‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiquesChapitre 1 sur 26 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Régence de Marie de Médicis. — Gonseil secret — Influence des Jésuites sur la politique. — Ces religieux sont accusés de complicité dans l'assassinat do Henri IV. — Vive polémique à leur sujet. — Condamnation d'un livre de Mariana par le Parlement. — Reprise du procès de l'Université contre les Jésuites. — Intervention de la régente en faveur de ces religieux. — Le Parlement condamne le livre de Bellarmin sur le pouvoir du souverain pontife. -- Polémique de Bellarmin et des Bardai sur le pouvoir des papes. — L'Histoire de la papauté de Duplessis-Mornay. ~ Edmond Richer. — Son opposilion ù l'ultramontanisme. — Publication de son livre De la Fuiuance eceUstastique et poiWque. — Son opposition aux Jésuites. — Reprise du procès des Jésuites et de l'Université.— Plaidoj'ers de La Martelière et de liontholon.— Les quatre articles de Servin. — Les Jésuites gallicans. — Leurs poursuites contre Richer, qui est déposé du syndicat de la Faculté de tliéologie. — Le livre de Richer condamné par les conciles de Sens et d'Aix. — Etat des protestants au commencement du règne de Louis XIII. — Assemblée de Saumur. — Déflances des protestants. — Mariage du roi avec Anne d'Autriche et d'Elisabeth de France avec Philippe d'Espagne. — La politique de Henri IV abandonnée. — Les États-Généraux. — Questions de la réception du concile de Trente, du tyrannicide, du livre de Bécaa. — Discours de Richelieu, évéque de Lueon, pour la clôture des États. — Notice sur cet évéque. - Assemblée du clergé de 1615.— Elle s'engage à observer le concile de Trente et sollicite inutilement la convocation des conciles provinciaux.— Elle loue les Jésuites. — Censure du livre de Marc-Antoine de Dominis par la Faculté de théologie. — DifTérence entre la doctrine de Richer et celle de Marc-Antoine de Dominis. — Mort du cardinal Du Perron; ses œuvres. — Mort de Paul V.

Louis XIII n'avait que neuf ans lorsqu'il succéda à Henri IV. Marie de Médicis^ sa mère soutenue des ducs de Guise et d'Eper- 1 1

2 HISTOIRB

non, se fît reconnaître pour régente parle Parlemenl\ Les princes du sang qui auraient pu lui disputer ce titre n'étaient pas à Paris Lonqu'ils y arrivèrent, le gouvernement était constitué^ et ils furent obligés ie dissimuler leur mécontentmnetit.

Afin de ménager toutes les susceptibilités^ Marie de Médicis ouvrit à une multitude de princes et de seigneurs les portes du conseil de régence. Les anciens confidents de Henri IV y furent admis ; mais, outre ce conseil officiel, il y en avait un autre secret, où toutes les affaires étaient décidées avant qu'on ê6t môme demandé l'avis de l'autre. Les membres les plus influents du conseil secret étaient un Italien nommé Gonchini, connu sous le nom de maréchal d'Ancre, La Galigal «a femme, d'^)€moii, VîHeroy et le P. Coton. Ces personnages avaient des idées politiques contraires à celles du feu roi et de Sully. Henri IV n'avait cherché qu'à abaisser la maison hispano-autrichienne, dont les projets ambitieux bouleversaient depuis si longtemps le monde entier. Dans ce but, il s'était uni avec l'Angleterre et l'Allemagne, et, au moment où il fut assassiné, il s'unipsait par un traité avec le duc de Savoie, qu'il était parvenu à détacher des Espagnols.

Le Conseil secret abandonna ces projets et affecta de se rapprocher de l'Espagne. Les Jésuites secondèrent cette politique. Ces religieuse, malgré les témoignages extérieurs de tristesse qu'ils don- Bèrent à la mort de Henri IV, s'applaudirent en réalité d'tin événement qui remettait les affaires entre les mains de leurs amis. Le nom de Médicis leur était doux ; Conchini leur était dévoué ; Villeroy les aimait, d'Épernon disait tout haut que son épée était à leur service, Duret, leur ancien avocat, était du conseil secret. Aussi, le lendemain ^ de la mort de Henri IV, reprirent-ils les travaux d'une immense maison qu'ils avaient commencée au faubourg Saint*Germain, et dont ils avaient interrompu la construction depuis longtemps.

L'activité qu'ils déployaient f«t remarquée, et bientôt les bruits les plus sinistres circulèrent. On disait ouvertement * qu'ils n'étaient pas innocents de la mort de Henri, et les efforts du P. Coton

ip. de L'Estoile, Registre-Journal de Louis XIH; Mercure françois, aiui. lOiO ; Mémoires de SuUy, ch. 205 et sntv. ; Mémoires de ftiehelieu, liv. 1 ; Mémoires du maréchal d*Estrées, ann. 1010.

> P. de LTstoile, Registre-lournal d^^ LoiiH Xf fl. nim. ilHO. * Sportd<*, Ann.il. Er«l. ad ann. 1010.

DE l.'ÉGLISR DE FRANCK. 3,

pour étouffer ces^ runeiirs ne senaient qu'à leur donner de la consistance.

Dès que le P. Coton avait appris Tassassinat do Henri, il était accouru au Louvre et s'était écrié en présence du cadavre : « Eh 1 qui est le méchant qui a tué ce bon prince, ce saint roi, ce grand roi ? A-ce pas esté un huguenot 1 — Non, lui répondit«-on, c'est un catholique romain. — Ah! quelle pitié, dit-il, s'il est ainsi! Eti l'instant^ dit P, de l'EstoUe, * se signa de trois grands signes de la croix. Un des assistants, qui avait entendu ses paroles, dit assez haut pour être entendu : ce Les huguenots ne font pas de ces coups-là. D Le P. Coton étant allé, comme beaucoup d'autres, viiiler Ravaillac dans sa prison, lui avait dit : Regardez bien à ne meiire poê en peine les gens de bien. — Parole qui ne tomba pas à terre, dit P. de l'Ëstoilê K Un Jésuite, le P. d'Aubigni, avait coa- Imé Ravaillac quelque temps avant son crime. Cette circonstance et les paroles imprudentes du P. Coton, jointes à l'opinion désavaotagjieuse que l'on avait généralement des Jésuites, firent que de graves soupçons se répandirent conti*e eux dans le public. Plusieurs prédicateurs osèrent s'en faire les échos en pleine chaire.

« Le dimanche, 23 mai, dit P. de l'Estoile ', le P. Portuguais, cordelier, avec quelques curés de Paris, entre autres celui de Saint- Bartheiemi et Saint^Pol, prosnèrent les Jésuites et, en paroles couvertes (mais non tant toutefois qu'elles ne fussent intelligibles), les taxèrent comme fauteurs et complices de l'assassinat du feu roy, les arguansel coBvaincans par leur» propres escrits et livres, nommément de Mariana et Becanus^, par la lecture desquels il semble qu'on puisse prestement colliger qu'une des principales charités de ces gens soyt d'envoyer de bonne heure en paradis les roys et les princes qui ne les favorisent asses^ à leur gré ou qui ne soyent pas bons catholiques à la Mariant, »

Un Jacobin nommé Anselme Cochu et l'abbé Du Bois% de l'orde de Citeaux, attaquèrent aussi en chaire la doctrine des Jésuitas, et les accusèrent d'avoir été cause de l'assassinat du roi. Les

> P. de L*E8toile, Registre- Journal de Henri IV, ann. 1010. < P. de L*Estoile, Registrc^Jonmat de Louis XIII, ann. I4H0.

^ Nous parlerons bientôt de ces ouvrages.

* Il fut, ranni^" suivnnff*, «mprl^mi^ à Rotm*, par l*lnqiiif4tiOT?. pt pendu, (r. Mercure franrois, ann. 1011.)

4 IlIftTOIRB

livres de Mariana et de Bécan étaient surtout Tobjet de leurs véhémentes invectives.

Les Jésuites, pour détourner l'attention publique des bruits que l'on cherchait à répandre^ déployaient une grande pompe pour transporter le cœur de Henri d'abord à leur église de la rue Saint- Antoine, puis à leur collège de La Flèche ; mais on savait que, si Henri leur avait légué son cœur, aux instances du P. Coton, il ne les aimait pas pour cela davantage. L'opinion publique ne se méprit pas sur les sentiments qu'il avait pour eux. 11 avait cru devoir les ménager, les favoriser même pour les empêcher de conspirer contre lui en France et à Rome, mais il se défiait d'eux. Peu de temps avant de mourir, s'entretenant avec Marie de Médicis des moyens qu'elle devrait employer pour gouverner sagement, dans le cas où il viendrait à mourir, il lui recommandait ^ de bien traiter les Jésuites, mais d'empêcher leur accroissement sans qu^ils s^en aperçussent^ et surtout leur établissement dans les places frontières. Richelieu reconnaît, dans ses mémoires, que Henri vivait conservé, de son ancienne éducation, une grande défiance contre les Jésuites '. Marie de* Médicis et son conseil secret ne crurent pas devoir suivre les recommandations du feu roi ; mais, dans le grand conseil, plusieurs seigneurs leur étaient moins favorables. En pleine séance, le 25 mai, De Loménie osa dire au P. Coton que * c'était lui qui avait tué le roi avec la société de ses Jésuites '. Deux jours après, l'archevêque d'Aix, le P. Coêfletau et autres graves personnages ^ déclaraient au Parlement que Ravaillac, interrogé par eux, leur avait répondu conformément aux maximes des Jésuites Mariana, Bécan et autres, qui ont écrit qu'il était permis de tuer les tyrans. Sur celte déclaration, le Parlement ordonna qu'à la diligence du doyen et des syndics de la Faculté de théologie, ladite Faculté serait assemblée au premier jour pour délibérer sur la confirmation de son décret du 13 décembre 1413, confirmé par le Concile de Constance : « QuHl n'est loisible à aucun, pour quel" que cause et occasion (pAc ce puisse être, d'attenter aux personnes sacrées des rois et autres princes souverains ; et que le décret qui

^ Mémoires de Richeliou, édit. Miehand et Poujoulat. * Cet aveu confirme tout ce que nous avons dit en racontant ce qui arriva à répoque de leur rétablissement.

' P. de L*E8toile, Reglslre-Jouroal de Louis XIII. ^ ibid.

interviendrait serait soussigné par tous les docteurs de la Fa« culte. y>

Non content de cette ordonnance, le Parlement s'assembla le 8 juin pour condamner^ d^ns toutes les formes, le fameux livre de Mariana intitulé : De rege et régis Instituiwne^. a // l'adjugea au feu, dit P. de L'Estoîle, comme impie^ hérétique^ mal parlant de l'autorité des rois et pernicieux à l'Etat. » Un conseiller^ ami des Jésuites^ se raidissant fort contre l opinion de la majorité, dit que, si ou brûlait les livres des Jésuites, il fallait en faire autant de ceux de Luther et de Calvin. Un conseiller ecclésiastique lui répondit en riant : cr 11 y a tnen longtemps que les livres de Luther et de Calvin sont briilés ; on ne peut pas brûler les livres deux fois. Brûlons ceux des Jésuites une bonne fois, et qu'il n'en soit plus question.»

On proposa dans la même séance * d'interdire la chaire aux Jésuites, et de ne leur accorder la permission de prêcher que dans leurs assemblées et congrégations particulières. Mais les amis de ces Pères, et surtout certain président, tirent tant de bruit, que l'on se contenta de la condamnation de Mariana. L'arrêt prononcé contre r^t ouvrage fut exécuté le jour même, devant la grande porte de Notre-Dame , mais les Jésuites obtinrent que, dans la sentence, l'on ne dirait pas que l'ouvrage avait été composé par un membre de leur Société.

Henri de Gondi, évêque de Paris, fit opposition à l'arrêt du Par-

1 Du Roi et de son insliluUon. Cet ouvrage fut d^ibord imprinK; en petit in-folio ; Pauteur y appelait Jacques Clément Vétemeî honneur de la France {œtemum GaUiœ deeus). Peu aprè?, on en fit une édition in-8.o, où ces trois mots furent supprimé-. V. P. de L*Éstoile, op, cit.; Mémoires do RichelieUt liv. 1. — Baylc (K. Alariana) parle ainsi du livre de Mariana, De Bcge et Régis instUulione : u II n'y a rien de plus séditieux ni de plus capable d'exposer les trônes à de fréquentes révolutions ^ et la vie même des princes au couteau des (usassins^ que ce livre de J. Mariana. Il exposa les Jésuites, et surtout en France, à miUo sanglants reprochrs et à des insultes très mortifiantes, que Ton renouvelle tous les jours, qui ne finiront jamais, que les historiens copieront passionnément les uns des autres, et qui paraissent d^autant plus plausibles qti'fl fut imprimé arec de bonnes approbations, » Il fut en effet approuvé par le général Aquavira et le visiteur de la province de Tolède, sur le rapport d'hommes doctes et graves de la Compagnie.

Le Jésuite Feller, dans son Die tionnf lire historique, voulant fjiire connaitrc le sentiment de BayU touchant le livre de Mariana, supprime le commencement et la fin du passage que nous avons cite. Nous fouligno: s les phrases oubliées par Fcltcr.

2 P. de L'Esîoite, op. ciL

leuient^ sous prélexle que 1» cause était ectlésiasdquc, et, «lans une. lettre testimoniale, * prit fait et cause pour les Jésuites. Le nonce du pape se plaignit également de Tarrêt du Parlement ; d'Epernon parla en spadassin en leur faveur, et la régente se vit obligée de mander les chefs du Parlement pour leur faire des observation». Achille de Harlai retrouva sa vieille énergie pour flétrir les Jésuites cl faire entendre à leurs défenseurs de dures vérités. Le président De Thou et l'avocal-général Servin lui vinrent en aide, et les paroles graves de ces hommes, connus par leurs sentiments religieux et leur probité, firent une vive impression.

Une polémique ardente s'éleva au sujet des Jésuites. Duret, leur ancien avocat, osa appeler apostat le bénédictin Du Bois, parce qu'il avait prêché contre ses clients. Le P. Commolet, dont le passé était assez compromettant pour qu'il gardât le silence, s'élança dans l'arène par une lettre qu'il écrivit à Du Bois. Celui-ci leur répondit à l'un et à l'autre. Il adressa en outre une lettre latine au P. Bellarmin, et publia un ouvrage intitulé : Le$ douze articles de foi poHtiqtif dei Jésuites de France, Le P. Gontier, préchant le 19 juin, dans l'église de la Société, située rue Saint-Antoine, prétendit que tous les Jésuites souscriraient à l'arrêt rendu contre le livre de Mariana, mais il ajouta qu'on n'aurait pas dû brûler un si bon ou-» vrage, digne d'Origène, pour un feuillet repréhensible, qu'il était aisé de faire disparaître. Il en vint ensuite à Du Bois et aux autres, qui avaient prêché contre la Société. « Leur ignorance, dit-il, est indigne de réponse. »

Le P. Coton * trouva un exccUeut moyen de metti^e fm à tous les bruits désavantageux qui circulaient contre la Société. Accompagné de deux des siens, il alla trouver M le procureur-général pour le supplier, au nom de toute leur Société, « leur vouloir permettre de faire imprimer une apologie pour la défense des calomnies, toutes apparentes, dont on avait chargé et chargeait-on tous les jours leur Compagnie ; avec commandement et inhibition expresse à toutes personnes, de quelque qualité qu'elles fussent, de les contredire et impugner ou y faire response en q^elque façon que ce fust. De laquelle requête, continue P. de l'Ëstoile,

< Cette lettre est citée dans l^Histoire de la Compagnie de Jé^us, par M. Crétineau-Joly, t. ni, p. 157.

' P. de l/Estuilc, R(?gistrc'Journal de Louis XllI, ann. 1010.

DK L*ɫM^iR DK FBANf.E.

comme incivile et impertinente, iis furent lout aplat déboutes et refusés sur le champ, d

Le P. Coton était à la Cour * lorsque les principaux seigneurs protestants des diverses provinces s'y rendirent pour prêter, au nouveau roi, serment de fidélité. Sa présence n'empêcha pas un ministre du Dauphiné d'imputer aux Jésuites l'assassinat de Henri. Coton voulut enfin répondre à toutes les insinuations dont sa Compagnie était l'objet, et, le 5 juillet, il publia un écrit intitulé : « Lettre déclaratoire de la doctrine des Jésuites, conforme aux décrets au concile de Constance, adressée à la royne, mère du roy, régente en France. Ceste lettre, dit P. de TEstoile, est artificieuse, douce et sucrée par dessus, mais platte et molle comme Coton. »

Le comte de Soissons eut recours à un moyen plus puissant, pour arrêter les bruits qui déplaisaient aux Jésuites. Un jour qu'il avait, chez lui, un assez grand nombre de gentilshommes, il leur dit * : (c Je sais que le langage commun, à Paris et à la Cour, est que les Jésuites ont fait mourir le roi; le premier qui sera assez hardi pour parler ainsi , je lui donnerai de mon poignard dans le sein. »

Plusieurs Jésuites prenaient aussi des allures agressives. Le P. Gontier, un des principaux prédicateurs de la Société, ne prêchait rien moins que la guerre contre les Huguenots ; tous ceux qui n'étaient pas partisans des Jésuites étaient notés comme héré* tiques, et leurs partisans fanatiques parlaient tout haut d'une nouvelle Saint-Barthélémy. Fiers de l'appui qu'ils trouvaient en la régente et dans le conseil secret, ils sollicitèrent la permission de donner l'enseignement dans leur collège de Clermont ', situé rue Saint-Jacques. La régente leur en accorda les lettres-patentes vers la 6n du mois d'août \ Mais l'Université y forma aussitôt opposition devant le Parlement, qui appela la cause le 6 septembre. Les avocats n'ayant pas eu le temps de préparer leurs plaidoieries, l'affaire fut renvoyée au 18 novembre. L'avocat des Jésuites était Montholon, qui ne les haiioit pas, dit P. de l'Estoile, et celui de l'Université, La Martelière, qui ne les aimoit guèrcs.

> P. de L*£bloile, Registre-Journal de Louis XllI, aon. 1610. ^ fM.

* Ce collège porta depuis le nom de Loiils-Ie-Grand.

* P. de L'Estoile, op. cit.; Mercure françois, ann. 1611.

a Au coinincncement de novembre^ ajoule cet historien ^, messieurs les Jésuites^ guibus insilum et foJUdt iurbare *, remuent tout le monde et font de grandes brigues pour rétablissement de leur collège et pour gagner^ s'ils peuvent, leur cause, laquelle ils voudroient bien estre reculée a dix huit ans delà. Au-contraire M. le recteur, au nom de l'Université, en pousse fort le plaidoyer comme avantageux pour eux et nuisible aux Jésuites. M. le premier président et tous les meilleurs et plus gens de bien de la cour favorisent la cause de l'Cnivcrsité, mais la royne est pour les Jésuites. »

L'époque des plaidoyers arrivée, ces religieux parvinrent à faire remettre leur cause à huitaine ; et, lorsque, le vendredi ^6, le Parlement se disposait à la juger, a la reine régente ', de sa pleine autorité et puissance absolue, empêcha que la cause ne fût plaidée, mettant à néant, pour ce regard, la délibération et résolution de la cour, » Le Parlement remit, en conséquence, la cause au mois de novembre de Tannée suivante, et condamna, séance tenante, l'ouvrage du Jésuite Bellarmin, intitulé : Traité du pouvoir du souverain pontife sur les choses temporelles *. Cet ouvrage avait été publié par Belljirmin pour réfuter Guillaume Barclai, qui avait composé le sien pour l'attaquer lui-même ainsi que Bozzius. Voici ce qui donna lieu à cette polémique :

Il s'était élevé une discussion très vive entre le pape et le roi d'Angleterre depuis la conspiration des poudres ^. Le roi d'Angleterre, pour empêcher, îi l'avenir, les conspirations contre sa personne, avait prescrit une formule du serment que tous les catholiques, prêtres et laïques, devraient lui prêter. Le pape écrivit, en 1606, à tous les catholiques un bref pour les avertir de ne pas prêter ce serment. En 1607, il leur envoya un second bref auquel était jointe une lettre du cardinal Bellarmin, adressée à Georges Blakwel, archiprêtre d'Angleterre, et dans laquelle les principes ultramontains sur le pouvoir papal étiicnt exposés.

