CHAPITRE XI
Evêques du moyen âge
Alamand de StiBt-Jeoire. •— Son éIfttioD. — Sa famille. — Il fait lélimiter les terres de rèTèehè. — Démêlés aiee les de Ta?el. — DéDonciation à Rome. — Les Constitations synodales. — Passage le Temperenr Charles IV. — Projet d'nne nniversité. — Gnillanme de larcossay. — U eonvoqne on synode. — Ses Constitutions. — CoiHits afoe Amédée. — lur d'enceinte. — Fortifications.
ALAMAND DE SAINT-JEOIRE
La vacance da siège ne fut pas longue, après la mort de Pierre de Faucigny ; deux semaines s'étaient à peine écoulées, que le Chapitre s'assembla pour lui donner un successeur. Au jour fixé, tous les chanoines qui avaient droit de suffrage se réunirent, sous la présidence du prévôt au cloître de Saint-Pierre. Les votes se répartirent, et après plusieurs tours de préconsultation sans résultat définitif, il fallut en venir à la forme du compromis, usité en pareil cas. Six chanoines reçurent le mandat de choisir euxmêmes le futur évêque. Ils furent unanimes, et leurs voix se portèrent sur Alamand de Saint-Jeoire, leur collègue.
• personnage, est-il dit dans une charte gardée aux archives, d'un très-grand mérite, arrivé à Tâge mûr, de mœurs irréprochables, distingué par sa science, non moins illustre par ses connaissances que par la noblesse de son extraction (1), »
Alamand appartenait, en effets à une des plus illustres familles du Faucigny. Ses ancêtres s'étaient distingués dans différentes carrières, et Tun de ses parents figurait, à cette môme époque, comme prévôt, à la cathédrale de Lausanne.
Après l'élection, le Chapitre s'adressa au métropolitain de Vienne pour faire ratifier l'élection. Bertrand, c'était son nom, ayant fait procéder à une enquête pour savoir si toutes les prescriptions voulues avaient été accomplies; n'ayant trouvé aucun vice de forme, s'empressa de ratifier, au nom du Pape, l'élection d' Alamand, et le plaça t\ la tête do l'Eglise de Genève comme évêque et pasteur, « espérant que, sous sa direction prudente et ferme dans les choses spirituelles et temporelles et avec l'aide de Dieu, cette Eglise prospérerait et prendrait un nouvel accroissement (2) » . Tels furent les auspices sous lesquels Alamand débuta comme évêque. Son sacre eut lieu dans la cathédrale, le 25 mai 1342.
Une des difficultés de la situation, pour lui comme pour ses prédécesseurs, était la compétition des pouvoirs ; mais elle fut aplanie par la démarche spontanée du lieutenant du vidomne, Théobald de Chàtillon, qui vint prêter entre ses mains serment de respecter les franchises de la cité et les droits de l'évêque (3). De son côté, Louis de Savoie, seigneur de Vaud, lui rendit hommage comme à
(1) Archives do Genève. Porlef. hisl., n' Î32. — M. D, C, l. II, p. 186,
(2) Ibid.
(3) Arch. Portef. Iiislor., n' S»3. - M. D. C. p. 388.
|DD prince, en présence d'Âmédée III de Genève, qui, è, un tour, promit de se conduire en fidèle et bon vassal et reconnut tenir de l'évêque toutes les prérogatives octroyées à ses prédécesseurs (1). Cette scène se passait le 17 août 1346, au château de Clermont, où Alamand s'était rendu par condescendance, afin de ne pas détourner le comte des soins de la tutelle d'Amédée VI, dit le comte "Vert, tutelle qui lui avait été confiée par ses compétiteurs.
