‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiquesChapitre 2 sur 26 · H18T01KE · texte numérisé non relu

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cessaire pour arrêter le scandale. C'est en effet ce que les prélats de rassemblée avaient déclaré au cardinal Barberin^ que le pape avait envoyé en France avec la qualité de légat à kUere. L'autorité du pape se trouvant par là à couvert^ les choses n'allèrent pas plus loin. Le doyen de Nantes voulut bien même faire une espèce de satisfactioa auz prélats. Sponde assure qu'ils ne lui pardonnèrent qu'après qu'il eut humblement reconnu sa faute et donné dès marques de son repentir. Cet humble aveu et ces marques de pénitence ne sont pas trop bien marquées dans le procès-verbal de l'assemblée. Il paraît que Louytre en fut quitte pour protester qu'il ne ferait jamais rien de contraire au respect et à l'obéissance qu'il devait au corps épiscopal. Loin de rétracter ses démarches^ il soutint qu'U avait agi suivant les lois^ et que^ quand il en aurait fait davantage, il n'aurait point passé les bornes du pouvoir que lui donnait sa subdélégation.

L'assemblée se contenta de cette espèce de réparation^ parce qu'il ne lui était pas possible de rien obtenir de plus^ et elle écrivit en sa faveur aux évêques^ à qui elle avait adressé la déclaration et la lettre circulaire. L'affaire des Carmélites fut bientôt terminée après cela.Le légat les releva des censuresqu'eUes avaient encourues, et les envoya en Flandre. Ainsi, il ne resta dans le royaume que celles qui s'étaient soumises aux supérieurs désignés par le pape.

Nous n'avons pas à raconter avec plus de détail tous les excès et les violences qui eurent lieu dans cette malheureuse affaire des Carmélites. Ces choses, dit Pierre de Bérulle sorti plus dignes de larmes que de paroles. Disons seulement que les Jésuites en furent l'unique cause. Ils se tinrent cachés quelque temps sous les mon" teaux des Carmes ; mais lorsque ceux-ci se furent retirés de la lutte, par obéissance pour le pape, ils n'hésitèrent pas à continuer leurs calomnies et leurs excès contre lé pieux fondateur de l'Oratoire. Us donnèrent ainsi la mesure de leur respect pour les ordres formels du pape ^

Une des réformes les plus célèbres du xvu.® siècle est celle des Bénédictins. Un religieux d'une haute vertu, Didier de la Cour *, en fut le premier auteur. Il était né à Monzeville, en 1&50, et était en-

> Les mots soulignés dans les lignes ci-dessus sont tirés d*uue lettre de P. de Béralle au cardinal de Richelieu. Nous donnerons bientôt cette lettre.

<yie du V. Didier do La Cour, par Haudiqucr; Gallia chrisliana, pciss,; Hist. de la Congrégation de Saint-Maur.

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tré à dix-huit ans dans Tabbaye de Saint-Vannes, à Verdon. Le relâr chement qui s'y était introduit, loin de refroidir son zèle, ne fît que l'animer davantage. Le jeune religieux, repoussant des mitigations qui semblaient autorisées par l'usage, pratiquait, autant qu'il lui était possible, la règle de saint Benoit dans toute sa sévérité. Seul à lutter contre le torrent des exemples contraires, sa constance et sa ferveur ne se démentirent point. Son zèle, sa douceur, sa patience au milieu des contradictions attirèrent enfin les bénédictions de Dieu sur son projet. Etant devenu prieur de l'abbaye de Saint- Vannes, en 1598, il commença. Tannée suivante, l'établissement de la réforme dans cette maison, et y reçut quelques novices qu'il forma par son exemple à la stricte observance de la règle. L'évoque de Verdun, qui était en même temps abbé de Saint-Vannes, protégea son entreprise, et Clément VIII autorisa la réforme par un bref exprès. Les jeûnes, les veilles, le silence, le travail des mains, la méditation des choses saintes, rappelaient les premiers disciples de saint Benoît ; mais c'était surtout par les vertus intérieures que Didier de la Cour et ses premiers reUgieux se distinguaient. D'anciens Bénédictins, des jeunes gens, des hommes du monde, vinrent se mettre sous sa conduite. Un de ceux qui le secondèrent avec le plus de zèle dans l'établissement de la réforme fut Claude François, qui mourut, par la suite, victime de sa charité à soigner les malades, dans un temps d'épidémie. Bientôt la réputation de Didier de la Cour s'étant répandue au loin, on venait d'AUemagne, des Pays-Bas et de France lui demander des règlements et solliciter des secours pour l'établissement de la réforme. Plusieurs abbayes l'adoptèrent, et Didier eut la consolation de la voir surtout se propager en France. Il mourut à Saint- Vannes, après avoir consolidé son œuvre. Sa Congrégation n'est pas seulement connue par les écrivains distingués et par les exemples de vertu qu'eUe a produits; elle a encore donné naissance à une autre Congrégation, plus nombreuse et plus célèbre, dont nous devons rapporter l'origine et les progrès.

