politiques , dans lesquelles les évéques remplissent le même rôle que les seigneurs laïques. Deux partis étaient en présence, celui de Karl-le-Simple, représentant de la race karolingienne, et celui du comte Robert, descendant de Robert-le-Fort. Karl eut beau fiaire excommunier dans un concile ceux qui lui
* WlUcIm. Gemmet. , lUi. ii, g. 20.
SRod. GUIi.«Uli.i,e.5.
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minqueraient de fidélité, il se vit abandonné de presque tous les seigneurs , dans un plaid qui se tint à Soissons * en 990. Hervé y archevêque de Reims ^ qui lui resta fidèle, le conduisit dans son diocèse et Ty retint jusqu'à ce qu'il eût regagné l'appui des seigneurs, n le ramena alors dans son royaume. Karl ne fut pas reconnaissant des services d'Hervé y et prit le parti d'un seigneur nommé Erlebald y auquel l'archevêque de Reims avait été obligé de fidre I4 guerre.
Hervé, pour se venger de l'ingratitude du roi, l'abandonna y et Fan 922 mit solennellement la couronne royale sur la tête du comte Robert. Karl , soutenu des Lorrains , marcha contre son compétiteur, et lui livra bataille près de Soissons. Robert perdit la vie au milieu de la victoire, et ses partisans élurent roi Rodolphe ou Raoul qui fut sacré à Soissons par Walther ^, archevêque de Sens. Karl , trahi par Herbert , comte de Vermandois , fut enfermé par lui à Château-Thierri, et sa femme Otgive s'enfuit en Angleterre auprès d'Edward son père, avec un fils en bas-âge, seul reste de la race de Charlemagne '.
Séulphe ou Seuif , successeur d'Hervé, qui s'était déclaré contre Karl * comme son prédécesseur, ne jouit pas long-temps de son siège, et avant de mourir, laissa dans son Église un germe de troubles qui dégénérèrent en guerre civile.
Cet évêque était d'un caractère fier et hautain : sous prétexte que Odon et Hervé, l'un frère et l'autre neveu de l'archevêque Hervé son prédécesseur , avaient manqué aux égards qu'ils lui devaient comme vassaux de l'Église de Reims , il les fit sommer de venir
* Floâoard., Chroa. ad ann. 030. Epist. Corol. ad Episcop. ; apud Slrni. , Cône. Gall.,t m, p. 573.
3 Cet évéque est aussi appelé Vaultler. On a de lui des règlements ecclésiastiques. (Ap. Labb., Cooc, t. n, p. 577.) n y prend des mesures contre les vices trop communs dans les monastères et contre les mauvab dercs.
> Il s'appelait Hlndwlg, et revint en France, n est connu sous le nom de Louis d'Outre-ner. KarMe-SImple mourut dans sa prison en 030.
* Flod.,Chron. ad ann. 033. — On a cependant les actes d'un concile de Reims, dans lequel SeuIf Impose une pénitence sévère à tous ceux qui s'étaient trouvés k la bataille de Soissons. Gomme on pouvait se racheter de la pénitence, moyennant ooe certaine somme, c'était peut-étre pour SeuIf un moyen d'avoir de l'argent. (r. Slm. , Gonc Gall. « t m, p. 578.) Seulf assembla un autre concile à Troslel, où le comte Isaac fut obligé de payer k Etienne , évéque de Cambrai , cent livres d'argent k Utre de dédommagement pour un château dont 11 s'était emparé sur lui.