CHAPITRE II
Les évéques à l'époqiie burgonde
EiaelioDï romaines. — Simlùvemcnl drs colons. — Accord avec les Bonrgaignons, — Guadioeli. — Il laisse la cauranae i Gondeband.
— iDQuencc des èTJques. — Salonins. — Ses rapporls avec saint Encher. — L'Kglise de fienève scpirée d'Arles. — Elle est soumise an mètrupolilain dr. Vienne. — Casslcn. — Ambassade de Glotis.
— Anréiien. — Sainte Clolilde. — Saînl Avil. — DomilieD. — Transport des reliques de saint Victor à tienèfe. — Sigismond proclamé empereur.
Pendant près de cinq siècles. les Romains avaient été maîtres du bassin du Léman, lorsque leur domination finit par devenir odieuse aux peuples soumis à leurs lois. Ce qui contribua le plus à ébranler leur puissance, fut le système coûteux de cette administration grandiose, qui semait de toutes parts les palais, les mosaïques, les sculptures et les marbres (1), mais qui pressurait les populations des campagnes. Le fisc était sans entrailles, et les prêteurs romains exigeaient à tout prix de l'or. Pour lui en fonrnir, les propriétaires furent obligés de faire travailler
(t} Tiin
sans merci leurs esclaves, • qui, dit an auteur français, c se couchèrent de lassitude et de désespoir, comme la c béte de somme se couche sous les coups et refuse de se c relever (1) •. Fatigués de tant d'exactions, les colons eux-mêmes finirent par s'écrier : « Plutôt les Barbares c que les Romains avec leur gloire (2). • C'était beaucoup dire, car les Vandales, les Goths, les Alains, les Saxons, les Suèves, tous ces peuples du Nord portaient la désolation dans les villes et les campagnes, enlevant les hommes libres, et les chassant devant eux péle-méle, comme un vil troupeau d'esclaves. Qu'était alors la vie des sujets de l'empire, sinon une mort lente? Aussi leur mécontentement se trahissait-il par des rebellions quotidiennes.
Pour prévenir une catastrophe qui leur paraissait imminente, les généraux romains, dans le but de se créer des alliés dans nos vallées, firent des propositions aux tribus voisines, surtout à celle des Bourguignons, dont les bandes guerrières, après avoir campé assez longtemps sur les bords du Rhin, venaient de faire irruption dans les gorges du Jura : < Gardez, leur dirent-ils, en votre possession les pays montueux de l'Helvétie, et nous prendrons les plaines et les villes. >
Gundiocfa, roi des Bourguignons, accueillit cet offre, et se déclara l'allié des Romains, qui lui donnèrent le titre de Patrice ou de vice-roi (3). Des hordes nouvelles, venant du Nord, se jetèrent sur l'Italie et y renversèrent le pouvoir des empereurs. A peine les peuples conquis apprirent-ils ces défaites, qu'ils commencèrent à s'agiter. Chacun des rois francs^ wisigoths, bourguignons voyant crouler la
(1) MicHELET. Histoire de France^ t. I, p. 108.
(2) Salvian. De Provident ia, lib. V.
(3) Gundioch vécut do 456 à 463.