Désireux de voir cette paix jurée se maintenir, Alamand fit délimiter les terres appartenant à la mense épiscopale (2), Cette seule mesure, prise au printemps de 1356, écarta les démêlés continuels jusqu'alors entre les gens de l'évêque et ceux des seigneurs. Malheureusement, l'accord ne fut pas de longue durée ; d'autres événements y contri- I buèrent. D'abord, la guerre se ralluma aux [lortes de Ge- ^bève, par huite des succès obtenus par le vaillant AmédéeVI. ^Kes antagonistes jaloux, prirent les armes et se jetèrent Kwr les terres de Savoie, Ils arrivèrent jusqu'aux port is de ' Genève, en faisant main basse sur tout ce qui se trouva sur leur route. Ils s'emparèrent mOmc du château de Pêne;, qui était une des propriétés de l'évêque. A la fin Amédée resta vainqueur, et il reconnut la juridiction appartenante à l'évêque dans les mandements de Peney, Jnssy et Thiez. Voulant < ménager à Alamand et à ses sujets une vie pacifique et tranquille ■, il ordonna que les perturbateurs seraient livrés à l'évêque, pour être jugés par les hommes d? sa cour (3). Afin du témoigner au comte Amédée leur reconnaissance pour la protection dont Us avaient été environnés, les citoyens s'imposèrent
L(ll AkUv. Portof. hîst., D' 134.
D IbU, n- 174.
» Anb. Porld. hUt., d- 377.
et lui fournirent un subside d'un florin d*or de bon poids par chaque feu. Cette gracieuseté toucha le comte, qui les remercia, en leur donnant le nom de • chers concitoyens >, et leur déclara que ce fait ne devait pas tirer i conséquence pour l*avenir (l).
Une lutte plus pénible pour Alamand fut celle qui s'éleva entre les membres de sa famille et la maison de Tavel, Tune des plus puissantes de Genève. Des querelles malheureuses, accompagnées de voies de fait avaient éclaté plusieurs fois entre leurs serviteurs, qui avaient pris les armes. Des collisions sanglantes en avaient été la suite. L'évëque avait réprouvé ces actes « comme lui ayant déplu autant que possible > . Les de Tavel auraient voulu qu'il infligeât un blâme solennel à ses frères; aussi le rendirent-ils responsable, en portant plainte contre lui au comte Amédée YI. Ils allèrent même, dans une circonstance déplorable, jusqu'à envahir la demeure de l'évèque pour garotter ses serviteurs. Alamand répondit i cette violation par une sentence d'excommunication contre les de Tavel et leurs vassaux. Il n'en fallut pas davantage pour susciter une plainte contre son administration. La cause fut portée i Rome et appuiée par quelques membres du Chapitre, qui avaient eu une contestation avec lui au sujet de leurs revenus. Le Pape Innocent YI, voulant mettre fin à des débats, qui ne pouvaient que nuire aux intérêts de l'Eglise et scandaliser les fidèles, chargea Bertrand, évêque de Comminges (2) d*examiner la question et de prononcer une sentence arbitrale. Muni de toutes les pièces du procès, celui-ci termina le litige en fixant
(1) Archiv. Porlef. bisl., n' 278.
(2) Bertrand de Cosnac, ÂaKUstin, prieur de Brivcs, né en 1337, évôquo de Comminges devint cardinal, il mourut à Avignon en 1374. — Répcr-' toire des sources historiques, — Paris, 1877.
ce qui revenait à chacun (1). Deux ans plus tard, des plaintes plus graves encore furent articulées à Rome contre ÂlaloanJ. On le di5nonça au Pape Urbain V, comme extorquant des droits illégaux à chaque nomination de bénéficiers, et preinsurant les paroisses dans ses visites pastorales. Ces abus, s*ils eussent été fondés, auraient mérité une éclatante punition. Le Pape, gardien des droits de la catholicité toute entière, se déchargea du soin de l'enqaéte sur l'évêque de Sion, l'abbé de Saint- Théofrid et Aymeric Hélie, archidiacre de Nimes, en leur disant. que s'ils trouvaient Alamand coupable, ils devaient lui donner ane année pour réparer ses tort^, sous peine de suspense et d'excommunication... (2). La Bulle du Pape fut notifiée par Aj-meric à Alamand, le 2 avril 1364 (3). Quel fut le résultat de ce monitoire? Nous ne saurions le dire; il n'est pas un seul hi.storien qui décide à quel point était fondée la dénonciation de rapacité portée contre Alamand Bfsson semble y faire allusion, en disant que, • quelques différents survinrent durant son épiscopat », mais il ne va pas plus loin. Ce qui nous porte à douter de la réalité de ces accusations, ou du moins à les croire exagérées, ce sont les menaces contenues dans les constititutions synodales d'Alamand contre les employés du fisc, qui multipliaient les copies des sentences et faisaient payer des ^ droits onéreux aux citoyens; ce sont aussi les fondations dont il dota l'église de Saint-Pierre.
