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de VÈglise, est au moins obligé de joindre un peu de la vie pénitente à la vie épiscopale, et de s'appliquer ce que saint Grégoire dit généralcmçjnt de ceux" qui ont commis des actions illicites^ qu'ils n'ont pas Âmême droit que les innocents^ d'user des choses licites. Enfin, je ne crois pas devoir omettre une pensée qui me vient présentement dans l'esprit en écrivant ce cas. Je ne sais si une pertonne élevée à l'épiscopat contre les véritables règles de l'Église^ dans la seule vue de ses extrêmes besoins^ ne devroit point se regarder tomme étant seulement dépositaire de cette dignité^ et toujours disposée à s'en défaire^ quand Dieu lui donneroit un moyen de s'en pouvoir démettre entre les mains d'une personne plus innocente et capable de rendre à l'Église les mêmes services. Cette sincère disposition pourroit beaucoup servir^ ce me semble^ à rectifier son entrée et à en réparer les défauts. Voilà tout ce que je vous puis dire sur le sujet dont vous m'avez contraint de parler, en me conjurant de vous écrire ce que j'en pensois comme devant Dieu; sans cela je n'aurois pas osé le faire^ et je ne prétends point que cette personne s'y doive arrêter. C'est de Dieu qu'il doit attendre les lumières et les mouvements qui le détermineront dans une occasion si importante. »
Le Camus accepa la charge épiscopale aux conditions que lui avait indiquées Amauld^ et il choisit ce savant docteur pour son conseil ordinaire. 11 se mit à l'œuvre dès son arrivée dans son diocèse^ où régnaient les plus étranges abus. Arnauld l'en avait prévenu:
a Les choses sont encore pis qii'oti ne vous les avoit dépeintes^ lui écrivit Le Camus ^, et avec cela y ayant tous les jours pi us de dix mille communions et autant de confessions y et pas un bon confesseur. J'ai prié M. de Luçôn de vous consulter sur les brefs qui regardent ou les indulgences , ou les dispenses , parce qu'on obtient ici de toutes ces choses-là en foule , et je crois que , comme nous ne sommes pas de simples exécuteurs des brefs qui ne nous sont pas adressés, surtout de ceux qui vont à dispenser des règles de l'Eglise , nous pouvons fort bien nous dispenser d'admettre ces dispenses, qu'on a pour de l'argent, et où il n'y a jamais de cause. »
Les Jésuites étaient à Grenoble, comme partout , la cause la plus directe de ces abus. Le Camus leur ôta l'enseignement de la théo-
1 F. cette lettre avant la 202.« d*ArnauM.'
lil!*T01RK
logie morale^ donl ils abusaient d'une manière si étrange.'II écrivit à Arnauld à ce sujet * ;
(( Vous aurez sans doute entendu parler de l'affaire que j'ai avec les Jésuites ^ parce que je n'ai pas voulu qu'ils enseignent ici les cas de conscience; cela étant inutile ^ attendu que les Jacobins ont deux docteurs de Sorbonne qui enseignent la théologie y et que je vais encore la faire enseigner en mon séminaire. Le diocèse est encore en pire état que je ne puis vous l'écrire ; il n'y a aucune counoissance de la religion ; tous les vices y abondent; l'ignorance parfaite dans les prêtres et les religieux ; point de règle dans l'administration du sacrement de pénitence. »
Les reb'gieux, comme dans la plupart des diocèses y se posaient en antagonistes des évoques , et prêchaient une doctrine fort immorale. Dans un trop grand nombre de ces diocèses , des évêques mondains fermaient les yeux sur dé tels excès ; mais à Grenoble, Le Camus entra en lice contre eux : a Je suis seul de mon avis , disait-il à Arnauld y et je n'ai pour moi que TËvangile et la fermeté. » Grâce à cette énergie, il réussit à corriger de nombreux abus. Il appela des missionnaires à son secours. Arnauld, dont on veut faire un rigoriste absurde, leur recommanda la douceur : a Ce qu'il me semble que l'on peut considérer, dit-iP, c'est que les peuples ayant été si peu instruits jusqu'ici , on les peut traiter avec plus d'indulgence que s'ils étoient retournés en arrière après avoir connu la voie de la vérité. »
Selon leur habitude , les religieux cherchèrent à entraver les efforts des nouveaux missionnaires. L'Evêque de Grenoble en écrivit à Arnauld en ces termes ' :
cr Les religieux se sont opposés à la mission de tout leur pouvoir, et ont fait courir mille faux bruits , tous plus impertinents les uns que les autres , que je ne faisois cette dépense que pour savoir les confessions de tout le monde. Les religieux ont affecté de ne point confesser, sous prétexte que j'en avois retranché quelques-uns de chaque maison , surtout les Capucins , les Augustins déchaussée et les Récollets. Je ne puis ignorer que la plupart des Jésuites ne s'acquittent pas fidèlement du ministère de la4K)nfession, soit au regard de l'usure , soit pour admettre à la communion tous les di-
* F. la lettre après la â62.« d*Aniaul(L
* Arnauld, Lettre 264.«.
* F. cette lettre après la 972.« d* Arnauld.
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manches les personnes qui sont dans l'habitude de l'impureté. Ils m'ont tous promis d'être fidèles aux règles de St-Charles, et pas un ne s'en acquitte comme il doit. Que dois-je faire? D'un côté, je n'ai dans chaque ville que cinq confesseurs capables pour trente mille hommes , et si je les réduis à cela dans Grenoble et Chambcry , je fais un scandée terrible et cause une révolte universelle. Si j'admets tous les méchants confesseurs^ ne suis-je pas coupable de tous les crimes qu'ils commettent ; et quel bien puis-je faire dans mon diocèse, puisque je ne puis rien faire que par la prédication? et ils détruisent, au confessionnal, tout le bien que je pourrois faire. Cette pensée me touche tellement, que, me croyant inutile dans ce diocèse , et d'ailleurs, étant très indigne de l'épiscopat par les péchés de ma jeunesse, je suis presque résolu de m'en défaire. » Non content de lui faire de l'opposition dans l'exercice de son ministère, les Jésuites voulaient le forcer à leur donner l'autorisation d'enseigner , comme par le passé , à Grenoble, leur théologie immorale ; ils lui firent écrire par le P. Ferrier , et le menacèrent des ordres du roi. Plus leur conduite indignait l'épiscopat , plus ils montraient de colère. Le Père Guillemin n'avait pas craint de dire dans ses prédications, que tout le royaume était janséniste, ainsi que les deux tiers des évéques, et qu'il fallait se défier d'eux^ Le Gamns les reprenait avec énergie ; ils lui faisaient les plus belles
était-il obligé de faire ce pénible aveu', qu'il réussirait en moins d'un an à réformer le diocèse, si les religieux n'y mettaient obstacle par leurs diicùurs et par leur absolution. « Ainsi , ajoutait-il , ceux dont on devoit attendi'e des secours, ce sont ceux qui donnent les coups les plus cruels à l'Église. »
Les Jésuites, tout en se prosternant aux genoux de l'évéque de Grenoble, cherchaient à lui nuire ; et ils essayèrent, par l'entremise du Père de La Chaise, qui avait succédé au P. Ferrier , en qualité de confesseur du roi, de lui enlever l'emplacement où il avait élevé son séminaire. Cet établissement leur était odieux,
^ F. la lettre citée d-dessus.
* Lettre de Le Camus à Àmauld, après la lettre 274.« de oe dernier, dans le leeueil de sa oorrespondance.
* Lettre de Le Camus à Amauld» après la 283.* de la correspondance de ce dcmier*
10 HlflTOlBt
parce que Le Camus y faisait enseigner une morale vraiment chrétienne^ et y formait des prêtres sévères, qui devaient un jour combattre leur influence et leurs nouvelles doctrines. Après avoir confié à Ârnauld leurs intrigues, Tévêquè de Grenoble s'épanchait dani son sein avec une confiance bien honorable pour le savant et humble docteur : a Les évéques, lui disait-il ^ sont fort à plaindre dant les viUes de parlement, lorsqu'il y a de toutes sortes de religieux qui se révoltent incessamment , et qu'on ne trouve point à la cour la protection qu'on yespéroit; au contraire , qu'on est exposé aux méchants offices du confesseur du roi. »
Ces détails, donnés dans l'intimité d'une correspondance , expliquent mieux que les actes publics eux-mêmes , l'état de luttes où se trouvaient les évoques à l'égard des religieux. Nous avons remarqué que, dans toutes ses assemblées générales, le clergé élevait des plaintes contre les usurpations de juridiction dont les religieux se rendaient coupables. Dans les réunions de 1670 et 1675% on trouve des plaintes. nouvelles qui justifient pleinement ce que l'évêque de Grenoble confiait à Arnauld, et qui prouvent que les mêmes abus avaient lieu dans la plupart des diocèses.
Fidèles à leur système, les religieux et surtout les Jésuites cher^ chèrent à détourner l'attention de ces désordres , en provoquant d'autres questions. Depuis que la paix avait été officiellement pro^ mulguée par l'édit de Louis XIV , ils n'avaient pas" osé soulever ouvertement la question du jansénisme ; mais tous leurs efforts tendaient à la ressusciter. C'était dans ce but qu'un Jésuite, nommé Estrix, avait dénaturé tous les faits relatifs à la conclusion de la paix dans un livre publié en 1673. Quelques docteurs ayant voulu en provoquer la censure, Louis XIV écrivit à la Faculté pour lui défendre de faire cette censure, sous prétexte qu'on ferait ainsi du bruit sur des questions heureusement terminées *. Le livte d'Ëshrîk inspira à Varet, vicaire-général de Sens, la pensée de composer l'Histoire de la paix de l'Église; il avait été instruit des circons^ tances de ce grand événementpar Gondrin lui-même, qui avait été un des médiateurs. Les Jésuites furent instruits des projets de Varet, et s'imaginèrent que l'ouvrage était déjà sous presse. Conipr»-
^ Lettre de Le Camus à Araauld, après la 200.e de la correspondance de ce dernier.
* K. le? Procès- verbaux de ces assemblées an t. v de la Collection générale.
* Lettre de rarcbevèque de Sens au marquis de Pomponne, seerél&ire d'État; F. la lettre du roi à la Faculté aux Archives^ sect. hist. L. 11.
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Bint qti'un tel IWre serait un obstacle puissant à leurs desseins, le P. de La Chaise fut chargé de se plaindre au roi de la préteu'dne impression , comme d'un acte inspiré à Tarchevéque de Sens dans le but de leur nuire et de troubler la paix de TEf^lise. De Pomponne fut chargé par Louii XIV d'en écrire à Gondrin, qui répondit par une fort belle lettre, dans laquelle il prouvait que les ennemis de la paix n'étaient pas ceux qu'on accusait de jansé^ ninne, mais bien ceux qui les en accusaient.
Gondrin mourut le jour même où il écrivit cette lettre. De Pont^ château ayant envoyé le récit des derniers moments de ce prélat àl'évéquo de Grenoble, celui-ci lui répondit *■ :
c Ce sont de grandes leçons pour ceux qui vivent ; il faut tâcher d*en faire son proGt et de vivre dans les mêmes dispositions dans lesquelles il est mort. Les religieux ont fait courir tant de bruits ri* dicales sur son sujet, que cela fait la plus grande compassion du monde. Si l'on cherchoit des avantages temporels ou de la réputationdans l'épiscopat, il y auroil, au temps où nous sommes, de grandes mesures à garder avec eux ; mais qui ne cherche que Jésus-Christ et le salut des peuples , ne se met pas beaucoup en peine de prendre les devants lànlessus. o
Gondrin avait été l'adversaire indomptable des Jésuites, et leur avait retiré tout pouvoir d'exercer dans son diocèse les fonctions «edésiastiques. Il eut pour successeur de Montpezat, évêque de cour, dévoué au P. de La Chaise et aux Jésuites, qu*il se hâta de rétablir, en arrivant dans son diocèse.
Vers le même temps, les Jésuites reçurent un nouveau renfort contre leurs adversaires dans la personne de François de Harki « qui passa du siège de Rouen à celui de Paris, après la mort de Pè* réBxe.
Harlai avait de l'instruction et de l'éloquence. C'était un habile politique et un homme du monde fort aimable, mais un triste évê* que» Ses mauvaises mœurs étaient connues de tout le monde'; il ménageait les Jésuites parce que le roi les aimait; mais en même temps il essayait de s'attacher Port-Royal, et ne sévissait contre lui que lorsqu'il le croyait nécessaire pour ne pas perdre son crédit à la cour. L'intérêt privé élait son unique morale, et la vertu ne fut
^ r. cette lettre dans la correspondance d'Arnauld, après la lettre 280.®. * D*Ague8seaa, Mémoires historiques sur les affaires' de TÉglise de France; Mémoires du duc de Saint-Simon, t. ii, ch. 30; Édit. du marq. de Saint-Simon.
i2 HISTOIRE
jamais pour lui qu'un mot. Aussi sa vie ne futHîUe qu'un tissu de contradictioDs; cherchant la paix par caractère, et se prêtant aux préjugés et à la. passion, lorsqu'il le croyait utile pour lui. 11 avait été un des plus zélés pour faire décréter la signature du formulaire, comme nous l'avons vu ; puis il avait travaillé à la paix, et nous avons cité sa lettre au .cardinal Rospigliosi, dans laquelle il se range à la doctrine des quatre évéques et des évéques médiateurs, touchant la distinction du fait et du droii. En montant sur le siège de Paris, il se prononça si hautement pour la paix, qu* Amauld luimême y fut trompé. Le 10 avril 1671, ce docteur écrivait à l'évêque d'Aleth^: a Notre nouvel archevêque paroît fort bien disposé pour entretenir la paix.... ayant déclaré qu'il ne vouloit point mettre de distinction entre les gens de bien de son diocèse , et qu'il se vouloit servir indifféremment de tous. x>
Arnauld crut à ces dispositions jusqu'en IB?^, que Feydeau , docteur de Sorbonne et théologien de Beauvais, fut exilé pour n'avoir pas signé le formulaire purement et simplement.
Harlai avait d'abord promis de parler au roi et d'apaiser la tempête ; mais on vit bientôt qu'il en était lui-même l'auteur , et que, sous le nom du roi, il voulait s'imposer en tyran à l'Église de France *.
Cependant , il usa auprès d' Arnauld de tant d'artifices , qu'il crut lui avoir persuadé qu'il voulait toujours la paix. Il l'engagea même à lui dénoncer les infractions fréquentes qu'y faisaient les ennemis de Port-Royal.
Nous trouvons, à ce sujet, dans la correspondance d'Amanld, deux lettres qui donnent des renseignements pleins d'intérêt. Dans la première , Arnauld s'exprime en ces tecmes ' :
ff J'obéis, Monseigneur, à l'ordre que vous m'avez donné la dernière fois que j'eus l'honneur de vous voir, de vous rendre compte de tout ce que j'appreudrois que l'on feroit au préjudice de la paix, à raffermissement de laquelle je suis témoin que vous avez travaillé avec tant de zèle , pour ôler tout ce qui pourroit être une occasion de renouveler les disputes.
» Vous pouvez, Monseigneur, vous souvenir de ce que je vous
* Arnauld, Lettre 255.«.
* ma., Lettre 2r74.«.
> /M., Lettre 285.*.
DE I/KGLISE de FRANCE. 13
dis de M. Chamillard le jeune. Il n'y a rien de plus certain que le siqet de la plainte que je vous en tis, et j'en eus encore hier une nouvelle assurance^ car U n'oseroit nier qu'il n'ait donné à des jeunes filles un papier qui a pour titre : Les maximes du Jansénisme ^ recueillies de Finfarmaiion faite contre VaJbbé de Saint- Cyran , qui est un recueil d'impostures qui a été réfuté il y a plus de trente ans^ par un livre imprimé qui est demeuré sans réplique ^ et qu'il ne le leur ait donné dans le dessein de les persuader que le Jansénisme étoit une secte subsistante qui tenoit effectivement toutes les hérésies de cet extrait , comme : qu'il n'y a plus d'Église^ que le Concile de Trente n'est pas un concile œcuménique ^ que le pape n'est pas chef de l'Eglise^ etc. J'avoue, Monseigneur, que je ne comprends pas comment un Docteur qui fait profession de piété, se croit en état de dire tous les jours la messe , en calomniant son prochain d'une manière si inexcusable; et c'est plus son intérêt que le nôtre qui m'a porté à vous en faire des plaintes, dans l'espérance que votre justice et votre charité vous engageroient à lui faire connoître sa faute et l'obligation qu'il a de la rèparer par le désaveu de ses calomnies, sans quoi, comme dit un ancien auteur, saint Pierre môme n'a pas reçu le pouvoir de lui en donner 1 absolution.
0 On sait aussi qu'il a menacé de refuser l'absolution à des personnes qui se confessoient à lui , parce qu'elles lisoient le livre de la Fréquente communion, et qu'il les a contraintes, sur ce refus, de lui promettre de ne le plus lire. Et vous jugez sans doute. Monseigneur, que c'est un renversement manifeste de l'ordre et de la discipline de l'Eglise, et un abus visible du ministère des clés, qu'un particulier comme M. Chamillard ait prétendu avoir droit de défendîre aux fidèles, sous peine d'être exclus de l'absolution, la lecture d'un ouvrage approuvé par tant d'évéques , et auquel tout le crédit de ceux qui l'ont combattu avec tant de passion, n'a jamais pu faire donner la moindre atteinte.
B II n'y a rien non plus, Monseigneur, de plus certain que ce que je vous ait dit d'un frère de la doctrine chrétiei]ine, de la maison de Saint-Charles, nommé le P. Ricard. U y a. environ six semaines, qu'un dimanche, après vêpres, faisant le grand catéchisme dans leur égUse, il dit en propres termes : a Que les Jansén nistes soutenoient que tout ce qui se faisoit, lorsqu'on est en état
^ Amauld fait sllusion ici à son Apologie pour JH. de Saint'Cvran,
B de péehé^ étoit péché. » En quoi^ sani doute^ il ne peut être excusé d'avoir commis deux grands excès : l'un, d'abuser de la chaire pour entretenir le peuple dans cette fausse opinion , qu'il y a une secte d'hérétiques dont il se faut garder^ en contrevenant ainsi formellement à l'ordre du roi^ qui a défendu expressément de se servir de ces noms de secte et de parti; l'autre, en imputant très-faussement à ceux qu'il a marqués par ce nom, une erreur damnable^ que l'on a réfutée par plusieurs ouvrages^ et entre autres^ dans le dernier chapitre de la Fréquente communion. On a fait avertir charitablement ce Père de cet excès; on lui a marqué les endroits où cette calomnie était réfutée; et cependant^ on n'a pas ouï dire qu'il en ait fait aucune réparation^ quoiqu'il continue de dire la messe et d'administrer les sacrements.
» Il y a encore une autre chose^ Monseigneur^ dont je vous dois rendre compte^ quoique je n'en sois pas tout à fait si assuré. C'est qu'au lieu que vous avez eu la bonté de me témoigner que voua n^aviez jamais cru que nous eussions aucune part à ces libelles scandaleux que l'on fait courir^ et que le roi ne nous en imputoit rien, on m'a dit que M. l'abbé Du Plessis *, votre grand-vicaire, fajsoit entendre tout le contraire à plusieurs personnes, en les assu-rant que vous aviez fait de grandes plaintes contre nous sur le sujet de ces libelles, et que le roi en étoit demeuré étrangement irrité contre tous ceux qu'on tâche toujours de rendre odieux par des noms de secte et de parti. Je ne suis pas en peine. Monseigneur, de la chose en elle-même, ne pouvant pas douter que tout cela ne soit faux, après ce qulB vous m'avez fait la grâce de me dire d'une manière si pleine de bonté et d'affection. Mais cela n'empêche pas que de semblables discours ne nous fassent beaucoup de tort, s'il est vrai qu'une personne de la qualité de M. l'abbé Du Plessis les ait tenus, parce qu'on a de la peine à croire qu'il ne soit pas bien informé de ce qu'il dit, et que rien ne nous expose plus aux médi* sances des personnes prévenues ou passionnées contre nous que l'opinion qu'on entretient par là dans le monde, que le roi n'est pas satisfait de notre conduite. »
Les libelles, dont parle Arnauld à la fin de cette lettre, avaient pour auteur l'abbé Le Noir, théologal de Séez. C'était un prêtre de mœurs austères et plein de zèle pour la discipline de l'Église ; mais son zèle n'était pas selon la science, et il avait plus d'érudition que
*■ Da Plessis de la Bruoetière, qui mourut éréque ds Saintes.
DK L'ÉGM88 DB FRANCE. 15
de jugtment. Outaré des scandales que donnait Harlai et de la tyrannie sous laquelle des évèques de cour, fort peu estimables , tenaient FÉglise de France, il publia deux écrits intitulés, le premier : de V Hérésie de la domination épiscopaie; le second : VÉtéque de cour opposé à Vévéque apostolique. Dans ces deux libelles y Le Noir montrait beaucoup de passion et était tombé dans plusieurs erreurs. Âmauld ne dissimulait pas ses sentiments à cet égard ^ Mais comme le théologal de Séez passait pour un des amis de Port- Royal, les ennemis de cette docte école profilèrent avec empressement de l'occasion qui se présentait pour lui nuire en lui attribuant les libelles d'un ami imprudent. Harlai sentit le coup qoi lui était porté, et Ton peut croire que Tabbé Du Plessis était bien informé lorsqu'il parlait des plaintes que l'archevêque avait faites au roi.
Amauld, avec la simplicité de l'innocence, alla trouver Harlai après lui avoir écrit ; celui-ci l'assura qu'il n'avait jamais cru que Port-Royal eût eu part aux libelles, et que le roi ne les lui imputait pas. Dans cette entrevue, Amauld se plaignit à l'archevêque d'un Jésuite qui l'avait calomnié publiquement. Harlai lui ordonna de lui dénoncer ce Jésuite dans une lettre qu'il pût montrer au roi.
Amauld lui écrivit donc la lettre suivante * :
« Monseigneur, voilà la copie de la lettre que vous m'avez donné ordre de vous envoyer, et sur laquelle vous avez eu la bonté de me promettre de parler au roi. Sa Majesté est trop juste pour ne pas reeonnoître qu'il seroit contraire à l'équité naturelle de nous ôter la liberté de nous défendre contre ceux qui nous déchirent aussi pabliquement et aussi outrageusement qu'a fait ce Jésuite, Et aussi. Sa Majesté comprendra sans peine que ce seroit donner lieu à renouveler les contestations passées que de ne pas réprimer de si grands emportements. Elle y est particulièrement intéressée, puisque c'est faire injure à Sa Majesté que de violer, d'une manière si insolente, les ordres qu'elle a donnés pour l'affermissement de la paix qu'elle a si glorieusement procurée à TÉglise de France. Mais de plus. Monseigneur, vous jugerez que, m'ayant fait passer pour héritique publiquement et devant tout un peuple, il ne suffit pas, pour me restituer l'honneur qu'il m'a voulu ravir et pour effacer
f Aroauld, Lettre 129.e au landgrave de Hesse ; dans ses Œuvres complètes, t. II, p. 286. < Amauld» Lettre iB5.«.