Le roi d'Angleterre fit, contre ces deux brefs, une apologie pour le serment de fidélité que lui devaient ses sujets et qu*il distin-

1 I*. ck; L'Ëstoilo, op, cil,

* Qui, pir nécessité de nature, reimieiU toujours, ' P. de LTstoile, op. cit.

'* Mercure franrots, «nn. 1611 ; D'Avrigijy, Mém. clironol., ann. 1610.

* Mercure françois, ann. IGll ; Bossuet, Defens. déclarât, rlcri Gallican., lib. ^, c.ip. 13; Ellics Du Pin, llist. Ecd. du xvii.ç siècle, 1. i.

ne l'église de fbance. 9

guait soigneiiseineiit du serment de primauté. Bcllarmin fit deux réponses à cette apologie : Tune sous le nom de Mathieu Tortu et une seconde, qu'il adressa à tous les souverains^ lorsque le roi d'Angleterre eut ajouté une préface à son apologie.

G. Barclai attaqua la réponse de Bellarmin et son TraUé du S(mterain Pontife, Bellarmin lui opposa son traité de la Puissance du Sourerain Pontife dans les choses temporelles. Ce livre parut en 1609. A peine fùt-il connu en France, que l'on y remarqua une infinité de choses contraires au± opinions qui y étaient généralement reçues touchant l'autorité des rois. L'avocat-f'énéral Servin le dénonça au Parlement, qui rendit, le 26 novembre, un arrêt qui défendait d'imprimer, de vendre et de conserver ce livre chez soi. Le nonce du [lape se plaignit plusieurs fois à la Cour, où Ton prit la résolution de laisser en surséance cette affaire, aussi bien que le procès entre les Jésuites et l'Université. Cette détermination de la Cour fut inspirée par le cardinal Du Perron, qui prétendait qu'au commencement d'un nouveau règne et pendant une minorité, il ne fallait pas déplaire à la coiu* de Rome. On prit donc soin d'épargner la réputation de Bellarmin et de faire en sorte que son livre ne se répandit pas en France. « Les uns, dit Bossuet S louèrent la prudence de Du Perron; la plupart déploraient de voir ainsi l'ancienne énergie de l'Église gallicane remplacée par l'adulation. » Du Perron, comme l'avoue encore Bossuet^ avait des engagements secrets avec la couf de Rome, et, sans soutenir l'ultramontanisme ouvertement, il faisait, pour être agréable à Rome, des concessions qui secondaient les empiétements des partisans de ce système.

Pour réfuter les opinions ultramontaines, Guillaume Barclai ^

1 Bossuet, Dcfons. déclarât, olcri Gallican., lib. 1, c. li et 15.

^ Guiltaumo Barclai était Écossais. Il resta à la cour de Mario Sfuait jusqu'à la mort do cjlte reine, et passa alors en France. Quoi-ine ûgé de 30 ans, il suivit à Bourges le cours de droit de Cujas. Le Jdsuite Edmond Mmï, son oncle, lui fit obtenir une chaire de professeur en droit à Pont-À-Mou -son, vers Tan 1578. Après !a mort de la roine Elisabeth, il retourna en Angleterre. Le roi Jacques hii offrit une place dans son conseil, à condition qn'it embrassf^rait Tanglicanisme. Barclai aima mieux rentrer en France que d*apo»taner. Il fut nommé professeur de droit dans rUoiTer.<ité d'Angers, où it enseigna arec distinction jusqu'à sa mort.

Jean Barclai, élevd par les Jésuites, fut un Mtérateur tiès dislingu^^. Vjps Jésu tes auraient voulu le faire entrer dans leur Compagnie, mais son pire s't opposa formellement. Jean Barclay passa, en IG^, en Angleterre, où il fut

10 tiisTomK

avait composé deux ouvrages : un traité de la Puissance des Rois et un traité de la Puissance du Pape S qui ne fut publié qu'après sa mort, par son fils^ Jean Barclai, en 1610.

Au commencement de ce dernier ouvrage, on trouve une épitre dédieatoire adressée au pape Clément VIII. Guillaume Barclai s'y attache surtout à prouver au souverain pontife que Texagération, dans la défense des prérogatives de la papauté, a été la principale cause des progrès que l'hérésie a> ait faits en France, en Allemagne, en Angleterre et en ÉcoAe. C'est donc servir TÈglise, dit--il, que de faire voir que les papes n ont pas un pouvoir dont la prétention les a rendus si odieux et a causé tant de maux à l'Église. Après avoir protesté de son dévouement au siège apostolique, G. Barclai range en deux catégories les adversaires auxquels il déclare la guerre : les canonistes, k la tête desquels il met Bozzius, et les théologiens, dont le chef est Bellarmin ; les premiers admettent le pouvoir absolu et direct du pape sur les choses temporelles, tandis que les seconds prétendent que le pape n'a qu'un pouvoir Indirect de disposer des biens temporels de tous les chrétiens, et seulement à cause de sa puissance spirituelle.

Les canonistes sont dans Terreur, dit G. Barclai, mais, du moins, ils sont logiques, tandis que les théologiens ne le sont pas ; car si le pape a reou de Dieu un pouvoir qui s'étende sur les choses temporelles, comme les uns et les autres l'admettent, il a droit de l'exercer et d'en user, par conséquent, d'une manière directe. Barclai s'attache donc à prouver^ contre tous ses adversaires, que les deux puissances ecclésiastique et séculière sont complètement distinctes; que le pape n'a reçu de Dieu qu'une puissance spirituelle ; qu'il ne peut, par conséquent, prétendre avoir, ni directement ni indirectement, aucune puissance sur les choses temporelles, sans usurper un pouvoir que Dieu ne lui a pas donné. Barclai ap-

biea reçu du roi Jacques. Il y fit plusieurs ouvrages, entre autres THistoire de la conjuration des poudres et la défense du livre de son père contre Bellarmin. Il quitta Londres en 1510, et se rendit à Rome, en passant par la France. Paul V et plusieurs cardinaux, mémo Bellarmin, le reçurent avec distinction. Ce qui prouve que les ultramontains d'alors savaient respecter les opinions de leurs adversaires. Paul V et Grégoire XV donnèrent même des pensions à ce terrible gallican.

1 G. Barclai, De Potestaie Papœ, 1.5, in-«.o ; Londres, 1610. Dans son Traité de la puissanoe des rois, Barclai s'attaquait à Bucanan, Hubert Languet et B MU !ior, qui soutenaient que les rois pouvaient être déposés par les peuples.

DE l'i:(;U5E de frax.e. Il

puie ces propositions sur les témoignages fornielsi des papes et des docteurs des premiers siècles, et fait \oir que l'opinion qu'il réfute est née au moyen-âge, lorsque les papes se trouvèrent investis, par les circonstances, d'une certaine action, dans les affaires politiques, fl attaqua ensuite directement le cardinal Bellarmin, qui prétendait que les deux puissances, faisant nécessairement partie de la république chrétienne, la puissance spirituelle, supérieure de sa nature, devait dominer la puissance temporelle. Ces deux puissances, dit-il, font partie, il est vrai, de la république chrétienne, mais de telle sorte que Tune n*a pas d'autorité sur l'autre et qu'elles se reconnaissent réciproquement dans les choses qui sont de leur domaine. Ainsi la puissance temporelle reconnaît la puissance ecclériastique dans les choses spirituelles ; et la puissance ecclésiastique reconnaît la civile dans les choses temporelles. De là doit naître entre elles une union, un accord qui les portent à s'aider mutuellement, sans que l'une domine sur l'autre. Elles diffèrent, l'une de l'autre, dans leur but, dans leur objet et dans l'exercice même du pouvoir. Il est faux que les princes, en se faisant chrétiens, soumettent leur couronne à Tautorité de l'Église, à laquelle Jésus-Christ n a donné qu'une autorité spirituelle. Après avoir appuyé sa thèse sur les principes du droit, Barclai discute les faits allégués par Bellarmin en faveur de la sienne.

Bellarmin, nommément attaqué par Barclai, fit un traité spécial pour soutenir ce qu'il avait avancé, en d'autres ouvrages, sur le pouvoir des papes.

Il commence * par rapporter les sentiments de plusieurs théologieus et canonistes qui, avant lui, avaient soutenu les opinions combattues par Barclai; il y ajoute les exemples des papes qui ont entrepris de déposer les rois et les décisions des conciles qui ont autorisé ces dépositions ; après ces préliminaires, il suit Barclai pas à pas, en appuyant toujours ses démonstrations sur son premier principe que : la puissance spirituelle, étant, de sa nature, supérieure à la temporelle, doit la diriger et la réprimer au besoin. Il revient sur les faits discutés par Barclai et prétend, en particulier, que Pépin a été institué roi par le pape, après la déposition de Childéric.

Tel est le traité de Bellarmin, qui fut condamné par arrêt du Parlement.

1 BcliarmiD, TracUUus de Poteslaie summi Ponlilicis in UmporaUèus.

12 IIISTOIHE

Jean Bardai prit la défense de son père et réfuta doctement BcUarmin sous le double rapport du droit et des faits. Le savant cardinal ne répliqua pas^ mais le Jésuite Jean L'Heureux^ sous le nom de Ëudemon-Jean, prit sa défense sur quelques points^ et accusa Barclfii de n'avoir pas parlé avec assez de respect des papes et des conciles^ et d'avoir fait profession de l'hérésie anglicane ; ce qui était une fausseté.

La médiocrité sait toujours se servir de la calomnie contre ceux qu'elle ne peut réfuter.

Duplessis-Momay ^ entra aussi eu lice contre Bellarmin, par son livre intitulé le Mystère d'Iniquité, c'est-à-dire l* Histoire de la Papautéyeie

Le livre s'ouvrait par une gravure représentant la tour de Babel

bâtie sur des pilotis et à laquelle un homme, pauvrement habillé^

mettait le feu. Un Jésuite, les bras croisés^ regardait tristement celte

tour qui allait tomber. Au bas de la gravure, on lisait ces deux

vers :

Tu te trompes en croyant reste tour ^tern^lie ; Les pilotes brûlés, il n*en sera g^uvelle^.

Après répitre dédicatoire adressée à messieurs de rÉglise romaine, était le portrait de Paul V, entouré de sceptres, de couronnes, de diadèmes, de titres ambitieux et de sentences tirées de l'Écriture, qu'avaient appliquées à l'Église romaine certains ultramoutains absurdes, pour appuyer leurs opinions '.

Ce livre fit sensation, tant ù cause du nom de l'auteur que de la matière qui y était traitée.

Dès qu'il parut, la Sorbonne prononça contre lui une censure sévère, dans laquelle elle prit énergiquement la défense du Saint- Siège. Cette censure peut servir de réponse à ceux qui voudraient rendre la Sorbonne suspecte de peu d'attachement au Saint-Siège^ parce que cet attachement fut éclairé et raisonnable ^

Après des considérations fort justes sur la nécessité d'un principe d'unité dans l'Église, et sur le Saint-Siège, qu'elle considère comme

1 Itfémotrcs de Rictielieu, liv. 2; Mcrcurù françoiSi ann. lOli; D'Avrigny, M^m. chronol., ann. 1611.

s Fal'erid œ:crnam qui suspicis obrius arccin ;

Sjbruta suce nsis inox corruel ima tigillis.

s Entre autres un certain Denott Benedictis, dont le scrvilismc fut bUmé par le papa lui-mi*mc. (Mercure Ponroi?, pnn. Ittll.)

> Mercure fran^ois, ann. 16tl.

DB LMLIftB DB PBANCB. 13

établi par Jésus-Christ pour élre ce principe d'unité^ la Faculté déclare avoir fait soigneusement examiner le livre de Duplessis-Momay et le condamne comme a hérétique très furieux; très séditieux ; contraire à la loi divine, naturelle et canonique, aux écrits des anciens Pères, à la pratique de TÉglise catholique , aux cérémonies reçues et usitées de temps immémorial en rÉglise ; et farci de mensonges et calomnies très impudentes. » Elle décréta ensuite que la censure serait publiée en latin et en français, et elle engagea les évèques et les magistrats à a empêcher le couï^ d'une peste si dangereuse et redoutable, d

Outre cette censure, Duplessis-Momay fut accablé de toutes parts de réfutations et de satyres. Raymond du Bray fut le premier qui entra en lice. Il ne s'attaqua qu'aux gravures et aux inscriptions qui se trouvaient au titre du livre, et qu'il rétorqua contre les protestants et contre Duplessis lui^néme.

De graves tliéologiens le réfutèrent plus sérieusement.

L'ultramonlanisme rencontra, dans la personne d'Edmond Richer, un adversaire plus vigoureux encore et plus savant que les Barclai, et plus orthodoxe que Duplessis-Momay.

Cet homme illustre^ aussi pieux que savant, a été si odieusement calomnié par ses adversaires, que l'histoire impartiale lui doit une solennelle réhabilitation. Pour apprécier l'opposition qu'il fit à Tultramontanisme , il faut se rappeler l'état où, de son temps, étaient les esprits. Les Jésuites et tous les partisans de la Ligue, parmi lesquels on doit compter Richer lui-même, avaient poussé jusqu'aux dernières limites les principes ultramontains, afin d'empêcher Henri lY d'arriver au trône. Après Tavénement de ce prince, plusieurs abandonnèrent ce système, soit par crainte, soit par ambition, soit enfin par suite d'études plus calmes et plus approfondies ; parmi ces derniers était Richer, qUi fut ultramontain tant qu'il n'étudia que Bellarmin et qui devint gallican après avoir étudié la tradition catholique. Mais tous les docteurs ne suivirent pas cet exemple, et plusieurs, à la tête desquels était Duval, conservèrent les principes ultramontains, et formèrent une faction que l'on désigna alors sous le nom de Duvalliêtes^ à laquelle les Jésuites et quelques anciens évêques ligueurs, comme le cardinal de la Rochefoucault, donnèrent assez de puissance.

A la mort de Henri IV, le trône se trouva occupé par une Italienne ; elle s'entoura d'Italiens, dont l'éducation avait été ultramontaine, et qui ne comprenaient rien aux principes ni aux usages

14 insTOiftH

^gafUcans. l^s Jésultcj^ cl les Ihiralllstes ^ Irouvtrent en crédit h celte Cour et résolnrctit de pi*ofiter de leur influence pour accabler le ^ailimnisme et faire dominer l'ultramontanisrne en France.

« Alors, dit Bossuet '/était syndic de la Faculté Edmond RIcher, bonrmie étiergique et fort attaché h l'ancienne doctrine de FUnîtersllé. »

II naquît* te 30 septembre 1560, à Chource, petite ville du diocèse de Langre^. Ses parents étaient trop pauvres pour pouvoir seconder les heureuses dispositions quMl avait reçues de la Providence. II les quitta donc à Tâgc de dix-huit ans, et vint à Paris, où il put étudier, en rendant quelques services dans un collège. En moins de trois ans, H fut en état de faire son cours de philosophie, ëi, dix ans après, on le reçut maître es arts. Il professa ensuite !«» humanîlés, pui? il étudia la théologie, et il était reçu doctetrr à l'époque où Henri Ilï tombait sous le couteau de Jacques Clément. Richer adopti la doctrine de la Sorbonne de laLiprue, bien différente de Tancienne, et on lui faisait envisager, dit-il hii-^môme, comme un cinquième Évangile, les traités de Bellarmin touchant Tautorité absolue du pape. H partagea le fanatisme des ligueurs ef, dans une de ses thèses, il loua, selon l'usage, Fraction de Jacques Clément. Comme il était fort pieux et ami sincère do la vérité, les préjugés disparurent bientôt devant les lumières qu'il trouva dans la lecture de l'Écriture sainte, des saints Pères, des conciles et de l'histoire ecclésiastique ; U se livra tout entier à ces graves étrtdes dès Tan 1502, pour se consoler des maux de la guerre efvHe, dont il était le triste témoin. U y trouva la réfutation la pfos complète des sentiments ultramontains qu'on avait voulu Itii inspirer, «r dont il se déclara dès-lors l'intrépide adversaire.

Élu grand maître du collège du Cardinal Le Moine, Richer ressuscita cet établissement, que la guerre civile avait ruiné, cl y rétablit les bonnes études et les bonnes mœurs. Ce succès âftîra stir lui Tattention de Henri IV, et, lorsque ce prince voulut, eu 1600, réformer ri'nîvorsité, il plaça Richer à la tête des censeurs, qui durent visiter tous les établissements et y corriger les abus. Son zèle lui fit des ennemis de tous ceux qui profitaient de ces abu^. Ils comparèrent sa réforme à celle que les protestants avaient voulu

1 Bossuel, D<»fens. déclarât, clori fti^lHcan., lib. 6. c. î<. • Vie Je RichfT. p.jr BjhUcî.

DE L KOLISE DK FRANCK. lu

établir dam rÉglise, et le traitèrent de parlementaire^ ce qui, dans leur langage, signifiait hérétique, a Car, dît Baillet S depui» que le roi avait abjuré le calvinisme et reçu l'absolotion du pape, la grande hérésie du temps n'était plus de se déclarer huguenot, mais de ne point adhérer aux prétentions de la cour de Houie, qui avait une infinité d'émissaires dans le clergé de France, et principate* ment dans les maisons religieuses du royaume. »

Il ne faudra pas perdre de vue cette remarque si l'on veut comprendre beaucoup de faits que nous aurons à rapporter.

Richer ne songeait plus qu'à étudier en paix l'antiquité ecclé* siastique et à diriger son collège, lorsque la Sorbonne commença à retentir des plus vives discussions sur les deux puissances eeclé^ siastique et civile. Les libraires de Paris, qui s'étaient associés pour publier une nouvelle édition des Pères et des auteurs eoclésiasti* ques les plus célèbres, avaient chargé Richer de revoir les œuvres deGerson. Dans le même temps, la république de Venise se servait de ce grand nom de Gerson pour battre en brèche les prétentions de Paul V, et publiait deux traités de ce profond théologien, dont la cour de Rome empêchait en France la circulation, iiicber fut . donc ausshôt dénoncé à Rome comme un ennemi du SainV-fiiége dès qu'on sut qu'il donnait ses soins à une édition de toutes les œuvres de l'illustre chancelier, qu*il voulait accompagner de» écrits des plus savants gallicaos. Un de ses confrères de la Faculté de théologie, André i>uval, parla au nonce Barbeiini du projet de Ri«* cher conrnie de l'entreprise la plus préjudiciable à l'autorité du pape. Le nonce courut aussitôt chez le chancelier de Siileri, qui lui promit que les œuvres de tierson ne seraient pas mises en vente pendant quelque temps. Richer fut outré de l'affront fait par le chanceUer à Gerson et, en sa personne, à toute l'Eglise de France, et il entreprit de faire Tapologie de la doctrine de ce grand homme, en attaquant ceUe de Beilarmin, que l'on cherchait, par tous le» moyens, à répandre en France. Dnval découvrit le nouveau projet de Richer, et dénonça au nonce son œuvre future comme contraire à Tautorité du souverain pontife. Richer, mandé chez le nonce, sut lui ôter les soupçons qu'on lui avait i|i«pirés, et continua son livre, dans lequel il défend, à Taide des raisonnements et des monuments de la tradition catholique, les principes émis par Gerson, Almain et Major sur les deux puissances. Il communiqua wm ma-

* Vie de Richer, par Baillel.

