RUSTICUS
Nous ne pouvons préciser quel était l'évêque qui siégeait alors à Genève, car l'époque de la mort de Cariatto ne nous est pas connue. S'il fallait s^en rapporter au témoignage de Spon, ce serait Âppellinus ou Abelinus, mais en 602, c'est-à-dire neuf ans après la mort de Gontram, nous voyons figurer dans le récit de Texhumation (1) des reliques de saint Victor deux prélats appelés évêques de Genève, Rusticus et Patrice. L'un d'eux, c'est-à-dire le second, n'était, sans doute, qu'un cborévêque ou évêque forain, exerçant les fonctions d'évêque à la campagne, et résidant en dehors de la ville épiscopale; mais nous ne pouvons nous empêcher de placer entre Cariatto et Âpellinus, Rusticus, dont l'existence, d'ailleurs, n'est précisée qu'en 605, au concile de Londres, époque où le nom de saint Colomban faisait grand bruit dans les Gaules.
APELLINUS (2)
Le nom d'Apellinus figure dans les actes du troisième concile de Màcon, convoqué par Clotaire II, au sujet des
(1) Cctto cérémonie eut lieu dans l'église de Saint-Victor en présence de Thcodoric, roi de Bourgogne, oui consacn à l'ornementation de cette basilique une partie des biens que lui avait laissés Warnachaire.
(2) Blavignac, d'accurd avec Bosson, place entre Rusticus et Apellinus deux évOques du nom d'IIu^o I et d'Andrœus Grœcus. — Leur passage ii*a pas laissé de traces dans l'histoire.
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ilaintes portées contre la règlp, donnée aux moines de Luxpuil par saint Colomban (I).
Colomban. sorti des solitudes de l'Irlande, était venu sur le continent pour y prêcher la pénitence. Sa première retraite fut un château en ruine, situé dans les montagnes des Vosges. 11 se rendit ensuite à Luxeuil, où il établit une communauté dcB plus florissantes, faisant revivre la ferveur et les vertus des Hilarion et des Antoine, ces hommes du désert, dont la vie n'avait été qu'un long acte de mortification et de pénitence.
Théodoric, ayant entendu parler de Colomban, voulut le voir; mais il ne reçut de lui que de vertes remontrances sur te dérèglement île sa vie. La franchise de Colomban De pouvait plaire au roi, qui se mit à le persécuter. 11 dut alors quitter sa solitude, et se dirigea vers l'Helvétie, où il prêcha successivement sur les bords du lac de Zurich, à Constance, enfin sur les rives du lac Léman. Partout saint Colomban fit entendre sa voix d'apôtre, s'élevant avec force contre te relâchement des mœurs. Il voulait qu'aux macération» du corps on joignit l'amendement de sa vie. • MBcérer la chair, disait-il, si l'âme ne fructifie pas, c'est labourer sans cesse la terre et ne point lui faire porter de moisson, c'est construire une statue d'or en dehors et de boue en dedans. > Saint Colomban, en tenant ce langage,
itait dans la vérité, mais quelques prescriptions de sa (gle paraissaient si sévères, que plusieurs évêques, pré-
'enos par Théodoric et surtout par son secrétaire Agrèstinu», qui avait été moine à Luxeuil et en était sorti, se demandèrent si elle était conforme au véritable esprit de l'EvADgile, Cette question fut posée au concile de Mâcon, teno en 624. Parmi les prélats qui prirent part à la délibération se trouvait Âpelliuus, évéque de Genève. Il avait
, (I) liAKixiuiDi, Cnticil. li, p. G9e.
d'abord été circonvenu par Agrestinus, son parent ; mais, dès que la vérité se fit jour, il fut d'avis que Tœuvre de Colomban était sainte, et qu'il fallait la soutenir. Aussi, dès ce moment, comme les évêques des Oaules, il se montra le protecteur des disciples de saint Colomban et l'ami de leur règle.