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les méchantes impressions qui en peavent être demeurées dans l'esprit d'un grand nombre de persoimes, qui prennent pour vrai tout ce qui se dit dans la chaire de vérité^ de donner ordre qu'il ne commette plus à l'avenir de semblables excès. On ne guérit pas un homme à qui on fSût de cruelles blessures, en ne lui en faisant pas de nouvelles^ et la restitution de l'honneur n'étant pas moins de droit naturel que celle de l'argent, si on veut aider ce Père à obtenir de Dieu le pardon d'une calomnie si scandaleuse, on ne voit pas. Monseigneur, qu'on le puisse dispenser d'une réparation proportionnée et aussi .publique que la diJEbmation l'a été. Et cela parolt d'autant plus juste , que ce n'est pas la première fois qu'il a fait servir la chaire à me noircir et à me traiter d'hérétique. 11 a fait la même chose les trois années dernières à Issoudun, à Amiens et à Soissons, et il semble. Monseigneur, qu'il seroit un peu étrange qu'après tout cela, pour toute punition de tant d'excès, il en fût quitte pour une remontrance d'être plus sage à l'avenir, qu'on lui fera en particulier, et dont il se gardera bien de se vanter, d
Les Jésuites et leurs amis lie se contentaient pas d'attaquer par la calomnie leurs adversaires. Désolés de la paix donnée par Clément IX, ils cherchaient à susciter partout des troubles au sujet de la signature du formulaire. Tout le monde savait que le pape avait accordé la paix sur les bases posées dans la lettre de FéÛx Vialart et des autres évéques médiateurs; qu'il avait, en conséquence, admis comme légitime la distinction du fait et du droit faite par les quatre cvéques. Les Jésuites et leurs amis voulurent être plus orthodoxes que le pape, et mirent tout en œuvre pour rendre obligatoire la signature /mre et simple du formulaire.
La duchesse de Longueville, qui avait renoncé à la vie mondaine et agitée , pour vivre saintement ^Port-Royal, présenta au roi deux mémoires sur ces infractions faites à la paix; et les quatre évéques écrivirent à ceux de leurs confrères qui l'avaient négociée et aux ministres du roi, pour leur rappeler les conditions de l'accommodement et les engagements qu'ils avaient pris de le maintenir '.
Le vertueux Félix Vialart, évéque de ChâJons, répondit à la lettre des quatre évéques par une attestation fort explicite de tout ce qui s'était passé dans Taifairc de la paix K
* V, leur requête et leurs lettres dans les Mémuires historiques sur Port- Royal-des-Ghamps, t. ii, aon. 1075.
< On peut lire cette attestation importante dans la vie de F. Vialarf, et dans la RekUion de la Paix^ par Varet.
OB L*it(iUSE DE FfiAXCe. I7
Mais toutes ces démarches échouèrent devant la mauvaise volonté du roi , qui subissait le joug des ennemis de Port-Royal et suivait aveuglément les inspirations des Jésuites. Un seul instant il avait consenti à laisser ces religieux en dehors des affaires, et la paix avait été conclue ; mais cet échec les avait rendus plus furieux, et ib prenaient tous les moyens de rendre cette paix inutile ^ Henri Arnauld^ évèque d'Angers, fut choisi par eux pour but de leurs premières intrigues. Après lui avoir suscité plusieurs difficultés, ils poussèrent quelques ecclésiastiques de son diocèse à le dénoncer au roi, sous prétexte qu'il refusait les signatures pures et sftnples du formulaire *. C'était une calomnie. L'évéque d'Angers, conformément aux conditions de la paix de Clément IX, n'exigeait pas de signatures pures et simples, mais ne les refusait pas et ne voulait pas qu'on en fit une obligation. Il laissait à chacun la liberté de signer, soit purement et simplement, soit en faisant la distinction autorisée. Au commencement de l'année 1676, quelques intrigants ayant voulu introduire l'obligation de la signature pure et simple dans l'Université d'Angers, l'évéque fit une ordonnance dans laquelle il défendit d'exiger autre chose, touchant les cinq propositions, q[ue la condamnation de la doctrine qu'elles renferment, et le silence respectueux à l'égard des faits. Cette ordonnance fut mterprétée à la cour d'après les accusations des dénonciateurs. Le docteur Arnauld alla trouver l'archevêque de Paris, qu'il convainquit de l'injustice de cette interprétation. Harlailui promit d'accommoder l'affaire; puis il adressa lui-même au roi, qui était au camp de Ninove, en Flandre, un projet d'arrêt pour casser l'ordonnance de Févèque d'Angers , avec une lettre dans laquelle il caressait les préjugés du roi contre cet évéque. L arrêt composé par Harlai fut rendu au nom du Conseil, le 30 mai 1676. On n'osa pas, dans cette pièce, contester la légitimité des signatures expliquées selon la distinetion du fait et du droit. L'évéque d'Angers, dans une seconde ordonnance, s'appuya sur cet aveu pour établir le droit qu'il avait eu d'autoriser les signatures, et il expliqua le vrai sens de sa pre-
* Le P. d^Avrigny n*eD affirme pas moins que ce sont les Jansénistes qui ont recommencé la guerre. Beaucoup d'écrivains ont copié ce menaonge. Ils se taisent sur les faits que nous rapportons, et se contentent de reprocher à Port-Royal d*a?oir violé la paix, sans donner aucune preuve à Tappui de leur assertion.
■ Uëoidres Inaloriqaes sur Port-R^yaUdes-Champs, t. n; Vie de Henri Arnauld, évéque d*Angen; d'Avrigny, Mémeires chronologiqurs, ann. 1076.
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mlère ordonnance d'une manière tellement convaincante qu'on n'osa plus continuer la lutte sur ce terrain.
L'évéque d'Angers ^ ignorant les dispositions hostiles de l'archevêque de Paris j lui avait adressé fraternellement sa s^onde ordonnance ; mais il ne taida pas à reconnaître que Hadai était un traître qui, en feignant d^ lui accorder sa protection Bfiipvha du m^i ^ travaillait qu'à lut' nuire. Le docteur Àmauld, convaincu dé sa trahison, cessa de ^ voir. U écrivit dans le même temps à la Mère Constance, supérîfeitire de la Visitation d'Angers, une lettre dans laquelle il parlait avec une sainte liberté des maux de l'Église et de la mauvaise foi de Harlai, qu'il regardait comme le principal au» leur des contradictions suscitées à Tévéque d'Angers. Déjà Arnauld avait manifesté ies plus grandes craintes touchant la bonne foi de l'archevêque de Paris, à propos de l'exil de Feydeau, théologal de Beauvais S mais les ruses de ce prélat avaient dissipé en partie ses soupçons; sa conduite dans l'affaire de Tévêque d'Angers lui ouvrit entièrement les yeux, La lettre à la Mère Constance fut interceptée et remise entre les mains de Harlai, qui en manifesta la plus grande indignatîfm. Les amis d'Amauld prirent l'alarme ; ils crai* gnaient pour liii et pour eux les vengeances d'un ennemi aussi puissant. Un d'cnfre eux ayant demandé à l'intrépide docteur s'il n'avait pas quelque crainte, « Non, répondit-il S je ne crains point cet homme, et je ne sanrois le craindre. Je n'ai rien dit de lui que de vrai et de très vrai. Je ne suis point fâché qu'il ait vu ma lettre^ puisque Dieu l'a permis. U est bon qu'il sache combien sa conduila est odieuse. Je voudrois qu'il la montrât au roi; mais c'est de quoi il se gardera bien , parce qu'elle pourroit détromper ce prince en lui faisant connoître qu'il abuse de sa confiance pour opprimer l'Ë^^isa et persécuter les plus gens de bien de son royaume. » Harlai m garda bien , en effet, de rendre pubUque la lettre d' Arnauld, et il ne k montra pas au roi. Cependant il se plaignait beaucoup et i tput propos de la manière dont il y était traité. Quelques p^nsonnea engagèrent Arnauld Mui en faire des excuses : « C'est à quoi, ditil, je n'ai pas cru que ma conscience se pût accommoder; car, n'ayant rien dit que de vrai et de très vrai, c'aurait été mentir pour le flatter que de m'en dédire. »
* ABianld, Lettre 274.'?,
s Vio d*Araauld; Mémoires historiquei et chmimlOfliatoa sur Porl^ftoviloes-thamps, ann. 1675.
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Le pape Clément X mourut sur ces entrefaites ^ Il fut trop peu de temps sur la chaire de saint Pierre.
Ce Alt j)endant son pontificat que Bossuet obtint grdHà ses bulles pourTabbaye de Saint-Lucien-de-Beauvais *. En 1660, ce grand bonmie ayait été nommé évéque de Condom. Choisi en 1671 pour préc^teur du Dauphin, fils de Louis XIV, fl se démit de son évécné, ne pâteant pas pouvoir continuer une' charge dont il ne pouvait remplir les devoirs. C'est ainsi qu'il avait renoncé à ses bénéfices de Metz, dès qu'il avait été nommé évoque. En retour de son évêché, Bossuet n'avait reçu que le petit prieuré de Plessis-Grimaux. Il s'était montré toujours si désintéressé, que ses dettes étaient assez considérables, malgré la simplicité de ses habitudes. Ce fut pour lui donner les moyens de s'acquitter et de vivre plus à l'aise, que Louis XIV, en 1673, donna à Bossuet la riche abbaye de Saint-Lucien-de-Beauvais.
Cette faveur lui fit des envieux. Son ami, le maréchal de Belle fonds lui en écrivit. Bossuet lui répondit avec candeur et simplicité :
cf L'abbaye, que le roi m'a donnée, dît-il*, me tire d'un embarras et d'un soin qui ne peut pas compatir longtemps avec les peûi^ que je suis obligé d'avoir. N'ayez pas peur que j'augmente mondaliiement ma dépense : la table ne convient ni à mon état, ni à mon humeur. Mes parents ne profiteront point du bien de l'élise. Je paierai mes dettes le plus tôt que je pourrai; elles sont pour la plupart, contractées pour des dépenses nécessaires, même dans l'ordre ecclésiastique : ce sont des bulles, des ornements et antres choses de cette nature.
9 Pour ce qui est des bénéfices, assurément ils sont destinés pour ceux qui servent l'Église. Quand je n'aurai que ce qu'il faut pour soutenir mon état, je ae sais si je dois en avoir du serupule; je ne veux pas aller au-delà, et Dieu sait que je ne songe point à m'élever. Quand j'aurai achevé mon service ici, je suis prêt à me retirer sans peine, et à travailler aussi, si Dieu m'y appelle.
j» Quant à ce nécessaire pour soutenir son état, U est malaisé de le
* Il mourut le 22 juillet 1676.
* On peut consalter relativement à ce gratis des bulles de Tabbaye de Saint-Lucien, les Mémoires et le Journal de Tabbé Le Dieu, (Paris, Didier, 1865) et les Lettres de Bossuet à Clément X et au cardinal Altteri. L'abbaye de Sotnf-Lucien rapportait environ vingt mille livres de rente.
> Buesuet, Lettre 13.e au maréchal de Bellefonds.
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déterminer ici fort précisément^ à cause des dépenses imprévues. Je n'ai, que je sache^ aucun attachement aux richessïes; et je puis, peut-être, me passer de beaucoup de commodités; mais je ne me sens pas encore assez habile pour trouver tout le nécessaire, si je n^avois précisément que le nécessaire ; et je perdrois plus de la moitié de mon esprit, si j'étois à Tétroit dans mon domestique. L'expérience me fera connoître de quoi je me puis passer; alors je prendrai mes résolutions; et e tâcherai de n'aller pas au jugement de Dieu avec une question problématique sur ma conscience. »
Dans celte même lettre, Bossuet nous apprend qu'on avait trouvé quelque chose à blâmer dans ses actions. Il s'agissait sans doute de ses rapports avec la cour, a Je sais, dit-il, qu'on a blâmé certaines choses sans lesquelles je vois, tous les jours, que je n'aurois fait aucun bien. J'aime la régularité; mais il y a de certains états où il est fort malaisé de la garder si étroite. » Si Bossuet eut des complaisances pour un roi dont les mœurs étaient fort corrompues, ces complaisances n'allèrent jamais jusqu'à blesser sa conscience. Depuis l'année 1661 qu'il commença à prêcher devant Louis XIV, jusqu'en 1671 qu'il fut nommé précepteur du dauphin, il s'était acquis une si grande réputation par ses sermons et son oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, que Louis XIV lui avait témoigné de l'estime et l'avait consulté sur les affaires de sa conscience. Il sut prendre sur lui un ascendant qu'il ne dut qu'à sa vertu. I] ne transigeait pas avec les préceptes de l'Évangile ; mais il ne pensait pas, d'un autre côté, qu'il fût possible d'exiger tout d'nn coup d'un jeune prince passionné une haute perfection, car par là, il eût certainement détruit en lui le peu de bonne volonté qu'il pouvait avoir. Bossuet prit donc un moyen-terme; il parvint ainsi à convertir mademoiselle de la Vallière et fit consentir le roi à sa séparation. Il agit de môme lorsqu'il entreprit de rompre les liaisons adultères qui existaient entre le roi et madame de Montespan.
« Sire, lui écrivait-il*, le jour de la Pentecôte approche, où Votre Majesté a résolu de communier. Quoique je ne doute pas qu'elle ne songe sérieusement à ce qu'elle promet à Dieu, comme
« Bossuet, Lettre 83.* à Louis XIV. Au lieu de donner à Louis XIV de pareils avi^, le P. de La Chaise feignait d'êire malade, la veille des grandes féte^, afin de n*être point obligé de donner au roi ou Tabsolution, ou des avis Mlutaires.
K. les Mémoires du due de Saint-Simon ; K <l. VHistoIre de la Compagnie de Jt-sus, par Crélineau-Joly, t. iv, eh. 5, p. 380.
DE L*éGLISC DE PMA?(CB.
dic m'a commandé de Ten faire souvenir, voici le temps que je me sens le plus obligé de le faire. Songez, Sire, que vous ne pouvez être véritablement converti si vous ne travaillez à ôler de votre cœur Don-seulement le péché, mais la cause qui vous y porte. »
Bossuet réussit à séparer le roi de madame de Montespan. Il lui adressa, sur la vie chrétienne qu'a devait mener et sur ses devoirs de roi, les instructions les plus solides*. Ces hautes vérités de ITvangîle frappèrent Louis XIV, qui avoua que ses confesseurs jésuites les lui avaient laissé ignorer jusqu'alors*.
Louis XIV ne persévéra pas dans ses bonnes résolutions et renoua ses liaisons avec madame de Montespan ; mais Bossuet n'en avait pas moins travaillé à faire cesser le scandale, lorsque le roi loi en avait fourni les moyens par la confiance qu'il lui avait témoignée. On ne peut donc, sans injustice, accuser ce grand homme de lâches complaisances pour les scandales de la cour.
Lorsqpi'il pouvait travailler à la conversion du roi, il s'entendait* avec I^ Camus, évéque de Grenoble, dont nous avons parlé précédemment.
Bossuet était, aussi bien que Le Camus, ami d' Arnauld. Ils étaient heureux, Tun et l'autre, du calme que la paix de Clément IX avait apporté à l'Église de France et que Clément X s'appliquait à consolider. Ils blâmaient ouvertement ceux qui portaient atteinte à cette paix et troublaient de saints évéques et de savants écrivains dans les travaux qu'ils entreprenaient pour rinslruclion et l'édification des fidèles. Parmr les adversaires de Port-Royal, plusieurs poQssûent leur prétendue orthodoxie si loin, qu'ils blAmaient le pape de FafTection qu'il montrait aux quatre évéques. Nous avons, à ce sujet, un fragment précieux d'une lettre du maréchal de Bellefonds à Bossuet et une réponse, plus précieuse encore, du grand évéque.
c Dans la vérité, lui écrivait Bellefonds ^ je ne saurois avoir la complaisance de blâmer beaucoup de gens qui, je crois, ne le mé* ritent pas. Cependant, je ne me mêle point de justifier personne sur la doctrine : mais Ton ne peut souffrir que je témoigne que les
I V* la 34.« Lettre de Bossuet et Xinstruciion qui la suit.
* Jowmal de Tabbé Le Dieu, août 1701, publié par nous à la suite des Uimcàru; chez Didier (18&5}.
* Bosauet, Lettre J3.« au maréehal de Bellcfoods; Lettre 20.« au même.
* Bitrait d*ane Lettre du maréchal de Bellefonds, inséré, avant la 6â.« Lettre ëe Bomiet, dans la collection de ses OEurres complètes.
HUTQiU
,iM«ttt bien avec Sa SaiQteté, et que des boDiBW 1 H gn»à$ exemples dana la morale et dans la disà^ . . vu«v!:^ du soupçon d'unc méchante doctrUie. ^ > Ui.vpottdit*:
w^viKi;^ suivant que vous le souhaitez^ à la suite de votre
s.. ii«v j^ù f^ue aiyourd'hui. Si le confesseur qui vous oUige
. «^ ^4Ut parier des cinq propositions sans jouter qu'elles sont
;;i.ci Jatti»enius> prétend vous empêcher seulement de dire qu'ellei
•( \ Ni»ut pas^ il a raison ; car vous ne devez pas dire qu'elles n'^
N^ai (KU« puisque même ceux qui l'ont soutenu ont reconnu que, par
ix>pt\t pour le jugement ecclésiastique^ qui déclare qu'elles y sont»
ib^ éknent tenus au silence^ Par la môme raison, U ne faut rien
dire qui tende à faire voir qu'on doute qu'elles y sont^ ou que W
jm^ement du Saint-Siège, qui déclare qu'elles y sont^ soit équi*^
table ; car ce seroit manquer au respect qui est àtk au jugement^
l'attaquer indirectement et scandaliser ses frères.
9 Que si ce pieux religieux prétend que jamais vous n'osiesnom» mer les cinq propositions^ en disant^ par exemple^ qu'elles ont fait grand hruit dans l'ÉgUse^. et autres diosea historiques et indifférentes, sans ^uier aussitôt au'eUes sont dans Jansenius, il vous impose un joug que l'Église n'impose pas, puisqu'il n'y a rien, dans tes jugements, qui oblige les laïques à se déclarer posHiveuent sur cette matière, Ctei n'a rien à vous demander quand voua ne diwa jamais rien centre le jugement qui décide la question de lait, et que, dans l'ocèasion, vous direz que voua vous rapportes, sur tout cela, à ce que TÉglise ordonne à ses enfants. Vous avez donc bien fait de ne vous e^ager pas à davantage; car la sincérité ne permet pas de donner à^ paroles en l'air, surtout dans un sacrement, et il est contre la prudence et contre laliberté chrétienne de se laissa charger, sans nécessité, d'un nouveau fardeau qui pourroit causes des scrupules. Uu r^te, voui auriez tort de blâmer des évéques qui sont dans la commuiûoià du Saint-Siège, et dont la vie est non^ seulement irréprocb»te, mais sainte. Dites, sans hésiter, que vous condamnez ce que l'Eglise condamne, que vous approuvez oe qu'elle approuve, et qu|^ vous tolérez ce qu'elle a trouvé à propos
1 11 8*agit 4^lN|9M^^ues opposés au formulaire, dont nous atoqs parlé au livre préi^ïnt.' "^
» Bocsuel, Lcttro 52.*. ^
DE L ÉGUSK D8 nAlfCB. 23
de idétet. Vîieê eelà quand il le faudra, «ans affectation^ et quand ^édification du prochain ou quelque occasion considérable le demandera. Persistez à demeurer dans le dessein de garder le silence sur ces matières autant que tous le pourrez^ sans trop gCner ^otre esprit dans la conTersation. Qui vous en demandera davantage excède les bornes.
B En Toflà assez pour répondre à Totre question; du reste^ je sois bien aise de vous dire, en peu de mots, mes sentiments sur le fonds. Je crois donc que les propositions sont véritablement dans faisenius et qnVBes sont F^e de son livre. Tout ce qu%n m'a dit au contraire me paraît une pure chicane et une chose inventée poor éluder le jugement de l'Église. Quand on a dit qu'on ne devait ni on ne pouvait avoir à ses jugements, sur les points de fait, une croyance pieuse, on a avancé une proposition d'une dangereoae conséquence et contraire à k tradition et à la pratique. Gomme^ poinrtant, la chose était k un point qu'on ne devait pas pousser, à toute rigueur, la signature du formulaire sans causer de grands désordres et sans faire un schisme, l'Église a fait selon la pmdence d'accommoder cette affaire et de supporter, par charité et condescendance, les scrupules que de saints évéques et des prêtres, d'ailleurs attachés à l'ËgUse, ont eus sur le fait. VoQà ce que je crois pouvoir étabKr par des raisons invincibles ; mais cette discassioii vous est, & mon avis, fort peu nécessaire. Vous pourez, sans difficulté, dire ma pensée à ceux à qui vous le trouverez h propos, foQtefcMS avec qudque réserve. J'ai appris de Fapdtre k ne point trahir la vérité, et aussi à ne point donner d'occasion de trouble à ceux qui en cherchent. »
bmocent XI ne ftit pas moins favorable à Port-Royal que Clément X, auquel il succéda. Le cardinal d'Estrées, ambassadeur de Rrance & Rome, contribua beaucoup à son élection. On sait que ce cardinal avait été chargé par Clément IX, d'une manière toute particulière, de travailler à la paix, et que, dans le dernier voyage qu'il avait fait à Home, au commencement du pontificat de Clément X, il avait plaidé la cause de Port-Royal. On lira avec intérêt un extrait de la lettre que lui adressa Arnauld à propos de réfection dlfloiocent XL
c On ne sauroit, lui dit- il ^, être vraiment chrétien sans aimer l'Église, qui est l'épouse de Jésus-Christ ; et, pour peu qu'on ait
* Aroauld, Lettre 193.« au G«rd. d*E8trées.
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d'amoor pour elle^ on ne peut qu'on ne soit iouclié seosîbiement du senice que Votre Eminence lui vient de rendre, en travaillant avec tant de succès à lui donner pour chef un si saint pasteur^ dont il y a lieu d'attendre tout ce qu'un zèle très sage et une piété très éclairée peuvent apporter de remède aux maux qwi la défigurent et aux scandales qui la font gémir. Ce qui augmente cette espérance, est le choix que Ton dit que Sa Sainteté a fait d'un des plus habiles et des plus pieux du sacré collée * pour l'aider à porter le poids d'une charge si terrible, et pour partir des soins qui se doivent étendre sur toute la terre, et embrasser toutes les nations que Jésus-Christ a acquises par son sang ; il n'y a personne. Monseigneur, qui ne bénisse le sacré collège d'avoir fait un si digne choix ; mais il y en a peu qui en sachent l'importance, parce qu'il faut être plus éclairé que le commun du monde et plus pénétré de douleur de l'état déplorable où se trouve réduite présentement la religion chrétienne, pour reconnoitre à fond l'extrême nécessité qu'a rÉglise d'un homme vraiment apostolique, qui soit assis sur la diaire de saint Pierre, afin de pourvoir de là à tous ses besoins, de rallumer le feu d'une véritable et solide piété parmi les catholiques, d'y faire honorer le mérite et la vertu, en ne souffrant pas qu'on la décrie par des accusations sans preuves et des calomnies sans fondement; d'empêcher que les règles des mœurs ne soient corrompues par tant d'opinions licencieuses dont on a flatté, dans ces derniers temps, la cupidité des hommes; d'arrêter le débordement des vices par rétablissement d'une sainte discipline, de bannir du sanctuaire tout ce qui le déshonore, et des ordres religieux tout ce qui les a fait dcchcoir de leur ancienne pureté; de rappeler à l'unité du corps de Jésus-Christ ceux que le schisme et l'hérésie en a misérablement séparés; et, enfin, de faire annoncer l'Évangile d'une manière digne de Dieu, comme parle saint Paul, aux peuples à qui Jésus-Christ ne s'est pas encore fait connottre ».