16 HISTOIBB

nuscrit à son ami Nicolas Le Fèvre, précepteur de Louis XIII, qui le prêta à des personnes qui eurent llndiscrétion d'en faire une copie et de la publier en 1607, en Italie, sans avoir obtenu Passen«timent de l'auteur. Les éditeurs y commirent tant de fautes, que Richer eut honte de ce livre, qui ne pouvait réellement lui être attribué dans l'état où il était.

Le pape s'étant réconcilié avec les Vénitiens, Richer ne crut pas utile de réveiller des discussions toujours nuisibles à l'Église, et il abandonna le projet qu'il avait conçu de faire imprimer lui-même son ouvrage : mais, après la mort de Henri IV, Bellarmin ayant publié le traité dont nous avons parlé, Richer reprit son projet et mit la dernière main à son livre. Il ne fut imprimé en entier qu'après sa mort ; mais une circonstance dont nous devons parler lui fournit l'occasion d'en publier une partie sous ce titre : De la Puisiance eccléMstique eipoliiique.

Au mois de mai de l'an 1611, le chapitre général des Domininicains ^ se tint à Paris, et il fut annoncé que Ton soutiendrait des thèses au grand couvent de Saint^Jacques pendant plusieurs jours. Le rm, la régente, les personnages les plus éminents de la Cour, du clergé et de la magistrature, se rendirent à ces joutes intellectuelles ; des évêques y prirent part, entr^autres ceux d'Orléans et de Montpellier.

Richer, qui, depuis trois ans, était syndic de la Faculté de théologie, avait le droit de surveiller la doctrine contenue dans les thèses qui devaient être soutenues publiquement ; il apprit que le nonce Obaldini , dont le zèle ultramontain était beaucoup plus vif que celui de Barberini, son prédécesseur, avait engagé les I)oroinicains à disputer sur l'autorité du pape, de qui ils tenaient tous leurs privilèges. On annonça donc, pour le 27 mai, la discussion d'une thèse, dédiée solennellement à Ernest de Bavière, archevêque de Ccdogne, et dans laquelle on soutenait les principes ultramontains sur l'autorité absolue du pape. Au jour indiqué, Richer prit avec lui quatre docteurs de Sorbonne et monta aux écoutes de la salle des Jacobins pour être témoin de ce qui se passerait ; il se plaignit d'abord au P. Coêffetau, docteur de la Faculté et prieur du grand

* Bossuet, Defans. deeUrat. oleri Gallic.» lib. 6, c. dl; Bieher, Histoire de son syndicat; Baillet, Vie de Richer; ElUes Du Pin, Hist. Ecd. du xvii.« aièele, 1. 1; Mémoires de Richelieu, liv. 2; Mercure francois, ann. 1611 et 1612 ; D*Avrigny, Mém. chronol., ann. 1612.

DE l'Église de francs. 17

Couvent^ de ce qu'il laissait soutenir par les siens des thèses contraires aux décrets du Concile de Constance^ regardés en France comme d'incontestables vérités; il lui montra en môme temps un acte d'opposition qu'il se disposait^ en sa qualité de syndic, à faire signifier au président et au répondant de la thèse, avec défense à tout bachelier de disputer contre les propositions contraires aux Conciles généraux, aux libertés de l'Église gallicane, à la police du royaume et aux décrets de l'Université de Paris. Le P. Coêffetau s'excusa en disant qu'il n'avait aucune autorité dans son couvent pendant la tenue du chapitre général de l'Ordre ; mais que, du reste, il avait donné avis de la thèse aux gens du roi, qui avaient expressément défendu de la discuter.

Mais, comme elle était imprimée, Richer crut devoir exiger que réparation fût faite a l'Université, dont on avait voulu attaquer la doctrine; il fut donc convenu qu'un bachelier attaquerait la thèse, et que le P. Morel, qui devait la présider, répondrait que le général de l'Ordre avait défendu d'argumenter sur ces questions. C'est ce qui s'exécuta au commencement de la discussion*

Le bachelier Claude Bertin se leva pour attaquer la thèse et commença ainsi : a Tout ce qui est contraire à la définition d'un Concile général et légitime est hérétique ; or, cette proposition : le Concile général n'est en atœun cas au-dessus du pape y est contraire à la définition du Concile de Constance qui est général et légitime, donc elle est hérétique. » Le P. Morel, prenant la parole, après avoir entendu cet argument, s'exprima ainsi, en s'adressant au bachelier : a Ne dites point que cette proposition est hérétique, il sufBt de dire qu'elle est fausse et erronée. Je déclare en outre que je n'ai point laissé passer dans la thèse la proposition susdite, dans le but d'offenser l'Université de Paris, que je reconnais pour la mère des autres Universités, mais seulement pour éclaircir la vérité. Je n'ai point voulu qu'on soutint cette proposition comme de fait, mais seulement comme une opinion problématique, adoptée par un très grand nombre de théologues et d'Universités. Si donc on me donne la permission de répondre, je la soutiendrai comme problématique, n

Le nonce déclara alors qu'il voulait que la discussion eût lieu. Les docteurs, qui étaient aux écoutes, prétendirent que l'on ne devait pas peraiettre que ces questions fussent agitées en France. L'opposition devenant sérieuse, le cardinal Du Perron fit descendre Richer dan^la salle, et lui demanda pourquoi il avait permis d'en-

19 HlflTOiftB

tamer la diacussioii^ puisque les geae du roi l'avaient ialerdite. Rkher répondit : t Je Pai permis pour obliger le président à faire satisfaction à rUoiversîté et à la Faculté de théologie^ dont la doctrine était attaquée par la thèse. La Sorbonne a toujours regardé le Concile de Constance comme œcuménique ; la thèse étant directement contraire à Ut décision de ce Concile et ayant été rendue publique, il était nécessaire qu'il y eût un acte public pour la dé~ sapprouver. LVdre des gens du roi a été secret et intimé seulement an P. GoeScteau; et je ne pense pas, du reste, qu'ils trouvent mauvais que l'Eoole de Paris ait soutenu par un acte public «on ancienne doctritte. »

Du Perron n'eut rien à répliquer à celle réponse énergique. Le piiésident répéta sa protestation et le bachelier, pour lui donner •athfaction, reprit son argument, en disant seulement que la proposition qu'il inmminait était fomte et erronée. Morel prét^idit qu'il manquait au Concile de Constance la confirmalîoa légitime Âi pape pour être oecuménique ; Du Perron aurait voulu arrêter la discussion après cette réponse, mais tUcher en demanda la continuation, et le bachelier Bertin prouva que Martin V avait approuvé d'une manière générale et fornieHe tous les décrets du Concile de Constance. — Mais, reprit Morel, il n'a pas approuvé les décrets en particulier.— Cela n'est pas nécessaire, répliqua Berlin, et le Concile de Trente n'a iui-oaulne été approuvé que d'une aumière générale comme celui de Constance. Le cardinal Du Perron, qui voyait l'uitramonlanisme fort compromis, parvint enfin à arrêter l'argumentation et fit disputer sur l'Eucharistie.

Le %8 mai, les Dominicains iireni afficher nue nouvelle thèse dans laquelle était contenue une proposition louchant i'in£aiUibi- Uté du pape en matière de foi. De Verdim, jvemîer président du Pariement *, leur défendit de soutenir leur thèse s'ils n'en faisaient <disparallpe cette proposition. Us firent instance auprès du chance- Im* Silleri, qui leur défendit aussi de discuter sur rinfailJihUilé du pape.

Le Parlement et rUniversîké ne voulaient pas qu'on regardât comme attaquable la doctrine de l'Eglise de Fmoce touchant 4'Mtorité infaiHAle. De Veidun ne se emtenla pas à'm intendire la discussion, il engagea fortement iticher à battre an br^tche l'o- (Mnion ultramontalne, ce qui le décida à extraire de son ap^pgie

« Il avait suooédé à Achille» 4p Iffirtni.

DE L'ÂGtlSfS PB FRANCE. 19

^ Gmiou, le livre qu'il intlbAla : fi^ la Pui^^ance fiçcynaffigne 9f Politique. Richer le fit ex^nûaer par Gamadies, p/rofçsaeur roya) à^ jdlpy^il^ie, et^ aprèf ayoir reçu r.approb^on de ce docteji]^, le l^ré^enta »n inauuscrit au premier pr^ident*

Ce traité S fort court; est divisa en dix-fmjit arU^es, i^ui se tiennent et s'enchaînent comme di^ pippositiouj^ gépmétriques^ m Tpici Tahrégé :

a La juridiction ecclésia«tjq|iie appartiexit e8$ei;^jye))e^ent 4 toigile rËglise. Le pap«ç et les évéque^ ne sont que s(^ mini^re^, et m fçrment €iomme le pouvoir exécutif; mai^, çu^tU à finêtUufian^ la puissance ponlÂQcale n'en vient pas moij)s de Dieu, qui a remis ]|( pouvoir dies clés à Tordre sacerdotal avec pouvoir 4e gouverner î'Égljse \ L'Église lest u^ État n^onqrclfiq\if ^ il^^titi^ pour une j^ ^ur^turelle et spirituelle , tempéré, par le ^uveroin pasteur if» âmes^ Noire Seigneur Jésus-Christ; le pape en est le chef minietériel, /çt son pouvoir s'étend sur toutes les Églises particulières'. M$û$ cette priante in juridiction ne ^ui doiipe pas le pouvoir iinfajillible de faire des canons; ce ppuvoi;: n'appartient qu'àl'Ëgljse ou au ConcUe général qni 1^ représente. Jésus-Cb^isjt a bien prié pour saint Pierre, pour que sa^ foi ne défaille point, mais celtç promesse pç r^g^de qu^ la personne de sajutU Pierre çt ne peut ç^rvi^ pour prouver l'infaillibilité de ses succes^ein^. JLa puissance de £9Jre des lois résidant dans Ifd Concile gçnéraji^ la célébration des Concile^ est nécessaire au gouvernement de l'Ëglise^ quant aux l^^es des papes, elles n'obligent qu'autant qu'elles sont conformes im^jC^ons.

» De ces principes il résulte que la puissance des p^pes ^ ^'.ér t^d pas sur l'Église collectivement ni sur le Concile général ,^ fi^n^é; uiais sur les Églises particulières prises isolément; f&i sstlie puissance n'a été établie que pour l'exécution et l'interprétaiffifï dqi^ canons et Ae la discipline et non pour l^ur institu^oni; If HllBo^Qat, lorsqn'il préûde le X^oncile par Ini^in^e ou pfu* «^

1 AHshfr, Qe fcoMiatic et noliltcâ intestate.

^ U i»nl remarquer %ue lUèbier ^ fe^it pas ééléguer la poamr aux efa^jda TËglise par la société eUe-mème; ses opinions diffèrent en cela essentiellement de celles de Marc- Antoine de Dominis, comm^ nous le dirons bientôt.

' Richer emploie le mot chef ministériel par opposition à chef abiOlUr qui Ml MéÊKf^vCkÊUlLf et n*en altiibue jmis moins au pape la primauté d*honneur et de juridiction sur les ÉgUsos particutières, comme on 4e wiM.

légats^ le pape, chef du Concile, participe à l'établissement des lois, et il ne peut en dispenser que dans les cas ou le Concile luimême en dispenserait; de son pouvoir sur les Églises particulières résulte pour lui le droit de convoquer les Conciles généraux, et de faire certains règlements qui peuvent devenir des lois générales lorsqu'ils sont acceptés par l'Église entière.

» L'Église, société de chrétiens, est soumise, pour les choses tem* porcUes, à la puissance politique, qui est essentiellement distincte de la puissance spirituelle par son esprit comme par son but et par la manière d'exercer le pouvoir. La puissance spirituelle, établie pour une fin spirituelle, ne se sert que de moyens de direction, de persuasion, et n'a pas recours aux peines temporelles pour conduire à la béatitude ; mais le pouvoir politique est le protecteur et le vengeur de la loi divine, naturelle et canonique ; il peut, dans ce but, faire des lois et les maintenir par le glaive qui lui a été confié, car VÉglise est dans la république, comme le dit saint Optât de Milève. Le prince, en sa qualité de vengeur et de protecteur des canons, est juge légitime des appels comme d'abus. C*est de ce principe que sont nées certaines coutumes locales propres à chaque Eglise.

Telle est le système développé par Richer dans les treize pre* miers articles de son livre. Dans les articles suivants, jusqu'au dix-huitième inclusivement, il réfute le système ultramontain du pouvoir absolu du pape dans l'Église sur les choses temporelles.

Cet ouvrage excita, contre Richer, une furieuse tempête. Les Jésuites, Duval qui leur était dévoué et l'auditeur Scappi, intrigant ambitieux qui voulait attirer sur lui l'attention en se montrant plus ultramontain que le pape, entreprirent de le faire déposer du syndicat. Henri de Gondi, évêque de Paris, favorisa des intrigues qui avaient pour elles l'assentiment secret du nonce, et l'on déplore de voir un homme comme le cardinal Du Perron mêlé à des violences si peu dignes de lui. On choisit Filesac pour en faire le conci/rrentde Richer. Filesac avait bien, depuispeu, faitcondamner trois sermons ridicules ^ publiés par les Jésuites sur saint Ignace; mais on savait que son influence dans la Faculté le rendait seul capable de disputer à Richer la place de syndic. On lui pardonna

* Ces sonnons avaient été traduits de reepsgool par le P. SoUeTp qni discuta la censure dans un pamphlet. (K Mercure François, ann. iOll.)

DB L*tBLlSt DK FBÀNGE. 2

donc son péché envers les Jésuites et on lui fit entrevoir l'évèché d'Autun comme la récompense de son zèle et de sa docilité. Dès lorsy Filesac ne songea plus qu'à se rendre digne de la récompense qu'on lui promettait.

Pendant que ces intrigues se tramaient^ le chancelier^ gagné à la cause des Jésuites, travaillait à faire délivrer à ces religieux des lettres patentes pour les faire incorporer à l'Université. Richer^ qui en fut averti^ s'adressa au Parlement et sollicita vivement le premier président de donner suite au procès qui avait été ajourné l'année précédente contre les Jésuites. On le reprit au mois de décembre, et La Martelière fit contre eux un éloquent plaidoyer ^

a Après la mort de Henri IV, dit-il, les Jésuites n'ont songé qu'à profiter du malheur commun de la France pour établir cette domination qui fait l'objet de leurs désirs les plus ardents. C'est pour parvenir à cette domination que les Jésuites veulent concentrer chez eux l'éducation de la jeunesse^ et, malheureusement^ il y a parmi nous des hommes assez imprudents pour les favoriser^ mal^ les moyens que nous avons de les bien connaître. Si nous voulions nous donner la peine de les étudier^ nous serions tous bientôt convaincus que nous n'aurons jamais la paix tant que ces ennemis seront au milieu de nous : nos rois^ nos enfants^ nous-mêmes^ personne ne sera en sûreté. Dès qu'ils parurent^ on fit^ dans ce lieu même où je parle^ les plus tristes prédictions sur le projet qu'ils avaient conçu de renverser toutes les lois divines et humaines. Ces malheurs nous étaient annoncés par des personnages éminents et dont la mémoire nous sera à jamais vénérable. Leurs prédictions n'ont été que trop justifiées par les événements : pendant trente ans^ les Jésuites n'ont cessé de promener par toute la France le flambeau de la discorde ; ils y ont allumé^ par la.Ligue^ un feu qui semblait ne devoir jamais s'éteindre.

D Maintenant ils ne songent qu'à augmenter le nombre de leurs

. citadelles. Ils élèvent à grands fais^ au faubourg Saint-Germain^ le

vaste édifice de leur noviciat^ dans le temps même où l'Université ne

< Le plaidoyer de Li Martelière fut publié en 1012, in-4.o; Jacques de MontholoD publia aussi le sien ; le P. Gimont d*£iiclaTolles publia ua AvU mr le plaidoyer de La JUarieUére, qui ne nuisit pas plus au succès de ce célèbre diâcours que la proscription dont il fut Tobjet de la part de quelques Parlements de province, qui soutinrent les Jésuites, par jalousie contre celui de

Paris.

On peut voir le procès des Jésuites dans le Mercure françois, ann. 1011. V. II. D*Avrigny, Mém. chronol, ann. 1010.

22 riistôiKK

sougé (Jii'à pleurer la perte da son toi et à prier pour liii. Ils o^tll recevoir des écoliers datis leur collège de Clermont, quoique lés lettres, qu'ils Onl obtenues par artifice et par mille intrigues, n'aiéiit point été vérifiées au Parlement. Leur but est iè renver^r l'tJnlversité, qui a toujours rtiunfr^ tant de zèle pour les libertés dé l'Ëglise gallicane et qUi s*èst toujours opposée aux entreprises fâîtéô contre la puissaUce du roi. Si les Jésuites venaient à bout dé détruire la SorboiiUe, ce boulevard de l'Église de frarice, ils ne ci*âiridraient plus la condamnation de leurs livres et de leur doctrine. Ils voudraient liouS féduirc à l'état où ils ont mis l'Allemagne, dont ils possèdent toutes les écoles. Déjà, en t'rance, ils ont caus^ d^étrànges ravagés en plusieurs Universités. En Moldavie et en Valachie, ils ont chassé tous lés religieux et se sont enrichis de leurs dépouilles. Ils ne sofit rétablis en t'rance que depuis six ans, et déjà ils y possèdent d*îrtimdnseS richesses, ils ont trouvé lé seci'ét de faire Unir à leurs collèges des prieurés et des abbayes. Mais c'est surtout léùf doctrine qui les a tendus odieux. Le célèbre décret réîidu par là So^boIine en là54 contient une prophétie des mauit dont nous sônllnés témoins. Ils U^ont jamais pu faire condamner ce décret par les papeSj et ôéux-ci n'auraient jatnais approuvé une corporation aussi contraire aux anciennes cotistilutions canoniques, sans le quatrième Vœu, par lequel ils s'engagent à exécuter aveuglément leur volonté. Leur doctrine est pernicieuse et exécrable ; selon elii, le pape a un pouvoir absolu non seulement dans TÉglîse, mais SUr les choses temporelles ; et les rois qui ne veulent pas s'f soumettre sont des tyrans que t)ieu ordonne de tuer. Que de màUx cette doctrine a enfantés! n'est-ce pas cette erreur de l'autôrllé absolue du pape qui retient éloignées de l'Église tant de nations qui n'auraient aucUUe répulsion pour PÉglise catholique, s'ils n'y voyaient cette erreur prônée par les Jésuites surtout, comme une vérité? C'est éet ulU*amontattiSme qui a fait perdre à l'Église tant de contrées qui ne teconnaissent plus son autorité^ et ce sont les Jésuites surtout qui l'ont prêché ! leur zèle sur ce point est tellement actif, qu'ils cherchent à nuire aux meilleurs catholiques qui rejettent leur erreur de prédilection^ et qu'ils les traitent comme des ennemis de l'Église. C'est ainsi qu'ils décrient et rabaissent tous les ordres ecclésiastiques qui ne partagent pas leurs préjugés. Ils ne reculent même pas devant le mensonge pour nuire : qui ne connaît ce fameux discours qu'ils prétendent avoir été prononcé par Hen«ri IV, lors de leur rétablissement? Ils l'ont publié en italien, en

DB L ÉGIJM DB VRANCK. 23

latin et on «MeiHand, pour tromper les nations étrangères^ et leur P. Poseeifia Ta inséré dans sa Bibliothèque^ afin que Timposture passAt à la postérité. Leurs intrigues les rendent aussi dangereux que leur doctrine. Tous les moyens lenr sont bons pour réussiri et ils se sont fait un système d'équivoques qui leur permet de faire toutes les dédarations qu'on leur demandai sans se croire obligés d'y être fidèles.