La première abbaye qui adopta, en France, la réforme de Saint- Vannes fut celle de Saint-Augustin de Limoges, et elle fut suivie des abbayes de Saint-Faron de Meaux, de Saint-Julien de Nouille, de Saint-Pierre de Jumiéges et de Bernay . Didier de la Cour envoya quelques-uns de ses religieux dans ces divers monastères, pour y introduire la pratique exacte de la règle primitive; mais, comme il paraissait difficile de réunir toutes les maisons réformées sous l'autorité d'un supérieur résidant en pays étranger (la Lorraine ne fai-

sait pas akm partie de la Praiice)^ on prit le parti d'érigw en France une Congrégation dam le même e^rit et sur le même pied que celle de Saint«-Vanne8^ mais qui serait distincte et indépendante. Laur^t Bénard^ prieur du collège de Giuni, fut un des plus zélés pour ce projet. Né à Nevers^ en 1573^ il eut des succès dans la prédication et dans l'enseignement, fit refleurir le collège de Ctuni à Paris^ et alla plusieurs fois en Lorraine pour y prendre l'esprit de la réforme de Saini-Vannes. Il mourut au milieu de ses soins pour l'établisse* ment de la nouvelle Congrégation. Elle fut autorisée par des lettres patentes du roi, et confirmée par une buUe du pape. On la nomma la Congrégation de Saint-^Maur, du nom d'un des premiers disciples de Sainl-Benott. Les plus grands personnages témoignèrent un vif intérêt à cette réforme. Louis XIII écrivit au pape en sa faveur; les cardinaux de Sourdiset de Retz, le procureur général Matiiieu Mole, les présidents de Nicola! et Hennequin la secondèrent de tout leur pouvoir. Dans les provinces, les gens de bien travaillèrent à introduire la nouvelle Congrégation dans différentes abbayes ; et Vwk vit, k Toulouse, l'archevêque, le clergé et le Parlement^ le premier président à la tête, recevoir, avec des honneurs extraordinaires, les premiers memlN*es de la Congrégation qui arrivèrent dans cette ville pour y établir la réforme. La Congrégation de Saint-Maur fut établie successivement dans cent quatre-vingts abbayes ou prieurés conventuels. Les premiers religieux partageaient leur temps entre la prière et Tétcàe ; on leur dut la restauration de plusieurs anciennes abbayes détruites par les guerres, et la construc^ tion de belles églises. Tout le monde connaît les grands travaux scientifiques que Ton doit aux Bénédictins de Saint-Maur : ils embrassèrent les différentes parties des sciences ecclésiastiques et se livrèrent aux travaux de critique et d'érudition : ils ont enrichi la littératiu^ de bonnes éditions d'un très grand nombre de Pères de l'Ëgiise, et ont fait des recherches immenses sur l'histoire et l'antiquité ecclésiastiques.

La réforme des Bénédictines ne fut pas moins célèbre que celle des Bénédictins; Marie-Angétique Amauld en fut le principal instrument et la commença à Port-Royal.

Cette abbaye, située près de Chevr8use,fut fondée en 1204 sous l'épiscopat de Eude de SuUy, évêque de Paris.

Sur la fin du seizième siècle % ce monastère^ comme beaucoup

^ Abr^ de l'Histoire de Port-Royal, par Jean Racine; Histoire de Port- Royal, parB.Cemencet.

