‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 54 sur 84 · JEAN LOUIS DE SAVOIE · texte numérisé non relu

JEAN LOUIS DE SAVOIE

La mort de Pierre III de Savoie, survenue à TurÎD, rendit le siège de Genève vacant pendant un temps assez considérable. Les Vicaires généraux profitèrent de la latitude que leur laissa cette vacance pour rédiger et publier des ordonnances remarquables (I).

Le mandement adressé par le Chapitre à l'Official, suppose un état bien bouleversé. Il lui était enjoint de pour- Guivre tes auteurs des violences qui se commettaient dans la ville et des scandales qui s'y produisaient. Évidemment

(!) ùtum. Matériaux, i. I, p, t93. Atch. f'iiri. I

il s'était opéré un affaiblissement dans l'exercice de l'autoritéy que s'efforcent de resaisir les Vicaires généraux, Antoine Piochet, docteur en droit, et Pierre Prêtre, tous les deux chanoines de la cathédrale.

Dans le règlement de police voté au Chapitre, apparaissent particulièrement trois plaies qui demandaient à être cicatrisées par de sévères prescriptions.

La première était celle de l'audace des femmes dissolues qui exerçaient leur honteux métier à l'aide d'agents provocateurs ; la seconde, celle du blasphème mêlé à des jeux sordides ; enfin, la mendicité de gens sans aveu et promenant, comme vagabonds, leur paresse et propageant des maladies contagieuses. Voici les règlements adoptés. Pour parer aux scandales d'une honteuse prostitution, les femmes dissolues devront être réduites dans un quartier spécial de la ville, avec obligation de porter un costume qui les distingue des femmes honnêtes. Tous leurs agents seront mis à la porte de la ville et des faubourgs, avec l'obligation pour le Vidomne et ses lieutenants de les surveiller.

La seconde plaie était celle des jeux de hasard, accompagnés de blasphèmes. Pour couper le mal par la racine, les maisons de jeu furent fermées et Ton interdit aux propriétaires de maisons de les louer à ceux qui favorisent les jeux de hasard. De plus, on leur imposa l'obligation de faire connaître à la Cour épiscopale les joueurs obstinés.

Quant aux blasphèmes, ils étaient immédiatement punis. Pour réparer l'injure faite à Dieu, le délinquant était condamné à s'agenouiller et à baiser terre, en signe de repentir.

Quant à la mendicité^ tout en reconnaissant que l'aumône est excellente et méritoire, les Vicaires généraux ordonnèrent de distinguer le vrai pauvre de celui qui en fait un honteux métier, en affectant de feintes maladies

Pet étalani des plaies dégofttantes et de honteuses nudités (1).

Quant aux yraie lépreux, ils seront réduits dans les établissements de Chêne et de Garouge où l'on devra les soigner jusqu'à complète guérîson.

Il u'em pas jusqu'à la malpropreté des rues qui ne fut signalée comme devant disparaître.

. Les édiles de nos villes les plus avancées dans la civi-

I lisation pourraient trouver encore aujourd'hui des leçons dans ces ordonnances, datant de quatre siècles.

Quelque put être l'évêque qui viendrait occuper le siège de Genève, il ne pouvait qu'applaudir à de si sages règlements.

Celui qui fut nommé appartenait encore à la famille des Ducs de Savoie. Quoique âgé de dix-sept ans seulement. Jean-Louis de Savoie était déjà un personnage décoré de toutes sortes de titres : Protonotaire apostolique, Administrateur des abbayes d'Yvrée, de Stafarde, de Saint-Oyen de Joux et d'Ambronay, etc. De plus, il avait été nommé Administrateur de l'archevêché de Tarentaise, lorsque Anne de Chypre, sa mère, obtint pour lui, de Pie II, l'évêché de Genève. Le Pape avertit le peuple, les magistrats et le Chapitre de ce choix, en invitant les uns et les autres à recevoir Jean-Louis comme Pasteur et Père (2). Cette première pièce était accompagnée d'une dispense d'âge, motivée sur les talents et les espérances qu'il faisait concevoir pour le bonheur de l'Église. Elle lui était accordée pour qu'il pût administrer le diocèse jusqu'à vingt-sept ans, l'âge canonique où il recevrait la consécration épis-

. copaJe (3).

. (1) Ayant cjlt' en i

II' Cliapiln' di' la Cha

lli Bulle de Pie 11. krcb. Porid. Iiist-, (11) Ujia., D- 6»1.

