‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 21 sur 100 · HI8I0IH · texte numérisé non relu

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par le roi à Rome, pour «'entendre avec le pape h ce flujet. Atndot partit de Paris le 10 décembre 17U. A son arrivée à Rome, il fut reçu en audience par )e pape ; puis il alla rendre \isite à Fabronl et au P, Daubeaton. Celui-ci se bâta d'écrire au cardinal Albani, neveu du pape, qu'il était très satisfait de tout ce qu'Amelol lui avait raconté de son audience, o II faut avouer, dit-il ', que le pape a de vrais talents! s Le Jésuite, dans sa dignité, voulait bien faire cet aveu. Clément XI dut en être flatté.

En France, les zélés ne pouvaient songer sans frayeur au projet d'un concile national, et s'appliquaient à faire partager à la cour de Rame leurs préjugés. L'abbé de Broglio conseillait un moyen bien plus simple de soumettre Noailles et ses adhérents : c'était de fouler aui pieds les maximes de l'Église de France et de remettre le tout au pape, qui lancerait contre eux une sentence d'excommunication*. Gaillande écrivait de son cfité' :

0 On penche fort pour le concile national. Ce parti est très mauvais, très difficile, très incertain dans sa conclusion. Je ne doute point que l'idée du concile national ne soit un piège et un artifice du cardinal de Noailles. Dieu veuille qu'on ne s'y laisse pas prendre!... Encore un coup, le parti qui parait le plus court et le meilleur, c'est de procéder contre le chtf des rebelles, l'excommunier, ou, pluldt, le déclarer excommunié, comme il l'est réellement, le dépouiller de la pourpre, et écrire fortement au roi, pour l'engager h appuyer de son autorité l'Église et le Saint-Siège, n

Dans tontes les lettres écrites à Rome par les agents du P. Tellier, on remarque le même esprit et !a même manière de voir. Gaillande écrivit le 13 novembre, contre la députation d'Amelot : B Im nouvelle de la députation de M. Amelol, dit-il *, produit un fort mauvais effet. Les partisans du cardinal de Noailles et ses confédérés triomphent, et débitent déjà beaucoup de sottises.... Tous nos bons docteurs et les bons catholiques sont dans l'étonnemenl de ce qu'on n'a pas encore commencé à agir contre les rebelles.

■ Lettre da P. DiutwDloa lu nrdiaal AlbtDi, en date du 15 juirïer 1715. Archiv. de Rome, Franc. GunseDismo, D. 2263.

■ Leitre de l'abbé Broglio au P. Tbimothëe de La Flèche, S8 octobre 1714 ArdiiT. de Bone, Franc. Giaiueiiisiiio, D, S2SB.

* Lettre du 30 octobre, UM.

" Leitre de Gutlande au P. Thimothëe, du 17 novembre 1714. Aidilns de Borne, ibU.

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Le mal est si grand, que chaque jour de retardement, comme me le disoft M. Tévéque de Saintes, cause une nouvelle plaie à l'É^e '. »

Bissy voyait le concile national et la mission d'Âmelot d'une mcnîère plus favorable que Borio, Broglio etGaillande. Il recommande au P. Thimothée, dans ses lettres du 9 et du 10 décembre, de prendre garde de déplaire à Âmelot. « N'oubliez rien, ajoute-t-il, pour qu'on l'expédie le plus tôt qu'il se pourra, car le succès de celte grande affaire dépend de ne pas perdre un moment de temps pendant qu'on possède le pape et le roi *. » Bissy interrogea Bo«riosurce que l'on pensait, à Rome, du projet du concile; mais celui-ci ne jugea pas à propos de lui apprendre où en était Imtrigue avec le P. Thimothée". Gaillande indiquait l'archevêque de Cambrai pour légat, dans le cas où le pape serait obligé de consentir au concile national. Il est triste de voir Fénélon estimé par de tels intrigants ; mais ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que la correspondance de cet archevêque avec Daubenton n'était guère moins violente, quoique moius brutale *. Il s'efforçait de faire croire qu'il n'en voulait point personnellement au carflinal de Noailles; mais la haine et la rancune se font jour à travers ses phrases doucereuses et brillantes. Comme Gaillande, Broglio et Bissy, il priait Rome de profiter des bonnes dispositions du roi pour exercer des violences contre les Quenellistes, et sévir contre tous les livres qu'ils faisaient pour leur défense. On fit paraître alors, entre autres ouvrages, les Héxaples, dans lesquelles on mettait en regard les propositions condanmées et les textes des saints Pères, et le Témoignage de la Yériléf qui mit en fureur tout le parti. On obtint facilement la condamnation de ce livre par le Parlement, car le roi n'y était pas entièrement épargné. Les correspondants de Rome ^ attribuaient ce livre à Tiberge et Brisacier, directeurs des Missions- Etrangères, ainsi que quelques autres moins importants contre la

* On r<«isonne de U môme manière dans un grand nombre de H très de 1711 et 1715. Archives de Rome, Ibid.

' Lettre de Bissy au P. Thimolh«^e, Archives de Rome, lb(d. ' Lettre au P. Thimothée, du 10 dc^cembre 1714. Archives de Rom(>, Ibid.

* Les lettres de Fénélon k Daubenton sont aux Archives de Rome : Francta. Constitut. Unigenitus, 2290. La plupart de ces lettres ont été publiées dans les dernières éditions des CKiluvres complètes de Fénélon.

* Lettres de Gaillande de février 1715. Archiver do Rome, ibfd.

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bulle. Les Jésuites gardaient rancune à ces pieux eodéëaitiqiMi d« leurs ouvrages contre les rites chinois.

Ces ouvrages élaient, aux yeux des Gaillande et des Borio, d'infâmes libelles, qui attestaient que Thérésie avait besoin d'une forte répression. Ils comptaient, le 5 février 1715, seize évêques* en France ouvertement déclarés contre la bulle, et ils en concluaient que le concile national serait bien dangereux, car ces évéques en entraîneraient certainement beaucoup d'autres à leur suite *. Ils convenaient cependant que 1 episcopat français désirait ce concile •; mais, devaient-ils compter ce désir pour quelque chose?

