‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 25 sur 132 · IH · texte numérisé non relu

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de Monseigneur, en sorte qu'il multiplie en nombre et en vertu pour la sanctification du diocèse *. > Cette translation préoccupait vivement le saint fondateur. Des tracasseries de toute sorte étaient suscitées aux missionnaires par les seigneurs de Castelferrus2. Aussi, le 17 septembre 1657, Vincent de Paul, en déplorant la* conduite qu'on tenait à l'égard de ses prêtres, ajoutait . dans une lettre à M. Barry : « Il est bien à souhaiter que le Séminaire soit transféré à Montauban ; mondit seigneur le désire, et j'en serai fort consolé. » L'année d'après (13 novembre) il écrivait : « Je suis fort consolé de ce que le Séminaire multiplie. S'il était transféré à Montauban cela serait bien. * A cette fin l'évêque et M. Vincent se mettent en quête des fonds nécessaires ; et, quand ils les auront réalisés, nous les verrons dans une joie commune établir cette maison au sein de la ville épiscopale3.

5. Sur ces entrefaites, on avait appris à Montauban que, dans le Vivarais et les montagnes des Cévennes, les protestants se flattaient de voir renaître les beaux jours de la Réforme, et les papistes chassés de la majeure partie du Languedoc. Les religionnaires de notre diocèse redoublèrent d'efforts pour rendre de plus en plus pénible la condition des ecclésiastiques 4. Tandis qu'à la suite du synode provincial de Montpellier on les vit divisés au sujet du symbole unique que plusieurs voulaient imposer, ils se trouvaient unis dans la haine contre les catholiques, qu'ils nommaient leurs communs ennemis. S'abritant toujours derrière la déclaration royale de 1562, qui les félicitait de leur zèle pour la cause du roi, ils allèrent dans certaines villes jusqu'à jurer, après un jeûne général, de ne

* Lettres de Saint Vincent de Paul, èûit. Dumoulin, t. III, p. 324-325.

' On étiil allô jusqu'à tenter d'incendier la maison des missionnaires. Cf. Lettres du 29 mars et 9 avril 1659 ; t. IV, p. 485 et 291.

* Pour tous les détails et pièces à l'appui en ce qui concerne le séminaire, dans les périodes de Monlech et de Notre-Dame de l'Orme, Cf. notre travail sur Le Séminaire de Montauban avant la Révolution, grand in -8°.

* Archives de la Haute-Garonne, registre des Etats, an. 1653.

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plus donner de travail aux catholiques, de n'en prendre aucun à leur service, et de ne leur louer aucune maison. Rejetant tout sentiment d'humanité, ils délibérèrent même, à Nîmes, de ne pas faire l'aumône aux mendiants catholiques qui viendraient à leur porte !. Les hommes sensés comprenaient la gravité de cet état d'irritation. Aussi, prévoyant les désordres qui devaient infailliblement résulter de ces vexations, les plus sages des deux partis agirent pour que la Chambre de l'édit de Castres, dont faisait partie notre compatriote Escorbiac, mît un terme aux prétentions des dissidents.

6. Dieu avait en sa main des moyens plus efficaces que les arrêts de Chambres pour arrêter ces désordres. Il envoya, dans le cours de cette année 1653, une peste qui dura neuf mois. Le Quercy fut ravagé ; Montauban perdit plus de 8,000 habitants. Faute de bras, les terres étaient restées sans culture; la famine avec toutes ses horreurs porta le désespoir dans la plupart des familles survivantes. Au milieu de ces désolations, l'intendant de la Terrière et le juge-mage de Rabastens se couvrirent de gloire, autant par la charité qu'ils étendirent sur tous les malheureux, sans distinction de culte, que par la prudente vigilance avec laquelle ils surent maintenir le bon ordre. Cependant les catholiques gémissaient de l'absence de leur prélat. Les États généraux, qui l'avaient occupé durant plusieurs mois, le déléguèrent « pour porter compliment, au nom de l'Assemblée, a M. le duc d'Orléans; » ce qui le retint a la cour jusqu'aux premiers jours de l'année 16552. Mais cil est vrai qu'il les consolait

< Ménard, Histoire de la ville de Nismes, t. IV, p. 114.

> Une des principales affaires que notre évoque eut à traiter à la cour, au nom des États, fut la protestation contre les exactions des lieutenants royaux. Ceux-ci frappaient sur les particuliers des impôts que la province entière était incapable de payer. On les forçait à loger les gens de guerre, qui se permettaient vols, meurtres, incendies, et jetaient la désolation dan>lout te Languedoc. (Cf. Procès-verbaux des États, séance du 31 mars 1653.) Il se trouva dos nommes qui dénoncèrent Berlier au roi, comme hostile à son administration. Mais les États, par un acte officiel, déclarèrent que leur délégué n'avait lait que remplir les ordres et les vues de l'Assemblée. L'archevêque de Narbonne et les évoques dTJzes et d'Agde confirmèrent aussi par écrit la droiture de conduite de notre évoque. (Cf. les mêmes procès-

souvent par ses lettres, qu'il écrivait à son grand-vicaire et à son officiai, les leur recommandant dans l'état pitoyable où il les savait !. » Il trouva excessif le dévouement des ecclésiastiques qui, ne voulant pas suivre le chapitre à Montech et à Castelsarrasin, continuaient le service divin dans la ville. Quinze d'entre eux périrent victimes de leur zèle, et la majeure partie des habitants qui, encouragés par la présence de leurs prêtres, ne voulurent point sortir, auraient été peut-être préservés du fléau. Mais il faut aussi noter que prêtres et fidèles n'avaient pas oublié ce qu'il en coûta à leurs aïeux ou à eux-mêmes, chaque fois qu'ils abandonnèrent la ville aux protestants ! La Providence avait ses desseins. Elle inspira à notre prélat d'ordonner des prières publiques. Bertier écrivit au théologal Peyronet d'exhorter le peuple à recourir au ciel et à faire des vœux t pour apaiser Tire de Dieu et se mettre en état par la pénitence, pour en être exaucé. Ce qu'il fit faire avec tant d'ardeur, nous dit Perrin, qu'ayant convoqué tous les ecclésiastiques dans l'église de Saint-Jacques, il les toucha ai fort par sa prédication, que les larmes, leurs gémissements, leurs frappements de poitrine et les regrets qu'ils témoignaient avoir de leurs péchés, leur obtinrent de Dieu la santé, dans la promesse qu'ils lui firent qu'on chanterait, à perpétuité (comme l'on chante) tous les samedis, après l'heure des complies, l'antienne Salve Regina, à l'honneur de la Vierge, et dans sa chapelle ; le vœu fait, on l'y salua du même salut *. »

7. L'épidémie disparut rapidement, et les chapitres purent reprendre le chemin de la ville épiscopale, où ils recommencèrent les divins offices le 2 février 1654. Cette bonne nouvelle

verbaux, séances des 28 ot 29 avril 1653; Histoire de Languedoc, édition Privât, t. XIV, col. 50*2-506. )

* Histoire manuscrite, p. 569-570.

* Id. p. 570. — A la suite des désastres occasionnés par la peste, l'évoque publia une Ordonnance, prescrivant des prières pour les âmes des ecclésiastiques décodés à Mon tauban. On en distribua 1.V0 exemplaires dans le diocèse. (Cf. Archives départementales : Compte de recette et dépense présenté au bureau diocésain, G. 122.)