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d'autres, était toml)é dans un grand relâchement. La règle de saint Benoît n'y était presque plus connue ; la clôture même n'y était plus observée^ et l'esprit du siècle en avait entièrement banni la régularité. Marie-Angélique Arnauld^ par un usage qui n'était que trop commun en ces temps-là, en fut faite abbesse, n'ayant pas encore onze ans accomplis. Elle n'en avait que huit lorsqu'elle prit rhabitj et elle fit profession à neuf ans, entre les mains du général de Citeaux, qui la bénit dix-huit mois après, tl y avait peu d'apparence qu'une fille faite abbesse à cet âge, et d'une manière si peu régulière, eût été choisie de Dieu pour rétablir la règle dans cette abbaye. Cependant, elle était à peine dans sa dix-septième année que, Dieu, qui avait de grands desseins sur elle, se servit, pour la toucher, d'une voie assez extraordinaire. Un capucin, qui était sorti de son couvent par libertinage et qui allait se faire apostat dans les pays étrangers, passant par hasard à Port-Royal, fut prié par Tabbesse et par les religieuses de prêcher dans leur église. Il le fit, et ce misérable parla avec tant de force sur le bonheur de la vie religieuse, sur la beauté et sur la sainteté de la règle de saint Benoit, que la jeune abbesse en fut vivement émue. Elle forma dès lors la résolution, non-seulement de pratiquer la règle dans toute sa rigueur, mais d'employer même tous ses efforts pour la faire aussi observer à ses reugieuses. Elle commença par un re- Bouvellement de ses vœux, et fit une seconde profession, n'étant pas satisfaite de la première. Elle reforma tout ce qu'il y avait de mondain et de sensuel dans ses habits, ne porta plus qu'une chemise de serge, ne coucha plus que sur une simple paillasse, s'abstint de manger de la viande, et fit fermer de bonnes murailles son abbaye, qui ne l'était auparavant que d'une méchante clôture de terre, éboulée presque partout. Elle eut grand soin de ne point alarmer ses reUgieuses par trop d'empressement à leur vouloir faire etobrasser la règle. Elle se contentait de donner Pexemple, leur parlant peu, priant beaucoup pour elles, et accompagnant de torrents de larmes le peu d'exhortations qu'eUe leur faisait quelquefbb. Dieu bénit si bien cette conduite, qu'elle les gagna toutes les unes après les autres, et qu'en moins* de cinq ans, la communauté de bieas, le jeûne, l'abstinence <ie viande, le silence, la veille de nuit, et enfin toutes les austérités de la règle de saint Benoit furent établies à Port-Royal. Marie-Angélique donnait & ses religieuses l'exemple de la plus exacte régularité.

Cette réforme est la première qui ait été introduite dans l'Ordre

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de Giteaux, aussi y fit-eUe un fort grand bruit ; et elle eut la destinée que les plus saintes choses ont toujours eue^ c'est-à-dire qu'elle fut occasion de scandale aux uns et d'édification aux autres. Elle fut extrêmement désapprouvée par un fort grand nombre de moines et d'abbés méme^ qui regardaient la bonne chère, l'oisiveté, la moUesse, en un mot le Ubertinage, comme d'anciennes coutumes de l'Ordre auxquelles il n'était pas permis de toucher. Toutes ces sortes de gens déclamèrent avec beaucoup d'emportement contre les religieuses de Port-Royal, les traitant de folles, d'embeguinées, de novatrices, de schismatiques même, et ils parlaient de les faire excommunier. Ils avaient pour eux l'assistant du Général, grand chasseur, et d'une si profonde ignorance qu'il n'entendait pas même le latin de son Pater. Mais heureusement le Général, nommé Dom Boucherat, se trouva un homme très sage et très équitable, et ne se laissa point entraîner à leurs sentiments.

Plusieurs maisons non-seulement admirèrent la réforme mais résolurent même de l'embrasser On crut partout qu'on ne pouvait réussir dans une si sainte entreprise sans le secours de l'abbesse de Port-Royal. Elle eut ordre du Général de se transporter dans la plupart de ces maisons, et d'envoyer de ses religieuses dans tous les couvents où elle ne pourrait aller elle-même. Elle alla àMaubuisson, au Lys, à Saint- Aubin, pendant que la Mère Agnès Amauld, sa sœur, et d'autres de ses religieuses allèrent à Saint-Cyr, à Gomer- Fontaine, à Tard, aux îles d'Auxerre et ailleurs. Toutes ces maisons regardaient l'abbesse et les religieuses de Port-Royal comme des anges envoyés du ciel pour le rétablissement de la discipline. Plusieurs abbesses vinrent passer des années entières à Port-Royal pour s'y instruire à loisir des saintes maximes qui s'y pratiquaient. Il y eut aussi un grand nombre d'abbayes d'hommes qui se réformèrent sur ce modèle. Ainsi, l'on peut dire avec vérité que la maison de Port-Royal fut une source de bénédictions pour tout l'Ordre de Citeaux, où l'on commença de voir revivre l'esprit de ^nt Benoît et de saint Bernard, qui y était presque entièrement éteint. De tous les monastères que je viens de nommer, il n'y en eut point où la Mère Angélique trouvât plus à travailler que dans celui de Maubuisson, dont l'abbesse était sœur de la fameuse Gabrielle d'Estrées. Cette femme, après plusieurs années d'une vie toute scandaleuse, avait été interdite et renfermée, à Paris, chez les Filles- Pénitentes.