Les désirs du Pape ne se réalisèrent malbeureusemeot jamais

Jean-Louis avait toutes les aptitudes d'un gouverneur de province. Il eût été un très bon prince; mais il n'eut jamais les allures qui conviennent â un évêque. On dît même qu'il se plaisait à endosser le costume d'homme de guerre. Aussi ne pensat-il jamais à arriver à la prêtrise. Dans aucun acte il ne prit le titre d'évêque, mais seulement celui d'administrateur de l'Évéché de Genève

Il accorda des franchises aux hommes de Jussy, Thiez et Peney, qui étaient ses vassaux, et leur dicta divers règlements empreints de sagesse. Il voulait que ses sujets eussent en horreur le blasphème contre Dieu, la Vierge et les Saints. ■ Convaincu, dît-il, qu'il faut, à côté du sentiment religieu}:, une crainte salutaire >, il ordonna à ses châtelains de réprimer cet abus, en condamnant les jureurs à deux jours de prison, au pain et à l'eau (1). Cette ordonnance, en date du 8 juillet 14G9, est contresignée par Philippe de Compeys, chanoine de Lausanne et Vicaire général de Genève. Il en est de même d'une autre tou chant les marchand:] de cire, les boulangers, les bouchers et les barbiers. Des visiteurs constataient la valeur et le poids des marchandises. Si elles étaient avariées, le fisc s'en emparait. A défaut du poids, le pain allait aux pices pour les pauvres. Il était interdit aux barbiers de raser le dimanche et aux fêtes des Apôtres. Pour être assuré que la viande fût saine, on ne pouvait introduire ea ville que des animaux vivants (2). Pour que l'ordre régnât dans les finances do l'évèchê, Jean-Louis établit une Chambre des comptes, à la tète de laquelle il plaça, comme receveur général, Guillaume Dubois, avec un

(I) Régleinenl de polico. l'orlor. I:

(1) PonsT. hbl., n- 681,

ï »ppointement de cent florins. Il fallait, pour cette charge, ' un homme intègre, probe, intelligent et dévoué. Jean*Louis te trouva dans Guillaume, connu déjà comme un habile administrateur. II ne Fut pas aussi heureux dans le choix d'un conseiller, qui devait être en même temps le secrétaire des appels à la cour épiscnpale. Estimant que Jean Sougey remplirait cette fonction avec fidélité, il le nomma par provision du 16 juillet 1470. A peine ce chois fut-il connu des syndics, qu'ils s'en émurent, De suite, il3 s'adressèrent au Vicaire général, Philippe de Compeys, pour lui remettre une protestation contre Sougey, l'ennemi, disaient-ils, de la ville, à laquelle il avait causé les plus grands maux par ses violences et ses crimes. Syndic en 1462, il avait fait tomber la tête des citoyens les plus honorables, ne respectant ni droit, ni autorité. Ils ajoutèrent qu'assurément, l'évêque avait été trompé par I cet homme plein d'astuce et que sa nomination ne pou- I vail provenir que d'une surprise {1). En attendant ces plaintes, le Conseil épiscopal arrêta d'interdire à Sougey de remplir ses fonctions jusqu'à nouvel ordre.

Jeau-Louis de Savoie savait écouter les conseils, et il se rendait aux représentations des syndics. Ils lui demandèrent un jour de pouvoir placer sur les portes de la ville le monogramme de J. H. S-, comme un préservatif salutaire pour la cité. Il se rendit avec empressement à leur pieux désir, et il donna des ordres pour que ce nom sacré fut sculpté sur la pierre au-dessus des portes (2).

(I) ProlMlatioD dM syndics. PoneT. hisl., n' 0S9 bit.

(3} LeUre de Jean-Louis de Savoie aux t^ndiei. Porief, liist., d' 683.

JV. B. '- PcD do temps avant la demaodo des syndics, ce mâme moDo-

f-amme figurait comme sceau dans une lettre d'un cornlr pnlutin, nommé Irard Deicbamps, eapilûne de ia Compagnie de Jésits. kn passant par BnAvn, 1 la lêla de ses Iroapes, destinées k eombaiire contre les Turcs, I Uirard unt i se plaindre d'oQtragM commis, di«ail-ll, contre sa personne et 1^ de la soualracUoQ de >ei liaipieg et joyaux. Il lîE mjltiiu appuyer ses rA^lama- 1 tlons pdr l'emperenr Frédéric. Ce mnnogranime radiÉ se trouvait gravé »n- I dessQ* do l'nncieiini! porte de Rive. C'est le mémo dont se servit, soixanle iB plus lard, sainl Ij^acc, pour le sceau de sa céltbre Société.