On comprend, d'après une pareille correspondance, quel succès devait avoir la mission d'Amelot. Clément XI reuToya donc lé négociateur au cardinal Fabroni. Les émissaires de Tellier bondirent de joie en l'apprenant, a Celte nouvelle, écrivit Gaillande ^ a causé une très grande joie à tous les bons Catholiques convaincu» que Sa Sainteté ne pouvoit faire un meilleur choix, ni mettre les intérêts de la religion et du Saint-Siège en de meilleures mains, n

Bissy apprit bientôt de Rome qu'on n'y approuvait pas le projet de concile national, etilvoulut; de concert avec Rohan, entamer des négociations directes avec Noailles*. Le P. Massillon, de l'Oratoire, fut chargé de faire les propositions. Massillon, connu depuis plusieurs années par ses succès oratoires, était généralement estimé par sa piété et sa modération ; mais son caractère droit et simple était peu fait pour Tinlrigue. La candeur du cardinal de Noailles le toucha, et il avoua que les propositions qu'il était chargé de hii faire n'étaient pas acceptables. Bissy osa lui-même aller trouver Noailles, pour lui faire dire quelque chose dont il pût abuser. Noailles se tint sur la réserve, a On a voulu, dit-il, me faire accroire que j'avois promis bien des choses auxquelles je n'a vois même pas pensé ; cela doit me rendre attentif à promettre encore moins que par le passé. » Ces paroles élaient à l'adresse de Bissy et de ses

* Lf'ttres au P. Thimothée, du 5 fëv. 17i5, et du 25 fëfrier; Archives de Rome, Ihid.

* C'est le sens de toutes les lettres des premiers mois de 1715; Arcbife» de Rome, Ibid,

^ Lettre du 25 février 1715 ; Archives de Rome, Ibid.

* Lettre du 12 février 1715 ; Archives de Rome, Ibid.

* Journal de Tabbé Dorsanne, ann. 1714-1715.

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màf qui affactaient d« dire «fue NoailUi avait été de mauTane foi en fie tenant pag ce que Polignac avait promis pour \m. On chercha encore d'autres expédients, qui ne réussirent pas mieux queja médiation du P. Massillour Pendant ce temps là^ les créa* tures de TeUier et de Bissy redoublaient d'intrigues et dé violences dans leurs lettres ^ à Home, afin de décider le pape à se refuser à toute voie d'accommodement et à sévir contre le cardinal de Noailles. Ils répétaient à satiété que le roi était bien vieux ^ et que ù, par malheur, il mourait, l'affaire de la bulle était perdue et le schisme inévitable. Ces intrigants ne s'appuyaient que sur le roi, et ils ne parlent jamais des évéques, sur lesquels ils comptaient fort peu. Quant au roi, ils étaient sûrs de lui par le P. TeUier et par madame de Maintenon. Ils ne comptaient même plus sur certaines communautés religieuses. Gaillande annonçait ' que la communauté de Saint-Lazare se gâtait, et marchait sur les traces des Pères de l'Oratoire ; le séminaire des Missions-Étrangères était, selon eux, une officine de Jansénisme ; les théologies de Juenin, Habert et autres corrompaient la jeunesse. Tout était donc perdu si le pape n'avait pas recours aux moyens violents et décisifs. Ils parvinrent enfin h leur but. Au commencement de mars arrivèrent, à Paris, deux brefs secrets. Par le premier, le pape demandait que le roi dénaturalisai le cardinal de Noailles, afin qu'il p6t en agir contre lui comme il 1 entendait sans blesser les maximes de France. Ce premier bref parut si absurde, qu'on ne s'y arrêta pas un ins^ tant. Dans te second, adressé à Noailles, le pape y prenait un ton paternel. Le chancelier le remit à Noailles, qui le lui renvoya le lendemain avec cette note :

tf n ne faut pas. Monsieur, plus de temps pour vous répondre sur la pièce que vous me communiquâtes hier, et pour vous la renvoyer. J'ai fîiit ce que j'ai pu pour ne pas la trouver (elle que je la sentis d'abord ; mais plus je la lis, et plus je me persuade qu'il n'y a rien de mieux à faire que de la supprimer. Vobéisêance aveugle^ la soumission pure et simple, la dégradation de Vépiscopat y sont nettement établies. On n'y a épargné ni les menaces, ni les objurgations. Je suis un enfant prodigue qu'on veut bien recevoir, un criminel à qui Ton offre le pardon pourvu qt/il se reconnaisse.

* Archi?es de Rome. Francia. Giansenismo. D. 2258. Lettres de France des mois do février et mars 1715.

" L*»tire du *2 ivril 1715; Archives de Rome, lof. eit.

Si j'en convient, il ne doîl plus élre question pour moi de publier la bulle, mais de faire amende honorable à toute l'Éfclise, de quitter ma place, dont je me serai rendu indigne, et d'aller dans la retraite faire pénitence. Je puis l'avoir mérité pour autre cbose, mais le lémoigna|îe de ma coniicience m'assure que, dans l'affaire présente, je n'ai rien fait que ce que je devois à la pureté àe In foi, HUz droits de l'épiscopal, au service du roi et aux maiimesdf l'Ëtat. Si c'est un crime à Rome, il ne le doit pas être pour vous, Monsieur, puisque votre r.har^ vous établit le défenseur de nm libertés et des droits de la couronne. » Ce refus du cardinal rompit toutes les négociations, et l'on up pensa plus qii'ù lui faire son procès. Seulement, on ne s'accordait pas sur la forme; les uns voulaient un concile national, les aulres des commissaires spéciaui nommés par te pape, d'autres, cnlin, prétendaient que le pape devait agir directement et excommunier Nonilles, sans autre forme de procès.

f^es derniers étaient les corres{>ondanls les plus habituels de riome. Ils furent heureux de ce que le cardinal avait refusé le bref du pape. Gaillandc écrivait h Rome le 9 avril ' :

v Je ne doute pas que, présente me ni, on ail pris à Romedei i-ésolutioua ; nous irn attendons des nouvelles avec impatience. Dieu veuille qu'on en ait pris de bonnes! Je regarde le refus que le cardinal de Noailles a fait du bref de Sa Sainteté comme un coup de la miséricorde de Die» envers notre Église, lequel l'a laissé dnns son aveuglement pour le punir et faire triompher sa cause ; car, si cet homme eût feint de se soumettre, c'eût été le plus grand malheur qui eût pu arriver à l'Églisç de France. Qu'on se hîte donc, qu'on se bftte, au nom du Seigneur, de nous secourir! Les ménagements sont infiniment plus à craindre qu'une rupture ouverte ; la religion ne peut être vengée que par la punition éclatante des rebelles. »

Les désirs de la cabale furent satisfaits peu de tejiips après. Le jour de Pâques, 21 avril, le nonce reçut un bref pinn- le cardinal de Noailles, dans lequel il lui était ordonné de rt. iioir la bulle dans le délai de quinze jours, sous peine d'être priv il..' la dignité de cardinal, et d'être poursuivi selon la rigueur A^i^ uaiion*. Cr bref était accompagné d'un billet écrit de in main du pnpe. et dam

. ' L*tlrB dii 7 avril un P. Tliimflthif" ; Arrhivr» *• Bomu, Ibl4.

UB L^KULIbK OK FRANCE. TU^

lequel ou priait le roi de permettre au nonce de reaiettie le susdit bref au cardinal.

Le roi reçut a^sez froidenieut Benlivoglio^ et lui dit que la matière était grave et méritait réflexion.

