GEVÈVE ET LE CATHOLICISME SAVOYARD
Entreprises de la Savoie. — Protection de Louis XIII. — Canonisation de François de Sales. — Les envoyés du duc de Savoie à Genève.
— Le colonel Bons. — Députation à Turin. — Le traité de Saint - Julien non recounu. — Les mémoires des Jésuites contre Genève.
— M. de Blonay à Genève. — Le grand bullaire et le jésuite Monand. — Les traités et les hérétiques. — Protection et amitié des Suisses. — Prosélytisme romain. — La sainte maison des Convertis à Thonon. — Tentatives des prêtres contre les campagnes genevoises.
— Relations entre les Genevois et les catholiques savoisiens. — ~Griefs contre Genève. — Les pasteurs Bordier et La Fontaine. — Le pape Innocent X et le pasteur Jean Diodati. — L'évêque Rossillou de Bernex, Pontverre et Minutoli. — Traité de Saint-Julien, 1754
— Cessions et changements de territoire.— Paix religieuse définitive entre le Piémont et Genève.
Nous avons vu, dans le volume précédent, que Charles-Emmanuel n'avait nullement pris au sérieux le traité de Saint-Julien, et que, jusqu'à sa mort, au mépris de la foi jurée, il ne cessa de harceler Genève par ses entreprises et ses conspirations.
Le sort de la métropole protestante ne fut guère plus tranquille sous les successeurs de Charles-Emmanuel. Les Jésuites, directeurs religieux des princes de Savoie, travaillèrent sans relâche « à leur faire recou-
vrer » Genève. — L'oeuvre se divisa en deux séries que nous allons exposer successivement. Les souverains sardes voulurent, de 4 632 à 1754, s'emparer de Genève en soulevant contre elle les puissances catholiques, et le clergé de Savoie fit des efforts de tout genre pour regagner en détail les populations de la vallée du Léman, qui avaient échappé aux missions de François de Sales.
Essayons de présenter le tableau historique de ces tentatives du catholicisme pour reconquérir Genève.
Sous le règne du successeur immédiat de Charles- Emmanuel, Yictor-Amédée, Genève ne fut pas inquiétée d une manière grave. Louis Xllî couvrait cette ville de sa protection, et les intrigues des cours catholiques se brisèrent contre la volonté ferme et nettement prononcée du souverain français.
La principale tentative diplomatique de la Savoie à ce sujet eut lieu en l'an 1657, lors du couronnement de l'empereur Ferdinand II! . La cour de Turin chargea son ambassadeur de remettre, à cette occasion, au nouvel élu, un mémoire dont elle envoya copie à tous les États catholiques de l'Europe4.
Ce mémoire débute par la répétition des griefs de saint François de Sales contre Genève. « 11 importe à toute la chrétienté que cette ville soit réduite à l'obéis-
1. Turin, Archives de eour, douzième catégorie, paquet 6 et suir. —
Genève. Griefs.
sauce de son maître, et soumise à l'autorité de la véritable Église, d'autant, que c'est la Babel du calvinisme, le séminaire de l'hérésie, la boutique où sont forgées toutes les révoltes de France et d'Allemagne, l'école d'où sortent tous les ministres de France, du Palatinat, des villes impériales, de Hollande, d'Angleterre. C'est une ville d'abominations, qui infecte de son venin toute l'Europe, canal de communication des protestants d'Allemagne avec les Églises de France. Impossible d'exterminer l'hérésie, comme Sa Majesté impériale en a le dessein , si cette chambre des cabales hérétiques n'est pas anéantie. » Le mémoire ne se borne pas à parler de Genève; il montre que rien ne sera plus facile à l'empereur que de reprendre les anciens fiefs des Habsbourg, traîtreusement retenus par Berne et Zurich. Pour compléter l'œuvre, le prince de Savoie devra rentrer dans la souveraineté du pays de Vaud.
L'affaire resta enfouie dans les Conseils diplomatiques du temps.
Le successeur de Victor-Emmanuel, Charles-Emmanuel SI, au commencement de son règne, ne s'occupa pas de Genève. De 1658 à 1680, la petite République ne fut inquiétée que par les efforts de Madame Royale1. Mais, dès 1660 la scène changea, et la
1. Madame Royale, Christine de France, fille de Henri IV, fut régente jusqu'en 1648, et dès-lorg exerça sur le gouvernement une grande influence.
Suisse protestante ne jouit plus d'un seul instant de repos.
La canonisation de sain? François de Sales se poursuivait à Rome, et cet événement devait être sanctifié par l'accomplissement de l'œuvre chérie du Bienheureux. Ce, serait une magnifique conquête pour Rome, si elle pouvait proclamer le retour de la vallée du Léman au catholicisme, le jour de la fête solennelle du convertisseur du Chablais (R. Comp. 1660). Les circonstances paraissaient des plus favorables : une guerre funeste au protestantisme avait éclaté entre l'Angleterre et les Pays-Bas. Ces puissances, amies de la Suisse , ne pouvaient rien en faveur de leurs amis évangéliques, et c'était le moment de décider le souverain sarde à prendre les armes.
Durant cinq années, on inquiéta sans cesse la Suisse romande par des menaces et par des rassemblements de troupes sur les frontières1. L'évêque Jean d'Àrenthon harcelait la cour de France pour que la conquête de Genève devint une couronne au front de saint François de Sales, à son entrée solennelle dans les rangs des bienheureux 2. Les archevêques français agissaient dans le même sens : François de Sales étant mort à Lyon, était un saint français, vu que la mort d'un saint est le jour de sa naissance. « Ce serait chose utile