TROISIÈME PÉRIODB. — PIERRE in DE BERXIER (4652-1674). 9

vint réjouir notre prélat, qui alors à la cour « dans le dessein de travailler pour son petit troupeau, se résolut de n'en bouger pas qu'il n'eût eu plutôt le bonheur de voir sacrer notre prince, Louis XIV. » Il eut l'honneur de porter la parole dans la cérémonie du sacre, et prononça le remarquable discours, conservé sous ce titre: Remonstrance faicte au Roy, en la ville de Rheims, le 8 juin i654*. A la suite de ces solennités il fit connaître à la cour l'insolence des protestants de notre ville. Dès lors furent résolus la suspension des travaux de fortification, et le renvoi du marquis de Saint-Luc, lieutenantgénéral du roi dans la province de Guyenne, qui faisait principalement son séjour à Montauban et avait eu de trop grandes complaisances pour le parti réformiste. L'évêque rentra dans le diocèse vers les premiers jours de l'année 1655. Son retour rendit au clergé et aux fidèles la consolation et la force dont ils avaient besoin en présence des craintes perpétuelles dans lesquelles les mettaient les tracasseries des protestants. Malheureusement ils ne le possédèrent pas longtemps. Quelques mois après il se rendait aux États tenus à Pézcnas, en sa qualité de conseiller au parlement de Toulouse, charge dont son parent l'évêque de Rieux, François-Louis, s'était démis en sa faveur. Ce fut dans ces assemblées, où il parut toujours avec distinction, que, de concert, soit avec l'archevêque de Narbonne, soit avec celui de Toulouse, Pierre de Marca, il tenait tête aux commissaires, dont parfois les exigences auraient mal servi la cause du roi. Chaque fois que la question religieuse se présenta, il sut plaider pour son diocèse, surtout lorsque, par prétentions intolérantes, les huguenots osaient, demander ouvertement que la religion de l'État ne fût pas exercée dans les, lieux où ils étaient en plus grand nombre, et où ils possédaient, soit des

« Paris, 1654, in-4«. — Autre édition, Montpellier, 1654, in-4*. — « Le 8 octobre 1654, le comptable paya au sieur Royer, imprimeur à Montauban, la somme de 10 livres pour celle remontrance. » (Archiva départementales, série G, 122.) — Précédemment, en 1651, ce prélat avait prêché, à Toulouse l'oraison funèbre de l'arche vôque Charles de Montchal.

terres nobles, soit des établissements industriels1. Ainsi, quoique absent de son diocèse, de Bertier travaillait plus efficacement que s'il eût été présent, à la conservation des droits des catholiques et à la défense de notre sainte religion.

8. Ses rapports et ses discours au sein de ces réunions le signalèrent si avantageusement à l'attention des représentants, qu'il fut envoyé comme délégué de la province de Toulouse à l'assemblée générale du clergé de France. 11 en fut élu président. Évêque d'un diocèse où le protestantisme avait exercé ses ravages et ne cessait de jeter son venin, il devait plus qu'aucun autre s'intéresser aux moyens capables d'arrêter l'hérésie et fournir des armes aux catholiques. Déjà dans la dernière séance des États du Languedoc un vénérable prêtre, le sieur de Cambolas, chanoine de Toulouse, avait annoncé le projet d'établir, dans chaque ville principale de la province, des prédications par lesquelles on s'attacherait a faire comprendre au peuple le véritable sens de PÉcriture-Sainte. C'était répondre directement aux protestants, dont l'ardeur fanatique répandait à profusion des traductions et des commentaires de la Bible. L'assemblée générale du clergé, émue de cette propagande et des résultats qu'on en devait attendre, voulut plus que des prédications, conseillées par le vénérable chanoine. Il fallait mettre dans les mains de chacun cet Évangile que le protestantisme défigurait si étrangement par ses interpolations, ses substitutions et ses coupures ; il fallait prouver que le catholicisme ne craignait pas d'ouvrir aux yeux de ses enfants le livre dans lequel nos adversaires prétendaient trouver des dogmes et des préceptes opposés à notre loi et à notre croyance. Le Jansénisme aussi commençait à donner des interprétations à sa guise, et allait devenir bientôt plus dangereux encore que le protestantisme lui-même. On délibéra, en conséquence, de faire donner une traduction française pure et exacte

1 (If. Du Mége, Histoire de Languedoc, annotée, (. X, p. 95.

de l'Écriture-Sainte. A cet effet on « députa, pour choisir quelque théologien propre à entreprendre ce travail, Messeigneurs de Marca, archevêque de Toulouse, et de Bertier, évoque de Montauban. Ils convinrent de donner cette charge au Père Amelote ', et ils lui ordonnèrent de commencer par le Nouveau Testament, comme le plus important et le plus nécessaire 2. » Le livre parut bientôt revêtu des approbations des évêques 3, et muni des privilèges et patentes du roi, qui le fit répandre à cent mille exemplaires. — Pour aider a cette restauration de l'esprit vraiment chrétien, différents synodes diocésains, réunis à cette époque, statuèrent sur des points en litige ou tombés en désuétude. Ainsi on remit en vigueur une délibération de 1651, qui défendait d'inhumer c les huguenots dans les masures, anciennes églises ou cimetières des catholiques. » Défense était aussi faite « aux curés de donner sépulture aux laïques dans les églises ;

« Prêtre de l'Oratoire, né à Saintes en 1606, mort à Paris le 7 octobre 1678; un des grands adversaires de Port-Royal.

* Extrait de Y Introduction à cette traduction, p. 1. — Cette traduction, sur laquelle est principalement fondée la réputation du Pore Amelote, a été souvent réimprimée ; elle était mieux écrite qu'aucune de celles qui l'avaient précédée. Aussi elle lut fort en vogue, et elle est, aujourd'hui encore, d'un usage assez général, car les divers traducteurs ne font souvent que la reproduire textuellement. Elle parut en 1666-1667 et 1668 en 4 vol. in-8* reliés en 3. 11 en fût lait une seconde édition en 2 vol. in-4B (1688) dans laquelle on modifia certains passages de Vépitre dédicaloire, où MM. de Port-Royal n'étaient pas ménagés. Son biographe, dans le dictionnaire de Michaud, prétend que le P. Amelote eut tort de se glorifier d'avoir fait sa traduction sur un ordre du clergé de France, et que ce n'était qu'une simple invitation que lui avaient faite quelques évoques. On a vu par les quelques lignes que nous avons reproduites, que l'Assemblée en exprima le désir, et chargea deux évéques de pourvoir à ce soin. Lorsque ceux-ci eurent fait choix du traducteur, l'Assemblée le confirma.

9 Entre les approbations dont fut revêtu cet ouvrage, nous rapporterons celle de notre évoque. « Pibrbb de Bkbtier, évéque de Montauban. Nous rendons ce témoignage à la vérité, en étant requis par le R. P. Amelote, prêtre de l'Oratoire et docteur en théologie, que l'Assemblée générale du Clergé de France de l'année 1655, ayant chargé feu Monseigneur de Marca, archevêque de Toulouse, et nous, de faire recherche d'une personne capable de traduire en françois l'Ecriture Sainte : Nous convînmes d'en prier le Père Amelote, et nous lui proposâmes ce travail, qu'il nous promit d'entreprendre. Ensuite, en ayant rendu compte à l'Assemblée, elle approuva notre choix, et nous continua ses ordres pour le succès de l'ouvrage. Aussitôt il s'y appliqua et nous fit voir la traduction de l'Evangile de Saint-Marc, qu'il avait heureusement commencée. Fait à Toulouse, durant l'Assemblée Provinciale du Clergé, le 22 avril 1665. Signé, PIERRE, évoque de Montauban ; Et plut bas ; Par Monseigneur, N. Simon, pour le secrétaire; et à côté est le cachet des armes dudit Seigneur Evéque. »

de se servir d'aucun calice qui ne soit d'argent et au moins du poids de 2 marcs. » On envoie à chaque église des pierres d'autel toutes consacrées ; on fait distribuer des catéchismes dans les paroisses ; on institue les conférences ecclésiastiques à Mon tau ban, Villemur, Cayrac, Castelsarrasin, Montech, Beaumont, Larrazet et Castelferrus *.

