nisTOiRB
premier consul de la République française ; de même que j'obwrverai la constitution, les lois, statuts et coutumes de- la Répid^lique, et que je ne dérogerai en aucune manière^ ni à rautorité, ni à la juridiction de la République, ni atu; droits^ libertés et privilèges de r Eglise gallicane ^ En foi de quoi j'ai signé de ma roaio les présentes, et les ai ï%\\ en outre munir de mon sceau. »
La cour de Rome a-t-elle été fidèle aux engagements contradés par son plénipotentiaire ? A-t-elle, depuis la conclusion du Concordat, respecté les droits, libertés et privilèges de V Eglise galUcane, expressément garantis dans la convention, comme elle en a fait le serment solennel? Les libertés de l'Eglise gallicane furent érigées en loi par Bonaparte, qui, en 1810, promulgua de nouveau l'édit de Louis XIV de 1682, et rendit obligatoire l'enseignement des quatre articles. Les libertés de l'Eglise gallicane ont été, depuis, la règle suivie par tous les divers gouvernements qui se sont succédé, dans leurs rapports avec la cour de Rome. Elles forment donc encore la base de toute la législation civile-eanoniqne de France ; donc ce ne serait que par la plus coupable violation de ses conventions et de ses serments que la cour de Rome voudrait déroger à ces libertés *.
Lorsque le légat à latere eut prononcé son discours et son se^ ment, Bonaparte lui répondit en ces termes :
c Les vertus apostoliques qui vous distinguent^ monsieur le cardinal, me font vous voir avec plaisir dépositaire d'une aussi grande influence sur les consciences.
» Vous puiserez dans l'Evangile les règles de votre conduite, et par là vous contribuerez puissanmient à l'extinction des haines, à la consolidation de l'union dans ce vaste empire. Le peuple français n'aura jamais qu'à s'applaudir du concert qui a eu lieu entre Sa Sainteté et moi dans le choix de votre personife.
» Le résultat de votre mission sera, pour la religion chrétienne, qui, dans tous les siècles, a fait tant de bien aux hommes, un nouveau sujet de triomphe.
* Toiei le texte lAtin du passage Sduligné : « Mec ulk> modo... iorilKM. liliertatibus et privilegiia Eecleslœ gallicanaB derogaturum. »
* Une des litîertés de l*Eglise gallicane est de ne point reconnaftre la juridiction des Congrégations romaineii, telles que : la Congrégation de llnquiailiaB on du Saim-Offioe, celle de l'Index ou autres.
» EUe en recevra de nouvelles félicitations de;» phila;iophe8 éclairés, et des véritables amis des hommes. »
Le légat présenta ensuite à Bonaparte les prélats qui l'accompagnaient, et parmi lesquels était le cardinal Erskine. Le cortège qui rétait allé chercher à son hôtel l'v reconduisit avec les mêmes hon* neurs.
Le lendemain^ dimanche des Rameaux^ eut lieu le sacre de Gambacérès^ nommé archevêque de Rouen ; de Bernier, nommé évéque d'Orléans ; de Pancempnt, nommé évéque de Vannes. Dans cette cérémonie, de Belloy, ancien évéque de Marseille, fut reconmi pour archevêque de Paris, et prit possession de l'église Notre-Dame. Le dimanche suivant, jour de Pâques^ avait été choisi pour la publication solennelle du Concordat et la fête de la restauration du culte.
Dès six heures du matin S soixante coups de canon annoncèrent cette fête. A huit heures, le Concordat fut publié solennellement dans tons les quartiers de Paris, par le préfet de police, accompagné des douze maires et de leurs adjoints, des officiers de paix, des officiers de l'état-major de la place et de ceux de la gendarmerie du département de la Seine. Le cortège était précédé et escorté de plusieurs détachements de cavalerie, de gendarmerie et de dragons, ayant à leur tête un corps de trompettes.