Kous venons de nommer les constitutions synodales d'Alamand de Saint-Jeoire. Il en publia, en effet, en 1343 et en 1352. Les premières furent proclamées au synode, tenu à Saint-Pierre, le surlendemain de la Saint-Martin,
(1) PorUi. btM., I
— isoles secondes à Bonneville, le mardi avant la Pentecôte. En s'adressant aux prêtres de son diocèseï Alamand leur demande d'honorer le sacerdoce par une vie pure. H leur recommande aussi, en matière d'excommunication une juste sévérité aussi bien envers les empereurs et les rois que vis-à-vis des simples fidèles.
Ennemi de ceux qui empiètent sur les droits du prochain, il défend aux curés « de promener leur faulx dans le champ de leurs voisins >, et de s'immiscer dans des questions de mariage qui ne sont pas de leur compétence. A ce sujet, il rappelle que les fidèles ne peuvent s'allier par le mariage avec des parents ou alliés jusqu'au quatrième degré. Ces règles disciplinaires sont donc déjà de dates bien anciennes dans notre diocèse. Nous ne pouvons en signaler que les principaux traits de ces constitutionSi qui sont un reflet des habitudes de cette époque (1).
Ce fut sous l'évéque Alamand que fut fondé l'hôpital du Saint-Esprit, plus souvent appelé de la sainte Trinité, dont nous aurons plus tard à entretenir nos lecteurs, en parlant des œuvres de charité dans l'ancienne Genève (2).
La dernière année de l'épiscopat d'Alamand fut marquée par le passage de Tempereur Charles IV qui, se rendant à Avignon, stationna quelques jours à Genève. A son approche, les magistrats délibérèrent sur la réception à lui faire. L'assemblée générale des citoyens fut d'avia qu'on devait lui rendre tous les honneurs dûs à la Majesté impériale et qu'on irait processionnellement à sa rencontre (3). Il fut, de plus, recommandé aux édiles de faire balayer les places et les rues, et aux syndics de demander
{[) Archivi's. Constitutiones syyiodales. Voyez picce jasliGcative, n* II. (2) Archives do Genève. Porlof. hisl., n^ 277. (3; Porlef. hisl., n' 289.
^^b l'einperear de ratifier les libertés, les franchises, les ^^privilëges des citoyens et même de les augmenter (1).
Tout se passa comme le Conseil général l'avait statué. Charles IV fut reçu processionnellement par le clergé à la porte de la ville. Il se plaça sous le dais et arriva jusqu'à la cathédrale, où il sanctionna les droits de Genève et confirma les franchises des citoyens. Il alla même plus loin. À la demande du comte Amédée, il offrit aux magistrats l'établissement d'une Université avec toutes sortes de privilèges. On pourrait y enseigner, non-seulement le droit civil et canonique, mais les belles-lettres, la philosophie et la médecine. Les jeunes gens qui y viendraient suivre leur cours d'étude seraient exempts de toute charge (2). L'offre ne fut pas acceptée par les syndics qui craignirent l'influence trop prononcée d'Amédée, mais elle n'en est pas moins nne preuve évidente de l'élévation du niveau intellectuel de la cité, jugée digne d'abriter des maîtres pour les hautes études.
Le comte de Savoie fit tout, soit à Chambéry, soit à Genève, pour gagner les bonnes grâces de l'empereur Charles. II lui prodigua des réceptions et des fêtes, et lui
l vanta ses droits sur Genève et les terres environnantes.