9. Durant la tenue de cette assemblée, Pierre de Bertïer fut chargé de prêcher , dans la chapelle des Augustins de Paris, l'éloge funèbre d'Hiéronyme, sœur du cardinal Mazarin, en présence de tous les représentants du clergé de France2. Le jeune monarque, qui présidait aux destinées de notre patrie, sachant déjà discerner le mérite, et, dans sa libérale munificence, le récompenser à propos, donna au brillant orateur l'abbaye de Belleperche en commande. Notre évêque l'administra simultanément avec celles de Restauré et de Saint-Hilaire de Carcassonne. Ainsi il était absent, lorsqu'une violente sédition vint ranimer dans notre cité les anciennes divisions (juin 1656). Comme aux premiers jours de l'introduction de la Réforme dans nos murs, le cadavre d'une pauvre femme était la cause ou le prétexte du désordre. Cette femme du peuple, nommée Jeanne Moysset, avait abandonné le catholicisme pour épouser un protestant le sieur Hébrard, dit Capderan. Trois mois après, étant tombée malade, elle fit appeler secrètement un prêtre, se confessa, fit son abjuration, demanda les sacrements et l'inhumation dans le cimetière catholique. Les protestants, qui s'étaient opposés à cette conversion, ayant su que le confesseur allait venir porter le Saint- Viatique, « déclouèrent les degréz de l'escalier, qh'estoit de bois, et ainsi firent tomber cet ecclésiastique, y allant faire sa fonction, de sorte qu'il faillit à se tuer 3. > La malade meurt. Le clergé se dispose à l'inhumer avec les cérémonies

* Cf. Arch. départementales, série G. 66, 120, 121, 122, 140.

1 Nous ignorons si ce discours a été imprimé.

1 Cf. l'ouvrage déjà cité, Récit de ce qu'a esté Monlauban, p. 18.

ordinaires de l'Église. Mais, au son de la cloche, les artisans calvinistes ferment leurs boutiques, prennent les armes et, joints au ministre du consistoire et aux écoliers., jettent la perturbation dans la ville, sous prétexte que la défunte leur appartenait doublement, et par son apostasie et par son mariage. Les vicaires de la paroisse vont prendre conseil auprès des 'vicaires-généraux, qui remettent la solution à une heure de l'après-midi, pour avoir le temps de consulter le juge-mage. Plus pressés, à l'instigation des ministres, quelques huguenots s'emparent du cadavre et vont processionnellement l'inhumer dans leur terre. Les deux chapitres, précédés du juge-mage et de quelques-uns des consuls, venaient faire la levée, lorsqu'ils rencontrent le cortège auprès du couvent des Cordeliers. A leur apparition une troupe de mutins, des épées et des bâtons aux mains, se mettent à vociférer : t Tue ! tue ! » La peur et la pluie qui tombait forcèrent les derniers venus à se retirer ; le grand-vicaire d'Agan courut même de grands dangers. L'affaire fut immédiatement portée à MM. de la Chambre de redit de Castres, qui, se trouvant partagés dans leur opinion, la renvoyèrent à la Chambre de Paris. Les consuls et les principaux meneurs furent appelés. Le Consistoire fit agir des personnages influents auprès du roi, tels que l'ambassadeur d'Angleterre et Cromwel lui-même pour atténuer l'accusation. Néanmoins, Sa Majesté ayant ouï l'archevêque de Sens et notre prélat, fit examiner le dossier. Il fut conclu que la défunte serait portée et inhumée en terre sainte, selon le rit de l'Église catholique ;• des peines étaient édictées contre les coupables. L'évêque demanda leur grâce et l'obtint ; sa bonté ne fit que des ingrats : nous le verrons tout à l'heure. Quant au cadavre, ils l'exhumèrent, la rage au cœur, et le rapportèrent à la maison mortuaire. Le 28 décembre de l'année suivante t d'Agan, vicaire-général; Mercier, intendant de la paroisse Saint-Jacques; Lafon, un des vicaires particuliers, et Roujean, prébendier de la collégiale, s'y rendirent avec la croix, firent l'enlèvement du corps et le conduisirent jusqu'à l'église

des Pères Cordeliers'. > Après la célébration de la messe, en présence des deux chapitres, de tout le personnel du présidial et de la plus grande partie des catholiques qui étaient venus protester de leur droit, le cadavre fut porté au cimetière de ce couvent.

10. Cette sédition avait été principalement l'ouvrage de l'apostat et fanatique Labadie. Autrefois jésuite, puis carme, ensuite illuminé, et finalement se disant « un nouveau Jean" Baptiste, > il fit son abjuration à Montauban en 1650, et y exerça les fonctions de ministre, avec le titre de pasteur de Genève. Déjà informé par de Murviel du mal que faisait ce doctrinaire mélangé de calvinisme et de jansénisme, Vincent de Paul avait écrit à la reine, le 5* septembre 1652, pour s'opposer à cette sacrilège et scandaleuse élection, t M. de Montauban, disait-il, me mande que je me donne l'honneur d'écrire à Votre Majesté au sujet d'un nommé Labadie, qui a tant d'opinions extravagantes au sujet de notre sainte religion, qui a fait tant de mal en Picardie et dans le diocèse de Bazas, où M. l'évêque a fait le procès à ses suppute et à lui, et qui enfin, pour éviter sa justice, s'est fait huguenot a Montauban, où il brigue pour se faire ministre, et qu'il craint qu'il ne fasse plus de mal à l'Église en cet état, qu'étant personne particulière2* » Vincent priait la reine d'intervenir à l'effet de lui défendre le ministère, t pour ce qu'il a l'esprit séditieux, brouillon et inventeur de nouvelles hérésies 3. * Rien n'y fit ; Labadie fut fait ministre de la Réforme. « Son élocution facile et son extérieur sévère séduisaient le peuple et les jeunes imaginations. » Montauban cependant n'ignorait pas sa vie de débauche, qui l'avait fait

4 Histoire manuscrite , p. 579*

9 Cf. Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, etc, par l'abbé Maynard, l. II, p. 358.

9 Sur Labadie, voir les Mémoires de Niceron,t.XVNI,p. 386, et t. XX, p. 140.— Quand Vincent de Paul voulut insister auprès de révoque de Luçon qui n'avait pas signé la lettre de Harlet soumise à l'épiscopat, contre le Jansénisme, il lui cite pour exemple Labadie, comme « preuve de la malignité de cette doctrine. • Le Bret dans son Récit de ce qu'a esté Montauban, fait le portrait de cet hérétique, p. 11-14, 20-21.

chasser des différents diocèses où il s'était présenté, trompant les évoques par son air pieux et dévot ; et Ton montrait au doigt sa concubine, qu'il attirait dans sa maison, la faisant passer pour sa nièce. Le prédicateur du Carême, le Père Bonald, religieux observantin, ne craignait pas de le dépeindre du haut de la chaire évangélique, pour qu'on se méfiât de ce loup caché sous la peau de brebis, enseignant ouvertement que seul l'esprit devait être offert à Dieu, qui n'avait que faire de notre corps. Selon ses principes, la nouvelle alliance contractée au baptême n'admettait que des hommes spiritualisés en quelque sorte, et mettait l'homme dans une liberté si parfaite, qu'il n'avait plus besoin ni de la loi, ni des cérémonies, joug dont lui et ses disciples étaient délivrés. Aussi, quoique ne défendant pas de conférer le baptême aux enfants, il conseillait de le différer jusqu'à un âge avancé, parce qu'il était une marque qu'on était mort au monde et ressuscité à Dieu. Au milieu de ces aberrations, il affirmait que Dieu pouvait et voulait tromper les hommes, et qu'il les trompait effectivement quelquefois. Il ne regardait pas l'Écriture-Sainte comme absolument nécessaire pour conduire les âmes au salut; cependant il en permettait la lecture, à la condition qu'en la lisant on serait moins attentif aux termes qu'à une certaine inspiration du Saint-Esprit, qu'il prétendait avoir, et qui dirigeait seule les âmes dans les divers degrés qui conduisent à l'accomplissement de la loi. Ainsi approuvant et condamnant certains dogmes du calvinisme, il avait séduit une grande partie des huguenots de Montauban et de ceux qui habitaient dans le voisinage. Entre tous se distingua par son fanatisme, le Montalbanais Pierre Yvon, qui d'abord son premier disciple devint son successeur et le second chef de la secte des Labadistes. Quant à Labadie, frappé d'un arrêt de bannissement, pour avoir été le principal promoteur de la dernière émeute, et avoir entraîné les étudiants dans toutes sortes d'excès, il chercha un refuge à Orange, évangélisa successivement Genève, Mildebourg, Utrech, où ses principes suscitèrent

ni.

de grands troubles. Chassé de ces villes par les magistrats, il alla mourir à Altona.