A midi, les autorités constituées, civiles et militaires^ se rendirent dans réglise métropolitaine ; peu après parut le corps diplomatique. Plus de trois cents voitures occupaient la place du Parvis et les environs de l'église. A une heure, l'entrée des consuls fut saluée de soixante coups de canon. Le légat et les évêques allèrent à leur rencontre. L'archevêque leur présenta Teau bénite et l'encens, et ils prirent place sous un dais. Tandis qu'ils se rendaient au sanctuaire, les tambours battaient au champ; une musique militaire faisait retentir les voûtes du vaste édifice, et le bourdon y mêlait sa \oix grave et majestueuse. Les consuls prirent place sous un dais, à gauche de l'autel^ en face de celui du légat, qui célébra la messe. Après l'Evangile, les archevêques et évêques nommés^ appelés succcessivement par le secrétaire d'Etat^ prêtèrent serment entre les mains du premier consul. M"* Louis
* K. te Momiimr; les Anaates de Ui Religion, et aatras jouroau du
temps.
394 HISTOIMB
Bonaparte * lit la quête, qui produisit sept g«dIb l«aif pour In pauvres. La messe fut terminée par le Te Deum:
De Boisgelin, ancien arehevéque d'Aix» noouné archevêque de Tours» fit en cette ciroonstance un diseours dans lequel il conipm Bonaparte à Gyrus et à Alexandre ; il exalta en ^yle pompeux sei actions et le bonheur dont l'Europe allait jouir, après tant de bonleversemeats et de guerres.
Nous avons dit que le cardinal Gaprara avait été obligé d'agréer, parmi les évéques nommés, douae constitutionnels, il essaya d'ob* teaÂr d'eux une rétractation de leur serment et de leur conduite avant de kur donner Tinstitution canonique *. Bonaparte ne l'eiH tendait pas ainsi, et 0 voulut qu'ils se renfermassent dans une simple déclaration qui consistait à dire qu'ils adhéraient au Concordat et aux volontés du Saint-Siège, écrites dans ce traité. Le Coneordat, aux yeux de Bonaparte, contenait les principes snr lesquels TEglise de France s'était mise d'accord avec celle de Rome ; OH ne pouvait, suivant lui, exiger autre chose que l'adhésion à cet acte, et il déclarait qu'il ne permettrait que cette adhésion, qui emportait avec elle l'oubli de tout le passé de part et d'autre. Dès le principe, BonajSarte s'était déclaré contse toute rétractation, et, sous ce rapport, le bref Poêi nmltoê lobareê avait été considéré comme non avenu par le gouvernement *.
Ces prétentions si contraires de Bonapcurte et du légat donnèrtot lieu à une contestation qui n'était pas encore terminée le samedi, veille du jour où devait avoir lieu la grande solennité dont nous avons parlé. Portalis fut chargé d'aller annoncer au légat que la cérémonie du lendemain n'aurait pas lieu ; que le Concordat ne serait pas publié et resterait sans effet, si Ton insistait davantage sur l'article des rétractations. Caprara ne céda que dans la nuit. Il fut convenu que les nouveaux élus pris dans le clergé constitu* tionael subiraient chez lui leur procès informatif, qu'ils feraient de vive voix une profession générale d^étre en conununiou avec rS)gIise* roomiiie, et que Ton publierait ensuite qu'ils s'étaiepi léconoyiét avec elle, sans dire ni oonunent» m ea qmls ternsesw
• MiÈfre (fc rpTnpercur actuel.
• F. Kl Correâpondanoe secrète du cardinal Caprara ; Cause importanle à iuger^ ouvrage 01.88 de M. Delicrlier, évoque cunstitutioanel de Rodez.
• Cemm <myiiiiùnln à jm§etj eie,, Asoales de Is ReHpMi; IlémeirBi ée
Cirégoire.
DB l'bolwb ùm fbàncb. 986
1^8 chases se pMaèreni ainsL On dit que deux évéques constituliomids firent, au momient des informations, la rétractation que demandait le nonce ^ Charrier de La Roche, évéque démissioa' Bure de Rouen et nommé à Versailles, la fit oertainemeut. Les dix autres ne pré^ntèrent que la déclaration suivante, sous formie de supplique au pape * : « Très Saint Père, nommé par le premier consul à révéché de ^ * ""^ je n'ai rien de plus a cœur que de pour Tok éteindre toutes les semences de discordes qui ont été la suite inévitable de la révolution française ; c'est pourquoi, aiin qu'il ne reste à Votre Sainteté aucun doute sur mes sentiments, je déclare, dans la sincérité de mon cœur, que j'abandonne volontiers la cons* Uiuiian appelée dtile du clergé de France; que j'admets et admettrai, que je professe et professerai les dispositions et les articles du Concordat fait entre Votre Sainteté et le gouvernement français, et que je garderai à Votre Sainteté et à ses successeurs une vraie obéissance. Je prie instamment Votre Sainteté de regarder cette déclaration comme l'expression de mes invariables sentiments, de me regarder comme un enfant très soumis de l'Eglise catholique, et qu'elle daigne m'accorder Vinsiiiuiion canonique que je lui demande humblement.
