GENÈVE ET LE CATHOLICISME FRANÇAIS
Introduction do catholicisme à Genève par Louis XIV. — La messe du Résident et les résistances des Genevois. — La prise de Strasbourg.
— Bataille de Wilmergen. — Conjuration catholique contre Genève en 1715. — Controverse écrite avec les Français. — Les prosélytes.
— La Chambre des Prosélytes. — Le bon curé de Mérindol. — Protection accordée par Genève aux catholiques à la fin du siècle. — Les prêtres français réfugiés à Genève durant la révolution de 1792.
— M. de Talleyrand sauvé par les pasteurs genevois. — Catholicisme sous l'Empire. — M. Vuarin et ses intrigues.
Nous avons vu dans notre précédent volume que Louis XIII, sollicité par le pape de permettre l'invasion de Genève et sa réunion à la maison de Savoie, répondit en 4 621 à l'ambassadeur du Saint-Père: « J'entends continuer aux Genevois la protection de mon père Henri IV, et je ferai respecter les traités de Vervins et de Saint-Julien, qui assurent leur existence. »
Cette loyale protection contribua puissamment à la sécurité de Genève, et lui fut conservée par Louis XIV pendant la plus grande partie de son règne. Mais ce monarque, devenu vieux, crut effacer, devant Dieu
et devant les hommes, le souvenir de ses fautes passées en persécutant les Eglises prolestantes. « La recouverte de Genève » parut une œuvre méritoire au PèreLachaise. On pouvait l'opérer par la force. Vingt mille hommes auraient réduit en quelques semaines la cité hérétique. Mais l'Angleterre, les Pays-Bas, les Électeurs de Brandebourg, les Cantons Suisses, protégeaient ouvertement la métropole du protestantisme; l'emploi de la force paraissait dangereux; il fallait essayer de convertir cette ville, dont il n'était pas prudent de s'emparer à main armée.
Pour convertir une ville, il est nécessaire d'y introduire des missionnaires en grand nombre; or, les Genevois, sans cesse menacés par les agents sa voisins, avaient absolument interdit la célébration du culte catholique, et, avec une défiance trop souvent légitime, ils regardaient les prêtres romains comme d'irréconciliables ennemis de leurs libertés.
Louis XIV voulut vaincre ces résistances: il déclara, en 1679, que désormais il établirait un résident français dans Genève. Les citoyens apprirent cette nouvelle avec une véritable consternation. L'introduction de la messe à Genève était une conséquence inévitable du séjour de l'ambassadeur français, et l'on se préoccupait péniblement du propos d'un sieur Faure de Chàteauvieux, « lequel témoigna de la joie à un conseiller, à cause de l'envoi du sieur de Chau-
vigni, comme résident en cette ville. Il lui est recommandé par le Père Lachaise, confesseur du roi; il se sent obligé de lui offrir son logis, et il ne croit pas qu il soit aisé de lui empêcher de faire dire la messe en sa maison. » (Reg. Consist. 5 juillet 4 679.)
Deux citoyens, MM. Galalin et de Chapeaurouge, espérant entraver la réalisation de ce projet, envoient aux minisires de Louis XIV une forte somme pour les rendre favorables aux vœux de Genève. On prend l'argent, et Ton répond que le souverain est inflexible en ses résolutions.
La Compagnie, consultée par les magistrats4, estima qu'il fallait députer les personnes les plus habiles auprès de nos alliés, et les prier d'obtenir, par leur intercession, que le roi nous traitât comme l'Angleterre et Strasbourg, c'est-à-dire qu'il envoyât à Genève un ambassadeur de notre religion. « Espérons, ajoutent-ils , que cette démarche réussira ; car si on exerce publiquement le catholicisme chez nous, nous verrons beaucoup d'étrangers, d'ennemis de notre liberté et de notre État, prendre occasion de nous troubler, d'irriter, d'émouvoir notre peuple. »
Cette nouvelle démarche fut inutile. M. de Chauvigni vint s'établir à Genève en octobre 1679 (Reg. Cons. octobre et novembre). Comme on s'y attendait, il déclara que son chapelain dirait la messe en son