On poursuivait alors un nouveau projet d'accommodement^ qui kboua comme les autres, grâce au P. Tellier et à Bissy, qui trouvaient toujours moyen de rendre la chose impossible par leurs exigences. Tellier et Bissy, s'élant assurés des suffrages de chaque évéque en particulier, poursuivaient l'idée d'un concile national* Le pape y répugnait. Us résolurent de le faire convoquer par le roi, qui devait y faire la loi et imposer sa volonté aux évéques. L'assemblée du clergé fut alors convoquée ^ ; elle octroya douze millions au roi, censura leî^Héxaples et le Témoignage de la Vérité dans l'Église, et ne s'occupa point des affaires de la constitution. L'archevêque de Narbonne, qui présida cette assemblée, se joignit à Bissy et à Rohan contre l'archevêque de Paris ; ces trois prélats s'adjoignirent plusieurs des membres de la commission de la constitution à l'assemblée de 1713, et se réunirent plusieurs fois pour aviser aux préliminaires du concile national.

Bissy, présenté depuis assez longtemps par le roi au titre de cardinal, reçut alors sa barrette, puis une forte pension et la riche abbaye de Saint-Germain-dcs-Prés, sans compter les autres bénéfices qu'il possédait. Les saints de madame de Main tenon pouvaient avoir plus qu'une pierre pour reposer leur tête. L'influence de Bissy grandissait chaque jour; il en usa pour exciter une persécution violente contre ceux qui ne partageaient pas ses préjugés.

a Bissy ', au comble de ses vœux après tant d'années de soupirs et d'intrigues, devint le premier personnage, et jusqu'à quel point n'en abusa-t-il pas, tandis que madame de Maintenon étoit la dupe de son hypocrisie? Trompée qu'elle fut par ses souplesses, ses bassesses, et par les éloges qu'il lui donnoit avec sa fausse simplicité et son apparence grossière, elle se crut la prophétesse qui sauvoit le peuple de Dieu de l'erreur, de la révolte et de l'impiété. Dans cette idée, excitée par Bissy et pour se mêler de plus en plus des choses ecclésiastiques, elle anima le roi à toutes les horreurs, à

1 Procôs-verbal et pièces jastifieatives de l*as6emblée de 17i5; t. vi de la foltection générale.

* Mémoires du duc de Saint-Simon, t. xiu, ch. 10, ëdit. du marquis d^ ^int-Simon.

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toutes leg violeiici», k toutes les tyrannies qui fui-ent alors exercées sur les consciences, les fortunes el les personnes, dont les prisons si les cachots furent remplis. Bissy lui su^roit tout, el obteuoit tout, n

• La conduite barbare ' qu'on avott tenue avec tous les Huguenots après la révocation de l'Ëdit de Nantes, devint, en gros, le modèle de celle qu'on tint, et souvent toute la même, à l'égard de tout ce qui ne put goûter la constilutioa. De là les iirtiSces sans nombre pour intimider et gagner les évéques, les écoles, le second ordre et le bas clergé ; de là cette grêle immense et infatigable de Mtroa de cachet; de le cette lutte avec les parlements; de là ces évocations sans nombre ni mesure, cette interdiction de tous les tribunaux ; enRn, ce déni total et public de justice, el de tous le» moyens d'en pouvoir être protégé pour quiconque ne ployoit [m sa conscience sous le joug nouveau, et même, encore, sous la manière dont il était présenté ; de là cette inquisition établie ju^ que sur les plus simples laïques, et la persécution ouverte; ce peuple entier d'exilés et d'enfermés dans les prisons, et beaucoup dans les cachots, et le trouble et ta subversion dans les monastères ; de là, cnlin, cet inépuisable pot au noir pour barbouiller qui on vouloit, qui ne s'en pouvoit douter, pour estropier auprès du ro! qui on jugeoit des gens de la cour cl du monde, pour écarter el peur proscrire toutes sortes de personnes, et disposer de leurs places à la volonté des chefs du parti réguant, des Jésuites et de Saint Sulpice, qui pouvoient tout en ce genre, et qui obtenoient tout sans le plus léger examen ; de là ce nombre innombrable de personnes de tout état et de tout sexe dans les mêmes épreuves que le* chrétiens soutinrent sous les empereurs ariens, surtout sous Julien -l'A postât, duquel on semble adopter la politique et imiter Im violences ; et, s'il n'y eut pas de sang pricitément répandu [je dts précisément parce qu'il en coûta la vie d'une dutre sorte à bien de ces victimes), ce ne fut pas la faute des Jésuites, dont l'emportement surmonta cette fois la prudence, jusqu'à ne se paï oacfaer de dire qu'il falloil répandre du sang, m

Le* principales victimes de cette persécution ftireut: le P. Albiui, Dominicain, célèbre prédicateur ; dom Jérôme, Feuillant,

< HJ[noir«9 du duc de Saint-Simon, I. xni, ch. 10, Mil. dunarfitiili Sain1-&ni'>ii.

DE l'BGLISB D£ FRANCE. 311

ancien ami de Bossuet S «t V^h depuis quarante an», se faisait entendre avec honneur dans les chaires de Paris: dom Turquois et dom Trudon, aussi membres de Tordre des Feuillants. Toutes les exéeatioTis étaient dirigées par le P. Tellier. Le 29 avril 1715, Gaiilande écrivait* au P. Thimothée que le P. Le Tellier pensait à détruire toutes les botUiques qui ne pensaient pas bien, c*est-à-dire les communautés religieuses qui ne plaisaient pas aux Jésuites. 9 C'est lui seul, ajoutait-il, qui soutient ici la religion. » Plusieurs évéques se firent persécuteurs sous prétexte d'exercer leur zèle. De te nombre fut Belzunce, évéque de Marseille, qui composa un long formulaire dont la signature fut obligatoire pour toutes les communautés de femmes, et qui contenait toutes les bulles, depuis celle dTnnocent X jusqu'à la constitution Unigenitus. Aussitôt après rassemblée de 1713, Belzunce avait fait, pour l'acceptation de la bulle, un mandement pour lequel il reçut de Rome des compliments, un corps saint et le portrait du pape. Ces encouragements le firent redoubler de zèle, et il écrivait au P. Thimothée ' : • Le parti se fortifie tous les jours : il fut d'abord étourdi du coup que lui porta l'admirable constitution ; il se rassure à présent peu i peu. P(mr mot, je ne lui en donne guère le tempe; et, n'ayant pas Toccasion de faire de nouveaux mandements, de petites exhortations font le même effet. Je n'oublie rien de ce qui dépend de moi. j»

Belzunce était surtout heureux d'avoir eu l'occasion de noter ceux qui étaient rebelles à l'Église à propos de la prise de Barcelonne . On voit qu'il profitait de tout. Nous aurons encore occasion de citer quelques-uns de ses précieux à-propos.

