Histoire de l'église de France
Suites de la Paix de Clément IX. — Estime dont jouit Arnauld à Rome et auprès du clergé de France. — Correspondance intime d'Amauld avec Le Camus. eTéque de Grenoble. — Les religieux, et surtout Ws Jésuites, ennemis de l>p:scopatct de la paix. —Une calomnie des Jésuites démontif. —Mort ilo Gondrin. archevêque de Sens. — De Hariai, archevêque de Paris ; son caractère. — Sa politique à l'égard de Port-Royal et dos Jésuites.— Sa duplicité dans Taflairede Henri Arnauld. évéquc d'Angers. —Mort de Clément X. — Ce pape av;ul accordé à Bossuet le gratis de ses l)ulles pour l'abbaye de Saint-Lucien. — Suite des actions de Bossuet — Conseils qu*il donna A Louis XIV sur su conduite privée.— Innocent XI pape. — Rapports d'Amauld avec Innocent XI et le cardinal Cibo, son ministre. — Intrigues contre Arnauld, à propos d'un projet rie lettre à innocent XI contre la morale des Casuistes. — Mallet attaque l'drt- &o>al, et le roi reAise à Arnauld la permission de le détendre. — On rend Muauld suspect au roi, à causiî des visites qu'il reçoit. — Arnauld, pour S(? soustraire à la persécution* quitte la France et se retire en Hollande. — Affaire de la Régale. — Les Jé:;Uites et les Gallicans parlementaires contre le pai e.
— Les évèques d'Aletli et do Pamiors, et l'école de Porl-Royal avec le pape eontre le gallicanisme exagéré. — Mort de Pavillon, évéque d'Aleth.— Lettre de l'évéque de Saint-Pons à propos de son rituel. — Suite de l'atraire de la Régale. — Le temporel de l'évéque de Pamiers est saisi. — Aumônes faites à cet évéque. — Il a recours à Innocent XI. — Les deux premiers brefs du pape à Louis XIV. — Lettres de Tévëque de Pamiers à ce roi et au P. de La Chaise. — Lettres du pape à Tévéque de Pamiers. — Troisième bref du pape à Louis XIV.
— Intervention du cardinal d'Bstrécs. — Mortde l'évéque de Pamiers. — Lettre de Tass^nbléedu clergé au roi, au sujet de ses discussions avec la cour de Rome. — Suite de l'affaire de la Régale à Pamiers, après la mort de Caulet. — Intervention de Tarchevéque de Toulouse et du pape. — Les choses se compliquent par l'affaire des religieuses de Cliaronne. — Assemblée extraordinaire du clergé en 1G81. — Elle émet le vœu d'une assemblée générale.
Cachent ix ayant donné la paix à l'Église, de concert avec Louis XIV 9 les dissensions et les querelles furent apaisées pour
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quelque temps. Pérêlixe, archevêque de Paris, élait natwreliement pacifique ; et si les Jésuites et le roi Teussent abandonné à sa propre nature, on ne l'eût jamais trouvé niélé aux discordes, dans lesquelles il joua un rôle si peu honorable. Le Père Ferrier, qui succéda alors au P. Annat en qualité de confesseur du roi, eut moins d'influence à la cour que son prédécesseur; il avait, du reste, montré quelque velléité de pacitication, lors des conférences qu'il avait eues avec plusieurs docteurs de Port-Royal, en présence de l'évéque de Comminges.
Clément X, qui succéda à dément IX sur le Saint-Siège, se moiUra disposé à donner suite à l'œuvre de pacification de son prédécesseur. Les Jésuites essayèrent bien de lui inspirer des sentiments contraires; mais leurs efforts furent inutiles; et, malgré leurs intrigues, d'Estrées, évéque de Laon, qui avait été particulièrement chargé, par Clément IX, de négocier la paix, fut élevé au cardinalat.