Arnauld voyait parfaitement les maux de l'Église, et il espérait que Innocent XI aurait assez de zèle et de vertu pour entreprendre d'y porter remède. 11 écrivit à ce pape dans le même sens qu'au cardinal d'Estrées, en lui offrant les derniers volumes de la Perpétuité de la Foi ^. Il écrivit en même temps à son premier
> (TéUit le cardinal Gibo.
* Arnauld, LeUres 104.« et 19l.« h Innocent XI et an eardinal Qbo.
DE l'I»li»e db FMANCC. 9S
fflmMre^ le cardinal Cibo^ et loi envoya les ouvrages de Port- Royal contre les calvinistes. Cibo lui répondit, au nom du pape et an sien, par une lettre remplie d'éloges et de témoignages d'affection ^ L^ amis du savant docteur jugèrent que, pour répondre aoz calomnies de ses adversaires, il fallait faire connaître la lettre qu'il avait reçue de Rome. Ce fut un coup de foudre pour les Jéiuites et leurs amis; mais au lieu d'imiter le pape, qui bénisêait wee affection le grand défenseur de VÈgiiêey ils trouvèrent dans la lettre de Rome un nouveau motif de le persécuter.
Habitués à profiter de tout pour lui nuire, ils venaient, lorsqu'il reçut cette lettre, de le dénoncer au roi comme voulant renouveler les discussions apaisées, parce que, à la prière des évéques de Saint-Pons et d'Arras, il avait rédigé, de concert avec Nicole, une lettre que ces évéques voulaient adresser à Innocent XI, pour lui dénoncer plusieurs propositions de morale corrompue. Louis XIV hn fit écrire par le marquis de Pomponne, son neveu et secrétaire d'État, une lettre dans laquelle il reconnaissait qu'il avait scrupuleusement respecté ses ordres pour l'observation de la paix depuis liz ans^ et qu'il regrettait de la lui voir enfreindre par la lettre à laquelle il avait travaillé *.
Amauld n'eut pas de peine à faire comprendre que ce n'était pas renouveler les discussions terminées par Clément IX de dénoncer au pape quelques propositions d'une immoralité flagrante. Après avoir établi ce point, il continue ainsi ' :
c Je ne sais si ce ne seroit point prendre trop de liberté de vous dire que Sa Majesté pourroit être encore plus satisfaite de la p«r^ faite obéissance que j'ai rendue à ses ordres, et à la passion si louable qu'elle témoigne avoir de maintenir une paix si glorieuse ; û elle étoit informée des infractions continueUes qu'on y fait de fautre c6té, et de la patience qu'il a fallu avoir pour souffrir, sans se défendre, les diffamations et les médisances publiques et particnlières dont on n'a pas cessé de nous déchirer, en nous traitant
> Od peut yïAi cette lettre dans la correspondance d*Amauld, à la'suite d» eeDas citées d-dessos.
* Uévêqne d'Arras, après a?oir fait composer la lettre, prétendit qii*îl n^ Mt poor lien; mais rëréqne de Saint-Pons, qui s'était entendu aTcc lui, attarta la rârité avee autant de modération que de fermeté. V. les Mémoire* totwiqaes et etaronologiques snr Port- Royal* des-Champs, ann. f977.
* Amauld, Lettre S96.« au marquis de Pomponne.
diiépétiques et de rebelles au Saint-Siège ; et décriant tout le» Vt* vres de piété auxquels on croit que nous aTons part^ eomme dangereux et Aispects, quelque approuw qu'ils finsent par les évéquea et les docteurs.
» Mais ce qui a fait Toir^ plus que toute antre chose, eondôen la passion de nos eannemis est déraisonnable, c^est que, après avoir pria touJQpn pour le plus grand prétexte des calomnies qu'on a répandues contre nous notre prétendue séparation d'avec le Saini*» SiégCj quand on a tu cette médisance détruite par les letlrea d'us pape dont la piété est si généralement reconnue^ et que k tHe de Sa Majesté pour la religioa a tant contribué à mettre sur le siège de saint Ptenre, on nous eu a fait un nouveau crime, et on a voulu faire passer le témoignage de Sa Sainteté ponr un effet de carbaie, et on a prétendu qu'A était inaiportant de rabattre par des humiliations et des mortifications le triomphe que Ton siq>posoit fimasement que nous faisions de cette bonne voîonté du pape. De sorte qu'à regarder les choses humainement, notre éondition est bien maheurense , puisqu'il n'y a rien qu'on ne tire en venin ootttre nous. Car si Pan s'imagine, quoique sans raison, que l'on est malcontent de nous à Rome, nous sommes des rebcUes et desadusmatiquca qui ne voulons point de pape; et aussitôt qu'M parait qu'on y a de la bonté pour nous, nous méritons qu^on nous, rabakse et qu'on nous traite durement, d
Dans une lettre adressée an csnitual Cibo lui-même \ Arnauld qnî rendit compte de FefEet qu'avait produit la publicsUen de cdle que ce prAat lui avait écrite au nom du pqoe :
a iln très^-grand nombre de personnes, dit-il, qui s'étoient laiasi prévoiir par de faux bruits^ auxquels ils avoient ajouté foi Uro^
légèrement, ont reconm leur erreur par k lecture (fe cette lettre et ont béni Ueu de ce qu'il les en aveît retirés ; et ceux qui ouf honte de se dédire sent oontrainta am moins de se tanre et n'osent pfas soDtenir ce qu'ils assuraient avec tant de hardiesse; il y en « seulement un petit nombre dont l'animosité s'est envenimée par ce qui la devoit guérir, a
^ Amauld, Lettre 3Û2.« aa card. Gibo. Dans cette magnifique lettre^ nauld jetb) ua coup-d- oeil sur les calomnies dont il a été Tohjet par rapport ètson Xcaiié de la FtiqiêenU Commamioiv à sa Lettrêà a» dm êipoir^ el aux cinq propositions. Ca récit, franc st sincère» adrosséi Reaie mèm» oonr fimie tout ce que nous avons rapporté ailleurs.
DB L BGUU Vm FRANCK. Sfl
Afit$ avoir Oté raufhentidté de la lettre , ces adversaiie^ passiomiés^ conyaincus^ par les renseignements qu'ils demaiulèreiit à Bmie mAme, qu'^e était véritable» $e décbainèi:ent contre Armld, qa'iU ^'apjdiquaieiit à présenter comme un homme pleii^ de Tanité, qui abusait^ pour se faire valoir^ de Tbonneur qu'on lui a?ait fait.
La lettre d' Anoauld fot remise par Tabbé de Pontchàteau au car« dinai Gibo> qui en témoigna beaucoup de aatîsfactioa et qui répon^ dit S peu de temps après» an pieui docteur pour l'exhorter à mépris ler tout ce que ses ennemis pouvaient dire touchant la puUicatioii de sa première lettre. U l'assurait de la bienveillance du pape^ de la joie que causaient à Sa Sainteté les victoires que chaque jour il nuportait sur les ennemis de l'Égtise, par ses ouvrages renoplia d'âoquence et d'érudition. Cibo ajoutait qu'il avait lu avec beau^ coup de satisfaction les détails que renfermaient la lettre d'Àrnaidd sur les pcarsécutions dont il avait été Vobjeti et qu'il était diiposâ, aiitti que le saint Père» à ne rien négliger pour faire ré^ gMr sur toutes ces questions la paix dags l'Ëgliae.
Cette lettre fut remise par le nonce au marquis de Pomponne» ceerétaire d'État^ qui la fit parvenir à Amauld ; elle est d'une hante in^poirtance» et on peut, la considérer comme un blâme in-* fligé au nom du pape à toutes ces intrigues scandaleuses de9^ Jésniies^ dont Amauld avait été la victime, depuis tant d'années. U est certain» comme lui écrivait de Borne D. Antoine Durban» pmcureor général des Bénédictins» qu'à Bome cm élait rempli de vénétratioa et d'estime pour lui* et que l'on commençait à con-* aaltre la vérité K
I^epmemis d' Amauld» n'osèrent pas poursuivre leurs intriguea k Reme et taèrent de jansénisme le pape lui-même. Dans tous lea twq»^ les partisans exagérés des idées ultramontaines n'ont tenu à biire le pape infaiUihIe que lorsqu'ils ont été sûrs de le dominer et de s'en servir pour l'accomplissement de leurs projets ambitieux ; mais ils n'ont fait aucune difficulté de se déchaîner contre les papes les plus vertueux qui n'ont pas voulu se soumettre à leur joug. Désespérant de tromper Innocent XI^ secondé par le docte et
* F. cette lettre dans les OBuvres complètes d^Amauld, t. ii, p. ^. ^
* n la lettre da ]>• Ant. Dstban è Amauld, après U 9Q2,e, dans U C09respondanoe de ce dernier.
3S BISTOIRS
vertueux Cibo^ ils redoublèfeot d'intrigues à la cour de France, où ils espéraient plus de succès.
Dans ce temps (1676), un nommé Mallet*, docteur de Sorbonne, chanoine et archidiacre de l'Église de Rouen, publia un Examen de quelques poisages de la traduction française du- Nouveau Tes^ tament de Mons. Non content de faire une critique très-passion* née et injuste de cette version, il attaquait la foi des auteurs et les accusait d'avoir falsifié le Nouveau-Testament dans le but d'établir plusieurs hérésies. La critique de Mallet ne prouvait que son ignorance et la haine qu'il portait à Port-Royal ; mais son livre contenait trop de calomnies contre cette illustre école pour ne pas être protégé par les Jésuites; bientôt il fut vanté comme un livre excellent et répandu partout. Amauld crut utile de dévoiler i'igno* rance de Mallet, et composa sa nouvelle Défense de la TraducHon de Mons.
Quoique Mallet eût, malgré la défense du roi, soulevé la question du jansénisme, et prodigué à ses adversaires les noms de Jansénistes et d'hérétiques, Amauld évita dans sa réponse tout ce qui pouvait renouveler des discussions, que Clément IX de concert avec Louis XIV lui-même avait défendu de soulever ; il se contenta de relever les erreurs de son adversaire avec la plus grande modération et une véritable dignité. Aptrès avoir soumis son ouvrage à la critique de Nicole, Amauld en At commencer l'impression. Le bruit s'en répandit, et aussitôt les patrons de l'attaque mirent tout en œuvre pour entraver la défense. Les amis d'Arnauld craignirent de nouvelles persécutions et l'engagèrent à présenter une requête * au roi, à l'effet d'obtenir la permission de publier son livre. Cette requête fut composée vers la fin de l'année 16T7 ; elle fut communiquée au prince de Condé, qui la trouva digne de l'auteur et fut d'avis qu'elle devait être présentée. On la fit donc imprimer^ afin de la répandre dans le public en même
* Vie d*Àmauld ; Œuvres d'Arnauld, t. vu ; Mémoires historiques et chronologiques sur Port-Royal-des-Champs, ann. 1678.
Le P. d*AiTigny (Mémoires chronologiques, ann. 1067) fait do Mallet un portrait magniflque, et prétend qu* Amauld a été injuste à son ^ard. On a tout lieu de croire que l*historien jésuite n*avait pas lu le livre d*Aniaulddont H parle.
< V. cette requête parmi les lettres d* Amauld, édit. 1797; F. H. lo U tu des Œuvres complètes.
lemps qu'elle serait pfésentée. Le P. de La Ghaise et Harlai parvinrent à s'en procurer un exemplaire, et se hâtèrent de le porter au roi, en lui faisant considérer cette requête comme pernicieuse et criminelle. Louis XIV subit comme toujours .leur influence, et didara en plein conseil qu'il enverrait à la Bastille celui qui ose* rait lui présenter la requête d'Amauld. Ce docteur, averti par la duchesse de Longueville des dispositions du roi, abandonna son projet et ajourna la publication de son ouvrage. Ainsi on avait le droit de violer les édits du roi pour attaquer Arnauld et ses amis, et ceux-ci ne pouvaient obtenir de ce roi la permission de se dé* fendre. Harlai, avec son hypocrisie ordinaire, parut quelque temps après vouloir favoriser la publication de l'ouvrage d' Arnauld ; mais il mit pour condition qu'il serait soumis aux censeurs ordinaires, qui étaient les amis de Mallet. Cette condition ne pou* ?ait être acceptée, et la réponse d' Arnauld ne parut que lorsqu'il eat quitté la France.
Lc^ ennemis d' Arnauld, fiers du succès qu'ils venaient d'obtenir à la cour, redoublèrent leurs intrigues et leurs calomnies. Ce grand docteur était devenu l'objet de l'admiration des hommes les plus, vertueux et des savants. Ses doctes et éloquents ouvrages, sa fermeté calme, son énergie, sa vertu étaient exaltés avec autant de vivacité que ses ennemis en mettaient à les déprécier j on le visitait fréquenmient pour le consulter ou l'admirer. Ces visites fournirent à ses ennemis l'occasion de le calomnier auprès du roi et de le faire passer pour le chef d'une grande conjuration. Louis XIV se laissa prendre de nouveau à ces intrigues, et fit donner à Arnauld Tordre de quitter sa maison du faubourg Saint-Jacques et de ne plus recevoir autant de visites. Arnauld comprit qu'une nouvelle persécution allait commencer contre lui et ses amis. En effet, <tt défendit dans le même temps aux religieuses de Port-Royal d'avoir des pensionnaires et de recevoir des novices. Arnauld prit donc la résolution de se retirer dans la solitude, où il avait déjà passé vingt-quatre ans de sa vie ; il en avertit le chancelier et l'archevêque de Paris. Sa lettre à ce dernier fait trop bien connaître les motifs de sa retraite pour ne pas la citer en entier *. a Monseigneur,
» Quand mon devoir et mon inclination ne me porteroient pointa vous rendre compte de ma conduite comme à mon archevêque, les
* Arotttld, Lettre 316.e, à de Harlai, archevêque de Paria.
M «9roit«
bfnifs que J'apprebd que l'on fait courir de ma iretrtile^ m'y obl^ geroient datis cette rencontre , parée qu'il n'y a personne qui «oit mienir informé que \6m des diverses choses qui m'en ont donné la pensée^ et que j'aurai lieu d'espérer que vous autet la bonté de représenter ) Sa Majesté combien les raisons qui m'ont fait prendre cette résolution sont éloignées de celles qu'on m'attribue. Je ne doute points Monseigneur^ que vous lui aiez fait savoir^ qu'aussitM que j'eus appris qu'elle ne trouvoit pas à propos que je demeurasse davantage au faubourg St-Jacques , je me suis mis en devoir de lui donner sans retardement des preuves de mon obéissance. Maie com*» parant ce désir de Sa Majesté avec Tordre qu'elle avoit déjà daigt^ de me faire donner^ de ne point souffrir qu'on fît assemblée chez moi^ j'ai bien vu que ce ne pouvoit être que pour cela qu'elle souhaitoit que je changeasse de logis; et c'est ce qui m'a jette dans une pluid grande inquiétude. Car étant assuré qu'il ne s'étoit point tenu chei moi d'assemblée y et qu'ainsi la pensée que le roi a eue n'a pu ve-» nir que de ceux qui me persécutent depuis près de quarante èAs, qui lui ont fait passer pour des assemblées qui lui doivent être sus^ pectes, la visite de mes parents^ de mes amis^ et de ceux qui me viennent consulter ou sur des difficultez de conscience ^ ou dans la pensée qu'ils ont de se convertir à la rdigion catholique, ou quel-' quefois même sur des matières de science: je n'ai pu voir à quoi ce changement de demeure pourroit me servir pour ôter à mes ennemis l'occasion de me calomnier auprès de Sa Majesté, et de changer leurs anciens reproches en cette nouvelle accusation de cabale, à quoi vous avez eu la bonté de me faire entendre que se réduisoit maintenant ce que l'on disoit contre moi.
» C'est une oHîgation, Monseigneur, que je voui! ai, et dont je vous serai toujours et très reconnoissant^ et très obligé. Vous aves» bien voulu me faire savoir que si vous avez fait souffrir par Tordre du roi k des personnes * qui m'étoient étroitement tmies, un traitement assez rnde, ce n'étoit pas à cause de ma doctrine, dont le roi ne se rend point juge ; que ce qui avoit déplu à Sa Majesté, est qu'il paroissoit dans ma conduite un air de cAale qui lui donnoit de justes soupçons contre ce parti dont on me regardoit comme un des principaux chefs; que ma maison ne se désemplissoit point
• Les religieuses de Port-Royal, à qui on avait défendu de prendre des pensionnaires et de reeeriifr des noviees.
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et monde; que sH y atah quelque ecdédastique mécontent dans iei proTmces, 9 s'adressoit à moi, comme on Ta^ft reconnu par des lettres interceptées; qu^on est informé de tout ce qui se passât chez moi, des personnes qui y venoient, et des discours qui s'y tenoient par des gens que je croiois'étre de mes amis, et qu'il ne s'y passoit rien dont le roi ne fftt averti. Je \ous rends grkie, Mon«seigneur, de m'avoir fait donner ces avis. Mais phis j'y fais de téflexion, plus je reconnoîs qu'en quelque lieu de Pteiris que je de* neure, on aura toujours ce même prétexte de me rendre ce maiitais office auprès de Sa Majesté. Car tous jugent bien que, pour léger en an autre quartier que le faubourg St-Jacques, cela n'enn péchera pas que les mêmes personnes ne m'y viennent voir et que des ecclésiastiques de province ne m'écrivent, s'il leur en prend fantaisie. On aura donc toujours la même couleur de rendre ma condaîte suspecte à Sa Majesté, en lui faisant croire que je continue toujours à tenir des assemblées préjudiciables à son service, en supposant que je suis trahi par des gens à qui je me confie^ ^ qui révèlent mes secrets, en prenant occasion de la première lettre interceptée que je n'auroîs pas seulement vue, de l'entretenir dans Co^nioii que je me mêle de tout.
» Je oe me mèttrois pas beaucoup en peine de tout cela, et je me tîendrois en repos sur le témoignage de ma ccmscience contre ces calomnies, si je ne croiois qu'à est de la vénération que je dois avoir pour un aussi grand prince qu'est celui sous lequel Dieu m'a fidt naître, de n'être pas indifférent au regard de la bonne ou mau-» taise opinion qu'on lui peut donner de moi ; mais n'aiant jamais en, grftces à Dieu, ni moi, ni tous ceux de ma famille, qu'un zèle ardent et une inviolaUe fidélité pour le service du roi, U me doit asBurément être bien sensible, que des médisances si mal fondées me fassent passer dans son esprit pour un homme d'intrigue et de cabale, sur qui on doive veiller pour prévenir les maux que je pourois faire à l*État. C'est ce qui m'oblige (toutes les voies que je pourrois avoir d'éclakeir Sa Majesté m'étant fermées) d'êter au moins à mes binerais, ce que j'apprens. Monseigneur, avdr été le prétexte de me noircir auprès d'elle. Ils n'en auront plus quand on ne me viendra poinl voir, et qu'on ne poura plus m'écrire des provinces ; et je n'ai point de moiens plus sftrs pour empêcher l'un et Pantre^ que de me soustraire à ta connoissance du public, en me remettant au même état où je me suis vu rédtntpendant vingt'» quatre années par la providence de Heu.
BI0TOimi
• On n*aura plus de lieo alon de rendre compte k S^liajetté d» ce qui se passe en mon logis pour me faire dire ce que je n'ai jamais pensée et de changer les visites les plus innocentes en des assemblées criminelles.
» Je serai comme si je n'étois plus, aux regards de ceux qui ne pensent qu'à envenimer tout ce qu'ils savent ou qu'ils se vantent faussement de savoir de moi. Je tâcherai de faire auprès de Dieu avec plus de loisir et plus de repos ce que ma mauvaise fortune m'empêche de faire auprès du roi. Je le prierai de prendre en main la protection de mon innocence, et j'espère que, comme il tient entre ses mains les cœurs des rois, il tournera quelque jour en ma faveur celui de Sa Majesté, en lui faisant connottre avec combien de malice et d'aveuglement on lui a donné de moi des impresrsions si éloignées de toute apparence. Car vous avouerez, sans doute. Monseigneur, que rien n'est plus surprenant que le tour que mes ennemis prennent maintenant pour me noircir dans l'esprit du roi.
» Ils n'ont jamais rien eu que de faux à m*imputer ; mais leurs anciennes accusations, toutes fausses qu'elles étoient, avoient au moins plus de vraisemblance. Il s'agissoit des vérités delà Pénitence et de la Grâce, sur lesquelles il est facile d'imposer à ceux qui ne sont pas théologiens. L'événement a fait voir qu'ils avoient tort, et que leurs emportements sur ces matières étoient très mal fondés; et c'est ce qui les leur a fait abandonner maintenant. Mais n'ayant point changé l'envie qu'ils ont de me perdre, dans l'appréhension qu'ils ont eu que leurs calomnies sur.des sujets ecclésiastiques étant portées à Rome, où ils s'étoient toujours adressés pour m'accabler pendant tout le temps des troubles de l'Église de France, elles n'y fussent pas bien reçues, ils se sont jetés sur la politique et sont réduits à me faire passer auprès du roi pour un de ces gens de ca* baie, dont on a droit de se défier comme pouvant exciter quelque brouillerie dans son Etat.