11. La bonté, dont l'évêque avait donné un si remarquable témoignage dans la dernière sédition, ses actes de douceur et de générosité, ne purent désarmer la haine de la populace contre le clergé. Chaque jour voyait renaître de nouvelles émeutes, dans lesquelles les honnêtes gens étaient exposés à de grands périls ; tantôt c'était à l'occasion de l'enquête que fut chargé de faire de Caumels, conseiller au parlement, contre la publication d'un libelle diffamatoire ; tantôt, sous le prétexte que l'évêque avait fait appeler chez lui deux religieux qui, disait-on, auraient désiré embrasser le calvinisme. Sous les yeux même du prince de Conti, une troupe fanatisée enleva le fils du ministre Daubus, en haine de ce qu'il s'était converti. Pour empêcher le]fcfils du sieur Leclerc d'embrasser la religion catholique, quelques forcenés brisèrent les portes de l'évêché, frappèrent plusieurs domestiques, et prirent le prélat a la gorge. N'avaientils pas jadis saisi Anne de Murviel pour le rouer de coups et le t coëffer d'une citrouille, * ainsi que le relate l'historien contemporain? Un écolier n'en vint-il pas un jour à mettre en pièces la soutane d'un chanoine qui se présentait au collège, et à le souffleter, parce qu'au récit d'un incident il s'était écrié : t Jésus, Maria! * N'avait-on pas « jeté un chat mort sur le dais sous lequel on portait le Saint-Sacrement, et une autre fois trois péletées de sang d'un malade1?» Les ministres protestants, que l'auteur de YHistoire du Querci veut par trop innocenter 2, ne paraissaient pas toujours au centre de ces émeutes, mais ils soufflaient de loin sur l'étincelle.

12. Pendant l'instruction du procès relatif à la sépulture de Jeanne Moysset, le vingt-huitième doyen du chapitre collégial, Henri de Rotondy, mourait le 26 mars 1657. Il remplissait ces

* Récit de ce qu'a esté Montauban, . . paséira. 1 Tom. m, p. 348 et passini.

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fonctions depuis neuf ans environ, comme successeur d'Arnaud de Lacombe, et réunissait à cette dignité celle d'abbé de Cendras, au diocèse d'Alby. Il reçut le Saint-Viatique en présence de tous ses collègues, entre lesquels était le chroniqueur qui nous a conservé ce récit, après quoi c on couvrit son décès et, pour mieux faire, l'ayant mis dans un sac, par l'avis de ses domestiques, et sous l'appui du chef de la justice criminelle, on le fit passer, de nuit, par la fenêtre, puis traverser la rivière du Tarn et celle de Garonne, parcourir partie de la Gascogne, et, après, remettre dans une cave, où il resta long-temps sans pouvoir avoir sépulture. Ce qui est du tout déplorable, observe le narrateur, et doit porter les bénéficiera à y songer, non-seulement pour la conservation de leurs bénéfices, mais bien pour le salut de leurs âmes ; la pluspart (comme nous le voyons) s'en allant de ce monde en l'autre sans l'assistance même spirituelle *. * Cet étrange enlèvement n'était ni un fait inouï, ni un premier coup d'essai. « L'immédiat prédécesseur » de ce doyen, c ayant remis son âme à Dieu, fut mis aussi dans un sac, et tenu caché environ six mois parmi du foin, dans une grange 2. * Selon le chroniqueur, Henri de Rotondy aurait été l'instigateur de cette séquestration, c En quoy Dieu témoigna sa justice, permettant qu'on lui rendit le même qu'on avait rendu (a sa considération) à Arnaud de Lacombe, son immédiat prédécesseur3. » Rotondy et partie des collégiaux avaient été poussés a cet acte injustifiable, par la peine qu'ils éprouvaient d'être unis au chapitre cathédral pour l'office divin, et par le désir de conserver une existence indépendante. Nous avons vu, en effet, ci-dessus4, qu'Anne de Murviel, sur les conseils du nonce, avait opéré cette union à leur rentrée dans la ville après la pacification. C'était un pas vers la fusion des m en ses, des charges

* Histoire manuscrite, p. 577.

' Id„ ibid.

» Id., ibid.

4 Biographie précédente, p. 42 et 52.

Tomk II. III. 2.

et de l'administration ; aussi les collégiaux tenaient-ils à cacher la mort de leurs doyens, supposant bien que Pierre de Bertier profiterait d'une vacance de leur décanat pour faire décréter la réunion des deux corps capitulaires. Le moyen avait réussi à Rotondy, qui en faisant le silence sur la mort de de Lacombe, avait été élu à sa place ; et comme il voulait que le doyennat se perpétuât après lui, il avait chargé « ses domestiques » de lui rendre le même service. Ce subterfuge réussit-il comme il l'avait espéré? Le chroniqueur va nous répondre.

13. « Néanmoins, poursuit Perrin, nonobstant ce frauduleux et méchant procédé, la fin d'Henry de Rotondy connue (bien que peu ouvertement), les chanoines, ses collègues, s'assemblèrent pour prendre jour à nommer un successeur ; et, le jour arrivé, procédèrent dans l'entière observance de la teneur de la fondation et de leur statut, sur ce sujet, en chapitre l. » Ils trouvèrent de l'opposition, non-seulement de la part du chapitre cathédral, mais encore chez plusieurs des leurs, disposés à l'union. Aussi l'élection faite par ceux qui tenaient à cacher la mort de Rotondy fut-elle cassée par le grand prévôt de la cathédrale, Jean de Contensons, qui était en même temps grandvicaire du diocèse. Une lutte déplorable s'engage entre les deux partis ; le prévôt allait faire prévaloir son opinion et réunir les deux corps capitulaires sous une même tête, lorsque la mort le frappa dans le courant de juin. Doyenné et prévôté étaient ainsi vacants. L'évêque, comprenant tout le danger que pouvaient occasionner ces vacances, hâta sa rentrée de la cour. Une partie des chanoines de la cathédrale vinrent à sa rencontre jusqu'à Castelsarrasin, et le mirent au courant de la situation faite à. leurs collègues, et du mauvais effet produit sur les fidèles par ces divisions. Après en avoir conféré avec les plus calmes d'entre eux, de Bertier prit une résolution qu'il vint lui-même communiquer à l'assemblée générale tenue dans chapitre de Saint-Jacques.

« Histoire manuscrite, p. 577.