» En attendant, que Votre Sainteté accorde sa bénédictiœ:i apostolique, comme un gage précieux de sa charité, à celui qui se dit, très Saint Père, fôtre fils très humble et très soumis. »
Cette formule avait été rédigée par Portails et Bernier, de concert avec les constitutionnels nouvellement choisis. On y voit Texpreseion des sentiments de Bonaparte, qui voulait simplement l'adhésion au Concordat, qui emportait nécessairement Tabandoii de la loi intitulée Constitutioti civile du clergé. Les constitutionnels n'abandonnaient cette constitution qu'à titre de loi remplacée par une autre et tombée en désuétude, mais ils n'en rétractaient point la doctrine.
L'opinion du gouvernement ressort encore parfaitemeot de la formule que rédigea Portalis pour les ecclésiastiques constMoCionnels qui continueraient leurs fonctions. Elle était ainsi conçue :
<c Je soussigné, abandonne volontiers la constitution du clergé de France. Je confesse sineèrement que j'admets et adiaettai, professe et professerai les dispositions et articles de la nocnnsUe eon-
^ Debertier, op, ciL; Annalei^ d» la Religion, t. x\, - Ibid,; 3IoniUvr,
nKTOIRK
venfion couclue entre Sa Sainteté et le gouvernement français, el que je conserverai une vraie obéiseanoe potir le Sainl-Siége et pour mon légitime évéque. 0
Le 10 juin^ le légat écrivit à tous les évéquesune circulaire^ pov leur dire que cette déclaration suffisait; oe qui n'empêcha pas plusieurs d'entre eux de faire une guerre opiniâtre aux constitutioanels^ pour en arracher des rétractations.
Le légat, ayant reçu la déclaration des évéques coustitutionnek choisis pour de nouveaux sièges, leur donna, au nom du pape, rinstitution canonique ^ Il leur remit ensuite un écrit dont ilbigno-
* Iule deê arehevéqueë et évéqws nommée apréê la H^matÊFi ite
Concordai, Le c eolre pareolbéses «ii^oifle cofMtUutionnêlM.
Pabir, arehivéehë, Troyes, Amiens,
S0i8B0DS«
Arra8,
Ombrai,
Versailles.
Meaux,
Orléans, Mali NES, archevêché,
Namur, . Toumay,
Aix-ia-ChapeUe,
Trêves,
Gand,
Liégp,
Mayeuce, BasANçoif, archevêché,
Autun,
Metz,
Strasbourg,
Nancy,
I>yon, Lyon, archevêché,
Mende,
Grenoble,
Valence,
Chambèry, An, arekêvéchét
NiWy
Avignon,
Ajacoio,
Digne.
MM. Du Belloy.
De Noé.
Vîllaret.
Leblaoo-de-BeauUeu (e).
De U Tour-d* Auvergne.
Bel mas (c).
Charrier de La Roohe (r; . De Barrai.
Bernier.
De Roquelaurc.
Beyssun. ^
Hirne.
Berdolet {c).
Manet.
Beauroont.
ZwepfTel.
Colmar.
Le Coz (c)* Moreau.
Bienaimé.
Saurine (c).
D'Osmond.
Reymond (c).
Fesch.
Chabot.
Simon.
Bécherel (c).
MerinTâle.
Champion de Cioé* Colonna.
Perrier (c).
DssoUfl
DE l/éGLIM DB FBANCB.
raient le contenu^ et dans lequel on leur donnait Tabsolution des censures qu'ils avaient encourues. Portalis, consulté par eux sur ce qu'ils devaient faire de cet écrit, leur répondit * t a Jetei-le au feu. J'en ai fait autant d'un écrit semblable qui m'a été adressé. » Le légat savait donc bien que les constitutionnels ne s'étaient pas rétractés; il n'en fit pas moins répandre le bruit. Mais ceux-ci, et en particulier Le Coz, déclarèrent dans les journaux qu'il n'en était rien, et qu'ils étaient restés fidèles à leurs principes. Lacombe, ancien évéque métropolitain de la Gironde, et nommé à l'évéehé d'Angouléme, publia unetrelation de ce qui 8*étaii passé chez le légat. Elle est datée du 4 juin 1802. Il parlait donc en présence des témoins qui pouvaient le démentir, et peu de temps après les événements. Nous croyons devoir la reproduire ; elle est adres* dée à Binos, ancien chanoine de Sain)-Bemard ' :
TouLovsB, archevêché.