Jean-Louis confia Tadministration religieuse de son diocèse à des suffragants, sur lesquels il se déchargea des visites pastorales. Le premier qui se présente est Mamert Fichet, originaire du Petit-Bornand, évoque d'Hébron, vicaire général de TÊvèché de Oenêve.

Il faut le dire, Mamert Fichet ne s'épargna nullement (1) : il visita les églises, les chapelles, les hospices et consigna sur son passage l'état ou se trouvaient les objets du culte, les reliques, les vases sacrés, les ornements, et il diéta une foule d'ordonnances. A ce point de vue, le registre des visites pastorales sous Louis de Savoie est plein d'intérêt pour les paroisses du diocèse de Genève. La marche suivie par l'évèque d'Hébron démontre l'erreur de Besson, qui indique cette visite pastorale comme faite par Claude, évèque de Claudiopolis. Il se trompe encore lorsqu'il avance qu'elle fut la dernière faite au nom des évéques avant 1635; car, dans nos archives, auxquelles nous avons emprunté ces détails sur les courses de Mamert Fichet, se trouvent les procès-verbaux de deux autres visites. Tune de 1482 et l'autre de 1510.

Outre Mamert Fichet et Philippe de Compeys^ nous voyons figurer comme vicaires généraux Jean de Mont-

Ci) C*e8t de Bonne qu'il part le 15 septembre, le lendemain de la fête de TËxaltation de la sainte Croix en Tannée 1470. Aprî^s avoir visité Fillinges» le 17, il se rend à Annecy. Il parcourt la vallée de Th6ncs, le Grand-Bornand, la Glusaz et redescend, par les gorges de Serraval, à Marions. Si nous voulions le suivre, nous ne trouverions dans les paroisses qui bordent le lac d'Annecy et montant ensuite dans les Bauges où il reste jusqu'au 17 décembre. Après un mois de repos, il repart pour Sales, Versonnay^ Saint-André et ne prétérite aucune paroisse jusqu'à Yilly-le-Peloux et Allonzier. Au mois de mars. 11 est dans le bassin du Léman, à Chouley, Meinier, Collongc, Veigy. d'où il part pour le bas Chablais, et, le 9 mai, il monte jusou'à Abonaance. Le li mai, il s*engage dans les vallées de Bonne- Vaux et Bellevaux et revient par Samoè'ns et Ghàtillon. Le 90 mai, il reparait à Marigny, près de Bonneville, où il se trouve le 6 juin. Le 8, il est à Cluses, où ont lieu des ordinations pompeuses. Le nombre des clercs ou acolytes est do cinquante-quatre. 11 y a huit sous-diacres, quatre diacres et treize prêtres ordonnés. De là, il se rend à Sallanches, aux Ouches, à Notre-Dame-de-la* Gorge, à Flumet, Bellecomte et Héry.

chenu, Précepteur do Fossano (1), et André de Malvenda, qui prêta le serment exigé des vicaireB généraux le 9 février 1473. Vieut ensuite Claude, évêque in i>artibus de ClaudiopoliE, dans la Turquie d'Asie. C'est lui qui accomplît, en 1481, la visite pastorale du diocèse au nom du prince Jean-Louis de Savoie. Il la commença le 3 mai, sans pouvoir la terminer avant la mort du dit administrateur.

Ce même personnage avait présidé l'année précédente le synode diocésain tenu les 16, 17 et 18 mai dans la Cathédrale de Saint-Pierre, oti André de Malvenda proclama les statuts diocésains, Jusqu'alors, on s'était borné à en dresser des copies écrites à la main; mais, en cette circonstance, par une heureuse innovation, ils furent livrés à l'impression et, par ordre de Jean-Louis, édités à Genève par Louis Cruse, autrement nommé Garbio, le 15 du mois de juin 1462 (2).