Il nomma pour prévôt, à la succession de Contensons, Jean de Cominhan, docteur ès-droits, et archidiacre de Saint-Étienne de Toulouse (22 août) . Cette première nomination faite et acceptée, il promit de régler l'affaire des collégiaux dans un bref délai, et de faire cesser la dissension par un moyen qui concilierait tous les intérêts. Bertier sentait quel fardeau il prenait sur ses épaules ; mais sa grande intelligence, son habileté et surtout son esprit de conciliation, finirent par triompher des vives oppositions qu'il rencontra. Après les avoir fait renoncer à vider l'affaire devant les tribunaux, il fit si bien, qu'il obligea les intéressés à passer « une concorde en cour de Rome, le 3 de mai 1658, pour le doyenné qu'on laissa au sieur d'Agan, second archidiacre de sa cathédrale, et déjà chanoine dans son chapitre collégial !. » Par ce moyen les collégiaux avaient à leur tête un des leurs, et toutefois ils relevaient réellement du chapitre cathédral, vu la situation de leur doyen.

14. Au milieu de ces débats, qui ne durèrent pas moins de treize mois, le zélé pontife se dévouait à l'œuvre du grand jubilé publié par le pape Alexandre VIL 11 disposa lui-même les fidèles de sa ville épiscopale pour les fêtes de la Noël, c Tout le monde, écrit Perrin, profita si fort de ses exhortations, qu'on se mit en état de ressentir les effets du jubilé, après les avoir appris par sa bouche. Car, s'étant fait dresser un théâtre, audessous de la chaire de son église cathédrale, revêtu de ses habits pontificaux, la mitre en tête, la crosse à la main, et assisté de deux de ses chanoines, il y parut à l'ouverture d'icelui, pour le faire connaître par des puissants raisonnements, desquels si les huguenots qui s'y trouvèrent n'en profitèrent pas, ils en restèrent pourtant convaincus, et fallait qu'ils avouassent leur malice contre l'Église, après avoir proclamé les mérites de notre prélat, quoiqu'à contre cœur, pour l'estimer leur fléau dans toutes rencontres 2. » Tout le diocèse fut invité, par une

* Bittoire manuscrite, p. 580. 1 Id„ p. 578-*»79.

Ordonnance épiscopale, à gagner les grâces jubilaires. À cet effet, outre la publication officielle de la bulle pontificale relative au t pardon, » Bertier fit imprimer et adresser à c Messieurs les recteurs du diocèse » un « livret de prières sur ce dressées *. > Il secondait ainsi de son mieux les vues du pape et du roi, qui se proposaient, par ces supplications extraordinaires, l'extirpation de l'hérésie protestante.

15. De fait l'heure des conversions approchait. Après ces solennités l'évêque mit tout son zèle à c gagner à Dieu les âmes libertines de Montauban, par son bon exemple, par ses saintes conversations, par la connaissance de l'antiquité et des vérités de l'Église; leur faisant voir leurs erreurs et les y convainquant. > Il anima le clergé à le seconder dans cette voie, et les résultats répondirent à leurs généreux efforts. Un des plus éclatants succès fut la conversion du ministre et professeur protestant Sébastien Daubus, qui en a fait lui-même le narré. Après environ un an de combats et mille vexations de la part de ses coreligionnaires, ses entretiens avec le chanoine Pierre Dubreil déterminèrent Daubus à communiquer son projet à l'évêque. c Notre prélat, tout aise de sa visite, l'embrassa et résolut, après l'avoir ouï, à faire l'abjuration de son hérésie à l'arrivée de M. le prince de Gonti dans Montauban, qui était depuis peu dans la province en qualité de gouverneur pour le roi. De fait, Son Altesse ne fut pas plutôt dans la ville, que notre prélat, accompagné de l'évêque de Couserans et de ses deux chapitres, le reçut dans l'église de Saint-Jacques, après l'avoir harangué à l'entrée d'icelle; et lui ayant découvert par son discours le débordement des licences et de l'entreprise de nos libertins à rencontre des nouveaux convertis, il lui présenta Sébastien Daubus pour la saluer, et la rendre sçavante du dessein qu'il avait d'abjurer sa religion pour prendre la catholi-

* Aux archives départementales, série 6, 176 : « Rolle des placards du pardon et jubilé, avec le livret des prières sur ce dressées, que Monseigneur a commandé estre envoyé i Messieurs les recteurs du diocèse, >

que. De quoi Son Altesse le loua et lui offrit sa protection, après son abjuration qu'il ne tarda pas longtemps à faire, en sa présence et de MM. les évoques de Cominges et de Couserans, de M. le marquis de Saint-Luc, de plusieurs autres des grands et de quantité d'autre monde, dans le chœur même de l'église de Saint-Jacques, tout prosterné aux pieds de notre prélat, habillé de ses habits pontificaux. Lequel lui ayant fait connaître les erreurs du calvinisme et les vérités de l'Église romaine, fit chanter le psaume Miserere mei et ensuite le Confiteor. Après quoi il lui donna l'absolution de l'hérésie, et l'ayant baisé en signe de paix, l'exhorta à la persévérance '. » Pendant son séjour à Montauban le prince de Gonti témoigna de sa grande religion par les œuvres de piété qu'il pratiquait tous les jours, et par son attachement aux intérêts des catholiques, particulièrement aux nouveaux convertis. Sachant les outrages que les protestants ne cessaient de prodiguer aux ecclésiastiques et à leurs fidèles, il fit de rudes remontrances aux consuls, et donna des ordres sévères aux magistrats. Enfin il signifia aux protestants de rendre le fils de Daubus qu'ils avaient enlevé, en haine de sa conversion ; et comme il comptait peu sur leur parole, et se méfiait aussi de celle qu'ils lui faisaient donner par de hauts personnages, il prit comme otages deux consulsprotestants, qu'il délivra lorsque l'enfant enlevé lui fut remis en main propre.

16. Bertier eut avec le prince de Conti de longues conférences sur les moyens à prendre pour accroître dans la ville la population catholique, et, par suite, éteindre les divisions et donner au roi des sujets plus soumis. A cette fin ils résolurent de demander au monarque le transfert de la cour des Aides de Gahors à Montauban. Dès que les protestants eurent connaissance de ce projet, ils ne furent que plus remuants et gagnèrent à leur cause le présidial. Mais Louis XIV, pour entrer dans les vues de l'évêque et continuer la politique de Richelieu,

1 Histoire manuserile} p. 582. — L'abjuration eut lieu le 2 août 1658.

décréta la translation demandée. Cependant une lettre de cachet, datée des premiers jours de janvier 1659, vint intimer, aux fonctionnaires de surseoir à leur installation et de rester temporairement à Cahors. Les opposants, MM. du présidial, ministres et juge-mage en tête, glorieux de ce triomphe, allaient à travers les rues, une branche de laurier à la main et se saluant par ces mots: t Frère, victoire/ > comme jadis au palais épiscopal on avait entendu le mot d'ordre : « Tue ! tue! au violet, au violet! » Ils engagèrent, les mutins à faire du bruit, et les artisans à fermer leurs magasins. À cette nouvelle, le roi signifie au jugemage, Rabastens (13 mars 1659), de partir pour Montpellier, et de se tenir là à sa disposition '.

17. Quoique alarmés par de telles mesures, les protestants ne surent pas s'arrêter dans la voie de la persécution contre le clergé et les couvents. Le voisinage des Pères Jésuites et l'influence qu'ils prenaient de jour en jour, par l'extension de leur collège et l'accroissement des élèves, excitaient principalement la haine des ministres. Déjà en 1637 et 1638 ils leur avaient suscité des querelles qui tournèrent à leur propre confusion. Cinq ans plus tard, le vieux puritain Charles, que nous avons vu aux prises avec le P. Àudibert 2, et que le chanoine-historien appelle c le plus hautain et bilieux ministre de leur synagogue, > porta les professeurs de leur Académie c à mettre en pièces, à dix heures du soir, un tableau du nom de Jésus que les Pères Jésuites avaient fait afficher sur le portai dudit collège et à l'opposite de sa maison, ne pouvant souffrir sa devise, quoique tirée de l'Écriture-Sainte, qui est : In nomine Dei nostri magnificabimur 3. Mais, à sa honte, ils en restèrent, sous ce nom, les maîtres, et le Jésus 4 fut remis. » Ce ne devait pas être toutefois la dernière tracasserie, ni la plus criante. Le 8 juillet de

* Cette correspondance est conservée dans le manuscrit du chanoine Perrin, p. 581-585, ' Biographie précédente, p. 76-77.