» Qu'on réduise donc les Jésuites aux conditions de leur établissemént; qu'on réprime leurs entreprises sur les évâques et les curés } qu^on ne leur permette jamais d'instruire la jeunesse ; qu'on les oblige à suivre la doctrine de l'Église de France^ et non pas côtte théologie nouvelle qu'ils ont composée dans l'intérêt de leur domi nation. »

Telle était la conséquence du plaidoyer de La Martelière . Cet avocat fit preuve^ dans son discours, d'une érudition peu commune^ d'une science théologique fort solide ; et toutes ses assertions sont fortement appuyées sur des textes fidèlement extraits des éerivains jésuites. Son plaidoyer eut un succès prodigieux, et on le plaçait au rang des Philippiquês de Démosthènes et des Catilinairei de Cicé* ron. Servin^avocat^^général, appuya La Martelière. «Pendant qu'ils parlaient l'un et l'autre^ dit un historien jésuite % le public qui remplissait le palais battait des mains et criait souvent à haute voix qu'il fallait encoi^e une fois chasser la Société, p Moutholon plaida pour les Jésuites. Leurs amis dirent bien haut qu'il avait véritable* ment réfuté les calomnies de La Martelière ; mais un fait oettaiSi c'est que son discours^ imprimé comme celui de La Martelière, n'eut aucun suGoeès, tandis que celui de ce dernier se soutint après l'impression *. Montholon opposa des témoignages à ceux que La Mar»

*■ D*Anfgny) Mëm. chronol., ann. 1010. Le public, d'après le P. D'Avrigny, était contraire aux Jésuites. En affirmant ce fait, cet historien se montre véridique. 11. Grétineau-Joly u*en soutient pas moins, en parlant du procès de 1011, que VUniveisUé ne trouvait de Vécho que dans le Parlement. (Crétineau-Joly, Hist. de la Compagnie de Jésus, t. m, p. 102.) Beaucoup de faits prouvent que les Jésuites étaient généralement détestés ; nous en ferons oen* naître plusieurs par la suite ; nous ne citerons ici que la discussion qui commença à Troyes en 1011. Le clergé presque tout entier et le peuple se soulevèrent contre les Jésuites, que l évèque voulait y établir. Ils adressèrent à la Cour des réclamations dans lesquelles ils élevèrent cootre les Jésuites les accusations les plus graves.

< C*est ce que nous apprend le Jésuite Feller dans son Diclionnaire historique, (Y.o Martelière.) a Son plaidoyer, dit-il, extrêmement appUudi su iMurreau, le fut encore à l'impression, lorsqu*ii vit le jour, en 1012. »

24 Hl^lftE

telière avait avancés; mais il -ne put vaincre son adversaire^ et le tribunal rendit^ le 22 décembre^ un arrêt a par lequel * les parties furent appointées au conseil^ et cependant défense aux Jésuites d'enseigner. » C'est pourquoi ils renvoyèrent leurs élèves du collège de Qennont.

L'avocat général Servin avait proposé dans ses conclusions que le Parlement^ outre ce qui regardait la demande de l'Université^ devait obliger les Jésuites à signer les quatre articles suivants : !•<> Le Concile est au-dessus du pape; S.o le pape n'a aucune puissance temporelle sur les rois^ et il ne peut les priver de leurs royaumes après les avoir excommuniés; 3.<>. les confesseurs doivent révéler aux magistrats les conjurations contre les rois ou contre l'État; i.^ les ecclésiastiques sont sujets au prince séculier ou aux magistrats politiques.

Le cardinal Du Perron attaqua le troisième article comme hérétique et destructif de toute la religion ; il le dénonça en conséquence au roi. Servin fut mandé à la Cour et il exposa que, par cet article, on n'obligeait point à nommer les personnes, ni, par conséquent, à violer le secret de la confession. Après bien des discussions, les Jésuites déclarèrent, le 22 février 1612, au greffe du Parlement, a qu'ils se conformeraient à la doctrine de l'école de Sorbonne, même en ce qui concerne la conservation de la personne des rois, le maintien de leur autorité royale, et les libertés de l'Église gallicane observées de tout temps en ce royaume, d Parmi les signataires de ces articles, étaient les Pères Fronton-du-Duc et Jacques Sirmond.

Cet engagement, contracté sans l'avis du pape et de leur général, n'obligeait pas les Jésuites, d'après leur manière de voir. Ils n'en continuèrent donc pas moins à combattre en faveur de l'ultramontanisme, tout en faisant profession extérieure de gallicanisme.

Richer avait communiqué à La Martelière les vieux registres de la Faculté de théologie et avait aidé cet avocat dans la composition de son plaidoyer : le premier président du Parlement rengagea à composer, en latin et en français, une exposition claire des principes des Jésuites. Ces religieux et leurs amis, qui en furent avertis, cherchèrent par tous les moyens à parer ce coup, et se déchaînèrent contre Richer et contre son livre de la Puissance eccUsiasliqu/e ei

1 Mémoires de Richelieu, Hv. 2.

DE L*toLMB DB FBAHCB. 25

poliiigue. Far le moyen de Filesac et de Duval y et grâce à rUifluence du nonce et du cardinal Du Perron, ib se firent un parti puissant au sein même de TUniversité. Non seulement ils entreprirent de faire déposer Richer du syndicat, mais encore de provoquer la condamnation de son livre par la Faculté de théologie. Du Perron réunit chez lui tous les évéques qui étaient à Paris, et leur proposa de censurer le livre de Richer. René Potier, évéque de Beauvais, voulait qu'on entendtt l'auteur avant de condamner l'ouvrage. Du Perron s'y opposa, et tous les évéques présents, excepté l'archevêque de Tours et l'évéque de Beauvais, adhérèrent à un projet de censure, qui fut envoyé au nonce, et par lui à Rome. Le Parlement prit la défense de Richer contre toutes ces intrigues, mais Du Perron et les Jésuites ne s'en émurent pas, car ils avaient acheté le silence du conseil d'État, en comptant deux mille écus d'or au chancelier Brulart de Silleri.

La censure fut bientôt revenue de Rome. Au mois de mars 1612, elle était à Paris, et la régente, d'après l'avis du chancelier, laissait aux évéques la liberté de faire ce qu'ils jugeraient à propos.

Le cardinal Du Perron convoqua à Paris ses comprovinciaux, pour promulguer sa censure visée à Rome avec plus de solennité. Le livre de Richer fut donc condamné comme contenant « plusieurs propositions, expositions et allégations fausses, erronées, scandaleuses, et, comme ellet sonnent, schismatiques et hérétiques ^ » Le concile déclara en même temps qu'il n'avait l'intention, par cette censure, de toucher, ni aux droits du roi et de la couronne de France, ni aux libertés de l'Église gallicane.

Bossuet * remarque avec raison qu'on ne nota aucune proposition en particulier, et que ce genre de censure ne peut apporter aucune lumière pour la vérité, en laissant toute liberté à la fraude. Du Perron fut plus explicite dans une lettre à Casaubon *, et l'on voit par ce document que Richer fut consuré plutôt pour ses opinions politiques que pour ses opinions religieuses. Or, Du Perron était trop hid>ile théologien pour ne pas comprendre que, pour un système politique, un concile provincial ne peut porter de censure

1 Richer, Hist. dis son syndicat; Baillet, Vie de Richer; ElliesDa Pin,flis(. Eccl. du xvu.« siècle, 1. 1; D^Avrigny, Menu chronol., ann. 1612; Mcrcare firançois, ann. 1612; Sponde, Ann. Eccl. ann. 1812.

* Bossuet, Defeos. déclarai. Cleri gallic, lib. 6, c. 25.

' Du Perron, Ambauadeêf ete», p. d05.

26 HlSTÔltS

sanft sortir dé sesattiibtiiioiis^' ailflsl se contenta-t-il de condamner d'une manière générale^ pour être agréable à la cour de Rome*

Le 16 fnars^ l'évélque de Paris ordonna de lire cette censure au pr^e de la tnesse paroissiale» Le 34 mai^ le concile provincial d'Aijt censura aussi Tourrage de Ritiber. L'archevêque Hurault de THdpital était à Paris lorsque la censure y fbt adoptée. Le nonce> lûécontent de la clause gallicËne qu'on y avait ajoutée par ordre du chancelier^ l'engagea à se rendre au plus tôt à Aix^ pour censurer l'ouvrage purement et simplement. L'archevêque d'Aijt obéit.

Les Jésuites et les autres Mendiants qui formaient l'armée dé rultramontanlsme, firent grand bruit partout de la censure de Ri« cher. Bientôt les pamphlets les plus outrageants tombèrent sur le vertueux syndic^ qui n'y répondit pas. Le P. Jacques Sirmond^ lui-même^ fut forcée par ses supérieurs^ de faire trêve à ses graves étudespour se rendre pamphlétaire, Sirmond^ Petau et FrontoQ*dtt- Duo étaient les hommes les plus savants qu'eût alors, en France^ la Société de Jésus ; ils connaissaient Tantiquité ecclésiastique et ne tombaient pas dans les exagérations de leurs confrères ; mais l'esprit de corps et l'obéissance aveugle à laquelle ils s'étaient soumis^ les fit parfois descendre, malgré eux, du rang élevé où les plaçait leur érudition.

Duval, l'ennemi personnel de Richer, fit plus de bruit que tous les autres ; ce professeur de Sorbonne désirait, pour plaire au parti ultramontain, la ruine de la Société dont il était membre ; il inventa^ dans son intolérance, le nom de RichériêteSy dont les ultramon-* tains ont depuis tant abusé, pour faire des gallicans comme une secte hérétique ; car ils ont su donner ce titre à tous ceux qui admettaient franchement les principes des conciles de Constance et de Bftle, comme la vraie doctrine de rÉgliee primitive,

Richer qui connaissait, par des amis secrets, toutes les intrigues qu'ourdissaient Duval, l'évéque de Paris, le nonce, Du Perron et les Jésuites, pour le faire déposer du syndicat, crut devoir en ap* peler au Parlement comme d'abus de tout ce qui avait été fait contre lui * ; mais le premier président, qui l'avait lancé dans l'a^

1 V. les pièces de sou appel dans D*Argenlré, CoUed. judic. , t. m. U y prétend que le concile provincial de âens ne fut ni canonique ni légitime; que la senteifce était nulle en elie-méme; que cinq desévèques signataires n*araient pas assisté h Texamen du livre, et qu*ils jugèrent sans connaissance de causé. D*ArgQptré a donné, dafiS sa Collection, une lettre dé félicitation adressée par le pipe aux membres du concile de 9en«.

DE L*6glI«W DÊ tBANCE. 27

fili«^ ràtandonna^ eth'ayé d« la puissance de ses eiifiemii. Rieher ftlt donc exposé sans défense à toutes les intrigues ; od lui fit même un «rime de la sympathie que lui montra le roi d'Angleterre^ Jieqties I.«%qui avait lu mm livre et l'avait jugé propre à rallier les protestants à TÉglise catholique; lorsque ce prince apprit que Du Perron l'avait condamné^ il interrompit la correspondance qu'il en* tretenait avec ce cardinal^ et celui-ol s'abaissa jusqu'à la calonmie pour essayer de flétrir^ aux yeux du roi d'Angleterre^ un homme don! H pouvait etfmlNittre les opinions ^ mais dont la science ^ la vertu et la noble conduite commandaient le respect de tous*

Nous n'entrerons pas dans les détails de tous les moyens qu'em^ ployèrent les eonemi^ de Rieher pour se créer, dans la Faculté de théologie^ une majorité factice pour le déposer. La plupart des doo^ teurs et surtout le savant Launoy, se déclarèrent ouvertement pour lui. Il fallut des leUres patentes de la Cour pour lui ôter une charge qui avait été à tie jusqu'alors^ etFilesac, après bien des hésitations^ fut assez ambitieux pour accepter une place qui lui était conférée illégalement. Ce docteur n'aimait pas les Jésuites « mois les ultra* montains n'avaient osé proposer ni Duval, ni aucun autre de leurs amis, car ils étaient si peu aimés des docteurs^ que toutes les intrigues n'auraient pas réussi h leur faire obtenir la majorité. Le choix de FUesac, provoqué par les ultramontains, était pour eux autant une défaite qu'un triomphe; du reste, la Faculté, en dcmnant un successeur à Rieher pour obéir à la Cour S témoigna à ce docteur toute sa reconnaissance pour le bien qu'il avait fait à l'Université pendant son syndicat jusqu'à la publication de son livre Ar la puiêêance eecléiiaitiquê «1 polUiquê ; elle le maintint dans sa charge de grand-oiaitre du collège Le Moine, malgré ses ennemis, et le désigna pour un des canonicats de l'église Notre-Dame, pour lequel elle avait droit de présentation ; l'arbitraire de Pierre de Gondi' rendit inutile ce témoignage de la gratitude de l'Université. t§^Un conseiller au grand conseil, Simon Vigor ', fut assez coura*

< A la fin de septembre 1012, le pope écrivit aa prince de Coodé et su comte de Soissons pour les remercier d'avoir fait déposer Rieher. Ces lettres se trouvent dans D*Argentré, Collett Judie., t. ni.

< Pierre de Gondi, en cédant son évéché h Henri» son neveu, s*était réser^'é dta droits sur le diocèse et, en particulier, la nomination aux canonicftts. (V. la Vie de Rieher, par Raillet.) Pendant un siècle, le siège de Paris fut rapaoage de Is fhmiUsdeéondi.

* Elites Du Pin, Hist. Eccl. du xvir.c siècle, 1. 1.

28 BlSTOmB

geux pour prendre en main la cause de Richer contre ses puissants adversaires ; Duval voulut lui répondre^ mais Vigor répliqua avec , une science qui ferait beaucoup d'honneur au plus profond théo- / logien. La Faculté de théologie lui donna en même temps une nou» velle preuve de sympathie en condamnant un livre composé par le Jésuite Suarez ^ ; il était intitulé : De la Dé férue de la foi contre kê Anglais^ et Tauteur y soutenait, touchant l'autorité du pape et du roi, des opinions diamétralement opposées à celles de Richer.

Les choses en restèrent là pendant plusieurs années, par rapport à Richer ', ce savant docteur, retiré en son collège Le Moine, ne songea qu'à se faire oublier; il n'assista plus aux assemblées de la Faculté, et ne s^occupa que de ses études et de pratiques de piété, jusqu'au moment où il plut à ses adversaires de lui susciter de nou« velles persécutions.

Tandis que ses ennemis se déchaînaient contre lui, avec un zèle qui tenait trop de la colère, les protestants tenaient, à Saumur, sous la présidence de Duplessis-Momay, une assemUée fort tumultueuse. Marie de Médicis avait bien, dès le commencement de sa régence, confirmé Tédit de Nantes S mais, en mémc-temps, elle avait averti le pape qu'elle n'en agissait ainsi que pour ne pas susciter au gouvernement de graves embarras pendant la minorité de son fils. Les protestants savaient que la Cour ne les aimait pas, aussi jugé* rent-ils à propos de veiller à leur sûreté.

L'assemblée de Saumur n'avait été autorisée que pour nommer les agents qui devaient représenter le parti auprès du gouvernement; la coutume était de présenter six candidats au roi, qui en choisissait deux pour agents, mais l'assemblée de Saumur ne voulait pas s'en tenir à cette simple désignation, aussi les plus grands seigneurs du parti s'y rendirent-ils; on y vit les deux \)e SuUy, De Bouillon, De Rohan, De la TrémoÉe, Soubise, La Force, Châtil*

* D*AYrîgDy,^ Mém. chronol., ano. 1614; Mémoires de Richelieu, liv. 5.

* Le duc d^Éperoon, voulant obtenir du pape un chapeau de cardinal pour son fils, marquis de La Valette, lui prontit de livrer Richer h Tlnquisition, et le fit mettre «n prison pour le transporter ensuite à Rome. L^Universitë, qui fat instruite do cette violence, en appela au Parlement, qui ordonna de mettre Richer en liberté. Le chancelier se prononça ouvertement contre ces \1olences approuvées de Villeroy. (F. Raillet, dans sa Vie de Richer et les œuvres de ce docteur.)

3 Mémoires de Richelieu, liv. 1 et 2; Mercure françuis, poi&lm; Benoit, Hia. de rÊdit de Nantes.

DE t/&6U8l Dl FIANCI. 29

Ion, Lesdiguières ^ Le bruit courait que les protestants prétendaient obtenir des places de sûreté dans les provinces où Tédit de Nantes ne leur en avait point accordé ; qu'ils voulaient se faire autoriser à employer à l'entretien de leurs ministres les dhnes que , d'après le même édit^ ils étaient obligés de payer au clergé catholique; enfin que leur intention était de resserrer les liens de leur parti en renouvelant leurs serments. Ces bruits causèrent de vives inquiétudes à la Cour.

Les protestants, au lieu de procéder à la nomination de leurs candidats^ s'occupèrent^ dès le début de l'assemblée, à proposer de nouvelles formules de serment pour s'unir entre eux plus étroitement que jamais, et à rédiger le cahier des plaintes qu'ils voulaient adresser à la Cour. Comme il était arrivé depuis peu, à Châtillonsur-Indre, une émeute où les protestants avaient été fort maltraités^ l'assemblée envoya à la régente un député pour lui demander justice et lui déclarer qu'elle ne traiterait aucune affaire avec les commissaires que le roi devait lui envoyer, tant qu'on n'aurait pas accordé aux protestants une pleine et entière satisfaction.

Le 5 juin (1611)^ Bullion et Boissise, conseillers d'État, arrivèrent à Saumur en qualité de commissaires du roi près les Églises protestantes. Le T, Qs prirent séance dans l'assemblée et déclarèrent que la Cour voulait observer fidèlement les édits accordés précédemment aux protestants et interpréter, même à leur avantage, tous les décrets qui pourraient présenter quelque ambiguïté; mais en même-temps, ils sommèrent l'assemblée de procéder au choix de ses candidats. L'assemblée^ après avoir protesté de son entière soumission au roi, nomma deux députés pour porter aux commissaires royaux les plaintes touchant les événements de Châtillon-«ur-Indre. Elle continua ensuite de travailler à la rédaction de son cahier.

Le 14, les commissaires apportèrent à l'assemblée des lettres de la régente et un arrêt du conseil qui chargeait un maître des requêtes de l'examen et du jugement de ce qui s'était passé à Chàtillon; ils demandèrent de nouveau avec instance l'élection des candidats; l'assemblée, qui ne jugeait pas suffisante la satisfaction qu'on lui avait accordée, refusa positivement de procéder à cette élection, acheva la rédaction de son cahier, et nomma cinq députés pour aller le présenter à la Cour.

Le chancelier, après en avoir pris connaissance, dit aux députés

^ Lesdiguièras se fit catholique quelque temps après.

30 Hisroiii^

QM» le m hi}^ «pqu^erait mfi «ugiotntaAion d^ quiranle-ciof OiiUf livrer sur les toui^ àeaimH à Tentretifu de leurs oiinû^tar^; et qu'il leur g^antiss^^ eucore pour C4J94 a^s ^^^ ^^ piQ0$e$siop dès pl^s de 9Ùv^\é que Tédit de. Nantes }^ur Avait accordées. Quant ^ux autres de^undeSf \fi chancelier ne promit réponse qu'après la désignation d^ candidats par l'/^ssensblée. Les députés élevèrent certaines prélentipq^ qu'ils furent obligés d'abandonner» et ils reçurent l'ordre de retourner à Saumur. BuUion^ qui était revenu {i Paris, fut cbarfé dn cahier des protestants et des réponses de la Cour, n^ il ne dut point consnMmiqner ces réponses à rassemblée avant l'élection des candidats» Jusqu'au premier septembre, V^Sr semblée fit des dif&cultés^ mais eniin elle céda, nonnna ses <^di- 4i^, et reçut alors communication des réponses faites p^r la Cour à sm cahier. Les piRotestanU n'en fureot pas satisfaite, mais la réfente §e b4ta àe choisir les 4ettx agents qui devaient traiter au nom d^ fout le parti «t, le 9 septeimbre, rassemblée de Saw^ir (^^ .dj^$ai»|J|e piar ordre du roi.

