‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 29 sur 132 · Tome IL III · texte numérisé non relu

Tome IL III

que de suivre M. Mary-Lafon !, racontant en romancier les moyens qui furent mis en usage pour obtenir la conversion (tes protestants. Nous n'avons ni à défendre ni à condamner les mesures employées par Louis XIV, encore moins à répondre aux attaques haineuses dont certains historiens ont poursuivi ce monarque à ce sujet. Avec un excellent critique, nous dirons: « que lès calvinistes s'étans servis de la force et de la violence, pour obliger les catholiques de se faire de Jçur Religion; le- Roy a pu à plus forte raison se servir de son authqrité .porçr les ramener dans le sein de l'Église2. > 7- De son côté Bertier songeait à faire revivre le passé de son Église. Sous son inspiration fut entreprise nia reconstitution des archives du diocèse, qui avaient péri dans les guerres de religion* et qui, hélas ! allaient disparaître de nouveau dans une centaine d'années. Si, tout en regrettant la perte de précieux documents, l'on peut néanmoins aujourd'hui reconstituer, d'une manière bien impars faite, les fastes de notre pays et du diocèse, nous, le devons en grande partie aux soins que prit cet évoque pour nous les conserver. Comme il faisait relever le palais épiscopal et embellir les ruines de Moatauriol, de méjpe il voulut qu'à l'aide des documents des chapitres et des. actes privés, on consacrât une notice k la mémoire de ses prédécesseurs. Gq soip fut confié au prévôt Le Bret, qui fit un chapitre spécial dans son. Histoire de Monlauban. Enfin, menant de front les affaires de la religion et les intérêts temporels de ses fidèles, pour lesquels il sacrifia la plus grande part de sa fortune, Bertier allait jeter les fonde* ments d'une vaste église, destinée à remplacer l'ancienne. pathé* drale du Moustier, lorsque un accident, qui pansa sa mojrt, vint

, ' HUt. £uw ville protestante, p. 223, 224.

* L'abbé Soulier, Uist, du Calvinisme, p. 599, 576, 577 et passim. — Aux Arch. départe: mentales, série G, 66, on trouve uue copie de l'arrêt du conseil d'État contenant « inhibitions et défiances à tous ceux de la R. P. R., de solliciter n'y faire abjurer la religion catholique à leurs valets, servantes, niêtalers et aultreg domestiques. . . arec pareilles inhi- Mtfods-et defcroses a tous ceux de ladite religion de précéder tes cathotiquas dans 1000110 assemblée. * .......

TROISIÈME PÉMOD*. — PIKRR* ÏII DE BBRTIBR (4652-4674). 83

entraver ce projet, et l'arracha à l'affection de ses diocésains. Il revenait de. visiter sa famille à Toulouse; les chevaux de son eaosse Remportent et le précipitent dans une chute si terrible, qu'il eu mourut le lendemain, 28 juin 1674.

67. L'intendant Joseph-Nicolas Foucault, envoyé, un mois avant, à là tète de la généralité de Montauban, en remplacement de Denys Feydeau de Brou, avait fait depuis peu sa visite officielle au vénérable prélat, c M. Bertier, dit-il, autrefois grand prédicateur, étoit évêque de Montauban lorsque j'y suis arrivé K Je lui ai trouvé Tesprit fort baissé et né faisant plus de fonction épiscopale 2. » A la nouvelle de cette mort inopinée, l'intendant se hâta d'en informer la cour par l'entremise de Golbert 3.

