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CHAPITRE VII

Un des grands évêques du moyen âge

lirdacias de Fiorign}. — Son citraclioD. — Son élfciion. — Lettre de saiDl tteniard. — Ses maseils. — Vaealians religivnscs à celte i|iDqaR. — LfH moioes. — Leurs Irataai. — Leur ycnre de vie. — Arducias layorisa les fondalioDS — GoDstestalions avec le eomie A.vmun. — Appel i l'empcrenr Frédéric. — Accord de saiol Sigfsmoud. — Ruses d'AjmuD déjouées. — Deroiers actes , d'iïrdwius. — Sa mort.

ARDUCIUS

rll est des hommes qui, par leur mérite transcendant commandent le respect même à leurs ennemis. On se sent forcé de s'incliner devant leur mémoire, tant est grand le prestige de leur renommée? Tel est ArduciuB qui a occupé le siège ëpiscopal au douzième siècle. Les auteurs protestants, malgré toutes leurs préventions co&tre les évêques, ont été obligés de reconnaître t que plusieurs se montrèrent les défenseurs de l'indépendance politique et municipale de leurs administrés; • aussi les appellent-ils les bons évêques genevois, et à leur tête ils placent Arducius de Faucigny (1135).

Nous ne connaissoDs rien de l'enfance de ce jeune seigneur, dont le père était un homme de guerre, et auquel était confiée la garde du passage, qui séparait le Faucigny du comté de Genève. Son château, perché sur un rocher, dominait la vallée de TArve. Ce fut dans cette forteresse, aujourd'hui en ruine, que Ârducius reçut le jour. Comme les jeunes seigneurs de ce temps, il s'adonna, étant adolescent, aux exercices des joutes et de la chasse; mais ses vues s'étant portées vers le sacerdoce, à la mort d'Humbcrt de Grammont il fut demandé pour évêque par le clergé de la ville et par le peuple. Cette acclamation est pour nous une preuve de l'estime universelle, dont jouissait Ârducius, à cause de sa bienfaisance et de l'aménité de son caractère.

A cette époque vivait un personnage dont l'influence se faisait sentir dans toute l'Europe ; il parlait aux peuples et aux rois. C'était saint Bernard, l'illustre abbé de Clairvaux. A peine eût-il appris l'élection d' Arducius qu'il lui adressa deux lettres remplies d'excellents conseils (1). Le ton d'autorité, avec lequel il lui parle, a pu faire croire qu'Arducius avait été son disciple, mais rien ne prouve cette assertion. On sait, d'ailleurs, que le zèle de saint Bernard ne connaissait aucune borne et qu'il ne s'arrêtait ni aux frontières des diocèses ni aux limites des Etats. Il avait des leçons pour les seigneurs comme pour les moines (2). Maintes fois même il parla au Pape avec une sainte liberté. D'ailleurs, des religieux de son ordre étaient placés sous la houlette pastorale de l'évêque de Genève, à Bonmont, à Saint- Jean d'Aulps et à Haute- Combe. Il écrivit donc à Arducius pour lui recommander ses frères. En lui exprimant ses vœux, il lui signale ce qui

(1) Bernardi. Opci'a éd, Mabillon. — Paris, 1710, 1. 1, p. 255.

(2) Lettre de saint Bernard à saint Guérin, abbé d^Aulps.

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peut Tendre son ëpiscopat illustre et lui rappelle les obligations d'an vrai pasteur. Ecoutooa son lan^^age plein de franchise.

■ Le siège auquel vous avez été appelé par le vœu du I. peuple et du clergé demande un homme de grand I mérite. Si la sainteté de vie n'a pas précédé votre éleci tion, que du moins elle la suive inviolablemcnt. Si vos ■ études par le passé n'ont pas été dirigées vers la « science que doit posséder un évéque, qu'elles prennent

Ice caractère à l'avenir, et que les coneclious du boir «ffacent les défauts du matin de la vie. Mathieu passa du comptoir à l'Apo-stolat, Ambroise délaissa le luxe du palais, pour revêtir le manteau épîscopal, Paul fut persécuteur du nom chrétien, avant d'être apôtre. Imitez ces grands serviteurs de Dieu et honorez voire ministère par la gravité de vos mœurs et la maturité de vos conseilH. Alors nous nous réjouirons de vous voir établi, comme un serviteur âdélo, sur la maison du Seigneur (1). .