D'Estrées partit pour Rome au commencement de IGTl, avec l'intention d'être utile, auprès du pape, à l'école de Port-Royal.
ce Ce prélat est bien intentionné, écrivait Amauld à l'évéque d'Aleth *, et a grande envie de servir la vérité en tout ce qu'il pourra; mais il souhaite surtout de faire sentir à ces messieurs de Rome la faute qu'ils ont faite par les deux brefs de Gément IX, l'un contre votre rituel, et l'autre contre le Nouveau-Testament ■. Il demande des mémoires sur l'un et sur l'autre » .
D'Estrées écrivit de Rome à Arnauld que ses adversaires lui avaient surtout fait un crime, auprès de Clément X, d'avoir travaillé à la paix. Le docteur lui répondit ' :
« Puisque Votre Éminence a bien voulu me faire savoir que le plus grand moyen que se3 ennemis avoient trouvé pour la traverser a été de lui faire un crime du service qu'elle avoit rendu à rÉglise en travaillant à lui redonner la paix, elle ne peut pas douter qu'autant qu'un procédé si déraisonnable nous a dû causer d'indignation, nous n'ayons eu autant de joie d'apprendre qu'il n'a apporté que de la confusion à ceux qui s'en sont servis, et que.
* Arnauld, Lettre â55.« à Tévêque d*Aleth, t. i des Œuvres complètes.
* Traduction dite de lions.
* Arnauld, Lettre ilB*« au «ardintl d*Estr^e«.
DE LkGLlSU nu VRANCB. 3
uwlgré t«ot d'ii\jmte^ oppositions, Iç pape a eniia reconnu publiquement ce qu'il adroit déjà fait eu voire faveur * »,
Le cardinal d'&trées accomplit parfaitenaent la iicbe qu'il avait entreprise, et donna au pape et à la cour de Rome la plus haute opinion de l'École de Port-Royal et d'Arnauld en particulier, Depuis longtemps le cardinal Bona avait, pour ce grand théologien, l'estime qu'il méritait, et lui avait fait hommage de ses doctes travaux sur la liturgie '• Les prélats romains les plus éminents avaient pour lui la même estime. Nous trouvons, à ce sujet, des renseignements précieux, dans une lettre qu'écrivit de Rome à Arnauld un prêtre de la paroisse de Saint-Eustache, nommé l'Escot, qu'il avait chargé de plusieurs de ses ouvrages pour les cardinaux. Voici quelques extraits de cette lettre '.
c Je vous dirai donc, monsieur, que depuis que j'eus présenté vos livres, dont vous eûtes la bonté de me charger, et que j'eus salué messeigneurs les cardinaux Fr. Barberin, Altiéri patron, Rospigliosi et Bona, ainsi que je vous le fis savoir par la lettre que je vous écrivis sur le bon accueil qu'ils firent à vos présents et au porteur, depuis, dis-je, cet heureux moment, ils m'ont, en toutç rencontre, fait paraître les marques de l'estime qu'ils font de votre mérite. Je ne vous parlerai pas de Monseigneur 6ona| vous le ccmnaissez suffisamment. Il a tous les justes sentiments pour vos rares qualités; et quoiqu'il ait appris le silence dans le cloître, ce qui fait que, comme il parle peu, ses paroles sont autant d'qracles, néanmoins, toutes les fois que je l'ai vu, il s'est 'toujours fort étendu sur vos louanges.
0 Pour ce qui est de Monseigneur le cardinal Rospigliosi, il suffira de vous dire que c'est un des plus civils de tous les cardinaux, et un de ceux qui connaissent mieux ce que vous méritez. Pour ce qui est de toute votre noble et illustre famille, il est dans les sentiments du feu pape, d'heureuse mémoire, Clément IX, son oncle, qui, dans les occasions où l'on parlait de votre famille, disait qu'elle était comme celle de ces grands héros, que l'oii recoonais^
^ B*Estrées avait été nommé cardinal le 21 août 1871. |1 ne fiit déolarë que raanée suivaiile.
* V. une lettre de ce cardinal et la réponse d* Arnauld, dans la correspondance de ce dernier, Lettres 261.» et suivantes.
* On trouve cette lettre dans la correspondance d'Arnauld, après la 9M.; t. I des Œuvres complètes, p. 700 et suiv.
