‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 55 sur 84 · FRANÇOIS II DE SAVOIE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS II DE SAVOIE

Nous sommes arrivés à la partie la plus scabreuse de l'histoire du diocèse de Genève, celle où triomphe dans les élections épiscopales Tinfluence des princes qui poussent sur le siège de Genève des membres de la famille de

(1) Lotire de Charles VIH au Chapitre. Porlef. hist., n* 7Î8. (i) Voyez Magnum Bullarium Romantunif t. IX, p. iS6.

hvoie, tantôt trop jennes pour prendre la direction de lur diocèse, tantôt trop dévoués à leur parenté et sacrifiant les droits de l'Eglise aux intérêts ou aux exigencee de la politique.

Ce n'est pas que les évêqaes n'eussent d'habiles administrateurs ecclésiastiques, remplissant parfaitement leur charge, mais ce régime d'évêques commendataires ne fut pas heureux pour les fidèles à Genève.

Ce mal, d'ailleurs, il faut le dire, ne fut pas spécial à notre pays; c'était une des plaies de cette époque et ta conséquence des prétentions des rois et des empereurs, qui voulaient asservir l'Eglise et disposer à leur gré des dignités ecclésiastiques.

Nous avons vu le roi de France Charles VIII appuyer de tout son crédit son cousin et filleul, le petit-duc Phi* lippe et exercer une vraie pression sur les syndics et la communauté de Genève, pour les déterminer à recevoir comme évèque le protonotaire d'Âuch, François de Savoie. 11 s'était même adressé au Pape, en mettant en avant les intérêts religieux. D prétendait que le bien de l'Eglise exigeait sur le trône épiscopal de Genève la présence d'un membre de la famille ducale.

Sixte IV avait d'abord noblement proclamé les droits de Jean de Compeys, dont la nomination avait été reconnue régulière, mais, pour terminer un conflit qui ne pouvait que tourner au détriment des âmes, il finit par agréer une transaction qui consista, comme nous l'avons dit, à transférer Jean de Compeys au siège de Tarentaise et à nommer François de Savoie évèque de Genève. Le Pape avisa les magistrats (1) de cette mutation par une bulle adressée aux syndics, en date du 18 septembre (2).

(1) Bulle du Pkpe SUle IV. Porlff. hlM.

François de Savoie était fils du duc Louis et d'Anne de Chypre. Son extraction ne pouvait manquer de lui ouvrir la carrière des honneurs. Il avait d'abord été élu abbé de Saint*Jean-d'Aulps, de Stapharde, de Saint-Ândré-de-Verceil et prévôt du Saint-Bernard. C'est pour cela qu'on l'appelait M. de Montjoux.

D'après le Régeste du Vatican, il fut nommé le 20 octobre 1483 archevêque d'Âuch, à la place de Jean d'Armagnacy ce qui ne l'empêcha pas d'unir à ce titre celui d'administrateur de l'Eglise de Genève.

A peine Frangois de Savoie fut-il instruit des arrangements conclus à Rome qu'il se disposa à venir prendre possession de son siège de Genève. U se fit annoncer le 1^' juin par un fourrier, qui avait pour mission de lui choisir des appartements (1). U dut retarder son arrivée par suite de diverses difficultés pendantes, relatives aux biens de l'évêché. Ce fut le 26 du mois de juillet 1484 qu'eut lieu sa prise de possession. Elle fut accompagnée d'une pompe extraordinaire, et les Genevois s'y préparèrent comme à une très-grande fête. Le Conseil fit une ordonnance pour que les rues fussent balayées et parées de feuillage (2). Le Chapitre mit à la disposition des magistrats toutes les tentures dont il disposait, afin d'orner le parcours du cortège. De distance en distance on donna des représentations nommées histoires. Elles absorbèrent tellement l'attention du public, que le samedi 24 juillet le Conseil ayant été convoqué, plus de soixante membres répondirent à l'huissier qu'ils ne pouvaient pas s'y rendre c à cause de l'occupation qu'ils avaient pour les histoires à faire le lendemain i (3).

(1) Registre da Conseil, i*' juin 1484.

(2) Registre da Conseil, 23 juillet 1484.

(3) Registre da Conseil, U joillct 1484.