» C'est assurément ce qu'ils n'auroient osé entreprendre, si j'avois le bonheur d'être connu de Sa Majesté, parce qu'elle découvriroit sans peine que l'on n'a jamais fait un reproche plus iucroyable que celui que l'on s'avise de substituer à tant d'autres qu'on n'a plus la hardiesse de soutenir ; car un assez grand noml^ de gens d'honneur dont je suis connu, peuvent être autant de témoins irréprochables qui assureront Sa Majesté, que je suis également incapable, et de réussir dans un dessein de cabale quand j'aurois
OE l'Église de France. 3:i
la volonté de l'entreprendre, et d'en avoir la volonté quand j'y pourrois réussir; que je ne sais qu'aller droit où mou devoir m'appelle, sans déguisement et sans artifice; qu'on ne peut guère être moins remué que je suis par les deux grands ressorts des cabales, qui sont l'intérêt et l'ambition ; et si j'ai quelque fermeté pour ne pas trahir ma conscience, en manquant de rendre à la vérité le témoignage que je lui dois, je n'en ai pas moins pour ne pas manquer à ce que les principes de ma religion, aussi bien que les devoirs de la naissance, obligent un sujet de rendre à son prince. B Cependant il faut que les intrigues de mes ennemis aient été bien artificieuses et bien envenimées, s'ils sont venus à bout de la chose du monde la plus incroyable et la plus hors d'apparence. Car qni peut s'imaginer que l'appréhension des prétendues cabales d'mi simple théologien sans bien et sans appui, et que vingt-quatre années d'une vie cachée doivent avoir rendu fort mal propre à caballer dans un Etat, ait pu occuper un seul moment une aussi grande âme que celle d'un roi qui n'a pas craint toute l'Europe conjurée pour arrêter ses conquêtes, et qui ne les a bornées que par une paix glorieuse, dont il a lui-même prescrit toutes les lois? Mais il y a sujet d'espérer que toutes ces craintes des troubles que je pourrois causer par mes intrigues, se dissiperont quand on n'aura plus lieu de les entretenir, en faisant des contes de moi qui y donnent de nouvelles couleurs. On n'aura plus de moyen de faire appréhender ni mes assemblées, ni ces recours qu'on veut qu'aient à moi tous ces mécontents des provinces. Quand je serai inconnu au monde. Sa Majesté reconnoîtra que je suis bien éloigné d'avoir ces pensées d'intrigue et de remuement qu'on m'attribue ; et comme rien ne Tempêchera plus de suivre les mouvements naturels de son équité et de sa justice, il y a lieu de s'attendre qu'elle changera par des nouveaux ordres plus conformes à sa bonté, ceux qui ont mis une maison sainte dans la dernière désolation. On espère, monseigneur, que vous y contribuerez de votre part, tout ce qui sera possible, puisque vous avez assez voulu faire entendre que ce n'a été qu'à regret que vous avez exécuté les premiers. Pour moi, je m'estimerai trop heureux, si je puis croire avoir donné quelque occasion à cet heureux changement, en me dérobant à la vue des hommes pour n'être plus exposé à des médisances qui ont eu des effets si déplorables, et en sacrifiant au renouvellement du calme et de la paix de l'Église, la plus douce consolation qu'on puisse avoir en ce monde, qui est de vivre avec ses amis, et de mourir
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entre leurs bras. Je ne Murois croire^ Monseigneur, que vousvn'aih prouviez cette résolution : mais je vous serai infiniment obligé si vous voulez bien faire entendre à Sa Majesté les raisons qui mo Tont fait prendre, et la ooaiiance que j'ai qu'elle la regardera comme une des plus grandes marques que je pouvois lui donner de mes respects et de mon obéissance, puisque je ne pouvois exécuter plus fidèlement, que par ce moyen, ce qu'elle a témoigné désirer, que je vécusse sans bruit et sans attirer trop de monde dans m4i maison.
D Je suis, etc. »
Amauld ^ se retira à Fontenai-aux-Roses; mais ses ennemis ne l'y laissèrent pas en paix, et le duc de Montausier le fit avertir fecrètement qu'il devait quitter le royaume au plus vite s'il voulait échapper à leurs persécutions. Depuis deux ans, Amauld pensait à quitter la France, persuadé qu'il ne pourrait jouir de quelque repos que dans l'exil. 11 pensa d'abord à se retirer à Rome, où Innocent XI lui aurait certainement offert une retraite aussi sûre qu'honorable. Il est à regretter qu'il n'ait pas exécuté ce dessein; mais il craignit de blesser Louis Xl\, qui était en différend avec le pape depuis l'affaire de la régalcy dont nous parlerons tout à l'heure. Ce prince oml)rageux aurait certainement trouvé, dans cette retraite, un prétexte de disgracier toute la famille d'Arnauld et de persécuter plus violemment encore Port-Royal. La crainte de nuire à ses parents et à ses amis détermina donc Arnauld à se réfugier dans la Flandre autrichienne. Il partit de Paris au mois de juin 1679. La mère Angélique de Saint-Jean, supérieure de Port-- Royal-des-Ghamps, fut seule dans la confidence de son dessein, et le marquis de Pomponne lui-même ne l'apprit que deux mois après qu'il eût été exécuté. Le noble exilé avait alors soixante-huit ans. Les infirmités de la vieillesse se joignaient déjà aux maladies, qui étaient la suite de sa complexion délicate et de ses grands travaux. Sa fortune était médiocre et ne devait lui offrir que des ressources insuflisantcs dans un pays étranger. Ces considérations ne furent comptées pour rien par Arnauld, qui ne parut touché que du regret de quitter ses amis, et d'être privé du bonheur de mourir entre leurs bras '.
I Vie d*Arntuld
* Aniauld, Lfttre 9i7.«» au ehanoelkr de Ttum*
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Amauld^ après quelque séjour à Moqi, te retira à Bruxelles. A la prière de Jean de Neercassel qui» sous le titre d'évéque de Gas^ torie, gouvernait les catholiques de Hollande, il se fixa dans ce pays. L'évéque de Castorie était intimement lié avec Bossuet ; et Ton Toit^ par leur correspondance, que le grand évéque de Meaux aîait, pour Arnauld, Tadmiration la plus vive, et qu'il était en relations d'amitié avec lui K La retraite d'Arnauld affligea profondément Nicole, dont Tâme candide et scrupuleuse était effrayée des Qouvelles luttes qu'il était facile de prévoir. Depuii la paix de Qi^ ment IX, il avait résoin de ne plus écrire sur les discussions qui aîaient tant agité l'Église de France, et de consacrer son talent à des ouvrages de piété et à des livres de controverse contre les Protestants. Arnauld avait pris la même résolution que lui; mats il a?ait changé d'opinion depuis les dernières attaques dont Port- Boyal avait été l'ohjet, et il lui semblait nécessaire de rentrer dans la Ûce. Il engagea* en vain Nicole à l'y suivre ; cet homme candide le persuadait qu'avec des concessions peu importantes Arnauld pourrait désarmer l'archevêque de Paris, et^ par lui, la cour, il travailla donc à un accommodement, et négocia, avec Harlai, le retour d' Arnauld ; mais il ne trouva ni dans l'un ni dans l'autre les dispositions qui eussent été nécessaires pour qu'il réussit, Arnauld et Harlai se connaissaient trop bien pour croire que jamais il pût exister entre eux une véritable réconciliation. Nicole ne pouvait soupçonner, dans son admirable simplicité, qu'il travaillait à accorder la vertu inflexible avec le vice.
Harlai, au lieu de songer à faire revenir en France un homme qui en était l'honneur, ne cherchait qu'à indisposer le roi contre lui et à le tromper sur les motifs de sa retraite. Les autres ennemis d' Arnauld agissaient de même. On répandait le bruit qu'on l'avait rencontré sur le chemin de Rome; qu'il se retirait auprès d'Innocent XI, et que ce pape, pour se venger du roi, songeait à le faire cardinal. Ce dernier bruit prit tant de consistance, que l'évêque d'Angers, Henri Arnauld, fut complimenté par plusieurs person» nés, sur l'élévation de son frère. Bientôt, les calomniateurs furent confondus^ et Ton connut positivement le lieu de la retraite du grand docteur; mais ses ennemis n'en continuèrent pas moins leurs Intri*
* V. parmi les lettres diverses de Bossuet, oelles que lui adressa l*évéque de Castorie.
* F. les lettres d*A.rnattU et ceUes de Nicole.
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gues et réussirent si bien, que Louis XIV^ pour punir Arnauld, di^;racia son neveu^ le marquis de Pomponne^ le plus honnête ministre de la cour. Lorsqu'en 1691 y Pomponne fut réintégré dans le conseil du roi^ on eut la preuve que la retraite de son oncle avait été Punique cause de sa disgrâce. Les petitesses de ce roi, qu'on a appelé grande furent d'autant plus sensibles à Amauld^ qu'il n'en était pas personnellement la victime ; mais la foi prit bientôt le dessus dans cette âme forte et énergique, et il écrivit à Pomponne qu'il l'estimait heureux d'avoir été exilé de la cour, puisque cette disgrâce le tirait d'une voie périlleuFe, et lui procurait le moyen de travailler avec plus de soin à son salut ^
A peine arrivé en Hollande, Arnauld prit la défense du pape Innocent XI et des saints évêques d'Aleth et de Pamiers, qui luttaient contre Louis XIV dans Taffaire de la régale.
Nous avons fait observer plusieurs fois que l'on entendait par ce mol le droit qu'avait le roi de jouir des revenus des bénéfices pendant leur vacance, et de nommer, pendant cette vacance, aux bénéfices n'ayant pas charge d'âmes. Les rois ont prétendu de tout temps avoir ces droits. Nous en avons vu l'origine dans les discussions qui eurent lieu, au moyen-ftge, sur la nature des biens ecclésiastiques. Les rois ne voulaient voir que des fiefs dans ces biens ; et, de ce principe, ils tiraient cette conséquence : que les bénéficiers n'ayant pas d'héritiers, et n'étant, d'ailleurs, qu'usufruitiers de ces fiefs, ces domaines devaient rentrer, pendant la vacance et après la mort de chaque titulaire, dans le domaine du roi, premier propriétaire de tous les tîefs, et qull devait en avoir le revenu jusqu'à ce qu'un nouveau bénéficier en eût été légalement investi. Le clergé ne voulait pas considérer les biens ecclésiastiques sous ce point de vue. D'après lui, ces biens formaient un fonds sacré qui appartenait h l'Église et aux pauvres, sur lequel le bénéficier n'avait droit de prendre que ce qui lui était nécessaire, et qui devait être exempt même des impositions et charges ordinaires dont les autres biens étaient grevés.
De ces deux idées contradictoires sur la nature des biens ecclésiastiques naquirent de nombreuses luttes entre les deux puissances, et, par conséquent, des décisions et des arrêts contradictoires, qui répandirent, sur cette matière, beaucoup d'obscurité.
< Arnauld, Lettre 325.«.
DE L'ÉGUt»B DE FRANCE. !)7
Pendant que les élections des bénéficiers furent maintenues, ceux qui avaient le droit d'élire se hâtaient de faire leur choix^ afin d'éviter les conflits et d'empêcher les revenus ecclésiastiques de devenir la proie des rois; mais ceux-ci, dans le désir d'en jouir, cherchaient, de leur côté, à entraver les élections. *
Après plusieurs siècles de luttes, arriva l'époque des concordats.
Les papes et les rois s'entendîirent sur les revenus des biens ecclésiastiques comme sur la nomination des bénéficiers. Alors, les rois eurent la régale sur tous les bénéfices qui se trouvèrent soumis au droit commun. Seulement, les privilèges de quelques églises (Hi abbayes furent respectés. Plusieurs donc de ces bénéfices ne forent point soumis au droit de régale ; de ce nombre étaient les ^lises du Languedoc et des provinces limitrophes.
Mais les rois entreprirent bientôt d'étendre ce droit sur (.ôus les bénéfices indistinctement ; il y eut, contre ces empiétements, dés;protestations qui furent sans résultat. En 1673, Louis XIV, au faîte de h puissance, ne craignit pas de consacrer ces empiétements par on édit *, portant que le droit de régale serait, à l'avenir, appliqué à toutes les églises qui n'en étaient pas exemptes à titre onérètiXy et que tons les évéques des diocèses non soumis auparavant à la régale auraient à faire enregistrer, dans un bref délai, leur serment de fidélité à la cour des Comptes, afin d'obtenir main-levée de la régale, qui aurait dû être ouverte après la mort dtt leurs prédécesseurs, et qui ne l'avait pas été. Ce serment était comme l'acte de foi et hommage des feudataires; le donner était reconnaître au roi les droits qu'il prétendait avoir dans son édit.
La plupart des évéques se soumirent à la volonté du roi et lui sacrifièrent les droits de leurs Églises. Seuls , Pavillon , évéque d'Aleth, et de Caulet, évéque de Pamiers, résolurent de les défendre jusqu'à la mort.
En 1675, le roi ayant nommé un bénéficier dans le diocèse d'Aleth, Pavillon s'adressa à l'assemblée du clergé qui se tenait alors, et lui demanda de l'aider à défendre les droits de son Église ';
> ]klëmoire.s du Clergé, t. xi ; Ellies Du Pin, Hist. Eccl. du xvii.e siècle, t. m; Relation delà Régale; d'Avrigny, Mémoires chronol., ann. 1681.
* Procès-verbal de i*assemblée de 1675, t. v de la Collection générale. Pa- Tilkm(r. sa Vie, tiv. 3) écrivit à Harlai, au cardinal de Ronzi, archevêque de Narlwnoe, son métropolitain ; aux évéques de Beziers et de Montpellier, députés de la proviDce, tout cela fut inutile.
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mais cette anemblée n'osant prendre parti pour révéque contre le roi y répondit qu'elle y réfléchirait , et abandonna tonte l'affaire à Harlaiy qui avait bien l'intention de ne s'en occuper que pour nuire au saint évéque d'Aleth.
Caulet ^, ayant eu occasion, en 1675, de faire un voyage h Paris au nom des états de Foix dont il était président-né, vit le P. de La Chaise^ qui lui demanda s'il ne vouhit pas acquiescer à la déclaration du roi. Caulet répondit qu'U ne pouvait rien dire sur ce point avant d'avoir consulté son chapitre. Le Jésuite fut d'autant plus irrité de cette réponse^ qu'il connaissait parfaitement les intentions de l'évéque. C'était même principalement contre lui et contre Pavillon d'Aleth qu'il avait^ à la sollicitation de ses confrères, provoqué l'édit du roi. On lit, en effet, dans les procès-verbaux du olergé% que le confesseur du roi et ses confrères en étoient les principaux moteurs, dans le dessein de se venger des évéques d'Aleth et de Pamiers à qui ils en vouloient de longue main. Le motif de cette haine était la conduite pleine de fermeté et d'énergie qu'avaient ténue ces deux évéques, à leur égard, dans leurs diocèses. Le P. Rapin essaya de donner un motif plus élevé à la conduite de ses confrères dans cette circonstance, et il écrivit au cardinal Gibo que leur but^ a en suggérant et soutenant cette entreprise, avoit été d'empêcher les évéques jansénistes de conférer à des Jansénistes les bénéâces qui vaqueroient dans leurs églises *. »
Les Jésuites s'obstinaient à considérer comme hérétiques des évéques qui avaient fait honorablement leur paix avec le Saint- Siège, dont les explications avaient prouvé la parfaite orthodoxie, et qu'Innocent Xi regardait , avec raison^ comme deux des plus saints prélats de ce temps.
Les Jésuites ne pouvaient provoquer ni soutenir l'édit du roi sur la régale sans se déclarer contre le Sainl-Sicge, et sans favoriser les opinions des gallicans parlementaires sur les droits des rois dans les choses spirituelles; ils n'hésitèrent pas à renoncer à leur ultramontanisme de convention pour se venger, et à sacrifier le pape au roi. Ils s'appuyèrent sur les principes gallicans ^ pour ne pas
> Vie de M. de Caulet, évoque do Pamiers, liv« 9.
s Préambule du Proeès-Terbal de rassemblée de 1682.
* Lettre du P. Rapin au cardinal Cibo.
^ HistoifA de la Compagnie de Jésus, par Crétinean-Joly, t. iv, ob. 6. On peut consulter aussi les ineroyabkê récits du Jésuite d*A?rigBy sur l'affMre de la régale*
DB LBGLISB DE PEANCB. 39
publier les brefs que le pape leur fit adresser par leur général^ et soutinrent ces principes avec tant de zèle, qu'ils ne tinrent aucun compte des avertissements d'Innocent XI, et qu'ils méritèrent^ comme nous te verrons bientôt, les éloges du premier président et même de Talon.Cet avocat-général qui fut censuré par le clergé de France pour son gallicanisme parlementaire, et qui regardait le droit de régale comme si sacré, que le roi, selon lui, ne pouvait y renoncer, fut ravi du concours que les Jésuites, dans les affaires de la régale, donnèrent aux Parlements, et il les en félicita de la manière la plus explicite. C'est une nouvelle preuve , entre mille , que ces religieux n'ont jamais eu d'autre mobile que l'intérêt de leur société, et que, rtls font grand bruit de l'autorité du pape, c'est parce qu'ils espèrent, à l'abri de ce nom, diriger l'Église entière. En prêchant l'absolutisme papal^ ce n'est ainsi, indirectement, que l'absolutisme de leur société qu'ils veulent imposer; aussi se sont-ils montrés constamment ennemis passionnés des papes qu'ils n'ont pu gouverner. D'après leurs principes, ils devaient haïr Innocent XI, qui aimait Araauld et les évêques dont ils tenaient à faire des hérétiques, parce qu'ils étalent les adversaires de leur mauvaise doctrine. Caulet *, de retour à Pamiers, après son voyage de Paris, assem- Ua son chapitre, lui fit part de la demande que lui avait faite le P. de La Chaise et de la résolution qu'il avait prise , de l'avis de son conseil, de défendre les droits de son Église. Certain d avance des contradictions qu'il éprouverait, il adressa à ses chanoines cette question : a Poiestis bihere caiicem quem ego bibitums sum ' ? Ib répondirent comme les apôtres à Jésus-Christ : Possumus. Des sentiments aussi généreux remplirent le bon évêque de consolation. Il écrivit au P. de La Chaise que sa conscience lui défendait de faire ce qu'on exigeait de lui. Le Jésuite lui répondit, le 16 septembre 1675, une lettre dans laquelle il cherchait à lui faire entendre que le serment de fidélité qu'on lui demandait n'était qu'une sim-pie formalité qui n'aurait aucune conséquence ; et qu'en ami , il lui conseillait d'être agréable au roi sur ce point. Caulet ne se laissa pas prendre aux doucereuses paroles du P. de La Chaise, et vit parfaitement le piège dans lequel (m voulait l'entraîner. 11 ne se dissimula pas que la persécution aUait être la récompense de sa
< F. Tie de Bf . de Caulet, loe. eit
s Pouvez-wmt Mre le calice que Je Mrai f ^ Nous le poutxmt
iO IIISTOIRB
fermeté et de sa droiture^ mais il s'y prépara courageusement par <les prières publiques et particulières ^ des jeûnes et d'autres pratiques de pénitence. Pavillon était dans les mêmes dispositions et se préparait aux mêmes luttes. Comme on avait nommé dans son diocèse plusieurs bénéficiers^ contre tout droit^ il donna, le 5 mars 1676 *, un mandement frappant de suspense ipso facto, les régalistes et ceux qui auraient part à leur installation. Le 21 juin de la même année^ il écrivit au roi une lettre fort savante, dans laquelle il établissait le droit de son Église *. Il donna depuis deux autres ordonnances, qui furent, comme la première, cassées par un arrêt du conseil. Pavillon crut devoir alors s'adresser à Innocent XI.
Dès que ce pape avait été élevé sur le Saint-Siège, Pavillon • lui avait écrit pour le féliciter de son exaltation et sonder ses dispositions touchant la paix de Clément IX ^ que les Jésuites et la cour de France respectaient si peu. Innocent répondit à Tévêque d'Aleth par un bref * dans lequel il lui fit le plus grand éloge de ses vertus et de ses travaux apostoliques ; il l'assura que son intention était de travailler à entretenir la paix et la concorde entre les théologiens, et il le donna comme l'exemple des autres évêques dans le maintien de cette paix.
L'évoque d'Aleth ayant reçu ce bref qui l'assurait des heureuses dispositions du pape , songea à lui adresser des mémoires sur la régale et à l'engager à réprimer les perturbateurs de la paix de Clément IX. Avant de les envoyer, il prit la précaution de faire
1 r. le Mandement commençant par ces mots : Sur ce qui ¥ious a été représcnlé par le promoteur, etc.
' Lettre mss. de Pavillon, cvéque d'Aleth, au roi, du 21 juin 1676. » Vie de M. Pavillon, évOque d'Aleth, liv. 3.
^ Ce bref est du 8 février. Voici ce qu*y dit Innocent XI, à propos de la paix dont Tévéque d*Aleth lui avait parlé :
« Nec memoris lœtitiœ sumpsimus argumentam ex iis quœ de ser^'andfl theologorum unitate ac coocordantiA ad nos scripsisti : te enim in eumdem scopum enixè conspirante, facile persuademus reliques Galliœ episcopos eodem flagrantes zelo, tuoque exemplo H auctoritate permotos, sua in idipsum studia collaturos. > Innocent XI aurait-il parlé ainsi, s'il n'avait approuvé les sentiments bien connus de l'évoque d'Aleth? Il est remarquable que le pape le donne comme l'exemple des autres évêques sur ce point, tandis que le Jésuite Rapin et ses confrères faisaient de lui un hérétique.
Henri Amaold, évoque d'Angers, écrivit aussi h Innocent XI, pour le féliciter de son exaltation ; ce pape lui adressa un bref rempli d'éloges, dans lequel il lui dit qu'il s'applaudit de retrouver dans l'épiscopat celui qu'il avait autr^ fois aimé è Rome, lorsqu'il n'y était qu'abbé de Saint-Nicolas.
DE l/i'r.Ul»B DE FRANCE. 4i
sonder les ministres de la cour de Home. Favorlti^ secrétaire des brefs, répondit que Tévêque d'Alelh pouvait écrire directement au âint Père avec toute liberté el confiance sur tout ce qu'il jugerait à propos, et qu'il en serait toujours favorablement écouté.
Ce fut alors qu'Arnauld et Nicole rédigèrent, au nom des évê^ ques d'Arras et de Saint-Pons, la lettre dont nous avons parlé et dans laquelle on dénonçait au pape un grand nombre de propositions inunorales des casuistes. Pavillon n'approuva pas Je premier projet, et jugea que Ton devait seulement demander au pape la condamnation de la probabilité, qui était la source des immoralités des casuistes. On suivit son avis. La lettre fut réformée. Pavillon et son ami Févêque de Saint-Pons la signèrent et la renvoyèrent aux tbéologiens qui l'avaient rédigée, et qui s'étaient chargés de la faire signer à d'autres évéques. L'évéque d'Amiens, dont on demanda la signature, la fit connaître à Harlai, qui la présenta au roi comme une entreprise contre la paix. Louis XIV en fit écrire en ce sens à Ârnauld par le marquis de Pomponne, comme nous l'avons vu. La cour prit des mesures pour arrêter les signatures; mais les casuistes ne jouirent pas longtemps de leur triste victoire.
