‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 28 sur 84 · ROBERT DE GENEVE · texte numérisé non relu

ROBERT DE GENEVE

Robert de Genève succéda à Aymon de Menthonay. Il appartenait à la famille des comtes du Genevois ; il avait pour père Guillaume II, et pour mère^ Aline de La Tour. Jamais peut-être on ne vit sortir d'un même château autant de prélats à la fois. Les trois frères atués de Robert occupaient des sièges épiscopaux. Amédée avait été nommé évêque de Die en 1252; Aymon occupait le

(1) II ne faut pas confondre Robert do Genève, ëvêqne, avec son homonyme, qui joaa le rôle malbeareux d*Antipape en 1389.

siëge de Nevers (1260), et Guillaume celui de Langres (1267). Robert marcha sur les traces de ses frèreSy et après avoir occupé une stalle au Chapitre de Genèvei il fut promu à la prévôté de la cathédrale de Lausanne, ensuite à l'évêché de Genève (1).

Dès le début, Robert se montra le vigilant défenseur des intérêts de TEglise et le gardien sévère de la discipline monastique dans les maisons religieuses de son diocèse. Dans la visite pastorale qu'il fit, il s'enquit partout de la position temporelle ou spirituelle des églises confiées à sa sollicitude. Il en trouva de si pauvres qu'il les réunit à d'autres, pour que les desservants pussent avoir au moins leur entretien. Telle fut l'abbaye de Bougy, qui n'avait que trois paroissiens capables de payer des droits. Elle fut unie à Aubonne, où le prélat voulut que les chanoines, propriétaires de vignobles, eussent une maison pour n'être point obligés, dans leurs visites, de loger dans les hôtelleries, « ce qui paraissait inconvenant », quod inhonestum et indecens reputatur (2).

Parmi les abbayes du diocèse, il en était une qui, par rincurie du supérieur, était tombée dans un relâchement déplorable. C'était celle d'Entremont^ filiale d'Abondance et de Sixt, située dans le décanat de Sallanches. L'hospitalité ne s'y exerçait plus ; les aumônes étaient mal appliquées, et le monastère marchait rapidement à sa ruine. Robert ayant pris conseil du Chapitre n'hésita pas à imposer la réforme; il alla même jusqu'à soumettre l'abbaye d'Entremont à celle de Saint-Ruph, de Valence, et il ordonna que les chanoines conventuels d'Entremont suivraient en tout point la règle et les statuts de Saint- Ruph, soit pour l'office divin, soit pour la manière de

(1) Régeste genevois, p. 279.

(2) Archives de Genève. Porlef. hislor., n* 86.

E-Ô3- : (1). L'ordonnance de Robert est pleine de «f^ueuri elle dénote one grande fermeté de caractère.

Il serait trop long de suivre Robert sur le terrain des luttes qu'il eut à soutenir avec les seigneurs. Elles éclatèrent en 1282; mais on peut dire, à sa louange, qu'il fit tout pour les prévenir et tout pour les apaiser. Le rôle de Robert est un des plus curieuit à étudier, car il luttait pour l'indépendance vis-à-vis des comtes de Savoie qui tendaient chaque jour à prendre pied à Genève et à y exercer l'autorité. Le peuple ne semble pas comprendre sa pensée, et il se tourne contre Tévéque pour soutenir les prétentions du comte. Il est vrai que celui-ci, à son , tour, aida les citoyens à empiéter sur l'autorité du princejffdque.

k. C'est de ce moment (1285) que date l'émancipation mu- -irieipale. Auparavant, chaque citoyen avait ses droits personnels garantis par les anciens usages. Dès cette époque apparaissent des magistrats élus par le peuple, chargés de s'ingérer dans l'administration de la police et des finances. Robert, sans reconnaître par un acte officiel ce nouvel état de choses, ferma d'abord les yeux; il finit par l'accepter, car, dans une communication importante, nous le voyons s'adresser à la communauté bourgeoise. Il acheta, ^n 127S, une maison à Longemalle pour ses successeurs avec le produit d'ofTrandes recueillies par ses soins dans les églises du diocèse. Dans le contrat il avait mis cette clause : * S'il nous arrive de nous démettre de répiscopat avant notre mort, nous nous réservons l'usufruit de cette demeure, i

Ne pourrait-on pas en conclure qu'il nourrissait déjà t projet de se démettre de ses fonctions? La mort ne le i permit pas; il expira le H janvier 1387, Son corps fut

9 BtuoR. p. 31. Arcliiv«0 de Gcn

tnnspoité i Sainte-Catherine sur Annecy, où étaient les iombeanx de sa famille (1).

Après la mort de Robert, le siège demeura vacant pendant quelques mois. U j eut bien, i la Téritë, un évéque élu (2); mais il n*est pas sûr que ce fut Guillaume de Conflans, dont le premier acte public date du 25 no- Tembre 1287.

Durant cette vacance, Amédée V, de Savoie, commit de nouveaux actes d*empiètement sur les droits de l'évèque ; il s*empara du château de VUe ou il se fixa, malgré les protestations du Chapitre. Ce château, bâti par Aymond de Grandson, était en quelque sorte le rempart opposé & l'autorité des comtes de Genevois qui s'étaient fixés au Boarg-de-Four. Eo s'en rendant maître a l'appui de ses hommes d'armes, après un siège assez long, Amédée acquit une immense prépondérance dans Genève. De là proriorent les hostilités qui se prolongèrent sous Guillaume de Conflans, malgré tous les traités et compromis qui se succédèrent.

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