On commençait à s'e^ayer 4e l'np^sUion qu'elle faisait à ji^ CçHT ; le peiMplfe eroy^t déjà voir le myampEic reploi^é 4»n^ toutes U^ ^mmiirs 4e la guerre civile, et plusJAsurs v^les conaidérabkn, domine Roitieri! et Orléans, gardaient lews portes pour se mettre à rat^i4'uAe surprise. Il est certain que plusieurs i^mb^s de l'^ssr semhlée poussaient à la guerre etcbercbaieut àe£rray.er l'assemblée? (Uà Im faiiant^le tableau des projets secr^et» de fo Cour. jDuplessisr Mornay dit qu'il valait mieu:^ souilrir que de recopwnffyer la guerre civile. Le duc de Bouillon , qui voulait devoni^ |99M9isU^ ico^ibua aussi à détourner les protestants de la guerre i inais icet hâmme ambitieux, n'ayant pas obteap 4^ 4|u'il désirait, ^ d^icbuta bientôt ^après contre le gouvernement.

Ce ^'était pas sans raison qip^ les proiU^tants se d^aieat dfi la Gcvir, (OÙ leurs ennenûs déclarés a\aienttoutel'jn|luence.La4oMU^ aHi«4ce qu'eUe lit, en Uii% a\ecr£spagnf ooutribua encore àaCi" cfoitre leuns scaipçons. Le 25 ni%r&y on annnnça offideUementla Céff^timiw du mariage du roi avec Anne d'Autriche, infante d'Eapiigne, et celui 4e Elisabeth 4e France, aœur dn roi, avec Phi]ip|)ie, pfince d'Espagne. Le conseil «ecret, f^i a^vait cen^i^ nuyei4«weii^ à la politique de Henri IV, était arrivé à son b^t. Le jeune duc 4e BfoT'enoe ^ signa, k 22 août, ji Ife4ri4^ le contrat de mari^ç du roi.

^ Le duc do Moyen n<», ancien chef de In Ligue» était mort Tannée prëcéck»ote.

DE L KGU«f Dfi FRANCK. 31

Letcftigneim e«llioliqu06 qui «vaiont p^rt^gé W^ i<iée$ poUtûgu^ de Henri IV furent aussi mécontents de ces n^arilgpf qiie (e^ ^0^ latlantB cox-nAmw . Les uss et les autres étaient jflpMJ^ 4e la fa- ^em dont jouitsaifioft, auprès de la régente, TaY^oturjer Comhmi «t ia Galigaï, «a femme. Bienlftt ils se retirèrent de la Cour et se groupèrent en deux partis, ayant pour cbe& le prific^ de Coiuli et kduc de Hohan. Ce dernier était à la tête des pMesUuts. Hon is^U^Ur éoa était de foreer, par son attitude, la Cour k respecter ie^ éàiU; mais il ne voulait faii» la guerre qu'à la dernière extrémité, 11 T^ fusa donc d'abord les propositions ^fm lui fit Condé de s unir avec lui pour -jie former qu'un seul peiti poUHco-pn^sêUMi cooHQi^ sous Henri UI ; Condé lui ayant Csit entrevoir tous les dangers qne faisait courir aux protastants la nouvelle politique de la Cour, y consentit «ifin i éoauier ses propoaîtions; mais, tandis qu'il entrait ea pourpariers, Condé eolaasaii avec ta Cour des négociationis qai aboutirent au traité de Sainte-Menehould, par lequ^ la Cour s'engagea à convoquer les États-Généraux.

On en fil l'ouv^itmm le 27 œtobre 1614, dans la saUe Bourbon, an Lonwe ^ La duunb» «cdésiastiqne était composée de canl quarante députés, panoi lesquels étaient cinq «ardinaux, sopl arc^e^ «écpMS, qoaganta-ae p t évoques ei deux okefiB d'Ordve, savoir : les abbés de Ctteanx et de dsirvanx. François de Joyeuse, candinai*- «nhevéquede Hoisiftt et doyen du fiacré^IkiUége, fui élii fMrésîdeat de la ebambre ecclésiaitique. fiik tint ses séaiioesan couvent des Âugustins. 11 s'éleva d'abord dans son sein une vive diseuasion anr la préséance ente les abbés eomf ndttnires et les «dignités des Églises cathédrales. L'abbé d'Étampes^ anaaôniarin roi et abbé ie Bonrgueil, plaida pour les prenûers; C^iarles de La Saussaye, dayen d'Oriéans, soutint les droits des Églises cathédrales. La chanibre ne décida rien, sinon que cbacim se plaeerftk in^istinctcr ment, sans préjudice des droits des parties.

Le clergé ne prit qu'une faible part aux discussions financières qui furent agitées par la noblesse et par le Tiers-État ; mais deux questions le préoccupèrent vivement : ceMe de la publicaâion du

1 Mercure fraoçois, aan. Itlt, «M§; Méaioins de nicbeheu, Itv. é; Colleelkm générale été proeès-verbwix des aseemUéesdu Oteigé ëafcmoe, t. n; VAvjtaoy, M4ai. ehroMl., «im. 4lt4; filltes Bu Pki, «ÎH. Bsd. es avuj siècle, U i; Bossuet, Defens. dccl. Cleri galUc, lib. 4, c. 15.

32 HISTOUB

Concile de Trente * et celle de l'article que proposa le Tiers-État

contre le tyrannicide.

Le 7 novembre, le promoteur de la chambre ecclésiastique ayant proposé de s'occuper de la publication du Concile de Trente, on fit sur ce point une grande et mûre délibératimy après laquelle « il fut résolu, d'un commun consentement, qu'il serait fait dans le cahier un article contenant très humble supplication et instance au roi à ce qu'il lui plaise d'ordonner que ledit Concile sera reçu, publié et gardé partout son royaume, et les saints décrets et constitution d'icelui observés et exécutés par toutes personnes de ses États, terres et pays de son obéissance. »

Le lendemain, on décida que l'on ajouterait à celte demande la condition d'usage : a Sans préjudice des liberlés de l'Église gallicane et des exemptions de juridiction el autres privilèges des chapitres des églises cathédrales et collégiales et autres personnes ecclésiastiques. »

Le 27 novembre, une partie de la séance fut consacrée à divers discours sur l'importance, la nécessité, l'utilité et la forme de la publication du Concile de Trente. Plusieurs membres manifestèrent des craintes pour les libertés de l'Église gallicane, malgré les conditions mises à la publication ; ils proposèrent donc de rédiger la demande de manière à ce que la publication n'eût lieu qu'après la confirmation des libertés gtdlicanes par le pape. Leur sentiment fut adopté, et l'on proposa aux délibérations de l'assemblée ce projet d'article :

a Le roi sera très humblement supplié d'ordonner que le saint Concile de Trente soit publié et gardé dans son royaume, siiôi et oprèi quHl aura plu à Sa Sainteté d'agréer que ladite publiaUion tait faite ians préjudice des droits de Sa Majesté et de sa couronne, paix, repos et tranquillité de son État, des franchises^ libertés et immuniiés de F Église gallicane, des privilèges, exemptions et ju-

^ Dans rassemblée de 1010, le clergé avait demandé, selon Tusage, la publication du concile de Trente et le rétablissement des élections. Il avait demandé en outre à 8*entendre avec le Parlement touchant Tappel comme d*abus.

L^assemblée de 1612 ftit fort peu importante. Nous remarquons seulement, dans son prooès-verbal, qu'eUe reçut, par le nonce, communication de la défense faite par le pape d*éerire sur la matière de AuxiHiSt ou de la Grflc-*, et que les évéques furent engagés à veiUer à ce que cette défense fût observée. (F. GoUedion générale des procès-verbaux des assemblées du Clergé de France^ t. ii.)

DE I/É6LISE hZ FRANCE. 33

ridictionâ des chapitres des églises cathédrales^ collégiales^ monastères et autres communautés, dignités et personnes ecclésiastiques de ce royaume. »

Cette formule^ selon la remarque dé plusieurs membres, pouvait prêter à de mauvaises interprétations, c'est pourquoi, le 29 novembre, on reprit la discussion, et tout le clergé, d'un consentement unanime et par acclamation, reconnut que le Concile de Trente était OBcuménique, et que son intention n'était d'apporter ni difficultés ni modification^ ni restriction, aux choses qui concernent la religion et la doctrine qui y a été décidée. Mais il a été ajouté que, dès la naissance du christianisme et au siècle même des Apôtres, les chefs de l'Église avaient jugé que a aux choses qui regardent la police et discipline extérieure, il était permis, voire même raisonnable et quelquefois nécessaire d'y admettre de la diversité, de dispenser, de changer et de relâcher quelques points des ordonnances que les Conciles, généraux avaient établies touchant cette sorte de police ; » que cette diversité pouvait être fondée en droit, soit par l'autorité du Saint-Siège et la permission des souverains Pontifes, soit par les règlements des Conciles nationaux, appuyés « sur une tradition reçue de toute antiquité et sur la considération des circonstances, des temps, des personnes, des nations et des provinces qui ont fait naître cette diversité » : pour ces raisons, ajoute le procès-verbal de l'assemblée, le clergé de France n estimé que le saint et sacré Concile de Trente étant publié, et son autorité reçue et reconnue en tout ce qui regarde les arrêts de la foi et les définitions de la doctrine, le Saint-iSiége apostolique, la chrétienté et toute l'Église catholique ne trouveront point mauvais que, pour ce qui regarde la police, il prétende et désire que ladite publication s'en fasse sans préjudice des droits du roi et libertés de l'Église gallicane. »

On conserva donc la condition adoptée dans la première rédaction ; seulement on retrancha les mots de paû?, repos et tranquillité de ton Etat^ qui pouvaient donner à croire que le Concile de Trente contenait quelque chose de contraire à la paix publique, et l'on ajouta que Sa Sainteté serait suppliée de laisser les libertés de l'Eglise gallicane dans leur entier, sans que la publication du Concile /mÛM y préjudicier.

Le 19 février 1615, l'archevêque de Lyon, Denis-Simon do Marquemcmty à la tête de plusieurs députés, alla proposer, de la part du clergé, à la chambre de la noblesse, de s'unir h la chambre

34 HlfiTOIlV

ecclésiastique pour demander la publication du Concile de Trente. L'évêque de Beautais, René Potier, fat député dans le même bol au Tiers-État, qui répondit simplement qu'il en délibérerait. La noblesse fit d'abord quelques difficultés, et on fui obligé de lui envoyer l'évéque de Beauvaîs pour lui fournir les explications dont elle avait besoin. Après les avoir entendues, elle adhéra à la demande du clergé.

La discussion était plus vive au sein du TiCTs-Êlat. L'évéque de Beauvais lui donna, de la part du clergé, les mêmes explications qu'à la noblesse ; mais le Tiers fut plus difficile qu'elle, et persista à dire que la matière étiit trop difficile pour être discutée assci mûrement dans une assemblée politique, et que, du reste, cette question n'était pas de sa compétence.

Le clergé fut mécontent de cette réponse du Tîers-État, et cette disposition à son égard fut une des principales causes du débat qui s'éleva bientôt entre ces deux corps à propos du tyrannicide.

Le Tiers-État avait résolu de mettre dans son cahier un article qui contenait ce qui suit :

« Pour arrêter le cours de la pernicieuse doctrine qui s'introduit depuis quelques années contre les rois et puissances souveraines, établies de Dieu, par esprits séditieux qui ne tendent qu'à les troubler et subverlir, le roi sera supplié de faire arrêter en l'assemblée de ses États, pour loi fondamentale du roiaume, qui soit inviolable et notoire à tous : que, comme il est reconnu souverain eu son État, ne tenant la couronne que de Dieu seul, il n'y a puissance en terre, quelle qu'elle soit, spirituelle ou temporelle, qui ait iiucun droit sur son roiaume, pour en priver les personnes sacrées de nos rois, ni dispenser ou absoudre leurs sujets de la fidélité et obéissance qu'ils lui doivent, pour quelque cause ou prétexte que ce soit; que tous les sujets, de quelque qualité et condition qu'ils soient, tiendront cette loi pour sainte et véritable, comme conforme à la parole de Dieu, sans distinction équivoque, ni limitation quelconque, laquelle sera jugée et signée par tous les États et doresnavaut par tous les bénéticiers et officiers du roiaume avant que d'entrer en possession de leurs bénéfices, et d'être reçus en leurs offices; que tous précepteurs, régents, docteurs et prédicateurs, seront tenus de l'enseigner et publier ; que l'opinion contraire même, qu'il soit loisible de tuer et déposer nos rois, s'élever et rebeller contre eux, secouer le joug de leur obéissance pour quelque occaï^ion que ce soît^ est impie, détest.ible, contre vérité et contre Téfa-.

DB L*6fiUflB »B FBANCE. 36

UÎMeneiit de TEtât de b France y qui ne dépend immédiatement que de Dieu; qne tons livres qui enseignent cette fausse et per« verse opinion seront tenus pour séditieux et damnabies; tous étrangers qoA l'écriront et publieront^ pour ennemis jurés de la couronne ; tous sujets de Sa Majesté qui adhéreront^ de qudqne qualité et condition qu% soient^ pour rebdles, infracteurs des lois fondaiBentales du roiaume, et criminels de lèse-majesté au premier chef; et, s'il se trouve' aucun livre ou discours écrit par étranger, ecclésiastique ou d'autre qualité, qui contiemie proposîtioii contraire à ladite loi, directement ou indirectement, seront, les ecclésiastiques des mêmes ordres établis en France , obligés d'y répondre, les impugner et contredire incessamment, sans respect, nnbîguité ni équivocation, sur peine d'être punis de même peine qne dessus, comme fauteurs des ennemis de cet État. Et sera ce premier article lu par chacun an, tant aux cours souveraines que ès-rbailliages et sénéchaussées dudit roianme, à l'ouverture des audiences^ pour être gardé et observé avec toute sévérité et rigueur. »

Lcvsque la chambre ecclésiastique eut avis que le Tiers-État s'oc* cupaitde telles questions, il s'éleva un grand tumulte dans son sein. Plusieurs membres proposèrent de faire éclaê en ta chambre dm Tier»-E(ai et de lui signifier qu'il ne pouvait ni ne devait s'occuper de questions religieuses que pour demander, sur ces points, l'avis du clergé. D'autres craignaient qu'un tel éclat ne soulevât d'autres querelles; la majorité fut d'avis de prier la régente de supprimer Farticle en question, comme donnant occasion à des pirfémiques qui pouvaient provoquer un schisme et jeter la division parmi les catholiques. Nous avous vu combien était vive, à cette époque, la discussion sur les questions soulevées par le Tiers*Ëtat. Le clergé craignait de se voir obligé d'entrer dans ces discussions brûlantes, et tout son désir était de les étouffer. Malgré la demafide qu'il avait faite h la régente, le Tiers-État délibérait sur ron article^ et déjà on faisait courir dans le public im extrait de son procès-verbal. Le clergé lui fit proposer, ainsi qu'à la noblesse, de ne traiter aucune question sans se faire des communications mutuelles. Le Tiers-Ëlat déclara positivement qu'il n'adopterait jamais aucune décision sur la foi et la doctrine sans l'avoir soumise an clergé ; mais que, sur des points de discipline et de réforme des abus et des personnes, il ne se croyait pas obligé à cette formalité. Cette réponse ne satisfit pas la chambre ecclésiastique, qui se plaignit hautement que, sou? l'ombre d'une dorlrine sainte et juste, le

Se HISTOIBB

Tiers-Étal s'exposât à faire naître un schisme dansi'Église. Ëtle résolut, en conséquence 9 de lui envoyer une députation, à la tête de laquelle elle mit Tévôque de Montpellier, Pierre de Fenouillét. CSe prélat fit au Tiers-Etat un long discours pour lui prouver que, sur un point de discipline, il avait besoin, comme sur un point de doctrine, de l'avis du clergé, et il obtint que l'article serait communiqué aux chambres du clergé et de la noblesse. Cette dernière l'ayant reçu, demanda l'avis du clergé, qui entama sur ce sujet une discussion des plus vives.

Le cardinal Du Perron attaqua le premier l'article du Tiers. Il ne toucha point au fond et s'appliqua surtout à prouver qu'il n'appartenait pas aux États de décider une question doctrinale. Le cardinal de La Rochefoucault, évéque de Senlis, appuya le cardinal Du Perron et ajouta que la cour de Home, bien loin de favoriser la doctrine du tyrannicide, comme l'article semblait vouloir le faire, entendre, avait, au contraire, condamné un livre de Becan qui contenait des propositions favorables à cette doctrine. Il présenta en même temps une copie de cette censure, qui avait été rendue le 3 janvier 1613, en sa présence.

11 fut décidé par la chambre ecclésiastique que l'article du Tier»- État serait rejeté, et qu'il sufOrail de publier contre le tyraimicide le décret rendu contre cette erreur par le Concile de Constance. Le cardinal Du Perron fut chargé d'aller annoncer aux autres chambres la résolution du clergé.

Le lendemain, le docteur Filesac vint à la chambre ecclésiastique faire le rapport de ce qui s'était passé au sein de la Faculté de théologie, à l'occasion du livre de Becan, dont avait parlé le cardinal de La Rochefoucault.

Becanus ou Becan ^, théologien jésuite, avait composé un livre intitulé : De la Controverse anglicane touchant la puissance du Roi et du Pape. Son but, dans cet ouvrage, était 9e défendre les principes du cardinal Bellarmin. Il l'avait fait imprimer à Mayence en 1612, et on l'avait déféré à la Faculté de théologie de Paris le \^^ décembre de cette année et le 2 janvier 1613, comme contenant plusieurs propositions pernicieuses. Au moment où la Faculté allait s'occuper de ce livre, Filesac, qui était syndic à la place de

^ Mercure firançols, ann. 1612; Mémoires de Richelieu, liv. 4 ; Ellies du Pin, Hist. Eccl. du xvii.« siècle, t. i; D*Avrigny, Mêm. chronol., ann. 14H3; D'Argentr^, l^oll. judlc. t. iri.

DE l'Église de fraxce. 37

Richer^ annonça à rassemblée que le cardinal de Bonzi lui avait communiqué un ordre de la régente, par lequel il était défendu à la Faculté de procéder à la censure du livre de Becan. Fayet et trois autres docteurs furent députés à la régente pour lui représenter combien il était dangereux de laisser cet ouvrage sans aucune censure. Le chancelier, qui reçut les quatre docteurs, loua le zèle de la Faculté et lui permit de procéder au jugement du livre du théologien jésuite ; mais, quand l'affaire fut rapportée à la Faculté, Filesac lut un décret du pape Paul Y, en date du 3 janvier 1613, par lequel le livre de Becan était défendu et mis à la seconde classe de Tindex, jusqu'à ce qu'il fût corrigé, comme contenant des propositions respectivement fausses, téméraires, scandaleuses et séditieuses. Après avoir donné connaissance de ce décret, Filesac déclara qu'il s'opposait à ce que la Faculté censurât le livre, assurant que le chancelier défendait à l'assemblée de délibérer sur cette affaire. Le chancelier et la Cour, dont il était l'organe^ n'avaient aucune règle de conduite dans ces discussions, et changeaient d'avis selon les circonstances, soutenant par tradition la doctrine gallicane, et subissant en même temps l'influence de certains personnages trop amis des Jésuites pour laisser censurer un théologien de cette Société par la Sorbonne.