Cependant, le projet du concile national rencontrait, dans la cabale anti-janséniste, de chauds adversaires. Tournely, professeur de la Faculté, qui déploya beaucoup de zèle dans toutes ces discussions, se montrait fort opposé au concile^ quoiqu'il eût fait des mémoires, touchant cette assemblée, pour le cardinal de Rohan *.

I Hémoires de Tabbé Le Dieu.

* Lctfrc de Gaiilande au P. Thimothée, du 2D avril 1715; Archives de Rome : FrancLi. Giansenismo. D. 2258*

'LeUres de Tévéque de Marseille, du 26 janvier et du l.er mars 1715; Archives de Rome, Âid.

^ Lettre de Gaiilande, du 20 avril 1715; Archives d'? Rome, ibkt.

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HISTOIBK

Le p. Tellier se crut obligé d'écrire à Rome pour plaider la cause du concile ^ 11 annonça^ dans cette lettre^ au P. Tbimothée que le roi l'avait choisi pour la dignité d'évéque in partibus. Cet agent actif et dévoue du parti méritait bien sa petite récompense.

Le roi reçut, le 11 août, d*Amelot, une lettre* qui lui fit comprendre qu'il fallait désespérer d'avoir l'assentiment du pape pour le concile national ; on résolut, en conséquence, de le tenir saus lui; mais, préalablement, le roi voulut donner une déclaration, afin d'en exclure les évéques opposants à la bulle, qui ne devaient y paraître que comme coupables pour y être jugés. On trouva des difficultés à cette déclaration; d'Âguesseau, Joly de Fleury firent des observations fort solides. On discutait encore quand le roi mourut, le 1**^ septembre 1715.

Nous n'avons point à juger Louis XIV au point de vue politique ou militaire. On sait ce qu'il fut dans sa vie privée. Pour les questions religieuses, son règne fut celui des Jésuites, c'est assez dire qu'il ne fut qu'une longue suite d'injustices et d'intolérances. Ces religieux exploitèrent son orgueil, son ignorance crasse, sa crainte de l'enfer; lui firent croire qu'en persécutant à outrance ceux qu'ils D*aimaient pas, il ferait un sacrifice agréable à Dieu. Louis XIV les crut ou feignit de les croire; de là ce règne de dragonnadesi de dénonciations, de lettres de cachet et d'exils. Quelques années avant de mourir, il avait fait les trois premiers vœux des Jésuites *. Tellier lui fit foire le quatrième au lit de la mort et lui donna le passeport de saint Ignace pour le ciel. Muni d'une pareille pièce, il crut sans doute n'avoir rien a redouter de la justice divine. Dieu a-t-il reconnu comme valable la signature de Tellier? Nous n'en savons rien.

Fénclon était mort au mois de janvier de cette même année 1715. Nous avons dit ce que pensaient de cet homme illustre ses contemporains d'Aguesseau et Saint-Simon. Toute sa correspondance vient à Tappui de l'opinion qu'avaient ces, écrivains lou-

« Lettre du P. Tellier au P. Thiraothée, du 16 mai 1715; Archives de Rome, Ibid,

* Lettre d*AmeIot au roi, du 11 août 1715; Lettres écrites aux mois de juillet et août, par Gaiilande et antres, è Rome; Archives de Rome, lhid\ Journal de Tabbé Dorsanne» ann. 1715.

* Mémoire du cardinal de NoaiHes au régent, touchant le choix d*un 9on> fpsscur pour le nouveau roi.

DB l'Église de France. 31^

chant son ambition et son désir de rentrer à U cour. On voit qu'il prend tous les moyens de faire parler de lui au roi^ toujours avec la précaution de recommander sans cesse de ne pas le mettre en avant. Il veut diriger toutes les batteries sans être aperçu. Depuis douze ans il était dans son diocèse^ où il considérait sa position comme déplorable^ lorsque le fils de Louis XIV mourut. Le duc de Bourgogne devenait dauphin et Louis XIV était sur le bord de In tombe; il voyait donc enfin les difficultés aplanies^ et il se voyait appelé par son élève à la tête du gouvernement, (juelle transition, pour un ambitieux! dit Saint-Simone Le duc de Bourgogne mourut à son tour. Fénélon vit se dissiper une grande partie de ses Qlusions^ mais il ne perdit pas encore toute espérance ; le duc d*Orléans^ qui devait être régent à la mort du roi^ lui avait montre quelque confiance, et il ne cessa, même dans les derniers temps de sa vie, de chercher à se raccrocher à la cour et à vaincre Tantipathie de Louis XJV lui-même. 11 ne pouvait y arriver que par Tentremise des Jésuites. Aussi, quelles furent ses complaisances pour les Tellier et les Daubenton! Pour leur plaire, il humilia son génie sous les systèmes absurdes et hétérodoxes des mauvais théologiens de leur Société; il fit même le sacrifice de sa douceur et de sa charité en poussant à la violence^ et en demandant à grands cris des rigueurs contre les adversaires des Jésuites. On a publié, dans ces dernières années, plusieurs de ses lettres au P. Daubenton; elles se trouvent aussi aux archives de Rome * ; pourraitK)n, en les lisant, reconnaître eelui dont on a fait un ange de douceur et de paix ? Il y a, dans les mêmes archives ', un mémoire secret dans lequel il demandait au pape, même avant la constitution Vineam Dominiy de profiter des bonnes dispositions de Louis XIV pour organiser, contre l'École de Port-Royal, une persécution semblable à celle de Julien-rÂpostat contre les chrétiens. On lit dans

celte pièce :

d Je n'en finirois pas si je voulois compter les ordres religieux, les congrégations ecclésiastiques, les écoles, les collèges, les grands^ les évêques, les docteurs auxquels cette faction et sa doctrine sont chères. Nous approchons de temps périlleux... Louis connoit bien

* Mémoires du due de Saint-Simon, t. ix, ch. 12 et 22.

* Archives de Rome, Francia. Constitut. Unigenit. 2290.

* Memorisle ad cardinal Gabriel!. Clàm Legendum. Archiv. di» Romr. Frauda. Constitut. Vineam Dom. T. 2207.

IIISTOIKK

le? grands et lc« évéques qui favorisent celte faction ; H les poursuit avec beaucoup de soin ; mais il y a beaucoup de choses qui échappent à ce prince ignorant la théologie^ et qui a tant d'autres occupations. Madame de Maintenons à la persuasion de Tévéque de Chartres, laisse de côté toute autre préoccupation, pour se dévouer à la poursuite des chefs de la faction jansénienne ; il ne faut donc point douter qu'elle ne travaille très efficacement en faveur des décrets du Siège apostolique. Le dauphin est très bon ; il aime l'Église; il écoule volontiers le Jésuite son confesseur, et n'est pas favorable à la nouveauté. Le duc de Bourgogne est instruit, et il a en horreur la faction. Le roi d'Espagne a en horreur le nom même de la secte jansénienne. Si la très pieuse conspiralion d'un si grand pontife et d'un si grand roi laisse l'œuvre imparfaite, que pourra-t-on espérer lorsqu'ils ne seront plus ni l'un ni l'autre? Le roi est presque septuagénaire; qu'arriveroit-il s'il mouroit? Quelle espérance nous resteroit-il si notre très saint pontife niouroit prématurément, et s'il avolt pour successeur un pape inférieur en science et en piété, qui se laisseroit tromper par les chefs de la secte et se montreroit disposé à la tolérer?