* Psal. xix, 6.

* Le chiffre de la Compagnie de Jésus, est J. H. S. « Jaus hominum SalvcUor* •

TROISIÈME PÉRIODE. — PIERRE in DE BERTŒR (1652-1674). 23

Tannée 1659, ils formèrent le projet de s'opposer à une représentation tragique que les écoliers devaient donner. Les ministres c soulèvent les proposans avec le reste de leur Académie, pour demander, même avec menaces, la démolition du théâtre déjà dressé. Gaillard, un des ministres et leur modérateur, leur servait de capitaine; il était tout feu et semblait, à le voir, qu'il voulait tout perdre. Cela courut dans la ville ; les consuls de Tune et l'autre religion en furent avertis, et les premiers d'entre ceux du présidial le secoururent. Tous accoururent au collège, et voyant le désordre, travaillèrent à pacifier le tout ; mais les chaperons des catholiques et l'autorité présidiale y furent si fort dans le mépris, que Gaillard eut bien la hardiesse, épaulé des consuls de sa religion, de les morguer, poussant ceux de sa suite à maltraiter les assistants. Un des syndics y fut battu par lui-mesme ; divers y furent blessés de coups d'épées et de bayonnettes, et d'autres poursuivis à coups de pierres jusques à l'autel de la chapelle, où on faillit assommer le Père de Saint- Martin qui disoit la. Messe. Il est vrai que MM. du présidial, dans tel désordre, en poursuivirent quelques-uns pour s'en saisir, et en firent un prisonnier. Pourtant cela ne retint pas ces insolens ; car, quoique on eût arrêté de s'assembler à une heure après midy, dans le collège, Gaillard et Verdie, son collègue, conseillés par leurs notables et sous l'approbation de leurs consuls, portèrent leurs écoliers à s'y trouver devant l'heure avec leurs épées, pour démolir en enragés leur théâtre ; pour briser la plupart des ais ; pour en remplir les puits et pour maltraiter encore autrement les Pères Jésuitqp. Lesquels se voyant seuls et assiégés dans leur maison, furent obligés, pour attirer les catholiques à leur secours, de se servir du son de leurs cloches. Mais ils y arrivèrent trop tard; les insolens s'étant mis en fuite à leur approche, par l'avis d'un des consuls huguenots, qui en était le spectateur, et qui les voyait faire '. >

* Histoire manuscrite, p. 587-588 ; et Récit de ce qu'a esté, p. 24-26.

18. Poursuivis dans toute la vHle, les consuls qui, en cette circonstance, avaient voulu faire exécuter un arrêt favorable aux catholiques, furent contraints de chercher un refuge à l'êvèché, où on les tint assiégés durant toute la nuit. Ils ne s'évadèrent qu'en courant de graves dangers. L'intendant Fontenay fit incarcérer les plus coupables auteurs de ce désordre. A cette nouvelle les ministres assemblent de rechef tous leurs étudiants avec la lie du peuple, et les conduisent au château-royal, les persuadant d'enfoncer les portes des prisons. L'appel fut entendu, et bientôt commença un tumulte que ni les officiers ni les consuls catholiques ne purent arrêter. Ils ne se retirèrent qu'après avoir insulté ceux qui voulaient mettre l'ordre, et blessé grièvement un catholique. Puis rompant les portes, enlevant les toits, ils délivrent leurs complices et les promènent dans la ville, en vociférant à pleins poumons : « Vivh la sainte liberté! > Lorsque le calme se fut un peu rétabli, notre prélat, pour raffermir les bons catholiques tout tremblants de ces émeutes, les réunit dans sa demeure. Plein de résignation et d'esprit de foi, il leur exposa avec sa paternelle bonté que Dieu n'abandonne jamais les siens, et permet la persécution pour éprouver et fortifier les âmes ; puis « leur demanda les moyens de remédier a ces désordres. On conclut, après Sa Grandeur, d'informer; et les informations faites, de les faire connaître à Sa Majesté, à M. le Prince, à M. le Cardinal, à M. de Saint-Luc et à MM. du Parlement et de la Chambre de redit. > II fut convenu que les députés partiraient dès le lendemain. La résolution ayant été connue dans la ville, les notables du Consistoire et leurs consuls en livrées, suivis des plus marquants d'entre eux, vinrent trouver l'évêque pour lui demander grâce et faire toutes les soumissions qu'il voudrait. Bertier n'ignorait pas que dans les bas-fonds on murmurait encore; cependant il les écouta, se contenta de leur faire avouer, leurs torts, et n'envoya que la députation destinée au roi, c comme le plus intéressé dans l'affaire. » Malgré tout, la cause arriva au tribunal du pfarle-

ment, qui décréta la prise de corps contre le ministre Gaillard, le consul huguenot de Brassac et leurs complices. Leurs amis voulurent plaider leur cause et les innocenter. Ce fut en vain. Partout où ils frappèrent, chez le cardinal de Mazarin, aussi bien qu'à la porte du marquis de Saint-Luc, « ils furent proû mal reçus. * Lorsqu'ils s'annoncèrent, en effet, auprès du cardinal, «Son Éminence, nous dit Perrin, leur fit signifier qu'il ne voulait ni harangue ni compliments de ceux de la religion prétendue réformée. » Et comme, malgré tout, un des envoyés eut la hardiesse de vouloir justifier Montauban, « Mazarin lui ferma la bouche, lui faisant voir ses habitants criminels et punissables pour leur fierté et malice !. »

19. Ce traitement attrista les huguenots. Les députés catholiques vinrent au contraire consoler leurs frères par les bonnes lettres dont ils étaient porteurs, tant de la part du cardinal, que du maréchal de Villeroy, de l'archevêque de Lyon et de Tévêque de Poitiers, ainsi que du gouverneur de Saint-Luc, promettant à notre prélat assistance et protection. Alors commencèrent les démarches auprès du cardinal-ministre pour arrêter les effets de l'arrêt du parlement. Mais Mazarin ne voulut entendre aucune des supplications, pas même celle de notre évèque; car la politique n'avait rien à gagner avec un parti toujours en révolte, et qui de la question religieuse en venait toujours à des affaires politiques. Du reste, tandis que le clément Bertier sollicitait la grâce des criminels, eux poussés par une haine vraiment sauvage, voulurent mettre le comble à leur félonie et à leur ingratitude en suivant l'exemple de leurs pères. Comme ceux-ci, au rapport de Théodore de Bèze luimême, avaient pendu jadis en effigie, sur le bastion de la ville, le cardinal Strozzi et l'évêque Jacques Des Près, eux tracèrent à la hâte les traits de Pierre de Bertier sur une porte de ses granges, et placèrent à côté cet écriteau :

* Biitoire manuicritet p. 589-590.

l'an MIL SIEX CENT CINQUANTE NAOU,

LOUS PAPISTOS NOUS BOLOUN MAOU,

ET MÉNASSOU DE NOUS PENJA.

MAIS NOUS QUAL, NOUS AOUS, COUMENÇA

PER PEYRÉS DÉ BERTIER, AVESQUE DÉ MOUNTALBA !.