Pour avoir une idée de la pompe qui accompagna l'entrée de François de Savoie, il faut lire le récit qu'en a laissé Bonivard, dans ses Chroniques. Le long du parcours, des enfants tenaient des pannonceaux sur lesquels étaient peintes les armes de l'évêque. Sur toutes les places et as coin des rues stationnaient des groupes on costume. Devant la cathédrale se trouvaient le clergé et les chanoines en chappe, avec croix et reliquaires.

Le surlendemain, il y eut une procession solennelle du Saint-Sacrement, à laquelle la ville entière prit part (1).

Nul doute que le choix de François de Savoie ne fut agréable à la cité.

Quelques historiens genevois soutiennent qu'au lieu de prêter immédiatement, comme l'avaient pratiqué ses prédécesseurs, le serment de fidélité aux franchisesde la ville, François de Savoie n'accomplit cet acte qu'en 1487, à l'instance des magistrats.

Gautier, dans ses notes, affirme le contraire : ■ Il s'acquitta, dit-il, de ce serment dès qu'il fut entré dans la ville, en 1484, dans laquelle il n'eut pas besoin de mettre aucune garnison (2). •

S'il eut tardé d'accomplir cette formalité, faudrait-il en conclure que cet évéque était • bien mal disposé pour la liberté des citoyens •, et qu'il eut la pensée de s'affranchir de ce serment, pour être plus libre de sacrifier Genève aux prétentions du duc? Nous ne le pensons pas ; car, en faisant à son neveu la concession d'un emplacement oii il pourra exercer la justice envers ceux de ses sujets qui sont à Genève, François de Savoie met la réserve qu'il • n'entend en aucune façon vouloir par là porter atteinte )aux franchises de Genève •■

: (1) Regùlre du CansFll, m juillet Itôi, D S?on, p. M, noie B.

Sous ses yeux, les citoyens s'occupent de régulariser la formation de leur Conseil, et ils prennent des arrêtés qui montrent la plus grande liberté d'action (1).

Le duc demande-t-il que Genève envoie des délégués l'assemblée des trois Etats, tenue à Chambéry, le Conseil B'y refuse en s'appuyant sur ses franchises.

Lorsqu'il sollicita des subsides pareils à ceux qu'U[ prélevait en Savoie, les bourgeois y mettent opposition t attendu que Monseigneur l'évêque est le seul souverain «. Sans perdre courage, le duc leur répond que « ses sujets sont les sujets de Mgr d'Auch, comme ceux de Mgr d'Auch sont les siens >. Le Conseil n'est pas du mômo' avis; U veut consulter l'évêque, et la somme demandée est refusée (2).

Nul doute que François de Savoie n'ait cherché à être agréable en tout à la cité et favorable à ses intérêts. DauS ce but, il fit plusieurs ordonnances pour rendre aux foires leur ancienne splendeur et en faciliter la fréquentation aux marchands venant de l'étranger (3).

Les foires de Genève avaient été pendant de longues années célèbres, comme le sont aujourd'hui celles de Leipzig et de Francfort, On y accourait des pays les plus loiotains. Les habitants de Lucques y avaient un comptoir. Ln France et la Savoie y envoyaient de nombreux représentants. L'Allemague elle-même y étalait ses produits, La rivalité des princes vint en diminuer l'éclat, surtout lorsqus le duc de Savoie et la France défendirent à leurs ressortissants d'y paraître. François de Savoie usa de soa influence pour faire lever cet interdit, et il recommanda à cette occasion aux autorités genevoises et au vidoinne de

(i) Portef. hisi., n' 7iî.

(1) Reglslre da Conseil, SI el 17 avril 1487.

(3) RegiBlre du Coiisei!, 31 octobre ItSS.

I bien traiter les marchande étrangers qui se présenteraient, de quelque contrée qu'ils vinssent, tout en veillant à ce que I les marchandiBes fussent de bon choix et les marchands consciencieux dans l'aunage (1). Le nom de François de Savoie se retrouve dans plusieurs actes favorables à la ville, spécialement dans la concession qu'il fit à la coramaoauté de Genève d'un terrain assez vaste, appartenant & révoque (2), Ce territoire, appelé les Arênières, s'étendait depuis le pont de Carouge jusqu'au Rhône. Chaque année, à la fonte des glaces, le fleuve inondait cette plaine et obligeait les riverains à faire des digues. Pour dédommager la ville des dépenses occasionnées par l'endiguement, François de Savoie céda cette propriété par acte du 19 juin 1487,

Innocent VIII confirma cette donation l'année suivante, par une bulle du 15 avril 1488(3).