Les erreurs de Becan étaient évidentes. 11 poussait au-delà de toutes les bornes les principes de l'ultramontanisme, et son livre était aussi détestable que celui de Mariana; on ne comprendrait donc pas, si on ne connaissait pas le conseil secret qui dirigeait Marie de Médicis, le ménagement que l'on eut d'un côté pour le théologien jésuite, et de l'autre l'opposition que l'on manifesta pour l'article du Tiers-État, qui ne contenait que la doctrine de l'Église de France.

Tandis que Filesac faisait connaître à la chambre ecclésiastique ce qui s'était passé au sein de la Faculté par rapport à Becan, le cardinal Du Perron exposait au Tiers-État les raisons pour lesquelles le clergé ne pouvait admettre son article. Après l'avoir félicité de son attachement au roi et de ses bonnes intentions, il leur fit un discours qui est analysé ainsi dans les mémoires du cardinal de Richelieu * :

« Il leur dit qu'en leur article dont il s'agit, et lequel ils bapti-

I Mémoires do Eichelieu, liv. 6.

38 IliSTOIRR

sent du uotti de ioi fondamentale, il y a trois poiiiis : Le premier^ que, pour quelque cause que ce soit^ il n'est pas permis d'assaBÛner les rois ; qu'à cela toute rÉfl^lise souscrit, voire elle prononce anathème contre ceux qui tiennent le contraire.

» Le deuxième que nos rois sont souverains de toute sorte de souveraineté temporelle dans leur royaume ; que ce deuxième poinirlà encore est tenu pour certain et indubitable, bien qu'il ne le soit pas d'une même certitude que le premier, qui est un article de foi.

o Le troisième, qu'il n'y a nul cas auquel les sujets puissent être absous du serment de Adélité à leur prince ; que ce troisième point est contentieux et disputé en l'Église, d'autant que toutes les autres parties de l'Église catholique, et toute la gallicime même, depuis que les écoles de théologie y ont été instituées jusqu'à la venue de Gal<vin, ont tenu qu'il y a quelques cas auxquels les sujets en peuvent élre absous; savoir est que, quand un prince vient à violer le ser*ment qu'il a fait à Dieu et à ses sujets de vivre et mourir en la religion catholique par exemple, non seulement se rend Arien ou Mahométan, mais passe jusqu'àforcer ses sujets en leurs consciences, et les contraindre d'embrasser son erreur et intidéliié, il peut être déclaré déchu de ses droits, comme coupable de félonie envers celui à qui il a fait le serment de son royaume, c'est-à-dire en vers Jésus*- Christ, et les sujets peuvent être absous au tribunal ecclésiastique du serment de fidélité qu'ils lui ont prêté.

i> Que le titre même qu'ils donnent à cet article de loi fondamentale est injurieux à l'État, duquel ce serait avouer que les fonde* ments seroieut bien mal assurés, si on les appuyoit sur une proposition incertaine et problématique. Davantage que cet article, couché comme il est, fait un schisme en l'Église de Dieu, car nous ne pouvons tenir et jurer que le Pape et toutes les autres parties de l'Église catholique, que nous savons avoir une créance contraire tiennent une doctrine opposée à la parole de Dieu, et impie, et partant hérétique, sans faire schisme et nous départir de leur communion ; et entin qu'il attribue aux personnes laïques l'autorité 4e juger des choses de la religion, et décider quelle doctrine est con-* forme à la parole de Dieu, et leur attribue même l'autorité d'im- I)oser nécessité aux personnes ecclésiastiques de jurer, prêcher et annoncer l'une, et impugner par sermons et par écrits l'autre, ce qui est un sacrilège, fouler aux pieds le respect de Jésus-Christ et (le son ministère, et renverser l'autorité de son Église.

» Et partant, il conclut que messieurs du Tiers-EUit dévoient ôter

DR l/ÉGLISS DK FRANCE. 39

cet article de leur cahier^ et se remettre k memtm'^ du clergé de leebanger, réformer, et en ordonner ce qu'ils jugeroient k propos. »

hb Parlement se prononça en faveur de rarticle du Tiers-Étatj et rendît, k 2 janvier 1615^ un décret en ce sens, à la réquisition de Tavocatr-général Ser\in. Le clergé porta plainte à la Cour contre ce dé<9et; le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, fut son organe, et le cardinal Du Perron demanda que la Cour imposât un silence absolu sur les questions soulevées par l'article. Rentré en séance, le clergé adopta, le 5 janvier, le décret du Concile de Constance contre le.tyrannicide, pour être inséré dans son cahier, et formula une requête dans laquelle il demandait au roi de casser l'arrêt du Parlement, d'imposer silence sur les questions soulevées par le Tier»*État, d'ioterdire à Servin de se mêler des affaires ecciésiastiquea sous quelque prétexte que ce fîkt.

Le roi suspendit seulement l'arrêt du Parlement, et évoqua l'affaire à sa personne. Le clergé fit de nouvelles réclamations, et obtint entin de la Cour que l'article du Tiers-État serait retiré et considéré comme non-avenu.

La chambre ecclésiastique des États s'occupa de plusieurs autres siyets importants. Elle demanda le rétablissement des éleclion$, la tenue régulière des conciles provinciausc, la détermination des li^ bertés de TEglise gallicane, atiu de metU'e un terme aux empiétements résultant des appels comme d'abus, la réforme des universités. Un des articles les plus importants de son cahier est celui qui regarde les Jésuites. Au moment de la tenue des États, une vive polémique existait à leur sujet. Les libelles.se multipliaient dans le» deux camps ^ Le cardinal Du Perron prit ouvertement leur parti, fit leur apologie, et obtint de la chambre ecclésiastique la déclara tiou suivante* :

a Les grands faits et notables services que les Pères de la Société et Compagnie des Jésuites ont faits et font journellement k TEglise catholique, et. particulièrement à votre royaume, nous obligent de supplier très humblement Votre Majesté qu'en considération des bonnes lettres et de la piété dont ils font profession, il lui plaise leur permettre d'enseigner dans leur collège de Clermout, et faire leurs fonctions ordinaires dans leurs antres maisons de Paris, comme ils ont fait ci^levant ; et pour terminer toutes les opposi-

1 Mercure français, ann. 101 i.

* Procès-verbaux du Clergé, t. u de la Golkctioo générale.

tioiis et différends de TUniversité et autres mu8 pour ce regard, et pendants en votre cour de parlement, les évoquer à vous et à votre conseil, et en interdire la connoissance à tous autres juges : plaira aussi à Votre Majesté, en les conservant es lieux et endroits de votre royaume où ils sont à présent, les accorder encore à ceux qui les demanderont à l'avenir, et les prendre tous en sa protection et sauve*garde, comme il avoit plu au feu roi de faire, afin qu'ils puissent toujours rendre à Votre Majesté l'honneur, l'obéissance et la fidélité de leurs devoirs et à tous vos sujets le service de leur profession. »

Les chambres présentèrent leurs cahiers le 23 février 1615, en séance générale, sous la présidence du roi. L'évéque de Luçon, Armand Du Plessis, connu depuis sous le titre de cardÛnal deRichelieu, fut choisi pour faire le discours au nom du clergé. Voici les passages les plus importants de sa harangue ^.

Après avoir dit que les dépenses superflues avaient amené la véndité des charges, et par elle d'éncnrmes abus dans l'administra* tion de la justice, il critique vivement les dons excessifs faits par la Cour à quelques grands seigneurs, et la distribution des biens ecclésiastiques aux nobles, ce qui a causé les malheurs de l'Église gallicane, dont il fait ce tableau :

(r Autrefois, dit-il, l'Église gallicane était pleine de majesté ; au lieu que maintenant elle est tellement déchue de cette ancienne splendeur, qu'elle n'est pas reconnaissable ; car, tant s'en faut qu'on recherche les conseils des ecclésiastiques, en ce qui regarde l'État, qu'au contraire il semble que l'honneur qu'ils ont de servir Dieu les rende incapables de servir leur roi, qui en est la plus vive image.

a S'il leur est libre d'entrer au conseil, c'est seulement par fcMrroe : ce qui paraît assez, puisqu'ils y sont reçus avec tel mépris qu'il suffit d'être laïque pour avoir lieu de préséance par-dessus eux, là où anciennement leur Ordre, qui les rend préférables à tous les autres, les y rendit aussi préférés.

D Ainsi l'on avilit la dignité de ceux qui servent aux saints autels; et de plus, bien qu'ils rendent au roi ce que chacun rend a son Dieu, lui donnant volontairement la dîme de leurs biens, on ne laisse de les dépouiller de tout le reste, pour en favoriser des personnes du tout incapd>les de le posséder, ou pour s'être dédiées au monde et non à Dieu, ou pour être dépourvues delafoiet ennemiesde

^ Mémoires de Richelieu, liv. 6.

DE l'Église de pea^ice. 41

rEfjflfse^ des biens temporels de laquelle on ne peut jouir que sacrllègement ri on ne participe aux spirituels.

9 Encore qu'ils soient exempts de tous impôts^ il y en a peu à quoi on ne les veuille assujétir. On les prive de leur juridiction; on soujRre qne les ennemis de la foi polluent tous les jours impunément les lieux les plus sacrés par leurs profanes sépultures. De plus, que, contre les édits et la raison, ils retiennent par force et violence leurs églises, empêchant d'y publier la parole de Dieu, pour y annoncer ceUe des hommes. Et partant on peut dire avec vérité que l'Église se trouve en même temps privée d'honneurs, dépouillée de biens, frustrée d'autorité, profanée, et tellement abattue, qu'il ne lui resteroit pas des forces pour se plaindre, si, se ressentant aux derniers abois, et voyant devant elle le médecin de qui seul elle peut recevoir guérison, elle ne faisoit un dernier effort pour lui toucher le cœur de telle sorte, qu'il soit mû par pitié, convié par religion, et forcé par raison à lui rendre la vie, le bien et l'honneur tout ensemble.

» Or, aiin que Votre Majesté connoisse la justice de ses plaintes et de ses très humbles remontrances, elle considérera, s'il lui plaît, quelle raison il peut y avoir d'éloigner les ecclésiastiques de l'honneur de ses conseils et de la connoissance de ses affaires, puisque leur profession sert beaucoup à les rendre propres à y être employés, en tant qu'elle les oblige particulièrement à acquérir de la capacité, être pleins de probité, se gouverner avec prudence, qui sont les seules cimditions nécessaires pour dignement servir un État ^ et qu'ils sont en effet, ainsi qu'ils doivent être par raison, plus dépouillés que tous autres d'intérêts particuliers, qui perdent souvent les affaires publiques, attendu que, gardant le célibat comme ils font, rien ne leur survit après cette vie que leurs âmes ; que, ne pouvant thésauriser en terre, les obligent à ne penser ici-bas, en servant leur roi et leur patrie, qu'à s'acquérir pour jamais là-haut, au ciel, une glorieuse et du tout parfaite récompense.

» En vain les anciens conciles, aux mêmes lieux où ils condamnent la licence des évêqnes qui abandonnent leurs troupeaux pour suivre la cour des princes et des rois, en auraient-ils permis le séjour à ceux qui y sont appelés par leurs commandements, et par la nécessité des affaires publiques, s'ils n'y étoient employés lorsque les occurrences le requièrent.

» Quelle apparence y a-t-il de|disposer des biens qui appartiennent à l'Eglise en faveur des personnes profanes? N'est-ce pas contre les

^ HISTOlftB

règles de la justice de donner au inonde ce qui appartient à Dieu, au lieu de sacrifier à Dieu ce qui est au monde? Il semble que don* ner une abbaye à un gentilhoomie laïque, ou la mettre 軫iDains de quelqu'un qui soit de religion contraire à la nàtre, soit chose qui porte peu de préjudice à l'Eglise. Cependant il est vrai et est aisé à connaître que sa perte et sa ruine viennent de là, en tant pria* cipalement que la présentation de la plus grande part des cures de la France est annexée aux abbayes. Ce qui fait qu'étant possédées par personnes de ces conditions, il est presque impossible d'avoir de bons pasteurs qui (outefois sont les vraies bases qui soutiennent l'Eglise et la maintiennent en son honneur, étant chir qu'un coui^ tisan, ou autre plus lié k la terre qu'au deL aura peu de soin d'en choisir qui vivent selon Dieu, et qu'un ennemi de notre créance se plaira à la décrier, en nous donnant des hommes ignorants et d'une vie scandaleuse.

» En cela révènement condamne le conseil; que Votre Majesté y pense, et qu'elle ^che, s'il lui plaît, que non-seulement il y a abus à départir le bien de Dieu à telles gens, mais en outre à personnes de notre profession indignes de le posséder pour leurs mauvaises mœurs et leur ignorance. Oui, Sire, c'est un grand abus; abus qui tire apr^s soi la perte d'un nombre infini d'âmes, dont la vôtre ré-^ pondra un jour devant le souverain Juge des humains.

» On pense, dans le monde, que pourvoir aux bénéfices soit mt droit fort avantageux aux princes, mais ce grand saint d^entre nos rois, dont Votre Majesté porte le nom, n'eut pas cette pensée, puisqu'il ne voulut point se servir de la buUe par laquelle le pape luien accordoit le pouvoir. Et si celui de ses successeurs qui, ne suivant pas sou exemple, accepta ce qu'il avoit refusé, eut cette créanoe pour un temps, il la perdit, lorsqu'étant au lit de la mort, prêt à Gomparottre devant Dieu, qui juge les rois comme leurs sujets, il déclara à son fils que rien ne le travailloit davantage que le compte qu'il avoit à rendre de la nomination des bénéfices dont il étoit chargé, abolissant les élections. Si saint Grégoire reprend aigrement une de nos reines, pour seulement tolérer des abus en la distribution des bénéfices ; si plusieurs princes ont été notablement punis à cette occasion, que doit-<m craindre si on autorise tels abus ? Et que devons-nous faire en ce sujet t On doit craindre la main de Dieu, qui ne laisse rien impuni. £t nous sommet ohUgés en conscience d'en avertir, comme nous faisons, ceux qui penvent arrêter le cours de tels désordres.»

DB LÈatlêE PB FRANCE. 43

Après avoir parlé des pensions laïques, des réserves, des vexalions que le clergé souffirail en plusieurs proyinces, Richelieu arrive aux appels comme d'abus et aux empiétements du pouvoir temporel sur le spirituel^

u 6i le concile de Ghaleédoine, ditwl, Fun des quatre premiers «euméniques auxquels l'Église gallicane soumet ses libertés, ce qui est k noter; si le troisième de Gartbage, auquel assista cette grande lumière de TËglise, saint Augustin ; si le premier de Mâcon, tenu en France il y a plus de mille ans ; si le troisième de Tolède^ célébré presque au même temps, dans le vi.« siècle ; si plusieurs autres enfin interdirent aux laïques la connoissance de ce qui concerne les clercs et l'Église ; si tous les empereurs chrétiens ont tenu pour sacré ce qui étoit ordonné par les évoques ; si le grand Constantin ne voulut pas connoîtrc de leurs différends : si, en outre, il ordonne que ce qui est jugé et décidé par eux soit exécuté et inviolablemeat gardé par tous les autres juges; si Charlemagne renou* veile cette ordonnance en ses Capitulaires ; s'il a fait grand nombre de constitutions pour la conservation de nos immunités, queUe raison, mais quelle apparence y auroit-il de souffirir maintenant que ceux qui sont oUigés d'obéir à TÉglise commandent et décident des points dont ils doivent recevoir la résolution de sa bouche ?

L'autorité ecclésiastique est tellement distincte de celle qu'ont es mains les magistrats laïques, que saint Cyprien ose témoigner que les entreprises sur l'ÉgÛse et le mépris du tribunal des évéques donnent naissance et entrée aux schismes, et rompent le lien qui unit tous les enfants de J.-C. en son épouse. Ce n'est pas, dit saint Grégoire de Nazianze, aux brebis à paître les pasteurs, aux parties à juger les juges, à ceux qui sont sujets aux lois à en prescrire aux l^rislateurs; Dieu n*est pas un Dieu de confusion, mais de paix et d'ordre. En ce qui concerne la foi et l'Église, celui seul doit juger qui est de profession ecclésiastique, dit saint Àmbroise. Aussi, reprend-il aigrement quelques prêtres qui, au lieu de se pourvoir et ^'arrêter aux tribunaux de TEglise, avoient j^ecours k Tautorité des empereurs, auxquels il résista courageusement, lorsque, de son temps, ils voulurent entreprendre ce qui n'appartient qu'à ceux k qui Dieu a commis la conduite des âmes,

» L'Église exerçoit si pleinement sa juridiction en ses premiers sièeles, que ce grand saint Martin, riebe ornement de la France, parlant à l'empereur Maximus, dit absolument que c'est un crime nouveau et inouï qu'un juge séculier connoissedts causes de l'Église.

44 HI9T0IIC

» Les bons empereurs, les bons rois, sire, ont toujours été curieux de maintenir et servir cette sainte épouse du souverain Mo* narque en son autorité ; et Votre Majesté remarquera soigneusement que tous les souverains sont étroitement obligés, et par conscience, ce qui est manifeste, et par raison d'État, puisque c'est chose très certaine qu'un prince ne sauroit mieux enseigner à ses sujets à mépriser sa puissance, qu'en tolérant qu'ils entreprennent sur celle du grand Dieu, de qui il tient la sienne. Ce mot comprend beaucoup, je n'en dirai pas davantage. »

L'évéque de Luçon parle ensuite des bonnes intentions du roi et de la reine et des heureux effets qui en résulteront certainement pour tous les Ordres du royaume. 11 demande, pour le clergé, comme une preuve de ces bonnes intentions, la publication du concile de Trente :

« Je pourrois, dit-il, m'étendre sur ce sujet, et mon dessein étolt de le faire, mais, pressé du temps, je me contenterai de faire voir, en peu de mots, à Votre Majesté, que toutes sortes de considéra* lions la convient à recevoir et faire publier ce saint concile : la bonté de la chose, l'autorité de sa cause, la sainteté de sa iin, le fruit que produisent ses constitutions, le mal que nous cause le délai de sa réception, Texemple des princes chrétiens, et la parole du feu roi son père.

» La bonté de la chose, nous offrant à justifier qu'il n'y a rien en ce concile qui ne soit très saint.

L'autorité de sa cause, puisqu'il est fait par l'Église universelle, dont l'autorité est si grande, que, sans elle, saint Augustin ne veut pas croire à l'Évangile.

» La sainteté de sa iin, puisqu'elle n'est autre que la conservation de la religion, et l'établissement d'une vraie discipline en l'Église.

o Le fruit que produisent ses constitutions, puisqu'en tous les pays qui l'observent, l'Église subsiste avec règle.

o Le mal que nous cause le délai de sa réception, puisqu'à ce sujet beaucoup font mauvais jugement de notre créance, estimant que, n'admettant pas ce concile, nous en rejetons la doctrine, que nous sommes obligés de professer sur peine d'hérésie.

» L'exemple des princes chrétiens, puisque l'Espagne, l'Italie, la Pologne, la Flandre et la plus grande partie de l'Allemagne l'ont i-ecu.

n La parole du feu roi son père, puisque c*esl une des condi*

DE l'bGMSIC 02 FaiNCE. 45

tioDs auxquelles il s'obligea soienaellemcal^ lorsque Tlîlgliâc le recul entre ses bras.