PAPPOLUS II
Pappolus II, autrement nommé Poppinus, succéda à Apellinus. Il assista au concile de Châlons-sur-Saône, en 650, comme le prouve la souscription suivante apposée aux actes de cette assemblée. Pappolus ecclesiœ Genc^ vernis ejnscopus suhscripsi. Il admit une autre formule en souscrivant la bulle de privilège accordée par le Pape au monastère de Sainte Croix. Papinus per misericordam Dei Oenaviensis urbis liane eonstituiionem eonsewtiens subscripsi (1). Cet évêque fut appelé à faire le voyage de Rome pour régler des difficultés ; mais une maladie violente vint l'y surprendre à son arrivée et il y trouva la mort, avant d'avoir pu s'incliner devant le Chef de l'Eglise. Nous pouvons du moins le présumer d'après la lettre du Pape Honorius à l'Eglise de Genève, à laquelle il envoya Robert de Baie, qu'il avait nommé de sa propre autorité pour ne pas laisser se prolonger la vacance du siège, t Vous m'avez envoyé un évêque mourant, je vous en renvoie un plein de vie. Vous le recevrez comme venant de notre part, avec la bénédiction de notre Seigneur, ainsi que nous aurions reçu et accepté le vôtre (2). •
(1) Voyez la noie du Régeste sur le chaDgcmcnt de Pappolus en Pop pinus, p. 25.
(2) Honorii Epist,
Robert I" avait été légat en Sicile; il remplit sans doute »vec distÎDCtioQ son nouveau mandat, mais nous ne coBnaissons rien de son ëpiscopat. Il en est de même de celai de ses Buccessenrs Âddanns ou Adrianus, Epoaldus et Âlbo. Si leur nom reste, leur vie est complètement in* connae.
1 HUPORTUNUS
' n n'en est pas de même d'Huportunus qui vint après eoï. Aprèa avoir été le précepteur de Pépin d'Héristal, il continna 3ur le siège de Genève à jouir de toute la conlace de Charles Martel qui l'employa, dans diverses ictsions, comme négociateur. Il rendit de grands sériées à plusieurs églises des Gaules. De fâcheux démêlés ayaot éclaté dans son propre diocèse à cause de.Ja juri< diction et de la discipline ecclésiastique, il voulut y mettre fin, en convoquant un concile à Genève. Les églises de Vaud de Neuchàtel y prirent part, etles frais de représentation ,rent supportés en partie par la magistrature de Genève A en partie par ks peuples du pays de Vaud et de Neuchàtel. S'il faut en croire le témoignage de Rachat, ce concile, tenu en l'an 726 n'eut pas seulement les proportions d'une assemhlée provinciale. Le pape Grégoire II y envoya deux légats, qui furent les évêques de Porte et de Msntoue. U y eut llBévêqueset 1 40 Abbés (1). Malheureusement, les actes de ce concile ne sont pas arrivés jusqu'à noua. C'est une perte considérable pour l'histoire de
1 (l) Rdcuxt. Abrigé hisl. -
l'église de Genève; car ils eussent contenu de précieux détails sur les paroisses qui formaient le diocèse à cette époque (1). Tout nous porte à croire que les frontières du diocèse de Lausanne et de Genève furent fixées en cette assemblée. La rivière d'Âubonne servit de limite. C'est jusque-là, en effet, que s'étendait notre ancien diocèse, en partant des rives du Fier, qui passe à Rumilly et se jette dans le Rhône. D'un autre côté, son territoire allait de la crête du Jura aux sommités du Mont-Blanc.
(i) Tout en mentionnant co quo nous dit Rnchat sur le concile tenn k Genève, nous devons faire observer à nos lecteurs qu'il ne se trouve nullement mentionné dans la liste des conciles particuliers de la Gaule. 11 nom semble de plus difficile d'avoir pu réunir à ce moment 116 évèques et sortont 140 Abbés. Ce titre ne se donnait qu'aux chefs des Abbayes, et elles n^étaîent pas encore très-nombrouses au buiUcme siècle.
L'église de Genève sous les rois Carlovlngiens
Arrivée de Pépin i Qeuiu. — Synode ou cnnseil Icnu par Charlemigne. — Gilabertus. — Wallernus. — Quelques noms d'èt jques d'après Bessoa. — AsUldus. — Ansegise. — Oplandas. — lellre da Pape Jean V11I au mctropolitaio de Vienne. — Apradus. — Bcroard I. — Franco. — ËTénemenU qui préparèrent la chuM de la djnaslie.