» Maintenant, quels sont les remèdes à Taide desquels on pourroit guérir cette maladie? Voici ceux auxquels j'ai pensé :

» i .° Je pense que le saint Père devroit exhorter le roi à n'accorder aucune grâce aux fauteurs de la secte \ il seroit même désirable qu'il fût bien connu que tous ceux qui sont en charge lui seront suspects, et seront dépouillés de toute autorité dès qu'il saura qu'ils favorisent en cachette la faction.

» 2.0 II me semble que l'on devroit obliger tous les clercs de signer une formule de serment avant de recevoir le sous-diaconat.

» 3.° On devroitimposer cette obligation parmi toutes les nations catholiques, atln d'imposer silence aiix Jansénistes, qui disent à satiété que le Siège apostolique n'a imposé à la France sa déOninition touchant un fait sans importance que par crainte du roi.

I) 4.*» Je pense qu'il faudroit interdire et priver de leur bénéfice tous les chefs d'ordre, les clercs et les bénéficiers qui refuseroienl la signature pure et simple du formulaire.

» 5.*» Je ne doute point qu'il ne fallût excommunier les obstinés, après leur avoir fait les trois monilions canoniques.

» 6.^ Il faudroit punir des peines canoniques les relaps, c'est-àdire ceux qui retourneroient à leur erreur au moyen de certains subterfuges, après avoir signé purement et simplement.

DE l'ÉGLIM UB rMANCE. S15

» Par ces moyens^ c« faux écht de grande vertu qu'a jeté la secte 9era bientôt obscurci. »

Féoélou ajoutait que le pape devait^ dans la buUe qu'on lui demandait^ décider clairement Tinfaillibililé de TÉgliee sur le« questions de fait ; cette décision lui semblait nécessaire^ comme base de la guerre qu'on ferait aux Jansénistes. C'était avouer qu'ils n'erraient paa dans la doctrine; or^ était-ce un grand crime d'interpréter^ d'une manière catholique, l'ouvrage d'un pieux évéque^ mort dans le sein de l'Église? C'était pourtant dans le but de forcer à interpréter hérétiquement VAugmtinuê que Fénélon et les Jésuites organisaient leur persécution sourde et violente. On comprend ce que Fénélon entendait par les peines canoniques que Ton devrait infliger aux relaps; selon les lois de l'Inquisition, qui étaient sacrées pour les Jésuites, on devait les livrer au bras séculier, ou, ce qui est la même chose, les empri- Kinner^ les mettre à la question, les brûler.

Fénélon, cependant, était doux et aimable. Des hommes tristement célèbres par leurs violences avaient les même qualités. L'ambition et le fanatisme ont bientAt détruit les meilleures natures. Si Fénélon, pour son malheur, eût été mie à la tête du gouvernement, il serait placé, dans l'histoire, à cAlé du cruel et hypocrite TelHer. La cabale anti-janséniste le comprenait bien. Aussi Gaillande écrivait-il au P. Thimothée • : « C'étoit le seul du royaume qui pût faire revenir les esprits, et dont la haute vertu, les grande» qualités personnelles, le mérite et la science profonde pussent servir de rempart contre les ennemis de l'Église, d'aïUant plu$ que le roi devait le faire revenir en cour incessamment y et que tout était disposé pour cela. C'est ce qui m'afflige à l'excès et me pénètre de douleur. »

Quand on connaît les désirs des GaiUande et autres serviteurs de Tellier, on regrette pour Fénélon qu'ils aient fondé sur lui de si grandes espérances.

Parmi les ouvrages religieux de Fénélon, nous indiquerons sa Démonstration de Veœistence de Dieu par les preuves de la nature: sa Réfutation de Malebranche; quelques Opuscules de spiritualité; des Instructions pastorales sur le Cas de Conscience, la bulle Tineam Domini et la bulle Unigenitus ; ses écrits polémiques

I Lettre du i.er février 1715 au P. Thimothée; Archives de Rome, Francs Gianwnismo. 2256.

HlttTOlBI

sur le Quiétisme ; sa coiTespondancc. Nous n'avons point à parler de ses œuvres purement littéraires. Dans tous ses ouvrages, Féné- Ion se montre écrivain plein de goût et d'élégance ; cependant, sa manière trop souvent emphatique est fatigante pour le lecteur. Malgré ce défaut, Fénélon mérite, sans contredit, une des premières places parmi nos littérateurs. Quant à ses connaissances théologiques, elles furent très superficielles. Sa facilité prodigieuse lui fit, sous ce rapport, illusion à lui-même. Il crut que sa brillante intelligence pouvait le dispenser de l'élude. II se trompa. Aussi fit-il de l'esprit sur la théologie au lieu de faire de la science. On remarque surtout ce défaut de science dans ses traités du Ministère de$ Pasteurs et du Pouwir du pape; ses Instructions sur le Jansénisme furent vivement relevées par le P. Quesnel, qui savait, comme Fénélon, revêtir les matières les plus abstraites d'un style élégant et pur, et qui, de plus, connaissait bien la Sainte-Ecriture et les ouvrages des Pères de l'Église.

Nous avons dit ailleurs ce que nous pensions de l'éducation du duc de Bourgogne^ et de la polémique sur le Quiétisme. Il faut dire, en terminant, pour être juste, que Fénélon, tout en demandant des rigueurs contre l'École de Port-Royal, ne persécuta point ceux qui, dans son diocèse, en faisaient partie. Il se montra plein de bonté et de douceur pour les grands comme pour les petits. Il mettait, selon Saint-Simon \ une espèce de coquetterie à se faire aimer de tous. Aussi fut-il vivement regretté dans son diocèse.

* Hëmoires du duo de Saint-Simon, t. i\, oh. 12.

DI L'étiLlî^B DS PRÀNGR. 317

Le régent. — Noailles h la tète du conseil de conscience. — Persécution apnisée.

- Aflaire de la Faculté de théologie. — Elle casse son acceptation forcée de la bulle rnigeniius, — Plusieurs Facultés l'imitent. —Colère de Rome. — ReOis de bulles. — Brefs fulminants. - Négociations inutiles. — Corps de doctrine.