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sait à quelque signe et quelque marque, qui faisaient connaître la race dont ils avaient pris naissance ; mais que la vdtre se reconnaissait par la science, la profonde doctrine et Téloquence qui lui était propre et particulière, nommant votre plume une plume if or, et voire personne le Chrysostôme de notre siècle.
» Monseigneur le cardinal -patron *, nonobstant les grands embarras et les occupations continuelles dans toutes les affaires de cet État et de TÉglise, qui passent toutes par ses mains et auxquelles il s'applique avec une assiduité toute particulière, a eu la bonté de me discerner, dix ou douze fois, parmi le grand nombre de personnes qui lui font la cour; et, à toutes les fois, il m'a parlé de vous et m'a demandé de vos nouvelles ; et, touchant vos livres, il m'a dit que, quoique les affaires lui laissassent peu de temps, il en prenait tous les jours ce qu'il en faut pour s'en faire lire un chapitre. Il m'a dit plus de vingt fois que l'Eglise vous était redevable, et concluait toujours par ces paroles : Cei homme ne devrait Jamais mourir, m'obligeant de vous assurer de ses sentiments ».
Le 29 novembre, (1672j L'Escot fut reçu en audience particulière par le pape, et on lui recommanda surtout d'avertir Sa Sainteté que c'était lui qui avait apporté au cardinal-^patron les livres d'Arnauld. Dès qu'il se fut fait ainsi connaître. Clément X lui parla avec éloge de ce docteur et de ses livres, surtout de la Perpétuité de la Foiy dont il s'était fait lire le premier volume, dédié à Clément IX. Il manifesta le plus vif désir d'avoir les autres livres d'Arnauld, et témoigna qu'il avait pour sa science la plus grande admiration.
~ Au mois de février de l'année suivante, Amauld adressa au pape les livres qu'il désirait. Il y joignit deux lettres pour Clément X et pour le cardinal-patron; elles sont Tune et l'autre remplies des sentiments d'un fils dévoué de l'Église catholique '.
En France, comme à Rome, les plus dignes évéques avaient pour Amauld une confiance sans bornes et le respect le plus profond. Plusieurs le consultaient comme leur oracle. De ce nombre était l'évéque de Grenoble, Le Camus, qui fut depuis cardinal et qui édiûa l'Église de France par la pratique continuelle de \ertus vraiment apostoliques.
Le Camus avait aimé le monde dans sa jeunesse. 11 était sincère-
* Altieri, neveu du pape Clément X.
* Amauld, Lettres 287.* et 268.e.
D£ L EGLISE DE FRA^Cll:.
meut revenu à Dieu lorsque le roi le désigna pour Tépiscopat. Effrayé du fardeau qu'on allait lui imposer, il consulta Arnauld :
« J'étois en peine de vous écrire, lui dit-il *, pour savoir si, connoissant les dispositions de mon esprit et de mon cœur, et les désordres de ma vie passée pendant plus de vingt ans, vous croyiez que les cinq années de retraite que j'ai faites, l'éloiguement que j'ai assez faitconnoître pour Tépiscopat, et les contradictions que j'ai eues de tous côtés sont des marques suffisantes de vocation, et si je puis me prêter à la résolution, que tout le monde me fait prendre^ de me faire sacrer. Je vous supplie de me le mander, comme devant Dieu, afin que je puisse prendre une dernière résolution. »
La réponse d' Arnauld est digne d'un Père de l'Ëglise et mérite d'être enregistrée toute entière par l'histoire :