A peine la Mère Angélique commençait-elle à faire connaître Dieu dans cette maison, que l'ancienne abbesse, s'étant échappée des

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FiQes-Péniteotes^ revint à Maubuisson ayec une escorte de plusieurs jeunes gentilshommes accoutumés à y venir passer leur temps^ et une des portes lui eu fut ouverte par une des anciennes religieuses. Aussitôt, le confesseur de Tabbaye, qui était un moine grand ennemi de la réforme, voulut persuader à la Mère Angélique de se retirer. Il y eut même un de ces gentilshommes qui lui appuya le pistolet sur la gorge pour la faire sortir, mais, tout cela ne Tétonnant point, Fabbesse, le confesseur et ces jeunes gens la prirent par force et la mirent hors du couvent avec les religieuses qu^eUe y avait amenées et avec toutes les novices à qui elle avait donné Thabit. Cette troupe de religieuses, destituée de tout secours et ne sachant où se retirer, s'achemina en silence vers Ponloise, et en traversa lout le faubourg et une partie de la \ille les mains jointes et leur voile sur le visage, jusqu'à ce qu'enfin quelques habitants du lieu, touchés de compassion, offrirent de leur donner retraite chez eux. Mais elles n'y furent pas longtemps, car, au bout de deux ou trois jours, le Parlement, à la requête de l'abbé de Citeaux, ayant donné un arrêt pour renfermer de nouveau madame d'Estrées, le prevot De l'Isle fut envoyé avec main-forte pour se saisir de l'abbesse, du confesseur et de la religieuse ancienne qui était de leur cabale. L'abbesse s^enfuit de bonne heure par une porte du jardin ; la religieuse fut trouvée dans une grande armoire pleine de bardes, où elle s'était cachée, et le confesseur, ayant sauté par dessus les murs, s'alla réfugier chez les Jésuites de Pontoise. Ainsi la mère Angélique demeura paisible dans Maubuisson, et y continua sa sainte mission pendant cinq années.

Ce fut là qu'elle vit, pour la première fois, saint François de Sales.

C'était en 1618. François de Sales ^ avait fait un premier voyage à Paris en 1602, lorsque le duc de Savde céda à Henri IV le baillage de Gex, qui dépendait du diocèse de Genève. François venait d'être nommé coadjuteur de ce siège, sous le titre d'évêque de Nicopolis, et il s'était rendu déjà fort célèbre par les succès qu'il avait eus dans ses missions du Chablais, qu'il avait ramené à l'Église catholique. Son zèle lui faisait souhaiter ardemment d'obtenir de Henri lY les facilités nécessaires pour travailler à la conversion des

^ M araoUier, Via de saint Françoia de Sales ; Vie de Jeanne-Françoiae de Cliantal, iwr le même ; Lettres de saint Françoia de Sales.

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Ptotestants du bàillage de Gex , qui faisait partie du ^booim éè Genève. Les manièred aimables et la piété douce de Fran^oîi 09 contribuèrent pas moins que son esprit et ses talents k lui procurar à Paris un accueil favorable. U passa neuf mois dans cette capitele» prêcha le Carême au Louvre, et se fit entendre dans pluaîeufs églises. On le chargea de composer Toraison funèbre du duc ëe Mercœur, tué dans la guerre contre les Turcs, et 'A prononça ce dicours à ^{ot^t^a«e, le 27 avril, il n'y avait point d'assemblée de piété où il ne fût Invité, point de bonne ceuvre à laquelle il ne prit part. Beaucoup de personnes le consultaient sur leurs intérêts spîfrituels, et pluneurs se mirent sous sa direction. Le saint nous sjhprend lui-même, dans ses lettres, qu'il oonfessa pendant six mois Madame Acarie, et qu'il avait presque tous les jours des enk-etiens avec eUe. On ne parlait à la Gour que du vertueux coadjuteur de Oenève, et sa jeunesse, sa candeur, son heureux caractère, la dou*ceur de ses entretiens, lui conciliaient l'estime et l'attachemait des gens du monde, comme de ceux qui faisaient profession de piété, f 1 conféra plusieurs tbis avec les ministres du roi. Il obtint d'eux quelques avantages pour les catholiques du pays de Gex, qui n'avaient plus le libre exercice de leur religion, depuis que le pniieatantisme avait dominé dans ce canton* Henri permit d'y envoyer des ecclésiastiques, et on assigna d'abord trois lieux ok l'exercioe de la religion catholique serait rétabli. François fiit obligé de se contenter de cette première concession. Henri lui témoigna d'ailleurs beaucoup de bonté ; il voulut rent^Bidre prêcher, et lui fit offrir de l'attadier à la France, avec l'assurance du premier siège vacant. Mais le saint répondit que. Dieu l'ayant appelé malgré lui à gouverner l'Eglise de Genève, il se croyait obligé à ne la poiat abandonner. U rrfusa une pension qu'<m lui offrait de la part du roi, et n'accepta point non plus les présents des duchesses de Mercœur et de Ixmgueville. La modicité de son revenu rendait ce dé*sintéressement plus remarquable encore.