- Conférences entrtf les évèques acceptants et les évéques opposants. — Appel des quatre évéques. — Adhésions à Pappel. — Appel du cardinal de Xoailles. — Déclaration royale sur le silence entre les deux partis. — Nouvelles négociations. — Lettres Pastoralis officii. — Appel comme d*abus du Parlement. — Affaire des Bulles. — Encore des négociations. — Accommodement. — Mort de Clément XI.

LifiU du duc de Bourgogne^ encore enfant^ succéda à Loids XIV 80U3 le nom de Louis XV. Le duc d'Orléans^ neveu du feu roi^ fut déclaré régent. C'était un prince intelligent^ mais paresseux et débauché. Ses orgies sont devenues trop célèbres. Sa fiUe^ la duchesse de Berry, l'imitait, et poussait la débauche jusqu'à la crapule. Ck)mme son père, elle avait ses soupers secrets, où le P. Riglet, Jésuite, se trouvait volontiers ^ Le nonce Bentivoglio menait une vie digne du régent et de sa (ille : u Les cheveux se dresseraient sur la tête, dit Saint-Simon', à la lecture de la conduite véntable et journalière de Bentivoglio. » Il était intimement uni à Kohan et à Bissy, et ces trois personnages formaient comme un triumvirat contre Noailles. Le P. Tellier, intriguant avec eux, fut exilé à Amiens avec une pension de 4,000 livres. Il y fit de nouvelles intrigues, qui obligèrent de le reléguer à La Flèche, où iJ mourut misérablement, persécuté par les Jésuites eux-mêmes, qui furent, sans le vouloir, les vengeurs de l'Église opprimée par cet horrible religieux'.

Au commencement de la régence, les constitutionnaires furent humiliés. Noailles fut placé à la tête du comité des affaires ecclésiastiques; l'archevêque de Bordeaux, l'abbé Pucelle, conseillerclerc au Parlement; d'Aguesseau, prociu*eur-général ; Joly de

I Mémoires du duo de Saint-Simon, t. xiv, ch. 9.

« l«d, ch. 7.

* Ibid, t. XIII, rh. -28; t. xvii, (h. 19.

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Pleury, avocat-général, composèrent ce comité, qui eut pour secrétaire Tabbé Dorsanne. « C'étoit, dit Saint-Simon S un sain l prêtre et fort instruit qui, dans la place d'official de Paris, avoit mérité Testime et l'approbation publique. 11 s'acquitta très dignement de son nouvel emploi et fut toujours semblable à lui-même. Ses ennemis prétendirent que le cardinal puisoit dans ses lumières, et que Dorsanne le retenoît dans sa fermeté. 11 mourut d'une manière fort prompte et fort singulière, qui ne fil pas honneur, dans l'opinion pxtblique^ à MM de la constitution. »

Le conseil des affaires ecclésiastiques, par le caractère des hommes qui le constituaient, ôtait aux fanatiques tout erpoir de continuer leurs intrigues à la cour de France. Ils se réfugièrent dans les complots secrets et cherchèrenl plus que jamais à pousser la cour de Rome dans la voie détestable où eUe n'avait déjà que trop marché. Les Jésuites redoublèrent d'insolence dans leurs pamphlets. Les évéques de Metz et de Verdun furent obligés de les interdire *. Noailles ôta les pouvoirs à ceux à qui il les avait rendue. Quatre seulement furent exceptés de l'interdit: Gaillard, Lignières, de La Rue et de Trévoux, confesseur du régent; ce dernier aurait pu se passer de pouvoirs, car son client l'occupait fort peu. Les Jésuites étaient d'autant plus furieux contre Noailles, qu'il leur avait fait perdre le confessionnal royal, dont ils avaient tant abusé. L'abbé Fleury, modeste et savant auteur de V Histoire ecclésiastique, fut nommé confesseur du jeune roi. a II avoit vécu h la cour, dit Saint-Simon % dans une grande retraite et dans une grande piété toute sa vie. 11 n'a voit pris aucune part à la constitution, parce qu'il ne songea jamais à être étéqtie, et que, n'étant point en place qui l'y obligeât, il aima mieux demeurer en paix à ses études. H eut peine à consentir à sou choix, et ne s'y détermina que par l'âge du roi, où il n'y avoit rien à craindre, et par le sien, qui lui donneroit bientdt prétexte de se retirer, comoie il le fit, en effet, avant qu'il pût avoir lieu de craindre son ministère, pendant lequel il ne parut que par la pure nécessité. »

Fleury était un de ces chrétiens sincères qui ne font trafic ni de la vérité, ni de leur conscience. Pénétré de la science de Tanti-

* Mémoires du duc de Saint-Simon, t. xiii, ch. 16.

< /Md., t. XIII, ch. 28»

s Journal de Tabbé Dorsanne, année 1715; Mémoires di) duc de S»int- Simon, t. xiv, ch. 17.

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quité cbrétienne, il était, par ses mœun, une image parfaite d'un prêtre de TÉglise primilive; sa modestie^ sa piété^ sa douceur, son désintéressement relevaient bien au-dessus de toutes les intrigues de l'ambition. Il vécut à la cour, et dans l'éducation des princes, coiunae Paulin de Noie ou Sulpice-Sévère dans leur solitude. Il mérita l'estime de tous les vrais Catholiques, et, ce qui n'est pas moins flatteur pour lui, les injures des Lltramontains^

Les Jésuites et leurs amis se plaignirent vivement au pape du discrédit où ils se trouvaient. Ce fut alors, surtout, que furent vraies ces paroles du duc de Saint-Simon touchant leur correspondance secrète : a On y verra, dit cet auteur *, des horreurs à faire dresser les cheveux à la tête, du nonce Bentivoglio, des cardinaux de Rohan et de Bissy et des principaux athlètes de cette déplorable Intte, athlètes de tout ordre et de toute espèce, avec une suite, une exactitude, une précision qui ôtent tout moyen de s*inscrire en faux contre la moindre circonstance de tant de faits secrets et profonds, et presque tous plus scélérats et plus abonainables les uns que les antres. »

Ces gens horribles ont voulu attribuer à Noailles les fourberies dont ils étaient coupables ; mais si Thistoire a droit de reprocher à cet archevêque ses indécisions et ses faiblesses, son devoir est de rendre hommage à son angélique vertu, à sa candeur, à son amour de la vérité et de l'Église; car s'il fit à la réception de la bulle Vnigenitus une opposition directe, on doit lui rendre cette justice, qu'il n'a agi que par des motifs nobles et désintéressés. On

• M. Tabbé Rhorbachor 8*en est rendu l'écho dans le lourJ et insipide pampMft quMl a intitule : Histoire de V Église catholique. Il lui a reproché d'avoir reçu du roi le prieuré d'Argenteuil, qu'il n'accepta qu'après s*ôtre démii du bénéfice qu'il possédait auparavant. A la même époque, Bissy, outre son c^vôché et bien d'autros bénéfices, recevait l'opulente abbaye de Sainf- Germain-dos-Prés, une énorme pension de la cour, etc., Rohan et tant d'autres en faisaienl autant, ei M. Tabbé Rhorbacher se garde bien d'en faire la remarque. Voilà comment un Ultramontam est impartial.

