CHAPITRE PREMIER
Genôve sous la domination romaine
Antiquité de GenèTe. — Sa position d'après Jnles César. — Ses Toisins, les Allobroges et les Helvètes. — Invasion romaine. — La ville sons la domination des Romains. — Le Paganisme. — Introduction dn Christianisme. — Saint Celse et saint Nazaire.
— Peregrinns. — Paraeode. — Dominins. — Elentherins. — Nieépbore. — Tbèolastns. — Hormisdas. — Diogenes. — Isaacns.
— Tkéopliile.
Quoique la date de sa fondation soit encore inconnue, Genève remonte à une très-haute antiquité, puisque son nom apparaît dans l'histoire, aux derniers temps qui ont ont précédé Fère chrétienne.
D'après l'historien de la guerre des Gaules, c'était une ville forte, oppidum (1), placée aux extrémités du pays des Allobroges et confinant au territoire des Helvètes,
(I) Eactremum oppidum est Allobrogum, proximum que Hclvetiorum finibus Oeneva. Ex eo oppido pons ad Helvetios pertinet, J, Gésab. De bello Oallico, Liv. 1, chap. Vl.
dont elle n'était séparée que par un pont Le Rhône, d'an côté, et le Léman, de l'antre, lui faisaient un rempart infranchissable. Par sa position unique entre la Gaule, ritalie et TÂlIemagne, elle acquérait une importance capitale, gardienne des passages des Alpes et boulevard de la domination romaine dans ces contrées.
Deux grandes voies y aboutissaient; l'une venant des plaines de lltalie, passant par Milan, les cols de Tamier, de Sarraval et Annecy; l'autre débouchant de la Provence par Vienne et conduisant dans la Séquanaise.
Le pays des Allobroges, qui s'étendait depuis l'Isère jusqu'à Genève comprenait une partie du Dauphiné, la Savoie, Genève et le Genevois. Vienne en était la capitale ; mais Genève, quoique située aux extrêmes limites du paya ne lui cédait pas pour l'importance (1).
Comme tous les Gaulois, les Allobroges étaient de bons guerriers. Strabon, ApoUodore et Tite Live nous vantent leur bravoure et leur habileté (2).
Confinés dans leurs vallées, ils y vivaient paisibles et ignorés des autres peuples avec lesquels ils n'entretenaient que de rares communications, quand le voisinage des Romains vint les tirer de leur repos. Rome, qui s'était donné la mission de conquérir le monde et promenait ses aigles victorieuses sur toutes les voies connues, avait dû regarder d'un œil d'envie ce pays des Allobroges et des Helvètes, le premier qui s'offrait à ses légions quand elles franchissaient les Alpes, et qui était comme la clef de la Gaule.... Malgré leur héroïque résistance, nos ancêtres
(1) Elle était tantôt nommée Jumba, Genabum^ Janoba, Genova et même Genua, Sun vrai nom est Geneva, Souvent nous trouvons dans d'anciennes chartes Gebennœ ; mais les montagnes des Gèvennes portent aussi ce nom, et il importe de ne pas confondre les localités.
(2) Militandi studio nullis mortalibus secundi. Strabon, ApoUodore les mettaient à la léte des Gaulois pour la bravoure : Gallorum fortissimi et Tite Live leur attribue une réputation de science justement acquise.
furent vaincue par cette puissance aguerrie et disciplinée à qui tout cédait, et les Romains s'établirent dans ce pays et fondèrent bientôt de florissantes colonies sur les bords de notre lac (1).
Par cette politique profonde, qui lui permettait d'asseoir partout sa domination, Home laissa aux AUobroges leurs usages et leurs mœurs, et les traita plus eu alliés qu'en vaincus. Néanmoins, les AUobroges essayèrent plus d'une fois de reconquérir leur vieille indépendance et de secouer ce joug, qui, tant léger qu'il fut, pesait encore trop sur eus.
Le préteur Pomptinus étouffa leurs tentatives de révolte et les soumit définitivement (2).
L'an 5» avant Jésus-Chriat, un soulèvement général de la belliqueuse nation des Helvètes amena à Genève Jules César, alors proconsul des Gaules, Il rompit le pont du Rhône qui servait de communication entre les deux paj^s, mit la ville eu état de défense, et en fit le quartier général de ses opérations.
La cité prit alors une physionomie toute romaine, et garda cette empreinte que les conquérants laissaient partout. L'enceinte de Genève, telle que l'on peut se la représenter aujourd'hui, était fort restreinte (3).