paissance da colosse, voulut s'approprier une partie de ses dépouilles et fit valoir ses droits à l'indépendance. De Bon côté, comme prince, Gundioch leva sa bannière sur les bords du Léman : il fut reçu à Genève comme un libérateur. De suite il améliora le sort des colons, laissa aus citoyens leurs droits, remit la culture en honneur, et, BOUS l'impulsion d'un gouvernement sage, les terres épuisées et restées pendant quelques années sans culture, retrouvèrent des bras pour les remuer. Fécondées par le tra- Tail, elles se couvrirent bientôt de riches moissons. Gundioch fut donc le fondateur du royaume de Bourgogne, dont GenèTC faisait partie. Il mourut en l'an 465, laissant la couronne à son fils Gondebaud, qui choisit Genève pour &a première résidence (I)
Durant les invasions des Barbares, et au milieu de leurs Bonffrances, les peuples, devenus chrétiens, s'étaient tout naturellement tournés vers leurs chefs spirituels, pour implorer leur protection soit contre les oppresseurs du dedans, soit contre les menaces des ennemis du dehors. En maintes circonstances, les évoques arrêtèrent, par leur médiation, le flot de l'invasion barbare, et parvinrent à suspendre les dévastations des vainqueurs. On les voyait aller courageusement droit aux chefs et leur déclarer, au nom du Dieu dont ils étaient les envoyés, qu'ils devaient fCessev de répandre le sang innocent, et ces hommes du Nord,
li rades et si lei ribles, s'inclinaient devant eux avec respect, et suspendaient le pillage. On comprend, dès lors, de quelle CODsidération les évoques furent environnés, et pourquoi les peuples remirent souvent entre leurs mains le sceptre l'autorité, et leur confièrent la direction des affaires
ivîles. C'était la reconnaissance populaire qui éclatait en
ces maDifestatioDs spontanées. Elles étaient d'ailleurs appuiées par les princes, témoins et admirateurs du courage des évêques. Valentinien P' leur donna le nom de Defensores civitatum. Nul doute que ce titre ne fut accompagné de droits et de privilèges, auxquels eurent part les évêques de Genève^ placés sous sa protection.
SALONIUS
A cette époque, l'Eglise de Genève avait à sa tête un prélat à la hauteur de sa mission; il se nommait Salonius. Digne fils de saint Eucher, il avait été élevé dans la célèbre école de Lérins, où saint Honorât lui avait donné les premières leçons. Parvenu au sacerdoce, il entretint avec saint Euchcr, évêque de Lyon, une touchante correspondance, dont divers passages de l'Ecriture sainte faisaient le fond (1). Salvien, qui avait été son mentor, lui dédia vers 440 son ouvrage sur la Providence, et Salonius lui en témoigna sa reconnaissance dans les termes les plus affectueux (2). Des démêlés assez longs avaient existé entre les Eglises d'Arles et de Vienne, au sujet de la prééminence métropolitaine sur quelques diocèses, entre autres^ celui de Genève. Le Pape saint Léon P', ayant écouté les raisons des deux parties, trancha la question et attribua, par un décret daté du 5 mai 450, les Eglises de Grenoble, de Valence, de la Tarentaise et de Genève à la surveillance de l'Archevêché de Vienne (3). Les neuf autres Eglises de la province viennoise restèrent soumises à
(i) Ou lui ultrihao un dialogue sur le livre des Proverbes.
(2) Salvien. Ep. 9.
(3) Vicinis sibi quatuor oppidis prœsidehit, id est, Valentiœ, et Tarcntasice, et Genavœ, et Grationo])oli, Data tertio Nonas Maii Valentiœ. Aug. VII et Avicno Coss» Sihmond, t. I, p. 91.
-■19 — Arles. Dès lors la ville de GeDève reconnut pour son métropolitain l'archevêque de Vienne. Salonius accepta eans murmure la décision pontificale et il propagea dans tout son diocèse la lettre du Pape, qui mettait en garde les fidèles chrétiens contre les erreurs de Nestorîus et d'Eutychës. Salonius assista au premier concile d'Oranges, en 441, et â celui d'Arles, qui se tint vers l'an 450 (1). En prenant part à ces deus assemblées, Salonius ne faisait que remplir son devoir. Jusqu'à cette époque, Genève relevant d'Arles, il avait sa place à cette réunion comme membre de la province (2). On ne peut préciser la date delà mort de Salonius, mais elle fut antérieure à l'année 475, oii Théolaste figure comme évêque de Genève (3).
Ce prélat, dit Blavignac, vivait à l'époque oii l'hérésie BrieoDe commençait à s'introduire dans l'Eglise de Genève (4).