Pour punir l'évéque d'Aleth , Louis XIV avait éloigné de lui et exilé les ecclésiastiques qui possédaient sa confiance ; il fut donc obligé de demander à ses amis de Paris un homme fidèle et dévoué poar porter à Rome ses mémoires au pape. On choisit de Pontchâteau, un des plus illustres solitaires de Port-Royal. Celui-ci se rendit secrètement à Aleth et ensuite à Rome. 11 était porteur d'une lettre et de plusieurs mémoires touchant la morale corrompue des casuistes, la régale et le Jansénisme, qui n'était, disait-il, qu'un fantôme dont on se servait pour persécuter les meilleurs cathoiiqaes. Pontchâteau fut reçu avec distinction par le cardinal Cibo et le secrétaire Favoriti; il remit au pape, dans une audience particulière, les pièces dont il était porteur, et il dut satisfaire la pieuse curiosité dlnnocent en lui donnant des détails sur l'âge, la santé, répiscopat et les institutions diocésaines du saint évéque d'Aleth. Innocent XI répondit à cet évéque par un bref rempli des plus grands éloges, et dans lequel il lui promit de faire examiner avec soin les matières traitées dans ses mémoires.
Pendant que ces choses se passaient, le cardinal de Bonzi, archerâque de Narbonne, cassait le jugement rendu par son suf&agant l'évéque d'Aleth, contre un régaliste. Pavillon réfuta solidement l'ordonnance de Bonzi et en appela à Rome.
4f BlSTOItK
L'évéque de Pamiers marchait sur les traces de celui d'Aleth.
Sa lettre au P. de La Chaise avait tellement irrité Louis XtV ^ qu'il mit eu délibération , dans son conseil, s'il ne serait pas utile de l'exiler, ainsi que Pavillon. Le Tellier et son fils, l'archevêque de Reims, qui vénéraient ces deux saints évêques, parèrent le coup en représentant que ces deux évéques étaient si estimés, quô Texil ne ferait qu'accroître leur réputation ; qu'il valait mieux dissimuler et attendre leur mort, qui n'était probablement pas fort éloignée , à cause de leur grand âge.
On renonça au dessein de les exiler ; mais il fût impossible aux Jésuites de laisser mourir en paix deux évêques coupables d'avoir combattu leur mauvaise doctrine et entravé leurs desseins. A Tinstigation du P. de La Chaise , qui disposait absolument des bénéfices de toute la France, Louis XIV donna des titulaires à des bénéfices qui en avaient été pourvus par les évêques , et le 13 janvier 1677, il choisit pour l'archidiaconé de Pamiers un nommé Poucet, connu du secrétaire d'État de Chftteauneuf. Quand bien même la régale eût été établie à Pamiers , le roi n'aurait eu le droit de nommer à un bénéfice qu'après la mort de l'évêque, et pendant la vacance ; mais on voulait croire que, par suite du refus de serment des évéques de Pamiers et d'Aleth, la régale était ouverte de plein droit dans leurs diocèses. Cette raison était futile; et la nomination de Poncet était, sans contredit, irrégulière de lout point. L'évêque de Pamiers répondit à cet empiétement par une ordonnance du 37 avril % défendant, sous peine d'excommunication tpso faeto^ à tous les chanoines de la cathédrale ou de la collégiale, de recevoir et d'installer aucun pourvu en régale. On rendit cette ordonnance plus odieuse encore au roi, en répandant contre Tévêque les plus noires calomnies. L'évêque de Pamiers crut devoir écrire à Louis XIY pour se justifier , tant du refus qu'il faisait de se soumettre à la régale que de tout le mal qu'on disait de hii. Il le fit le 29 juin 1677. Dans cette lettre, il exposa les motifs de sa conduite, et, comme Tévéque d'Ateth, il défendit les droits de son Église. Ses raisons ne produisirent aucun effet. La cour nomma à un autre bénéfice peu de temps après , et ce nouveau régalisle et Poncet portèrent leur cause devant le métropolitain, qui était l'archevêque de Toulouse, lequel s'appelait de Montpezat; c'était un évêque courtisan , qui se hâta de donner rat-
* Vie de M. de Caulet, évêque de Pamiers, liv. 9 ; Relation de la rëgale.
mi L*é6LI8E DK FIANCI. 43
ton aux régalistes, sans même entendre Tévéque de Ramiers ^ et qui cassa l'ordonnance de cet évéque sans autre forme de procès. 6iulet fit une protestation pardevant notaire^ dans laquelle il déclara qu'il ne pouvait déférer au jugement de son métropolitain ; qu'il le regardait comme nul pour la forme et pour le fond , et qu'il allait se pourvoir pardevant qui de droit. En effet ^ quelques jours après ^ il fit signifier à l'archevêque de Toulouse et à son promoteur un acte d'appel au Saint-Siège. Cet acte fut adressé an cardinal Cibo^ qui le remit à Innocent XI; ce pape répondit à Pévêque de Pamiers par un bref très flatteur *.
L'affaire de la régale était ainsi portée h Rome par les évêques de Pamiers et d'Alelh^ lorsque ce dernier mourut. Avant de quitter la vie , il avait adressé une nouvelle lettre à Louis XIV *, pour l'assurer qu'au moment d'offrir à Dieu son dernier sacrifice, celui de sa vie, il se croyait obligé de faire un dernier effort pour l'adoucir et l'assurer qu'il n'avait rien fait, dans l'affaire de la régale, que pour s'acquitter des devoirs de sa charge. Il lui demanda en même temps la grâce des ecclésiastiques qui n'avaient été exilés que pour avoir obéi h leur supérieur légitime.
Nicolas Pavillon mourut le 8 décembre 16T7 , à l'âge de quatrevingts ans , et après 39 ans d^épiscopat.
Ses vertus étaient tellement incontestables , que ses ennemis les phs injustes n'ont jamais osé élever sur ce point le plus léger soup-' çon. La question du Jansénisme fournit, du reste, une assez ample matière à leurs déclamations. Ils soutinrent, avec une insigne mautaise foi, qu'il se déclara contre ceux qui signaient le formulaire , cl qu'il m il tout en œuvre pour brouiller Louis XIV et Innocent XI, au moyen de la régale, alin de procurer quelque tranquillité au parti janséniste par ces divisions*. Nous venons de raconter avec la plus grande simplicité, et sur les pièces authentiques, les relations, trop tôt rompues, qu'eut PaviDon avec Innocent XI , au sujet de la régale ; nous doutons qu'on y ait aperçu la politique machiavélique que des hommes injustes et passionnés ont donnée comme mobile de sa conduite ; quant au formulaire, il laissa entière liberté à la
* L*auleur de la Vio de M. de Gaulet met ce bref au 8 déet^mbre 1677. On loi donne la data du 3 février dans la Relation de la régale.
* Lettre mss. de PaviUoo, évdque d*Àleth» au roi, du 25 octobre 1677.
* r. Feller, ▼•• Pafillon ; Berault-Bereastel et antres écriraine jouîtes.
44 msjoiRR
gîgnature; seulement, il s'opposa, et avec raison, à ce que Ton imposât comme obligatoire la signature pure et simple ; à l'exemple de la plupart des évéques, et surtout des plus saints et des plus savants, il regardait comme légitime et nécessaire la distinction des deux questions de fait et de droit ; car, si TÉglise est infaillible sur la question doctrinale, elle ne jouit pas de cette prérogative sur les questions de fait, selon Bossuet et les plus illustres théologiens catholiques ^
Clément IX, en donnant la paix à l'Église, reconnut la parfaite orthodoxie de Pavillon ; et, au moment de sa mort, le saint évéque était regardé, par Innocent XI , comme un des membres les plus vénérables et les plus doctes de Tépiscopat français. Il n*eut jamais d'autre parti que celui de Jésus-Christ et de l'Évangile.
Quelque temps après sa mort, Tévêque de Toulon osa attaquer le rituel d'Aleth *, censuré autrefois à Rome, mais dont la condamnation était restée sans efTet. L'évêque de Saint-Pons écrivit à Tévêque de Toulon mie lettre qui dut donner à réflécliir à cet imprudent prélat^. Nous en donnerons quelques passages ' : a Monseigneur ,
» C'est avec étonnement que je viens d'apprendre que vous devez publier une censure que vous avez faite contre le rituel de défunt M. révéque d'Aleth, de très sainte mémoire, comme contenant des choses contraires au rituel romain de Paul V ; des propositions fausses, singulières, dangereuses en pratique, erronées ou opposées à la coutume générale de l'Église ; la lecture desquelles peut insinuer des erreurs condamnées dans l'esprit des fidèles , et les infecter de méchantes opinions.
» Quand l'honneur que j'ai eu de vous voir et de vous offrir mes très humbles services ne sufiirait pas pour me donner la liberté de
* F. Mémoires do Tabbé Le Dieu, sur la vie et les ouvrages de Bossuet ; y. notre récit sur le Formulaire^ au t. x de cette Histoire.
* Le rituel d'Aleth était fort sévère, au point de vue de la morale et de la discipline des casuistes. G*était la principale cause des poursuites exercées contre lui. Feller prétend que « Le^decker, théologien calviniste) assure que ce livre tend à la destruction de TEglise et de ses Sacrements. » Si les Calvinistes et les Jésuites s'entendirent pour attaquer le rituel d'Aletb, les évoques français en eurent une idée plus favorable, comme on le voit par la lettre de révéque do Saint-Pons, citée plus bas, et par les nombreuses approbations qu'ils lui donnèrent.
> Lettre mss. de Tévêque de Saint-Pous à Tévèiue de Toulon.
DE l/ ÉGLISE DE FRANCK. 45
voas demander un éclaircissement , l'amitié et la conRance dont ce saint prélat m'a honoré jusqu'au dernier jour de sa vie , et ce que je lui ai vu faire ^ à sa mort sur le sujet de son rituel^ m'obligeraient de vous conjurer de suspendre votre dessein^ et d'agréer que je vous ouvre mon cœur là-dessus.
» Mais au-dessus de cela, l'injure que vous faites au collège épiscopal , en voulant lui ôter un droit inséparable de notre caractère *, et l'intérêt particulier que j'ai, me trouvant enveloppé dans Totre censure par l'approbation que j*ai donnée à ce livre , m'engagent à faire mes efforts pour vous porter à la rétracter, en cas que vous l'ayez publiée , ou à la supprimer si elle n'a pas encore paru. J'ose dire, Monseigneur, qu'il y va plus de votre intérêt que (lu mien propre ; Vautarité de vingt-huit évéques qui ont approuvé avec moi ce que vous avez condamné •, est suffisante pour mettre mes sentiments hors de soupçon, principalement lorsqu'on considérera que plusieurs de ces illustres approbateurs ont employé leur jeunesse dans l'exercice de la Sorbonne , que d'autres ont consommé leur vie dans l'étude de l'Écriture Sainte , des conciles, des décrets des papes et des Pères de l'Église ; d'autres, dans la pratique de ce qu'il y a de plus saint et de plus pieux dans notre religion ; et que, par-dessus ces grandes qualités^ leur application aux fonctions de leur ministère fait que l'on peut dire, sans blesser ceux qui n'ont point encore approuvé le rituel, qu'ils font l'honneur et la gloire de l'Église de France. »
Après ces considérations générales, l'évêque de Saint-Pons, expose à l'évêque de Toulon qu'il fallait trois conditions essentielles pour que sa censure fût validé : 1° que la personne fût sujette à sa juridiction ; 2? que la matière fût de sa compétence ; 3* que les formalités de la justice fussent observées; il lui prouva ensuite très facilement qu'aucune de ces conditions n'était remplie dans sa censure, laquelle ^tait par conséqueut invalide ; il lui fit observer que juger l'œuvTe d'un évoque, c'était juger l'évêque lui-même, et
* L'évoque de Saint-Pons assista aux derniers moments du vénérable Pa- ▼iUon, avec révoque de Pamiers.
' Les évoques ont eu le droit, dans tous les temps, de régler les oflices et la discipline de leurs diocèses, par les règlements particuliers qui constituent \erUuel.
* Les approbations des vingt-neuf évéques se trouvent en t^te de la 2.« édition du rituel d'Aleth.
46 BISTOIIS
qu'il était au moins téméraire de s'ériger.en juge d'un évéque auw instruit, aussi pieux, aussi sage que Tévéque J'Aletb. L'évéque de Saint-Pons réfute surtout victorieusement la censure de Tévêque de Toulon en ce qu'on y prétendait que le rituel d'Aleth était condamnable parce qu'il n'était pas conforme au rituel romain.
a Que si vous condamnez, lui dit-il, la discipline particulière de ce diocèse-là, permettez-moi de vous dire, monseigneur, que vota êtes le premier évéque du monde qui avez pensé que le rit ou Vusage des cérémonies, êtes prières et de la discipline de V Église doit être uniforme^, et que le rituel du pape Paul V ne le prétend pas lui-même, comme vous le pouvez voir par la bulle que vous trouverez à la tête de son rituel, où il n'ordonne point aux autres évéques de s'en servir, mais seulement il les exhorte, comme étant un recueil de ce qu'on avait trouvé de mieux dans les autres. Vous ne prenez encore pas garde. Monseigneur, que vous condamnez nonseulement toutes les Églises d'Orient, mais encore toutes celles d'Occident et nommément les Églises de France qui ont leurs rituel* particuliers, lesquels contiennent plusieurs choses plus différentes, et si vous voulez même, plus contraires à celui de Paul V, que ce* lui d'Aleth. Cette différence de discipline, d'usage et de coutume n'a jamais passé pour un schisme ; et nos pères ont été si éloignés de croire que cette pratique soit dangereuse, qu'ils l'autorisent dans toutes les rencontres. 0
L'évêque de Saint-Pons cite un grand nombre de preuves à l'appui de ce qu'il avance, et affirme en particulier, d'après le savant cardinal Bona, que la diversité de liturgie exista toujours dans l'Église.
La censure du rituel d'Aleth faite à Rome, un peu avant la paix de Clément IX, et au moment où les querelles du Jansénisme étaient dans toute leur activité, ne fut jamais considérée que comme l'œuvre des Jésuites, ainsi que tant d'autres censures du même genre. On voit, par la lettre de l'évêque de Saint-Pons, que Tévê* que de Toulon n'avait en vue, dans sa censure, que de renouveler celle de Rome. Les qualifications étaient en effet identiques, et il laisse edtrevoir que ceux qui la lui conseillaient étaient les mêmes qui l'avaient obtenue autrefois de Clément IX, et qui ne pouvaient
< On n*avait pas alors inventé le nouveau droit lHurgiquê, que des évéques de nos jours ont adopté, diaprés M. Tabbé Guéranger. Noos aurons bientôt à défendre TËglise de France contre cet écriyain.
DB l'Aglisb VÊ riANCI. 47
MNiflHr qa'eDe êùt toujours été considérée €ii France eommo noa-> «Tenue ^
L'éTéque d'Alelh étant mort, tout le poids de la discussion touebant la régale retomba sur Tévéque de Pamiers. Dès ie38 novenn bre% le Conseil d'État avait rendu un arrêt portant que cet évéque ferait enregistrer son serment de fidélité dans le délai de deux moisy et recevrait tous les bénéficiers nommés par le roi^ à peine
S être contraint par saisie de son temporel. Cet arrêt lui ayant signifié^ il écrivit au roi Louis XIV^ pour le prier de le priver seul du temporel qui lui était nécessaire^ mais d'épargner ses deux léminaires, son église cathédrale^ qu'il faisait rebâtir^ et de laisser anx pauATes et aux Églises pauvres de son diocèse^ les aumônes qu'il leur avait allouées.
Cette lettre, toute apostolique^ ne put retarder d'un seul jour la abie du temporel du saint évêque ; les agents qui en furent ehargés exécutèrent leur mandat à la rigueur et confisquèrent jusqu'à quelques fagots qui se trouvaient dans le bûcher *. A peine la saisie était-elle opérée, que les dons volontaires arrivèrent en abondance au bon pasteur ; les curés se cotisèrent pour hii faire une rente; ils lui achetèrent deux* mulets pour lui donner la possibilité de continuer ses visites pastorales , et le bon évêque en fut réduit k se plaindre pieusement à Jésus-Christ de ne l'avoir pas jugé digne de souISrir la pauvreté pour l'amour de lui.
Le directeur du séminaire d'Aleth^ nommé Le Moine ^, était alors renvoyé du diocèse^ comme suspect de trop d'attachement à Pavillon et à sa doctrine. En se rendant à Paris, il visita l'abbaye de Saint-Cyran^ où l'abbé de Barcos vivait avec ses moines et plusieurs amis^ dans la pratique de la pénitence ; il leur parla du dé* aùment de Tévêque de Pamiers ; un des solitaires de l'abbaye^ Le Pdlftier des Touches^ lui remit, pour le saint évêque, une lettre
I Les écrivains les plus prononcés contre Térêque d*A1eth, comme d*Avrignj, BerauU-Bercafitel, etc.» ne parlent ni de la oensnre de Tévéque de Toulon, ni d« la lettre de Tévéque de SaintrPoQs, qu'ils n*ont pas connue prottable* Qi90t Oo peut croire, après cela, que la censure resta à Tétat de projet.
* Vie de M. de Caulet, évéque de Pamiers, liv. 9; Relation de la régale; Billes Du Pin, Hist. Eccl. du xvii.« siècle, t. m ; D'Avrignjr, Mém. cbronol., ann. ieBl>
* Lettre de Tévéque de Pamiers à M. D'Àguesseau, intendant du I^AUguedoc ^ Vie de If. de Caulet, évêque de Panieri» liv. 0.
18 HISTOIftC
de change de deux mille écus. Arrivé à Paris , Le Moine 6t mettre la lettre à un banquier de Toulouse y qui en donna avis k i'évéque de Pamiers. Cette lettre fnt trouvée sous le scellé^ dans ses papiers, après sa mort, qui arriva bientôt après. Les officiers du roi l^envoyèrent au P. La Chaise, avec le nom de la personne qui Tavait fait tenir au banquier de Toulouse. Le Moine, qui se trouvait alors à Port-Royal-des-Cbamps, fut mandé, et on apprit de lui que cette lettre était une aumône de Le Pelletier des Touches. Un mem- ' bre du Conseil proposa de faire mettre des Touches à la Bastille. Louis XIV montra, en cette circonstance, quelque grandeur; a Lorsque j'ai fait saisir le temporel de Tévéque de Pamiers, dit-il, je n'ai pas prétendu qu'il mourût de faim, ni empêcher qu'on ne l'assistât. Il ne sera pas dit que, sous mon règne^ on aura puni quelqu'un pour avoir fait Taumône. a
Louis XIY aurait dû tenir aussi à ce qu'on ne dit pas que , sous son règne, on ne pouvait soutenir la vérité, sans s'exposer à la persécution, et défendre ses droits sans être sous le coup d'une saisie.
L'évéque de Pamiers, dépouillé de son temporel, s'adressa au pape, qui était déjà saisi de l'afiPaire de la régale, par l'appel de Pavillon, contre la sentence de l'archevêque de Narbonne, et par celui de Tévêque de Pamiers lui-même, contre la sentence de l'archevêque de Toulouse ; il chargea d'une lettre confidentielle, pour le pape, Dorât, curé archi-prêtre de Dax, qui partit secrètement pour Rome, et remit à Innocent XI, lui-même, la lettre de son évêque et plusieurs mémoires à l'appui.
Dès le 12 mars 1678, Innocent avait écrit à Louis XI V^ son premier bref, touchant la régale. Il s'y attachait à lui faire comprendre qu'il ne pouvait, sans injustice et sans violer les règles les plus saintes, s'attribuer de lui-même, sur des Églises , des droits qu'il n'avait à aucun titre.
c< Nous avons été saisi d'un étrange élonnement, lui dit-il', en voyant que la considération d'une vérité si constante et d'une juslice si manifeste a eu moins de pouvoir sur l'esprit de Votre Majesté, que les conseils de ceux qui, ayant plus d'égards à des intérêts terrestres ettemporels> qu'aux biens célestes et éternels, pendant qu'ils ne pensent qu'à lui faire leur cour, par leurs flatteries, en augmentant sa puissance, ne se mettent pas en peine s'ils lui
^ Brel d'Innocent XI au roi. du 12 mars 1678.
DB L'àttU8£ DE PtANCK« 49
causeront, an jour (ce qu'à Dieu ne plaise ! ) de terribles tourments deconsdence, lorsqu'il faudra paraître devantle tribunal de Dieu.»
Ud peu plus loin^ Innocent XI parle encore de cette manière des conseillers du roi :
« Certainement , si Votre Majesté veut faire un peu de réfkxion sur la disposition de ceux quikd donnent ces mauvais conseils, elle découvrira, sans peine, que ce sont des gens qui n'ont que des vues basses et intéressées, et qui ne pensent qu'à maintenir leur puissance, 80US prétexte d'augmenter la sienne; et que, feignant d'être passionnés pour sa grandeur, ils sont ennemis de sa véritable gloire. »
De La Chaise et de Uarlai compraoaient parfaitement que le pape les avait en vue en parlant ainsi. 11 semble que le Jésuite qui faisait profession d'un si grand dévouement pour la cour de Rome aurait dû se ranger du côté du pape contre le roi ; il n'en fut pas ainsi, et il s'entendit, au contraire, avec l'archevêque de Paris, et avec Le Tellier, archevêque de Reims, qui voulaient se venger du pape *.
Ce fut après ce bref qu'eut lieu la saisie du temporel de Tévêque de Ramiers. Innocent, ayant reçu la letti*e et les mémoires du pieux évéque^ écrivit un second bref à Louis XIV. Il lui prouva, avec une parfaite dignité et beaucoup de douceur, qu'on l'avait trompé en lui persuadant qu'il avait droit de régale sur toutes les Églises de son royaume, et que ses prédécesseurs avaient joui de ce droit.
