MARTIN DE SAINT-GERMAIN
Ici devrait se placer, d'après Besson, le nom de Philippe de Gompeys, qui figure dans le nécrologue de Saint-Pierre comme ayant fondé un office solennel pour les jours de fête de la très-sainte Vierge et pour la Nativité de saint Jean-Baptiste (2). En tout cas, ce personnage n'a laissé aucune trace de son passage et il n'occupa que très-peu de temps le siège de Genève, puisqu'en juillet 1295 les fils du Métrai de Viuz se reconnaissent hommes-liges de Martin, évêque de Genève (3).
Martin appartenait à une famille sortant du Bugey, mais établie depuis longtemps à Genève. Il figure comme clerc dans des actes de 1265. Plus tard, nous le retrouvons occupant une stalle de chanoine à Saint-Pierre et il
(1) Spon. Prouves, n" 26.
(2) Besson, p. 32.
Ci) M. D. C, t. VIII, p. Id6, note.
est appelé, comme témoin, à signer plusieurs actes des évoques Robert et Guillaume fl),
Les graves difficultés qui avaient absorbé presque tout l'épiscopat de Guillaume de Conflans finirent par s'aplanir. On peut dire que Martin de Saint-Germain bénéficia des lutt«8 de son prédécesseur. Déjà les citoyens s'étaient rapprochés de l'évêque et avaient reconnu leurs torts. Us avaient déclaré qu'en s'émancipant et en se choisissant un capitaine ils n'avaient pas voulu méconnaître son autorité de seigneur. lia avaient consenti à briser le sceau forgé BOUS la domination du comte, se réservant toutefois de ponvoir discuter en corps sur leurs intérêts et ceux de la ville. Martin ne vit pas d'inconvénient à laisser se développer dans Genève la vie municipale, tout en maintenant les droits de son Eglise. II régla ce qui était dû au Chapitre dans les terres soumises à sa juridiction (2). Sierne, Vejrier, Bossey, Onex, Cologny, Vandœuvres, en faisaient partie. Il fut stipulé qne les habitants de ces paroisses ne seraient mis en réquisition de chevaux que pour la défense da pays et qu'ils garderaient leurs pftturages et leurs bois sur les pentes de rochers; notamment à Bossey, Sierne et Veyrier.
Les lattes soutenues entre l'évêque et le comte de Gefiëve avaient épuisé les ressources de l'évêché. Une disette d'argent se faisait sentir; Martin comprit qu'il devait, en bon prince, pourvoir aux besoins de ses sujets. Une de ses premières préoccupations fut de combler les Tjdes du trésor; dans ce but, il proclama le droit antique dont jouissait le prince-évéque de battre monnaie. Son premier acte fut d'interdire dans Genève ta circulation des pièces frappées à Nyon par Louis de Savoie , seigneur
(Il RégesU jcncoois, p. IIHI.
(D ArcUvi» ilo Uroùve. Porlpf. hislor., u
de Vaud. On demanda en vain à Martin de Saint-GcnnaiD de révoquer cette ordonnance. Il la maintint en déclarant que cette localité, faisant partie de son diocèse, il ne pouvait y circuler que la monnaie frappée à l'effigie du prince. Louis de Savoie déclara s'en référer à la décision ou du comte d'Amédée ou du Pape et même du roi d'Allemagne, Martin ne pouvait pas céder. Considérant qu'il y avait urgence à émettre une monnaie plus abondante pour la circulation, il convoqua le Chapitre de Sain'-Pierre pour lui soumeltre cette question, en faisant valoir la position de la fabrique de l'église cathédrale, obérée de dettes et soumise à l'obligation de continuer les travaux commencés. Les chanoines étaient trop intéressés à cette opération pour lui refuser leur appui. Aussi ils s'unirent à l'évoque et choisirent nu homme intègre pour procéder à cette entreprise. Leur choix tomba sur Benjamin Thomas d'Asti, fixé à Genève depuis plusieurs années, qui se chargea de la frappe de la monnaie moyennant une avance de 2,000 livres, et la remise pour cinq ans de trois deniers sur les droits de seigneuriage(l). Pour couvrir une partie de ces frais et aider la fabrique de Saint-Pierre à continuer les réparations de la cathédrale, l'évéque consentit & ce que les revenus des églises qui viendraient à vaquer seraient, pendant trois ans, affectés à fournir le billon nécessaire. Les hommes les plus honorables de la cité se portèrent comme cautions de l'entreprise (2).
Les besoins de l'Eglise de Genève préoccupèrent beaucoup Martin de Saint-Germain, et il chercha de toutes ses forces à y porter remède au prix même de grands sacrifices. Ainsi il se dépouilla en faveur du Chapitre du droit de percevoir les dîmes sur les terres sises entre la ville
(l) Smk, Pr., D- (1} Busoii. Pr., I
et la Saimaz, et la ville et l'Arve (1). Il prit à sa charge le dallage de l'Eglise de Saint-Pierre et l'ornementatioa de plusiears autels. Il en fit établir un en l'honneur de Saint-Germain, pour honorer d'une manière spéciale le grand évéque d'Âuxerre dont sa famille portail le nom. Ne voulant pas faire d'exception pour cet autel, il en remit la collature aux chanoines qui la lui laissèrent jusqu'à sa mort (2).
Tout en se préoccupant des besoins de son Eglise, il De fut pas insensible aux souffrances des égliscB du voisi- Dage. La cathédrale de Notre-Dame de Lausanne ayant été détruite par un incendie, il adressa un mandement chaleureux à ses diocésains pour les encourager à contribuer à la reconstruction de ce bel édifice. Pour récompenser ceux qui écouteraient avec docilité son appel, il promit une indulgence de quarante jours à toub ceux qui contribueraient à cette bonne œuvre. Tuut dans ce mandement respire une dévotion marquée pour le culte de la très-sainte Vierge, la grande patronne de Lausanne, dont les reliques insignes attiraient de toute part de pieux pèlerins (3).
Besaon affirme que Martin de Saint-Germain fut atteint d'une longue et douloureuse maladie qui l'obligea à prendre un sulTragant. Rien ne le prouve ; car le 11 du mois de novembre 1303 il signait, comme évêque, une transaction avec le vidomne de la terre de Salaz au sujet de redevances provenant de l'exercice de la justice, et c'est le mois suivant qu'il expira. Dans cet intervalle il fit son testament, se déclarant sain d'esprit et languissant de santé (4),
(t) ArchivM d» Geaèvi>,
()j Anhivei de Grnève. Porlef. hîsl,, n" li.%.
Parmi les legs quMI destina anx églises de son diocèse, mentionnons celui qu'il fit au curé de Saint-Germain. Il lui laissa une vigne située i Bonxas et nné maison voisine du four de Plainpalais, voulant que chaque année, i l'époque de Tanniversahre de sa mort, on célébrât pour le repos de son flme un service auquel seraient invités les sept curés de la ville et le desservant de Tautel de Saint- Martin, érigé par lui dans la cathédrale. Il imposait, de plus, au curé de Saint^Germain, la charge de donner une réfection à huit pauvres le jour de son anniversaire. On aime à retrouver dans ces actes anciens le souvenir gardé par les évèques aux malheureux, toujours traités comme les membres souffrants de Notre Seigneur Jésus-ChrisL
La mort de Tévéque Martin de Saint-Germain est fixée dans rObituaire de Saint-Pierre au 2 décembre, mais on doit prendre cette date plutôt pour le jour de l'inhumation, que pour celui de son décès, qui eut lieu le 1^ décembre 1303. V