AYMON DU QUART
n est à croire qu'il régna au sein du Chapitre une divergence d'opinions, lorsqu'il fallut donner à Martin de Saint- Germain un successeur. Il ne fut nommé que sur la fin de février 1304. Les chanoines, comme nous l'avons dit, n'avaient que trois mois pour délibérer sur le sujet qu'ils devaient choisir. Ce terme passé, le Pape nommait de plein droit le titulaire.
Après bien dçs hésitations, les voix se portèrent, à la dernière heure, sur un personnage étranger au clergé de
Genève. Il fut tiré du Chapitre de Lansanoe ob il a?a!t ]* charge de prévôt. Ce fut Âymon du Quar^ origina&e du Val d'Aoste (1)l Lorsque son nom fut proclamé par Pierre de Yoserier, prévôt de Genève, il se fit dans rassemblée comme un apaisement général; néanmoins, l'évéque éla ne s'empressa pas de venir occuper son poste. Son sacre n'eut lieu que le 5 octobre, en présence d'une grande multitude. On donna à cette occasion un banquet dans le couvent des Frères mineurs à Rivé (2). Âymon prit immé* diatement possession de la maison achetée par l'évéque Robert à Longemale et y fixa son séjour.
Un des premiers actes de son épiscopat fut l'ordonnance par laquelle il décida que le commencement «de l'année daterait de la fête de Noël et non de la fête de Pâques. Ce décret fut adopté et mis en usage jusqu'en 1575, époque où les magistrats de Genève se rangèrent au comput ecclésiastique, et prescrivirent de commencer l'année le !•' janvier.
Aymon jouissait à Lausanne d'une grande considération. Il fut choisi pour arbitre entre l'évéque Girard de Vuippens et les bourgeois de Lausanne qui avaient pris les armes contre leur évêque. Il ne lui fut pas difficile de prouver aux révoltés qu'ils avaient tort. Aussi consentirent-ils à payer 1,000 livres de dédommagement et à renoncer au traité qu'ils avaient fait avec le baron de Vaud, Louis de Savoie (3).
Aymon porta de suite son attention sur les besoins de
(1) Archivas de Genève. Portef. histor.. n* 143.
(2) Fasciculus temporis. — a Anno Dni M, CGC, IIJ^ IIJ notuis octobris^ fuit consecratus D, Aymo de Quart, Ep. Oebenn^ Oehennis^ et fuit ibidem magna multitudo gentium et comederunt in domo Fratrun ynino)*um. » Le fascicule est une chronique do nionnslère de S.'iint-Victur. Il a été publié dans le tome IX, II** partie des M. D. C, p. 300.
(3) RucuAT, p. 61. — Besson, p. 35.
son diocèse. II envoya des commissaires expérimentiîs et dignes de respect là ou il y avait des cootestations, voulant qu'elles fussent tranchées dans le délai d'un mois, Il fit 6ser des limites aux propriétés de son Eglise et imposa une amende de 10 livres â quiconque les déplacerait. Par cette simple mesure, i! coupa court à une foule de contestatioDS et régla les &efs et redevances qui avaient été en souffrance durant les guerres et les luttes de ses prédécesseurs. 11 rentra de cette manière en possession de la dîme de Choisy et du Grand-Saconnex, d'une vigne située  Jussy, d'un moulin sur le cours du Rhône, enfin de la pêcherie du lac, dont Guy de Tavel s'était rendu le propriétaire. 11 dut faire quelques concessions pour que les droits de l'évoque fussrnt reconnus, A Viuz, en Salaz, à Russin , à Dardagny et à Saint-Jean de Gonville , les seigneurs reconnurent tenir de lui comme Hefs une partie de leurs terres. Il n'y eut pas jusqu'à Amédée, comte de Genevois, qui, au moyeu du baiser, signe de l'hommagelige, ne se déclara feudataire île l'évéque, tenant de lui les châteaux de Genève, de Ternîer, de Balaîson, de Buniîlly en Albanais, et de la pêcherie du Rhône.
