‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 24 sur 132 · Tome II. III. l · texte numérisé non relu

Tome II. III. l

tration. — 38. Translation de la Cour des Aides. — 39. Bertier aux États; désaccord dans la Cour des Aides. — 40. Le chapelain des prisons; l'abbesse des Clarisses. — 41. Affermissement des religieux; règlement pour les sépultures des protestants. — 42. Le prévôt Le Bret ; les cloches de Lautié. — 43. Démêlés du gouvernement et de Tévéque. — 44. Restauration du couvent des Jacobins. — 45. Accord mis dans les chapitres et chez les Ursulines. — 46. Une décision des États ; nouveau triomphe des catholiques. — 47. Deuil dans la famille de Bertier. — 48. Un fléau; les pasteurs en soutane. — 49. Élévation d'un de nos chanoines à l'épiscopat. — 50. Les Jacobins et les Carmes. — 51. La restitution du Temple Neuf. — 52. Conversion du ministre Coras. — 53. Ruine du Temple Neuf et du protestantisme. — 54. Bertier et le canal du Midi. — 55. Les relaps et leur punition. — 56. Affaire des préséances; le Jansénisme. — 57. Progrès du catholicisme. — 58. Conduite du clergé; injustes accusations. — 59. Embellissements de Montauban; le nouvel évôché. — 60. Le jardin de l'évoque. — 61. Mort d'Anne d'Autriche et du prince de Conti. — 62. Mesures de police à Tégard des protestants. — 63. Union des deux chapitres. —64. Un assassinat; nouveaux édits. — 65. Audace des protestants ; érection d'une croix communale. — 66. Derniers travaux de Bertier , sa mort. — 67. Sépulture et oraison funèbre. — 68. Éloges écrits par les contemporains ; armes.

1 . Nous avons vu avec quel zèle Pierre de Bertier remplit, durant quinze ans, les fonctions de coadjuteur. Plus d'une fois cependant il se sentit pris de découragement. Fatigué des luttes qu'il avait à soutenir avec le vieil évêque, que l'âge et les infirmités aigrissaient ; gêné par .la contrainte que cette situation imposait à son zèle ; dépourvu de ressources, il chercha à se faire décharger de la coadjutorerie. Peu de temps avant la maladie qui conduisit de Murviel au tombeau, il écrivait au cardinal Mazarin en ces termes : c Monseigneur, Vostre Eminance ayant eu la bonté d'agréer que je lui parlasse de mon oisiveté et de ma pauvreté, m'a fait aussi la grâce de me promettre de me tirer de l'un et de l'autre; ce qui me donne maintenant la liberté de vous représenter, Monseigneur, que mes meilleures années s'en vont et que mon incommodité augmante ; que Monsieur l'Evesque de Montauban me réduit tous les jours à la nécessité de faire des apologies de ma conduite envers lui, ou devant le Conseil du Roy, ou devant l'Assemblée du clergé; et que sa santé est si bonne et son humeur si mau-

vaise, que je n'ai pas lieu d'espérer ni sa succession ni mesme ses bonnes grâces. De sorte, Monseigneur, que je ne suis pas seulement sans employ dans mon ministère, et sans reveneu suffisant à ma condition, mais encore persécuté sans cause et creu coupable sans raison. Si Vostre Eminance,- Monseigneur, juge que mon estât est digne de sa compassion, je la conjure de croire que, m'en délivrant, elle obligera la plus sensible et la plus recognoissante de ses créatures, et qu'avec le service que je rendre k Dieu et à l'Esglise, je n'auré que la siance de paroistre, par ma fidélité et par ma dépendance, Monseigneur, de Yostre Eminance, le très humble, très obéissant et très obligé serviteur. Pierre, coadjuteur de Montauban *. »

2. La réponse du cardinal n'est pas connue. Mais Dieu avait tout ménagé pour que le bien, commencé par le coadjuteur, se poursuivît et se consommât dans l'exercice d'un épiscopat qu'il avait si dignement préparé, et auquel l'appelait le vœu du clergé et des fidèles. Aussi les derniers devoirs étaient-ils à peine rendus au vénérable Anne de Murviei, que le chapitre alla offrir ses respects à celui qu'il regardait comme un père, et lui porta, avec les félicitations d'usage, les témoignages d'obéissance et de dévouement 2. Le clergé, les ordres religieux, les autorités en corps, vinrent à, leur tour lui exprimer leurs sentiments de filiale et respectueuse affection ; tout le diocèse fit monter ses vœux vers le ciel pour ce pontife qu'il avait su estimer et apprécier. Seuls les protestants, que le relèvement des fortifications rendait plus arrogants, voyaient cette succession avec peine, tout en le dissimulant. Bientôt même ils insultèrent les catholiques ; et un moment on craignit de nouveaux

* Archives nationales : KK, 1217, p. 207, et publiée par M Taraizey de Larroque, dans les Archives historiques de la Gironde, t. IV, p. 264.