a J'ai considéré devant Dieu, lui dit-il % ce que vous m'avez proposé; mais je ne sais comment pouvoir reconnoître si ce qui m'est venu dans l'esprit sur ce sujet est de Dieu ou de moi-même. L'engagement où est déjà cette personne, l'embarras étrange où il se trouveroit s'il changeoit tout d'un coup de résolution, l'improbation qu'en feroient plusieurs personnes de mérite qui l'ont poussé à ce qu'il est prêt de conclure, donnent beaucoup de lieu d'appréhender qu'on ne puisse que bien difficilement se mettre dans cet équilibre, où il semble que l'on devroit être pour examiner comme il faut une affaire si importante, sans se sentir porté a pencher plutôt d'un côté que d'un autre par des considérations humaines. Je suis d'ailleurs épouvanté lorsque j'envisage les suites que peut avoir le conseil que l'on me demande. Car, d'une part, qui ne trembleroit quand il s'agit de prendre sur soi la vocation d'un homme à la dignité d'un apôtre, en le déterminant à Tac-* cepter, et à se charger d'un fardeau redoutable aux anges mêmes, comme disent les conciles, surtout quand il ne se trouve pas dans l'état où saint Paul veut que soient tous ceux qu'on élève à l'épiscopat, et qu'il est lui-même convaincu qu'il en devroit être exclu en demeurant dans la rigueur des canons. Mais d'autre part aussi, quand je regarde l'état pitoyable où l'Église se trou\e réduite, et combien il est plus vrai en ce temps-ci qu'en celui dont parle saint Augustin, qu'elle trouve à peine un seul pasteur entre des milliers de mercenaires, qui n'auroit peur de lui en ôter un que la Provi-
1 F. la lettre de Le Camus après la 257.e de celles d* Arnauld. « Arnauld, Lettre 258.«.
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detice divine eenible lui donner^ en qui on peut raisonnablement espérer qu'elle trouvera quelque aide et quelque «upport dans ses extrêmes besoins? Ainsi, de quelque côté que l'on se tourne, on ne Voit que des sujets de frayeur. Néanmoins, si on doit s'arrêter auï pensées que l'on a dans l'espril en priant Dieu, Je ne puis pas dissimuler que je n'ai presque été occupé que de la dernière, et que 1*al été fort frappé de ce que dit le même Père, que l'Église trouve )on que, pour lui procurer un grand bien, on fasse quelque plaie à la discipline : et il m'a semblé «ju'on pourroit user, en celte rencontre, de cette condescendance. Mais j'ai été en même temps très fortement persuadé que, comme il étoit nécessaire, afin qu'elle fût légitime, que l'Église en tirât de grands avantages, cette personne avoit une obligation toute particulière de mener une vie si édifiante et sî sainte, qu'il pût abondamment réparer par là ce qu'il peut y avoir, dans son entrée, de moins conforme à la sainteté des Canons.
» n n'ignore pas ce qui a été ordonné dans le quatrième concile de Carthage, et renouvelé dans celui de Trente touchant la mo* destie, la frugalité et l'éloignement du luxe où doivent être leê évêques. Je voudrois qu'il en fît d'abord sa règle, et qu'il corn* mençât par imiter ceux d'entre les prélats de France qui l'ont suivie plus religieusement. Car je ne suis pas de l'avis de ceux qui croient qu'il ne faut pas d'abord effaroucher le monde par une fûànière de vie qui paroisse trop austère et trop singulière. Je crois^ au contraire, qu'en ce qui reg^e la conduite d'un prélat en son particulier, il doit faire tout d'un coup ce qu'il doit faire pour toujours, afin d'y accoutumer le monde et lui imprimer l'idée qu'il doit avoir d'un vrai évêque, qui veut sérieusement se sauver et sauver son peuple. Il y a même en cela deux grands avantages : L'un, que l'on s'engage soi-même à son devoir, et que l'on s'impose une espèce de nécessité de ne s'en point départir par la honte qu'on en recevroît. Ce qui est d'un grand secours à la charité, qui doit être le ressort principal qui nous fait agir, pour arrêter la pente naturelle que nous avons au relâchement. L'autre, que les gens du monde reçoivent mieux de certaines duretés, dont on est obligé d'user envers eux, en leur refusant ce qu'ils demandent contre les règles de l'Église, lorsqu'ils sont persuadés par la vie réglée, austère et sainte d'un évêque, qu'il ne regarde que Dieu dans tout ce qu'il fait. J'ajoute 4 tout cela qu'un homme à qui la pénitence connendroit mieux que l'épiscopat, selon le vrai esprit