20. Par ordre des magistrats on effaça ces injures ; mais les protestants « en firent courre des crayons par la ville. > Et tandis que les uns se livraient à dé pareils amusements, d'autres enlevaient < de l'église des Capucins la fille d'un nommé Gomes, et celle d'Olivery qui s'y étoient rendues pour se faire catholiques. » Ainsi, après les guerres d'Espagne profitables surtout aux protestants et à leurs alliés, à la suite de la paix des Pyrénées, à une heure où l'on voyait le calme se faire de tout côté, le bas-peuple de notre principale cité levait la tête pour afficher la brutalité et l'insolence. On dirait, en parcourant cette époque néfaste, que la Réforme se débattait sous les dernières étreintes de l'agonie. Elle était arrivée à son apogée, depuis quelques mois à peine, et déjà la décadence commençait pour cette religion, qui prétendait cependant à l'immortalité non moins qu'à l'universalité. Ni l'une ni l'autre. de ces prérogatives ne lui étaient réservées; son origine, ses tendances, sa constitution étaient un premier obstacle. Elle avait obtenu tous les résultats qu'elle pouvait espérer: la division religieuse de l'Europe. Et au milieu de tout cela la Providence divine, dans les ressources infinies de sa sagesse, avait tiré le bien du mal. A dater, en effet, de cette année 1659 (et c'est le point qui a amené cette digression rétrospective), à dater de cette année, l'on vit se raviver de toute part chez les catholiques la pureté des mœurs et le zèle de la science, tandis que les controverses et le prosélytisme hérétique cessaient graduellement. Et alors que chez les peuples septentrionaux, le protestantisme

* Copié par le chanoine Perrin sur l'original de la porte des granges de Tévôché. Cf. son manuscrit, p. 590.

identifié avec l'esprit national, restait comme la marque de leur affranchissement de Rome, et se bornait à entretenir sous un ciel froid les vertus naturelles, la vie de famille, l'économie, l'esprit politique, le génie des affaires ; dans notre Midi, au foyer de la civilisation avec ses entraînements et ses dangers, l'Église demeurait vivace, opposant la vertu à la volupté, la pauvreté au luxe, l'obéissance libre au despotisme. Nous serons progressivement témoins de ces heureux changements. Sans doute quelques voix discordantes viendront bien rompre ce concert et cette belle harmonie; des historiens verseront des larmes sur ce qui aurait dû exciter leur joie; des jours néfastes planeront encore- sur notre Église ; mais le protestantisme aura bientôt fait son temps, et n'occupera que quelques petits recoins de notre sol.

21. Pendant les négociations de cette paix, chef-d'œuvre de politique qui couronna glorieusement l'administration de Mazarin, si remplie de troubles et d'orages, Louis XIV entreprit un voyage dans le midi de ses États. Les villes de la province s'empressèrent de lui envoyer des députations pour le saluer et le féliciter de l'heureuse fin de la guerre, et de sa future alliance avec l'infante. Montauban députa douze habitants, parmi lesquels le premier consul protestant. Sa Majesté et la cour refusèrent de donner audience k ce dernier, ainsi qu'à ceux de son parti, car le jugement de leur dernière affaire était encore pendant. On les engagea même à sortir de la ville ; et le roi, de son côté, signifia au parlement de Toulouse de se saisir définitivement de la cause et de rendre la sentence. Le 14 octobre il faisait son entrée dans la capitale de l'Occitanie; le 22 les .commissaires royaux annoncèrent à l'assemblée des États généraux le rétablissement de l'édit de Béziers. L'étonnement fut grand à cette nouvelle. Dix ans auparavant le gouvernement de la régente avait été obligé de retirer cet édit, et la province se flattait que plus jamais on ne pourrait le remettre envigueur. Le roi, en l'imposant de nouveau, voulait établir son

autorité dans la province où les États étaient tout-puissants ; et pour ceux-ci, c'était l'esclavage. Aussi l'archevêque de Narbonne, François Fouquet, ne pouvant contenir ses sentiments, déclara ouvertement aux agents du ministère que leur surprem nante proposition venait mettre c aux fers et dans la servitude l » une province qui, à tous égards, méritait d'être mieux traitée par le roi. Une commission fut nommée pour avoir à délibérer sur la question ; notre évêque en fut le rapporteur. Trois jours après (25 octobre), l'illustre prélat lisait à l'assemblée un remarquable rapport concluant au rejet de la proposition 2. Le roi, ou plutôt Mazarin, voulait quand même maintenir l'édit ; mais force fut de céder devant une effervescence qui pouvait faire craindre pour la paix publique et même pour ses jours. Le cardinal-ministre n'ignorait pas que le parlement avait mis jadis sa tête à prix. Une célèbre ordonnance donnée à Toulouse, au mois de décembre, ordonnance provoquée par le savant exposé de notre évêque, conservait à la province son indépendance, fixait les bases de sa constitution et l'ensemble de ses rapports avec le gouvernement du royaume.

22. Tandis que, grâce à la fermeté des États généraux, la liberté de la province était sauvée, le parlement mettait à exécution les ordres du roi au sujet de nos protestants. Un huissier, escorté de quinze ou vingt archers, se rendit à Montauban pour se saisir des coupables de la dernière émeute. Mais les criminels s'étaient retirés « au plus matin, de leurs maisons, par l'avis du Consistoire, qui fut averti (selon le bruit commun) par le sieur de Labournères, le soir auparavant. » À cet effet, celui-ci avait convoqué ses partisans sur les neuf heures, « au son de leurs cloches, en forme de retraite. » Les consistoriaux malgré cette.

* Cf. ce discours aux Archives de la Haute-Garonne. En voir un extrait au tome x de l'Histoire de Languedoc annotée par Du Mègo, p. 141.

* Les commissaires élus avec notre évoque étaient l'évoque de lîomminges, les barons de Castres et de Lan ta, le capitoul député de Toulouse et les consuls députés de Montpellier, Carcassonne et Nîmes. — Le texte de ce rapport de notre prélat est inséré au t. XIV de l'Histoire de Languedoc. Edit. Privât, col. 723-729.

évasion des coupables n'étaient pas sans alarme. Comme toujours ils usèrent de toutes les influences pour obtenir un sursis. Le cardinal lé leur accorda jusqu'à son arrivée à Toulouse, le 23 novembre. Dès aussitôt les troubles suscités au collège1 furent exposés devant la haute cour, et le Î2 décembre Louis XIV déclarait, par ordonnance, que l'Académie de Montauban serait transférée à Puylaurens, au diocèse de Lavaur, c afin d'éviter, disait-il, les désordres que les écoliers auraient pu causer dans cette ville. » Les protestants se sentirent profondément blessés, et comprirent bien vite qu'il en était fait de leur influence dans la cité et le diocèse. Aussi, tandis que l'un des ministres et professeur de théologie, suivi de deux de ses confrères, protestait de son obéissance et se mettait en mesure de se rendre à l'arrêt royal, les consistoriaux faisaient présenter une requête que le roi ne voulut pas même ouvrir. Partant à contre-cœur pour la localité qui leur était assignée, les professeurs « dissuadaient les écoliers de s'y rendre, dans la pensée de n'être obligés d'y résider pour n'y avoir d'emploi, et que le roi le sachant les remettrait en leur premier état à Montauban2. » Leur espérance fut trompée, non moins que vaine la plaidoirie de Noailhan, leur avocat auprès de la cour. 23. L'arrêt n'était pas encore exécuté, lorsque le coadjuteur de l'évêque de Cahors, -Nicolas de Sevin, invita notre prélat à prononcer l'oraison funèbre du titulaire Alain de Solminihac, mort le 31 décembre, et déjà appelé par le peuple c le bienheureux. » Le sujet était à Ja hauteur de l'éloquence de Bertier; et la magnificence qu'on déploya à ces obsèques, auxquelles assistèrent tous les prêtres du diocèse de Cahors, pour lors réunis en synode, était bien capable aussi d'inspirer le brillant orateur. Le clergé et les notabilités de la ville se rendirent, le jour même de son arrivée, au palais épiscopal pour lui porter en corps leurs félicitations.

1 Cf. ci-dessus, p. 22-23.

* Hittoire mamucrite, p. 593.