» La moindre de ces considérations est sufùsante pour porter Votre Majesté à nous accorder cette requête^ d'autant plus raisonnable^que^s'ily a quelques articles en ce concile, qui, bons eu euxmêmes, semblent moins utiles à ce royaume pour être répugnant, à ses anciens usages, nous nous sou;nettons très volontiers à en demander modification, a

Tels sont les passages les plus remarquables du discours prononcé par Armand Du Plessis-Iiichelieu, a la présentation des cahiers des États.

Ce prélat était né à Paris en 1585 K II avait reçu de la Providence un génie extraordinaire, qui se lit remarquer dès son en-* fance. Après avoir étudié en Sorbonne, il alla h. Rome, où il fut sacré évêque de Luçon en 1607, âgé seulement de 22 ans. 11 n'en avait que 29 lorsqu'il harangua lé roi, au nom du clergé, il aspirait dès lors à diriger le gouvernement, et ce qu'il dit dans son discours de l'autorité que le roi devait donner au clergé dans ses conseils trahit le désir secret qui le dévorait. Son esprit insinuant, ses manières aimables, et surtout la faveur de la marquise de Guercheville, première dame d'honneur de Marie de Médicis, lui frayèrent le chemin de laCour. Cette princesse le nomma son grand aumônier, et, le 30 novembre 1616, il fut nommé secrétaire d'État, avec préséance sur les autres ministres. Conchim', maréchal d'Ancre, son protecteur et son ami, ayant été tué par ordre du roi, Richelieu fut disgracié, et suivit Marie de Médicis à Blois. Le duc de Luynes, qui avait remplacé Conchini dans le gouvernement, l'avait d'abord exile à Avignon^ où il travailla à quelques ouvrages religieux. Mais le soin qu'il leur donna ne le détourna pas de la po> litique. R ménagea l'accommodement de Marie de Médicis et du roi son fils, et le cardinalat fut la récompense de son intervention. Après la mort du duc de Luynes, Marie de Médicis se trouva à la tête du conseil et y tit entrer Richelieu, qui écrasa successivement tous ses rivaux, et devint, en 1624, principal ministre d'État, et chef du conseil du roi. S'il fut grand politique, il n'eut pas les mœurs qui font les bons évêques.

* GalUa Ghristiaiia, Eccl. Lucion. ; Auber}', llist. du cardinal de Rich lieu; Vie du même, par Jean Le Clerc; Mémoires de Richelieu, iiv. 7 et suiv* pass.

46 msfoiiB

On tt pu remarquer que, dan» la harangue qu'il |m>nottça au nom de la chambre ecclésiastique des États, Richelieu ne s'étendit pas beaucoup $ur la publication du concile de Trente. C'était cependant la question principale pour la majorité du clergé et surtout pour les évêqnes.

On s'en occupa d'une manière très active dans l'assemblée du clergé qui suivit les États et qui se réunit à Paris, au mois de mai 1615. Dès que cette assemblée fut formée S elle s'empressa de solliciter la réponse au cahier des États ; elle insista principalement sur la publication du Concile de Trente et le rétablissement de la religion catholique dans le Béarn *. Ce dernier article fut accordé par le roi, quant à la publication du concile, la Cour répondit, selon l'usage, que, malgré son vif désir, elle ne pouvait, à cause des circonstances, autoriser sa publication. Les députés adoptèrent alors la déclaration suivante, qu'ils signèrent et jurèrent d'observer :

et Les cardinaux^ archevêques, évéques, prélats et autres eect^ siastiques soussignés^ représentant le clergé général de France^ assemblés, par la permission du roi, au couvent des Augustins^ à Paris : après avoir mûrement délibéré sur le sujet de la pubUcation du concile de Trente , ont unanimement reconnu et déclaré, reconnoissent et déclarent être obligés, par leur devoir et conscience^ de recevoir, comme de fait ils ont reçu et reçoivent, ledit coneiie, promettant de l'observer autant qu'ils peuvent, par leurs fondions et autorité pastorale et spirituelle; et, pour en faire une plus ample, plus solennelle et plus particulière réception, sont d'avis que les conciles provinciaux de toutes les provinces métropolitaines de ce royaume doivent être convoqués et assemblés en chacune province, dans six mois au plus tard, et que les archevêques et évéques absents en doivent être suppliés par lettres de la présente assemblée, conjointes aux copies du présent acte, pour et afin qu'en

< Procè&-verb«l de rassemblée de 1015. t. it de la Collection générale ; Spond. annal. Ecel., ad ann. 1615.

* Par ce rétablissement, on entendait non pas la liberté du culte catholique qui était déjà exercé dans le Béarn, mais le rétabli^seyiient du dergé dans tons ses biens, privilèges et prérogatives, comme avant rétablissement du Calvinisme en cette contrée. L'assemblée de 1617 fit de nouvelles instances sur ce point, quoique, en principe, le rétablissement fAt accordé; Louis ^III, cette tfnnée même, donna main-levée au clergé du Béarn, de tous ses biens, et promit d*in^ demniser. sur son domaine, les ministres qui en jouissaient.

cas que quelque empêchement retardât l'asiemblée desdils conciles provinciaux dans le temps susdit^ le concile sera néanmoins reçu es synodes diocésains^ premiers et suivants^ et observé par leidits diocèses : ce que tous les prélats et autres ecclésiastiques soussi* gués ont promis et juré de procurer et de faire effectuer de tout leur possible.

» Fait en l'assemblée générale dudit clergé , tenue aux Augu^ tins, à Paris, le 7 juillet 1615. »

Cette décision fut portée à la Cour par Harki de ChampvaloD, abbé de Saint^^Victor et coadjuteur de Rouen. « il vint, dit RicbeM lieu ^, supplier Leurs Majestés, an nom du clergé de France, d'avoir agr^^ la réception du concile de Trente^ qui avait, disoit-il, été faite enTassemblée des États, signée et jurée par ledit clergé, qui le devoit être, en peu de temps encore, par les conciles provin* ciaux et sa Sainteté, suppliée de s'accommoder aux raisons qu'on lui représenteroit pour ce qui regarderoit les droits de la France. La baorangue qu'il fit à Leurs Majestés sur ce sujet fut très mal reçue d'elles, et M. le Chancelier lui témoigna que Sa Majesté ayant in-^ térét à la réception dudit concile, pour les choses qui concernoient la discipline extérieure de l'Église, elle ne se pouvoit ni ne se de* voit faire sans elle.

» Ledit sieur abbé ayant fait imprimer sa harangue, elle fut sup^ primée par sentence du Chfttelet, l'imprimeur condamné à quatre cents livres d'amende et banni , et ordonné que ledit abbé seroit entendu sur le contenu en icelle. »

L'assemblée de 1615 * n'obtînt donc pas ce qu'elle désirait si vivement. La résolution qu'elle avait adoptée avait d'autant plus d'importance que cette assemblée était plus nombreuse ; en effet, outre les députés envoyés spécialement par les provinces pour cette assemblée, les membres de la chambre ecclésiastique des États, qui se trouvaient encore à Paris, y assistèrent et eurent voix délibérative; il ne faudrait pas cependant en conclure, comme l'ont fart certains auteurs, qu'à dater de cette époque le (^oncile de Trente

^ Mémoires de Richelieu » liv. 6.

> L* Assemblée de 1615 8*occupa avec intérêt de la publication des livres liturgiques selon Yusage du concile lU Trente, de Tédition des Pères grecs du F. Pr<mt<»Hdti«Dttc, ds la grande Bible d* Anvers et d'antres grandes oMfrfes de sdeAce eeelésiastiqae, que le clergé enooursffeait^et pour lesquelles il fotifw nissait des fonds.

48 HISTOItE

fut promulgué en France quant à la doctrine et quant à la discipline, sauf les libertés de TÉglise gallicane.

ly après la législation alors en vigueur, cette promulgation, faite par l'assemblée de 1615, n'était ni régulière ni légale ; d'abord, les assemblées du clergé n'étaient pas des conciles nationaux; et les députés n'y étaient nommés que pour veiller au temporel du clergé, régler les taxes qui devaient être imposées aux diverses églises, recueillir les réclamations qui seraient faites contre ces taxes, enfin, arrêter les comptes des receveurs-généraux des subsides ecclésiastiques. Les assemblées du clergé ne pcjuvaient donc que donner des conseils ou des avis sur les choses spirituelles et le gouvernement ecclésiastique. C'est ainsi que l'assemblée de 1615, malgré sa solennité, se contenta de prier les évéques de se réunir en conseils provinciaux, pour y promulguer, autant qu'il était en eux, le concile de Trente.

En outre, dans le régime mixte où était l'Église, le clergé ne pouvait rendre obligatoire les décrets disciplinaires ou de police extérieure sans l'intervention du gouvernement; car la discipline de l'Église formait une partie de la législation générale du royaume, et, à ce titre, l'acceptation du roi et l'enregistrement du Pariement étaient nécessaires pour donner k toute disposition acceptée par le clergé un caractère légal.

On doit remarquer que nous constatons seulement un fait, sans nous en faire l'apologiste. Nous disons, en historien : telle était le régime sous lequel était alors l'Église en France; on peut blâmer ou approuver ce régime, suivant le point de vue où l'on se pose pour l'apprécier; mais l'opinion qu'on peut en avoir ne peut, en rien, ébranler le fait en lui-même.

Le Chàtelet rendit une sentence pour supprimer l'acte d'acceptation du concile de Trente, dressé par l'assemblée du clergé et défendit à tous les ecclésiastiques de son ressort détenir ledit concile pour reçu, sous peine de saisie du temporel. Plusieurs prélats, réunis à Paris S en 1616, déclarèrent que : a Ce qui avoit été fait. Tannée précédente, touchant le concile de Trente, sans l'autorité du roi, seroit réparé et les choses mises en l'état où elles étoient auparavant. »

^ Outre les assemblées générales du elergé, il y en eut pliisieon partieuUàres qui ont laissé des proeès-verbauz, dont quelques-uns ont été iusért^ dans la CoH^on générale, parmi 1<s pièces jiisttficativrs.

DB l'églisi db nuifCB. 49

Il est certain que les évéques ne se réunirent pas en concOes provinciaux^ comme rassemblée du clergé l'avait recommandé; de sorte que le concile de Trente ne fut pas promulgué même ecclésiastiquement. L'assemblée de 1617 pria le roi de forcer les évéques^ par lettres de cachet, à se réunir en conciles provinciaux *; mais cette mesure ne fut pas mise à exécution, et les conciles ne furent pas assemblés.

Depuis les conciles dont nous avons parlé dans le volume précédent, on n'avait tenu, en France, que celui de Toulouse, en 1690, et celui de Narbonne, en 1699.

A l'époque où nous sommes arrivés, on ne tint que celui de Bordeaux, en 1624, et, depuis ce temps % ces réunions furent à peu près complètement interrompues jusqu'à nos jours '. L'assemblée de 1615 donna, comme la chambre ecclésiastique des États de 1614, une preuve de son afiection pour les Jésuites. Elle recommanda leurs catéchismes et leurs écoles.

Plusieurs de ces religieux rendaient certainement, à cette époque, des services que le clergé devait reconnaître. Ilscberchaient à répandre dans le peuple Tinstruction religieuse. Les bénéficiers, presque tous mercenaires et non pasteurs, ne donnaient aucun soin à leur troupeau et le laissaient croupir dans la plus crasse ignorance. Des Jésuites zélés se consacrèrent à l'instruction du peuple; en même temps, plusieurs de leurs confrères, comme Fronton-du-Duc et Sirmond, répandaient, par leurs doctes travaux, la lumière dans le monde savant, et des Apôtres allaient annoncer l'Évangile aux peuples les plus barbares ^.

^ K. Collection générale des procès-yerbaux, t. il.

* En 1651, on assez grand nombre de prêtres s^assemblèrent à Narbonne avec les procurations des évéques et des chapitres, et tinrent une assemblée qui fit soixante-six décrets sur les devoirs ecolésiasUqiies.

> Les conciles provinciaux des xTi.« et xvii.« siècles firent de bons règlements sur les devoirs ecclésiastiques. Ode^un les a réunis en un volume infolio. On fait grand bruit , de nos jours , d*une mesure liturgique que Ton croirait, d*après certains écrivains, que tous auraient adoptée. C'est une erreur. Le concile d*Aix, en 1585; ceux de Bordeaux, de 1583 et de 1024^ et celni de Narbonne, de ld09, sont les seuls qui aient admis la liturgie romaine, qui ne se trouva ainsi établie qu*en trois provinces ecclésiastiques. Ces conciles n*ont pas pris cette mesure comme sUls y eussent été obligés^ mais uniquement pour éviter les frais dCune réimpression de Vancienne liturgie locale. Ce n*e6t que de nos jours qu'on a inventé ce nouveau droit liturgique, dont quelques écrivains, fort peu instruits, se sont déclarés les champions.

^ Le P. Colon avait demandé h l'assemblée de 1(M5 un secours annuel de

5b unTomit

Mais tandis que ces bomiûes respectables méritaîent, pottc leiir Société, les plus grands éloges, ceux qui la dirigeaient, avec cenic qu'ils choisissaient pour les inslr'uments setviles dé leurs dessein», accumulaient sur elle des torrents de haine.

Nous avons dit comment ils essayaient de répandre, en France, Vultnunontanîsme le plus exagéré et quelle opposition ils rencontraient dans la Faculté de théologie.

' Tout en combattant l'absolutisme de la papauté, la Faculté savait défendi^e énergîquement les droits du Saint-Siège. Elle éti donna une preuve dans la censure qu'elle fit du livre de Marc- Antoine de Dominîs, évoque de Spalatro *.

Le 30 octobre 1617, Isamberl, syndic de la Faculté, lui défèm ce livre. Intitulé : de la République ËccUsiasiiqw!, comme contenant plusieurs hérésies, et d'autant plus dangereux, que l'auteur prétendait que la Faculté de théologie de Paris ne différait avec lui qu« dans les termes et non pour le fond de la doctrine. Le syndic demanda en même temps que la Faculté choisît quelques docteurs pour lire avec soin Touvrage d'Antoine de Dominis, et rapporter fidèlement, à la prochaine assemblée, èe qu'ils y auraient trouvé de répréhensible. La Faculté, faisant droit à sa réquisition, chargea cinq docteurs d'extraire de la République EcclésicoHqtxe les propositions qu'ils jugeraient dignes de censure, et d'en faire le rapport à la Faculté. Le 1.*' décembre de la même année, ces docteurs dirent qu'ils avaient lu avec attention le livre d'Antoine de Dominis, et qu'ils y avaient trouvé un grand nombre de propositions hérétiques^ schismatiques, erronées, scandaleuses^ téméraires, offensives des oreilles pieuses et catholiques, et surtout injurieuses au SaintrSiége apostolique, à l'Église romaine et au souverainpontife, vicaire de Jésus-Christ en terre, et successeur de saint Pierre. Us préisentèrent ces propositions extraites mot pour mot de Tonvrage. Après en avoir délibéré, la Faculté jugea que le livre de Dominis devait être condamné et interdit aux chrétiens comme

deux mille livres pour les missions des Jésuites en Orient. (K Procès-verbal de oelte assemblée.)

^ Marc-Antoine de Dominis, De Hepnblicâ Ecclesiasticft; Mercure françois, ann. 1617 ; Bossnet, Defens. declar. Clcri gallican. , lib. 6, c. 20 ; EUies Du Pin, Hist. Eccl. du xvn.e siècle, t. i; DAvrigny, Méra. chron., ann. 1617; D'Ai^ gentré, Collect. judic, t. m. Domhris avait été Jésuite. Cudémon-lean lui adressa dôs injures, et prétendit quUl n'était sorti de la compagnie que par ambition.

DB L'iQLISV DC FRANCE. M

contraire à la loi divine, à la tradition et à la pratique de l'Église catholique ; comme hérétique, plein de calomnies très impudentes, d'erreurs, de mensonges, et renversant tout Tordre hiérarchique. Ensuite, elle ordonna que Ton choisirait quelques-unes des propositions condamnables pour les noter en particulier et prouver ainsi que le livre avait été justement condamné ; enfin, elle émit le vœu que l'ouvrage de Dominis fût proscrit par les évêques et par les magistrats.

Les propositions condamnées par la Faculté, publiées avec la Censure qu'elle infligea, sont au nombre de 47. Elles forment, dans leur ensemble, un système qui peut être ainsi résumé :

<f L'autorilé réside dans le corps entier de l'Église, composé des laïques aussi bien que du clergé. Les évêques ne sont donc que les ihinistres de la société chrétienne, et ils n'ont pas une autorité distincte de celle de cette société ; seulement, ils sont députés en Pexercîce de cette autorité par l'Ordre qu'ils reçoivent ; mais l'Ordre n'est qu'une pure cérémonie, et non pas un sacrement qui leur confère une autorité proprement dite. Ils possèdent tous l'exercice de rafQtorité ou la juridiction au même titre ; de là, il résulte qu'il n'y a d'autre chef dans l'Église que Jésus-Christ, dont l'unique vicaire est le Saint-Esprit. L'autorilé étant exercée également par tons les membres de l'épiscopat, il s'ensuit que l'Église est une répuMique aristocratique, et qu'il n'y existe pas de monarchie, c'estànlire de suprématie d'un seul sisr les autres dépositaires de V autorité. La papauté est donc anti catholique ; c'est une invention hnmaine, qui n'a sa source que dans la suprématie politique dont Rome a joui autrefois. Mais la suprématie ou monarchie du pape est contraire à l'Évangile, et les derniers conciles généraux ne l'ont connsacrée que parce qu'ils étaient sous l'influence directe et toute puissante du pape. Cette consécration ne la rend pas plus vtaie, et, en prétendant n'être pas une simple partie de la société chrétienne, Tti^glise romaine est dans un état de schisme à l'égard del^lise catholique ou universeUe. »

Tel est le système de Marc- Antoine de Dominis, censuré par la S(Mrbonne. il suffit At l'avoir exposé dans toute sa simplicité pour voir la différence qui existe entre les opinions de l'évêque de Spalalro et celles de Rkher, avec lesquelles on a voulu quelquefois les confondre. Richer disait bien que l'autorité résidait en principe dans l'ÉgUse entière ou la société chrétienne, mais il ajoutait que l'exercice en était donné au corps épiscopal par un moyen divin.

SSt HiSTom

c'est-à-dire le sacrement de TOrdre ; et il admettait que le corps épiscopal avait^ dans le pape^ un chef légitime et divinement institué^ qui jouissait^ dans toute l'Église, d'une primauté d'honneur et de juridiction. Seulement, selon Richer, le pape jet les évéques devaient exercer l'autorité, non pas d'une manière despotique et absolue, mais en se conformant aux lois et aux canons ; et l'autorité infaillible ne résidait pas dans le pape seul, mais dans le corps épiscopal.

Si le système de Richer contenait des erreurs de détail, il n'en était pas moins vrai qu'il différait essentiellement de celui de Dominis. Cependant *, à peine l'ouvrage de ce dernier fut-il connu à Paris, que les ennemis de Richer répandirent le bruit qu'il l'approuvait. Ce docteur, depuis plusieurs années, ne songeait qu'à se faire oublier, et consacrait à la prière et à l'étude les longues journées que lui laissait son isolement. Il crut devoir rompre le silence pour donner un démenti formel aux bruits malveillants répandus par ses ennemis, et il déclara qu'il avait trouvé plusieurs erreurs graves dans le livre de l'évéque de Spalatro, sans cependant approuver toutes les qualifications infligées par la Faculté à quelques-unes de ses propositions. ^^

Le nouveau nonce Bentivoglio crut que l'occasion était favorable pour obtenir de Richer la rétractation de son ouvrage De la PtMsance ecclésiastique et politique y et il lui envoya Duval, qui feigm'l de se vouloir réconcilier avec lui. Duval ayant voulu lui persuader d'aller rendre visite au nonce, Richer lui répondit : a Je n'ai aucun motif de faire cette démarche; je n'attends rien de la cour de Rome. Je fais, certes, grand cas de la protection du pape et des prélats, mais je ne puis l'acheter aux dépens de ma conscience. Je suis peu ému des calomnies dont on m'accable ; je mets ma confiance en Dieu, qui connaît mon innocence. »

Pendant plusieurs années, Duval fit d'inutiles efforts pour faire signer à Richer quelque rétractation; il ne put en obtenir que des déclarations fort claires et fort catholiques il est vrai, mais qui ne suffisaient pas à des ennnemis qui tenaient à donner un mauvais sens à ses propositions pour en faire des hérésies. Richer, obsédé par son adversaire, finit par lui dire qu'il ne voulait plus avoir aucune relation avec lui. Duval, irrité, ne garda plus de mesure : il

« Baillet, Vie de Riofaer; Racine. Hist. Eocl.» t. ï, art. 4, ëdit. in-4.û; D*A Vrigny, Mém« cbronol., ann. 1617.