C'était dans l'église de Saint-Pierre que se rendait habituellement l'hommage de fidélité à l'évêque, de la part des comtes et des chevaliers. Aymon consentit plus d'une fois à ce que ses vassaux lui prétassent leurs serments soit dans leurs châteaux soit sur leurs domaines, sans que pour autant aucun préjudice ne fut porté à ses droits.
Le calme dont jouit Aymon du Quart durant les premières années de son épîscopat ne fut pas de très-longue durée. Il fut troublé par les guerres intestines des comtes de Savoie et de ses adversaires, le Dauphin, le comte de
(Genevois, Jean de Châlon et Hugues de Faucigny. A cette époque, plusieurs châteaux furent pris et saccagés, et
celui de Tévéque dat être confié à la garde de qoelqnes chevaliers. On peut conclure d'une Bulle adressée par Clément Y à Aynion du Quart, que sa liberté d'action fat entravée jusques dans le cours de ses visites épiscopales, puisque le Pape l'autorisa à se faire remplacer pendant trois ans par des délégués de confiance, afin d'y percevoir les redevances dues à l'évèché, soit par les égliseSy les monastèreK ou les particuliers (1).
Est-ce à cette occasion que fut dressé le catalogue de toutes les paroisses du diocèse de Genève, des abbayes et prieurés payant des censés à l'évéque ? Nous pouvons le présumer. La pièce existante aux archives est sans date précise, seulement il est certain qu'elle est du commencement du quatorzième siècle.
Il y avait 457 églises divisées en huit grands décanats, dont voici les noms, d'après le pouillé des bénéfices, dressé à cette époque. Le décanat d'Aubonne comptait 78 églises; celui d'AUinges, 54; Annemasse, 23; Annecy, 108; RamiUy, 45 ; Sallanches, 66 ; VuUionex, 48 ; Seyserieux, 35. Total : 457 églises. Notons que dans le tableau de toutes ces paroisses et églises ne figurent ni les abbayes d'Aulps, de Bonmont, de Chézery et d'Haute-Combe, ni les chartreuses au nombre de sept, ni les couvents de femmes, ni les huit paroisses de Genève, ni les maisons religieuses de la banlieue qui étaient exemptes de toutes redevances à l'évoque (2).
En 1306 eut lieu à Aubonne le sacre du frère Hugues de l'ordre de Citeaux, élevé à Tépiscopat et destiné au siège de Tébériade. Aymon du Quart, assisté de Gérard, évêque de Lausanne, et de Pierre, évêque de Belley, présida
(1) Magnum Bullarium, t. IX, part. III, p. 126.
(2) Archives de Genève. Grosse, de Peney, v. 1. Les noms de tontes les églises ont été publiés en latin dans le t. IX dos Mémoires de la Société d'hiatoire de Genève, p. 226 à 236. Voye2 Pièces justificatives, n* I,
Wtte cérétoonie toute religieuse, à l'occaaioo de laquelle il
'accorda lOOjoursd'induIgence à tous ceux qui y prirent part,
le cœur coutrit et après avoir coufessé leurs péchés (t).
Peu de temps après, nous voyons reparaître Amédée, comte de Savoie, avec ses préteutiouB sur le ch&teau de rile et sur la juridiction du Vidomnat. L'évéque est de nouveau obliyié de faire valoir ses antiques droits, mais bientôt des dissensions éclatent dans la ville entre les bourgeois eux-mêmes dont les uns prenueut fait et cause pour Âmédée et son âls, dans l'espoir qu'il les favorisera, tandis que d'autres veulent conserver leur indépendance
et leurs franchises Un instant l'on put espérer que la
trêve proposée par Clément V ramènerait la paix, mais les voies de fait commises par les troupes du comte de Genevois et du sire de Faucigny ravivent les anciennes haines. C'est une guerre d'extermination qui se livre aux abords de la ville. On taille les vignes, on abat les arbres, on brdle les maisons et les châteaux forts (2).
Pour arrêter des dévastations aussi atroces, Aymon du Quart lança l'interdit sur la ville et sur les révoltés, qui, à la fin, s'appaisèrent. On arriva heureusement à un arbitrage que deux cents citoyens promirent d'accepter; de son côté, l'évêque, venu à Etrembières, donna son adhésion au compromis, à la condition que l'église de Saint-Pierre serait évacuée par ceux qui y avaient établi garnison, et que des indemnités seraient accordées à ceux qui auraient été lésés dans leurs droits (3).