Il parait que les juifs, à cette époque, ne jouissaient nullement à Genève de la faveur populaire, car il fallut plus d'une fois l'intervention du duc et de l'évêque pour les soustraire à la vindicte publique et aux violences du peuple et des magistrats. Il existait à leur endroit une jalousie bien prononcée de la part de la classe commerçante, & laquelle ils venaient faire, aux foires, une terrible concurrence.

Quand ils passaient sur les places, on faisait à leur approche un bruit nasillard et moqueur, appelé dans les registres Tabussetum. Parfois on enlevait méchamment quelque pièce de leur étal, et, en plusieurs circonstances, le peuple se porta dans leur quartier pour y donner des charivaris.

(1) Ordonnance du 4 avrU li86. Porlef. liisi,, n" 748.

(1) DoDallaD lie l'^vfqur Fmacoia de Savoie. Purlef. hiat., i

fJ) Poricl. hbl.. n- 757.

Déjà, sur le commencement, du siècle ils avaient été l'objet d'une plainte, parce qu'ils désertaient leur quartier et cherchaient à s'introduire dans le haut de la viUe. Le vidomne avait dû leur rappeler les règlements qui les concernaient.

En 1487, les marchands drapiers se plaignirent de ce que les juifs vendaient des draps, des chausses neuves et autres articles, contre les franchises (25 octobre 1487).

Enfin, en 1490, l'animad version publique éclata, et le Conseil requit du Chapitre et du Vicaire général, leur expulsion de la ville (1).

Quelle opinion faut-il se faire de Jean de Savoie, comme évêque? Ne connaissant que par les faits précités ce personnage, nous sommes obligés de nous en rapporter au jugement des historiens de Genève. Ce que nous trouvons de plus favorable sur son compte, c'est qu'il fut l'ami des savants et très-instruit lui-même. Prœstd fuit dodrina excultus et doctorum amantis8imu8(2).

Nous voyons en effet un professeur de droit, bachelier ès-lois, nommé Baguyon, de Lausanne, lui dédier un traité publié en 1487 sur la juridiction épiscopale.

Bonivard, contemporain de cet évêque, ne dit dans sa chronique que très-peu de mots sur son compte.

t Le dict evesque François de Savoie, demeura evesque pacifique six ans et mourut l'an 1490. >

Edouard Mallet se borne àces mots sur François de Savoie : c une fois installé, le nouvel évêque ne s'établit point à Genève. Occupé des intérêts politiques de sa maison, il ne visita que par moments de loin en loin sa cité épiscopale. Il s'y faisait représenter par son fidèle vicaire Malvenda. »

(1) Registre du Conseil, 28 décembre 1490. {% Oallia Christiana^ t, I, p. 113.

^P Thourel porte sur lui un autre jugement : • François, ^" dit-il, parut vouloir s'occuper avec zèle du soin de son église; Bes mœurs étaient plutôt celles d'un homme du monde que celles d'un prélat, observateur de ses devoirs. • Ce qu'il lui reproche spécialement, c'est d'avoir manqué & l'honneur et à son caractère, en élevant publiquement le fruit d'un commerce illégitime (I). Ce fait, sur lequel nous aurions voulu pouvoir jeter le voile du silence, restera à jamais une tache sur la mémoire de ce personnage qui, cependant, il faut le dire, jouissait de l'estime de ses sujets et de la confiance de la veuve du duc Charles, Blanche de Monferrat. Elle l'appela à Turin, pour l'aider à

I soutenir le poids d'une tutelle remplie de ditlicultés. Il ne put la seconder longtemps dans cette pénible tâche , car il mourut le 3 octobre 1490.

