‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 29 sur 84 · GUILLAUME DE DUYN CONFLANS · texte numérisé non relu

GUILLAUME DE DUYN CONFLANS

Suivant Besson, Guillaume de Duyn appartenait à la famille des Conflans, établie dans l'antique château-fort qui dominait la vallée de l'Isère et le défilé conduisant à Moutiers. Guillaume était chanoine de Lyon, lorsqu'il fut appelé au siège épiscopal de Genève. Il figure en qualité de suffragant de l'archevêque de Vienne au concile provincial, tenu en 1289 dans cette ville. Néanmoins, déjà en 1287, il agit en qualité d'évêque à la cour du roi Amédée

(1) Besson, p. 31.

(i) l\ CD est question dans le second nkpiisitoiro do comte Amédée de Savoie aux chanoines, réunis à Saint-Pierre. M. D. G., U VIII, p. 23S.

fixé à Evian. II s'y transporte en personne pour faire valoir les droits de son Eglise, et il se plaint de ce que ses premières démarches tentées, l'une à Lyon, l'autre à Genève, en présence de l'évëque de Lausanne el de plusieurs chanoines soient restées infructueuses. Il réclame la restitution du cbâteau de l'Ile envahi, contre tout droit pendant la vacance du siège, malgré qu'il fût une propriété de l'Eglise (1). Cette sommation était restée sans effet; nn mois plus tard Guillaume la renouvela dans le couvent des Dominicains, à Plainpalais, déclarant qu'il ferait taire la voix de l'amitié pour n'entendre que le cri de sa conscience, qui lui dit qu'il a juvé sur les saints Evangiles de défendre les droits et propriétés de son Eglise. N'ayant, ajouta-t-il, que les armes spirituelles à ma disposition, je me verrai obligé de frapper d'interdit les terres du comte de Savoie; en ce cas, le service divin ne s'y célébrera plus (2).

Amédée soutenant que ses prétentions étaient fondées, et redoutant tant d'un autre côté l'exécution de la menace de Guillaume, répondit qu'il en appelait au Saint-Siège (3). • Qn'à cela ne tienne, reprit l'évèque, de mon côté je signalerai les excès dont vos hommes se sont rendus coufables, mais auparavant j'agirai. ■

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Conttit. Sf/nod., qvid tit agendwn lempore inlertticte. ^3) M. D. C, t. VIU, p. »7.

Eq effet, Guillaume adressa, à tous les curés de la vilU et des faubourgs un mandement avec l'ordre de le lire, ei vertu de la sainte obéissance. Il interdisait à tous 861 sujets de répondre aux sommations du comte et de sa agents (1). Ne voulant pas rester sous ce coup, Âmédéi envoya Rodolphe, son bailli du ChablaÎR, à l'évéque poœ lui dire qu'il avait interjeté appel auprès de l'archevêqui de Vienne et qu'il irait, s'il le fallait, jusqu'à Rome.

Le concile provincial ne se tint à Vienne qu'au tnof d'octobre de l'année suivante. Le comte, sachant qS l'évéque Guillaume y siégerait, prétexta sa préseDC pour ne pas y paraître. Se défiant même des disposition du Métropolitain et de l'évéque de Valence, il y envoy maître Etienne de Cressieu pour déclarer que, quelqo fut la décision du concile, il en appelait à l'avance ; Souverain Pontife, sous la protection duquel il se plaçai avec ses adhérents dans Genève (2).

Sans entrer dans la discussion des raisons apportât par le comte Amédée, les Pères des conciles furent ani nimes à proclamer que les envahisseurs des biens l'Eglise étaient atteints par la peine de l'excommunicatiofl A son retour de Vienne, Guillaume promulgua cette déc sion devant l'église des Frères Mineurs de Rive et il e envoya une copie au comte de Savoie en lui donnant a mois pour venir à récipiscence et pour restituer tout e qu'il avait usurpé.

Ce délai passé, Guillaume prononça solennellement das l'église de Saint-Pierre la sentence d'excommunicatio contre les envahisseurs (3). Amédée, comte de Savoie, «

conlre U cuMiim gtnevoii, f. 'M

(S) M. D. C. t. VIII, p. WS-Mi.

(3) Arcbivcs de Geoévc. Porlef. Iijsi., n' t03.

^^Bentant spécialement atteint, se tourna vers Rome, qui délégua l'archevêque de Lyon pour examiner si les trois appelé, interjetés par le comte de Savoie au sujet de ses différends avec l'évêque, étaient fondés en droit. Dea relations intimes existaient entre l'archevêque de Lyon et le comte Amédée. Guillaume en prit occasion pour décliner sa compétence, affirmaut qu'il ne serait pas libre dans son jogemeot. Hugues de Fontaine, évoque de Mâcoo, fut chargé par Nicolas IV de préparer un arbitrage (1). ^^ytfous ne savons si ce fut par ses soins que se ménagea le ^^Braité de paix; mais Guillaume et Amédée, comte de Sa- ^^^oie, se rendirent à Asti avec plusieurs chevaliers. Il y l^^fot convenu que le comte Amédée restituerait immédiatement à l'évùqne les droits de pêche, les péages et les monlina du Rhône et que, de son côté, l'évêque remettrait en âef le Vidomnat de Genève au comte, qui, pour cela, lui jurerait fidélité. Quant au château de l'Ile, le comte s'en remit i la décision des arbitres, en demandant quarante mille marcs d'argent pour frais de guerre.