Une ceinture de murailles où de chaque côté s'ouvraient des portes, gardées par des tours de défense, entourait
1) ÇiM». De Bello GalUco. l. ehop. Vil i-l X. K LiTt. Bpitomf. C. m.
nippositnL qu'i.'n piirlanl de IVvéch^ nom tronvîons uno moraUle mfn lu quartier <Ic b M.-itlguklnB , traversin le Peiron cl itboull«H aa dti U cm, Diins uuruns lu (runl de di^fonae da cAlii du lue. Au suinniet la Ctiâ l'Mit uui> ponn flanqua de deux lonn, doal l'une iJiait norauiâe if Uiiltuli. U lonr du boyau ou de Bn>^ , l'nuire dooiinaot U monUe (• de In Ti'rl.-i!>itL- se rcliail à ee mur qui, aujourd'hui tmcorc domine la Kvuve ei nboulil i In maisao il« «ille. La retour sa faisail par les tn-
aelui^ltue di: h maison de la Rive, où était la porte du cbaiiuiu ou du
tonr^-in-Pau^ d'ob so eontinuiiU un mur on piirnpét jusqu'à reHi^nlicT dit ir du la citadellu.
noTB-m-iaur, ii ou so h « ^MUet. Tel #tai[ lu et
la colline. An sommet s'élevait le temple d'Apollon; l'emplacement actuel de lliôtel de ville était occupé par la Curia. En dehors des murailles, on avait ouvert un forum; les marchés et les foires se tenaient sur la grève du lac oh sont les Rues-Basses, et les Arènes, suivant plusieurs auteurs, auraient été placées à Plainpalais et aux Eaux-Vives.
Le quartier de Saint-Gervais n'existait pas encore; sa fondation ne remonte qu'au sixième siècle. Encore ne comprenait-il que quelques maisons groupées autour de réglise. Le développement du Bourg-de-Four n'eut lieu qu'au dixième siècle , et Chevelu comme Coutance ne datent que du seizième. Jusqu'alors, la pente était couverte de vignes, qui appartenaient au prince-évèque. C'était la Corne à vin.
La Magdeleine n'était qu'une espèce de halle où s'étalaient les marchandises, débarquées par le lac. C'est pour cela que dans un acte du douzième siècle, cité par Guichenon, on désigne l'église de Sainte-Magdeleine comme placée au bord du lac (1). Longemale servait de marché pour la vente du poisson. Voilà quelle était à peu près la physionomie de Genève sous la domination romaine.
Au reste, la ville n'était pas contenue dans la citadelle, et tout porte à croire qu'il y avait en dehors des murs plusieurs quartiers populeux qui s'étendaient du Bourg-de- Four sur les Tranchées jusqu'aux Contamines et Malagnou. Les antiquités qu'on y a trouvées ne permettent pas d'en douter. C'est là, d'ailleurs, qu'avant la Réforme se trouvaient les grands faubourgs de Saint- Victor, de Saint- Léger et des Templiers, rasés en 1534 et qui comptaient une population de plusieurs milliers d'habitants. Cologny lui-même, comme son nom l'indique, n'était autre chose qu'une colonie peuplée d'affranchis.
(1) Ecclesiam S, M, Magdalenœ, infra ipsatn civitaiem Geben^ nensem, juxta lacum sitam, Guichenon, Bihliot» Sehtis. Cent. I, cap. 8S.
Quelle fut dans cette première période la religion de Genève ? Nous l'avons dit déjà ; ce fut celle des vainqueurs. Le paganiame y fut introduit avec son cortège honteux et ridicule d'idoles et de divinités. Sur les tronçons de marbre, qui ont échappé aux ravages du tempe, on retrouve des inscriptions eu l'honneur de Bacchus, de Jupiter, d'Apollon (I). On prétend même que les pêcheurs dn lac avaient fait de la pierre de Niton un autel à Neptane et rendaient là leur culte à ce Dieu, protecteur des marins. Il en fut ainsi jusqu'au moment oii le Labarum de Constantin flotta sur le Capitole, et oii le christianisme BOTtit des Catacombes pour prendre possession du monde. Vais déjà mf'me au temps des persécutions, la religion nouvelle avait eu à Genève des défenseurs, et le flambeau de la foi y avait lui dès les premiers jours de l'ère chrétienne.