Les paroles de l'illustre abbé de Clairvaux exercèrent sur rime d'Arducius une influence salutaire, car, ayant été sacré par l'arelitvÈque de Vienne, il vint à Genève où il fit son entrée, accompagné des évéques de Lausanne et de Sioo. Il s'appliqua à réformer ce qu'il y avait eu de défectueux dans ses études, et il s'environna d'hommes instruits, qui lui prêtèrent l'appui de leurs bons conseils. , il devint un illustre et grand évéque, qui sut goutTDer d'une main ferme son diocèse et en défendre les raits.

fut un siècle bien extraordinaire que celui où kut ArduciuB. Un courant rapide entraînait les plus

(Il Sfor, 1, p. 10.

— esgrands seigneurs vers la solitude, et ceux qui ne pouvaient quitter leurs châteaux contribuaient largement à des fondations pieuses. De toutes parts s'éleTaient de vastes abbayes et les solitudes se peuplaient de ferrents cénobites, qui partageaient leur temps entre la prière et le travail. Les sites les plus retirés, les gorges des montagnes les plus sauvages étaient les lieux qu'affectionnaient les disciples de saint Benoit, les enfants de saint Bruno et les colonies de Citeaux.

La bâche, la scie et le marteau retentissaient d'abord dans ces déserts pour élever quelques huttes, qui faisaient place â do plus solides constructions, et bientôt la cloche, placée sur le faite de Tédifice réglait toutes les heures de travail. Des métayers, des hommes de service sous la direction des moines, ouvraient les routes, construisaient des ponts, cultivaient les terres et fertilisaient le sol.

Ce mouvement se faisait sentir en Allemagne, en Italie. Le diocèse de Genève n'y fut pas étranger, car de cette époque datent la plupart des fondations de nos abbayes, celle de Saint- Jean d'Aulps (1103), celle d'Haute- Combe (1125), celles de Bonmont, de Chezery, dans le décanat d'Aubonne (1131), celle du Liaud, en Chablais (1150), celle de Belle-Rive, sur les bords de notre lac (1159), colle de Bonlieu, près de Rumilly (1169), de Sainte- Catherine en Semine (1159), de Sixt, en Faucigny (1144). Il faut encore cgouter â ces fondations celles des Chartreuses de Vallon (1138), de Pommier, d'Arvière (1151), du Beposoir.

Bien loin d'entraver ce mouvement de fondations, qui est un des caractères saillants du douzième siècle, Arducius le seconda et s'y associa de grand cœur. Partout son nom se mêle aux actes de donation. Son frère Aymon^ prince et seigneur de Faucigny, veut-il remettre aux Chartreux les gorges du Béol, qui prit plus tard le nom de Re-

posoir à cause du calme de cette vaste solitude, Ardncius cède aussi tous les droits qu'il pourrait avoir sur ces domaines, et il signe l'acte remarquable, qui interdit à tout homme d'armes et à tout chasseur de venir troubler cette paisible et tranquille retraite (I) La même chose se passe pour l'abbaje de Sixt, où se trouve son frère Ponce, et à laquelle il fait donation de la cure de Samoëns (2). C'est Ârducias qui dicte la charte et y appose son sceau. Arducius Geben Episcopus hanc diclavi cartam 1167. Et lorsque plus tard des difficultés surgissent entre les abbayes d'Abondance et de Sixt au sujet de la Juridiction dévolue à l'Abbé Rodolphe, Arducius apparaît comrfie pacificateur, et y met fin (3). Les Béuédictins de Contamine ODt-ils à se plaindre des seigneurs voisins, qui exercent sur les terres du couvent des actes vexatoires, Arducius se déclare leur haut protecteur et il en appelle à son neveu, Henry de Faueigny, auquel il demande justice. Voici comment il entre en matière : ■ Arducius, par la grâce de « Pieu, cvêque de Genève. Conformément au devoir qui « nous est imposé par notre charge de veiller à la tran-

