‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 42 sur 84 · IM · texte numérisé non relu

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Mtïsserie, et une rente de trente sous. On peut même lésonier, d'après la teneur d'un acte passé en 1381, qu'il Rida aussi la chapelle de Saint-Jacques et de Saint-Sé- Btien, attenante à l'hôpital (1).

I Parmi les bienfaiteurs de l'hôpital Saint-Jacques, nous ÏDuvoDS, non-seulement les parents du jurisconsulte Dumt, mais d'autres bourgeois de la ville, tels que Jean de irg-Neuf, Janin de Pesmes, Mathieu de Marval, Roland, é de Feigères, et d'autres. Mentionnons aussi une donation de Mariette Tophona, fille de Mermet de Combee, qui fut secondée dans cette bonne a'uvre par sa fille Ânnes- 60ne, épouse de Jean Babel de Bardoonex (2).

Il est parfois des personnes qui s'imaginent qu'au moyen âge tout allait au caprice des hommes en charge, et que la comptabilité des établissements pieux ne subis* sait aucun contrôle. Qu'on se détrompe à cet égard ; on trouve encore des inventaires de cette époque, des comptes minutieusement détaillés et d'une régularité parfaite.

Ainsi, sans sortir de l'hôpital de Saint-Jacques, nous rencontrons, à la tête de cette maison, un recteur chargé de recevoir charitablement les pauvres, de les visiter, de subvenir à leurs besoins daus la mesure que comportaient les ressources de l'hospice et d'en tenir note ainsi que des dépenses.

He pouvant accomplir à lui seul la tâche qui lui incombait, le recteur avait un aide, portant le nom A'hôpitalier. En entrant en charge, il s'engageait à faire largement toutes les dépenses nécessaires {sumpttts et expcnsas gradosc facere) à recevoir avec bonté les pauvres de Jésus- '^rist {Christi paitperes in liicio hospUali redpere), à les

Ilcgistn' non cûië, p. IX.

RcgUtre. S jon. 1381, Si nui. I1Ï8, l'I passim. - Ou aime, A 400 ikim iiUnw, à relrouver parmi les bifafaitïDrs dvs pauvret, des noms exisUnt diDE notre paj).

ràztcr et i Ici sccowîi a toales leara nécessités et par tins les asTCK (nnlore m mÛB necêagUatOmê a per

OO)sttcatioii plene de délicatesse pour les

La prérojaBce des donmteim, qui enyisageaieiit les

vaDiesmx su point de Tne chrétien, illait jnsqn'i recom-

Blinder i l'kôpitnlier de Caire, mutant qn'il le pourrait,

oublier i ceux qui lai élaient confiés, qn'ils recevaient

ranmône en demeure étrangère. Entrait-il en charge, on

dressait un inTentaire complet de tous les meubles, linges,

couTertures et ustensiles, qu il promettait de garder en

bon état {mstensUia ejusdem utpote ledos^ Unieaminaf cfh

pertaria^ garmimumiOj ae owtma eustodirej servare et re-

géré). Chaque année, le Secteur prévoyait les dépenses et

disait les comptes, que ratifiait, en certains cas, le haut

Conseil. Yoili comment agissaient nos ancêtres.

n est un fait digne de remarque et qui démontre la fréquence des rapports de Genève avec TÂllemagne dans les temps anciens. Le nombre des pauvres qui arrivaient de cette contrée était si considérable, qu'on songea, en 1452, i donner au recteur de cet hospice un aide sachant parler allemand. Ce fut le duc Louis qui en suggéra l'idée, à répoque où il remit le patronat de cet hôpital au procureur de la Botte de toutes âmes, dont nous parlerons plus tard, t II nous faut, dit-il, préparer deux habitations, Tune pour un prêtre de langue romane, et Vautre pour un prêtre allemand, si on peut en trouver commodément un, pour qu'ils puissent, l'un et Vautre, diriger et reconforter les pauvres, hommes et femmes, arrivant chaque jour de ces contrées. » {Pauperes dictarum linguarum dietim affluentes) (2).

(1) Acte de fondation. M. D. C. Pr., n' VI, p. 390. {t) Rcg. 1 mart. 1482.

Ce plan se réalisa, car en 1482, nous trouvODs &t f>ice Saint-Jacques un prêtre alleniand {theutonicus). Il parait qu'il ne s'entendait pas très-bien avec le recteur sur le partage des aumônes. Il fallut une ordooDauce du Conseil pour fixer leurs droits respectifs dans l'acceptation des offrandes.