Ce fut, dit Besson, sous cet évéque, qui prenait la qualité d'administrateur de l'Eglise de Genève, ainsi qu'il se voit par l'acte du règlement de la liberté des foires de l'an 1480, que furent dressés les anciens statuts de la cathédrale de Genève, au nombre de 155 articles, le 24 septembre 1483, et confirmés par celle d'Innocent VIII, de l'an 1484 (2). Ce fut encore sous cet évéque que se fit (1) hes hislorieai proiralanls qui se sont actiArnés  ponrBiuvre Jean de Savoie dans m vie privitu anl (ail rejnilUr lu ditsliannenr île quB]<]ucs mainbreB mdiEiii>s sur le clcr^â loat pulier de Mlle époi}ue. Qu'il y lil en dw prfitrea Inudèlra à leur latnte raiuion, doue l'avouons: mais que tous les prein», tous les moiars, ions los ordres, eomniu lu dil Flunrnuui, aient été entraînés A la (l^morslisition sons Jean-LoDiii de Ssvuio, nous le nions tormollDineat. Nons avons pris la peine de dépouiller toutes les dates des reoisirps du Conseil iin«qneltes il renvoie, ainsi que les eopiiles, comme i dee preuves irrécusables. Sur dix passit^^es invuqutls, il n*; en a pas deux qid soient iceusaleurs, Ou les cilalions sodi fausses ou mal comprises ; souvent uifime elles n'existent pns.

(1) Ce sont les slalnts dont nous Avons parl(> uaEe 90 et qui avaienl Ëltt votés en synode sous tiuill.iumn de ConOiins rn lîflO. Ik ne furi'Qi dont que eonlirméa ei renouvelés en l'an 1181.

i Genèye, au mois de janvier 1487, une copie aathentique, avec les publications et formalitës usitées, de la bulle accordée par l'empereur Frédéric en faveur de Tévé* que Arducius, en 1162, et cela i la réquisition du procu* reur fiscal de l'Eglise de Genève (1).

(1) Spon, p. 57.

CaiAPITRE XXUI

Champion et Philippe de Savoie

Charles de Sejssel, l'èln du Chapitre. — ChampioD Dommè par le Pape. — CoDllit diplomaliqne. — Champion est reltDD i Tarin. — SoD arrivée i fienète. — Ses Mits. — Sa mort. -- Philippe de Savoie. — Il est demaudÉ par les Kjndies el le Chapitre, malgré 80D jeuDS Age. — Lettres de la duchesse Blaaehe. — Délibération do Chapitre. — Orioli. — Ajmon de Hoalfalcon. — Le dac Philibert — Philippe donne sa démtssian.

A peine François de Savoie eut-il rendu le dernier soupir à Turin que la nouvelle de sa mort arriva à Genève. On dirait que le Chapitre était à l'affût de ce moment suprême pour tenter un dernier eflfort et faire valoir ses droits à la nomination de l'évëque de Genève ; car, François expirait le 3 octobre 1490, et déjà le 6 du même mois, c'est-à-dire trois jours après, les chanoines se rassemblaient dans la salle capitulaire et portaient leurs voix sur Charles de Seyssel, qui appartenait à une des plus anciennes familles de la Savoie. Pour obtenir toute sa

valeur, cette élection devait être sanctionnée par le Pape ; mais d'importants personnages, tels que Philippe, comte de Bresse, Blanche de Montferrat, veuve de Charles I^, duc de Savoie, avaient pris les avances et obtenu du Pape Innocent VIII qu'il transférât au siège de Genève Antoine Champion, évéque de Mondovi (1), qui avait joué an assez grand rôle dans le monde avant d'embrasser la carrière ecclésiastique. Il avait été sénateur, puis président au sénat de Turin. Il fut ensuite élevé à la charge de chancelier de Savoie et envoyé par Yolande, tutrice du duc Philibert, comme ambassadeur en Suisse.

Devenu veuf, il quitta le monde et il fut bientôt sur la voie des honneurs dans l'Eglise.

Son élection, qui eut lieu à Rome le 15 novembre 1490, donna lieu à des débats qui le tinrent pendant deux ans éloigné de Genève.

Les partisans de Charles de Seyssel lui persuadèrent que sa nomination étant régulière, il devait tenir ferme et s'emparer des revenus de l'évêché. Les Suisses, de leur côté, intervinrent en sa faveur, mais avec prudence. Les deux concurrents leur étaient recommandés. Ils eurent la sagesse de s'en rapporter au Vicaire général et au Chapitre, en les invitant < à choisir celui qui leur paraîtrait le plus digne de ce poste, formant des souhaits pour que tout se passât, en paix (2). >

Le roi de France prit aussi fait et cause pour Charles de Seyssel et écrivit au Pape qui déclara ne pouvoir revenir sur sa décision.

