‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 19 sur 84 · HUGUES II · texte numérisé non relu

HUGUES II

Hugues passa sa jeunesse à la cour. Nous le voyons à la suite du roi de Bourgogne, Rodolphe, assister à l'investiture de saint Odilon, en qualité d'Abbé de Cluny à la place de saint Mayeul (988) (1). Dix ans plus tard il assista au concile de Rome convoqué par Grégoire Y (2). Déjà, comme on le voit, Rome était le centre de la catholicité. Lorsque la voix du Pape y appelait les évêques pour les réunions conciliaires, ils y accouraient ou y envoyaient des délégués. C'est ainsi qu'en cette circonstance se trouvent mentionnés, comme étant à Rome, les évêques d'Arles, de Vienne, de Lyon, de Genève, de Lausanne et d'autres. Au commencement du onzième siècle nous retrouvons Hugues, secondant la piété de sainte Adélaïde, sa tante, et faisant la translation solennelle des reliques de saint Victor. Elles avaient été enfouies pour être soustraites à la rapacité et aux profanations des Sar-

(1) D'AcHERT. Spicileçium, III, p. 379.

(3) Labbb. Concilia, IX, p. 773,

r«sins qni, dans leurs excursioos étùent venua jusque BOUS les murs de Genève et avaient incendié l'église de Saint-Victor. Elles furent exbumées et placées en grande pompe sur l'autel, en présence du roi Rodolphe, de la reine Elgiralde, de plusieurs évéques, des comtes et des nobles du voisinage. Il s'agissait de confier à dea hommes pieui la garde de ce précieux dépôt. C'est alors que saint Odilon, le célèbre abbé de Cluny, fut appelé à Genève et que le prieuré de Saint-Victor fut érigé en ftbbaye. L'acte de fondation, publié par Besson (1), est curieux à plusieurs égards. D'abord il cite, en témoigoage de la piété de Hugues, le grand zèle qu'il avait pour la décoration des édifices consacrés à Dieu. Souvent il s'entretenait avec le roi et avec ses procbes de la restauration des églises. Fréquenter eum senioie, etc. Ensuite il est à remarquer que le roi Rodolphe n'est appelé que senior. La ville de Genève est désignée comme cité épiscopale. Vrbs noslri episcopalûs , ce qui nous porte à croire que déjà l'évêque était investi d'uu double pouvoir spirituel et temporel. Rodolphe, en effet, avait déjà, dix BDS avant cette cérémonie confié à l'évoque de Lausanne Ja dignité de comte de Vaud, en lui accordant la souveraiceté temporelle de toutes les terres royales situées entre la Veveyse et l'Aubonne (2). Pourquoi n'aurait-il pas réservé la même faveur à son parent, évoque de Genève, avec lequel il était dans les meilleurs termes ?

Bugnes aimait, avons-nouR dit, à parler de la restauration des églises. Il faisait plus que cela, il s'appliquait à les orner et à les embellir; témoin celle de Saint-Pierre en Valais, détruite par les Sarrazins, qu'il releva de ses

(il Biuo*. Preuves, i tS| VuDru, |i. ni.

ruines (I), En 1830 on lisait encore sur le fronton da cette antique église ce8 mots : Ilvifo prtesul Genovœ Christi ductits amore stnixerat hoc temî>lum. On peat sa demander comment sa sotlicitude s'étendit sur une église du Valais, qui n'était pas de sa juridiction. Peut-étra était-ce par analogie de nom avec l'église de saint Pierre de Genève, sa cathédrale, qui i^tait sur le point de rece- Toir son couronnement, non pas à la vérité avec le style de l'édiSce actuel qui est du douzième et du treizième siècle, mais comme église destinée à devenir une vraie basilique. Les libéralités de l'impératrice Adélaïde mirent l'évéque Hugues à même de poursuivre l'achèvement de l'édifice dont il avait posé la première pierre. Par cette construction, Genève entra dans ce magnifique mouvemeot de restauration religieuse, qui se manifesta sur tous les points de l'Europe au onzième siècle, et qui fit surgir de terre, comme par enchantement tant et de si beaux monument». Ou eut dit, pour me servir de l'expression d'uD chroniqueur ancien, Raoul Glubi t que le monde entier secouait les baillons de son antiquité pour revêtir la robe blanche des églises. < Lzs fidèles, en effet, ne se caotentèrent pas de reconstruire presque toutes les églises épiacopales, ils embellirent aussi les monastères dédiés à différents saints, et jusqu'aux églises de villages. Ce fut, ea effet, à cette époque qu'on vil s'élever dans le voisinage de Genève le prieuré de Peillonex fondé par Gérold, sooa le vocable de Notre-Dame ; l'abbaye de Talloire, sur les bords du lac d'Annecy où les moines suivaient la règle de saint Benoit, l'bospice du Grand Saint-Bernard, dans lea gorges des Alpes pennines, destiné à recueillir les voyageurs égarés au milieu de la tempête. Qui n'a pas entendu parler de ces religieux hospitaliers, de leurs chiens,

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I, (J. II. — flnioDST. Valesia Chrisliana, p. 30.