Le contrôle venait mÈrae de l'autorité soit civile, soit ecclésiastique. C'est ainsi qu'en 1458 le Chapitre de Saint- ■Pierre, de concert avec les magistrats, publia une ordon- Jiance célèbre sur le paupérisme, qui était une plaie, comme elle l'est encore, à Genève. Pierre III venait de •inoorir. Voici ce qui fut affiché par ordre des vicaires capitulaires et des syndics (1).

• Quoique parmi les œuvres de piété, auxquelles tout chrétien doit prendre part, en vertu de la lot divine et morale, la moindre ne soit pas d'assister les pauvres et de subvenir à leurs besoins, à l'aide des biens départis par la Providence, on a cependant découvert que, parmi la foule des mendiants qui affluent à Genève, venant de toutes les régions de la chrétienté, attirés par diverses causes, les uns recourent à divers artifices, feignant d'être roalades, quoiqu'ils se portent bien, les autres, d'être pauvres, quoiqu'ils soient riches. 11 en résulte que les hôpitaux sont le plus souvent insuffisants pour les recevoir, ■Ac sorte qu'ils ont des chambres ou d'autres abris, les uns en propre, les autres en loyer, d'oii ils vont vagabonder dans les villes voisines pour revenir, au temps des foires et pendant le Carême, apportant souvent le germe I épidémies. Notre intention n'est point de détourner qui que ce soit de faire l'aumône, nous voudrions plutôt ^A leur enseigner; mais, désirant obvier à de graves inconvénients et songeant d'un autre côté à la parole des livres

(I) GALOrn. UaUnaiu: hUt. M. D. C, l IV. p. 108 vl eniv.

saints : Qne ton aiumône sue dam ta mai» jusqu'à et (m irouves «n juste à qui la donner, et à cette autn maxime : La charité doit être bien ordonnée, ce qu as s'accomplit pas quand Tanmône est arracliée par l'importunité des paarres, surtout lorsqu'ils sont en état de gagner leur vie par l'industrie, le travail ou l'étude, nons devons restreindre cette multitude de pauvres et leur iriquent concours. A ces canoës, en exhortant chacun au devoirs d'une piété discrète, nous statuons qu'aucun de pauvres qui affluent dans la cité, tant de ceux qui iiont dans le besoin que des coquins qui en font semblant, knant tendre la main dans la ville et les faubourgs, ne reçoive l'hospitalité que dans l'un des hôpitaux de la ville» défendant à tous les citoyens d'en recevoir chez eux danS la ville et les faubourgs, et leur enjoignant de les euvofeC dans les dits hôpitaux, en les prévenant, s'ils sont étrU' gers, qu'ils ne doivent pas s'arrêter plus d'un jour Genève, Nous enjoignons, en outre, sous peine d'escoiU' municatioQ et soixante sous d'amende, aux recteurs efc directeurs des hôpitaux et à leurs lieutenants, de veiller attentivement à ce que les mendiants n'y soient pas reçus lorsqu'on pourra reconnaître qu'ils sont bien portants on à leur aise, et à ce que ceux qui, véritablement, sont infirmes, pauvres, faibles, estropies, dignes de pHiê. M Boient pas repousses ; avisant tous les étrangei's qn'il ui leur est pas permis d'y rester plus d'un jour, à moins que leur faiblesse et leur état maladif n'exigent manifestement plus de temps pour les remettre et les faire reposer. El seront tenus de renvoyer tous ceux qui seraient atteints de maladies contagieuses, s'ils ne sont pas de la ville oa des faubourgs, et de les faire retourner, s'il est postf**'dans l'endroit d'où ils viennent.

< Nous recommandons au vidomne, à son lieutenant et ftox syndics de prêter aide aux hospitaliers en tout ce i^ai

. HÔPITAL DES rAUVBES HONTEUX OD DE l'EUCHAEISTIB

- lîfâ —

concerne ces ordonnances, afin que les inconvénients précités i l'occasion des faux mendiants, cessent et soient dftment réparés, pourvoyant pour tout le reste, autant que Dieu et l'humanité le leur permettront, â la louange du Dieu souverain et éternel à qui la cité appartient et sans lequel ceux qui la gardent veillent en vain,

t Donné & Genève en 1458. • 0U3 laissons de côté deux hôpitaux très-secondaires, celui de la Sainte-Trinité, fondé en 1365, par un maîtremaison, nommé Girod de Melduin, et celui de Saint-Bernard, à la rue des Chaudronniers, pour arriver à une fondation beaucoup plus importante faite par un généreux citoyen, très-connu par ses largesses en faveur de sa ville natale, François de Versonnes. Nul ne fit un aussi noble emploi de sa fortune. Guidé par un motif de reconnaissance bien légitime pour la Providence, qui avait fait prospérer son négoce, et voulant, à l'aide de ses biens terrestres s'en préparer de meilleurs pour l'éternité, il créa deux hôpitaux. Le premier fut dédié à Notre-Seigneur, caché dans l'Eucharistie, et aux pauvres de Jésus- Christ. {Dedicat Deo et pauperibus Christi et miserabilibus personis egentihus) (1).