Né en 1608, Pierre de Bertier mourut à l'âge de 66 ans, après seize années de coadjutorerie et vingt-deux d!épiscopat. Son corps, comme celui de son prédécesseur, fut inhumé dans le sanctuaire de l'église Saint-Jacques. Les chanoines tenaient à conserver au milieu d'eux les restes des deux prélats, qui sont regardés à juste titre comme les restaurateurs de la religion catholique dans le diocèse. Anne de Murviel avait rétabli te culte dans cette église ; Bertier l'avait érigée en cathédrale. Pour l'oraison funèbre on choisit un orateur digne de celui qu'il fallait louer. Les yeux se portèrent naturellement sur le prélat cfe là province qui se distinguait entre tous et dont l'éloquence avait retenti trente années dans les chaires de la capitale et à la cour de Louis XIV. C'était le modeste et saint religieux, èelui qui, après tout le Muit de célébrité (fui se fit autour de son nom, ne voudra laisser pour tout souvenir que cette épitar phe : « Priez Dieu par charité pour l'âme de feu Cosme Roger,

1 « Le 20 mai, je suis arrivé à Montauban, où je reçus les complimens de tous les corps ecclésiastiques et séculiers de la ville, » dit l'Intendant lui-même dans ses Mémoire*, p, 123, àladalëdèlôft.' -

* Mémoires de J.-iV. Foucault, publiés et apnolés par F. Baudry, p. 24, parmi la Collection dps document* inédits pour servir à l'histoire de France.

• * r M. Bertier, évfesqae de Montauban, est mort la SB juto 4674, âgé de ««Uftate-jix «ns, J'en ai donné avis à M. Golbert, » Id., p. 28.

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cy-devant évèque de Lombez. * Autant ce modeste prélat craignait les éloges pour lui-même, autant il excellait à louer les autres, surtout lorsqu'il avait à retracer une vie aussi apostolique et une carrière aussi bien remplie.

68. A défaut de l'oraison funèbre — qui n'est pas parvenue jusqu'à nous, et qui, sans doute, ne dépassa jamais les limites de l'église Saint-Jacques où elle fut prononcée — nous citerons les quelques lignes que son ami et coopérateur, le prévôt Le Bret, lui consacrait, de son vivant, dans une notice biographique. Après avoir parlé de l'illustration de la maison Bertier, il est, ditil, « plus grand encore par luy-mesme, par sa science, son éloquence et mille autres rares qualités qui le rendent l'admira* tion de la cour, l'honneur de Toulouse, les délices de touslefc sçavans et l'entier restaurateur de son diocèse presque anéantj par les prétendus reformez. Je sçay que je devrois aprehender de blesser sa modestie, mais qu'en dis-je que toute la France ne le dise avec moy? Je ne refuse pas pourtant de me taire, puisque c'est pour faire connoître à mon Lecteur, avec quête sentiments d'estime et de reconnoissance, celuy à qui notre langue doit ce qu'elle a de pompeux et de noble, en a parlé dans une lettre qui est parmi celles que l'on imprima en 1647 et qui s'adresse au premier président de Bertier *, à qui il parie ainsi : c Si je pouvois un jour de repos me couler dans vos jardins sous l'aisle de Monsieur l'Evesque d'Utiqtie, je ne croy pas que vous fussiez assez fort, quoy que vous ayez toute la force de Phocion et de Caton, pour résister à tout ce que je le prierois de vous dire en faveur de nostre cause. Ce digne Prélat a esté autrefois mon espée et mon bouclier au royaume de Scot et d'Albert le Grand, et si mon nom est encore en la nature des choses, après tant de conjurations faites Contre luy, et tant de desseins formez pour le supprimer, je luy en ây toute l'obligation. De là je conclus qu'il ne parle gueres sans persuader,

« Le père de notre prélat.