Primat (c).
Cahors,
Grainvillf.
Montpellier,
Lafage.
Gareassonne,
Laporte.
Agen,
Jacoupi.
Bayunne,
Loison.
BoRDBAtix; archevêché.
D*Ayiau.
Poitiers,
De Laneufille.
La Rochelle,
De Lorry*
Angoulème,
Lacombe (c).
BovBGEB, archevêché.
De Mercy.
Glermont,
Dampîerre.
Sainl-Flour,
BelmoDt.
Limoges,
Dubourg.
TouBS, archevêché.
De Boiegelin.
Le Mans,
De Pidol.
Angers,
Montanlt (c).
Nantes,
Duvoiflin.
Rennes,
De Maillé.
Vannes,
De Pancemon.
Saint-Biieuc,
GafaroUi.
Quimper,
André.
Rovm, archevêché^
Cimbacérès.
Coutanoes,
Rousseau.
Bayeux,
Brault.
îîjefz.
Boischolettp.
Ëvreui,
Bourlier.
< Debertier, op. cit
< Relation de Lacombe, ëvéque
d*Angoul^e, communiquée aux Annales
de la Religion, t. xv, p. 194 et «iiiv.
306 IIHITOMM
(f Véiiémbie frètte et très (^ker ami,
» é'ni i«f u votM <letlre du 17 nai. ¥otw déisiiVK savoir st^. £. ^' oardinalClaprard imkm a denHiirfé 4a fétMctatian -eu ^ssennent de la ooiwiilirtipn civile du den^ , et m las évéqaas eonslkiitionnek réélus antfait cette TétraoteliaB. Je vousTé^nds, imi ; je vous répond», nos. H est très vrai que M. 4e légat a voulu de neus une fétsaotaiiaii; il esttvèa vrai qa'il ne Va pas obtaaue. ^ionsaotti présentâiiies à lui, le jeudi saint, pour lui deBoauder l'iDstitutiQB preecrite par le nouveau Concordat. Il nous propoaaiie signer uoe leélre à 6a Sainteté,, lettre tout à fait propre à noustévolter, aoos évéques gallicans, nous amis de nos maxines et de nos tiberlsB, nous incapables de grossir la troupe insensée des uhmnmiins : nous refusâmes de la signer. Par qui ce refus ful-il fiak? D'abord par les évéques constitutiomiek de Rennes, de Dax et de Glennoot: et ensuite par les évéques constitutionnels de Rouen, de Carcassonne et de Bordeaux. Ce dernier, que vous savez être ferme et inébranlable comme la roche sur laquelle est bâtie la ville deUontrejeau, où il est né, parla ainsi à Son Eminenee :
(( Monsieur le cardinal, nous sommes des évéques français; vous » paraissez nous méconnaître. Vous nous proposez de déclarer àSa B Sainteté que nous sommes repentants de ce que nous avons bit D en conformité de la constitution civile du clergé; jamais, noD. ]> jamais, cette déclaration ne sera faite par nous.
» Monsieur le cardinal, si je ne puis être assis sur le si^e d'An* i> gouléme qu'en adhérant àcette lettre que vous nous avea doanéeà » signer, loin de moi Tévéché d'Angouléme, loin de unh votre X» institution^ comme loin de moi votre lettre, que je vous remets, i
» J'étais debout quand je prononçai ces dernières paroles, qui auront sans doute votre approbation, aussi bien que les suivantes
» M'étant assis, je continuai de la sorte :
a Monsieur le cardinal, queje vous rappelle le serment que \o\v » avez fait, nnguères, devant notre premier consul : dansce serment n vous avez promis de respecter les libertés de l'Eglise gallicane. » Quoi ! vous vous faites un devoir de les respcter, œs Hbertés; el » vous me faites un crime d'y tenir, et d'avoir joui des droits » qu'eUes me donnent ! Comment concilier votre conduite d'aii- 0 jourd'hui envers nous avec votre serment fait lors de voire ré- 0 ception?
