SAINT MAXIME
A Domitien, qui avait présidé à la translation solennelle des reliques de saint Victor, apportées de Soleure à Genève, succéda saint Maxime. Nous le voyons figurer parmi les prélats qui assistent à la consécration de la
célèbre abbaye d'Âgaune (Saint Maurice, en Valais) (1). A l'occasion de cette cérémonie (516), saint Âvit, métropolitain de Vienne, convoqua les évêques de la province pour être témoins de l'abjuration de Sigismond, roi de Bourgogne, qui avait professé TArianisme. Deux ans plus tard, nous retrouvons saint Maxime au concile d'Epaone (2), aujourd'hui Saint-Romain d'Albon, près de Vienne en Dauphiné. Il contribua à la rédaction des décrets portés par l'assemblée des évêques de la Bourgogne, pour régler le genre de vie que devaient mener les clercs, les moines et les prêtres. Saint Maxime assista aussi au concile d'Arles en 524, et à celui d'Oranges en 529 (3). Il figure au second concile de Vaise, dont il signe les actes en toute humilité : Maorimus peccator subscripsi. En 533 il apparaît une dernière fois : c'est au synode tenu à Marseille au sujet de Contumeliosus, évèque de Riez (4). Dès lors il disparaît, et c'est un prêtre nommé Toribius qui, au quatrième concile d'Orléans, se présente comme l'envoyé de l'évêque de Genève (5).
La fin tragique de Sigismond, qui fut pris par les Ostrogoths et mis à mort avec toute sa famille à Orléans en 534, fut pour Maxime un grand sujet de deuil : il ne tarda pas à le suivre dans la tombe.
PAPPULUS
En 549 le siège épiscopal de Genève était occupé par Pappulus qui envoya au cinquième concile d'Oranges, tenu
(1) BoLLANDisTBS. Acta satictorum, t. YI, p. 353.
(2) Le concile s*ouvrit sous Hormidas, Pape, le 8 des Ides de septembre, il finit le 17 des Calendes d*oclobre, cVst-à-<lir<î qu'il dura du 6 au 15 septembre. Vingt-cinq évi^ques v assistèrent. Les décrets du concile d*Epaone sont cités in extenso dans Vllistoire de La sainte Eglise de Vienne, par M. C. CiiARVET, p. 643 et suivantes. — Lyon, 1761. — Sirmond, t. I, p. 201. GaUia ChHstiayia, Xil, p. 211.
(3) SlKMOND, t. I, p. 207.
(4) Hégeste genevois^ p. 22.
(5) Sirmond. Concilia^ t. 1, p. 269.
en 549, un prêtre de son diocèse, nommé Tranquillus, pour en souscrire les actes en son nom (1).
GRÉGOIRE ET NICETIDS
Les successeurs de Pappulus furent Grégoire et Nicétius. BessoQ nous apprend que le (iremier avait été évêque de Pavie, et que le second prononça contre Clotaire une sentence d'excommunication, pour avoir fait mourir son 6l9 et sa femme. Il semble qu'à cette époque la vie de l'homme ne comptait presque pour rien, tant étaient nombreux les meurtres. Il faut dire que la loi bourguignonne tenait encore de la barbarie de ceux en faveur de qui elle avait été promulguée. Elle accordait aux maîtres le droit de disposer à leur gr^ de leurs esclaves. Les rois, surtout les chefs suprêmes, qui avaient toujours les armes à la maiD. voyaient trca-facilement dans les membres de leur propre famille des concurrents, dont la présence leur portait ombrage. De là, il n'y avait plus qu'un pas pour les
Ire tomber dans quelque embûche ou pour s'en défaire par
glaive. L'Eglise, gui avait voulu substituer à ces coutumes bare» les ménagements de la charité luttait de toutes forces contre ces instincts de férocité. Non-seulement condamnait les homicides volontaires à des pénitences perpétuelles, mais elle frappait même les homicides involontaires, et lorsque le meurtrier était un roi, elle lui infligeait l'excommunication solennelle. Ne soyons donc tp«s étonnés de voir Clotaire traité avec sévérité par
icétius, qui remplissait ainsi noblement le devoir j'évéque. Ce prélat fut, suivant Lévrier, promu à l'arche- Téché de Lyon vers l'an 560 (2).