L'accord fut signé et promulgué le 28 février 1309. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette pièce, c'est qu'à l'article 3, l'organisation municipale est pleinement recoanue avec ses représentants, procureurs et syndics.
(I) M. D. C, t. XIV, p. 330.
(9) Fasdeulus irmpotis. if. D. C, t. IK, p. 31». Çl) U. D. C. t. I.X, p. Î61.
Afin de créer des ressources qui passent aider le Conseil à fournir des dédommagements dus aux ecclésiastiques, on établit pour six ans un impôt d*un quarteron par chaque setier de vin qui serait vendu dans la ville et les faubourgs (1).
La mort d'Amédée, comte de Genevois, survenue le 22 mai 1308, vint tout à coup écarter les questions qui avaient troublé pendant plusieurs années la paix de Genève. Le nouveau comte renonça aux prétentions de son père ; ce qui donna du calme aux habitants du Faucigny et du Genevois.
Un événement inattendu vint enlever Aymon du Quart i ses diocésains. Henry VII, roi des Romains se rendant en Italie pour s'y faire couronner par le Pape Clément Y» passa par Genève (2).
Henry VII, ayant reçu la visite d' Aymon du Quart, fut charmé de ses bonnes manières. Il apprécia bientôt sa prudence et son jugement exquis. Il l'attacha à sa suite, le nomma membre de son Conseil privé et l'emmena en Italie.
Pendant ce temps-là, l'administration des affaires spirituelles fut confiée à Bérard d'Ivrée avec le titre de Vicaire général. Son nom figure dans une sentence arbitrale rendue entre le Chapitre et le prieuré de Douvaine.
Aymon assista comme témoin à la prestation de serment de fidélité, prononcé à Asti, par le comte de Savoie et par le marquis de Montferrat, à la personne de Henry VII (1310) (3).
De là, il suivit le roi à Pavie et à Milan, où il assista aux réceptions des ambassadeurs ; enfin il arriva sous les murs
(1) M, D, C.f p. 274. — II est à noter que le setier, à cette époque, était de 24 quarterons.
(2) Fasciculus tempor, n' 21.
(3) Régeste genevois, p. 423.
de Bre»cia où Henry VII, en considération des services que lui avait rendus son illustre secrétaire, lui accorda le droit de péage sur les grains et les vins entrés à. Genève par terre et par eau, afin qu'il put construire un pont en pierres sur le Rhône (17 septembre) 1311 (1).
Ce projet ne put être réalisé, car un mois après, Aymon du Quart mourut à Ivrée le 12 octobre 1311 (2). On célébra longtemps son anniversaire dans l'église de Filliages, qu'il avait attachée à sa cathédrale.
r PIERRE II DE FAUCir.NY
Pierre II de Faucigny était prévôt du Chapitre de la cathédrale de iJaint-Pierre de Genève lorsqu'il fut élu le 2 des Nones de décembre 1311. Cette date noua est fonrnie par la chronique du monastère de Saint- Victor (3). Quelques mots s'écoulèrent avant son installation, qui eut lieu le jeudi après Pâques de l'année suivante, au milieu d'un grand concours de peuple. Elle fut accompagnée, nous ne savons pour quel motif, d'un apparat militaire inusité (4).
La position du prince-évêque de Genève devenait chaque jour plus difficile vis-à-vis des comtes du Genevois et de Savoie. Leur voisinage donnait souvent occasion à des luttes, que provoquaient ordinairement des questions de fortifications et de péages. Au fond de toutes ces chi-
§ (D ArchiiM tle Csni-Wa. l'uflef. liiM,, ri' I7tt. - Dkssun. Pr. d' Ï7.
(A Fudenlaa Irtuporîs.
(3| FaidrnlnB t«itiparU. M. D. C, l. IV, p. 603.