» Monueur le cardinal, ma foi est celle de l'EgUse catlioUque. » apostolique et romaine ; je l'attesterai, s'il le faut, par le saerÛice
DK LKCLISK DB FBAMCB.
)) deflMi^ie i^am. fnoniiié^t inacoaidiiite*<Mvent être «bob reproche^ » fUMfse BOtce premier cqdbiiI m'a de^iié 4 ôlre Tiui des «oûu»te • étéqu6B de la MM^relie Eglise de France ; et qu'il nevi'a lioneré « 4le cette faTetir qu'après avoir jnterrogé, sur mon oofeapte, les « hahitants de k Gironde, mes anciens diocésaiias. £st«ce queoela 41 ne^suffit pas pour avmr votre bulle de oonfirraaticui ?
» Monsieur le cardinal, je vous ai rendu votre letlfare n'^iayant lu « qu'iwe très petite partie ; il est bon que je laconnaisse dans soa -• entier : permettez que je la reprenne. -^ Non, dit M. le cardinal, •• puisque vous ne voulez pas y adhérer. -— Tant pis, m'écriai-je, » que vous me priviez de la lire d'un bout à l'autre ; j'en ai bien A (le la peine : surtout, j'ai le jAub grand regret qu'il n'y ait eu, B en ce moment, dans votre salle, que vous, mes deux coHàgne^, p fieauMeu, fielmas, et moi; je voudrais que des témoins, auties a que nous, pussent parler de ce qui est contenu dans votre fetlre, •B et de notre courage à la rejeter. J'ai Tbomieni^ de vous saluer. «
B A ces mots, je «ortis; Bses deux compagnons, Beanlieu et 'fiehnas, me suivirent. NousàHÀtoesenBemUechezle citoyen Portalis, cfaatgé de toutes les affaires ecolésiastiques : nous l'instruisîmes de «e qui venait de se passer. 11 parut inq>rouver les prétentioBS de M. le Mgat : il dit qu'il y app<^erait remède dans la journée ; que le gouvernement ne vouhdt point de rétractation ; qu'il ne serait exigé qu'une pure et simpie adhésion au Concordat, il demanda que, sur-le-champ, fussent réunis chez lui tous les évoques constitutionnels. 11 fit appeler en même temps l'évéque Bemier. Il le chargea de parler à M. le légat, et de lui dire que l'afiEuBe desévéqiies constitutionnels devait finir dans la journée. Celui-ci consentit à la commisBiBn : il rédigea et proposa une lettre bien différente de la première ; nous radoptâraes.
B dette lettre, «l'en déplaise à l'évéque Beriûer, qui en est au* teur, serait en meilleur Itkin, dirait quelque chose de plus, et aussi quelque chose de moins, bî quelqu'un de nous ravait rédigée; etBÎ le ministre des affaires ecclésiastiques ne nous avait dk que la phrase : me eonUiimikmem^ tU aiuni^ ciwkm tleri gaHiCÊÊki uUfif deêerere^ étant exigée psar le légat, il fallait la mettne; qu'il 4e &ikit pour'le bien de la paix^ qu'en nous y refuslmt, nous ne ferionfi pas chose agrésble au gouvernement. Je m'étais obstinément refusé 4le l'employer : j*ea avais fortement réekmé la 8i^>pression , l"" patee qu'elle est imitile, la iphrase suivaate déokffant notM adhésion ou Concordat, qui abroge la constitution civile du cleBgé ;
400 HIATOIttC
2^ parce qu'elle peut être mal interprétée par nos censeurs, qui prétendent toujours que les constitutionnels, soit évéques, soit prêtres , dbivent se rétracter. En consentant enfin à admette la susdite phrase^ je déclarai que je ne faisais Tabandon de la constitution civile du clergé, que parce qu'une nouvelle loi la rend impraticable ; qu'ayant respecté et aimé ses dispositions, je continuerai toujours de les respecter et de les aimer ; que bien loin de me blâmer d'y avoir obéi, d'y avoir été fidèle, je regardais comme les meilleurs actes de ma vie, comme les plus dignes des récompenses étemelles, tous les actes qu'elle m'a prescrits, et auxquels je me féliciterai toujours de m'ôlre prêté.