Le même écrivain, parlant de l'éducation du duc de Bourgogne, cife de longs fragiïients de mythologie dans son Bis taire ecclésiastiqîUf parce qu'ils Font de Fénéton ; mais i! n'a pas trouvé la plus petite place pour les monuments de l'éducation dirigée par Bossuet. Le Discours sur V Histoire univer^ selle, la Connaissance de Dieu et de soimêmey la Politique tirée de t Écriture Sainte, ne valent pas lés gHaiogueê des Morts, aux yeux de M. Rhorbacher. C'est ainsi que les Ultiamontains font de l'histoire.

•Mémoires du duc de Saint-Simon, t. xvi, ch. SW.

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ne pourrait en dire autant de ceux qui se posèrent en défenseurs de cette constitution.

Rohan*, Bissy et le chancelier Voisin obtinrent du régent uoe audience le 13 septembre, pour lui rendre compte de ce qu'ils avaient fait pour la constitution. «Messieurs, leur dit le régent, vous avez regardé cela comme une grande aflaire ; pour moi^ je crois qu't/ y a en cela beaucoup de pique. Aujourd'hui, M. le cardinal de Noailles n'a plus à craindre d'être étranglé par le P. Tellier ; cette affaire me paraît donc facile à accommoder. Je vous demande seulement de ne plus vous en mêler et de me laisser traiter la chose avec le pape. »

Le régent était sûr que Noailles ferait volontiers toutes les concessions raisonnables, et il avait assez bonne opinion de Clément XI, pour croire qu'il ne sacrifierait pas la paix de l'Église à des exigences illégitimes; mais le pape n'est pas seul à la cour de Borne ; il lui arrive trop souvent d'avoir à ses côtés des hommes ambitieux qui n'ont souci que de leur intérêt, et qui sont disposés à vendre TLglise à la coterie qui les paye. Bohan, Bissy et leurs afliliés avaient espéré que l'on exécuterait les dispositions testamentaires de Louis XIV, et qu'ils pourraient encore, après sa mort, continuer à gouverner; mais on ne crut pas devoir tenir compte des volontés du Jésuite-roi.

Un mois après la mort de ce prince *, la Faculté de théologie s'assembla pour nommer un syndic à la place de Le Bouge^dont le syndicat était expire. Le Bouge, qui avait fait exiler plusieurs docteurs, fut obligé d'annoncer, au commencement de la séance, que, par ordre du régent, les docteurs exilés seraient libres, à l'avenir, d'assister aux assemblées de la Faculté. Il crut devoir ajouter qu'il était heureux de faire cette communication, ce qui lui attira des huées de la part des docteurs, qui connaissaient parfaitement sa manière de penser.

Un des premiers actes de la régence avait été de rappeler les exilés et de donner la paix à toutes les victimes des Jésuites ^ îl n'y eut que les religieuses de Port-Boyal-des-Champs auxquelles on n'osa pas rendre entière justice. Leur monastère était dé-

1 Journal de l*abbé Dorsanne, ann. 1715.

'Relation des assemblées de Sorbonne; Journal de Vbhhi Dorsanne, ann. 1715 et 1716.

DE L EGLISE BB FBANCV. ?t'2i

trmtj et il sembla dangereux de revenir sur un acte où Noailles lui-même avait eu une si large part.

Le Rouge ayant rendu compte de son syndicat^ la Faculté nomma à sa place Ravechet, homme énergique et très dévoué au cardinal. Sur deux cent quarante docteurs^ Ravecbet eut deux cent vingthuit voix. LeuUier^ curé de Saint-Louis, eut les douze autres. Il était d'usage, dans la Faculté, d'accorder des lettres testimoniales au syndic sortant, comme preuve de satisfaction. Deux cents docteurs furent d'avis qu'au lieu de les donner à Le Rouge, on devait nommer une commission pour examiner sa gestion et en rendre compte à l'assemblée de novembre. Le rapport des commissaires ne fut pas prêt pour cette époque.; on le remit pour l'assemblée de décembre.

L'assemblée du 2 de ce mois commença par la lecture de la conclusion de la réunion précédente. On y fit mention du discours du docteur Ravecbet, qui fut attaqué par Humbelot comme injurieux au pape, au feu roi, au clergé de France et à la Faculté de théologie, qui avait, disait-il, accepté la constitution. Presque tous les docteurs prirent chaudement la défense du nouveau syndic. Humbelot fut exclu des assemblées de la Faculté jusqu'à ce qu'il se fût rétracté, et l'on déclara que ce qu'il avait avancé touchant l'acceptation de la constitution était faux.

Le nonce courut chez le régent pour se plaindre de cette décision. Ravecbet fut mandé au Palais-Royal. Il expliqua ce qui s'était passé, fit observer que la question de la constitution avait été soulevée par Humbelot, qui seul était cause de la décision qu'on avait prise, à cause de ses accusations passionnées. Le régent ne fit à Ravecbet aucune recommandation pour la séance qui devait se tenir le 5 du même mois.

On y relut la conclusion de la dernière assemblée. Humbelot et dix-huit autres docteurs firent opposition. Vivant et Toumely étaient les plus connus. Ce dernier était un des plus zélés constitutionnaires ; Gaillande et Borio, dans les lettres qu'ils envoyaient à Rome et dont nous avons parlé, faisaient les plus magnifiques éloges de ce docteur. Parmi les preuves que Tournely allégua pour prouver que la constitution avait été reçue par la Faculté, il mentionna les ordres qu'elle avait reçus du feu roi. a Ils vous ont été signifiés, disait-il à ses adversaires ; il faut que vous reconnaissiez que vous avez reçu la constitution conformément à ses ordres, ou (lue vous avez été rebelles, et, par conséquent, coupables de lèze-

majesté. » Ainsi^ Tournely allait jusqu'au Gallicanisme partemen^ taire le plus exagéré pour prouver que Ton avait dû recevoir une coostitution dans laquelle^ d'après les Jésuites ses amis^ le Gallicanisme le plus modéré était condamné et flétri. 11 parla avec une violence extrême et ne rendit pas sa cause meilleure. Cent quarante docteurs contre dix-neuf déclarèrent que la prétendue acceptation de 1714 n'avait été qu'un enregistrement forcé. Le docteur Lambert^ qui avait dit, en 1714, qu'il fallait obéir au roi ei non délibérer, fit une rétractation fort humble. « J'ai honte, dit-il, et je suis couvert de confusion de ce que, épouvanté par les menaces et troublé par les clameurs de certaines personnes qui répandoient la terreur dans nos assemblées, je n'ai pas expliqué mes sentiments avec toute la netteté et la fermeté que je devois, et de ce que j'ai tremblé où je ne devois avoir nulle crainte. Ma conscience m'a, jusqu'à ce jour, reproché ma prévarication, et j'en demande maintenant pardon à Dieu et à la Faculté, d Plusieurs autres docteurs Imitèrent cet exemple. Dans la séance du 16, LeuUier attaqua ces rétractations et en tira cette conséquence : que la constitution avait donc été acceptée par ceux qui jugeaient à propos de changer d'opinion. Lambert répondit que sa faute n'avait pas été d'accepter la constitution, qu'il n'avait pas véritablement reçue, mais d'avoir adhéré à l'enregistrement à cause des ordres du roi. Cet enregistrement ne peut, dit-il, être considéré comme une acceptation, puisqu'il n'y a eu aucune délibération.