^^bl finit par lui dire qu'il serait heureu:; de pouvoir obtenir ^Bki simple titre de Vicaire de l'empire, Charles IV ne fit ^K|uu> de difficultés à lui accorder cette faveur; mais le comte ne tarda pas à s'en prévaloir; il eut même la prétention de gouverner Genève. Alamand, arrivé à un âge très- Itvancé. ne put que protester; il laissa à son successeur le loin de poursuivre cette affaire. Suivant quelques auteurs,
^ (Il SroK. Pt., n- XXXVI.
n fnll mcnlinn de cftte offro... Quelques snlour» en ont eonlesié cil*. Nous oïons ironvé aux archives Jo la Clianibre des Compte», ?:, râJia^ le i juin iseU et rcvAla d'une fonlo do slgnstnrds. Il a i<lë r M. Julea Vuy dani lu Urne XII des Mémoires de ritutitut
il mourut au commencement de l'année 1366 (1), après vingt-quatre ans d*épiscopat. Besson nous apprend qn'Alamand avait fondé dans l'église de Saint-Pierre deux chapelles; celle et une autre du Saint-Esprit et de Saint-Jean révangéliste, avec Tentretien de quatre chapelains et de quatre lampes à chaque autel.
GUILLAUME DE MARCOSSAY
A la mort d'Alamand de Saint-Jeoire, les chanoines pensèrent lui donner pour successeur Nicod de Begnins, prévôt du Chapitre, mais sa présentation fut rejetée par le Pape qui transféra Guillaume de Marcossay du siège de Gap à celui de Genève (2). Guillaume était né au châtean de Marcossay, près de Cluses. Avant d*étre chanoine de Saint-Pierre, il fut lieutenant général du gouverneur du Dauphiné; ce qui le fit demander pour évoque de Gap. Il prit possession de l'évéché de Genève le 27 mai 1366 (3).
A peine installé sur son siège, il voulait connaître rétat de son diocèse ; après avoir consulté le Chapitre, il rassembla ses prêtres en synode^ le lendemain de la fôte de saint Luc (18 octobre) et leur donna lecture de ses constitutions rédigées, dit-il, c dans le but de détourner le clergé et le peuple des voies mauvaises et de les porter aux œuvres saintes par lequelles on obtient la vie éternelle (4) >. Pour arriver à cette fin, il rappelle aux prê-
(1) Bl.isignnc aflirme que sn mort eut lieu I«' jour du Jeudi-Saint 1366.
(2) On lit à la tin de ses constitutions synodiiies : Quo anno fuit dicfus D. Cruillelmus episcopus de Vapicnsi Eccles. translnttu ad Bccl, Oebcnn,
(3) Blaviunac. Armoriai, p. 2i4.
(i) Cotte formule est extraite de l'exemplaire des constitutions qui se trouvent aux archives de Genève.
trea qulla doiveot garder avec une scrupuleuse fidélité les prescriptions du Baint concile de Vienne, ainsi que les ordonnances de ses prédécesseurs, dont ils doivent poaaéder un exemplaire pour le consulter, l'étudier de manière h pouvoir répondre au prochain syoode, s'ils sont interrogés. Retraçant les devoirs du bon pasteur, il veut que ceus qui ont charge d'âmes instruisent les fidèles sur leurs obligations et leur adressent des instructions sur le Décalogue, les sacrements et la prière; il ordonne à tous les bénétïciers de réciter à heure fixe l'oîfice du bréviaire bene, seriose et no» cursm, c'est-à-dire avec gravité et mesure, de résider dans le presbytère et non au sein de lear famille ■ et non in domibus patrimomalibtts >'; presbytère qui doit être entretenu et réparé, s'il le faut. Désireux de tout bien coordonner, il prescrit aux curés de dresser la liste de leurs paroissiens, de ceux qui remplissent leur devoir pascal et de ceux qui le négligent, liste qu'ils devront lui soumettre au prochain synode. Enfin, il demande A tous l'appui de leurs prières, soit pour le Pape, l'Eglise, U paix entre les princes chrétiens, la délivrance de la terre sainte, soit enfin pour lui-même et il leur demande de célébrer à cette intention une messe du Saint-Esprit le jour de la fête de Saint-Martin (1).
Il existe encore une ordonnance de Guillaume de Marcossay relative aux pouvoirs des confesseurs et au soin que lee curés doivent prendre des malades et des lépreux avant leur admission à l'établissement appelé maladiére (2).