0 A la suite de tout cela, mes collègues Le Goz, Saurine, Perrier, Primat, Beaulîeu et Belmas écrivirent, ainsi que moi, la lettre que nous venions d'adopter, à la place de celle que nous avions rejetée, à l'unanimité, chez M. le légat. Elle ne venait ni de Rome, ni des bureaux de Son Eminence; elle ne déclarait point ce qu'inutilement ou avait voulu, une heure plus tôt, nous faire déclarer. M. le légat la reçut-il de bonne grâce ? C'est ce que nous a laissé ignorer celui qui avait eu à en remettre nos sept exemplaires. L'évéque Bernier se contenta de nous dire, le lendemain vendredi saint, en présence du citoyen Portalis , qu'il fallait y changer quelques mots; y mettre nominatus au lieu de eledus; admiUere et admiê^ «tfrtim, profiieri et professuruniy au lieu de admiisurum et prth feêsurum; eafionicam institutionen^, au lieu de canoniae insHtntionii ffmnus. Tel est notre amour pour la paix, telle est notre condescedance pour ceux qui nous font des propositions sans conséquence : nous fîmes les changements désirés. Alors notre nombre se trouva accru du constitutionnel Reymond, qui n'avait pu se joindre à nous la veille ; il fit, de son côté, en même temps que chacun de nous, la seconde lettre en question. Notre transcription étant achevée, nous en déposâmes nos huit exemplaires dans les mains de l'évêque Bernier. Il nous annonça que nous ne tarderions pas à recevoir notre bulle de confirmation : il ajouta qn'au cas qu'elle ne fût point expédiée de là au jour de Pâques, nous pourrions tout de même prêter, le jour de Pâques, devant le premier consul, dans l'église de Notre-Dame, le serment de fidélité. Nous le prêtâmes en eifet sans être bulles : et quand on nous iqn pela pour le prêter, on nous appela dans l'ordre et selon l'année de notre consécration, c'est-à-dite après les 4vêques de Taneien régime, et avant ceux nouvellement nommés, institués et sacrés: et
DB l'^lisb db fràncb. 401
Ton ne nous contesta point la validité de notre consécration^ quoi-" qu'on ait tant parlée pendant plus de dix ans^ contre notre épiscopat«
» Maintenant, vénérable prêtre et très cher ami Binos, si queir qu'un ose vous dire que nous nous sommes rétractés, ne craignez pas de lui dire : Mentiris impudentissimè : ma relation vous autorise à vous exprimer de la sorte. Elle est dans la plus exacte vérité ; elle peut vous être certiorée non-seulement par mes collègues constitutionnels, mais encore par Tévéque Bemier et par le citoyen Portails, qui ont vu et entendu tout ce que je vous raconte.
0 On vous dira peut-être que M. le légat nous a donné l'absolution; que la preuve en est dans les registres de sa légation; qu'on y a vu, au rapport du nouvel évêque de Versailles et de quel- .que autre, plusieurs exemplaires d'un decretum aAso/u/tont5,hum* blement demandé par plusieurs de nous, et à plusieurs de nous charitablement accordé. Comment repousserez-vous ces faits-là ? Vous direz avec moi que M. le légat, au mépris des règles usitées dans l'administration du sacrement de pénitence, au mépris de ces paroles célèbres d'une infinité de papes : Nisi verè contriiis eiconfessiSj a donné une absolution qui n'était ni voulue ni demandée ; que lorsque le decretum en a été remis, par Tévêque Bemier, à quelques-uns d'entre nous, ils en ont fait justice, en le jetant au feu, en présence de celui de qui ils l'avaient reçu, sous les yeux du citoyen Portails, qui nous a assuré en avoir usé de même, lorsque M. le légat lui a transmis un semblable decretum pour le relever et l'absoudre des censures qu'ila pu encourir, en prenant part à la révolution française. Vous direz, de plus, que le constitutionnel Lacombe n'a pas été gratifié de ce decretum. Sans doute qu'on a craint qu'il fût moins patient que les autres; qu'après avoir déclaré hautement qu'il en ferait plainte à qui de droit, il le renverrait, bien et dûment conditionné, à son auteur, avec une lettre bien propre à attester que s'il est plein de respect pour le Saint-Siège apostolique, il ne l'est pas également pour ceux qui, ayant sa confiance, prodiguent et risquent témérairement ses grâces. Je laisse à l'évêque Bemier et au citoyen Portails le soin de dire comment je me suis exprimé là-dessus en leur présence, le vendredi saint.