Les Jésuites, outrés des dernières conclusions de la Faculté, lancèrent en avant leurs dévoués. Gaillande se distingua surtout par les mouvements qu'il se donna pour obtenir des signatures et une protestation. Les libelles suivirent les intrigues. Tonrnely passa pour en être le principal auteur. Ravechet les réfuta victorieusement dans la séance du 4 janvier 1716, et demanda avec raison à ses adversaires si, dans les dernières assemblées, les docteurs n'avaient pas joui de leur liberté ; s'ils pouvaient en dire autant de ceUe de 1714, où les menaces et les lettres de cachet avaient été employées avec tant de profusion. Dans celte séance, le décret d'acceptation dressé en 1714 fut déclaré faux, et rayé des registres de la Faculté. Quelques docteurs auraient voulu que la Faculté déclarât non-seulement qu'elle n'avait pas reçu la constitution, mais que cette pièce n'était pas acceptable, puisqu'elle était opposée à la saine doctrine; d'autres la regardaient comme injuste dîuBs les injures et les insinuations malveillantes qu'ils y trouvaient

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mktn i'auÉeur dei; Kéfiexitmê mormks. Lt mi^jorké peuâa que le temps n'était pas encore venu de se prononcer sur le tûôd, et qail fallait, pour. le moment, se contenter de la conclusion adoptée.

Le régeat qui., oomme nous le dirons bientôt, cherchait alors le moyen de rétablir la paix, écrivit au syndic qu'il devTait empêcher Il Faculté de s'occuper à l'avenir de la constitution. Le nonce avait obtenu cet ordre; aussi, les amis des Jésukes furent-ils an grand complet à la séance du 8 janvier.

Selon l'usage, on lut le procès-verbal de l'assemblée précédente. Toumely et ses amis jetèrent de grands cris. Rtivechet se contenta de lire la lettre du régent pour leur répondre. Par respect pour les ordres qu'elle contenait, on ne s'occupa point de la constitutioa, seuieoÂeat on nomma une députation de douze anciens docteurs, pour aller trouver le régent et lui demander la permission de s'occuper d'une afiCûre aussi grave, si, après un certain délai, «tes efforts pour la paix n'étaient pas couronnés de succès. Dans la âéance du 1«' février, quatorze docteurs firent signifier à la Faculté un acte d'appel au Parlement du procès-verbal lu dans la séance du 8 janvier. Ils prétendaient qu'on n'avait pu le lire sans enfreindre les ordres du régent Le 5 février, la Faculté tint une nouvelle séance, dans laquelle Ravechet répondit aux griefs contenus dans l'acte d'appel du li, pardonna publiquement à ses ennemis les injures dont ils Taccablaient, et pria la Faculté, en délibérant sur l'appel, de ne point s'occuper de la constitution. Le docteur Smith se désista de son appel. Dix autres docteurs se joignirent aux treize premiers. Du Mont, un des derniers, se désista quelques jours après. Vingt-deux docteurs se déclarèrent donc oppoiiants aux délibérations de la Faculté ; cent huit se déclarèrent contre leur appel ; soixante-dix furent d'avis qu'ils seraient exclus des assemblées jusqu'à ce qu'ils eussent fait satisfaction à la Faculté et au syndic. On remarqua que les docteurs persécutés en 1714 se déclarèrent contre cette dernière mesure ; ils se vendait ainsi noblement de leurs adversaires.

Les Facultés de théologie de Nantes S de Reims et de Caen imitèrent celle de Paris, et d^larèrent n'avoir pas accepté véri-

> Journal de Tabbé Dorsanne, ann. 1715 et 1716; Archives Ue rfimpir**, --et. Bist., L. 4, 17.

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tablement la constitution. Une foule d'ecclésiastiques firent la même déclaration.

Pour arriver à la conclusion de la paix \ lous s'accordaient à dire que la bulle devait être expliquée^ et acceptée d'après ces explications; le régent crut que le pape ne refuserait pas d'en donner sll les lui demandait lui-même ; mais il pensa que, pour faire cette démarche utilement, il devait y être engagé par des évêques. En même temps, le cardinal de La Trémoille fut chargé de disposer le pape à donner ces explications.

Les seize évêques qui adhéraient à Noailles avaient été mandés à Paris. Ils s'y rendirent pour la plupart, et se réunirent souvenl pour travailler à l'accommodement, de concert avec la commission nommée à cet eflet par le régent. Cette commission était composée de Bezons, archevêque de Bordeaux, de Chavigny, ancien évéque de Troyes, de d'Aguesseau, procureur-général, du maréchal d'Huxelles, d'Amelot et d'EfGat. Les évêques opposants furent d'avis que le seul moyen de réunir l'épiscopat était un corps de doctrine fort orthodoxe, qui mettrait à couvert toutes les vérités qui étaient attaquées par la bulle, interprétée à la manière des Jésuites.

Le pape était loin de manifester des dispositions pacifiques *. Au mois de février 1T16, il défendit aux congrégations romaines de l'aire aucune expédition à quatorze des évêques opposants, et il se montra fort irrité des démarches que Ton faisait auprès des évêques acceptants, pour leur faire signer une lettre dans laquelle on priait le régent de demander à Rome des explications sur la bulle. Le pape révoqua la défense qu'il avait faite aux congrégations, mais il avait prouvé que la crainte seule l'avait empêché de pousser les choses à Texlrémité ; ce fut par le même motif qu'il n'osa refuser les bulles à plusieurs bénéficiers qui furent alors nommas, et qu'on lui avait dénoncés de France comme opposants à la bulle; mais il ajourna l'expédition des bulles, et cette difficulté ne fui terminée qu'en 1718, comme nous le dirons en son lieu.

Cependant, dix-huit évêques écrivirent au régent une lettre, dans laquelle ils disaient qu'il était nécessaire que le pape donnât des explications à sa bulle, afin d'arrêter les mauvaises interprétations de ceux qui voulaient l'éluder ou en abuser. Quelques ex-

* Journal de Tabbé I)or»inne, ann. 1715. « tbid, ann. 1716.

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