BeB8on affirme, sur tes assertions de Bonivard, que Jean de Savoie fit transférer à Turin tous les écrits et titres des archives de l'évéché de Genève, pour les confier au chanoine Lëonardi, chargé de réunir les documents nécessaires pour écrire l'histoire de la maison de Savoie. Cette assertion est évidemment trop absolue, car il existe encore à Genève trop de pièces, signées de la main de Jean de Savoie lui-même, pour qu'on puisse supposer qu'elles aient été oubliées ou, si ces pièces furent transportées à Turin, plusieurs en revinrent. D'ailleurs, les terriers et titres de l'évéché sont conservés dans la collection des parchemins accumulés aux archives des Maccha-

(1) Jean du HoDcImnu, frère d'Anloine dï UantcheDO, cnmmRndaur de S>iiil-Ranvi?n, avaii prflil scrinenl, en qualité de vicaire génértl, lo IS aeplembre 1171.

bées. Un des derniers actes accomplis à Genève par Jean de Savoie fut une commutation de la peine de mort prononcée contre Antoine de Grine. Usant de son droit de prince et ému par les prières de la famille de ce malheureux, il lui fit grâce de la vie; sans cela, il eût été jeté an lac. C'était une peine portée contre les auteurs de quelque grand crime. Cette concession est datée du 8 juin 1482(1). Guichenon est donc dans Terreur^ en plaçant la mort de Jean Louis de Savoie le 11 juin dans la ville de Turin. Bonivard, se servant du catalogue des évéques, dit que < cet homme magnanime, à grand cœur, défenseur de la liberté ecclésiastique et de la cité de Genève, cordaius et vit magnanimus *, mourut le 4 juillet 1482. C'était, dit Juvénal d'Acquin, le jour de son arrivée dans la ville de Turin. L'auteur anonyme de la Chronica latina Sabaudiœ^ attribue sa mort à une cause honteuse. Rien, de tout ce que nous avons lu à son sujet dans les archives de Genève, ne peut appuyer de telles assertions, uniquement destinées à souiller la mémoire d'un mort.... Passons à Jean de Compeys.

JEAN DE COMPEYS

Ce ne fut pas sans de grandes difficultés que s^opéra la nomination de Jean de Compeys au siège de Genève. Il y avait, à cette époque, deux partis bien tranchés dans la ville. Les uns, las de la domination des princes de la famille de Savoie, aspiraient à l'indépendance, dont jouissait autrefois la cité sous la houlette des évêques, et désiraient vivre de leur autonomie avec un prince-évêque du pays. Us se rapprochaient de la Suisse et des Ligues avec

(i) Porlef. hist., n' 714.

lesquelles Jean-Louis de Savoie avait signé un traité de combourgeoisie. Les autres, dévoués à la maison de Savoie, ne voyaient le ealut de la ville et des faubourgs que dans l'appui du duc, qui s'efforçait de plus en plue de faire apprécier ses services (I).

1) y avait, en outre, dans le Chapitre, bon nombre de chanoines dévoués à la maison de Savoie, mais plus désireux encore de la prospérité de l'évêché de Genève. Parmi les syndics et les conseillers, la grande majorité laissait au Chapitre le soin de gouverner l'Église, tout en appelant de ses vœus un chef qui ne fût plus un représentant de la dynastie savoisienne.

C'est sous cette influence que le Chapitre donna son vote, le 19 juillet 148a, pour Urbain de Chevron, abbé commandataire de Tamié (2), chanoine honoraire de la cathédrale de Genève. Ce personnage était assurément qualifié pour mériter la place qui lui était offerte ; mais il lui manqua ce qui est plus important, la délégation émanant du Souverain Pontife. C'est dans l'église de Jussy qu'eut lieu la votatioo. Sans doute, les chanoines s'y étaient retirés parce que le château de Jussy fiait un des âefs de l'évéclié. Ils espéraient y jouir d'une indépendance plus grande qu'à la ville oii les partis s'agitaient, malgré toutes les précautions prises par le Conseil et le Chapitre pour assurer la tranquilité.

La nomination d'Urbain de Chevron était à peine connue à Genève que l'on apprit que le Pape Sixte IV, usant de la plénitude de sa puissance apostolique, avait délié Domi* nique de la Uovère, cardinal de Saint-Clément, de l'église

(1) CVtiit la punaêo dn la CDRimuiuutô, au lémulftunite iIl' BonivarJ, qu' dit que le • commiin de la ville demandait Mcislro Prnnfois dv &ivo]re, fri^ro de Jchin, lequel éiaii détenu en Franco. ■ iChroniques de OenSne, liv. 3, chap. X.