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ministres intelligents de leur charité, qui vont chercber dans I& neige les malheureux voyageurs ensevelis par avalanche? Élevés à plus de 2,S00 mètres Bu-deasus du ,veau de la mer, dan#une région où les herbes végètent ft peine, où l'œil de l'homoie n'aperçoit que glaçons et rochers, les hls de saint Bernard, à. cette heure, sont encore à leur poste, accomplissant leur mission, toute de charité et de dévouement.

Quelque vif que soit l'intérêt qui s'attache à ces diverses ndations, nous ne pouvons que les mentionner d'une manière très-rapide.

L'an 1017, Hugues assista à un synode convoqué par l'empereur Henri II à Francfort. Il y eigna le décret d'érection d'un évéché a Bamberg (l). L'an 1010, le 1 1 octobre, Hugues assista à la dédicace de l'égtisc do Bàle, restaurée par les soins de l'empereur Henri IL Ce fut probablement le dernier acte public de son épiscopat. L& date de sa mort ne nous est pas connue.

CONRAD. — ALDAGANDUS II

Besaon, Spon et d'autres historiens de Genève donnent & Hugues, pour successeurs, Conrad, Aldagandua II et Bernard II. Leur témoignage a été confirmé par la découverte récente de monnaies signées du nom de ces deux évéques, C0NBADD8 EPisc. et ADALOODUB EPiBC, et portant au revers ces mots geneva civîtas. C'est à Rome, dans le clocher de Saint-Paul, hors les murs, qu'elles ont été , trouvées, en 1843 (2).

Il) Rifgeite genetoU, p. 13. — Conrad, AldaganJns l* BLivicNAc. H. D. C, I. vil, p. 80.

BEBNARD II

Quant à Bernard II, ce serait à lui, d'après Bérenger, que l'empereur Conrad aurait confié l'investiture du comté de Genève, pour punir le comte Robert de ses tentatives d'indépendance. Quoiqu'il en soit, assurément, déjà à cette époque Tévéque était revêtu de la double autorité temporelle et spirituelle. Prince véritable, il était maître de la ville, des faubourgs, du territoire adjacent et des confins du voisinage.

C'est là, en effet, ce que déclara en 1420 la communauté de Genève qui faisait remonter les droits de son souverain à 400 ans et plus, droits alors incontestés.

FRÉDÉRIC Après Bernard II apparaît Frédéric, dont le nom figure

dans une foule d'actes publics. Il était, d'après Besson (1), membre de la famille des comtes de Genève. Rien, cependant, ne démontre cette assertion. Léti assure qu'il fut sacré par l'archevêque de Lyon et les évêques de Sion et de Lausanne dans sa cathédrale, le jour de la fête de saint Pierre. Il cite même le nom du moine qui porta la parole en cette cérémonie. Nul doute que Frédéric n'ait été an personnage de haute distinction qui mit son activité et son zèle au service de l'Eglise. Il jouissait de la confiance des Princes et des Papes de cette époque. Plusieurs fois la reine Ermengarde l'appela dans ses conseils. Ce témoignage de considération est particulièrement exprimé dans l'acte de fondation du monastère de Talloire. 'B.er consi'

(1) Besson, p. 11.

Ii«m episccporum et Frederici Oenovensis (1). Le Pape Léon IX, qui connaissait Frédéric d'une manière intime, le prit à sa suite, lorsqu'il se rendit à l'abbaye de Saint- Haurice en Valais, dont il confirma solennellement les privilèges (1049). Frédéric fut un des témoins qui signèrent les procès-verbaux de cette visite à jamais mémorable. Il ee rendit aussi avec le même Tape à Besançon, où il assista à la consécration de l'autel de Saint-Etienne par le Sonverain Pontife. En 1044, il servit de témoin au testament de l'archevêque Hugues, et en 1041, il signa le procès-verbal de la dédicace de l'église de Saint-Didier, eo qualité d'évêque de Genève, archidiacre de l'église archiépiscopale de Besançon (2). Alexandre II lui confia la mission et le rôle de conciliateur dans un débat survenu à Lyon entre l'archevêque et son clergé. Il ne nous reste aucune charte de l'évèque Frédéric; mais Dous possédons & Genève un monument digne de remarque auquel se rattache son nom; c'est une Bible du dixième siècle, soigneusement écrite, à la fin de laquelle se trouvent ces mots : Frédéric Episcopus Januensis. Tout porte à croire qu'elle fut donnée par cet évèqae à sa cathédrale qui la regardait comme un de Bes plus insignes joyaux. En feuilletant cet énorme et me^ifique in-folio, remontant au dixième siècle, on se demande comment on a osé dire à Genève que Luther avait découvert la Bible. Cinq cents ans avant lui, un évêque à Genève possédait la Bible, lisait cette Bible, et la faisait lire à son clergé, auquel il la laissait comme un riche héritage, et cette même Bible est, sans contredit, le livre le plus précieux de notre bibliothèque, où on la voit posée sur le même lutrin de fer qui la soutenait au Chapitre de Saint- Pierre.