Après avoir pourvu aux besoins spirituels de son troupeau, Guillaume tourna sa pensée vers le maintien de ses droits d'évéque; ils avaient été violés par la concession
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gigantesques travaus, Guil- Hkpe l'autorisation d'imposer une
de Charles IV au comte Amédée. Dans le but d'obtenir une réparation, il s'adressa à l'empereur lui-même, et A l'aide d'un présent de 800 florins d'or, qui lui furent fournis par la communauté, il obtint la révocation du vicariat impérial, accordé précédemment au comte de Savoie. L'empereur constata que cette concession causait un très-grand détriment à l'Eglise de Genève et dans un acte daté de Francfort, il dégagea les comtes et barons de la soumission qui pesait sur eux comme feudataires de l'empire (1).
Amédée chercha à prouver à l'empereur qu'il s'était mépris sur sa pensée. Il protesta solennellement qu'il n'avait jamais eu l'intention de nuire en rien aux droits de l'Eglise, ce qui n'empêcha pas Charles IV de déclarer, dans une diète tenue à Pragues que, malgré les importonités du comte de Savoie, il cassait et annulait toutes les concessions qui pourraient tourner au détriment des prérogatives de l'évêque et du peuple de Genève.
Le Pape Urbain IV ne pouvait se désintéresser en une question si étroitement liée aux intérêts de la religion. Il avait été mis au courant de toutes les démarches de l'évêque ; aussi écrivit-il au comte Amédée une lettre toute paternelle pour le conjurer de rendre à Guillaume le libre exercice de sa juridiction (2). Cette démarche resta sans résultat. Il fallut que l'évêque menaçât le comte de l'excommunication c en lui déclarant que, s'il n'avait pas, au 4 avril 1370, restitué tout ce qu'il avait enlevé de vive force par lui-même ou par ses agents au détriment de la Tille et des citoyens, la sentence serait proclamée dans toutes les églises > . Pour montrer toute sa longanimité, Guillaume accorda un nouveau délai jusqu'au dimanche après Pft-
(1) Spon. Preuves, n» XXXIX.
(2) Archives de Genève. P. H., n' 6. — Spon. Pr., n* XL.
qnes (1). Amédée ne s'émut pas de ces menaces ; à la fin, GuUlaame fut obligé de lancer un interdit sur toute la ville.
Ne voulant pas rester bous ce coup, Amédée écrivit une lettre à rëvéque, en lui donnant le titre : d'ami trèscher, et lui promettant de s'entendre avec lui sur leurs différends, s'il retirait sa sentence (4 octobre (1368). Guillaume consentit à entrer en accommodement; de son côté, le comte, ému par une seconde lettre du Pape qui le conjurait de réiléchir à l'effrayante responsabilité qu'il assumait, finit par se rendre et reconnut ses torts. En fils soumis, il s'engagea à rendre à l'évêque tout ce qu'il s'était approprié. Il en passa uo acte solennel, dont il envoya la copie è. ses châtelains (2). La déclaration franche et loyale du comte fut une consolation pour le cœur du Pape Grégoire XI, qui lui adressa une lettre de félîcitatioD. De son côté, l'évêque retira tous les interdits lancés sur les églises depuis 1366.
Ce fut un jour de joie pour tous les habitants de la ville que celui où l'on recommença à célébrer les fêtes avec solennité. Guiltauine revint prendre possession de son siège, et le jour de la Toussaint, il y eut à Saint- Pierre un office pontifical, au milieu duquel les délégués da comte Amédée vinrent présenter à l'évêque une copie de l'acte signé le 25 juin à Thonon.
Rentré dans la paix, Guillaume s'occupa de faire fortifier la ville, qu'il fit enceindre d'une forte muraille, flanqoée de vingt-deux tours (3).
Avant de commencer ces gigantesques travaux, GuiliBQme avait obtenu du Pape l'autorisation d'imposer une
<!} ArcbivM. PorU'f. Iiisl-, n' 300.
(H Pond, bislar., p. 303.