Il répondit dans ce même sens aux magistrats de Genève, en leur faisant savoir que la translation de Champion avait été accomplie avec toute maturité {mature)^ à

(1) Bulle d'Innocent VIII. Portef. hist., n' 770.

(2) Registre da Conseil, 5 octobre 1490.

cause de ses mérites, de viro bene merito, et à la recommandation de l'Etat de Savoie, auquel il avait rendu de très-grands services. Le Pape ajoutait • qu'il ne doutait pas que les magistrats, dont le profond respect pour le le Saint-Si^ge lui était connu, ne manqueraient pas d'accueillir avec bienveillance l'évéque qu'il leur avait destiné (1). . (la janvier 1491.)

La personne la plus ardente à soutenir le choix du Pape était la duchesse Blanche, qui avait mis toute sa confiance en Champion- Vivement reconnaissante de ses longs services, elle écrivait soit aux magistrats, soit aux chanoines, et c'étaient tantôt Bayard, tantôt M. de Bresse, qui apportaient ses missives, où parfois éclatait le ton de la menace (2)

Le Conseil tint en cette circonstance une conduite pleine de prudence. Il répoudit que • la nomination de l'évêque concernait le Chapitre, ei que les magistrats chargés de veiller à la sécurité de la cité et à la garde des portes accompliraient leur devoir, et qu'ils s'opposeraient de tout leur pouvoir à toute violence et voie de fait ..

Besson raconte que Charles de Seyssel, ne pouvant arriver à ses fins, invita ses partisans à le soutenir par la voie des armes, et que des engagements eurent lieu à Chancy, en 1491, entre le comte de la Chambre et Philippe, comte de Bresse, à la suite desquels celui-ci, vainqueur, entra en triomphe à Genève et mit Champion en possession de l'évêché. Il n'est aucune note dans les registres des Conseils qui confirme cette assertion, tirée de Spon. La lutte y semble plutôt diplomatique.

Ce qu'on semble redouter, soit au sein du Chapitre, soit au sein du Conseil, c'est un interdit lancé par le Pape contre la ville et la menace des censures contre les mem« bres du Chapitre. Tous s'alarmèrent en voyant le Pape arriver à cette mesure de rigueur, et les uns et les autres protestèrent qu'ils n'étaient ni des contumaces ni des rebelles, mais qu'ils n'avaient reçu aucun témoignage public et authentique des provisions accordées par le Pape au chancelier de Savoie (1). Sur leur recours, le Pape fit lever par Barthélémy, évêque de Nice, l'interdit lancé contre Genève. De son côté. Champion répondit au Chapitre que la bulle du Pape relative à sa nomination avait été affichée à Genève, où elle avait été lue, et que si elle n'avait pas été remise au Chapitre, les chanoines en savaient la raison. Il consentit à annuler les censures portées contre les récalcitrants, espérant qu'ils ne l'obligeraient plus à recourir à ces mesures de rigueur. Le ton de sa lettre est sévère. Elle est du 21 avril 1491 (2).

Les réponses adressées à Champion purent lui faire croire que le débat touchait à sa fin. Il envoya donc à Genève, comme procureur, noble Jaques d'Espagne, son neveu, afin de prendre possession de Tévêché (3) ; mais Claude de Seyssel n'avait pas encore perdu tout espoir. Il fallut que l'interdit fut lancé par le Pape Innocent YIII contre la ville en rébellion, et la publication d'un nouveau bref par lequel le Pape, se plaignant de ce que sa bulle n'avait pas encore son exécution, invitait les magistrats à mettre fin à ces agitations et à donner pacifiquement la jouissance de l'évêché à Champion (1).

(1) Portef. hisl., n" 775.

(2) Ibid., ir 781.

(3) Registre du Conseil, 20 octobro 1491

(4) Portef. hist., n" 778.