- Edllion lie Paris, 1717,

Ce fut pendant Tépiscopat de Frédéric qne saint Odiloo, abbé de Cluny, fit aggrandir le couvent de Saint-Victor, qui fut rasé en 1535. En 1010, Frédéric assista à nn concile convoqué à Rome par le Pape Léon IX, et dans lequel Gérard, évéque de Toul, fut canonisé (1).

Il est un fait très-important qui se passa à Lausanne sous répiscopat de Frédéric et auquel, d'ailleurs, il prit part comme suffragant de l'archevêque de Vienne, c'est la proclamation pour la Bourgogne Transjurane de la Trêvede-Dieu, Treuga Dei... On sait que Charlemagne avait cherché, par des mesures très-sévères, à mettre fin aux guerres privées de seigneurs à seigneurs^ vengeant, les armes à la main, des injures faites à quelque membre de leur famille. L'Eglise elle-même avait prononcé des peines spirituelles très-fortes contre ces actes de cruauté. Ne pouvant extirper le mal par la racine, elle essaya du moins d'en faire perdre l'habitude par une trêve, qui consistait à mettre bas les armes depuis le mercredi, au soleil couché, jusqu'au matin du lundi de chaque semaine, pendant tout l'Avent jusqu'à l'Octave de l'Epiphanie et durant tout le Carême.

Quiconque se permettait, pendant ce laps de temps, une attaque contre un voisin ou un rival, était, après admonition, frappé de l'excommunication, non-seulement dans son diocèse, mais dans toute la province ecclésiastique. Afin de prendre une mesure plus générale encore, Hugues, prince-évêque de Lausanne, convoqua à Montrion, situé à la porte de la ville, les archevêques de Besançon et de Vienne et leurs suffragants. En leur présence, il proclama obligatoire dans tout le pays soumis à l'empereur Conrad la Trève-de-Dieu. Ce fait, suivant

(1) MoRBiLLON. Afin, Jiénéd^ t. IV, p. 738.

M. de GlngÏDs, se passa en 1036 ou 1037, par conséquent pendant la vie de Frédéric (1).

Suivant quelques auteurs, la mort vînt frapper Frédéric le 25 août 1064, mais cette date nous parait plus qu'baeardée^ puisqu'il esiste un acte d'une donation faite par cet évêque à l'abbaye de Romainmotier la dix-septième année du règne du roi Henri, ce qui correspondait à 1073 (2). Il fut rédigé à Genève par Anselme, pour le chancelier Wuillernius. Déjà Frédéric avait donné précédemment, de concert avec ses neveus, à l'église de Saint- Paul, à Besançon, tout ce qu'il possédait par héritage de ses ancêtres dans le village de Franoy, situé près de Besançon (3). II voulut ajouter à ce premier acte de générosité un second, en donnant aux moines de Romainmotier, par l'entremise de son avoué, Algodus, toutes los terres qui lui appartenaient à Montbary, iti villa monte Taurcaco dans le diocèse de Besançon, à la charge de céldbrer son anniversaire comme celui d'un de leurs frères. Il chargea dans une lettre particulière, Guillaume I, dit le Grand, comte de Bourgogne, de protéger de tout son pouvoir l'exécution de ses volontés et de surveiller l'accomplissement des clauses contenues dans l'acte.

Tout ceci nous porte à croire que Frédéric était originaire de la Bourgogne ; c'est dans cette contrée qu'étaient les terres de ses ancêtres; il fut archidiacre de la cathédrale de Besançon; il y accompagna le Pape Léon IX pour la grande cérémonie de la consécration de l'autel de Saint-Paul; Guillaume, comte de Bourgogne était un de ECS intimes amis. C'est plus qu'il n'en faut pour détruire l'assertion de Besson, qui en a fait un parent des comtes de Genève.

(I) CinnlaÎK A>\ UuaaBnp. M. D. R,, i. VI, p. 3S. (A CartuUUrr i/tr liom-iinmothr, M. D. U., i, III, ji. 4.W. t) DvvuNOi. Arplilïf» ili^ Ui'San;oE, \i. ST. Rrfyeile genevois.

BORSADUS

Le BucceBseur de Frédéric fat Borsadus, qui occupa le siège épiscopal p3ndaDt cinq anSi sans laisBer de traces précises dans l'histoire. Son nom figure dans la liste des évéques, telle qu'elle se trouve dans la Bible de Saint- Pierre. Elle dit que Borsadus mourut le cinq des kalendes de février (1078).

Si nous en croyons le récit de Bertholdi dans ses annales (1), Henri IV, roi de Germanie, traversa Genève en se rendant à Canossa auprès d'Hildebrand , au commencement de l'année 1077. Borsadus aurait ainsi eu occasion de saluer à son passage ce puissant monarquOi qui ne craignit pas d'aller en Italie demander au Pape son pardon.

(1) Bertholdi. Annales ap Ven, Script, V, p. 298.

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