• quUlité et à la liberté des Eglises qui servent Dieu avec

• fidélité, et, d'aprCs la loi de la charité qui ne connaît

• pas d'étrangers, nous devons veiller à ce que la sainte « Eglise de Dieu, qui, trop souvent, est placée par les

< puissaota du siècle entre l'enclume et le marteau, puisse

< au moins un peu respirer (4). > L'influence d'Arducius sur tous les membres de sa famille était trop grande pour qu'il n'obtint pas justice. Aussi son neveu Henry convoquat-il tous les seigneurs du Faucîgny à Sallanches, pour leur ordonner de respecter les terres des moines de

I (I) Ceœ chifle, Dcinyiïc le H juin IlSt, «^eI vMe pur Beason.

I (b BusoH. Prcuvi-

CoDtamiDe. Leurs droits furent stipules et consignés dans un acte authentique, par ordre de Tévèque Arducius (1).

Ne soyons pas étonnés du haut patronage accordé par révoque de Genève aux maisons religieuses et aux moines de cette époque. Il connaissait les services émi« nents qu'ils rendaient aux arts, à l'agriculture et à l'Eglise. Il savait que ces monastères étaient des maisons de travail et de prière, et il regardait comme un devoir de sa charge de les soutenir.

Bien souvent on entend dire que les couvents étaient alors des foyers d'ignorance et des asiles ouverts à l'oisiveté. L'histoire est là pour affirmer le contraire. Elle s'élève contre cette calomnieuse assertion, détruite d'ailleurs par les monuments des siècles passés, et par les œuvres qui nous restent de ces intrépides travailleurs. Voici, d'après les annales Bénédictines, le genre de vie des disciples de saint Benoit : c Ils défrichaient de leurs propres mains les terres incultes, abattaient les forêts, arrachaient les halliers, et, les pinces à la main, ils remuaient les tisons au foyer. Après avoir passé la matinée dans de tels travaux, exposés à l'ardeur du soleil et à la chaleur du foyer, noircis comme des forgerons, ils regagnaient le couvent vers les trois heures pour aller prendre leur repas. Là, après s'être lavés et encore tout trempés de sueur, ils entraient au réfectoire où la faim leur faisait trouver délicieux tout ce qui leur était servi. Leur pain était noir, et ils avaient pour boisson de l'eau détrempée d'un peu de vin. Leurs aliments étaient habituellement quelques raves et du légume. Ils terminaient leur repas par l'action de grâces à l'auteur de tout bien. Le reste du jour était consacré aux leçons et aux études jusqu'à Vêpres, et après avoir récité dévotement les Compiles, ils se ren-

(1) Besson. Preuves, n" 33,

daient en silence au dortoir où chacun s'étendait sar un peu de paille on de laine fou'.ëe qui lui servait de couche. Vers le milieu de la nuit ils se levaient pour réciter les nocturnes de matines (1). •

Tei était le genre de vie des moines du douzième siècle. A la tête de toutes les abbayes, si nombreuses de cette ëpo* que, fie trouïaient des hommes éminents par leur sainteté. Celle de S'- Jean d'Aulps, fondée en l'an 1103 par Humbert, comte de Maurienne, avait pour prieur saint Guérin, que l'Eglise du Valais vint enlever de vive force pour le placer sur le siège épiBcopal de Ston (2). A Abondance, le vénérable abbé Ponce, frère d'Arducius, si distingue par ses élDinentes vertus, se formait à la vie monastique sous Burchard de Genève. A Haute-Combe, se trouve saint Amédée, religieux de Claîrvaux, qui fut appelé plus tard ft illustrer le siège épiscopal de Lausanne. A Chézery, dans le décanat d'Aubonne, nous rencontrons saint Lambert pour abbé, au Reposoïr, le bienheureux Jean d'Espagne, qui meurt à l'âge de 47 ans, en odeur de sitiutoté.