Il fut décidé qu'on obéirait aux lettres apostoliques, et Jean Albaletrier, prévôt de la cathédrale de Berne, fat délé* gué pour venir en prendre possession. On exigea de lui la promesse positive que Champion respecterait les franchises de la ville et que l'interdit serait levé. Le prévôt en fit le serment. Des lors, les difficultés étaient aplanies(l). Barthélémy, évêque de Nice, sur l'ordre du Pape, leva l'interdit, et, le 21 octobre, les Vicaires généraux qui k&Taient administré le diocèse (vacatUe sede) remBtieÀent l leurs pouvoirs entre les mains des procureurs de l'évêque.

Champion ne se hâta pas de traverser les Alpes. Retenu 8 Turin par la duchesse Blanche, il régla plusieurs affaires importantes, notamment les privilèges accordés par cette princesse à la ville de Cluses.

Janus, comte de Genève, avait obtenu une officialité foraine pour la ville d'Annecy. Dès que les magistrats de la cité apprirent que l'évêqae l'avait confirmée, ils lui envoyèrent un député pour en obtenir la révocation, prétendant que cette officialité causait un préjudice grave à la cité (2).

C'est à tort que les écrivains protestants ont fait de Champion un réformateur, qui voulut balayer les désordres dont ils font une peinture exagérée. Us supposent que Champion fit pendant deux ans la visite de son diocèse et que, pour porter un remède aux abus, il convoqua un synode dans lequel il proclama des constitutions synodales, qu'ils disent être son œuvre. Cette assertion est dénuée de fondement; elle est le produit du cerveau de ceux qui ont pris à tâche de calomnier l'ancien clergé de Genève.

Le 14 avril 1492, Champion était encore à Turin, Il r B'excuse de n'avoir pas pu venir passer les fêtes de Pâques,

comme il se l'était proposé (1). Le l** août 1492 il annonce son arrivée prochaine, mais le 6 septembre il contremande son voyage. Le 11 décembre, il accrédite son secrétaire; le 12 avril 1493, Lyonard Aquinaz reçoit de la part des magistrats de Genève mission pour se rendre à Tarin afin de manifester à Champion le désir qu'on a de le voir i Genève, suivant la promesse qu'il en avait donnée dans plusieurs lettres à Jean Dufour (2), et ce n'est que le 29 mai 1493 qu'il fait son entrée à Genève, en compagnie de Philippe de Savoie, comte de Bresse, de Gabriel de Seyssel et de plusieurs autres seigneurs. Le procès-verbal de sa réception à Saint-Pierre se trouve dans les registres du Chapitre et du Conseil (3).

Un synode se tint à la vérité à Genève les 7, 8 et 9 mai, mais ce n'était ni un acte insolite ni le fait de Champion. A diverses époques les évêques avaient assemblé leur clergé en synode, et à chacune de ces réunions on lisait les constitutions synodales. En 1497 on alla plus loin ; elles furent éditées avec l'autorisation de Champion, mais elles ne sont point son œuvre. Champion n'assista pas même à ce synode.

Par Ce seul fait on peut juger de la valeur des récits de M. Gaberel. Notre pensée n'est point de rabaisser le caractère de Champion, mais nous devons avant tout respecter la vérité historique.

Sous son administration, les règlements les plus sages furent rappelés aux citoyens (4), comme aussi les règles de la discipline furent remises en mémoire pour les ecclésiastiques. Il voulut maintenir la sanctification des

(4) Portef. hist., n* 781.

(2) Portef. hist., n' 785.

(3) Registre du Conseil, 19 mai 1493.

(4) Portef. hist.; n' 792.

^B dimaDch

dimaDches et féteB, et il défendit l'ouverture des magft- Bîna et des boutiques, ces jours-là. II interdit le commerce, le travail et les jeux publicB aux heures des offices divins.

En outre, il prononça des peines sévères contre les blasphémateurs (1).

Champion retourna à Turin en 1494. Nous avons vu une de ses lettres, datée de Verceil, le 29 décembre U94. H revint à Genève sur la fin d'avril 1495, où il traita avec les magistrats de différentes affaires, telles que l'établissement des boucheries à Longemalle, et de la taxe du sel.

Son séjour à Genève ne fut que de courte durée, car le 21 mai 1495 il écrivait de Turin une lettre aux magistrats, et le 29 juin il mourait dans cette même ville après avoir occupé cinq ans àpeine le siège épiscopal de Genève (2).

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