‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 24 sur 84 · BERNARD CHABERT · texte numérisé non relu

BERNARD CHABERT

Après Nantelme vint Bernard, généralement appelé Chabert. Nous ne possédons pas de renseignements sar les premières années de sa vie.

Au moment de sa nomination à Tévêché de Genève, il était chancelier de Téglise de Paris, jouissant d*un grand renom à cause de son savoir. 11 est appela par un auteur contemporain : Vir miiitœ scientiœ et totius bonitatis (1).

Bernard Chabert eut, comme ses prédécesseurs, à défendre les droits de son église contre les envahissements du comte de Genève. Il trouva un appui dans Thomas de Savoie, prince aussi brave que généreux, auquel il conféra le Vidonmat. C'est le premier acte par lequel le prince évêque fut en contact avec la maison de Savoie.

Le pape Innocent III lui donna de nombreuses marques de confiance dans les missions délicates dont il fut chargé.

En 1208, il lui demanda de s'adjoindre à l'archevêque de Vienne et à l'abbé de la Chassaigne pour faire une enquête sur des inculpations très-graves portées contre l'archevêque de Lyon (2). La même année. Innocent III le charge de veiller à ce que Tévêque de Grenoble mette maître Olivier en possession de l'église d'Epemay (3). Une autre fois, c'est au sujet des moines du Saint-Bernard que le Pape lui écrit, afin qu'il vérifie si les cruautés dont ils sont accusés à Tégard d'un malheureux qui croyait avoir trouvé chez eux un refuge, sont réelles.

(1) Gallia Christiana, III, p. 1076.

(2) Innocent, Epist,, l. 11, p. 117.

Ca) Ibid, p. 120.

Bernard se prêta le plus qu'il le pût à l'achèvemeiit de l'église de Saint-Pierre, Ainsi, il y affecta, pour une année, les revenus des églises et prébendes qui deviendraient vacantes (1). Il fit, de plus, doaation d'une part de ces revenus aux élèves du Chœur et à l'œuvre de la cathédrale, donation qui fut coniirmée en 1217 par Aymon, son successeur (2).

On voit, par les lettres d'Inuocent III, que Bernard s'occupait spécialement des questions de droit ecclésiastique. En diverses circonalauces il coubulta Rome pour obtenir des décisions en matière matrimoniale, sur des cas de censure et sur l'exercice de la juridiction.

Sous le Pontificat d'Innocent III, plusieurs guerriers, à la suite de Quillaume, comte de Genevois, partireut de nos contrées pour la guerre sainte déclarée aux Albigeois. Ils étaient accompagnés de Maître Gaufred, chanoino de Genève, et de plusieurs autres religieux, qui tombèrent entre les mains des hér<<tiques. Raynald nous apprend qu'ils furent crucifiés. Le Pape rendant compte de leur mort aa concile, tenu à Avignon en 1209, appelle ce supplice Alrox faciitus et fait l'éloge de Gaufred en ces termes : • C'était un homme pieus dont la vie fut toujours édifiante et religieuse (3). • Le 28 septembre 1212, Bernard, nommé commissaire apostolique, est délégué pour la visite et la réformation des chanoines de Saint-Jean et de Saint-Etienne de Besançon (4). Son administration à Genève avait été sage et pleine de fermeté. Le Pape appréciant son mérite, le promut, après sept années d'épiscopat, au siège archiépiscopal d'Embrun (5).

|l) AFchiï. PiiriJ, hisi., n- W.

(31 Affli. Poni-t. Iiial., n- 45.

f3) D, lioDgliET. Bistor. Albigeiis,, XIX, ]i

{kl CuirrLBT. VfiuntîQ Cieitoj, pnrl. U, p

(5j Inrwcent. Epût., t. il, p. 684.

La lettre par laquelle le Pape lanocent III lui annonce son changement, est le plus (bloquent panégyrique qui puisse être formulé à la mémoire de Cliabert (1213, 22 fé' vrier). Après avoir loué sa science, sa fidélité à remplir les devoirs de sa charge, il ajoute : i Le don de science TOUS a été réparti par le père de famille comme un talent à faire valoir; vous ne l'avez pas enfoui, bien au contraire, vous en avez usé en remplissant votre charge de Pontife de la manière la plus honorable et avec une solli' citude digne de toute louange. C'est pourquoi, serviteur fidèle dans une charge moins honorifique, vous êtes digne d'être placé sur un siège plus élevé. • Enfin, il lui annonce que son mérite lui a valu l'unanimité des voius du clergé, du peuple, di'S sufTragants du diocèse d'Embrun qui l'ont demandé pour leur archevêque. £n le déliant donc de la charge d'évêque de Genève, il lui transmet, avec le titra d'archevêque, le PalUutn, qui est le signe de la plénitude de ses pouvoirs comme Pontife (1).

Le dernier acte de Bernard Chabert, comme évêque de Genève, fut l'arbitrage qu'il prononça entre le chapitre de Mâcon et le couvent de Cluny, en 1213.

Une dernière fois le nom de Bernard reparait dans nos chartes; c'est en 1220, lorsqu'il atteste, comme archevêque d'Embrun, que, durant son épiscopat, Amédée Ai Hauteville avait douué à perpétuité à l'Eglise de Genèvs) le Vidomnat de cette cité (2).

Bernard Chabert mourut à Embrun en 1236.

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