Deux jours après, l'évêquc Guillaume écrivait à tous les prieurs, prévôts et curés du diocèse qu'à la suite d'arrangements pris avec le comte il levait l'excommunication (nlminée par lui (2). Il semble qu'après des déclarations anssi positives que celles de l'accord signé à Asti, la paix allait régner entre le comte et l'évéque; mais Amédée exagérant les privilèges du Vidomnat (3), voulut s'attribuer les droits de seigneur en matière de justice criminelle. Il

m Balte du P«pe NicuLis IV. M. D. C, t. Vlll, p. %S.

m Ambivfs lie (len^ve. Vonel. hLit., n' ItO.

(3) L* Vidomnat «tait un emploi tonfié i dd membre de In fïmille dM WiDifs du Genevois; ceini qni en «lait rcvtiu porlail le nam do Vidnmne (Vkoi afeaa Domini). Ce mitiislrvl faisait h policu de lu ville jusqu'aa cuutbrr da »leil: tl ne pouvait mellre en arreauiion qne les oupaLlM ds d^liu civili, U ivail en outre l'intctidimce des prisoDs, et 11 lui (^t.-iU réar,tvé d* MnflnneT les sentence» à mort proDoncéet par lei ajrndica en malUru ciimliioUe. Les eausc& tivllet te ptaidùCDi en psiule à con triijunal.

en résulta de noayelles protestations de Guillanme qui obtint du comte une reconnaissance partielle de ses torts (1).

Sur ces entrefaites, Rodolphe, roi des Romains, vint i passer par Morat. Il y reçut, sans doute, les réclamations du comte Amédée qui, dans cette circonstance, signa an traité d'alliance avec Humbert, dauphin du Viennois (2). Le roi lui fit concession de tous les fiefs impériaux devenus vacants depuis la mort de son frère Aymon, ce qui lui valut les hommages de la ville de Berne et 2,000 livres de joyeux avènement.

Nouveau compétiteur, le Dauphin du Viennois, se jeta avec une année sur nos frontières, sous le prétexte d'y défendre sa belle-mère Béatrix, dame de Faucigny. Aprte avoir incendié une partie des faubourgs, il s'empara da château de Thiez qui appartenait à l'évéque et imposa aux vassaux de ces terres, des contributions en argent et en denrées. Apprenant que le comte de Genevois, poar tenir en échec l'évéque, avait investi la ville et en commençait le siège, le Dauphin vint joindre ses troupes i celles des assaillants pour battre en brèche les murailles. Eprouvant une résistance opiniâtre à laquelle ils ne s'attendaient pas, ceux-ci mirent le feu aux échaffaudages, et lancèrent sur la cathédrale des matières inflammables. En vain Guillaume opposa-t-il des supplications à ces violences... Ne pouvant rien obtenir par la douceur, il dut encore une fois protester contre les infractions au traité et fulminer une sentence d'excommunication contre ses agresseurs (3)

L'évéque n'en continuait pas moins à administrer son diocèse avec une extrême vigilance. Le lundi de Pâques,

(1) M. D. C, t. VIII, p. 198.

(2) Pkrtz. Mon. Germ,, t. IV, p. 1Ô8.

(3) Régeste genevois, p. 332,

il tint, saivant la contume, son synode et y fit publier les statuts du Chapitre de Saint-Pierre. Nous en trouvons la teneur dans un vtdimus de 1484, où sont rappelées toutes les prescriptions de cette auguste assemblée. Là sont fixées les cérémonies et les fêtes de la cathédrale, le mode de les annoncer par les votées ou les tintements des cloches, la gravité que doivent y apporter, non-seulement les chanoines, mais les habitués et les clercs (1). On y trouve des règlements pour l'ordre des offices, le costume des chanoines, et tout ce qui touche à la régularité de la vie sacerdotale. Ce document mériterait, à lui seul, une longue étude. 11 serait facile d'en conclure que déjà au treizième siècle on avait compris la valeur des cérémonies et l'importance du chant ecclésiastique, modulé par des voix harmonieuses et bien exercées. Huit vicaires remplissaient la charge de chantres, et il leur était imposé d'assister, non-seulement aux offices les jours solennels, maJs & ceux des jouis ordinaires, à matines, à primes et aux vêpres (2).

Avant de mourir, Guillaume eut la consolation de voir Béatrix de Faucigny réclamer une bénédiction particulière pour une fondation qu'elle fit à Mélan, en faveur d'une Chartreuse richement dotée. Se rendant aux pieux désirs de cette noble dame, l'ëvéque Guillaume approuva hautement cette donation et y apposa son sceau (3).

Le dernier acte public de Guillaume est daté du 7 mars 1294. C'est dans le jardin des Frères prêcheurs, à PUinpalais, qu'il fut signé. Là, il rappela au comte Amédée ses engagements et ses promesses, lui déclarant qu'en vertu de ses serments il devait se désister de son système

(1) On kptielait habitués les prttrcs qui tenaionl la sncrislie en ordre et tolfiwli'Di M fusiaoïLii du chanuint.'».

(il Afagnutn Bullarium, t. IX, pari. B, p. 386. Çt) Bbison. Preuves, D" 68.

d'usurpation sous peine d'être un parjure. Ce fut en face des chanoines de la cathédrale, de plusieurs curés de la Tille et du voisinage et d'une foule de cheyaliers qu'il loi fit cette adjuration solennelle (1).

Dès lors, il semble disparaître de la scène administrative. Le 2 mars 1295, TObituaire de Sixt porte ces mots : VI nonas Martii obiit Willelmus episcopus. Sa vie avait été un combat continuel pour les droits de son Eglise; il ne trouva la paix qu'au terme de sa carrière; en mourant, il put se rendre le témoignage d'avoir rempli son devoir avec fermeté, mais avec une modération et une prudence que ses compétiteurs furent obligés de reconnaître.

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