Si l'on voulait s'en rapporter à une tradition généralement admise dans l'ancien diocèse de Genève, nous dirions que saint Nazaire, disciple de saint Lin, apporta la Bonnenouvelle (2) à ces contrées et que se rendant à Trêves l'an 57 de Jésus-Christ, il y jeta les premières semences du christianisme, par la conversion du jeune Celse, que saint François de Sales appelle « citoyen de Genève, »
Quelque respectable que soit cette tradition, appuiée d'ailleurs sur le culte immémorial de ces deux saints martyrs, dont la fête se célébrait le 28 juillet dans l'ancien diocèse de Genève, nous ne faisons que la mentionner, car il est d'autres églises, telles que celtes de Gènes et d'Autun, qui revendiquent cet honneur, Gênes, par ana-
11 A U msitoa iJo villo, Joei 0. M. — k \n Grand*Ru<^, ApoUni M. ~ la ddIU liu Doure-le-Faar. Marli Auq. — Prùg de S.'ilnl-UTmjiii], Dvit nibut. — Pr*s du Ue.'Deo Silisano pro snlute mUarrior. [ m C'val aiosi iju*i)d ddsigoaU l'Evangile.
logie de son nom, ÂutoD, parce que la conversion de Gelse a dû se passer dans la Gaule (1).
Quoiqu'il en soit, le christianisme a dû être apporté ft Genève de très-bonne heure, par suite de la position de cette ville et de son voi^sinage de Tltalie, encore qu'on n'en puisse préciser la date et que l'on ignore le nom des pre* miers apôtres de cette contrée (2). On ne connaît rien non plus de positif sur l'organisation et l'administration de la première église chrétienne qui y fut établie. Aucun monunument de ces âges n'est parvenu jusqu'à nous. C'est qu'alors le christianisme, proscrit par les édits des César, se cachait dans les souterrains des Catacombes et ne paraissait en public que pour être traîné devant le tribunal des prêteurs, ou livré aux plus affreux supplices. Partout les églises s'organisaient dans le secret, et rien au dehors ne distinguait les prêtres des fidèles, sinon la communauté de la foi et des périls.
Mentionnons toutefois le travail de l'historien Blavignac,
(i) Ecoutons le témoi^ago do saint Antonin sur cette matière. Il ëtait sans doute connu de nos c^vêques :
a Dum autem (Nazarius) de loco ad locum pergeret, mater ejus, quœjam obiei'ot, ei apparuit et quod ad GalHas vergeret in somnis admonuit. Cum autem ad Ge^iiuim pervenisset et plures ibi prœdicando convertisset, quœdam matrmia filium. suum, elegantem pue^ rum, nom,ine Celsuni ci ohtulit. Quod audiens Prœfectus Oalliarum ipsum cum. ipso puero in carcei'em detrusit, »
Gomme on le voit, la ville appelée Genua était soumise au préfet des Gaules; ce qui nous porterait à croire que Gelse n*était pas citoyen de Genève.
D*un autre calé, si nous voulions nous on rapporter au martyrologe édité à Paris en 1637 par André Saussay, nous n^aunons aucun doute sur Toriffine de Gelse ni sur Papostolat do saint Nazaire: car il fait partir ce saint de Milan pour les Gaules, et le montre prêchant à Genève la Bonne nouvelle : a Gebennam. itaque ingressus Christi gratiam, pHmus civibus prœdicavit, » mais comme le remarque Pierre Puricelli dans sa dissertation sur saint Nazaire, le mot Genua a été transformé en Gebenna, tandis que primitivement, c'est-à-dire dans les éditions les plus anciennes de Pouvrage de saint Antonin (1484) on lisait Gcnebellas ou Cemellas. N'ayant aucune donnée nouvelle sur cette question, nous la laissons sub judice,
(2) Voici, suivant Lévrier, les noms des huit premiers évoquer de Genève : i* Saint Nazaire, martyr; 2* Donellus: 3* Hyginus; 4* Fronze; 5* Tibume; 6* Domnus; T Denis; et 8' Paracode,
qui s'appuiant snr des traditions d'ailleurs très-respectables et sur des monuments , fait arriver le premier apôtre, saint Pierre lui-même, dans l'Helvëtie, à travers l'Italie et les Alpes, par la vallée d'Aoste et le Saint- Bernard. Ce serait au chef suprême de l'Eglise que Lausanne et Genève devraient les premiers enseignements de l'Evangile (1). En cela, il était d'accord avec les travaux de M. l'abbé Blanchet sur les antiquités de la Tille de Lausanne.