Les pauvres avaient déjà à Genève cinq asiles ouverts à leurs besoins. Toutefois, ces hôpitaux étaient destinés à soulager les misères qui s'étalaient au grand jour. En dehors de cette classe de mendiants qui ne craignent pas de tendre la main aux passants, il en est une dont les Bonffrances sont d'autant plus cuisantes qu'elles n'osent

I) Acie de fondation. U. D. C.^ i. IV. Pr.,

^^■jl) Acie de fondât!

I«s se pndTiire : nous appelons ces malheareur les pmh mtf ic«;^mr. n y en aTiit à GenèTe ayant 1535| comme IICC5 en avons encore anjonidliai. Plusieurs avaient passé de rais^nce à la détresse; ils parurent à François de Ver^^riiex plus dignes de compassion que tous autres c p^irre q^e. dic-Q dans l'acte de fondation de son hos' f :c£« r'c^SAi:: implorer la commisération publique, ils subisse r« des prlTiûons beaucoup plus grandes. •

rc:ir r^iliser cette bonne pensée, il fallait une maison e: i^$ rentes. François de Versonnex y pourvut largement. l\ ichc:a i'i^^rd deux baraques situées au bord du lac, prvs de l'eclise des Frères Mineurs, à Rive, et à lenr pldce il e'Ieva deux corps de bâtiments avec granges, qu'il

destina aox rerj^/iktir : c'était le nom des pauvres honteux.

Fracçois de Versonnex était marchand, et il faisait partie de 1.1 confr^ne de TEucharistie, qui s'occupait à GenèTe de rendre des adorations au Dieu des pauvres. Connaiss^rt la haute moralité des bourgeois enrôlés sous cette banr.iore. il leur contia la direction de son hospice et leur hissa !o soin do cêrer les biens destinés aux pauvres honteux, les tenant ■ pour hommes probes et capables de niAiutorir une bonne administration dans son hôpital et au profit dos malheureux. » Le prieur de la confrérie devait se rocardor comme leur tuteur et leur curateur. En cas do dissolution, cette association pie était recommandée aux syndics de la cité, qui devaient pourvoir, par leur choix a une sage et prudente direction.

Tout est prévu dans cet acte, qui peut nous paraître un peu prolixe, mais qui dénote des hommes expérimentés dans Tart do stipuler les clauses d'un contrat.

Frani,*ois do Versonnex no crut pas pouvt)ir mieux consolider son étaMissemont qu'en le plaçant sous la protection spéciale de révoque. François de Mez, qui occupait alors

le sîjge de Genève, avait en effet toute la confiance des haMUnts de la cité. Non content d'acquiescer aux vœux II" cet homme de bien et de donner sa haute approbation I ses géuëreuBes pensées, il voulut l'aider dans la mesure oe son autorité. Après avoir convoqué le Chapitre et fait lire l'acte de fondation, il déclara affranchir de tout droit a'tte création charitable, en recommandant à celui qui eu serait le recteur d'administrer sagement et fidèlement l'héritage des pauvres, de soigner avec amour et de nourrir plfnsment (pie elfideliter) tous ceux qui lui seraient confias, U conjure, de plus, tous les administrateurs de l'hospite tie n'admettre, pour servir dans cette maison, que des hoinmes éprouvés, dignes de confiance, et jouissant de Wne réputation (prohaios, yJoneos boni que icstimonii ms) (20 décembre 1434) (1).

De plus, pour manifester tout l'intérêt qu'il portait à tette œuvre, par un induit spécial, en date du '28 décembre 1435, il accorda cent jours d'indulgence à tous <^eiii qui, par une aumône tendraient une main secourable ïDi pauvres de cet hospice et en visiteraient la chapelle, érigée sous le vocable de la sainte Eucharistie, en la fôte lies saints Innocents (2).

