LETTRE DE S. G. M" MERMILLOD
A K. L'ABB£ FLEVBT.
MonthODX, le 31 juillet 1879.
MOKSIEUB LE ViOAIBE OÊNÊEAL ET OHEB AMI,
Je ne pais me lasser de vous féliciter parce que vous ne vous lassez pas de travailler au service de la sainte Eglise. Malgré la charge difficile et délicate de nCassister dans V administration spirituelle de Genève^ malgré les devoirs nombreux que vous impose la persesécution, vous savez trouver du temps à consacrer aux importantes études historiques de notre diocèse et de notre pays. Vous avez déjà publié des travaux qui
ont été tout à la fois une réfutation de grossières erreurs et une eooposition impartiale d^un passé que VEglise peut montrer sans crainte et à ses adversaires et à ses amis. Vous avez pris rang dans cette phalange de prêtres laborieux et érudits, quiy comme Gorini, font paraître sous leur vrai jour des époques souvent travesties par Vignorance et les hostilités. Ce ne sont plus seulement quelques périodes et quelques hommes que vous mettez en lumière; vous publiez une histoire complète de VEglise de Genève. Le succès, qu'ont obtenu vos monographies isolées, sera dépassé par Vintérêt qui s'attache à votre nouvel ouvrage.
Tous les siècles de notre histoire revivront dans vos pages; vous n'avez rien omis depuis V aurore du christianisme dans nos contrées jusqu'à notre âge > tout revit sous votre plume et devient une tradition de famille, dont les catholiques ont droit de s'honorer. Vous avez consulté beaucoup d'archives, vous les avez interrogées à Turin, â Rome, à Genève et à Berne, et de ces recherches pénibles et consciencieuses vous avez formé ces deux volumes, qui resteront comme une vigoureuse et savante défense de la vie de VEglise à Genève. A Vabri de tout parti pris à l'avance, vous n'avez pas craint de montrer les faiblesses de quelques membres de la hiérarchie, mais vous faites toucher du doigt que, la plupart du temps, eUes ont été le fait de
pouvoirs publics qui voulaient dominer ou exploiter VEglise. VEpouse de Jésus-Qirist a souffert de ces défaillances^ mais elle n'en a jamais été complice volontaire. Jusques dans les heures les plus sombres^ eUe luttait pour la sainteté de son clergé et la liberté des peuples. Vos lecteurs^ en constatant les sources où vous avez puisé, se convaincront que l'histoire du diocèse de Genève était une œuvre utile et opportune à faire. Elle avait tenté des hommes de valeur, qui furent nos maîtres et nos amis, le vaillant Monsieur Vuarin et Monseigneur Magnin, de douce mémoire, H sera facile de se convaincre que le protestantisme n*a été qu'une oeuvre étrangère à nos traditions nationales et aux libertés publiques, qu^avaient fondées nos évéques. Pour prendre racine à Genève, il a dil se faire oppresseur, n a eu peur de la lutte intellectuelle avec nos évêques exilés à Annecy ; mais, dans cette ville de bienveillant cîbri se formèrent de grands pontifes qui seront Zïmmortel honneur de l'Eglise. Ces saints évêques ont inspiré ce clergé magnanime, qui a donné d'héroïques martyrs en 1794 et aujourd'hui encore, ils soutiennent de leurs leçons et de leurs exemples les dévoués prêtres du diocèse d'Annecy et nos collaborateurs si fidèles et si courageux dans la persécution.
Vous avez écrit avec une critique sévère et vous avez su profiter des laJbeurs de toutes les Sociétés
historiques de notre paySj qui rendront hommage à voire science et à votre impartialité.
La jeune association sàlésienney qui vient d'inaugurer son eocistence par une biographie de saint Germain^ accueillera avec sympathie ces deux volumes qui seront des jalons plantés sur sa route.
n est à désirer que non-seulement les cafholiquesy mais encore ceux qui ne partagent pas notre foiy se donnent la joie de lire votre HiSTomE; ceux-ci y puise^ raient la lumière et ceux-là le courage dans nos temps obscurs et calamiteux.
Je vous remercie et vous félicite encore^ en souhaitant que des jeunes prêtres sachentj comme vous, unir le service des âmes aux études fortes, qui sont Vapologie et Vhonneur de l'Eglise.
Veuillez agréer ^ mon cher ami, avec tous mes vœux pour le succès de votre bel ouvrage, l'assurance de ma tendre et inaltérable affection en Notre-Seigneur.
+ GASPARD, évêque d'Hébron,
Yicaire Apostolique de Genève.