En 1004, il prêcha le Carême à Dijon, et y fit beaucoup de fruits. Je ne rencontrai, dit-^l dans une de ses lettres, un si bon et gracieux peuple, ni si doux àrocevoir les saintes impressions. La religion et la piété étaient particuMèrement en honneur dans cette ville. Ce fut alors que le saint connut Madame de Chantai, qui se mit sous sa direction. Il était, quoique de loin, le conseil et le guide de persomies de différents états. On le voit en relation de lettres ave» des évêques, des magistrats, des dames vouées aux bonnes ceuvrea. Uè-

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dame Aearie hii adressa son fils, qui toulait étudier le droit sous le président Pavre^ ami dn saint. Plusieurs villes désiraient entendre ses prédieations. Ainsi il fut demandé successivement à Salins^ à Lyon^ à Toulouse^ à Paris. Il y eut un projet formé, à plusieurs reprises, pour le fixer tout à fait en France. Son ami Antoine Deshayes, qui était attaché au service de Henri IV et que ce prince bonorait d'une bienveillance particulière, fut chargé par le roi de sonder le saint évoque de Genève à ce sujet. Une lettre de celui-4n montre qu'il n'était point éloigné d'y consentir. 11 écrivait à Deshayes : <c Où que je sois appelé pour le service de la gloire divine, je ne contredirais nullement d'y aller, mais surtout en France, à Tair de laquelle ayant été nourri et instruit, je ne puis dissimukr que je n'aie une spéciale inclination, et encore plus en la voyant sous un roi que je dois honorer et estimer si hautement, et qui m'oblige si extrêmement comme il fait. » Il ne s'exprime pas d'une manière moins affectueuse pour notre patrie dans un autre endroit « Oh, Dieu bénisse la France de sa grande bénédiction et y têaae renaître la piété qui régnait du temps de saint Louis f » Il nous est permis sans doute de nous glorifier de ces témoignages d'attachement et d'intérêt que montrait saint François de Sales pour notre pays, et nous avons quelque plaisir à suivre les rapports qu'il avait avec la France. Il fit, en 1606, un voyage en Bourgogne et en Franche-Comté. H alla peu après dans le bailliage deGex, qui était de son diocèse ; il visita plusieurs fois cette portion de son Iroopeau; il y envoya des missionnaires, et il eut la consolation de ramener pluseurs Protestants dans le sein de l'Eglise. Nous le voyons ptâider avec z^e les intérêts de la religion dans ce canton, et écrire sur ce sujet à Henri lY, à Marie de Médicis, à Louis XIII, à son ami Deshayes. Le saint renouvela aussi ses instances auprès du duc de Savoie son souverain, pour obtenir la permission d'aller prêcher à Paris, où on le demandait avec beaucoup d'empressement; ce prince n'y voulut point consentir, dans la crainte, sans doute, qu'<m ne cherchât à hii enlever un sujet si précieux. François se sounit aux ordres de la Providence, mais sa correspondance mon^ qu'il n'était pas insensible au plaisir de visiter ses amis de Paris et d'y être utile à la religion par ses prédications, ses entretiens et ses conseils. Quelques année^ aprèà, il put avoir cette pieuse satisfaction.