(4) n Biisla sut ircliivu un cotmits du cbllclain àe VerioU i U date dn 90 avril 1313 où on til cei mots : Jn ttipendiwm iptitis easleliani eum 4 toelij cum armia et 40 clientibus r>enientiîius apud GebenrI, aâ manum BalHvi, in atioenlu npiseopi Geb. et steteruat ibidem per \mum ditm, videlictt die Jaoia posi Pascka.
canes se trouvaient la rivalité et la jalousie. Gependanti Guillaume III, fils d'Amédée, comte de Genève, se montrait très-bien disposé en faveur de Tévèque. Il loi fit hommage de tout ce que son père avait reconnu tenir de ses prédécesseurs. Il déclara notamment recevoir de loi comme de son prince, les châteaux et mandements de Ternier, Ballaison, Bumilly en Albanais, Montfaucon et les Echelles, de même que les droits sur le cours de TArve et du Rhône (1).
Le comte de Genevois avait un château à Gaillard où il tenait garnison; il en possédait un autre i l'entrée du Bourg-de-Four qui lui servait de résidence. Il était donc très-proche voisin de Tévêque. Le comte de Savoie n'était guères plus éloigné de la demeure épiscopale, il occupait le château de llle, qui était sous sa garde, et celui de Malval, sur les confins de Gex.
Amédée V, comte de Savoie, sachant que Guillaume III était en bons termes avec Pierre de Faucigny, voulat aussi faire un traité d'alliance avec lui. Etait-ce la politique qui le conduisait? Nous ne pouvons le dire, toujours est-il vrai que Tévéque lui déclara qu'il ne lui accorderait aucune nouvelle juridiction ni aucun droit nouveau, mais qu*il recevrait de sa part Thommage dû à l'Eglise, s'engagéant à vivre en bonne intelligence avec lui et sa famille et promettant de ne jamais fournir d'appui aux ennemis de la maison de Savoie. D'autre part, Amédée V jura de soutenir l'Eglise de Genève et ses droits chaque fois qu'il en serait requis par l'évéque.
Ce traité fut conclu en 13 19, le 2 des Noues de décembre (2).
(1) Bbsson, p. 36.
(2) Besson, p. 37.
Cn événement impréyu vint hélas 1 troubler la bonne hannonie, qui aurait dû être la conséquence de cet acte solennel entre le comte de Savoie et l'évêque. Ce fut une insurrection qui éclata au sujet du château du Bourg-de- Four, que Guillaume, comte de Genevois, remit à Pierre de Faucign; comme assuraoce d'une somme de 500 livres genevoises, que l'évêque lui avait prêtées. Rien de plus légitime que ce contrat ; il servit cependant de prétexte pour une levée de boucliers. Il se passa alors une intrigue sur laquelle l'histoire n'a pas encore dit son dernier mot. Ce qui est certain, c'est que sous un prétexte ou sous un autre, les fils du comte Amé V, Edouard et Aimon de Savoie, s'unissant à Guichard, seigneur de Beaujeu, et à Hognes de Filins, vidomne de Genève, prétendirent que le traité passé avec leur père était violé. Ils se mirent à la tête de quelques citoyens ardents de leur parti, fondirent sur le château qu'ils pillèrent et se mirent à en démolir les murailles. De cette façon, la faction de Savoie devint maltresse de Genève. Elle occupa, en effet, le chiteau de l'Ile, la seule place forte de la ville (1).
L'évêque Pierre ne se croyant plus en sftreté, se retira dans son château de TUiez, en Faucigny, d'oii il fulmina une sentence d'excommunication contre Edouard et Aymon de Savoie, Guichard de Beaujeu, Hugues de Filins et leurs adhérents. Il mit même en interdit pour eux les églises et les cimetières.
Les révoltés recoururent à la violence. Ils placèrent onc garnison à Saint-Pierre et contraignirent les cha- Doines à y faire le service comme à l'ordinaire; ils obligèrent même les prêtres à ensevelir, malgré l'iuterdit, les morts daus les cimetières.
L'évêque, voyant ses défenses méprisées, lança une
(I) Ftucit.-ulu» lempurin. M. D. C. p. 304.
seconde excommunication, atteignant le peuple de Genève, < pour lui faire porter la peine de sa propre faute, et de la contumace, puisqu'il n'avait pas voulu cesser d'occuper et de garder la ville de Genève au profit des ennemis de l'Eglise, > déclarant nominativement excommuniés, outre les chefs, leurs complices Nicod Tardy, Ponce Courtois, Perronet de Villard et Vincent Lambert.