(3) Bl*hcn«c. Armoriai, p. SU.
de Charles IV au comte Amédée. Dans le but d'obtenir une réparation, il s'adressa à l'empereur lui-même, et à l'aide d'un présent de 800 florins d'or, qui lui furent fournis par la communauté, il obtint la révocation du vicariat impérial, accordé précédemment au comte de Savoie. L'empereur constata que cette concession causait un très-grand détriment à l'Eglise de Genève et dans un acte daté de Francfort, il dégagea les comtes et barons de la soumission qui pesait sur eux comme feudataires de l'empire (1).
Amédée chercha à prouver à l'empereur qu'il s'était mépris sur sa pensée. Il protesta solennellement qu'il n'avait jamais eu l'intention de nuire en rien aux droits de l'Eglise, ce qui n'empêcha pas Charles IV de déclarer, dans une diète tenue à Pragues que, malgré les importunités du comte de Savoie, il cassait et annulait toutes les concessions qui pourraient tourner au détriment des prérogatives de l'évêque et du peuple de Genève.
Le Pape Urbain IV ne pouvait se désintéresser en une question si étroitement liée aux intérêts de la religion. Il avait été mis au courant de toutes les démarches de l'évêque ; aussi écrivit- il au comte Amédée une lettre toute paternelle pour le conjurer de rendre à Guillaume le libre exercice de sa juridiction (2). Cette démarche resta sans résultat. Il fallut que l'évêque menaçât le comte de l'excommunication c en lui déclarant que, s'il n'avait pas, au 4 avril 1370, restitué tout ce qu'il avait enlevé de vive force par lui-même ou par ses agents au détriment de la yille et des citoyens, la sentence serait proclamée dans toutes les églises > . Pour montrer toute sa longanimité, Guillaume accorda un nouveau délai jusqu'au dimanche après Pft-
(1) Spon. Preuves, n*» XXXIX.
(2) Archives de Genève. P. H., n' 6. — Spon. Pr., n* XL.
B (1). Amédée ne s'émut pas de ces menaces ; à la fin,
illanme fut obligé de lancer nn interdit sur toute la ville.
Ne voulant pas rester bous ce coup, Amëdée écmit noe lettre à l'évéque, en lui donnant le titre : d'ami trèscher, et lui promettant de s'entendre avec lui sur leurs différends, s'il retirait sa sentence (4 octobre (1368). Goillaume consentit à entrer en accommodement; de son tôté, le comte, ému par une seconde lettre du Pape qui le conjurait de rélléchir à l'effrayante responsabilité qu'il assumait, finit par se rendre et reconnut ses torts. En fils BOumiB, il s'engagea à rendre à l'évéque tout ce qu'il s'était approprié. Il en passa uq acte solennel, dont il eovoya la copie à ses châtelains (2). La déclaration franche et loyale du comte fut une consolation pour le cœur du Pape Grégoire XI, qui lui adressa une lettre de félicitation. De son côté, l'évÊque retira tous les interdits lancés sur les églises depuis 1366.
Ce fut un jour de joie pour tous les habitants de la ville que celui où l'on recommença à célébrer les fêtes avec solennité. Guillaume revint prendre possession de fion siège, et le jour de la Toussaint, il y eut à Saint- Pierre nn office pontifical, au milieu duquel les délégués da comte Amédée vinrent présenter à l'évéque une copie de l'acte signé le 25 juin à Thonon.
Rentré dans la paix, Guillaume s'occupa de faire fortifier la ville, qu'il fit enceindre d'une forte muraille, fianqoée de vingt-deux tours (3).
Avant de commencer ces gigantesques travaux, Guillome avait obtenu du Pape l'autorisation d'imposer une
(1) Areblvos. Purtef. hial.. i (* Porlsf. hislor., p. 30i.
de Charles IV au comte Amëdée. Dans le but d'obtenir une réparation, il s'adressa à l'empereur lui-même, et A l'aide d'un présent de 800 florins d'or, qui lui furent fournis par la communauté, il obtint la révocation du vicariat impérial, accordé précédemment au comte de Savoie. L'empereur constata que cette concession causait un très-grand détriment à l'Eglise de Genève et dans un acte daté de Francfort, il dégagea les comtes et barons de la soumission qui pesait sur eux comme feudataires de l'empire (1).