Pour Gçnève, il faut nous en rapporter soit à l'histoire générale de l'Eglise de la Gaule, d'où nons est venue la lumière de l'Evangile (2), soit aux auteurs les plus accrédités.
Suivant eux, Peregrinus qui fut envoyé aux fidèles de la Gaule par le Pape Sixte 1, se rendit à Genève cil il administra le baptême à plusieurs habitants. Sa plus belle conquête, au témoignage de Léti, fut celle d'un prêtre d'Apollon nommé Fronze qui, après avoir reçu le baptême, fut élevé au sacerdoce (3). Dès ce jour, Fronze so distingua par son zèle et sa piété, cherchant à propager autour de lui la foi chrétienne. Il mourut, dit Auguste délia Chiesa, dans un âge avancé, avec la réputation d'un saint, Nous voyons figurer en môme temps saint Hygin et Télespbore, qui sont l'Ame de cette chrétienté naissante. Relevaient-ils directement de l'autorité suprême qui siégeait à Rome ou n'étaient-ils que les envoyés de l'évêque métropolitain de Vienne? Nous ne pourrions trancher la question d'une manière définitive. On lisait jadis, sur le dernier feuillet d'une Bible manuscrite, conservée à la Bibliothèque de Genève, ces mots : t Genevensis ecclesia a dis-
(1) Etitde» nur Oenive, I'
tti BiMOIt. p. 'i.
(3) BUtnr... Geneori».,,,
cipulis apostolorum Paraeodo et DyonisiOf fundata^ Ff ennensibus episcopis (1). Quelle main avait écrit cette note, copiée par Bonivard? Problème que nous ne nous chargeons pas de résoudre ! Aujourd'hui la Bible reste, mais le feuillet a été lacéré; il n'existait déjà plus en 1713.
Besson met saint Paracode à la tête de nos évêques (2), néanmoins, il est évident que si saint Paracode, mort archevêque de Vienne, eût occupé le siège de Genève, il ne l'eût pas quitté pour celui de Vienne. Les premiers évêques ne connaissaient pas ces mutations, en forme d'avancement hiérarchique. Elles furent même interdites par une décision d'un Concile. Peut-être vint-il à Genève pour y exercer son apostolat, mais rien ne prouve qu'il y fut revêtu de la dignité épiscopale.
Pour Diogenes, que Besson met à la suite de saint Paracode, c'est là une erreur, puisque Diogenes, que l'historien place mal à propos au troisième siècle, assista au concile d'Aquilée en 381, comme nous le verrons plus tard (3).
DOMINIUS
Le premier nom d'évêque sur lequel tous les auteurs s'accordent, est celui de Dominius. Il aurait gouverné l'Eglise de Genève, au moment où Constance Chlore devint empereur par l'abdication de Dioctétien. (4) Dominius sut se ménager les bonnes grâces du prince, qui révoqua les
(1) Picot, t. J, p. 9.
(2) Besson, p. 2.
(3) BessoD a été induit en erreur par Léli, qui a fait, mal à propos, figurer un Diogenes comme secrétaire du Concile do Sinesse. On sait, aujourd hui, que la chute et le repentir du pape Marcclliu ne sont, comme la tenue de ce prétendu concile, qu^une fable inventée par les Donatistes.
(4) 11 abdiqua en 305.
édita de persécution portés contre les chrétiens par son prédécesseur.
Alaœort de Dominius, les fidèles et le clergé demandèrent pour lui succéder le diacre Salvianus, mais il trouva un concurrent dans un prêtre de Marseille, nommé Cassien ; ce I qui amena la division parmi les fidèles qui prirent parti, f les uns pour Cassien, les autres pour Salvianus. A ce moment, le siège de Rome était vacant par la mort de saint Melcbiade, martyrisé en 314. Quand le Pape Sylvestre fut préconisé, il écarta les deux concurrents, et choisit de sa i propre autorité un anglais de nation, Eleutherius, qui avait I Buivi Constance Chlore à Rome. L'arrêt du ronlife mit fin I aux contestations et ferma la porte au schisme.
Une fois pour toutes, nous dirons notre pensée sur l'élec-
I lion des évéques. Il est incontestable que ce fut Notre-
I Seigneur qui choisit lui-même ses apôtres ; Effo vos elegi.
1 Eu discernant Pierre de ses collègues dans l'apostolat, il
lui confia la garde de son troupeau et lui ordonna de
paître agneaux et hrebis. C'est donc un privilège réservé
 Pierre et à ses aoccssscurs de conférer la juridiction
éptsc opale.