L'appel de l'évêque porta bientôt son fruit, car, peu de temps après, le prieur de Saint- Victor, Amédée de CharaDsoDay. rendant témoignage au bien qui s'opérait dans cetijospice au profit de ta dévotion et voulant y prendre part, donna cent florins pour être placés eu fonds par le wcteur, à la charge de faire célébrer, chaque année, le jour des saints Innocents, une messe chantée pour le repos de son &me.

Les clauses de cette fondation sont trop curieusefffl que nous les passions sous silence. Nos ancêtres ae cru* gnaient pas d'enyisager l'heure du trépas et de fixer u qui devait le suivre.

■ A cette messe, dit le testateur, assisteront quatre prêtres sachant bien leur chant (suum cantum scientea); i l'offertoire, on annoncera l'indulgence accordée par l'érj* que, et l'on recommandera le donateur aux prières Am assistants. Le recteur paiera deux tous au célébrftOt et douze deniers aux prêtres assistants; il dietribuera 1> même aumône aux pauvres soignes dans l'hôpital, Qol assisteront à l'office et prieront pour le salut de son flme. t 11 demande de plus à ceux qui auront la liberté d'aller et de venir, une visite à l'église du Prieuré, chaque vendredi, afin d'y prier pour lui, en assistant â un service funèbre qu'il y a fondé. Ce jour-là, ils recevront douze deniers d'aumône (1).

Un autre personnage, nommé Guichard Bailly, voulut aussi faire de sa fortune un noble usage, en laissa une partie à l'hospice récemment fondé par de Versonnex. Voici comment sont conçues ses dispositions testamentaires :

• Considérant que le jeune homme meurt rapidement, et que le vieillard ne peut vivre longtemps, sachant que si la mort est certaine, l'heure de la mort est incertaine, et ne voulant pas mourir sans régler mes affaires, je recommande mon âme à Dieu, et je veux : l" qu'on m'en, terre dans la chapelle fondée par moi dans l'église de Saint- Gervais; 2° J'ordonne qu'on distribue trois deniers à tous les pauvres qui seront, à ma mort, dans les hospices de ta ville , la même somme à la Recluse, et trois sons aux malades des léproseries de Carouge et de Chêne (2). *

(t) Acte concernnDi l'IiApiial de l'Enchaiiiile, n* 9.

(1) Hc^lslrc lies duoalions laites i l'Iifipilal de l'Eucharblir, p. 9.

Guichard Bally possédait une maison à la Tour-de- Boël, Due pièce de vigne à Aire, dix poses de bois dans la même localité. Il avait, de plus, des propriétés en champs, ^i^nes et maisons au Carre; il divisa le tout en trois parties et en donna une à la chapelle, l'autre aux hospices, pour des dots aux filles pauvres, et la troisième à l'hôpital de l'Eucharistie; ce qui permit au recteur de constituer tout de suite des rentes pour l'entretien des pauvres 'lonteux confiés à ses soins.

lî y eut bientôt d'autres généreux donateurs qui îmitèr^nt son exemple, tels furent : Simon de La Rive, apothi- *^a-ir-e, qui légua cent florins à l'hospice de Versonnex, et Philibert Destri, qui mît à la charge de ses successeurs la rente de dix florins pour l'hospice. Il y en eut qui firent remettre des sommes assez considérables au recteur de l'tïospice, sans vouloir se faire connaître, accomplissant 8'tisi le précepte de Notre-Seigoeur en fait de charité : Q^*e votre main droite ignore ce que donne la main gauche, A-insi, noble Henry Emery, compte un jour au prieur Jean d^ Lunes la somme de cent florins, au nom d'une persoxme dévote qui veut rester inconnue.

Tour être admis dans l'hospice de l'Eucharistie, il fallait avoir mené une vie irréprochable et quiconque se serait permis la plus petite irrégularité de conduite en était exclu.

-Ainsi, noBs voyons, en 1505, l'entrée de l'hospice refusée a-a nommé Jean Sermurs, parce que ses propos ne sont pas honnêtes (Cum non sit konestœ conversationis).

Les règlements les plus sages avaient été dictés par le fondateur à cet égard. On ne s'en écarta jamais, pas "lÊme en faveur des personnes patronnées par les héritiers de François de Versonnex. On leur répondit que la •onUation était positive, et qu'on ne pouvait agir contre • intentions des donateurs.

A cette époque, la volonté des moarants était sacrée; on se faisait un scrupule de violer la plus petite clause de leurs testaments. Il fallut, pour modifier ce religiem respect, la révolution de 1535, qui centralisa toutes les fondations.

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