Cette sentence devait être lue dans les églises tons les dimanches et jours de fête, jusqu'à pleine soumission, au
son des cloches et les cierges éteints La pièce est
datée de Thiez, le lundi après la fête de la décollation de saint Jean-Baptiste (1).
Un acte d'une telle vigueur excita nécessairement des commotions et des représailles.
Le comte de Genevois, prenant fait et cause pour l'évèque fit avancer ses hommes sous les remparts de la ville. Ne pouvant en escalader les murs, ses soldats firent main basse sur les vignes qui couvraient le coteau de Saint- Victor et les taillèrent jusqu'à la racine (2).
Les mêmes dévastations eurent lieu l'année suivante du côté de Saint-Gervais. Les maisons isolées autour de la ville furent incendiées.
Il semble que le ciel voulut, en cette circonstancei montrer qu'un pays frappé de Tanathème est une terre d'où le Seigneur se retire. Une série de calamités vint fondre sur la ville. Nous lisons, en effet, dans le Ftisciculus temporis, qu'il y eut en cette année une telle disette à Genève que l'octane de froment valait 15 sous; Eodem anno post Pascha fuit magna caristia quod solvit oetana frumenii ad mesuram Geben, XV solidos et oetana
(1) Spon, p. 37.
(2) Fasciculus temporis^ n* 39, p. 305.
(ir(>))« VII solidos. Item eodem anno die sahhato anie frstum sancti Luce, horâ prima tremuit terra Qeben, et in lotis circumvicinis (1).
Spon mentionne que le 16 mars un incendie terrible éclata à la Rue Neuve, dite de la Rivière, et réduisit en cendres toute la partie des maisons situées sur les bords du lac. Un autre incendie, bien plus considérable, dévasta le quartier de la Magdeleine et celui de Saint-Germain; tes deux églises furent dévorées par les flammes ainsi que deux ailes de Saint-Pierre, le cloître, et la maison de l'évêque; ce fut un embrasement général.
Besson parle d'une peste qui vint joindre ses ravages à toutes les autres calamités; il y eut, en outre, un tremblement de terre qui occasionna de grandes ruines. Eu face de tant de désastres, on comprit la nécessité de terminer la lutte.
Plusieurs auteurs font rentrer l'évéque à Genève en 1323, d'autres, au contraire, après le traité de paix conclu en 1328, où le comte de Genevois redemanda à Pierre de Faucigny la reconstruction de son château.
L'évéque alors se tourna vers l'auteur des dégâts, le comte de Savoie, et le somma de restaurer l'édifice renversé. Celui-ci, à son tour, se plaignit de l'excommunication lancée contre lui et ses adhérents et se refusa à toute satisfaction.
On comprend que, mécontent de ces deux princes qui le pressuraient, l'évéque ait eu un instant la pensée de vendre au dauphin Hitmbert, les châteaux de Jussy et de Peney et les hommages dus à son Eglise par les comtes de Savoie et de Genève. L'acte n'eut cependant pas lieu, et si plus tard Pierre de Faucigny revint  ce plan, ce fut en
(11 Fancicutua teti froiiHTil !i i|uin/r> sniis
le soumettant à la sanction du Souverain-Pontife, qui ne confirma pas plus cette vente, que le projet conçu par Âymon du Quart de céder au comte AmédâB la moitié de sa seigneurie épiscopale, moyennant une redevance annuelle de 200 livres genevoises (1).
Il y eut enfin le 8 novembre un accommodement mutueL L'évêque en fut pour les frais, car il dut payer au comte de Genevois 1,300 livres de dédommagementi dont 900 furent fournies par le duc de Savoie.
Besson affirme d'après Léti, que la peste exerçant en 1230 des ravages, Pierre de Faucigny fit bâtir, à ses dépens et à ceux du clergé, pour les pauvres femmes, un hôpital qui porta le nom de Faucigny, jusqu'au moment où les religieuses de Sainte-Glaire en prirent possession pour s'y établir (2).