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et que s'il a apprivoisé pour l'amour de moy les plus farouches docteurs de la chrestienté, les Phalaris et les Denis de l'eseole, il y a de l'aparence qu'il n'aura pas beaucoup de peine à vous recommander efficacement une personne qui desjà vous est agréable. »

« Cet éloquent homme, qu'il est aisé de reconnoistre pour Balzac, avoit raison d'en parler de la sorte, puisque sans le secours de nostre prélat, son Prince n'eût pas esté seulement censuré en Sorbonne, mais bruslé peut estre à la Grève, tant les envieux de la réputation de ce bel esprit avoient entrepris de le pousser sur le sujet de cet ouvrage. Mais comme un des plus agréables panegirystes de ce siècle semble avoir renvié sur Balzac au sujet de nostre mesme prélat, je ne puis m'empescher d'adjouter à tout cela le bel éloge qu'il en fait en peu de parolçs dans le Panegiryque qui fut imprimé à Paris avec quelques autres, en 1653. c Les royaumes, luy dit-il, ont leurs princes et les familles leurs vertus ; la vostre a fourny des chefs aux Parlemei^s, des chanceliers aux Reynes et des plus célèbres prélats à l'Église. Ce ne sont pas cependant les advantages de vostre maison qui vous ont promeu à vingt-cinq ans à cette dignité episcopale, mais vostre seul mérite. La noblesse, ]a piété, la modestie, la force et la vigueur extraordinaire de l'esprit, le bon exemple et l'aprobation publique, sont des merveilles qui, prises séparément sufliroient à faire un grand prélat, et neantmoins vous les possédés toutes ensemble avec une doctrine, qui, ayant éclaté comme un prodige, vous a mis, devant l'âge, la crosse à la main et la mître sur la teste. »

Et, en effet, poursuit notre historien, « il y a peu d'exemples d'une promotion faite dans une si grande jeunesse. De sorte qu'il faloit que le défaut de l'âge requis par les Canons fût reparé par un grand fonds de mérite qui devoit estre d'autant plijs solide, que le Cardinal de Richelieu qui avoit le discernement si fin, ne s'en fût pas meslé avec tant de chaleur, s'il ne l'eût connu parfaitement: et c'est ce me semble la plus forte,

ni.

et en mesme temps la plus illustre preuve du mérite de nostre Prélat,

Dont Fârne passe en fermeté

Les Héros de l'ancienne Rome ;

Dont la douceur et là bonté*

Sont plus d'un ange que d'un homme ;

Dont le profond sçavoir surprend,

Dont l'esprit pénétrant et grand

Ne conçoit rien que de sublime, Et dont enfin, le port, la majesté, l'aspect, Unis à cent vertus qui le comblent d'estime,

N'inspirent pas moins de respect K »

Enfin, comme résumé de cette vie si noblement remplie, le même auteur écrit ces lignes sur sa glorieuse tombe : « Ainsi l'illustre Pierre de Bertier, après tant de risques et de travaux, eut la consolation de voir avant sa mort Montauban, sinon converti, au moins en estât de l'estre bientôt. 11 avoit tellement calmé les esprits, qu'on peut dire de cet excès de fureur où ils estoient, il les avoit mis par ses manières obligeantes en estât de lire et d'écouter. Car c'estoit ce qu'il leur avoit toujours demandé comme un moyen certain de se défaire de leur prévention, et d'entrer dans la connoissance de véritez

qu'il leur avoit prêchées

Les éloges qu'il donne à te grand évêque, soit dans Y Histoire de notre ville, soit dans le Récit de ce qua esté et est Montauban, Le Bret les résume et les complète dans la dernière page de son Histoire universelle de la Religion 3. On dirait qu'il ne peut tarir sur ce sujet, et que ce modèle' est constamment présent k son esprit. Aussi pour perpétuer le souvenir de cette

* Le Bret, Sédition, p. 13i, 137.

' Récit de ce qu'a esté Montauban..., p. 43-41.

• Cf. ci-avant p. b\, note bibliographique. Nous reproduisons l'inscription suivante d'après une copie du manuscrit, qui est aujourd'hui la propriété de M. Foissac-Jultia, président du tribunal civil,

illustre mémoire, notre historien fit graver sur la tombe de Pierre de Bertier t cette épitaphe, que j'ay cru, dit-il, iuy devoir comme un abbregé de ses plus importantes actions. >

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