‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 9 sur 84 · CASSIEN ET ELEUTHÈRE · texte numérisé non relu

CASSIEN ET ELEUTHÈRE

Le Catalogue des évéques de Genève donne pour successeurs à saint Salonius, Cassien et Eleuthère; mais l'histoire, qui nous parle assez longuement des rois bourguignons à cette époque, de leurs luttes acharnées, ne mentionne aucun acte des évéques de GeHcve. Elle nous dit comment les enfants de Gundioch se disputèient le pouvoir, comment Chilpéric, vaincu par ses frères, périt par le fer avec ses deux fils, comment son épouse fut

I (I) SmHONt*, I. 1, p. 7S. — UatiB, Concilia, I. 111, p. IISJ.

1 (S) .luQS tsiiUQB Cdtte ramnrquo parcD quu qur]i{uej UDti^ar* uni pris acte de t cette rijTiftiure BpUcopin Genuie, .ijipuMSe i an arlu du Coucik' d'Ailes, * pour ncllto cB duato rexlslcDce do Salonius i UunËv».

(3) KiinuciiE. Journal Seteétique, mai 1740, p. 130.

{ii Armoriai genevois, p. lii.

jetée avec une pierre aa cou dans le Rhône, et comment ses filles, Chrône et Clotilde furent reléguées à Genève par le meurtrier de leur famille. Elle nous parle du voyage de saint Lupicin, fondateur du couvent de Saint-Oyen de Joux, qui vint, vers Tan 460, de Condat à Genève et se présenta devant Chilpéric pour implorer sa générosité en faveur de sa communauté (1). Elle, nous apprend que le prince lui accorda un revenu annuel de trois cents muids de froment et cent pièces d'or ; mais pas un mot sur Tévéque. Nous voyons apparaître, en 494, au château de Gondebaud, saint Epiphane, évêque de Pavie, et Victor, évêque de Turin, qui viennent traiter du rachat des captifs liguriens, tombés entre les mains des Bourguignons (2), mais nulle trace de l'action de nos évêques. Faut-il en conclure qu'ils manquèrent à leurs devoirs? Non, assurément, car ce silence est dû à la perte de nos archives, qui furent détruites par l'incendie qui dévora Genève en 1291 et en 1321. Un voile sombre couvre toute cette époque au point de vue de l'histoire du diocèse; mais il est des faits qui intéressent la religion qu'il est bon de relater. Tel fut d'abord le message d'Aurélien, l'ambassadeur de Clovis, qui vint au nom de son maître demander la main de sainte Clotilde, fille de Chilpéric, cachée à Genève, où son oncle semblait la tenir loin des regards des princes ; mais des émissaires du roi des Francs l'ayant aperçue, parlèrent à Clovis de ses vertus et de sa beauté. Il résolut d'en faire son épouse. Frédégaire raconte que pour arriver jusqu'à elle, le patrice Aurélien vint à Genève sous l'accoutrement d'un pauvre mendiant, portant une besace sur ses épaules. Un jour que la jeune princesse distribuait publiquement ses largesses, Aurélien s'approche, et au moment où

(1) Greg. Tcronensis. Vita sancii Lupicini. — D. Bouqubt, 1. 1, p. 64S. -- Vita sancti Lupicini^ Bollandistcs, aXI nov.

(2) D. BocQDET, t. m, p. 320.

elle laisse tomber dans sa main le denier du pauvre, il sollicite une audience. Aurélieu, pour s'accréditer présente à la princesse l'anneau de Clovîs et lui demande si elle veut devenir l'épouse du roi des Francs. Sa première réponse fut celle-ci : < Une chrétienne ne peut épouser un > payen. > Mais bientôt elle se ravise, en pensant qu'elle pourrait amener Clovi"? à la foi : ■ Néanmoins, reprit-elle, s'accomplisse la Tolorité de mon Dieu que je confesse devant le monde entier. Si Clovis me veut pour épouse, qu'il me fasse demander à mon oncle Gondebaud (I) i Cette mesure était pleine de sayesse. Gondebaud fut fort embarrassé lorsqu'il dut répondre; mais, craignant de s'attirer, par un refus, le ressentiment du roi des Francs, il finit par donner sou consentement au mariage de sa nièce (493). Les envoyés de Clovis ne laissèrent pas au roi le temps de la réflexion, et après avoir fait les cadeaux d'nsage, ils emmenèrent Clotilde en basterne. Ce fut une fuite plutôt qu'un départ. Gondebaud, sur les remontrances d'Aridius, voulut retirer sa promesse. Il mit des cavaliers à la poursuite de Clotilde, mais déjà elle avait franchi les hauteurs du Jura. C'était trop tard.

Chacun sait le beau rôle qui était réservé à cette jeune princesse. Elle fut l'instrument dont se servit la Providence pour amener à la foi chrétienne le roi des Francs et toute la nation dont 11 était le chef. Genève peut ainsi s'enorgueillir d'avoir contribué au triomphe de la foi chrétienne en France, en lui donnaut tout ensemble une reine, une sainte et un apôtre (2).

Il semble, au premier abord, que l'alliance de Clovis avec la nièce de Gondebaud devait être pour ces contrées

. HUtor. Franc. 4pUam,, lili. IV,

le sajcmi pns i>(i)nD£d qui' maW Clulililo uii trDUvd h (ieni^ve, |>iir Iv» „ » dw ilanips (wncnisi-s, un nulol cl un viimil, qui nous ii rt'prïsenl.) A puri« df stiu cbâit'uD, IpdidI en miùa l'auaiuDïùri.'.

un gage de paix. Le contraire arriva. Le roi des Francs avait déjà convoité les riches provinces de la Bourgogne. Connaissant les cruautés de Gondebaud à l'égard de Ghilpéric, il voulut venger sa mort et celle de son épouse. Pour cela, il s'unit à Théodoric, roi des Ostrogoths et fondit avec ses bataillons sur l'armée de Gondebaud, qui fut mise en déroute... Genève se trouvait sur leur passage ; elle fut prise d'assaut par les soldats de Clovis qui y mirent le feu et incendièrent l'église élevée sur les ruines du temple d'Apollon. L'invasion des Francs ne fut pas de longue durée. Us franchirent le Jura, et Gondebaud reprit possession de Genève. Par ses soins, une église latine fut reconstruite entre 500 et 506, et l'archevêque de Vienne, saint Âvit, en qualité de métropolitain, vint en faire la consécration en Tan 516 (1).

Nous ne pouvons douter que la restauration de cette église ne soit l'œuvre de Gondebaud, car saint Avit s'adressant à ce prince lui disait : t Réjouis-toi, invincible monarque, de la dépense que tu viens d'accomplir, tu as reconstruit ce qui s'était écroulé, tu as raffermi ce qui était ébranlé, tu as relevé ce que les ennemis avaient renversé (2). »

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