CHAPITRE V
Les évoques sous les Rodolphiens
Anselme. — Lt reine Berthe. — Adelgandos. — Aymon. — Girold.
— Hopes. — Dherses fondations. — Conrad. — Adelgandns II.
— Bernard II. — Frédéric. — La Bible de saint Pierre. — Borsadns.
Le règne de Rodolphe 1^ ne fut pas des plus pacifiques; ce prince dut lutter contre Arnolphe, roi d'Allemagne, qui envahit en 912 le pays de Vaud; mais il finit par remporter la victoire et il s'appliqua à organiser le royaume qu'il avait fondé. Il mourut en Tan 912 (1), laissant le trône à Rodolphe II qui, dès les premiers temps de son règne, eot i se défendre contre Burchard, duc de Souabe. Au milieu des luttes sanglantes de ces compétiteurs, nous ▼oyons apparaître deux évéques, qui se présentent comme médiateurs, afin d'arrêter l'effusion du sang, Guillaume, évoque de Bàle, et Anselme, évèque de Genève. Ils sont 98sez heureux pour faire entendre des paroles de paix aux deux parties, et leur médiation amène le mariage du jeune Rodolphe avec la fille unique du duc de Souabe, la
(1) Régeste Forel^ n* 100. — Régeste genevois^ p. 96.
princesse Berthe^ dont le nom est resté en vënëration dans le pays de Vaud, où elle habita (1).
On l'appelait la bonne reincy et à juste titre, car elle allait partout soulageant les pauvres et répandant des consolations et des bienfaits. Payerne, où était son château, se ressentit particulièrement de ses largesses. Elle y fonda une église en l'honneur de la sainte Vierge et un couvent de Bénédictins. Elle bâtit une foule d'autres églises, et elle fit des dons considérables au prieuré de Saint- Victor , à Genève, qu'elle avait visité. Nous ne connaissons point d'acte spécial de fondation de la reine Berthe dans notre pays. Le canton de Vaud est mieux partagé sous ce rapport. Les archives de Lausanne possèdent son testament en faveur de l'abbaye qu'elle avait fondée à Payeme. Ce document est très-curieux, à tous égards. Il dénote l'esprit qui animait cette bonne reine, sérieusement occupée du salut de son âme. < J'ai jugé convenable, dit- elle, de faire servir, à la gloire de Dieu, une partie des biens qui m'ont été confiés pour un temps, de peur qu'en ayant tant reçu je ne sois peut être trouvée en faute au dernier jour. Estimant qu'il vaut mieux avoir i me réjouir de ceux que j'aurai mis en réserve, lorsque la mort viendra m'enlcver tout le reste...., je donne de mes possessions propres à saint Pierre, à saint Jean, à saint Maurice et à tous les saints qui reposent dans le lieu
nommé Payerne. Je donne à sainte Marie et fais ma
fondation aux fins et conditions qu'on y bâtira un couvent en l'honneur de la sainte Vierge Marie, et qu'il s'y formera une congrégation de religieux, vivant suivant la règle de saint Benoit et qui exerceront chaque jour des œuvres de miséricorde envers les pauvres, les indigents, les étrangers et les voyageurs (2). •
(1) Don Planche. Histoire de Bourgogne j IIJ, p. 75.
(2) Archives de la société d'histoire de Fribourg, I, p. 371.
I Ce fragment snfBt pour nous donner ane idée de la foi t de la générosité de eette prineesae, dont la mémoire est restée et restera vénérée par les Helvétiens,
ADELGANDUS
A la mort d'Anselme, le peuple de Genève demanda
pour évoque un diacre, nomme Adelgandus, qui se faisait
iioarquer par ses hautes vertus. Sa sainteté était si bien
iblie que le pape répondit â ceux qui le lui recomman-
Les autres choisissent des évoques pour en
,ire des saints, mais vous avez élu un saint pour en faire
évëque. • Ce bel éloge résume tout ce qu'on peut dire
vertus d'Adelgandus qui siégea en 927. Il assista au
icrc de Lihon. évèque de Lausanne, à qui le roi Rodolphe
avait conféré ce siège important, Il fît même l'éloge de
l'élQ, donnant à ce choix sa haute approbation. Collau-
dans consenait (1).
A l'époque où nous sommes arrivés, les comtes avaient irtout étendu leur pouvoir. A Genève comme ailleurs, ludant longtemps ils n'avaient été que de simples goufrneurs. Ainsi Trumold sons Charlemagne (f)28), Albitius lus les rois de Bourgogne, Jean, qui parada au tournoi de Magdebourg en 936, passèrent inaperçus, mais, bou8 Bodolphe le fainéant, Guillaume, comte de Genève, commença à prendre des allures indépendantes, et son BuccesFeur Gérold voulut marcher sur ses traces, Conrad le mit i la raison, mais les comtes de Genève n'en demeurèrent pas moins d'importants personnages qui élevèrent >d£B prétentions sur la ville et le territoire.
I (1) Bial. Pat. Mon. Chili