tfil
SALONIUS
L'année 563 fut marquée par une inondation terrible, qui entraîna après elle les plus grands désastres dans tout le bassin du Léman. Elle fut occasionnée par l'éboulement d'une montagne, nommée le Tauredon (Tauredunum) Abus le bas Valais (1). Les rochers accumulés en tombant dans le Bbône remplirent le lit du fleuve et en interceptèrent le cours. Les eaux alors refluèrent, en formant un lac de plusieurs lieues d'étendue. Des villages entiers furent submergés; mais, lorsque les eaux emprisonnées purent se faire une voie, elles se déversèrent dans le lac de Genève avec une telle abondance, que le niveau en fut soudain élevé de la hauteur de 30 pieds sur chaque rive. La crue se fit sentir à Genève comme ailleurs ; les ponts et les moulins situés sur le cours du Rhône furent emportés, et tout le bas de la ville fut envahi par les eaux (2).
A répoque de cette catastrophe, Saionius était évêque de Genève. Son nom figure dans les actes du concile de Lyon tenu par les ordres du roi Gontram, en 567, et de celui de Paris en 573 (3).
CARIATTO
Après lui vient Cariatto, qui avait servi comme écuyer à la cour de Gontram. L'abbréviateur de Grégoire de Tours attribue son élévation à la faveur du roi, qui voulut
(1) Plusieurs auteurs ont essayé de préciser où était cette montagne. Picot s^attache à prouver auc l*emplacement le plus probable est Tendroit Op^occupe aujourd'hui le Bouveret. — Besson, p. 5. -- Sirmond, t. I, p. 3S>2. — Don Bocquet, t. II, p. 17.
(2) Conservateur suisse, t. VII, p, 188.
(3) Sirmond. Concilia antiqua Oalliœ, t. I, p. 352. — Lebbe, l. V, p. 849.
F le récompenser d'un service rendu, à l'occasion d'une conspiration ourdie par des seigneurs contre sa personne. Mais avant qu'il Fut question de ce complot placé par les historiens en 585, Cariatto occupait le siège de Genève, ptiîâqu'en 584 il souscrivait les actea du premier concile (le Valence, et l'année suivante, ceux du deuxième, avec le titre : Episcopus genavcnsis ecdesits (1).
Nul doute cependant que le roi Gontrara n'eut pour Cariatto de très-grands égards. Il fit en effet reconstruire à sa demande l'église qui avait été bàlie sur les ruines do temple d'Apollon et qui fut remplacée au dixième siècle par la cathédrale de Saint-Pierre. En outre, il la dota richement.
Gontram était un personnage dans les veines duquel coulait un sang à demi barbare. Aussi ses premières années furent-elles marquées par des actes qui ne sauraient être justices à aucun égard.
Telles furent ses capricieuses alliances, le sans-façon avec lequel il fit jeter dans un monastère la veuve de son frère Charibert, afin de jouir en paix de son héritage; le supplice des deux enfants de Wamachaire, livrés à la
^înort parce qu'ils s'étaient permis d'attaquer la réputation de son épouse, et celui du médecin qui n'avait pas su la guérir de la peste. On peut dire qu'en tout cela Gontram obéissait aux instincts de sa nature première; mais il ne tarda pas à comprendre que le christianisme demandait de lui plus de modération et plus d'humanité. Aussi, sur les représentations fermes et charitables de l'évéque, il modifia sa conduite et devint l'ami des pauvres, le protecteor des faibles et des opprimés; enfin, la simplicité avec laquelle il abordait les gens du peuple lui valut le surnom de Bon Gontram,
II s'appliqua à donner à ses sujets l'exemple du plus profond respect pour les lois de Dieu et de l'Eglise, et pour les prêtres, avec lesquels, dit Grégoire de Tours, il se conduisait « comme s'il eût été prêtre lui-même. * Il traitait surtout avec distinction les évêques qu'il convoquait à ses conseils. Gontram mourut en 593, après un règne de 33 ans, laissant ses Etats à son neveu Childebert.