Âmédée chercha à prouver à l'empereur qu'il s'était mépris sur sa pensée. Il protesta solennellement qu'il n'avait jamais eu l'intention de nuire en rien aux droits de l'Eglise, ce qui n'empêcha pas Charles IV de déclarer, dans une diète tenue à Pragues que, malgré les importunités du comte de Savoie, il cassait et annulait toutes les concessions qui pourraient tourner au détriment des prérogatives de l'évêque et du peuple de Genève.
Le Pape Urbain IV ne pouvait se désintéresser en une question si étroitement liée aux intérêts de la religion. Il avait été mis au courant de toutes les démarches de l'évêque ; aussi écrivit- il au comte Âmédée une lettre toute paternelle pour le conjurer de rendre à Guillaume le libre exercice de sa juridiction (2). Cette démarche resta sans résultat. Il fallut que l'évêque menaçât le comte de l'excommunication t en lui déclarant que, s'il n'avait pas, au 4 avril 1370, restitué tout ce qu'il avait enlevé de vive force par lui-même ou par ses agents au détriment de la yille et des citoyens, la sentence serait proclamée dans toutes les églises > . Pour montrer toute sa longanimité, Guillaume accorda un nouveau délai jusqu'au dimanche après Pft-
(1) Spon. Preuves, n' XXXIX.
(2) Archives de Genève. P. H., n" 6. — Spon. Pr., n* XL.
qaes (I). ktaédée ne s'émut pas de ces menaces ; à la âo, GoïHaame fut obligé de lancer un interdit sur toute la ville.
Ne voulant pas rester sous ce coup, Amédée écrivit nne lettre à l'évêque, en lui donnant le titre : d'ami trèscher, et lui promettant de s'entendre avec lui sur leurs différends, s'il retirait sa sentence (4 octobre (13G6). Guillaume consentit à entrer en accommodement; de sou côté, le comte, ému par une seconde lettre du Pape qui le conjurait de réBéchir à l'effrayante responsabilité qu'il assumait, finit par se rendre et reconnut ses torts. En fils soumis, il s'engagea à rendre à l'évêque tout ce qu'il s'était approprié. Il en passa un acte solennel, dont il envoya la copie à ses châtelains (2). La déclaration (rancbe et loyale du comte fut nue consolation pour le cœur du Pape Grégoire XI, qui lui adressa une lettre de félicitation. De son côté, l'évéque retira tous les interdits lancés sur les églises depuis 1366.
Ce fut un jour de joie pour tous les habitants de la ville que celui où l'on recommença à célébrer les fêtes avec solennité. Guillaume revint prendre possession de son siège, et le jour de la Toussaint, il y eut à Saint- Pierre nn office pontifical, au milieu duquel les délégués do comte Amédée vinrent présenter à l'évéque une copie de l'acte signé le 25 juin à Thonon.
Rentré dans la paix, Guillaume s'occupa de faire fortifier la ville, qu'il ât enceindre d'une forte muraille, flanquée de vingt-deux tours (3).
Avant de commencer ces gigantesques travaux, Guillanme avait obtenu du Pape l'autorisation d'imposer une
{ (I) Archives. Purli;!. Iiist.,
I (ï) Porter liiïlor., p. 30Î.
I) Blavionic. Artnofîiil,
taxe sur les marchandises qui se vendraient dans la Tille et la banlieue. Pour en être exonéré, le clergé fournit à lui seul 300 florins d'or pour la construction des murailles. Elles s'élevaient déjà à une grande hauteur, lorsque la mort vint surprendre Guillaume en 1377. Ses restes furent déposés dans la chapelle de Notre-Dame, à gauche du chœur de Saint-Pierre.
Guillaume de Marcossay fut assurément un des évoques les plus distingués de cette époque troublée. Ferme et prudent à la fois, il finit par triompher des obstacles semés sur son passage. Sa longanimité désarma le comte Amédée qui reconnut ses torts.
Plusieurs catalogues donnent à Guillaume de Marcossay
pour successeurs, Pierre Fabri et Bertrand de Gros. Cepen-
* dant nous ne les classerons pas parmi les évéques de
Genève. Le prélat qui remplaça Guillaume, fut Jean de
Murol.