‹ Histoire de l'eglise de GeneveChapitre 64 sur 88 · Bibliothèque germanique, t. XVIil · texte numérisé non relu

Bibliothèque germanique, t. XVIil

est habilement entremêlée de faits réels. Ainsi, Bénédict Pictet ayant été ruiné par la faillite d'un banquier, « il a ce qu'il mérite, vu qu'il faisait l'usure de compte à demi avec ce négociant. » Quelques beaux tableaux que possédaient Domaine Butini et J.-A. Turrelin sont transformés en peintures scandaleuses. Les imperfections de quelques prédicateurs sont le sujet des plaisanteries suivantes : « M. Fatio a un talent particulier en chaire; il fait suer ses auditeurs par les plus grands froids; c'est pour cela qu'on l'a relégué en un village qui recèle les ordures de la ville. Il fera transpirer les humeurs peccantes de ses paroissiens. Mais si M. Fatio fait suer ses auditeurs, M. Calandrin a le secret d'endormir les siens, etc. » Ce libelle, Tun des plus tristes échantillons de l'emploi de l'ironie dans la presse religieuse, fut imprimé soi-disant à Modène en 174 4, et publiquement, avec approbation, à Fribourg, en 4 720. Voici la délibération de nos Conseils à ce sujet (Reg. Consist. 16 avril 1714). « Le curé Pontverre ayant cherché à faire relier plusieurs exemplaires d'un livre intitulé : Motifs de la conversion de Minutoli, avec les portraits des quarante ministres de Genève, les libelles ne peuvent être attribués qu'à ce curé, lequel a fait encore un autre livre de cette espèce, et imprimé des lettres injurieuses à spectable Bénédict Pictet. Arrêté de faire saisir le plus d'exemplaires qu'il se

pourra, et d'interdire l'entrée de la ville au dit curé. »

Du 16 mai. « Plusieurs curés voisins ont été appelés à Annecy par l'évèque Mgr Rossillon; il leur a témoigné son indignation contre le curé Pontverre, sur son libelle contre les quarante ministres de Genève; il les a chargés de rechercher et de supprimer tous les exemplaires qu'il leur sera possible de trouver et recommandé de vivre en bons voisins avec nous. »

Malheureusement les successeurs de Mgr Rossillon n'imitèrent pas son exemple; les taquineries, les procès et les menaces reprirent leur cours contre Genève. Les souverains sardes se montrèrent toujours plus disposés à saisir les occasions favorables pour s'emparer de la ville. Il fallait en finir. En 4 754, le roi Emmanuel III, à la requête pressante de Berne et de Zurich, consentit à entrer en tractation avec la République. Le rapport du syndic Galiffe à la Compagnie établit clairement la position. « Dans le traité de Saint- Julien (1605), le Duc ne se départ pas des prétentions qu'il croit avoir sur Genève. Les difficultés ont été grandes durant le dix-septième siècle, surtout depuis 1669, lorsque le Duc de Savoie déclara ne plus reconnaître le traité. Les difficultés ont augmenté naguère à cause des réfugiés français et vaudois qui cultivent les terres de la République en si grand

nombre; on voudrait les bannir. Les puissances ne peuvent rien comprendre à nos questions obscures de souveraineté; il n'y a qu'un moyen de s'entendre : c'est de partager les terres en litige, et que le roi de Sardaigne reconnaisse pour toujours nos droits et nous laisse paisibles possesseurs de notre territoire. »

M. Mussard, syndic, chargé de négocier le traité, reçut l'expression des regrets amers delà Compagnie touchant 1^ dure nécessité de céder des villages protestants; f s'associa à ces sentiments, tout en montrant que cet abandon du territoire contesté était le seul moyen d'obtenir la paix et la sécurité pour la République.

La Compagnie demanda que du moins toutes les précautions fussent prises pour protéger le culte protestant dans les villages cédés.

Le roi de Sardaigne ne fit que d'insignifiantes concessions.

II accorda pour vingt-cinq ans l'exercice du culte dans le temple de Bossey, pour les villages de Troinex, Bossey et Carouge. — Cette faveur fut limitée à quatre ans pour Chêne. Dans les temples de Valeiry et de Neydans, le culte devait cesser immédiatement; mais le roi s'engageait à laisser aux habitants de ces villages une entière liberté de conscience durant vingt-cinq années. Passé ce lerme, les paysans

devaient vendre leurs terres et émigrer, ou passer au catholicisme. À ce prix, le monarque piémontais respectait pour toujours la liberté religieuse et Tindépendance de la République de Genève.

Ces conditions, si dures au premier abord, ne préoccupèrent toutefois que médiocrement les Genevois. On connaissait l'esprit religieux qui régnait dans les campagnes cédées; les paysans étaient inviolablement attachés à la Réforme, et témoignaient le désir de faire, le plus promptement que po^ible, des acquisitions de terrains sur le territoire genevois. Les notaires savoisiens, lesjuges, les officiers civils, reçurent du roi Tordre de favoriser, autant que possible, ces ventes, et d'acheter les terrains à des prix élevés. Grâce à ces sacrifices pécuniaires, les émigrations protestantes furent rapides; les villages genevois virent le nombre de leurs habitants s'augmenter dans une notable proportion, et vingt-cinq ans plus tard, lorsqu'on abandonna le temple de Bossey, Genève fit une souscription pour indemniser les émigrants paut vres. Les citoyens riches, MM. CoSladon, Buisson et Perdriau à leur tête, déclarèrent qu'ils fourniraienla somme nécessaire pour que pas un seul dépossédé ne perdît un sou de la valeur de ses terres ; mais telle était Taisance des agriculteurs genevois, que l'indemnité ne dépassa pas le chiffre de 6916 livres,

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