» J'espère, vénérable prêtre et très cher ami Binos, que ma réponse à votre lettre du 17 mai sera de votre goût, et qu'elle affermira mes droits à votre estime et à votre amitié. Je vous salue et vous bénis très cordialement en Nolre-Seigueur Jésus-Christ. j> -|- Dominique Lacohbb, dvéque d'Angouléme. »
Dans une note communiquée par Lacombeaux AnnaUsdela Religion^, cetévéque raconte ce qui s'élait passé, le 3 mai, aux Tuileries, lorsque les évéques nommés furent présentés à Bonaparte. Celui-ci leur adressa un discours dans lequel il leur recommandait principalement d'oublier le passé; de ne point tourmenter lo8 curés constitutionnels et de les laisser paisibles dans leurs paroisr i^es, s'il n'existait pas de raisons graves pour les leur ôter.
Avec le Concordat et les articles organiques furent publiés les actes de la cour de Rome, comme les bulles Ecclesia Christi; Qm Chriâii Damini, et les brefs qui donnaient au cardinal Caprara les
ÏDUvoirs dont il avait eu besoin pour l'exécution du Concordat, armi ces pouvoirs, il y en avait de relatifs aux prêtres marié pendant la révolution : le légal pouvait séculariser les membres du clergé qui s'adresseraient à lui, et leur permettre de légitimer leur mariage. Il usa de ce pouvoir, le 3 mai 1802, ^i faveur d'un prêtre du diocèse de Noyon*. Pour les religieux et les évéques, on devait s* adresser directement au pape. Talleyraad- Périgord, ancien évêque d'Autun et ministre des affaires étrangères, obtint de Pie VII un bref de sécularisation, en date du zd juin 1802. Ce bref fut reçu ofKciellcment par les consuls, sur le rapport de Portails, afin qu'il eût son plein et entier effet. L'arrêté des consuls est du 3 fructidor an X (19 août 1802.) Un sousHliacre, nommé Delille, obtint aussi sa sécularisation et fit connaître ce fait par les journaux. On cite encore d'autres dispenses analogues.
Pie VII, ayant eu connaissance de tout ce qui s'était fait en France, tint un consistoire, le 24 mai. Il y prononça un discours» dans lequel il fit le résumé de ce qui s'était passé dans les négociations, l'exécution et la promulgation du Concordat, il n'oublia pas le serment du cardinal légat. En finissant, il protesta contre les articles organiques, a Nous nous apercevons, dit-iJ, qu'avec le susdit Concordiat, on a publié d'autres articles qui ne nous étaient pas connus; suivant les traces de nos prédécesseurs, nous ne pouvons nous empêcher de solliciter à ces articles des modifications et changements opportuns et nécessaires. Nous nous adresserons avec empressement au premier consul, atin de les obtenir de sa religion. » Bonaparte répondit au pape
' \QAale8 de la ReKgion, t. kv, p. 47.
* Ce brof ebt eigné de Caprara rt contrenipië Vinc^ntlui Bucci.