En 1615, il fit le voyage de Lyon, y parut dans les chaires et fut utile à plusieurs personnes par la sagesse de ses conseils et

l'onction de ses discour». Il prêcha deux années de suite à Greno* ble^ où il fut reçu avec de grands honneurs; plusieurs Protestants vinrent l'entendre et se convertirent; le duc de Lesdiguières eut des entretiens avec le saint évéque, pour lequel il avait beaucoup d'estime, et il assista plusieurs fois à ses discours ; sur la fin de 1618, le duc de Savoie ordonna à François de Sales d'accompagner, à Paris, le cardinal de Savoie, qui allait demander en mariage, pour le prince de Piémont, Christine de France, fille de Henri IV. Ce voyage donna lieuà Tévéque de Genève de revoir ses anciens amis et de rendre de nouveaux services à la religion dans la capitale. Il prêcha la veille de Noël, devant la reine, et il remplit la station du Carême à Saint-André-<les-Arts. Des fidèles, des dames pieuses enviaient le bonheur d'être, du moins quelque temps, sous sa di-« rection. La foule se portait à ses discours^ et ses entreliens achevaient de gagner les cœurs. Ce fut alors que 1 évêque de Genève et Vincent de Paul se connurent. Ces deux grandes âmes s'apprécièrent mutuellement, et François choisit le vertueux prêtre pour premier supérieur des filles de la Visitation^ que madame de Chantd venait d'établir rue Saint-Antoine.

Ce fut aussi pendant ce voyage que François de Sales mit Jeanne de Chantai en relation avec Angélique Amauld, qui était alors à Maubuisson. Les lettres du saint évêque de Genève attestent la haute estime et la tendre affection qu'il avait pour la réformatrice de Port-Royal. Il lui écrivait un jour ^ :

« Il n'y aura donc plus en moi de Monsieur pour vous, ni en vous de Madame pour moi ; les anciens, cordiaux et charitables noms de père et de fille sont plus chrétiens, plue doux et d'une plus grande force pour témoigner la dilection sacrée que Notre- Seigneur a voul^ être entre nous. Je dis aussi hardiment que Dieu a voulu être en nous, parce que je le sens puissamment, et ne crois pas que ce sentiment puisse venir d'ailleurs, et, de plus, jp connab qu'il m'est profitable et qu'il m'encourage à mieux faire; c'est pourquoi je le conserverai soigneusement. De vous dire que vous en fassiez de même, je ne le ferai pas; car, s'il plaît à Dieu, il

vous Pinspirera, et je ne puis douter qu'il ne le fasse ma très

chère fille, souvenez-vous de ce que je vous ai dit : Dieu a jeté les yeux sur vous pour se servir de vous en choses de conséquences^ et vous tirer à une excellente sorte de vie. »

* F. OBuvres de saint François de Sales, lettre 410.«

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François de Sales fit^ cette même année^ la connaissance d'Aroanld d'Andilly^ et il s'en félicitait ainsi dans une de ses lettres ^ à la mère Angélique : « J'ai vu enfin monsieur votre frère, que je proteste être Tun des aimables personnages que j'aie vus jamais, pour la bonté et piété de cœur que Dieu lui a donnée. »

François passa plusieurs jours à Andilly, avec toute la famille Arnauld. Il y donna sa bénédiction à tous les enfants et petits enfants de ce célèbre Antoine Arnauld, qui avait si vigoureusement plaidé contre les Jésuites *. Il s'applaudit même de Tavoir tu à Andilly, et il revint avec lui à Paris, a A mon avis, écrivait-il à là mère Angélique *, il m'a vu et entretenu de bon cœur, et crois qu'enfin j'aurais grand accès en son amitié, si son loisir et mon séjour permettaient de le voir souvent. »

Le docteur Amauld, qui joua depuis un si grand rêle dans les aifaires ecclésiastiques, reçut, comme les autres enfants d'Antoine, la bénédiction du saint évêque de Genève. Il en conserva toute sa vie un tendre souvenir et U raf^lle lui-même ce fait dans une de ses lettres au landgrave de Hesse-Rhinfels *.

Après son départ de Paris, François de Sales écrivit h Antoine Amauld cette lettre affectueuse *, pour le consoler de certains chagrins qui lui étaient survenus :

a Monsieur, je vous regarde de bien loin selon le corps, mais de bien près selon l'esprit, et vois votre coeur paternel aifligé de plu* sieurs accidents survenus depuis mon départ. Hais je vois encore, ce me semble, que Dieu, votre bon ange, votre prudence et votre courage, vous soulagent et vous fortifient parmi toutes ces secousses. Vous savez trop bien la condition de cette misérable vie, qu nous menons en ce monde, pour être étonné des événements qui

< Œuvres de saint François de Sales, leUre 416.«.