Ce deuxième bref fut aussi inutile que le premier. Innocent écrivit en môme temps à l'évêque de Pamiers pour l'encourager à supporter avec courage les persécutions que lui suscitait son zèle pour Itt défense des droits de son Église ^. Caulet écrivit de nouveau au roi, le 6 juin 1679, pour lui prouver qu'on l'avait trompé ^ur ses prétendus droits, et lui faire connaître les violences exercées contre lui et contre son chapitre. 11 écrivit aussi au P. de La Chaise une lettre énergique, dont voici l'analyse :
« J'ai l'honneur d'être évéque, j'ai donc le droit de vous donner des avis. Il est bien honteux à un chrétien, et surtout à un religieux, de sacrifier à la haine de sa Société les intérêts de l'Église, et de la venger sur la personne d'un évêque et au détriment des droits de l'épiscopat. Qu'est devenu ce quatrième vœu que l'on faity dans votre Compagnie, d'obéir au pape ? Souvenez-vous de ce
1 Mémoires de Tabbé Le Dieu ; Fleur>', noureaux Opuscules. * Vie de M. de Caulet, éréque de Pamiers, Ut. 9.
50 BUTOIIB
que j« vous dis iorsque je vous vis à Park^ et que je trouvai chet vous cette troupe d'ecclésiastiques qui soUicitaient des bénéfices et que vous appeliez vous-même des Uniqu héainiU. Est-ce en suivant les lumières de votre conscience que tous avec donné à ces kmp$ biafUs les bénéfices destinés aux brebis innocentes? Vous n'avez pas laissé à ces hmp$ le temps d'ouvrir la bouche^ et vous leur avez fait espérer^ de vous-même, la sécularisation de mon chapitre, afin de les tranquilliser sur des vœux qu'il leur auroit fallu prononcer. Je crois qu'on ne peut attendre le changement de votre cœur que d'une grâce bien puissante, eu ^ard i la pasâon qui vous porte si violemment à nuire à un évéque qui n'a que le tort de ne pas approuver les maximes de votre Société, et à la crainte qui vous empêche d'éclairer le roi. Permetteft-moi donc au moins de mourir en paix. Aui^ bien, ma vie ne peut maintenait se prolonger longtemps. »
L'évéque de Pamiers était en efiet septuagénaire; mais son grand âge ne l'empêchait pas de lutter avec une fermeté tonte apostolique, et, autant qu'il le pouvait, contre les régaUstes, les tribunaux et les officiers du roi, qui tous avaient des ordres formels de pousser la violence et la persécution aussi loin que possible. Le courageux vieillard ne recevait de consolation que da pape. Le 3 août 1679, Innoc«[it lui écrivait :
a Vos dernières lettres m'ont comblé de joie, car j'y ai reconnu votre zèle pour la pureté de la morale, pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique et pour la défense des droits de l'Église. Je ne cesse de rendre grâces à Dieu de ce qu'en ces temps si déplcH râbles, il a suscité un prêtre fidèle, qui demeure ferme comme un mur d'airain. Je ne doute point que tant de vertu ne soit récompensée de Dieu. »
Ces éloges du pape coûtrariaient les desseins des ennemis de l'évéque de Pamiers. Ils essayèrent de faire croire que le dernier bref était supposé, et qu'il avait été fabriqué par Dorât, envoyé de l'évéque à Rome et Favoriti secrétaire du pape, dont ils faisaient un Janséniste. Ces intentions malveillantes furent bienlêt démenties par un troisième bref solennel, adressé à Louis XIV le 29 décembre 1679. Innocent ne se contenta plus d'y faire au roi des i«HK»ttraiices, mais il eut recours aux menaces, et lui dit ouvertement qu'il saurait avoir recours à la puissance que Dieu lui avait donnée pour faire respecter les droits et les libertés des Églises.
Innocent envoya au cardimd d'Esirée? les itoefs qu'il avait
adressés au roi, et le pria, en même temps, de faire connaître la vérité h ce prince. D'Estrées était l'homme de la paix et de la conciliatioii ; il avait l'estime des deux cours de France et de Rome; dans les misssions délicates qui lui avaient été confiées^ îi avait 80 donner à sa médiation un caractère d'indépendance et d'im* partialité et se concilier la confiance des deux partis. 11 répondit au pape au mois de mai 1680. Il ne lui épargna point les témoignages de soni'respect, mais, en même temps, il lui représenta que le roi faisait un très bon usage des revenus de la régale, soit en les remettant aux nouveaux évéques, soit en les employant à la sub* sistance des Protestants convertis. 11 laissa ensuite apercevoir, avec beaucoup de ménagement, que^ dans ses brefs, le pape avait été un peu trop vif. Le cardinal d'Estrées fut envoyé peu de temps après à Rome, pour négocier la réconciliation du pape et du roi.
Innocent adressa à l'évéque de Pamiersun nouveau bref, daté du 17 juillet 1680. Lorsque ce bref arriva à Pamiers, Caulet n'était plus, depuis environ un mois. 11 mourut comme il avait vécu, c'està-dire en évêque digne des temps apostoliques.
Tand is que l'évéque de Pamiers était sur son lit de mort, les prélats de Ifassemblée du clergé, réunis à Saint-Germain-en-Laye et présidés par Hariai, écrivirent à Louis XIV la lettre suivante, k KoccasicMi de ses discussions avec la cour de Rome * :
«r Sire, j> Nous avons appris, avec un extrême déplaisir, que notre saint Père le pape a écrit un bref à Votre Majesté, par lequel aon-«euiement il l'exhorte à ne pas assujétir quelques-unes de nos ËgUses au droit de régale, mais encore lui déclare qu'il se servira de son autorité si elle ne se soumet aux remontrances paternelles qu'il lui a faites et réitéfées sur œ suget. Nous avons cru, Sire, qu'il étak de notre devoir de ne pas garder le silence dans une occasion aussi importante, où nous soutirons, avec une peine extraordinaire, que l'on menace le fils aîné et le protecteur de l'Église, comijie on a fait, en d'autres rencontres, aux princes qui ont usurpé ses droits. Notre dttseîn n'est pas d'entrer, avec Votre Majesté, dans le fond d'une aflaire sur laquelle les asitemblées qui ont précédé celle-ci Mit iseçu^ en diverses occasions considérables, des marques de votre
» Procès rerbal de rassemblée de 1080, t. v de la Collection gt^nérale.
52 HlSTOl»!
justice et de i^otre piété; mais nous regardons avec douleur cette procédure extraordinaire^ qui^ bien loin de soutenir l'honneur de la religion et la gloire du Saint-Siège, seroit capable de les diminuer et de produire de trè3 méchants effets. 11 n'est que trop constant qu'elle ne serviroit qu'a favoriser la malice de quelques esprits brouillons et séditieux qui, contre les intentions de Sa Sainteté, que nous estimons très bonnes^ voudroient se servir de son nom et de son autorité, comme ils font tous les jours, en faisant courir dans le monde des bruits extravagants contre l'honneur de Votre Majesté et des prélats les plus qualifiés de votre royaume^ pour venger leurs ressentiments particuliers. Ils font même tous leurs efforts pour exciter la mésintelligence entre le sacerdoce et la royauté dans un temps où ils ont plus de sujet que jamais de demeurer parfaitement unis par la protection que vous donnez à la foi, à la discipline ecclésiastique et à l'extirpation des hérésies et des nour veautés. Il nous est bien facile. Sire, étant appuyés de Votre Majesté, de prévenir un mal si pernicieux et si funeste, soit en faisant connoître nos sentiments à Sa Sainteté, sans manquer au respect que nous lui devons, soit en prenant des résolutions proportionnées à la prudence et au zèle des plus grands prélats de l'Église. Nos prédécesseurs ont su, dans de semblables conjonctures, maintenir les libertés de leurs Églises, sans se départir des mesures du respect que leur naissance et leur religion leur ont inspiré pour les rois. Et comme Votre Majesté, Sire, surpasse par son zèle et par son autorité tous ceux qui ont été devant vous, nous sommes si étroitement attachés à elle, que rien n'est capable de nous en séparer. Cette protestation pouvant servir à éluder les vaines entreprises des ennemis du Saint-Siège et de l'Etat, nous la renouvelons à Votre Majesté avec toute la sincérité et toute l'affection qui nous est possible, car il est bon que toute la terre soit informée que nous sav«as comme il faut accorder l'amour que nous portons à la discipline de rÉglise avec la glorieuse qualité que nous voulons conserver à jamais,
j) Sire,
» de vos très humbles, très obéi»'
sants, très iidèles et très obligés
serviteurs et sujets, etc. »
Les assemblées dont parlaient les signataires de cette lettre avaient
toujours maintenu les droits des Églises et protesté contre toutes les
entreprises illégitimes des rois ; il était donc au moins extraordi-
DF: L ÊGL16B DE FB.VNCE. 53
naire d'en l'appeler le souvenir dans une pièce où il n'était question que d'abandonner le pape pour soutenir le roi, confisquant, à son profit, les libertés de plusieurs Églises, et dans laquelle on voyait facilement percer le désir qu'avait Harlai de se venger de ce qu'avait dit le pape, dans ses brefs, de certains conseillers de la cour de France.
Après la mort de l'évéque de Pamiers, le chapitre élut pour vicaires capitulaires, le P. Âubarède et le P. Aecb. Le premier ayant été exilé bientôt après, le chapitre adjoignit au second le P. Gerle et Gharlas, ancien grand-vicaire de Caulet et son confesseur ^ L'archevêque de Toulouse, en qualité de métropolitain, se crut le droit de nommer un vicaire-général pour administrer le diocèee de Pamiers pendant la vacance. Son choix tomba sur un nommé Fortassin, qui fut remplacé, quelque temps après, par Dandaure. Celuici choisit Palarin pour sou promoteur. Les chanoines et les vicaires eapitulaires furent emprisonnés ou obligés de se cacher. Le pape intervint dans ces débats ; il confirma Âubarède et Cerle dans les pouvoirs de vicaires capitulaires, excommunia les régalistes, et reprocha à l'archevêque de Toulouse d'avoir entrepris sur les droits du Saint^iége en leur donnant l'absolution.
Par un bref du 1*^ janvier 1681, Innocent déclara de nouveau solennellement que l'établissement de grands-vicaires par l'arche* véque de Toulouse était nulle, que les actes faits par eux, sans juridiction, étaient de nul efiet, et prononça une sentence d'excommunication contre tous ceux qui n'obéiraient pas à ses ordres. Ce fut ce bref qui donna particulièrement occasion à ce qui fut décidé par l'assemblée de 1682.
Dans le même temps, TaSaire des religieuses de Charonne vint compliquer encore les difficultés qui existaient entre les cours de France et de Rome '. Ces religieuses, chanoinesses-réguUères de
1 Gharlas est auteur de plusieurs ouvrages dans lesquels il professe des principes ullraraontains sur le pour oir des papes. Les excès dont il fut téraoiD, et même victime, lui inspirèrent la pensée d*attaquer le parlementarisme. Gomme il écrivit ses ouvrages à Rome, où il était prot<^gé, il se trouva natureUemeot porté à prendre le parti du pape contre le clergé de France, et à soutenir rUltr.imonUnism}. C*élait un prêtre pieux et digne de la eoutianoe de Caulet. Son ultramontanisme lui a fait trouver grâce aux yeux des ennemis de féeole de Port-Royal, à laquelle il appartient.
• Ellies Du Pin, Hist. Eeol. du xvii.« siècle, t. m ; D*ATrigny, Mémoires chronol., ann. Idél ; Procès-verbal de l'assemblée de 1682.
5i lil^TOIRR
linutitut du B. Pierre Fourier, étaient dans Tusage d'élire leur supérieure tous Jes trois ans. La dernière supérieure élue étant morte^ )e roi nomma, de sa propre autorité, sœur Marie-- Angélique Le Maître, religieuse de Fordre de Saint-Bernard, laquelle fut mise en possession de la supériorité, malgré la communauté, en vertu d'une commission de l'archevêque de Paris, du 8 novembre 1679. Plusieurs religieuses, s'étant opposées à la volonté du roi et de l'archetéque, furent reléguées en d'autres couvents Quelques-unes réussirent à donner avis au pape de ce qui s'était passé. Innocent leur adressa un bref, pour leur ordonner de se réunir et d*élire une supérieure suivant leurs constitutions ^ Elles exécutèrent les ordres du pape et élurent pour supérieure sœur Angélique Levéque. Louis XIV rendit un arrêt en Conseil^ portant défense d'exécuter la prétendue élection, et ordonnant que le bref serait remis entre les mains du procureur-général, pour se pourvoir au Parlement ainsi qu'il apparliendrait. En conséquence intervint uo arrêt de cette cour du 24 septembre 1680, longuement motivé sur les libertés de l'Église gallicane et sur les circonstances qui avaient rendu nécessaires les mesures prises par le roi et par l'archevêque de Paris. En vertu de cet arrêt, le bref dut être considéré comme non avenu. Innocent XI condamna, par une bulle datée du 18 décembre, l'arrêt du Parlement, et celui-ci, le 24 janvier 1681, supprima la bulle du pape.
La situation se compliquait ainsi de plus en plus ; et les deux cours, ne gardant plus aucun ménagement vis--à-vis l'une de l'autre, tombaient en des exagérations déplorables. Dans ces circonstances, Louis XIV réunit à Paris dix archevêques et quarante évêques, poiu* avoir leur avis sur plusieurs questions importantes *. Il kur proposa huit questions, qui se réduisent à ces points :
Que doit-on penser du droit de régale? Appartient-il au pape d'en juger? Dans le cas où ce droit lui appartiendrait, doit-il rendre son jugement à Rome, ou par des juges commis sur les lieux ? Si son droit est litigieux, n'appartient-il pas aux évêques de se poser en médiateurs entre lui et le roi, pour éviter les scandales et les désordres ?
1 Bref aux religieuses de Gharonne, du 7 août i680< • Procès- verbnl de rassemblée de 1681.
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Les éiréques devaient^ pqur répondre à ces qpie»tionsj discuter retendue de la paissaxiee pontificale sur les choses temporelles.
L'assemblée fut présidée par François de Harlai^ archevêque de Paris. Elle tint quatre séances, la première, le 19 de mars 1681 ; les suivantes, les 1, 2 et 7 de mai.
Dans la première, elle entendit un mémoire de l'abbé de Bezons, •gent génâral du clergé, contenant des plaintes de ce qui avait été &it, depuis six mois, en cour de Rome, contre la disposition des canons, les libertés de l'Église gallicane et les lois du royaume. L'abbé Desmarets, autre Agent du clergé, prit la parole après l'abbé de Beioas, et fit observer à rassemblée que le pape, au lieu d'agir comme il l'avait fait contre le roi, aurait dft reconnaître, par une conduite toute contraire, ce que ce prince faisait pour la religion catholique, en cherchant, par tous les moyens, à détruire les hérésies et à propager la vraie foi. 11 dit, en particulier : « qu'un nombre presque infini de temples abattus, d'exercices de la religion prétendue réformée inteidits, d'hérétiques convertis, de prédicateurs de l'Évangile envoyés dans les parties de la terre les plus éloignées, et aux nations du monde qui ont le moins de connoiscance de notre sainte religion : ces missions soutenues par la libéralité de ce grand prince; le soin qu'il a toujours pris d'étouffer toutes nouveautés dans leur naissance; enfin, tant d'autres actions connues de toute la terre (et dont une seule suffisoit autrefois pour faire l'éloge des princes les plus reUgieux) étoient autant de témoignages publics de sa piété, dont l'Eglise ne pouvoit assez lui marquer sa reconnaissance, et qui lui attireroient éternellement le re^>ect et la vénération de tous les peuples chrétiens. »
Après ce discours, Harlai prit la parole et demanda les avis de l'assemblée*
On lit, à ce siqet, dans le procès-verbal : a Dans les avis, chacun a témoigné que le clergé de France, ayant toujours conservé un grand respect pour le Saint-Siège, une fidélité inviolable au roi, une fermeté inébranlable pour la conservation des droits et des libertés de l'Église gallicane,. U falloit demeurer dans cet esprit, qui avoit rendu l'Église de France si auguste. »
Une commission fut ensuite nommée pour examiner les questions dont l'assemblée avait à s'occuper et en faire un rapport. Cette commission fut composée des archevêques de Reims, d'Embrun et d'Alby ; des évoques de la Rochelle, d'Autun et de Troyes. Ces commissaires se réunirent plusieurs fois chez rarchevéque de
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Paris, et^ le premier mai^ Farchevéque de Reims fit connaître a l'assemblée le résultat de leurs délibérations. Voici les considéra» tions générales par lesquelles il commença son discours :
a Messeigneurs^ nous n'avons pu lire les trois brefs que le pape a écrits au roi sur la régale^ sans être étonnés de l'aigreur qui y est répandue S et sans admirer la modération avec laquelle Sa Majesté les a reçus. Après les avoir bien examinés et avoir fait des réflexions très sérieuses sur la chaleur avec laquelle on a engagé Sa Sainteté dans cette affaire, nous sommes demeurés persuadés que notre caractère et notre naissance nous obligent indispensablement à employer tout ce qui dépendra de nous pour prévenir les suites de cette contestation, qui ne peuvent être que fort dangereuses. C'est pour cela qu'avant que d'examiner la matière qui a attiré ces brefs, c'est-à-dire les deux nouvelles déclarations du roi (du 10 février 1673, H avril 1675) sur la régale, je crois devoir vous faire part des réflexions que j'ai entendu faire à messeigneurs vos commissaires, sur la manière dont ces brefs sont écrits.
f) Celui qui les a composés ' ne peut pas ignorer à quel point le roi a porté sa puissance; et cette seule considération l'auroit dû obliger à se modérer, quand il les a écrits ; mais il ne sait pas sans doute que Sa Majesté ne l'emploie jamais plus volontiers que lorsqu'elle trouve des occasions de donner des marques publiques de son zèle pour la religion. Si ceux qui ont l'honneur d'approcher le pape savoient comme nous que le roi nous accorde toujours sa protection quand nous y avons recours pour le bien de nos diocèses; qu'il prévient souvent les justes demandes que nous lui pourrions faire et qu'on faisoit autrefois inutilement pour les affaires générales de l'Église; qu'il s'applique de lui-même à ruiner l'hérésie dans ses États avec tant de succès, qu'on peut croire sans se flatter, que si Dieu nous conserve ce grand prince aussi longtemps que tous les gens de bien le doivent désirer, il achèvera d'étouffer ce monstre dans son royaume : s'ils étoient, dis-je, bien informés de c**lte heureuse situation de l'Église de France, ces trois brefs que vous avez lus, n'auroient pas été conçus en des termes si forts et si durs; le dernier ne donneroit pas à entendre à toute la chrétienté que le
1 II n'y eut d'aigreur dans aucun des trois brefs. Les deux premiers contenaient des observations très justes; seulement, dans le troisième» le papo allait jusqu'aux menaces.
s Oo affectait de ne pas en regarder le pape coq[\me auteur.
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pape croit le roi capable d'abuser de la grandeur de sa puissance contre le chef de l'Église ; et il ne seroit pas plein de menaces dont les anciens papes ne se sont pas même servis quand ils ont cru être obligés à défendre l'Église contre des princes qui étoient entièrement opposés à sa doctrine , et qui s'élevoient avec toute leur autorité contre les décisi(»is des conciles.
» Ce qui nous a loucbés davantage dans cette occasion est que ces brefs s'étant répandus dans toute l'Europe^ où l'on a affecté de les public les étrangers jaloux de la gloire du roi et de ses prospérités croiront volontiers qu'il se sert de son autorité pour affaiblir DOS droits et nos privilèges : quand la postérité même verra le fils aine de TËglise, qui a fait la loi à toute l'Europe conjurée couu*e iaî, menacé dans les brefs du plus grand malheur qu? lui puisse airiver^ par un pape aussi digne de l'être que celui que nous avons^ elle demeurera persuadée que ce grand roi aura imposé sur le dei^é uae servitude insupportable^ et qu'ayant fait naître des scandales dans le sanctuaire^ il se sera attiré, avec un présage si affreux, ces terribles paroles : cum ChristOy non nobiscum^ tîbi negoUum erit in posierum ^ Quoique ces fausses idées soient clairement conbattues par la conduite que Sa Majesté lient dans les affaires de l'Église y elles pourront néanmoins séduire les esprits faibles, et faire des impressions dangereuses, si nous ne marquons publiquement la douleur que nous avons de voir traiter dans tout le monde, comme un usurpateur des droits de l'Église, un prince qui n'a jamais refusé sa protection à ses pasteurs, et qui nous donne sur cela tous les jours de nodveaux sujets de le remercier et de l'admirer.
» Je sais bien que c'est un père qui écrit à son fils; que c'est le chef de tous les évéquesqui a prétendu défendre la liberté de quelques Églif^s de France, qu'on lui a représentées comme assujetties à des servitudes nouvelles et dangereuses; et que, dans cette vue, 0 seroit de notre devoir de remercier Sa Sainteté des oftices qu'elle a voulu rendre aux Églises des quatre provinces, si ses brefs n'avoient plutôt l'air de monitions canoniques, que de remontrances paternelles : je sais que le pape se plaint par le dernier, qu'on n'avoit pas fait de réponse au second ; qu'on n'avoit point égard à ses prières ni à ses exhortations : nous n'ignorons pas que Sa Sainteté étoit accablée de lettres qui étoient fabriquées à Rome par les gens de feu M. de Pamiers qui , abusant de sa facilité , avoient porté avec
* « Ce n'est pas à nous, mais au Christ, que vous aurez affaire dans Ta venir. »
oR HlftTOtRI
eux des blancs signés de ce prélat *. Ces séditieux n'avolent garde de représenter au pape , comme des gens de bien Tauroient fait à leur place ^ que le roi n'avoit été quelque temps sans lui faire ré* ponse que parce qu'il avoit de la peine à se résoudre à en faire une qui ne pouvoit être agréable à Sa Sainteté ; ils aimoient mieux met<* tre tout en œuvre pour réchauffer sur cette matière ; ils employoient toutes choses pour porter les affaires à la dernière extrémité. Ils n'ont pas même rougi de représenter à Sa Sainteté l'usage de la régale^ que les conciles et les papes avoient approuvée en plusieurs occasions^ comme un monstre et comme une espèce d'hérésie capable de ruiner dans l'Ëglise de France toute la pureté de la reli* gion. Ces esprits violents n'ont pas épargné l'artifice et te mensonge; ils ont fait des propositions horribles que le pape a toujours rejeiées; et ils ont tenu cette conduite dans l'espérance que la vérité né dissiperoit jamais les nuages dont ils tftchoient d'envelopper cette affaire auprès de Sa Sainteté. JRomam cum mendaciorum êuorum tnercô^ navigaverunt , disoit autrefois saint Gyprien^ quoêi veriioê po8t eos navigare non possei, quœ mendaces linguoê rei certâprolaiione convinceret *.
x> Je ne puis ici m'empécher, Messeigueurs^ de vous faire remarquer le tort que ces Français dénaturés ont osé faire an clergé de France^ en faisant entendre au pape que les plus grands et les plus zélés prélats du royaume parloient à Sa Sainteté parla bouche de M. de Pamiers^ quoique^ pour éviter de se commettre^ ils se contentasst^nt de faire des protestations et des diligences secrète'^ pour implorer la protection du Saint-Siège.* Ce sont les propres termes^ que j'ai extraits d'un Mémoire qu'on a donné à tous les cardinaux qui sont présentement à Rome^ depuis que M. le cardinal d'Estrées y est arrivé. Sa Sainteté s'étoit expliquée dans le même sens, par son troisième bref. Peut-elle croire, sans nous faire une injure extrême, que le nombre de ces prélats qu'elle traite de viri fortes et divinœ legis ac liberiaiis ecclesiasîicœ zdaîoreê * se réduit à deux ou trois de nos confrères, auxquels on impute sur cela une
* Ce que nous avons rapporté suffit pour que Ton appréoie une pareille assertion. '
s « Ils naviguèrent vers Borne avec la marchandise de leurs mensonges, comme si la vérilé n*avait pas pu naviguer après eux pour convaincie leurs langues pleines d*impostures, par des rapports certains. »
* « Hommes forts et zélés pour la loi de Dieu et la liberté ecelésiastique. v
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ooûdmte dont je ne les accuse pas^ parce que je les estime trop pour Tooloir même les en soupçonner?