Les apôtres, à la vérité, convoquent la multitude des disciples pour rendre témoignage sur la sagesse de ceux qu'Us appellent à les seconder dans la distribution des aumônes, mais ils se réservent de leur donner ce soin et ils leur imposent les mains. (Actes des Apôtres, chap. vi.) Faut-il envoyer à Antîochc des délégués, ce sont les apôtres et les prêtres qui choisissent Paul et Barnabe, Judcs et Silas.
Dans la primitive Eglise, lorsqu'il s'agissait de nommer
un évëque, pour garder Yusage apostoh'tjue, les titulaires de
^ la province se réunissaient et après avoir pris l'avis des
clercs, ils choisissaient le sujet le plus digne, en face du peuple, Adstante populo. C'est saint Cyprien qui fait connaître dans sa quatrième épttre ce mode suivi dans l'élection de révéque Cornélius. On peut dire qu'il en fut de même dans l'Eglise d'Occident jusqu'à l'époque mérovingienne. C'était le Métropolitain qui consacrait l'élu. Clotaire eut la prétention de nommer les évêques, mais ses candidats furent souvent écartés. Charlemagne reconnut à l'Ordre ecclésiastique le droit de nommer les évoques, suivant les statuts canoniques. Une lettre du Pape Jean YIII nous apprend que Gharles-le-Gros avait reconnu ce même droit à l'Eglise de Genève (1). Y avait-il désaccord entre le clergé et le peuple, ou même défaut d'unanimité, c'était au Pape à trancher la difficulté, comme cela arriva pour l'élection d'Eleutherius.
A l'époque oîi les empereurs germaniques gouvernèrent notre pays, ils exigèrent que les élections d'évêques eussent lieu en leur présence, et de là vint le système des investitures par le sceptre; ce qui occasionna de nombreux abus, auxquels le second Concile de Latran porta remède, en stipulant que < le choix des chanoines devait se porter sur les hommes les plus vertueux et les plus dignes (2). >
Othon IV, devenu empereur, ordonna que les élections des évêques se feraient librement et canoniquement et qu'elles s'accompliraient par les suffrages de tout le Chapitre ou du moins par la majeure et plus saine partie. Il fut aussi statué dans le même Concile que la vacance d'un Siège épiscopal ne devait pas dépasser trois mois. Ce terme échu , le droit d'élection était dévolu au Supérieur, c'est-à-dire au Métropolitain. Les Chapitres pro-
(1) SlRMOND, III, p. 516.
(2) Ce Concile fat tenu à Rome, en (215. Les décisions prises sont con* tenues dans les déorétales de Grégoire lY, livr. I, tit. YI.
cédaient on par voie de scrutin on par compromis, en s'en remettant à quelques membres, à moins qu'il n'y eut accïa' motion.
S'il y avait quelque vice de formes dans les élections, le Pape les invalidait et nommait dans la plénitude de ses pouvoirs celui qui lui paraissait mériter cette dignité.
Nous avouons que parfois les ducs de Savoie intriguèrent â Rome, pour pousser au siège de Genève des membres de leur famille, plus princes qu'évêques. Ce fut l'époque la moins glorieuse et la moins pure de notre histoire ; mais toujoufii est-il vrai qu'ils étaient appuies par le Grand et Petit Conseil, comme aussi par le Chapitre.
Quelques Papes allèrent plus loin dans leurs concessions. Parfois pour récompenser des princes qui avaient rendu de grands services à la religion, ils leur concédèrent le pouvoir de nommer les évéques, mais ils se réservèrent toujours la consécration et le droit de confirmer l'élection. Un auteur. De Uubeis, affirme que l'antipape Clément VII accorda au duc Chartes et à ses héritiers la nomination des évoques de Lausanne et Genève. Nous ne pouvons voir dans cette concession de la part du concurrent d'Urbain VI que le désir de se faire des créatures pour l'extension du schisme.
IELEUTHERIUS Kleuthcrius arriva â Genève sous les auspices les plus favorables. C'était au moment oîi Constantin faisait asseoir le Christianisme sur le trône des Césars, et où le paganisme, frappé à mort par ce coup inattendu, cédait peu à peu la place à la religion nouvelle.
A Genève, comme ailleurs, on ferma le temple d'Apollon L et on éleva des autels au vrai Dieu. Eleutherius eut la joie
d'en faire la consécration, mais bientôt la mort vint le ravir à son troupeau (1).