* Antoine Amauld cul pour épouse Catherine Marion, fille du fameux avocat-général de ce nom. Il en eut vingt enfants. Dix moururent en bas Age. Amauld d^Andilly fut Talné, et le docteur Amauld le vingtième. L*atnée des fiVes épousa Le If aistre, mettre des requêtes. Parmi ses enfants, deux surtout se disliogiièrent : le célèbre avocat^ Antoine Le Maistre;et Le llaistre de SâCf , si connu par ses travaux sur rÉcriture-Saiote. La mère Angélique était la seconde des filles de Antoine Arnauld. Le fameux doc:eur Arnauld ne naquit qu*en 1612.

> Œuvres de saint François de Sales, lettre I^M,*.

* Œuvres d* Arnauld, t. ii, p. 744.

* Œuvres de saint François de Sales, lettre 417«*«

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y arrivent de diverses sortes» Que vous puisse doac dire eacttte occasion? Laissons prendre à Dieu ce qu'il lai plaît et le reaer* cions de ee qu'il nous laisse, et encore plus de ce qn'il nous ren<* dra le tout avec une usure non pareille^ au jour auquel nous verrons sa face. J'ai et aurai à jamais part à vos contentements et à vos déplaisirs^ puisque je suis inséparable d'afiEection d'avec vous et votre famille bénie de Dieu^ laquelle, en la personne de M. d'Andilly et de moi, vous conjure d'avoir bien soin de votre personne, pour ne point tant travailler désormais, qu'à mesure que l'âge décline, vous devez vous soulager par un juste repos* Vous fcres incomparablement {^us, en dix ans de labeur modéré qu*en un ou deux de peine excessive. U faut, certes, diminuer la charge à mesure que le temps amoindrit les forces. Me promettant que voua prendrez en bonne part cette cordiale remontrance, je vous supplici Monsieur, de bien persévérer à m'aimer, comme sans fin je serai votre, etc. »

Antoine Amauld mourut trois mois après avoir fait connaissance du saint évéque de Genèfve, qui parle ainsi de sa mort dans une de ses lettres à la mère AngéÛque ^ ;

a Ma très chère fille, comment n'aimere^vous pas Dieu qui vous aime tant! quel témoignage de son amour, ma fille, en cet heureux trépas de ce bon pèie, auquel vous avez tant souhaité une telle fin. Certes, j'en suis ravL s

Quelque temps après, U conscdait ainsi madame Le Maistre^ fille aînée de Antoine Amauld ' :

« Je n'écris jamais moins que quand j'écris beaucoup, ma très chère fille* La multitude des lettres en empêche la longueur, au moins à moi, mais votre cœur est bon, ma très chère fille, et je crois fermement qu'il connaît bien le mien, puisque Dieu l'a ainsi voulu. Mais de ne vous point écrire du tout, il ne m'est pas possible. En somme, ce n'est que pour vous saluer de toute l'étendue de nos affections, ma très chère fille, et vous assurer que je n'oublie point vos afflictions, ni la condition de votre vie attachée à la croix. Dieu, par sa bonté, en veuille bien sanctifier son nom et exalter sa gloire ! Je vous prie, au reste, de dire à mademoiselle voire mère que je suis de cœur l'un de ses enfants. Mais je le dis en vérité, et quand eUe ira en esprit, à Rome, voir celui qui est

1 Lettre 45l.«.

« Lettre 470.«,

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notre fMte S c'est son cbeniii de passer par iei, et sa oommodité 4o a^arréler via peu parmi ees montagnes. Or sns^ plus je salue M* d'AiidiUy et mademoiseUa d^Aodilly ; en somme, toute cette chère famille oii la crainte, ains Tamour de Dieu règne, et sur laqurile j'invoque très affectueusement la Providence et l'affection divine. Haluez bimn, à part, et comme votre âme sait qu'il le faut, le cœur de notre sœur Marie-Angélique , et dites-lui que le mien est à die, ^ que Dieu l'a voulu et le veut, ma très chère fîUe. »

François de Saks était vénéré comme un saint dans la famille Amauld, avant même que son cuhe fût autorisé dans l'Ég^. La mère Angélique envoyait, en 1626, de ses rdiques à une de ses amies qui était malade *, et elle recommandait, en toutes circonstances, k leeture de ses ouvrages ^ Sa dévotion pour le saint évé* que de Genève fut imitée par les autres Bénédictines réformées et fut comme un lien étroit entre elles et les sœurs de la Visitation. Pendant plus de vingt ans, la mère Angélique entretint la correspondanoe la plus affectueuse avec sainte Jeanne de Chantai, qui fonda, avec le saint évoque de Genève, l'ordre de la Visitation *•