Gette assertion ne peut pas supporter la critique. Aucun des hôpitaux ne porte ce nom dans les actes de fondation. Celui qui était à la rue Verdaine, voisin des clarisses s'appelait Hospice de Saint-Jeoire. Ge qui a pu induire en erreur Léti, et après lui Besson, et Mgr Magnin, c'est l'appel que fit l'évêque Pierre de Faucigny i son clergé, en 1317, pour venir au secours de l'hôpital de Notre-Dame du Pont du Rhône. A la sollicitation du recteur Hugues d'Espagny, l'évêque fit un mandement curieux à tous égards : « Presque tous les jours, dit-il, il afflue une grande quantité d'indigents, et le dit hôpital ne peut ni être réparé, ni être mis à même de suffire au soutien des pauvres, si votre secours et celui de vos paroissiens ne lui viennent en aide (3). »
(2) Besson, p. 35.
(3) Veniens ad nos âictus Hugo de Expagno pi^esbiter Rector capelle et hospUalir, pontis Rodani Gebennis et nohis humiliter iniiniavit, quod in dicto hospitali qiMsi qualibet die a/Jîuuni undigue non modica quantitas paupet^um et egenorum,
Uinc est qtwd vobis mandamus et escvitamur in Domino, vt
Au miUea de tant désastres, l'évêque ent naturellement l'occasion d'exercer la charité et nous aimons à emprunter à Besson ce témoignage : < Il soulagea les habitants de la ville par des aumônes considérables, dans les incendies qai désolèrent Genève pendant son épiscopat (1). Pierre de Faucign^ fut le protecteur des maisons religieuses, Lo Chartreuse d'Arvières le reconnut pour un de ses bienfaiteurs. >
Mentionnons, de plus, en forme de souvenir, la bataille qui se livra sous les murs du château de Monthoux en 1330, entre les comtes du Genevois et de Savoie. Ce dernier resta victorieux, et il fonda à celle occasion un service annuel d'action de grâces dans ia cathédrale de Saint- Pierre. Pro gratia quam contutit nobis Dcas m recuperatio«e caatri de Monthoux (2).
Le« divers documeots qui nous restent de l'administration de Pierre de Faucigoy prouvent qu'il maintint de son mieux, dans sou grand diocèse, la discipline ecclésiastique. Ainsi, nous le voyons régler, de concert avec le Cha-, pitre de Saint-Pierre, • que nul ne pourra occuper une Btalle à moins qu'il n'ait été élevé auparavant aux ordres sacrés. • Il veut que les moines de Saint-Augustin de Satigny soient ornés de science. Deux fois il fit proclamer
•tibvm benefactoribus pettili
paroehiam et tut/ilHoi vettros fitUliter et effleacitet indueatis ut du boni» tibi a Dt'o eoUalU ad luilentalùmern dirtorum pauperut» gt rtfeetiontm dieli hotpitalU, manus suas pomgani adjatricei et eUmofimu suai trammitlant.
11 ■Mordi- KOjimn iI'Ii)iJdIui;dc<< u «f oonfetsit. — ti Ijjd 1317. P. Il {Il ttûioH, p. M.
(Si t i'Iaaim» mrues, dit BciaDivi.rd, cl innivcntiiirM furent Tondes poar II' [l'iiii'ili:' 'les ttaa de cea\ qui mounireDl illn:. Mememant \n (haïKiiaes i|i' Suini-riem n'en vulurent pas moliii, car tous les nos révolni de ecate iMtoillt', ils murmurpidil pour les Ir^pWi illec el dunnaieDI, ce dtct jour, buiioi- prébonlo o( meilleur que polDI de jour de l'aimée, car jig en Urnlent [.'Men upt flnriu pour homtom, ni l'apprl^renl la chapelle de Monthottu. ■^^ *"— fUirMD. Chivnigue de Oenève, t. 1.