Lorsque Arducîus dépeignait à son neveu, Henry de Faucigny, la position de l'Eglise, pincée entre le ier et l'eDclunie, il ne faisait qu'exprimer la situation générale

kde son diocèse. Il venait de pns<<er par des luttes dont, à la Térit4, il était sorti vainqu"nr ; il n'en ressentait pas noÎDS vivement les meurtrissures qu'avait éprouvées celle tqui lai avait été donnée pour épouse spirituelle au jour de ■on sacre. En effet, le comte de Genève, Ayroon. qui aspirait i. prendre pied à Genève, avait oublié les traités sîgoéa à Seyssel. Il avait construit des forts sur le terri*

lalfi Bentdict. Livr« Tt, r. 30.

( 8ern>rJ, Jans unn trUri' fi(lri's8i<i< a

\, ('«J'P'll'' sitB l""!! (nire. Bonua pater c

atAum i]i' Snint-Jean - utiiae riostfi; l'X II un tl a rté lal-mtuje

toire épiscopal, comme s'il en eut été le prince, et, recommençant ses empiétements, il faisait un crime à Arducius de recevoir, sans son consentement, anx ordres sacrés, ses vassaux ou leurs enfants. La lutte s'envenimait chaque jour: elle menaçait de devenir plus ardente, lorsque ce prélat, ayant été appelé à rendre visite i l'empereur Frédéric dans une cour plenière convoquée à Spire, réclama son appui contre tous ceux qui seraient tentés d'envahir ses terres et de porter atteinte aux droits de son Eglise. Frédéric, qui avait pour Arducius une véritable estime, lui fit le plus bienveillant accueil (1) bénigne recepimus. Il le traita non-seulement comme un prince, sictd tantum principem decuit, mais comme un ami, dilectum nostrum Arducium. De plus, il reconnut solennellement ses droits et menaça de sa colère quiconque oserait les lui contester. Le comte de Genève se tint pour averti ; mais comme les démêlés pendants demandaient une solution, les archevêques de Vienne, de Lyon et de Tarentaise, s'interposèrent comme médiateurs, et ils convoquèrent le comte et Tévêque de Genève à Saint-Sigismond (2), près de Grésy, afin que les plaintes des deux parties y fussent pesées et examinées. Plusieurs grands personnages vinrent à cette conférence, dont Tissue fut, comme à Seyssel, la confirmation des droits d' Arducius, évêque et prince de Genève.

Il fut arrêté que le comte ferait raser les forts qu'il avait élevés sur les terres de Genève, et que la délimitation des territoires respectifs de Tévêque et du comte se ferait par voie d'experts, conformément aux antiques usages (3).

(1) Lettres patentes de Fr($déric dattfcs de Spire, 1154. — Spon. Preuves» n* 2. — Besson. Preuves, n* 25.

(2) Accord de Saint-Sigismond. — Mallet. M. D. C, t. IV, p.

(3) Rdgeste genevois^ p. 95, 96.

Le pspe Adrien IV, à la prière d'Ârducius, confirma ce ' traité le 21 mai 1157 et, par une seconde bulle datée du même jour, il confirma le diplôme de l'empereur Fré* déric, menaçant de l'excommunication quiconque oserait troubler l'Eglise de Genève dans ses droits et ses libertés (1). Amédée, méconnaissant à la fois le traité qu'il venait de conclure et la sanction qu'il avait reçue da Pape, continua le cours de ses usurpations. L'évoque fut forcé d'en porter plainte au Saint-Siège; Victor IV, è. qni Arducius s'adressa, employa successivement envers le comte de Genève les exhortations et les menaces. Il dut, à la fin, lancer contre lui l'anathème de l'excoRimu- j nication (2).