Jeanne-Françoise Fremiotde GhantaP était née à Dijon, d'un président au Parlement de cette ville, et était sœur d'André Fromiot, depuis archevêque de Bourges. Élevée de bonne heure dans la piélé, elle refusa d'épouser un Protestant que quelques personnes de sa famille lui proposaient, et elle fut mariée, vers l'âge de \iugt ans, à un gentilhomme de sa province, le barpn de Chàiital, de la maison de Rabutin. Le mariage fut d'abord heureux. La vertu de Uadame de Chantai, sa prudence dans sa conduite, sa capacité dans les affaires, ses soins pour son mari, paraissaient lui promettre un avenir tranquille, et la naissance de quatre enfauts avait cimenté son union, quand un accident inopiné priva le baron de Chantai de la vie. il fut tué à la chasse, par un ami qui ne le reconnut pas,

< Henri Amauld, abbé de Saint-Nicolas, et depuis évèque d* Angers.

* LetUe 17.« de la mère Angélique Amauld.

• T. en particulier sa 19.* letlre.

^NoDS avons cru devoir nous étendre sur les rslatioas qai eilsterent «ntre «int rran^ois de Saiss el la limîUs Arnaald à cause de la tsusse opinion qa*on s*flst attisbé, dans cortains ouvrages, à danacr de cetto famille putriarsbale. I>e ce qu'elle n*aimait pas les Jésuites, on n*aurait pas dd en conclure qu'elle n^avait pas droit au respect et à Tadmiration de Vhistoirc. ,

■Marsollier, Vie de madame de Chantai; Tie de saint François de Sales

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et ii mourut, dans les sentiments d'une parfaite résignation. Sa veuve se livra aux soins de sa famille, se condamna elle-même à une retraite profonde, et forma le projet de travailler avec ardeur à sa perfection. Elle se mit sous la direction de saint François de Sales, dans un séjour qu'il fit à Dijon, alla plusieurs fois en Savoie pour prendre les conseils du prélat sur les affaires de sa conscience, et unit sa famille à celle de Sales, en mariant sa fille dnée au baron de Thorens, frère du saint évéque. Ses progrès dans la perfec* tion engagèrent François à jeter les yeux sur eUe pour le seconder dans une entreprise qu'il méditait depuis longtemps. Il voulait former une congrégation de filles vouées au loeuvres de charité, et Madame de Chantai, résolue de prendre part à ce projet, se dépouilla de ses biens, et même de son douaire, en faveur de ses enfants, et quitta Dijon pour se rendre à Anneci. Ce fut dans cette ville que la pieuse veuve et deux filles de familles distinguées de Savoie, Mesdemoiselles Favre et de Bréchard, après avoir reçu la bénédiction du saint évéque, entrèrent en communauté, et commencèrent à pratiquer la règle qu'il leur avait prescrite. Dès la première année, dix autres filles vinrent se joindre à elles. La charité, la ferveur, l'esprit de pauvreté, de simplicité et d'obéissance de ces premières compagnes de Madame de Chantai étaient un sujet général d'édification.

L'année suivante, le vertueux fondateur reçut la profession publique de Madame de Chantai et de ses deux premières associées. Peu après, la première reçut les vœux de quelques autres novices. Denis^imon de Marquemont, archevêque de Lyon, qui était lié avec François de Sales, ayant témoigné le désir d'avoir à Lyon une maison du nouvel institut. Madame de Chantai alla fonder cet étarblissement avec trois de ses premières compagnes, et plusieurs jeunes personnes de Lyon entrèrent dans la nouvelle communauté. Marie-Renée Trunel, dame d'Auxerre, veuve du lieutenant-général à Monthrison, se déclara fondatrice du couvent, et y fit ellemême profession. Le dessein de saint François de Sales avait été d'abord que les filles de la Visitation ne prononçassent que des vœux simples, qu'elles ne fussent point astreintes à la clôture, et qu'elles se livrassent aux œuvres de charité extérieure. L'archevêque de Lyon, au contraire, était d'avis qu'elles fussent établies en ordre régulier, avec des vœux solennels et une clôture rigoureuse. Il fit le voyage d' Anneci pour en conférer avec François, et, comme il avait une grande réputation d'habileté et de prudence, il persuada

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