» Cette conduite seroit assurément insoutenable ; car si ces prélats étoient persuadés, comme on Ta supposé à 8a Sainteté, qu'un évè> que des quatre provinces ne pouvoit pas obéir aux déclarations de 1673 et d^ 1675 sans manquer à son devoir, les auroient-ils dû exécuter? et, s'y étant publiquement soumis^ s'ils s'étoient contentés de faire des protestations secrètes, mériteroient-ils d'être appelés par le pape f>iri fortes ? Ne pourrois-je pas leur appliquer avec plus de fondement ces paroles de saint Gyprien : Fallaees in txmuuUme prœstigios queritin; nom qui vult videri propogitis féieiis saiisfacere, hoc ipsojàm parûit quod tideri panmse se toluit *, Si la résistance de M. de Pamiers avoit réveillé leur zèle, anroient-ils dû s'entretenir à n'écrire qu'en cachette? N'étoient-iis pas obligés de réparer leur faute prétendue eu se joignant généreusement à ce prélat pour défendre la liberté commune de leurs %lises, quand ils ne l'auroient fait que pour éviter par là les re- IMToehes qu'on leur pourroit faire présentement, de n'être entrés dans cette affaire que par un esprit de cabale, qui est plus criminel dans un évêque que dans tout le reste des sujets du roi ?
9 Les Églises des quatre provinces sont gouvernées par des prélats considérables et distingués par leur vertu et leur capacité, dont quelqueft-uns le sont même par la pourpre du cardinalat* ; ils ont tous, à l'exception de M. de Pamiers, exécuté les déclarations; parce qu'ayant tout pesé au poids du sanctuaire, ils ont cru que les
* a Vous n'alléguez que de vaincs excuses; car celui qui veut paraflre avoir obtempéré aux édits a obéi par là môme à ce qu'il a voulu paraître obéir. » *
Les reproches adressés à ces évéques peuvent êtres justes; mais ils étonnent dans la bouche d'un prélat qui était prêt à tout sacrifier au roi dont il était le serviie couriisau.
* Allusion au cardinal de Bonz}% archevêque de Narbonne. D*Ague&«eau (Discours sur la vie et la mort de M. D'Aguesseau, son père),
parle ainsi de ce prélat :
« Le cardinal' de Bonzy était d'un caractère doux en apparence, mais non pas facile h manier. Né avec lotU Vesprit (fun lialien, et toutps les grâces d'un Français... , le roi avait de grands égards pour ce cardinal; il remplissait la charge de grand aumônier de la mue. »
D'Aguesseau en parle en outre comme d'un homme du monde qui se plaisait dans une sociéié déplaisirs et dans un cercle dP amusements.
On peut croire qu'un tel prélat, comme tant d'autres du mémo genre qui vivaient alors, prenait nn tout autre poids que celui du sanctuaire, pour décider ce qu'il avait h faire, lorsque le roi voulait.
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gens sages dévoient obéir dans cette occasion^ étant persuadés^ avec Hincmar^ mon prédécesseur^ esse a ialibus absiinendum unde inier episcopalem aucioriiatem et regalem poiesiautm^ inter eccïestam et rempublicam tantutn scandalum posait oriri^ guod facile ac sine dispendio religioniSy vel detrimento rerum ecdesimticarum postea non possit sedari K Les évéques qui remplissent lessiéges des Églises qui sont sans contestation sujets à la régale, ont approuvé leur conduite ; mais nous avions été persuadés que si leur condescendance eût été criminelle, fwn defaissent, pour me servir encore une fois des termes du troisième bref^ viri fortes et divinœ ac Hbertatis ecclesiasticœ zelatores, qui auroient pris le parti de FÉglise avec une fermeté vraiment épiscopale, et ils en auroieni défendu les droits d'une manière qui auroit fait voir, que nous ne méritons pas le reproche qu'on nous fait^ d'avoir eu, dans cette occasion, une lâche complaisance, qui nous rendroit d'autant plus coupables, que nous avons un roi si juste et si religieux, qu'il n'exige rien de nous contre notre devoir, et qu'il mépriseroit même ceux de notre ordre qui seroient capables de manquer à la moindre de leurs obligations.
}) Le pape étoit sans doute prévenu des impressions que ces esprits emportés dont je viens de vous parier^ lui avoient données, lorsqu'il commanda qu'on dressât son troisième bref. Ceux qui ont exécuté sur cela les ordres de Sa Sainteté oubliant qu'ils alloient faire parler un pape, aussi distingué du reste des hommes, par ses grandes vertus que par sa haute dignité^ et animés du même esprit qui conduisoit ceux qui travailloient sous Adrien second^ dans le temps du grand différend que ce pape eut avec Charles-le- Chauve^ ont rempli ce bref d'aigreur, en se servant d'expressions éloignées de la modération naturelle de Sa Sainteté, parce qu'ils ne savent pas sanctam sedem cum modestie et discretione corripere et salubriter corrigerez secundum uniuscujusque personam et ordinem, solitam semper fuisse^; mais, dès que le pape sera pleine-
> 0 II faut B*abstenir de cas choses qui peuvent donner naissance à des conflits entre rautorilé épiscopale et le pouvoir royal» enire FÉglise et TÉtat , lesquels conflits ne peuvent être ensuite apaisés Eans dommage pour la religion et pour les choses ecclésiastiques. »
S*il faut j)*ab8(enir de semblables luîtes, s*ensuit-il quHl faille sacrifier la liberté de TÉgliso au pouvoir royal ?
* ff Que le Saint-Siège a l'habitude de reprendre avec modestie et discréiion, et corriger d*une manière salutaire, selon la qualité et la dignité de chacun. »
DE L'ittLfSE DE FRiNCE. 61
ment instruit de la conduite et des intérêts du roi, par M. le cardinal d'Estrées^ qu'on aura découvert et dissipé tous les artifices dont OD s'est servi pour lui dérober la connoissance de ce qui se passoit dans le royaume, qu'on lui aura fait voir que Tusage de la régale n'est pas onéreux aux Eglises qui y sont assujetties depuis plusieurs siècles, qu'il ne consultera que son cœur plein d'estime el de tendresse pour le roi et qu'il voudra bien se souvenir que les affaires de TEurope sont en tel état qu'il ne peut espérer que de ce grand prince tout le secours qui lui est nécessaire pour l'exécution des grands desseins qu'il forme en faveur de l^Ëglise, au bien de laquelle nous voyons avec admiration que, sans écouter la chair ni le sang, il consacre, avec un zèle infatigable, tous les précieux moments de son pontificat ; il y a lieu d'espérer que 8a Sainteté, animée par Texemple d'Adrien second, écrira au roi dans les mêmes termes dont ce pape se servit en écrivant à Gharles-le- Chauve, pour réparer la blessure que ce prince prétendoit avoir reçue par les lettres de ce souverain pontife. »
Ce réquisitoire contre un pape qui donnait (lu monde l'exemple de toute» les vertus apostoliques était, il faut l'avouer, plus digne d'an politique et d'un courtisan que d'un évéque; le fils du chan* celier de France y paraissait beaucoup plus que l'archevêque de Reims.
Quoi qn en dit Le Tellier, on était très convaincu que la plupart des évêques des provinces exemptes de la régale n'avaient subi qu avec peine le joug qu'on leur avait imposé ; que, s'ils s'étaient adressés secrètement au pape, c'était par suite d'une pusillanimité qui n'est certes pas excusable en des évêques, mais que l'on comprend facilement en considérant les choses d'une manière humaine; tous pensaient comme le vénérable évéque de Pamiers, mais tons n'étaient pas doués de cette énergie apostolique, de ce désintéressemeut qui distinguaient ce vertueux prélat. Quant aux émissaires de l'évêque de Pamiers, si maltraités par l'archevêque de Reims, nous avons vu qui ils étaient. En bon diplomate. Le Tellier ne voulait point attaquer le pape ; il n'osait invectiver contre le vénérable évéque qui venait de mourir à Pamiers en odeur de sainteté ; il lui fallait cependant un moyen de se venger des paroles peu flatteuses d'Innocent pour les évêques courtisans dont il faisait partie, et qui trompaient Louis XIV en lui exagérant ses droits ; tel est le motif transparent qui guidait l'archevêque de Reims dans ses considérations £:énérales.
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Dans la suite de son discours^ il traita de la régale et s'efforça d'établir> sur les monuments anciens^ les droits que réclamait le roi. U osa blâmer^ en passant, les efforts que faisait Innocent Xi pour la réforme si nécessaire de TÉglise, en rétablissant l'ancienne discipline. U dit^ avec un ton où l'ironie perce à travers un respect apparent :
« Nous ne pouvons trop admirer le zèle vraiment apostolique avec lequel Sa Sainteté travaille à rétablir l'ancienne discipline de l'Église : elle nous donne même un grand exemple, duquel nous devons essayer de profiter pour la réforme de nos diocèses. Nous ne devons pourtant pas prétendre de renouveler tous les anciens canons, ni attendre un si grand bien des saintes intentions du pape; car si Sa Sainteté i'entreprenoit, tout ce qu'elle pourroit faire pour cela se réduiroit^ selon la pensée de saint Augustin, à des efforts très dangereux. »
L'archevêque de Reims avait plus d'une raison de regarder comme intempestive la discipline de Nîcée, de Chalcédoine, et même des conciles de Latran et de Trente ; Innocent XI, dont la vie était conforme à cette vénérable discipline, ne voyait pas d'inconvénient à travailler à la faire revivre, du moins pour ses principales dispositions. Si tous les évêques eussent été animés d'inten* tions aussi pures et aussi désintéressées que le pape, la tâche n'au-: rait pas été aussi difficile que le pensait l'archevêque de Reims.
Après avoir traité de la régale. Le Tellier discuta, dans le reste de son rapport, les brefs du pape, soit pour l'affaire de la régale, soit pour celle des religieuses de Charonne, et émit un avis défavorable parce qu'ils contenaient des principes contraires aux libertés de l'Eglise gallicane. Ses conclusions furent : que les évéques devaient demander au roi de convoquer un concile national ou une assemblée générale du clergé, pour prendre une détermination plus imposante que celle qui pourrait être adoptée par une réunion particulière, comme celle qui avait lieu.
Les commissaires parlèrent après l'archevêque de Reims et dans le même sens.
Le 2 mai, les membres de l'assemUée opinèrent et se rangèrent unanimement à l'avis de la commission ^ Le procès-verbal de l'assemblée fut signé le 7 du même mois.
^ Cette assemblée prit le parti de Gerbais, qui avait fait, en faveur des pf incipes du clergé de France sur les causes des évéciues, un ouvrage qui avait été
DB l'ÉGU6B m FHAHCK. tt
Ce Alt oonfonnénient à cet am que le roi convoqua la fameuse assemblée de 1083. .
— Il «st nommé éTéqae de Heaiii. — Son opinion toocluat la question de ta aégaie. — Ses craintes mêlées d'espérance sur rassemblée de 168S. — llUJt te sermon d'ouverture. — Appréciation de ce discours par Bossuet lui-même.— Mclaratkm de rassemblée touchant la Régale. — Bref d'innocent XI en réponse à eette déclaration. — Déclaration de l'assemblée sur la puissance ecclésiastique. — Lettre à tous les évéques de France. — Édit de Louis XIV concernant la déclaration du clergé. — Opinion d'Arnauld sur les quatre articles. — Opinion des Facultés de Louvain et de Doeai, des Jésuites, des Carmes, de la Sorbonne — Elle condamne la censure de l'archevêque de Strigonie. — Gomment la déclaration est appréciée à Rome. — Le pape reHise les bulles aux ecclésiastiques qui ont assisté A l'assemblée de MIS. — Assemblée de MK». — État des Prolestmts en France dc^puis la prise de La Rochelle. — Requête de rassemblée contre les Protestants.— Révocation de Tédlt de Nantes.— Nouveaux différends entre les cours de France et de Rome A propos des franchises des ambas- SMleors. — Réquisitoire de Tal<m. — Appel au Aitur oonoile. — Question de la non>nécessité d^ l'institution canonique par le pape. — Lutte des Jésuites et de l'archevêque de Reims an sujet de la confession pascale. — Question de la moiale nUchée. •- Censure dlBBOoeut XI. — Pioiet de l'assemblée de leSi A ce SMiet. — Mort ti'bmocent XI.
Bossorr assista à rassemblée de 1681 et fui nommé alors à l'évêché de Meaux *. Ce grand homme^ profondément pénétré de l'importance et de la difficulté des devoirs attachés à la charge épiscopale^ s'était toujours proposé^ dans le cas où il de^Tait prendre le
esnmvé par W pape quelques mois imparavaRt ; on tbéologies, nommé Oavîd, y iai déâoBoé pour avoir aonlenu 4es principes ooutraires à ceux de Gerbais, dans un Uvre sur la môme matière. Oavid se hâta de prévenir la censure du clergé, en déposant nne déclaration conforme à la doctrine de l'Église gallicane. ^ En fête du procès-verbal , on lui donne les titres de : ancifn évéque de CwtÊom, ei-éeitmi précepteur de mûMeignew le d&uphin «f premier €mmêeùer de madamie ia dmphim. Dans sa Kigaatore, il ppend le tilre de : ancien évéque de Condom, nommé à-i'évéché de Meaux, Il ftit, en efîfet, nommé le 2 mai i681. Innocent XI lui envoya ses bulles au mois d'octobre, en lui faisant remise de la moitié de la 4axe. Bossuet Ten renereia par une lettre pleine des sentiments les plus respectueux pour le Saint-Siège.
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gouvernemenl d'une Église» d'aller se former pendant un certain temps à ses fonctions, sous les yeux de Félix Yialarty évéque de Chàlons. Ce prélat passait, à juste titre, pour un des plus saints et des plus grands évoques de son temps. Les Jésuites l'ont calomnié, parce que, comme les autres grands évéques de cette époque , il combattit leurs mauvaises doctrines ; mais sa sagesse et ses vertus ne lui en ont pas moins acquis la réputation d'un saint et d'un évéque vraiment apostolique.
Félix Vialart était mort depuis un an environ lorsque fiossuet fut nommé évéque de Meaux. Ce fut alors vers la Trappe que le nouvel évéque tourna les yeux, et il l'écrivit en ces termes à son ami, l'abbé de Rancé ':
tt La promesse que vous me faites de prier Dieu pour moi m'est un grand soutien ; mais vous n'en serez pas quitte pour cela.
» Il y a dix ans que j'eus dans l'esprit que si Dieu me remettait en charge dans son Église, j'aurais deux choses à faire : l'une, d'aller passer quelque temps en action avec feu M. de Châlons, lautre, d'aller aussi passer quelque temps en oraison avec vous. Dieu m'a privé du premier par la mort de ce saint prélat; je vous prie de ne pas me refuser l'autre; et comme j*ai des raisons pour aller en Normandie, ce voyage couvrira celui de la Trappe. Il n'y aura que le roi seul à qui il faudra le dire , et qui, très certainement, le prendra bien. »
L'abbé de Hancé, converti et formé à la piété par Nicolas Pavillon, évéque d'AIeth, passait, chez les Jésuites, pour un adepte du Jansénisme. C'est pourquoi Bossuet devait prendre certaines précautions pour aller visiter son ami et prier avec lui.
Bossuet ne put exécuter son dessein d'aller à la Trappe se préparer aux fonctions épiscopales. Au mois de septembre 1681, il écrivait à Tabbé de Rancé * :
c< Je crains d*étre privé, pour cette année, de la consolation que j'espérais. L'assemblée du clergé se va tenir, et non-seulement on veut que j'en sois, mais encore que je fasse le sermon de louverture. H ne me reste plus qu'un peu d'espérance : je pourrai peut-être échapper douze ou quinze jours si ce sermon se remet, comme on le dit, au mois de novembre, (juoi qu'il en soit. Monsieur, si je ne puis aller prier avec vous, priez du moins pour moi ; l'alfaire
* Bossuet, Lettre 79.* à Pabbë de Rancé. Ifrfd., Lotire I6.«
1>B L EGLISB DE FRANCE. 65
est importante et digne de vos soins. Vous savez ce que c'est que les assemblées du clergé, e't quel esprit y domine ordinairement. Je vois certaines dispositions qui me font un peu espérer de celle-ci, mais je n'ose me fier à ces espérances, et, en vérité, elles ne sont pas sans beaucoup de craintes. »
Ces craintes mêlées d'espérances touchant la future assemblée ne quittaient pas son esprit. Il écrivait à Tévêque de Castories * : «Permettez-nous de recommander à vos prières notre Église gallicane, qui s'assemblera bientôt par l'ordre du roi, afin que Dieu nous accorde de n'avoir que des vues de paix et de guérir le?» plaies de l'Église, au lieu d'en accroître le nombre. J'espère qu'il en sera ainsi; cependant mon espérance n'est pas sans un mélange de crainte, b
Il écrivait, à la même époque, au docteur Dirois, attaché, eu qualité de théologien, au cardinal d'Ëstrées, chargé des aOairea religieuses de France à Rome • :
« 11 y a quelque apparence que je pourrai être de l'assemblée. Vous pouvez me mander conQdemment vos vues, persuadé que TOUS saurez considérer ce qui convient à des évêques. De notre part, nous devons entrer dans l'esprit de la négociation qui est entamée. J'aurai encore le loisir d'apprendre vos sentiments avant qu'on fasse rien de considérable. Je voudrois bien être un quart d'heure avec Monseigneur le cardinal, et un autre quart d'heure avec vous ; nous aurions bientôt posé les principes. Il me paroit qu'on ira avec une bonne intention d'avancer ou faciliter l'accommodement; mais il faut être sur les lieux pour bien juger des moyens. »
Bossuet fut élu député par la province de Paris.
Avant de commencer le récit de ce que lit cette célèbre assemblée, nous croyons utile de citer ces paroles du préambule historique qui se trouve en tête du procès-verbal ' :
<c L'assemblée de 1682 formera une époque mémorable à jamais dans l'histoire de notre Église gallicane. Elle fut principalement convoquée au sujet des troubles excités à l'occasion de la régale. On ne voyoit, d'un côté qu'excommunications lancées pour soute-
1 Boesaet, Lettre ^« ad Episcop. Castor.
* Bo6saet, Lettre S4.e au D' Dirois.
* Préambule du procès-verbal de l'assemblée de ldR2, t. r de la C'>rertion générale.
M BISTOiM
qir> di&oit-on> la défiDition d'un concile général ' ; el de l'autre « que proficriptioQS de biens, exils, emprisonnements, condamnations même à la mort, pour soutenir, à ce que l'on prétendoit, les droits de la couronne. La plus grande confusion régnoit surtout dans le diocèse de Pamiers ; tout le chapitre étoit dissipé, plus de quatre*» vingts curés emprisomiés, exilés ou forcés de se cacher; on voyoit grand-vicaire contre grand-vicaire, le si^e vacant. Le P. Cerle^ grand-vicaire nommé par le chapitre % fut condamné à la mort par le parlement de Toulouse. L'assemblée se proposa de remédier à de si grands maux. »
Une chose singulière, que Ton a remarquée avec raison dans ces discussions célèbres, c'est que le pape se déclara ouvertement pour ceux que l'on voulait faire condamner à Rome, comme hérétiques, peu de temps auparavant, et que « les Jésuites furent loués et protégés par le Parlement '• j»
a Le P. de la Chaise ^, chargé de la feuille des bénéfices, et les Jésuites, ses confrères, passoient pour être les principaux promoteurs de la régale : ils en vouloient, dit-on, de longue-main à Messeigneurs d'Aleth et de Pamiers; ils connoissoient leur roideur à défendre les droits de leurs Églises; ils firent exiger de l'un, au bout de trente-six ans, et de l'autre, au bout de trente-deux ans d'épiscopat, de foire clore la régale * dans leurs diocèses, qui n'y avoitjwmi été ouverte, puisque, avant la déclaration de 1673> il n'avoit pas été question de régale dans leurs provinces, a
L'assemblée s'ouvrit le 30 octobre 1681 '. La messe solennelle du Saint-Esprit fut dite le 9 novembre, dans l'église des Grands-Augustius de Paris, et Bossuet y fit le sermon ''. Dans cet éloquent dls-
* Le coocUe général de LyoOi qui avait proscrit la fégsle,
* Bl cQofinné par le pape.
s Préambule, etc., lùc* cil.
*/Wd.
* Les évèques nommés faisaient clore la régale en déposant leor serment de âdélité.
* Procès-Terbal de rassemblée de I691-S2, au t. ▼ de la Collection générale. On appelle cette assemblée de 1683, parée que ce no fat qu*au mois de mais de cette année qu^elle adopta les quatre fameux articles. ^
"^ Sermon prêché à Touverture do rassemblée générale du clergé de France, et imprimé par ordre de la même a88end>lée. Paris, Frédéric Léonard, impiimeur ordinaire du roi et du clergé de France, etc., 1682, 73 pages in-4.o. Ce sermon fut imprimé pendant le mois de déœmhie 1681, et publié seulemeat au commencement de l6B2.
DB LÊGLIftC DE FRANCE. 67
eaun, Tévéque de Meaux fut guidé par cet amour de la paix qu^il laissait apercevoir dans sa correspondance intime. Il pensait qu'on ne pouvait y arriver que par des concessions réciproques des deux puissances; voilà pourquoi^ d'un cAté, il plaida si éloquemment la cause de l'unité de l'Église^ dont le Saint--Siége est le centre^ et de l'antre^ ceUe de la doctrine de l'Église de France sur la nature de l'autorité épiscopaie et l'indépendance du pouvoir temporel.
Bossue! a expliqué lui-môme au cardinal d'Estrées le but qu'Use proposa dans son sermon. La lettre qu'il écrivit à ce prélat appartient tout entière à l'histoire ; elle est ainsi conçue * :
c J'envoie^ Monseigneur, à Votre Éminenceie sermon de l'ouverture sortant de dessous la presse, et avant qu'il soit publié. Je suis bien aise que Votre Éminence le lise avant qu'il ait été lu à Rome^ et qu'elle soit instruite de tout. Je suis fâché de ne m'étre pas avisé de l'envoyer manuscrit; mais j'avoue que cela ne m'est pas venu dans la pensée, et qu'en général, je ne m'avise guère de croire que de telles choses méritent d'être envoyées à des personnes de votre importance.
9 Afin que vous soyez instruit de tout le fait, je lus le sermon à M. de Paris et à M. de Reims deux jours avant que de le prononcer. On demeura d'accord qu'il n'y avoit rien à changer. Je le prononçai de mot à mot comme il avoit été lu. On a souhaité depuis de le revoir en particulier, avec plus de soin, afin d'aller en tout avec maturité. Il fut relu à MM. de Paris, de Reims, de Tournai, pour le premier ordre ; et pour le second, à M. l'abbé de Siint-Luc et à MM. Goquelin, chancelier de Notre-Dame, Gourder, théologal, et Faure. On alla jusqu'à la chicane, et il passa tout d'une voix qu'on n'y cbangeroit pas une syllabe. Quelqu'un * dit seule-
* Boasuel, Lettre 91 .• an cardinal ifEstrées.
* Toloi œ que dit l*abM Le Dien dans ses Mémoirei sur las eMetmif qui fureni laites à Bossuet touchant son discoufs :
c Monsieur de Paris en eut de la jalouaie (du succès du discours) : il se plaignit que Torateur ne lui avait pas adressé la parole en particulier, étant dans son diocèse. Les évêques 8*en moquèrent, et soutinrent le procédé de M. de Meaux qui avait salué ensemble le corps de Tépiscopat.