Ajrmon, qui n'avait pas pu réussir par la violence,] recourut à la ruse. Il s'adressa à Berthold IV, issu de4 la famille des ducs de Zœhringen qui prétendait avoir ^ des droits sur la Bourgogne. Il fit un accord avec lui pour qu'il s'engageât via-à-vis de l'empereur Frédéric à renoncer à tous ses droits, s'il voulait lui accorder le vicariat de l'empire sur les villes et le territoire de Lausanne, de Sion et de Genève. Frédéric , heureux d'écarter à ce prix un concurrent, s'empressa de lui accorder ea demande et aussitôt Berthold retourna au comte Amédée le vicariat de Genève. Celui-ci, se croyant fort de la cession de l'empereur, se mit, comme prince, à retirer les revenus ecclésiastiques,

ArduciuB, comprenant la ruse dont avait usé Aymon

se rendit à Pont-de-Laon, sur Saône, dans le diocèse de

t Besançon, oii se trouvait l'empereur. 11 lui soumit la

1 question avec une sainte liberté et plaida si bien en faveur

Ldes droits de son Eglise, que Frédéric reconnut avoir

<l}BoUod'.\ilr

cédé à Berthold des droits qui ne lui appartenaient pas. II avoua ses torts, en donnant au clergé de Genève, aux nobles, aux bourgeois et aux citoyens, une déclaration, portant t que ni lui ni ses successeurs ne pourraient, à l'avenir, disposer de la souveraineté de Genève, et que l'évoque demeurerait à jamais seigneur souverain et prince de la ville, de ses faubourgs, du territoire et de ses châteaux, sans autre supérieur que saint Pierre, en faveur desquels il confirmait tous ces privilèges » (1). Ce diplôme porte communément te nom de Bulle d'Or. Il fut donné le 7 septembre 1162. Ce fait à lui seul prouve Ténergie du caractère de ce grand évêque.

Ârducius figura au troisième concile de Latran tenu à Rome en Tan 1179, et, malgré son grand âge, il voulut faire ce voyage, pour empêcher, dit Besson, qu'un intrigant ne parvint à le remplacer sur le siège de Genève (2). Arducius resta plusieurs mois à Rome. Il en revint pour dicter ses dernières volontés, par lesquelles il donnait aux évêques de Genève le mandement de Thiez, qui était un fief de sa maison. Il croyait à ce moment toucher à la fin de sa carrière. Elle se prolongea plusieurs années. Des affaires importantes où il s'agissait des droits de son Eglise, l'appelèrent encore à Strasbourg et à Aix, en Savoie, où eut lieu un dernier accord entre le comte Guillaume et lui (1184).

Arducius mourut le 25 de juillet de Tan 1185. Il avait occupé cinquante ans le siège èpiscopal. Il est appelé, dans Tobituaire de Saint- Pierre, homo honœ memorÙBj cujus anima cum Angelis requiescat! Ce vœu, à lui seul, indique dans quel estime était ce grand évcque parmi les dignitaires de saint Pierre.

(1) Arrhivos de G(?nôve. Porlof. hist., n' 19. — Spon. Prouves, n* iO.

(2) Besson, p. i9.

CHAPITBE VIII

Evoques du xnoyen-ftge

Frère Nantelme. — Il eontinoe l'œn^re d'Ardncins. — Gnillaume V>^ est mis an ban de l'empire. — Trailé de paix. — Sa médiation.

— Bernard Chabert. — La croisade. ~ 11 est transféré à Embrun.

— Pierre de Cesson. — Aymon de Grandson. — L'enquête. — Henri de Bottis. — Aymon de lenthonay. — Sa médiation. — Les censtititions synodales.

NANTELME ou NANTELIN

A révêque Arducius, sorti de haute lignée, succéda un moine dont le nonoi de famille est resté inconnu. On l'appelait Frère Nantelme en religion. Il garda la même dénomination, lorsqu'il monta sur le siège de Genève. D'après Guichenon, il avait été prieur dans la Chartreuse de Vallon en Faucigny (1). Quoiqu'on général, d'après leurs statuts, les religieux n'acceptent pas des postes honorifiques dans l'Eglise, il en est cependant que leurs éminentes vertus ou leur science désignent au choix du Chef de l'Eglise.