(% Registre capimlalrc.

de Genève à laquelle il avait été nommé et que Jean de Compeys, titulaire à Tamié, échangerait son siège avec lui (1). C'est dans ce sens que le Pape, par un bref du 18 septembre, invita les syndics et la communauté à recevoir avec bienveillance cet envoyé du Saint-Siège, et à lui assurer la libre et paisible jouissance des fruits de Tévêché (2). Sans indiquer d'une manière claire le motif de cette transmutation, le Pape indique que c'est pour des raisons graves, rationabilibus causis. Sans vouloir discuter ici quelles furent les considérations qui guidèrent le Pape en cette circonstance, nous ne pouvons attribuer cette mesure à d'autres motifs que ceux de la paix. En effet, il fallait trancher unegran de difficulté provenant des exigences de la maison de Savoie, qui voulait à tout prix dominer dans Genève et faire arriver au siège épiscopal un quatrième membre de sa famille, comme si l'évéché devait lui être à jamais inféodé.

Trois concurrents étaient en présence, Urbain de Chevron, l'élu du Chapitre; Jean de Compeys, l'envoyé du Pape, et François de Savoie, appelé Monsieur de Mont- Joux, patronné par son frère Philipppe, dit Monsieur.

Le premier était appuyé par les magistrats de Berne et de Fribourg; le second avait pour lui la plus haute autorité compétente en cette matière; le troisième était soutenu par Charles VIII, roi de France, et par Charles I, duc de Savoie. Il résulta de toutes ces ingérences, au sein du Chapitre et des Conseils, une hésitation telle, que le Siège fut regardé comme vacant, et le 18 décembre 1482 le Vidomne Amé de Viry vint prêter serment, entre les mains du Vicaire général, de respecter les droits de l'Église de Genève, Sede vacante (3).

(l) LeUre.du papô Sixte IV. Porlof. hist., n' 715. (î) Bref du Pape. Porlef. hist., n' 717, (3) Porlef. hisl., n' 718.

Le duc qn'il représentait ne se regarda pas lié par cette promesse, car il lui prit fantaisie de soutenir à tout prix prétentions de sa famille. Le 9 janvier 1483, il ordonna, à François de Montfalcon, l'un de ses conseillers, » de tenir bous la main ducale le dit évêché de Genève, avec ses droits et dépendances, de le régir et de ne pas le relâcher jusqu'à nonvel ordre et de veiller à ce que le culte divin continuât à se célébrer à l'accoutumée. •

L'ordonnance du duc ne fut produite au Conseil que le 31 janvier. A peine Urbain de Chevron en eut-il connaissance qu'il quitta Genève, ne voulant ni ne pouvant entrer en lutte avec le duc et ses officiers. C'était un concurrent de moins. Tenant compte de sa retraite, Rome, pour le récompenser, le nomma arclievcque de Tarentaise à la place du cardinal de la Rovore, qui avait été promu au siège de Turin. Ce concurrent une fois disparu, le Conseil se trouva plus libre. Il inclina à laisser le dernier mot au Pape, qui se prononça d'une manière définitive pour Jean de Compeys, • moyennant la promesse de lever l'interdit ecclésiatique et de relever de la peine d'excommunication ceux qui en avaient été frappés ». Les fondés de pouvoir de l'évéque s'engagèrent à faire ratifier cette clause par celui dont ils étaient les délégués (1).

Le 25 mai 1483, Jean de Compeys fit son entrée à Genève. Conformément à l'antique usage, le Conseil le reçut en grande pompe et le conduisit à la cathédrale où il ratifia les promesses données aux syndics de lever l'interdit. La ville lui fit un cadeau de joyeux avènement, consistant en pièces d'argenterie de la valeur de 393 florins (2).

(1) Porlrr. hisl., n- îtt. M. D. C, t. V, p. 339. (ï) Rn^lTP du l>iQ»cil, 1" juin 1183. ~ N.-lt. (

nnr ni^ui.^rc et six gcïhcli'tï luita ij/ijuryeln ri scjt (

Jean de Oompeys eut la sagesse de ne montrer aucnn res* sentiment contre ceux qui avaient été le plos opposés ft son élection. Par sa bienveillance et son esprit d'éqnlté, U gagna les cœurs, et après quelques semaines, les chanoines et les syndics écrivant à Monsieur de Savoie rendaient i leur évèque le témoignage suivant :

c Jean de Compeys est, et sera utile et fructueux à l'église, cité et diocèse de Genève : il veut vivre, vit et converse, selon ce que Ton peut comprendre, en bon prélat et vrai ecclésiastique, en conversant bénignement avec un chacun : ne jà ne peut dire âme du monde qu'il ait montré un félon ne malicieux semblant à personne^ ains à chacun remplit (l'attente) du Chapitre et de la cité, autant que se jamais n'y eut eu contredite d'être reçu du premier jour... Il y a une grande bonté en lui, et il donne une merveilleuse espérance à tous ceux sur qui il a autorité, qu'il gouverne humainement et bénignement, sans faire violence : de jour en jour l'on connaît qu'il aime justice et la fait faire à ses officiers, et tel seigneur et prélat était nécessaire à la cité de Genève. »