* Les 14, 15 et 25 septembre 1652 le syndic du clergé, M. d'Agan, fit trois sommations à Gaspard de Murviei, héritier d'Anne, son oncle, pour avoir i remettre les papiers concernant rôvôchô aux mains du nouvel évéque. Inventaire de ces documents fut remis à Louis de Murviei, vicaire-général, qui les fit tenir à Bertier et en recul décharge. —Pièces aux Arch. départementales, série G. 194 bis.

désordres. « Ce qui obligea Pierre de Bertier, nostre évesque, raconte l'historien contemporain,, d'en donner avis à la Cour, qui leur défendit de continuer ce travail ; mais bien loin d'obéir, ils le poussèrent à sa perfection. De dire les insolences qu'ils commirent contre les ecclésiastiques pendant ce travail, cela mènerait trop loin ; il suffit de savoir, pour en juger, qu'ils arrestèrent un jour le curé portant le Saint-Sacrement à un malade du faubourg des Cordeliers, luy présentèrent la hallebarde devant l'estomac, et le tinrent en cet estât jusquès à ce qu'ils eussent receu l'ordre de leur prétendu commandant de le laisser passer1. * Le juge-mage, Rabastens profita de cette occasion pour convoquer le conseil général, et lui communiquer les ordres du gouvernement. Ceux qui voulaient les éluder demandaient qu'on passât aux voix ; mais le magistrat répondit avec fermeté qu'il n'y avait pas lieu à délibérer, quand les intentions du roi étaient formellement exprimées. Là dessus il leva la séance, et prit les mesures nécessaires pour mettre fin aux travaux.

3. A cette heure l'Église catholique songeait aussi à relever ses murs. Le saint Concile de Trente avait indiqué un puissant moyen de relèvement : l'établissement des Séminaires. Notre évoque l'a compris ; il se met en rapports avec Vincent de Paul, et lui demande quelques-uns de ses prêtres pour l'éducation des clercs. Déjà, nous l'avons vu, les enfants de Saint-Lazare évangélisaient la paroisse de Saint-Aignan et exerçaient principalement leur zèle apostolique au sanctuaire de Notre-Dame de l'Orme. « Le 5 septembre 1652, Mgr de Bertier, évoque de Montauban, unit à perpétuité son Séminaire à la Congrégation de la Mission. M. Vincent accepta2. > Anne de Murviel mourait trois jours après ; on peut donc dire que la création du Séminaire fut le premier acte de l'épiscopat de Bertier. L'œuvre était capitale et

* Récit de ce qu'a esté et de ce qu'est présentement Montauban, p. 10.

* Extrait d'un manuscrit de Saint-Lazare.

aussi de bon augure pour les débuts de l'évêque. Il était à la hauteur de l'entreprise ; bientôt nous le verrons la mener à bonne fin. En attendant qu'il pût les grouper auprès de leurs professeurs, il recruta les sujets autour de ses chanoines et leur affecta son palais épiscopal et l'église Saint-Jacques, avant la fin de cette même année. Mais une épidémie s'étant abattue sur la cité, la majeure partie du chapitre se retira a Montech, amenant avec lui l'espoir du sacerdoce à venir. L'évêque abandonna aux séminaristes la maison qu'il avait acquise dans cette ville attenant l'église1. A l'ombre de cet asile, et tandis que les chanoines étaient rentrés à Montauban après la cessation du fléau (2 février 1654), les Lazaristes donnèrent les leçons de la science sacrée, et appliquèrent pour la première fois, chez nous, les règles de la vie ecclésiastique. Les progrès devinrent bientôt si sensibles et l'affermissement de l'œuvre paraissait devoir être si sûr, que le 5 juillet 1655 le chapitre, à la demande de l'évêque, vota une somme de 1,200 livres pour l'agrandissement de l'édifice qui servait de résidence aux maîtres et aux élèves2. Pour garantir l'avenir de cet établissement le roi permit de frapper un impôt sur le clergé du diocèse; celuici, assemblé en synode le 13 avril 1665, s'engagea à faire la dotation nécessaire à la subsistance des jeunes clercs 3.

4. Comme* certains professeurs étaient obligés d'aller de Notre-Dame de l'Orme à Montech pour donner les cours aux séminaristes, on jugea, sans doute, plus avantageux de réunir le Séminaire à la Mission. Le fait est que le 6 août 1656 Vincent de Paul écrivait « à M. Barry, supérieur à Lorm : Vous voilà donc, Monsieur/ dans cette dévote chapelle... Je prie Dieu de bénir le Séminaire que vous y avez transféré, selon le bon plaisir

* Cf. Arch. départementales, série G, liasse 67, pièce des Procès-verbaux des Assemblées des députés.

* Id., ibid.

' Id.. liasse 461. •

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