(1) GoiCBEfCOM. Bibliot, Gebus, Cent. II, ch. 34.

Tel fut Nantelme qui, de sa cellule de moine, passa à la prévôté de saint Pierre (1).

Revêtu de cette dignité en 1181, il prit part à tout ce qui intéressait Téglise de Genève, et il se forma sur les exemples d'Arducius, dont il devait poursuivre Tœuvre. Comme son prédécesseur, il eut à lutter contre les pouvoirs laïques pour maintenir la sentence arbitrale rendue à Aix sous son prédécesseur en 1184. Son compétiteur était Guillaume P', comte de Genevois, qui fut cité devant l'empereur Frédéric Barberousse à cause de ses empiétements, et condamné à la perte de ses fiefs et à une indemnité envers Tévèque. Sa soumission ne fut que fictive ; il recommença bientôt ses empiétements, et il fallut une nouvelle condamnation pour le plier au devoir. Cette fois elle fut énergique et positive : c Vu la persistance et l'opiniâtreté dans la rébellion de Guillaume, appelé cidevant comte de Genevois, attendu qu'à cause de ses crimes et de ses excès contre l'Eglise de Genève, nous l'avons mis au ban de l'empire comme étant l'un de ses ennemis notoires, nous autorisons l'évéque de Genève i reprendre tous les fiefs que le dit Guillaume tenait de lui et à en conférer une partie à des vassaux fidèles et énergiques, pouvant défendre l'Eglise de Genève et faire la guerre à cet ennemi de l'empire (2). • Guillaume finit par se rendre. L'époque où il signa un accord en forme de traité de paix, fut celle de la chute de Jérusalem aux mains des Musulmans, et où fut prise la vraie croix (3). Cette nouvelle plongea dans le deuil la catholicité qui, alors, avait le sentiment des grand souvenirs attachés aux saints lieux.

(1) Régeste genevois^ p. 119.

(2) Archives de Genève. Portef. hist., n*" 29.

(3) Prise de Jérusalem, 3 octobre 1187.

Ce fut le motif que mit en avant Kantelme pour se moQlrer généreux dans le pardon. ■ Devant un tel désastre, dit-il, toutes les animosités cessent; il n'y a place dans les cœurs que pour la tristesse (I). •

Pour remédier à de si grands maux, Innocent III s'adressa au clergé et aux fidèles de la province de Vienne et les exhorta à fournir des hommes et de l'argent, afin de secourir les chrétiens d'Orient contre les Sarrasins. Cet appel eut son retentissement à Genève comme à Vienne, ville métropolitaine, et Nantelme appuya ce mouvement de la croisade (1198). i C'est probablement, dit Blavignac, à cette date et non en 1170, comme le rapportent les vieilles chroniques qu'il faut placer une levée de 500 hommes faite dans l'évêché de Genève, à destination de la Palestine (2). >

Nantelme intervint dans une foule de transactions soit entre les particuliers et les communautés religieuses, soit entre les couvents et les églises; ce qui montre le caractère conciliant dont il était doué, et la confiance qui Ini était accordée par le public. Il termina ainsi beaucoup de différends dans son diocèse, notamment ceux de l'abbaye de Bonmont avec Jean de Prangins et Raymond de Saint-Symphorien, 1205 (3).

On doit dire, à la louange de l'évéque Nantelme, qu'il avait établi entre les diverses églises de la province, une douce fraternité et une communion de prières. Il l'avait même étendue au clergé de Mâcon qui lui déclara que cette union serait cimentée par un anniversaire qui aurait lieu chaque année le lundi de Pentecôte (4).

IQ Aieh. du Grn^vc. PorlcT. hislor., n' S7. L n Rtwtts tur Genève, «tconJc: série, p. 71. K'4R AnhivN (9e Gent'Ye, Puricf. Iiislur., d' M.

Nantelme mourut le 13 février 1206, après avoir occapé 20 ans et 7 mois le siège de Genève.

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