‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 20 sur 84 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

I*es évfiqueB de Genève sous la souverainetâ impértale

Ce qu'étaient les eumtes ivant la choie de l'empire romaiD. — lin se rendent indépendants. — Le premier bénèllcier ({ni porte le titfp de enraU. — U prinripanlé tcraporcilc des fti^ques. — Jalnusie (leH cumles. — tiuj de Faucignj. — Funilalions en ra^eor dn prienré de Saint-Victor. — Cessions diverses faites par (iuj de Faocign;. — Ce qu'on peut lai reprocber. — - Humbert de firamntODt. — Son amonr pour son l^glise. — Ses retendiutions. — Le traité de Sejssel. — Sa soliicitnde ponr les flabUssements religieai.

Avaot d'entrer dans cett^ période, qui fut marquée par de très-longues luttes entre les seigneurs comtes de Genève et les évoques, il est nécessaire d'établir la délimitation des pouvoirs et de préciser le genre d'autorité que conférait primitivement le titre de comte à ceux qui en étaient revêtus, surtout à Genève.

Dans le principe les comtes furent, ainsi que les autres titulaires de l'empire, des officiers chargés de rendre la justice au nom des empereurs. Les premiers dignitaires étaient les ducs ou gouverneurs, les seconds les marquis;

ils commandaient les années et administraient les provinces. Après eux venaient les comtes, espèces d'adjoints ou de lieutenants qui les aidaient dans la gestion des affaires générales. Dans le principe, ces dignités n'étaient que temporaires, analogues à celles des préfets ou souspréfets français, dépendant des ministres, leurs chefs.

Mais au déclin de Tempire romain, le pouvoir central commençant à perdre son prestige, les ducs, les marquis et les comtes s'adjugèrent chacun le gouvernement des pays soumis à leur autorité. Peu à pou, se prévalant d'une certaine indépendance, ils gouvernèrent les villes et les campagnes à leur caprice. Le pouvoir devint une affaire de famille ; il passa de père en fils, de mâle en mâle, et il n'y eut plus d'autre lien vis-à-vis du souverain que celui de l'hommage rendu à son autorité, et la promesse de défendre le pays en cas d'attaque. Les comtes devinrent ainsi les seigneurs et maîtres des localités où ils n'avaient été primitivement que les officiers de la justice, au service des gouverneurs.

Nous ne trouvons dans l'histoire du diocèse aucune mention des comtes de Genève avant le neuvième siècle. La première fois qu'il en est question c'est sous Charlemagne. Frumold nous est signalé dans les lettres d'Eginhard comme ayant un bénéfice dans le pays de Genève, en Bourgogne, oh son père fut comte {in pago Genevensi in Burgundia, uhi pater e;u5 Cornes fuit) (1). En 1020, Guillaume, comte de Genève, formule déjà des prétentions à l'indépendance sous le règne de Rodolphe-le-fainéant, et Girold devient son héritier, avec le titre de comte de Genève (Cornes genevensis); son fils Robert est revêtu de la même dignité.

Dans la suite, obligés de se défendre contre leurs

(1) Eginbaru. EjnstoL,, ap. D. Bouquet, VI, p. 374.

rivatra, les comtes s'environnèrent d'hommes d'armes, se retranchant dans des châteaux transformas en places fortes. C'était un empiétement sur le domaine des évêques, qui unissaient déjà alors la principauté temporelle dans Genèïe à leurs pouvoirs spirituels. Nous en trouvons la preuve dans un acte du prieuré de Saint-Victor, passé en date de loi!). Genève y est désigné sous le titre de TÎUe épiscopale {Urle nostra). Le roi Rodolphe n'y figure qne boos le nom de senior. Verdeil affirme que, dix ans auparavant, le même roi avait conféré à l'évëque de Lausanne le titre de comte de Vaud, avec la eouveraineté temporelle de tontes les terres royales situées entre l'Aubonne et la Veveyse; ce qui nous porte à croire qu'il avait accordé à Hugues, son parent, évêque de Genève, la même faveur, sinon sur le territoire par delà l'Aubonne ou commençait le diocèse de Genève, du moins sur les \iiles et les faubourgs. Suivant Bérenger, l'investiture de cette principauté n'aurait été conférée qu'à Bernard II, qui vivait au commencement du onzième siècle. Si l'on ne peut pas préciser la date, où la principauté temporelle fut adjointe à la dignité épiscopale, il n'en est pas moins constant que ce fut avant le cours du onzième siècle qu'elle commença; en effet, lorsqu'il fut question, en 1420, de soumettre au vote populaire la question de la principauté temporelle de Genève qu'ambitionnait le comte Amédée de Savoie, il n'y eut qu'une voix dans l'assemblée pour dire, que tous étaient déterminés à vivre sous le spectre, plusieurs fois séculaire de leur évêque : Fuerunt enim et iunt omnino dispositi vivere suh Dominio predielm eeclesia genevensis et jtirididione ac refjitnine sui prclati, sicut patres et pradecessores eorum stii eis. (1) •

Les comtes devinrent bientôt jaloux de cette autorité;

(Il Sfoji. PrPuv.'.

ils avaient des terres confinant avec celles de Tëvêque ; des vassaux^ par conséquent, qui allaient se placer sons sa protection et demander l'admission aux ordres sacrés. Parfois, c'était une injure dont on avait à se plaindre, un homicide commis, une rixe à vider, un malfaiteur à punir.

Qui devait poursuivre l'enquête, juger en dernier ressort, châtier le coupable? Voilà ce qui fournissait aux comtes des prétextes d'empiétement sur les droits de l'évêque, dont ils convoitaient l'autorité.

Les familles des comtes donnèrent parfois à l'Eglise des évêques qui tendirent la main à leurs frères, comme il y en eut d'intrépides, qui se constituèrent les défenseurs courageux des droits de l'Eglise.

Nous trouvons un échantillon de ces deux types d'évêques précisément dans Guy de Faucigny et Humbert de Grammont.

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