en synode les constitutions de ses prédécesseurs^ en y ajoutant de nouvelles prescriptions conformes aux besoins de répoque faisant à tous les ecclésiastiques de la ville et du diocèse l'obligation de s'y soumettre, s'étant aperça que diverses interpolations s'étaient glissées dans quelques exemplaires des constitutions publiées par Aymon de Menthonay; il en rétablit le texte, qu'il accompagna de décisions particulières. En voici quelques-unes :
Ne voulant pas que les hosties soient fabriquées par des mains indignes, il ordonna que ce soin fût confié à des prêtres ou à des clercs honorables et purs, bonœ conver» sationis et vitœ. Rappelant, dans un autre paragraphe, l'obligation pour les fidèles d'entendre la sainte messe les dimanches et les fêtes, il s'élève contre ceux qui sortent de l'église avant la dernière bénédiction du prêtre et il ordonne aux curés d'avertir secrètement d'abord, et publiquement, s'il le faut, les délinquants ; il leur impose aussi l'obligation d'annoncer les fêtes, dont il désigne les classes, de les célébrer pulsatis companiSf en chantant la messe àltâ voce cum notis. Outre celles de Notre Seigneur, de la très-sainte Vierge et des Apôtres, il y en avait encore une foule d'autres où le travail était permis après l'office, lorsqu'il avait pour but des charroies en faveur delà fabrique, des lépreux ou de quelque autre œuvre pie. Pro Deo (1).
A raison des luttes qu'eut i soutenir Pierre de Fancigny, et des sentences qu'il dut prononcer contre les violateurs des droits de l'Eglise, il fit rappeler les conséquences de la peine de l'excommunication et de l'interdit, pour que les prêtres et les confesseurs sussent à quoi s'en tenir. Il déclara, de plus^ que les églises de Saint- Victori de Saint- Jean, de Saint-Gervais, de Saint-Léger et le
(1) Archives, ConstiU synod.
ville et étaient, rp&r conséquent, soumises aux mêmes prescriptions que celles de l'intérieur (1).
Ces constitutions furent proclamées dans deux synodes tenus, le premier, en mai 1317, et le second, le lundi après l'Ascension, en 1336.
Blavignac dit que le sceau de cet évéque portait un prélat foulant aux pieds le dragon en allusion au treizième verset du psaume XCI : Conculcabis leonem et draconcm. C'était bien l'image de la position que lui firent les puissants de la terre, jaloux de l'indépendance de l-ËgUse.
Pierre de Faucigny avait une grande dévotion en la trës-iialnte Vierge. Toutes ses ordonnances étaient placées 800S son patronage, avec ces mots : Ad laudem gloriose Virtfinis Mariœ. Il avait prescrit aux prêtres de son diocèse de l'invoquer chaque jour à la fin de l'office de Compiles, en disant à genoux trois Ave Maria (2).
Après de tels actes, Pierre de Faucigny ne pouvait mourir sans laisser un témoignage public de sa croyance  la maternité divine et de sa confiance envers la sainte
<l) En voyam les riv^qncs reconrir si BOUVt<nt à Li ptinii di'
talion, on so dcminilo qnello on éiidl la valitur ; Uarlii^j, dans son Diclionmiirt des antigttiUi ehréliettHes, répond à eeiiu quoniioa en eta
■ Lin névérilà naïqDfllra l'ERlise fut enirainëc duos le moyrn ige no aui»|u<-nl pai il'eicelleniw nltoas poor Im jusUliur.
Ln priddpsoA molifo farent :
',* D'implrer aux pécheur» nno saluliiire confusion , d'où duii pruciidcr la
LihilioQ J'enibnsser une meilleure vi«.
' ^ D'dirajrer Im aulres par di» exemple» ;
I S* VMur que lea bons ne piini>i8cnt pariii-lpeT au^ d^rdres dos maa- ■If fhn^lleiu ea resUnl avec eu\ en communion de loules choses ; ' 4* Vntttter dant M snurc« la contagion dos mativais exemples. I HAiTKMr. met., p. MO. — Paris, 1S67. •> l(X) Aruhivea. — Constitutiones synodales.
Vierge, aussi il fonda dans sa cathédrale une chapellenie sous le vocable de Notre-Dame (1).
Suivant le nécrologue de la cathédrale, Pierre de Fancigny mourut le V des calendes d'avril, soit le 28 mars 1382, laissant après lui la mémoire d'un prélat pieux, bon, ferme et désireux de voir l'Eglise honorée par des prêtres menant une vie pure et intègre.
(1) Besson, p. 38.