9 L*archevéque chicana sur la doctrine du discours, qu*il trouvait trop favorable à Rome, n en fallut venir à une explication devant le roi, qui fut persuadé des raisons du prédicateur. Le sermon fut approuvé à Rome par le mi* nistère du cardinal d^Estrées ; rassemblée Tapprouva encore davantage à Paris; et, par délibération, M. de Meaux fîit prié de le faire imprimer. »
68 HIïiTOlBK
nient^ à Tendroit que vous trouverez^ page 45 S où il s'agit d'un passage de Gharlemagne, qu'il ne falloit pas dire comme il y avoit: plutôt que de rompre avec elle: mais : plutôt que de rompre avec VÉylise. Je refusai ce parti comme introduisant une espèce de dî« vision entre l'Élise romaine et l'Église en général. Tous furent de mon avis^ et même celui qui avoit fait la difficulté. La chose fut remuée depuis par le méme^ qui disoit que le mot de rompre disoit trop. Vous savez qu'on ne veut pas toujours se dédire. Je proposai^ au lieu de : rompre, de mettre : rompre la communion^ ce qui étoit^ comme vous voyez^ la même chose : la difficulté cessa H l'instant. Le roi a voulu ^oir le sermon; Sa Majesté l'a lu tout entier avec beaucoup d'attention , et m'a fait l'honneur de me dire qu'elle en étoit très contente et qu*il le falloit imprimer. L'assemblée m'a ordonné de le faire, et j'ai obéi.
» J'ai fait cette histoire à Votre Eminence parce que le bruit qui s'est répandu qu*on trouvoit de la diniculté sur le sermon pourroit avoir été jusqu'à elle, et qu'il faut qu elle soit instruite qu'il n'y a de difficulté que celle-là, qui n'en est pas une. 11 y a eu certains autres petits incidents, mais qui ne sont rien et qui ne valent pas la peine d'être écrits à Votre Eminence. En revoyant tout à l'heure l'endroit du sermon que je viens de citer, je remarque qu'on a mis en italique quelque chose qui n'y doit pas être; et je ferai faire un carton pour le corriger, aûn que tout soit exact.
» Pour \'enir maintenant un peu au fond, je dirai à Votre Eminence que je fus indispensablement obligé de parler des libertés de rËglise gallicane : on voit bien à quoi cela m'engageoit, et je me proposai deux choses : Tune, de le faire sans aucune diminution de la grandeur du Saint-Siège ; l'autre, de les expliquer do la manière que les entendent les évéques et non pas de la manière que les entendent les magistrats. Après cela, je n'ai rien il dire à Votre Eminence : elle jugera elle-même si j'ai gardé les tempéraments nécessaires. Je puis dirc^ en général, que l'autorité du Saint-Siège parut très grande à tout l'auditoire. Je pris soin d'en relever la majesté autant que je pus; et, en exposant avec tout le
^ Nous donnons ce passage pour la commodité des lecteurs : i <f Ce même amour lui fit dire ce qui fut répété depuis par tout un concile,
i ^o'js l*un de ses descendants, que, quand cette Église (romaine) imposerait
un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir, plutôt que de rompre - la Communion avtc ellp. »
DB L'éCLlSB DB rBA?iCE* 69
respect possible ^ancienne doctrine de la France» je m'étadiai autant à donner des bornes à ceux qui en abusoient» qu'à Texpli* quer eUe-mème. Je dis mon dessein : Votre Ëminence jugera de l'exécution.
à Je ne lui fais pas remarquer ce que j'ai répondu par ci par là pour induire les deux puissances à la paix : elle n'a pas besoin it'étre avertie. Je puis dire que tout le monde jugea que le sermon élott respectueux pour elles, pacifique, de bonne intention ; et si l'effet de la lecture est semblable à celui de la prononciation, j'aurai sujet de louer Dieu. Mais comme ce qui se lit est sujet à une phs rive contradiction, j'aurai besoin que Votre Éminence prenne la peine d'entrer à fond dans tous mes motifs, et dans toute la suite de mon discours, pour justifier toutes les paroles sur lesquel-* les on pourroit épiloguer. Je n'en ai pas mis une seule qu'avec des raisons particulières, et toujours, je vous l'assure devant Dieu, avec une intention très pure pour le Saint-Siège et pour la paix.
» Les tendres oreilles des Romains doivent être respectées, et je l'ai fait de tout mon cœur. Trois points les peuvent blesser : rindépendance de la temporalité des rois, la juridiction épiscopale immédiatement de Jésus-Christ et rautorité des conciles. Voua savez bien que, sur ces choses, on ne biaise point en France, et je me suis étudié à parler de sorte que, sans trahir la doctrine de l'Église gallicane, je pense ne point offenser la majesté romaine. C'est tout ce qu'on peut demander à un évéque français, qui est obligé, par les conjonctures, à parler de ces matières. En un mot, j'ai parlé net, car il le faut partout, et surtout dans la chaire ; mais j'ai parlé avec respect, et Dieu m'est témoin que ça été à bon dessein. Votre Ëminence m'en croira bien ; j'espère même que les choses les lui feront sentir, et que la bonté qu'elle aura de les pé* nétrer lui donnera le moyen de fermer la bouche à ceux qui pour* raient m'attaquer.
» Sur ce qui regarde l'autorité du concile et du pape, je crois devoir faire observer à Votre Éminence ce que j'en ai dit dans VExposiiion et dans VAverti$semeni qui est à la tête : dans VExpositiony article XX, pages 191 et suivantes, et dans YAvertiêse^ nuffit, depuis la page 66 jusqu'à la page 75 ^ Votre Éminence se souvient de l'approbation donnée à Rome à VExpo9Îtion, puisqu'elle a eontribué elle-même à me la procurer. La version îta-
* Exposition de la Doctrirp catholiqiiei deuxième édition fraoçaiee.
70 RI8TOUII
lienne a laitsé l'article sans y rien toueber, et le pape n'en a pas moins eu la bonté d'autoriser ma doctrine. Pour ee qui est de VAveriiisement, j'ai aussi pris ta liberté de l'envoyer à Sa Sain* tetéy qui m'a fait l'honneur de m'écrire^ par son bref du 13 juillel 1979, qu'elle avoit reçu cet AverÉi$9emeniy et même de lui donner beaucoup de louanges'. Après cela. Monseigneur» je ne dois pas être en peine pour le fond de ma doctrine, puisque fe pape approuve si clairement qu'on ne mette l'essentielle autorité du Saint-Siège qae dans les choses dont tous les catholiques sont d'accord. Tout ce qu'on pourroit dire en toute rigueur, c'est qu'il n'est pas besoin de remuer si souvent ces matières, et surtout dans la chaire et devant le peuple, et, sur cela, je me condamnerois moi* même si la conjoncture ne m'avoit forcé, et si je n'avois parié d'une manière qai, assurément, loin de scandaliser le peuple, l'a édifié.
» J'ai toujours eu dans l'esprit qu'en expliquant l'autorité du Saint-Siège de manière qu'on en Ate ce qui la fait plutôt craindre que révérer à certains esprits, cette sainte autorité, sans rien perdre, se montre aimaMe à tout le monde, même aux hérétiques et à tous ses ennemis.
D Je dis que le Saint-Siège ne perd rien dans les explications de la France, parce que les Ultramontains mêmes conviennent que, dans les cas où elle met le concile au-dessus, on peut procéder contre le pape d'une autre manière, en disant qu'il n'est plus pape : de sorte qu'à vrai dire, nous ne disputons pas tant du fond que de l'ordre de la procédure, et il ne seroit pas difficile de montrer que la procédure que nous établissons étant restreinte, oomme j'ai fait au cas du concile de Constance, est non-seulement plus canonique et plus ecclésiastique, mats encore plus respectueuse envers le Saint-Siège et plus favorable à son autorité.
D Mais, ce qu'il y a de principal, c'est que les cas auxquels la France soutient le recours dû pape au concile sont si rares, qu'à peine en peut-on trouver de vrais exemples en plusieurs siècles : d'où il s'ensuit que c'est servir le Saint-Siège que de réduire les disputes à ces cas, et c'est, en montrant un remède à des cas si rares, en rendre l'autorité perpétuellement chère et vénérable à tout l'univers.
m Et, pour dire un mot en particulier de la temporalité des rois,
^ Bossuet rite ici un pasMge du bref.
DE L*â6Lt8V DB niANCB. 71
îl fiie iemble quMI o'^ a rien de plus odietnc qucr les opinions des Uhramontains^ ni qui puisse apporter un plus grand obstacle à In coOTersion des rois hérétiques ou infidèles. Quelle puissance souveraine voudroit se donner un maître qui lui pût^ par un décret, dter son royaume ? Les autres choses que nous disons en France ne servent pas moins .à préparer les esprits au respect dû au Saint- Siège, et c'est encore une fois servir l'Église et le Saint-Siège que de les dire avec modération. Seulement, il faut empêcher qu'on abuse de eette doctrine, et j'ai tâché de le faire autant que j'ai pu, ee qui doit obliger Rome du moins au silence, et à nous laisser agir à notre mode, puisqu'au fond nous voulons le bien. »
Rien ne pouvait mieux que cette lettre nous initier aUx éloges pompeux que Bossuet décerna en même temps et à l'Église romaine et à l'Église gallicane. S'il devait, d'un côté, ménager le$ tendreê oreilles des romains, ses convictions comme son devoir lui commandaient de ne rien sacrifier de la doctrine que VËglise de France avait héritée, et si fidèlement conservée des premiers siècles, sur la nature des rapports des deux puissances et sur l'autorité divine de
L'assemblée devait nécessairement traiter ces grandes questions que les difficultés relatives à la régale avaient soulevées.
Botsuet ne regardait pas comme décisifs en faveur de la régale les monuments historiques invoqués par Le Tellier, archevêque de ReimSj dans l'assemblée parti<mlière qui avait précédé ceUe de 16S2. Il ne croyait pas pmdent, d'un autre côté, d'entrer dans la voie suivie par le pape et les évêques d'Aletti et de Pamiers. « Quant à la régale, écrivait-il au docteur Dirois S je ne crois pas, an train qu'on a pris, qu'on doive entrer dans le fond : si on y entroit, je ne croirois pas que le concile de Leptines ' pût faire voir antre chose qu'une sage condescendance de l'Église à tolérer ce qu'elle ne pouvoit empêcher et à faire sa condition la meilleure qu'elle ponvolt.
n Je ne conviendrois pas aisément que les Uens donnés aux Élises paissent être teUement sujets à la puissance temporelle^
> Boésnet, Lettre 92.« au docteur Dirois.
* Ce eondle fut assemblé en 743. Saint Boniface de Mayence y présida avec Geoige et Jeao , envoyés du pape. On inyoquait ce concile en faveur de la régale, parce qu*on y fit quelques concessions sur le temporel ecclésiastique ao roi Garloman.
Ti HISTOWB
«(uVUe les puisse reprendre sous préteJtte de cerlains droits qu'elle \oudroit établir y ni que rËglise, en ce cas, n'eût pas droit de se servir de son autorité ; mais j'avoue que nous ne sommes point •!ans le cas d'en venir là : il faut sortir par des voies plus douces d'une affaire si légère dans le fond. »
Le cardinal d'Estrées, ayant eu communication de cette lettre de Bossuety lui fit dire, d'un ton fort aimable, qu'il faisait trop tévé^ que ^ D'Estrées voyait la chose en homme d'État et voulait croire aux droits du roi. Mais, tout en donnant raison, en principe, au pape et aux évéques d'Aleth et de Pamiers, Bossuet pensait qu'eu égard aux circonstances, quelques églises particulières devaient sacrifier même des droits réels pour le bien général et pour la paix.
Dans les séances des 2i et 25 novembre, Ghéron, un des promoteurs, exposa les affaires qui devaient être la matière des délil)érattonsde l'assemblée.
La première était celle de la régale; la seconde, celle de Pamiers; la troisième, celle des religieuses de Gharonne. Dans la séance du 26, Goquelin, second promoteur, eut la parole, et traita surtout, dans son discours, de la doctrine de l'Église gallicane tou* . chant l'autorité du pape et les rapports des deux puissances. C'était la quatrième affaire et la plus importante dont l'assemblée devait s'occuper. Il lui proposa de consacrer, par son adhésion formelle, les six articles dressés par la Faculté de théologie en 1663 sur cette matière, et de changer ainsi en une décision de V Église gallicane le jugement doctrinal porté par les docteurs.
Après le discours du docteur Goquelin, de Harlai prit la parole et proposa de nommer des commissions pour s'occuper des différentes affaires qui seraient soumises aux délibérations de l'assem* blée, ce qui fut. adopté.
La commission de la régale fut composée de l'archevêque de Reims, des évéques de Tournai, de La Rochelle, de Meaux, de Troycs, de Ghâlons, et des abbés de Saint-Georges, de Saint-Luc, de Lusignan, Le Franc, de Meaupou et Lambert.
Gelle des six propositions de Sorbonne fut composée des évéques de Tournai, de Meaux, de Saint-Malo, de Lavaur, de Ghâlons, d'Alelh, et des abbés Faure, Feu, Gerbais, Gourcier, Meaupou et de Saint-Luc.
♦ Ilossuet, Lettre Oi.« au docteur Dirois.
DE l'£GLI!»E UE PftA:NCE. 73
On nomma plusieurs autres commissions pour des affaires moins importantes.
Le 25 février 1682^ on nomma de nouvelles commissions pour les questions du Protestantisme, de la morale relâchée des Gasuistes, et des religieux.
L'affaire de la régale fut discutée en séance publique, le 11 décembre (1681).
Lldée de Bossuet avait prévalu dans la commission et fut adoptée par l'assemblée. On négocia donc a^ec la cour, et Ton obtint du roi quelques concessions qui faisaient' disparaître de la régale une partie de ce qui avait servi de motif aux oppositions dont elle avait été l'objet. Le clergé consentit, de son côté, à son extension sur toutes les Églises qui en avaient été exemptes jusqu'alors, c pour céder à la nécessité des temps ^ et pour ne pas exposer les autres Églises aux malheurs dans lesquels celle de Pamiers était tombée. »
Il fut arrêté que, pour les bénéfices à charge d'âmes, tels que les cures, et pour ceux auxquels était attachée quelque juridiction, comme les dignités des chapitres, ceux qui seraient nommés par le roi, pendant la vacance, devraient obtenir des vicaires capitulaires rinstitution canonique et la mission *.
L'assemblée acquiesça solennellement à la déclaration qui mettait un terme aux difficultés suscitées par l'affaire de la régale, f Nous n'avons pas cru, disait Bossuet', pouvoir aller jusqu'à trouver bon le droit du roi , surtout comme on l'explique à présent; il nous suffit que le nôtre, quelque clair que nous le croyions, est contesté et perdu ; et ainsi que ce seroit être trop ennemi delà paix que de le regarder tellement comme incontestable qu'on ne veuille pas même entrer dans de justes tempéraments, surtout dans ceux où l'Église a un si visible avantage. »
U ne s'agissait plus que de faire agréer au pape l'arrangement convenu entre le clergé et la cour de Fratice. Bossuet pensait que l'on n'y pouvait rencontrer de difficulté. « Nous serions ici bien surpris, écrivait-il au docteur Dirois % qu'ayant trouvé dans le roi
1 Procès-verbal de Fassetablée de 1682, t. v de la Collection générale.
< 1^. sur ce sujet Tédit de Louis XIV du mois de janvier 1682. On le trouve dans le recueU de Ellies Du Pin» intitulé : Bisioire eecléHaslique du xvn.e iiêcUj t. III, et parmi les Pièces justificatives du procès-verbal de rassemblée.
* Boeauet, Lettre 9I.« au docteur Dirois.
^ Boiwiet, ibiâ.
74 HISTOIBI
tant de facilité h les obtenir (des tempéraments)^ la dIfRculté nous vînt du côté de Rome^ d'où nous devons attendre touteft sortes de soutiens, o
Bossuet se trompait. La cour de Rome n'avait d'abord jamais vu d'un bon œil les assemblées du clergé de France, et elle était d'autant moins disposée à accueillir favorablement les délibérations de celle de IGSâ, que le clergé s'y posait en médiateur entre eUe et la courdeFrance. InnocentXI était bien éloigné de vouloir accepter un semblable arbitrage, et il se disposait, au contraire, à lutter contre l'assemblée avec cette fermeté dont il avait déjà donné tant de preuves.
On a pensé ' que Bossuet avait été chargé de rédiger la lettre par laquelle le clergé de France demandait au pape son assentiment aux mesures adoptées par l'assemblée. Il l'attribue lui-même à Le Tellier, archevêque de Reims *. Quoi qu'il en soit, elle est pleine dé sentiments respectueux pour le Saint-Siège : on y fait d'abord connaître au pape l'esprit de sagesse et de paix qnl avait animé les évéques de France. On crut nécessaire d'y exposer, mais sans les approuver, les raisons sur lesquelles s'appuyaient les partisans de la régale.
Bossuet en donne cette raison :
(r Nous avons cru , dit-il ', qu'il importoit qu'on sût à Rome les maximes des Parlements; parce que, sans les approuver, les ecclésiastiques les doivent regarder comme invincibles dans l'esprit de nos magistrats, et chercher sur ce fondement les tempérament» nécessaires pour ne point porter aux extrémités une matière riconten** tieuse. »
L'assemblée disait, en effet, dans sa lettre :
« Nous ne proposons pas ces choses comme indubitables; nous ne les rejetons pas aussi comme des opinions erronées et contraires à la foi, et nous sommes persuadés que c'est le cas où il fiiut user d'une sage condescendance , à l'exemple des hommes apostoliques qui nous ont précédés. Nous vous rendons grâce de ce que vous avez fait pour conserver en leur entier les droits de quelques Églises; mais nous ne souhaitons pas que quelques intérêts divisent le monde
1 Cest l'opinion dM BénMietins, éditeurs de Bossuet, qui ont ÎMéré cette lettre dans ses oravres*
* Bossuet, Lettre 95.* au docteur Dirois.
* IMd.
DE l'églisb db fbancr. 75
chrétien et troublent la paix de TËgUse. C'est pourquoi nous nous sommes volontiers départis de tout le droit qui pouvait nous appar* tenir, pour le céder à un roi de qui nous recevons tant de biens, v
Innocent XI regardait la question de la régale comme de la plus haute importance. En principe , il s'agissait, en effet, de la liberté de rËgHse. Or, il était facile de comprendre que les maux dont YÈfiïie était affligée venaient principalement de son asservissement à la puissance temporelle. Un pape réformateur comme Innoœot XI devait donc être efihiyé d'une nouvelle extension, quelque bible qu'elle fût, du concordat de Léon X. En outre, la question delà régale avait été portée à son tribunal par les appels réguliers des évéques d'Âleth et de Pamiers; si les coutumes de TËglise de France s'opposaient à ce qu'il jugeât seul, à Rome, le différend, il n'en était pas moins certain que le clergé de France ne devait pas juger une cause pendante en cour de Rome. Il est donc facile de comprendre la vivacité qui règne dans le bref qu'Innocent XI adrrâsa à l'assemblée en réponse à sa lettre. Voiciquelques extraits de ce bref :
s Vénérables frères et fils bien aimés, salut et bénédiction apostriique.
» L'amour paternel que nous portons à notre très cher fils en J.-G., Louis, roi très chrétien, à vos Églises, à vous-mêmes et à tout le royaume de France , nous a rendu plus triste et plus afOi* géant ce que nous avons appris par vos lettres, qui nous ont été remises le trois février, c'est-à-dire que les évéques et le clergé de France, qui était autrefois la couronne et la joie du siège apostolique, seconduisait envers lui, pour le présent, de manière à nous faire dire avec larmes, ces paroles du prophète : Lei fih de ma mère (mt eon^aUu contre moi) quoique ce soit plutôt contre vous que vous combattiez, lorsque vous nous résistez dans une cause où il ne s'agit de rien moins que du salut et de.la liberté de vos Églises, où nous avons pris» à l'appel de quelques hommes pieux et forts de votre Ordre, la défense du droit de l'autorité épiscopale; nous restons ferme dans la lice, ne suivant point en cela nos propres sentiments, mais remfrfissant le devoir que nous imposent et notre sollicitude pour toutes les Églises et notre sincère amour pour vous.
» Nous n'avons rien vu d'abord dans ces lettres qui pût nous réjouir, qui fût digne de vous. En dehors de ce que vous dites sur la
« BoMWl, LsCtn 96^ ta doctaur Dirais.
76 HltJTOlRE
forme observée dans la convocation et la tenue de vos assemblées, nous avons remarqué que le reste vous était dicté par la craînt^^ qui n'a jamais permis à des évêques d'être grands et magnanimes dans la défense de la religion et de la discipline ecclésiastique , forts dans l'attaque et constants pour arriver au but. Vous avez pensé à tort que vous pouviez déposer cette crainte dans notre âme ; car c'est la charité du Christ qui doit toujours y habiter, cette charité qui met dehors la crainte. Nous avons déjà donné au royaume de France de grandeset nombreuses preuves de notre amour, preuveg qu'il n'est pas nécessaire de présenter ici ; mais nous pensons bien lui en avoir donné une éclatante et avoir mérité sa reconnaissance dans l'affaire de la régale, qui, si vous l'examinez bien, vous apparaîtra si importante que vous jugerez que toute la dignité et l'autorité de votre Ordre en dépend.
» Vous avez craint où vous ne deviez pas craindre. V^ous deviez craindre seulement d'avoir à encourir les justes reproches de Dieu et des hommes pour avoir manqué à votre honneur et à votre devoir. Vous auriez dû vous souvenir des anciens Pères et des grands évêques qui les ont imités dans tous les temps, et qui ont donné, pour votre instruction, des exemples de force et de constance épiscopale; vous auriez dû jeter les yeux sur les images de vos prédécesseurs, non-seulement de ceux qui vécurent du temps des Pères, mais qui ont fleuri de notre temps.
» Il était de votre devoir de joindre vos efforts à l'autorité du siège apostolique, de plaider avec une énergie pastorale et une humilité sacerdotale la cause de vos Églises auprès du roi, en l'instruisant de toute l'affaire, même au péril de l'irriter contre vous, afin de pouvoir sans honte adresser à Dieu ces paroles de David, en récitant l'offlce de chaque jour : Je parlais de vos témoignages en présence des rois, et je n* étais pas confondu,
» Vous deviez d'autant mieux en agir ainsi , que vous aviez une plus haute idée de la justice et de la piété du bon prince qui, comme vous nous l'écrivez, écoute les évêques avec une singulière bienveillance, favorise les Églises et veut que l'autorité épiscopale demeure inviolable ; nous avons lu tout cela dans vos lettres avec bonheur. Nous pensons donc que, si vous aviez pris devant le roi la défense d'une cause aussi juste, les paroles ne vous auraient pas manqué , et le roi se fût rendu à vos raisons.
» OubliaQt, en quelque sorte, votre charge et l'équité du roi, vous avez gardé le silence dans une affaire aussi importante ; nous