DK I. KG LISE i>E rK.i.>CK. 403
que. d'après le Concordai lui-même, la police du culte appartenait à rÉtat ; que les articles organiques appartenaient à la police du culte^ et qu'ils seraient maintenus. Ils le furent en effets et ils font encore partie des lois françaises. On doit s étonner^ après ce que nous avons rapporté, que le pape ait dît dans son discours, en parlant des constitutionnels : a Vous trouverez, parmi les évéques nommés, quelques-uns de ceux qui ont occupé,' dans ces derniers temps, des sièges cpiscopaux, sans en avoir eu de nous l'institution ; qui n'étaient pas dans l'unité de l'Église et du Saint-Siège apostolique. Ne soyez pas troublés, vénérables frères ; leur institution aux places de pasteurs légitimes des nouveaux diocèses qui leur ont été coniiés, a été précédée par leur réconciliation avec le Saint-Siège : dans les actes que nous vous proposons de lire, vous trouverez qu'ils ont acquitté cette dette nécessaire envers l'Église. 9
Le cardinal Caprara avait-il trompé le pape? Il est certain que Pie VII^ pendant le voyage qu'il fit en France pour sacrer Bonaparte empereur, prouva, par sa conduite à Tégûd des constitutionnels, qu'il ne croyait pas à leur rétractation. Les évéques réfugiés en Angleterre et opposants au Concordat n'y croyaient pas davantage, et ils reprochèrent hautement à Pie Vil d'avoir donné Tinititution épiscopale à des schismatiques. Ces évéques adressèrent au pape, le 6 avril, une protestation contre le Concordat, sous le titre de : Réclamations canoniques et respectueuses. Trente-six des anciens titulaires, un évéque in partibus et l'évéque nommé de Moulins signèrent cette pièce, qui fut probablement rédigée, comme te mémoire du 26 mars, par AsseUne, évéque de Boulogne. Les évéques anti-concordataires insistent fortement, dans ce mémoire, sur leur destitution forcée, l'anéantissement de leurs titres et la privation de toute juridiction^dont ils étaient frappés, ils remarquent que Ton ne trouve, dans l'histoire de l'Église, aucun exemple de mesures semblables. Ils se plaignent d'avoir été dépooillés, dès le mois de novembre 1801» et avant même que plusieurs d'entre eux eussent reçu le bref Tàn% multa. Ils invoquent, en faveur de leur cause, les témoignages de plusieurs papes et en particulier de Pie VI. L'Église de France réduite à soixante évèchés au lieu de cent cinquante-six, son état précaire et incertain, son asservissement à l'État, sa dépendance des variations de la politique et de la mobilité des intérêts, tout cela fournit aux anti-concordataires les plus sérieuses considérations. Us voyaient avec raison le clergé livré aux caprices
404 ntSTOiav
et aux passions de la puissance temporelle. Lesarticles organiquety la manière dont on exécutait le Concordat^ la faveur accordée aux constitutionnels^ étaient autant de preuves à l'apppui de leurs considérations. Ils terminaient leurs réclamations en protestant contre toutes les bulles et brefs du pape publiés dans TafTaire du Concordat.
Les événements qui ont eu lieu, au sein de PÉglise de France, depuis la mise à exécution de cette convention, n'ont donné <iue trop raison aux signataires des Béclamations canoniques et re$pectueuses. Ces événements feront le sujet des Mémoires que nous publierons, sur l'histoire ecclésiastique en France , pendant le xix« siècle *.
Nous terminons ici notre Histoire de l'Église de France. Malgré la rigoureuse impartialité avec laquelle nous raconterons les événements qui feront le sujet de nos Mémoires, ces faits sont trop rapprochés de nous pour que nous puissions nous flatter de ne pas nous tromper dans leur appréciation. Nous avons été, et nous sommes témoins d'une partie de ces faits; les vraies causes n'en sont pas toujours bfen connues ; d'autres le sont trop^ pour que nous n^ayons pas à dire des choses pénibles de personnages qui jouent un rôle plus ou moins important dans les affaires de l'Église. Ces diverses considérations nous obligent à ne donner que le titre de Mémoires, au travail qui fera suite à V Histoire de r Église de France,
En terminant un ouvrage qui nous a coûté tant de recherches et de peines, notre devoir est de déclarer que^ depuis la première ligne jusqu'à la dernière^ nous n'y avons été guidé que par l'amour de la vérité. Intimement persuadé que la vérité tout entière ne peut nuire à TÉglise^ qui est la colonne de la vérité, nous avons jugé indigne de rÉglise et de nous d'avoir recours à des récils tronqués, dissimulés^ hypocrites, pour donner de l'histoire un tableau mensonger. L'esprit de parti ne nous a jamais inspiré. Tout ce qui a été écrit dans V Histoire de V Église de France Ta été^ parce que, dans notre intime conviction, c'était la vérité.
Notre ouvrage nous a valu de bien vives sympathies et d'in-
« Mémoires pour servir d VHUtoire de T Église de France, depuis k Concordat de 1801 jutqu*d nos jours, a vol. ia-8.o, du môme format que V Histoire. Cet ouvrage paraîtra dans quelques nnuécs.
DB L*ÉaLlSE DE FBAXCB. 405
justes persécutions. Nous pardonnons à nos persécuteurs et nous les plaignons. Nous remercions nos amis de leur appui et nous leur en témoignons notre reconnaissance. Nous prions Dieu de bénir nos amis et nos ennemis^ et de faire produire à notre livre des fruits de vérité et de vie^ dans les &mes de ceux qui le liront.