DB L*A6Um DB VBANGB. 53

publia partout que Richer était excommunié et qu'il n'était plus permis de lui donner l'absolution. Il gagna tous les prêtres du collège Le Moine> et Richer ne put trouver parmi eux un confesseur. Ces persécutions n'eurent pas plus de succès que les instances qui les avaient précédées; alors Duval, désespéré, fut obligé de déclarer au nonce et au cardinal de La Rochefoucault, qui l'avaient mis en œuvre, qu'il ne pouvait rien obtenir de Richer. a Puisqu'il refuse d'obéir, dit alors La Rochefoucault, il faut le coudre dans un sac et le jeter dans la rivière. Pl&t à Dieu, ajouta-t-il, qu'il m'en eût coûté deux cents écus d'or et qu'il se fût fait hérétique ! b Richer soutint avec calme les persécutions des plus redoutables adversaires, a II brava la Ciour, dit un biographe ennemi S parce qu'il ne lui demandait rien et qu'U pouvait se passer de tout. j> L'ambition n'eut en effet jamais aucun empire sur cet homme sévère, qui se faisait gloire de n'apprécier que deux choses : la vérité et le bien.

Le plus càèbre antagoniste de Richer, le cardinal Du Perron, était mort en 1618, un an environ après la condamnation de Marc- Antoine de Dominis.

Nous avons eu occasion de parler de cet homme célèbre assez souvent pour qu'on ait conçu de ses talents l'idée la plus avantageuse. Quant à son caractère, nous devons à la vérité de dire qu'il n'apparait pas à l'historien impartial aussi grand que son génie. Le controversiste peut être loué sans réserves, mais l'homme eut des faiblesses, dont l'ambition fut probablement le principe. 11 débuta dans la carrière littéraire par des poésies assez licencieuses pour attirer sur lui l'attention de la cour immorale de Henri III ; élevé aux honneurs de l'Église, sa vie fut régulière, mais le soin extrême qu'il eut de ménager les cours de Rome et de France imprima à ses actes un cachet d'indécision qui ne convenait pas à un homme doué d'un génie aussi élevé que le sien. Ses ouvrages ont été publiés en cinq volumes in-folio. La Réplique au rai de la Grande Bretagne ; le Traité de rEucharistie, contre Duplessis-Moma^ ; plusieurs autres traités contre les Protestants, sont les œuvres les plus remarquables de ce recueil. On y trouve aussi des Lettres, des Harangues et des Ambassades qui renfermen^ quelques renseignements historiques.

Du Perron fut envoyé plusieurs fois à Rome et assista aux fameuses Congrégations de Auxiliis *. Ce fut lui qui détermina le pape à

* Feller, ▼.« Richer.

* Les Congrégations de À^uMiis furent ainsi appelées parce qu'on y agita

ne point donner de décisûm sur les matières <ie la gfâce qui ^ anaiMil été si doctement agitées. C'était^ sdon un biographe jésuite^ le pu^ ti le plus sage ; c'était au moins le {dus fayorable aux Jésuites, qui y avaient été si solidement convaincus d'erreur touchant la grice^ qu'ils n'auraient pu éviter une condamnation s'ib n'avaient eu re* cours à toute leur influence pour empêcher le pape de publier une bulle qui était déjà rédigée et par laquelle le système de Molina était condamné. Jusqu'en 1620, les Dominicains sollicitèrent la publiea* tion de cette buUe, mais ce fut en vain. Paul V ne crut pas devoir contrister la Compagnie des Jésuites^ qui le servaient si bien dans le projet qu'il avait conçu de répandre dans toute l'^lglise les opinions ultramontaines. Ce fut évidemment sous l'inspiration de Paul V, que les Jésuites publièrent, à cette époque, tant d'ouvrages exagérés sur la puissance des papes. En amis imprudoits, ils eurent parfois trop de zèle, compromirent ceux qu'ib voulaient défendre, et tombèrent en des excès que les papes euxHOiémes furent obligés de condamner ; mais, tout en désavouant les excès, Paul V n'en montra pas moins pour l'ultramontanisme beaucoup trop d'ardeur. Était-il à propos de réclamer pour les papes des privilèges que lui déniaient de sincères catholiques, alors que le protestantisme grandissait chaque jour et abusait des opinions ultramontaines pour combattre avec plus d'avantage les droits du Saint-Siège en les eoofon^ dant avec eUes ?

Paul V mourut le 31 janvier 1621, et eut pour successeur Gré* goire XY.

la question de la GrAoe ou des secours accordés par Dieu à l*homme pour h\n son salut. Elles eurent lieu sous les papes Clément YIII et Paul Y.

Depuis long-4einps la question de la Grftee remuait les écoles théologiques; Deux systèmes étaient en présence : celui des Thomistes, dont les Dominicains étaient les principaux champions, et celui du Jésuite Molina, soutenu surtout par les Jésuites. Les principaux points de la dispute étaient ceux-ci, savoir : si la GrAoe est efficace par elle-même, et si la prédestination est gratuite. Les Jésuites combattaient ces deux points. Les Congrégations ne ftirent pas favorables à leur doctrine, et on y dressa des articles entièrement opposés au système de Molina.

* Feller, v.o Perron.

DB L'éGUftl W rSANGI. tt

Tableau de la reforme ecclésiastique et monastique pendant la première moitié du ^m.* Bléele. — > Oésar De Bus, prêtres de la Doctrine chrétienoe. -^ Jeatme (19 legU^nao, flUes de Notre-Dame. — Madame Aearte, Carmélites rëformâss, «t Troubles à leur occasion. -* Didier de La Cour, Bénédictins réformés, Congru gation de Saint-M aur. — Uarie-Angélique Arnaud, Bénédictines réformées, ab» bay« de Porl-Royal. ^ Saint François de Sales et Jeanne-Françeise de Chaula), Ordre de la Visitation. — Relations de saint François de Sales avec Marie-Angélique et toute la famille Arnaud. —Le cardinal de BéruUe, établissement de roratoire- --' Drsulines. — Le B. Pierre Fourier, religieuses de Notrfr-Bame. -^ Réforme des cbanoines réguliers.— Gb. Faure, rélbrme desebanotnes de Sainte* Geneviève. — Alain de Solminibao, réforme de Ghancclade. — Autres établissements ou réformes. •* Saint Vincent de Paul, prêtres de la Mission, soMirs de CbariU* -* litablissement des séminaires. *• Le p. BcRirdoîse.— Olier, séminaiva de Saint-Sulpice. — Les Eudistes. — Séminaire des Trente-trois. — Le P. Ber* nard.— Saint Jean-François Régis.— Etat des Jésuites, en Franee, au eommenoement du xYii.e siède. — Rxaoïen du livre du P. Marians» sur U réforme fiai Jésuites,

AvAKT de poursuivre le cours des événements religieux qui m^ ritent de fixer l'attention de l'histoire au commencement du XYn«* siècle^ nous devons jeter un coup-d'œil sur les institutions çoqlé* siastiques ou monastiques qui naquirent ou furent réforméefi k cette époque.

Ces institutions eurent trop d'influence sur la société religieui^ pour que nous puissions les passer sous silencOt

Dès la fin du xvi.* siècle^ en France, on avait vu naître llnstitut des prêtres de la Doctrine Chrétienne, dont le fondateur fut I^ vénérable César de Bus.

Ce saint personnage* naquit àCavaîllon^dans le Gomtat Venais siO; d'une famille noble. Pendant sa jeunesse, Q prit part aux di^ cordes civiles qui désolèrent la France sous les règnes de François 11 et de Charles IX; il porta les armes contre les protestants et parut à la Cour, où il obtint quelques bénéfices, sans être engagé dans la cléricature. Après avoir mené «ne vie toute moncUine pendant sa jeunesse, il se donna à Dieu, reprit ses études, enbra dans les Ordres et s'appliqua avec sèle aux travaux du saint iniiiistère.

> Vie du V. César Da Bua, par Fierre Du llaa, de la CDagrti a iion de la Doetrine Cbrétienne.

La prédication 9 la visite des hôpitaux et les autres œuvres de charité avaient pour lui un grand attrait. Catéchismes^ sermons, con* férences, il ne négligeait rien pour instruire le peuple, abandonné depuis si long-temps de ses pasteurs. Ce fut dans le but de répandre la connaissance de la religion dans la société, et surtout parmi les jeunes gens, que César de Bus institua sa Congrégation de la Doctrine Chrétienne. Quelques années après l'avoir fondée, il voulut lier ses frères par les vœux de religion, mais le P. Romillion et plusieurs autres s'y refusèrent et formèrent une Congrégation séparée, qui se fusionna depuis avec l'Oratoire du cardinal de Berulle. Cette scission afiOigea César de Bus, sans le faire renoncer à son projet. Dieu l'éprouva par la privation de la vue ; mais cette infirmité ne Tempécha point de continuer ses fonctions de catéchiste et de prédicateur. Il mourut dans l'exercice de ces œuvres, et après avoir pratiqué les vertus au degré hérmque ^

En 1610, sa Congrégation n'avait que trois maisons, Avignon, Toulouse et Brives. Elle s'unit, en 1616, avec lesSomasques d'Italie, et revint quelque temps après à l'état de simple aggrégation de prêtres séculiers *. On leur donnait vulgairement le nom de Doctrinaires. Ils possédèrent ' en France quinze maisons et vingt-six collèges.

En même temps que César de Bus fondait sa Congrégation pour l'éducation chrétienne des jeunes gens, Jeanne de Lestonnac, marquise de Montferraud, établissait à Bordeaux la Congrégation des Filles de Notre-Dame, en faveur des jeunes filles. Jeanne de Lestonnac ^ était nièce du fameux Montaigne. Elle épousa, à dixsept ans, le marquis de Montferraud, dont elle eut sept enfants. Elle avait toujours été fidèle aux pratiques de la piété ; mais, étant devenue veuve, elle résolut de se consacrer entièrement au service de Dieu. Six ans après la mort de son mari, voyant ses enfants établis et en état de se passer d'elle, elle alla prendre l'habit chez les Feuillantines de Toulouse ; c'était en 1603. Sa santé ne

* Pie Ville déclara te 8 déccAkbre 1821. César De Bus mourut le 15 avril

* lonoeent X, par un bref du 80 juillet 1647, sépara les Doctrinairt» des Somasques, et remit la première Congrégation à Tétat séculier, sous un général français. (D*À7rigny, Mém. chronol., ann. 1616.)

* Au moment de leur extinction, à la fin du xvm.* siècle.

* Hèljot, Hist* des Ordres monastiquee, t. vi.

DB L*ÉGLt8B DB PBANCB. 57

lui permit pas de rester dans cet Ordre. De retour à Bordeaux, elle conçut le dessein de former une Congrégation qui se consacrerait à réducation des jeunes filles. L'instruction de la jeunesse excitait alors l'attention des personnes les plus prévoyantes et les plus zélées. On sentait la nécessité de commencer par la généra* tion naissante la réforme générale que Ton méditait. De là tant d'efiorts simultanés et d'institutions^ qui se dirigeaient toutes d'une manière ]}lus ou moins directe vers ce but. Pour les jeunes gens, l'Oratoire, les Pères de la Doctrine Chrétienne, les Eudistes, qui furent successivement établis vers ce temps, travaillaient à former de bons chrétiens, en même temps qu'à donner les éléments des sciences ou le goût des lettres. Pour les filles, différentes Congrégations, placèrent aussi l'éducation de la jeunesse au nombre des fins de leur institut; les GUes dites de Notre-Dame eurent le mérite d'être une des premières associations qui formèrent cet utile projet, et qui s'y dévouèrent. Les Pères Bardes et Raimond, Jésuites, et Moisset, curé de Sainte-Colombe, à Bordeaux, prirent le plus de part à l'établissement de cette Congrégation, qui fut autorisée par le cardinal de Sourdis, archevêque de cette ville, un des prélats les plus recommandables de ce temps. Ce cardinal écrivit même au pape en faveur de Madame de Montferrand, et, à sa recommandation, Paul V confirma l'Institut par un bref. Peu après, la pieuse fondatrice et quatre demoiselles qu'elle s'était associées, reçurent des mains du cardinal de Sourdis l'habit et le voile noir, et prirent la règle de saint Benoît. Henri IV accorda des lettres-patentes pour cet établissement qui se propagea avec beaucoup de rapidité. Le zèle et le succès de ces religieuses pour l'éducation des jeunes personnes les faisaient désirer dans beaucoup de villes, et, vers la fin du siècle, la Congrégation comptait quarante-sept maisons situées principalement dans les provinces de l'Ouest et du Midi de la France. Madame de Montferrand vécut assez long-temps pour voir une partie de ces progrès. C'était une femme pleine d'activité, de courage et de prudence.

Madame Acarie, dont nous aurons plusieurs fois occasion de parler, mérite les mêmes éloges. Cette pieuse femme contribua surtout à l'établissement des Carmélites réformées en France.

L'éclat que le génie et les vertus de sainte Thérèse avaient jeté dans l'Église inspirèrent à un grand nombre de personnes le désir d'établir en France les Carmélites réformées par elle ^ Madame

1 Yie de Madame Acarie, par Duval ; Vie du cardinal de BéruUe, par Ta-

^ BISTQIRB

Aovie dfi VîUj^nw 9t r^tbbé de BéruIUi qui^ peu de teinp« aprèSf fonda TOratoire de France^ contribuèreul surtout ï leur établissement Madame Acarie ^ était alors à la tète de toutes les bonnes oeuvres à Parisi et on peut dire qu'elle préludait dignemm\ aux fondations charitables de saint Vincent-de-Pau]. En attendant les Carmélites, que Ton eut beaucoup de peine à obtenir d'Espagne, Madame Acarie forma à la piété plusieurs jeunes personnes, qui entrèrent ensuite dans le nouvel Ordre, ia. première maison en fut fondée au faubourg Saint-Jacques. Dès 1606, il fallut b&tir un nouveau monastère à Pontoise. En peu de temps, les maisons se multiplièrent par toute la France, et, à la fin du siècle, oq en comptait soizante-deux. De Bérulle et les docteurs Duval et Gallemant furent nommés par le pape premiers supérieurs des Carmélites réformées *, et en vertu a'un bref du pape en date du 17 avril 1614, de Bérulle fut nommé visiteur général de l'Ordre ; ce bref fut enregistré par le Parlement de Bretagne, malgré Top*poiition des Carmes, qui venaient d'établir une maison de Carmé*- Utes réformées à Morlaix, et qui prétendaient avoir de droit la direction des Carmélites* Ces religieuses .se prononçaient en faveur de ces Pères contre les supérieurs séculiers qu'on leur avait donnés j de là, des troubles et des dissensions, qui eurent beaucoup de retentissement. Le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, m déclara en faveur des Carmes, contre de Bérulle et ses collègues. i^ communautés de Saintes, de Bourges, de Limoges et de Morlaix se joignirent à celle de Bordeaux pour faire de ropposîtloQ au visiteur. De Bérulle en appela à Bome.

Paul V déclara, le 12 octobre 1614, que de Bérulle serait visiteur des Carmélites, et enjoignit à ces religieuses de lui obéir ainsi qu'à ses collègues'. Grégoire XV ayant confirmé ce jugement par deu^^ brefs, Tun du 20 mars, l'autre du 12 septembre 1620, les Carmélites» qui se virent sans ressource du côté de Rome, eurent recours

baraud ou par Habert; Vie de Marie de V Incarnation (Madame Aoaiie), par Bouetier* I Elle • été béetifiée par Pie \h

• ÛMlr^ Qos Carmélites, il y avait celles de Lorraine et du Comt9t| qui liaient dirigées par les Carmes réformés , et les Carmélites mitigées de 9reta^pe et de Champagne qui avaient pour supérieurs les Carmes de la place Haubert, à Farts.

* D*ÀvrigD7, Mém. chronol., ann. tHOI; Procte-verbauz dis apacmMiloi do Qergé de France, ann. 1025.

à Fappd conve d'abus, qu'eDes inbHjetèrwt au Parkm^at. Catta procédura ne pouvait maaquer d'éloigner enoore peur un tempf èonddéraUe la eondusion de l'affaire , n deux arrêt» du conseil d'État, du 16 septembre et du 15 décembre ne l'aTaient acoéÛrée, an ordonnant l'exécution des brefs, nonobstant Tappel. Alors, les cardinaux de la Rochefoueaultet de la Valette, ebaigés par le pape de mettre les religieuses à la raison, subdéléguèrent Etienne Louyte, doeteur de Sorbonne et doyen de Nantes,

Louytre était l'homme du monde le plus propre à se faire obéir, comme il parut bientôt. Dès qu'il fut revôtu de ses pouvoirs, il se transporta à Bourges, et sur le refua que firent les Carmélites de se soumettre, il les excommunia le % novembre. Ces excommuniées quitterait leur couvent au commracement de l'année suivante, et se retirèrent aux Paysp-Bas. Le 30 décembre 1623, Urbain VIII, qui venait de monter sur le trône pontifical, approuva, par un nouveau bref, tout ce qu'avait fait son prédécesseur, ce qui donna lieu à l'excommunication des Carmélites de 8aint^Ppl-4e*Léon et de Bordeaux, que ni la disgrâce de leurs sœurs de Boui^es, ni la f^r* meté du subdélégué n'avaient pu réduire à l'obéissance. Le doyen, de retour en Bretagne, après son expédition de Guyenne, trouva que l'évéque de Saint*Pol-de-Léon venait de donner deux novices aux Carmélites. Sur cela, il interdit sa cathédrale el le suspendit de plus de ses fonctions épiscopales. Cet incident fit un nouveau procès. Le prélat se plaignit à rassemblée du clergé, qui donna, le 16 juin 1625, une déclaration contre le doyen, dont eUe traita la con* dnite d'attentat sans exemple et plein d'impiété. Après quoi elle adressa une lettre circulaire à tous les évéques absents, pour les |NÎer de ne le point recevoir à la communion des fidèles, lorsqu'il trait dans leurs diocèses, jusqu'à ce qu'il eût réparé le scandale et satisfait le prélat qu'il avait outragé. Le pape embrassa hautement le parti du subdélégué, en cassant la déclaration; rassemblée du clergé, de son côté, demanda au roi ou la suppression du bref du pape qu'elle considérait comme attentatoire à son autorité, ou au moins la permission de tenir un concile national, pour y pourvoir et demander un concile général. Les esprits s'aigrissant chaque jour, Louis XIII fit représenter à Urbain YIII que les évéques étaient prêts d'aller à Rome justifier leur déclaration et l'irrégularité des procédures du sieur Louytre; il le pria en même temps de retirer son bref, d'autant plus que la déclaration de l'assemblée n'était ni une sentence ni un acte de juridiction, mais un simple avis, né*

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