La position topographique de notre pays en a fait de tont temps un lieu de passage pour les années étraugëreB, venant de l'Italie, de l'AUemagne et de la Gaule. Aussi avons-nous vu son sol foulé tour à tour par les Romains, les Francs et les Ostrogoths. Au huitième siècle Pépin, le digne héritier Je Charles Martel, y arriva à la tête de nombreuses légions, pour aller combattre en Italie contre Aatolpbe, roi des Lombards (1), et délivrer Home, menacée par les barbares (756). Dix-sept ans plus tard, Charlemagne, ce grand conquérant, qui était aussi l'ami des arts, le promoteur de la science et des lettres, choisit encore Genève pour y tenir un synode ou conseil de
(I) Chroniques iv Phéoecihi, livre V, p. 77S.
guerre, afin de savoir quel chemin fl devait prendre ponr aller, à la tète de son armée, s'opposer à la marche de Didier qui investissait de nouveau Rome (1). Deux chemins s'ouvraient devant lui, l'un à travers les gorges du Saint* Bernard, l'autre par les cimes du Mont-Genis. Il choisit ce dernier passage pour y conduire la majeure partie de ses troupes. Le reste traversa le Mont- Joux, sous la conduite de son oncle Bernard (773).
GILABERTUS
Qilabertus occupait alors le siège ëpiscopal de Genève. Comme, à cette époque, les prélats étaient les principaux conseillers de la couronne, il dut naturellement prendre part à cette assemblée solennelle où se traitèrent, comme dans toutes les réunions provoquées par Charlemagne, une foule de questions relatives aux intérêts de l'Eglise. On sait que ce prince fut une seconde fois appelé à Rome pour protéger le pontife Léon III, qui le couronna empereur des Romains, le V janvier de l'an 800.
WALTERNUS
Suivant Besson, Walternus, évêque de Genève, avait été convoqué par Léon III au synode de Rome; il fut présent à cette auguste cérémonie. Le Gointe^ en donnant la liste des hauts dignitaires sous Gharlemagne, nomme positivement Walternus, évoque de Genève (2).
Si nous voulions suivre ici l'ordre chronologique de Besson, nous placerions après le nom de Walternus, celui
(1) Martènb et Durand. Veterum scriptorum collectio^ I et II, — Spon I, p. 29. Note.
(2) Le Cointe. Hist, eccles. Franc, VII, p. 170.
de saiot Protais, qui, diUil, se réunit à saint Théodule, évèque de SioB, et à saint Grat, ^véque d'Aoate pour faire la translation des reliques des saints martyrs d'Agaune, mais les discussions savantes, publiées par M. Gremaud sur l'épiscopat de saint Tliéodule nous portent à croire qu'il y a eu, chez les auteurs consultés par Besson, erreur de date. C'est au cinquième siècle qu'il faut placer cet événement; nous n'admettrons donc ni le nom de saint Pvotais parmi les évéques de Genève, pas même son existence au neuvième siècle. Saint Frotais figure avec plus d'à'propos dans la liste des évoques de Lausanne.
ASTiiLDCS
n est nn personnage plus certain que nous rencontrons
à cette époque, c'est Astaldus ou Cataldus, qui prend part
aa concile tenu â Aix-la-Chapelle en l'année 8!G. Cette
ville était la capitale du royaume, fondé par Charlemagne,
Il l'avait ornée de marbres et de sculptures apportées
d'Italie. Encore aujourd'hui, après plus de mille ans, cette
Tille porte un cachet de cité impériale qui frappe le voya-
' geur. Nous voyons aussi Astaldus, notre évéque, figurer à
I l'assemblée de Nlmègues où Louis le Débonnaire est remis
i en possession de la couronne; au concile de Worms
(833) (1) et à celui de Sens (834). Une dernière fois son
nom paraît dans les actes du synode de Kiersy- sur- Oise,
tenu sous le même empereur Louis, le 6 septembre 638 (2).
Sa mort arriva, dit Besson, en 839, après trente-trois ans
d'^piscopal.
Ici Besson place les noms de Domitien II, et de Boson,
Fftoqael il attribue dix-sept ans d'épiscopat, d'après une
(I) Une, I. Vil, p. 1081.
(S) EtALuni. Uéscc-lluiiea, I
— asassurance qui lui fut donnée à la bibliothèque de Genèye, mais il est évident qu'il a été induit en erreur. Car si l'épiscopat d'Ansegise fut, comme nous rapprennent tous les historiens de Genève, d'une durée de trente-deux ans, son avènement dut suivre d'assez près la mort de Castaldus, puisque Optandus, successeur d'Ânségise, apparut en 880 (1). Il n'y a donc plus qu'une intervalle de neuf ans à peine; ce qui ne permet pas de donner à Boson un aussi long épiscopat.