Après tant de luttes apaisées, Jean de Compeys pouvait espérer des jours meilleurs, mais il ne tarda pas à voir se renouveler les prétentions de la maison de Savoie sur son évêché.

Le 30 mai, François de Montfalcon présente au Chapitre de nouvelles lettres patentes pour réclamer, au nom du duc de Savoie les droits sur le temporel de l'évêché.

Ces prétentions montrent le danger de l'ingérence des princes même les mieux intentionnés dans les affaires de l'Eglise. Ils ont toujours, sans s'en apercevoir, la tendance de la dominer.

En face de telles exigences, Jean de Compeys rassembla les syndics qui se montrèrent prêts à soutenir l'évêque

.contre tous • sauf ceux de la maison de Savoie. • Cette réserve, à elle seule, montre combien était puissant le parti dévoué à cette dynastie. Encouragé par l'attitude des Conseils, le duc envoie, le 1" août, à Jean de Cornpeys, trois commissaires pour le sommer de se transporter en personne à Pignerol, au delà des monts, et d'y apporter les titres et droits de son évêché. Des menaces les commissaires passèrent aux voies de fait, et ils ne craignirent point de planter un penonceau aux armes du duc sur la porte même de l'évêché. Jean ne pouvant accepter cette rise de possession de la part du duc, enleva l'écusson et le fit déposer dans sa chapelle privée (1).

Ne se trouvant plus en sécurité dans son palais, l'évêque prit le parti d'aller porter sa plainte i Rome. Il disparut, en eiîet, le 21 septembre, suivant la teneur des registres, sans dire adieu à personne {hospite insalutato) (2).

Le Pape, dans des conflits de cette nature, n'a d'autres armes pour défendre les droits de l'Eglise que l'excommunication. Sixte IV y eut recours et lança l'interdit sur le diocèse (3). Pour y échapper, le Conseil et le Chapitre se rassemblèrent. Les uns et les autres, désireux de la paix, furent d'avis de se soumettre à l'évêque et de lui garantir ses droits, prétextant > qu'ils ont fait ce qu'ils ont pu par le passé et qu'ils ne feront rien à l'avenir qui puisse empêcher Jean de Compeys de rester en paisible possession de son évêché ». On voit percer, dans cette réponse des syndics, la crainte de déplaire aux princes plus puissants qu'eux, et le désir d'arriver à une transaction. Elle était d'ailleurs demandée par le roi de

(1) Registre du Constil, 13 août 1U3.

(1) Regûlre du CoDwil, 11 septembre liSil.

[3] Voyci MagnMtn BvUarium Homanum, l

France, qai n'avait cessé de plaider en faveur de Itonsieur de Montjoux (1).

Dans de telles conjonctures, Jean de Gompeys comprit qu'il ne pouvait pas rentrer i Genève, où le duc se prévar lait de la possession des titres et revenus de l'évéché et où le peuple, fatigué par tant de luttes, se prononçait assez hautement poui* François de Savoie.

Une occasion de terminer ces malheureux conflits se présenta par la mort d'Urbain de Chevron, survenue à Moùtiers le 9 novembre 1483. Le siège de Tarentaise était devenu vacant. Voulant ménager tout à la fois Jean de Gompeys, qui n'avait pas démérité, et les souverains qui plaidaient pour la transmutation de l'archevêque d'Auch» le Saint-Siège agréa ce plan et nomma le premier à l'archevêché de Tarentaise, réservant le poste de (Genève pour Monsieur de Montjoux. G'est le nom qu'avait conservé François de Savoie.

On comprend que, malgré tout son zèle et sa bonne volonté, Jean de Gompeys ne pût jamais, en ces jours troublés, rien tenter de stable dans son diocèse. G'est cependant sous lui que les statuts remarquables du Chapitre de la cathédrale furent révisés et soumis à l'approbation du Souverain Pontife — 1484 — (2).

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