30 HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE MONTAUBÀft.

11 était à peine de retour dans son diocèse lorsque le traité des Pyrénées, signé déjà depuis plusieurs mois, et le contrat de mariage de Louis XIV avec l'infante d'Espagne furent rendus publics (février 1660). A l'exemple des autres villes, Montauban témoigna son allégresse par des feux de joie « et par des coups de mousquets qu'on fit tirer, » Pierre de Bertier ajouta à ces fêtes une procession générale, où il porta le Saint-Sacrement, en action de grâces d'un si grand bienfait. Il fit lui-même l'annonce de ces solennités par une prédication où, commentant avec éloquence le Gloria in altissimis et in terra pax, il exhorta à la paix du pays et des consciences, à la bonne entente de la religion avec la politique. Ces fêtes furent précédées d'une amende honorable publique et solennelle à la divine Eucharistie, sous forme d'oraison des quarante heures. Le zélé prélat, qui n'avait rien négligé pQur donner le plus d'éclat possible à ces cérémonies, composa lui-même une inscription commémora tive, qu'il fit placer au centre d'un arc-de-triomphe dressé à la porte de l'église Saint-Jacques. Elle résumait ainsi la cause de ces manifestations et les souhaits que formait la religion :

c Deo pacis bella eonterenti, ob pacem, post durissima bella, christianùsimum inter et catholicum reges potentissimos, féliciter restilutam et firmatam fœdere magni sacramenti; Augustissimœ Reginœ Mine matris hinc sororis piissimis volis; consilio atque arte singulari Eminentissimi Cardinalù ad Pyrenœos montes opus molientis et perfidentis7 ut œternum durel et exuperet omnem senmm. >

24. Les derniers chants, les dernières prières catholiques finissaient à peine de résonner dans le sanctuaire de Saint- Jacques, lorsque arriva cette lettre royale, datée d'Aix, le 13 mars 1660: < De par le Roy. Chers et bien amés. Ayant eu satisfaction de votre bonne conduite pendant les derniers mouvemens survenus en notre province de Guienne, et des services que vous nous avez rendus en diverses occasions, nous avons approuvé volontiers les travaux et fortifications que vous

fîtes en ce temps-là autour de notre ville de Montauban pour vous conserver en notre obéissance, et repousser les entreprises que ceux qui troublaient le repos de notre État eussent pu faire sur la place pour s'en saisir contre notre service. Et comme depuis nous avons rétabli la tranquillité publique, non-seulement en la province, mais .encore par tout le royaume, par le moyen de la paix générale que nous avons procurée à nos sujets, et que ces ouvrages sont maintenant inutiles, nous vous faisons cette lettre pour vous faire entendre que notre intention est de détruire, raser et activement démolir les fortifications, et remettre les choses en le même état qu'elles étaient du temps du feu Roy, notre très-honoré seigneur et père, et nous envoyons à cet effet sur les lieux le sieur Hotman, conseiller en notre conseil, maître des requêtes ordinaires de notre hôtel, et intendant de justice en Guienne, et vous commandons et ordonnons de satisfaire et obéir de notre part à ce qu'il vous dira à ce sujet. * C'en était fait : plus de créneaux, plus d'influence ! Nos huguenots devaient donc renverser, de leurs propres mains, le rempart derrière lequel ils abritaient leurs tendances révolutionnaires, sous le voile de la prétendue liberté religieuse.

25. Ils ne pouvaient obéir ni vite, ni sans murmures, ni surtout sans vengeance. L'évêque devint de plus en plus le point de mire de leuçs rancunes. Ils ne se lassent pas de venir « lui crier dans son évêché, voire de le menacer. » Un matin ils chassent de la ville tous les manufacturiers catholiques, t au nombre de sept à huit vingt familles, que l'évêque, pour ne les pas laisser sortir de Montauban, fut obligé de nourrir pendant deux mois *. » Et comme si Dieu eût voulu effrayer ces misérables et les arrêter dans leurs insolences, nous dit le chroniqueur contemporain, t il fit connaître sa colère contre iceux par un tremblement de terre, d'environ un Miserere, arrivé dans toute l'étendue de son diocèse, le 21 juin, à quatre heures du

iBéàt<iec€qxtaê*té...v.2S.

matin. Le prélat leur fit incontinent savoir que c'était un avertissement qu'ils devaient recourir à sa miséricorde et exhorter tout son clergé à faire certaines prières pendant trois mois, et à porter ses fidèles à la* pénitence et à recevoir le Saint-Sacrement, pour s'en rendre dignes. Néanmoins nos huguenots ne profitèrent pas de cet événement,, quoique il leur eût donné de la peur. Us avaient continuellement des insolences, dans le mépris même des ordonnances de notre prince. Car s'il leur fallait se découvrir ou s'enfermer pour ne donner pas de scandale, lorsque le Saint-Sacrement paraissait en rues, ce leur était de la peine. » Ce qui les irritait encore, c'était d'être obligés de cesser les chants de leurs psaumes dans leurs maisons ; aussi maltraitaient-ils les consuls catholiques qui venaient les surprendre en flagrant délit. Pour se venger, t ils se riaient en place publique de notre prélat, des ecclésiastiques et des religieux, mêmement de ceux qu'il employait à la prédication pour les confondre en chaire de leurs erreurs et malice, qui parfois était telle, qu'ils entreprenaient de les aller morguer par menaces dans leurs cloîtres1. »

26. Ce fut surtout contre le religieux observantin Bonald * qu'ils s'acharnèrent. Comme dans sa prédication il combattait ouvertement et avec triomphe les pernicieuses maximes de leur réforme prétendue, les blâmait de leur attachement au faux zèle de l'apostat Labadie, dont il révélait les mauvaises mœurs et la scandaleuse vie, les plus ardents vinrent souvent le menacer dans sa cellule et attentèrent même à ses jours. L'intrépide prédicateur, loin de les fuir, prenait la parole en ces circonstances et leur faisait connaître qu'il n'avait jamais rien avancé contre leur doctrine que fondé sur la sainte Écriture, ni rien déposé contre Labadie qu'il ne justifiât par des preuves irrécusables. Aussi il les congédiait confus, et son zèle grandissant

4 Hittoire manuscrite, p. 597-598.

1 Voir ce que nous en avons dit ci-dessus, p. 15,

TROISIÈME PERIODE. — PIERRE m DE BERTIER (1652-1674). 33

toujours profitait k l'affermissement des catholiques dans leur foi. L'évoque tenait le P. Bonald pour son bras droit, et l'aimait si cordialement que, n'ayant pu assister à ses derniers moments et prêcher son oraison funèbre, il voulut composer l'épitaphe, qui fut gravée en lettres d'or sur le marbre noir placé au-dessus de son tombeau '. Ainsi le bon prélat léguait à la postérité le mémorial de l'amitié qu'il avait conçue pour ce vaillant champion de la cause catholique.

27. Il n'est pas étonnant que les protestants confondissent dans une même haine, et poursuivissent des mêmes attaques l'évêque et son intrépide coopérateur. Mais rien ne pouvait décourager Bertier et lui faire changer ses plans. Il voulait à tout prix l'avancement et la propagation du catholicisme dans son diocèse. Profondément convaincu que, tant pour le bien de Montauban que pour celui des ecclésiastiques, il fallait avoir le grand Séminaire sous ses jeux et dans sa main, il ne se donna de cesse pour trouver les fonds nécessaires à l'installation de cet établissement dans la ville épiscopale. Vincent de Paul nous

1 Celte épitaphe était ainsi conçue :

JETERHM MBMORIiE

R. P. FRANCISCI EONA RUTHENI

MINORITE OBSERYANTISSIMI PRSSBYTBRI PIJSSIMI

DOCTORIS SAPIENT1SSIMI

PAUPERUM EVANGELISTiE FBRVENTISSIMI

DIVITUM PRiECKPTORIS AÇERRIMI

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