‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 28 sur 132 · IIJ · texte numérisé non relu

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famille royale. On ne s'y trompait pas autour d'eux. Leur conduite, du reste; avait depuis quelques mois forcé les consuls et les magistrats de police à prendre des mesures plus énergiques à leur égard. Durant la nuit ils se livraient à toute sorte t d'insolences et de libertinage. * C'étaient des vols, des obscénités, des querelles, des conflits, des meurtres même. Pour les réprimer, l'assemblée du conseil de ville délibéra, vers les premiers jours du mois de juin, d'établir c six hallebardiers, qu'ils vêtirent de casaques rouges ornées des armoiries de la ville, pour plus facilement contenir ces libertins dans leur devoir, et en être les maîtres, étant eux sous leurs hallebardes et de jour et de nuit marcher par les rues !. » Afin de ménager la susceptibilité des protestants,, les consuls firent paraître ces gardiens pour la première fois la veille de la Fête-Dieu (22 juin), c conduisant les conseillers à l'église au son des clairons, qu'on fit jouer le lendemain à la procession pour honorer la fête. • La nouveauté plaît; celle-ci eut l'avantage, en montrant que dorénavant on aurait des moyens pour contenir les mutins, de les faire entrer dans l'église où le zélé prélat prêchait un Iriduum durant l'octave du SainNSacrement. Les questions de controverse relatives a l'auguste mystère, que traita le prédicateur, éclairaient les catholiques sur ce dogme capital, et les fortifiaient grandement en battant en brèche les principes subversifs de l'hérésie calviniste. La conviction, l'éloquence de l'orateur, jointes à la solidité des preuves et à la vigueur de la logique et de l'argumentation, convainquaient les hérétiques et leur ouvrait des horizons que les pasteurs avaient soin de tenir fermés. Plusieurs conversions vinrent clore ces fêtes ; et le libertinage, nous dit l'historien, allait d'autanti plus croissant en haine de la religion, qu'elle attirait à elle les plus influents de leur parti; mais ils couvraient leurs méfaits pour se soustraire à la main armée des hallebardiers2.

1 Cf. Perrin, p. G58. extrait du registre des délibérations de la maison commune. * Id., p. 658-^59.

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63. L'évêque crut aussi que le moment était venu de régler définitivement les chapitres. Il annonça donc la visite canonique. Couverture en fut faite le 10 octobre 1666 par l'exposition solennelle du Saint-Sacrement. Le lendemain l'évêque célébra la messe du Saint-Esprit, en présence des deux collèges capitulaires, et la cérémonie fut clôturée par une instruction dans laquelle il exposa ses intentions, et convoqua le chapitre cathédral en assemblée, pour le soir, à l'issue des vêpres. Dans cette réunion le zélé prélat s'entretint avec ses chanoines < des affaires de la communauté regardant le spirituel, pendant une heure, et invita le chapitre collégial à se réunir le lendemain. » Tous les collégiaux vinrent ponctuellement, et après la messe pontificale, suivie d'un exposé touchant les désordres de certains bénéficiera, ils eurent à donner individuellement leur avis sur l'union des deux chapitres, seul moyen de mettre fin a d'incessantes contestations. A l'unanimité, dit le chroniqueur Perrin, ils témoignèrent « en être grandement satisfaits. > Devant cette résolution, l'évêque leva la séance, demanda un exemplaire des statuts et de la bulle de fondation de la collégiale ; puis, durant quatre heures, entendit les griefs que chacun put venir lui exposer librement. Dès qu'il fut suffisamment instruit et qu'il vit la possibilité d'exécuter son projet, il convoqua les deux chœurs pour- le 4 novembre. Ils se rendirent processionnellement de Tévêché à l'église Saint-Jacques, mais sur le seuil les prébendiersse retirèrent. Le prélat leur fit intimer Tordre de se rendre le lendemain, après les matines, sous peine d'excommunication. Aux jour et heure dits, l'appel fut fait par nom et prénoms ; chanoines et bénéficiers étaient tous présents. Le secrétaire de Pévêché lut alors les Ordonnances réglant l'accord entre les membres de la collégiale, conformément à la bulle de fondation et aux statuts, et on soumit cet acte à leur signature. Le doyen des prébendiers demanda un jour de réflexion ; mais il ne trouva pas d'écho dans l'assemblée, qui se rendit aux vœux de l'évêque. En témoignage de sa satisfaction, le bon prélat leur donna

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le baiser de paix, qu'ils se transmirent les uns aux autres. Le soir le chapitre célébrait les premières vêpres de son patron saint Martin. Bertier s'y rendit, et, profitant de la circonstance et des bonnes dispositions, il monta en chaire; après un de ces discours dont il avait le secret, il emporta l'union des chapitres par acclamation. Aussitôt les membres des deux collèges montent aux stalles, où chacun prit sa place suivant sa dignité et le rang d'ancienneté. L'union était faite. Le lendemain l'évêque officia à la messe in ponlifiealibus, et prononça une pathétique allocution sur la paix et le bien de la véritable amitié, qui devait les unir pour la -gloire de Dieu et de sa sainte Église.

64. Sept jours après Bertier partait pour la nouvelle session des États. Auparavant il vit l'intendant, au sujet de l'assassinat dont les protestants s'étaient rendus coupables nuitamment sur un catholique. Le meurtrier fut soustrait aux recherches de la justice, les juges furent gagnés à prix d'argent. Mais l'intègre Pelîot, bravant les haines du parti calviniste, destitua trois magistrats, auxquels il sauva les biens et la vie en les faisant sortir de la ville, et mit à exécution l'ordonnance royale qui réduisait à quatre les ministres protestants. Le 2 avril de l'année suivante 1667, on publiait dans le diocèse les 59 articles de la déclaration qui, au grand mécontentement des huguenots, modifiait l'édit de Nantes. Le roi fut circonvenu de toutes parts pour retirer cet acte. Trois ans il lutta; mais craignant des troubles mal assoupis, il rendit à ses sujets protestants la majeure partie de leurs privilèges. Toutefois depuis cette époque, dit un historien, c on le vit tous les ans affaiblir cet acte, et arracher, pour ainsi dire, quelques pierres de ce dangereux monument de la faiblesse de ses prédécesseurs, de la licence de leurs peuples et de la nécessité des temps !. »

65. En attendant, les protestants profitaient de l'arrêt favorable qu'ils avaient extorqué, et se riaient des décisions des

4 Mémoire politico-critique, p. 50. Cf. Hist. de Languedoc, continuée par DuMôge. t. X, p. lïl-m.

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États. Notre évêque tremblait pour son diocèse, où il craignait de voir se renouveler les anciennes querelles. Les hérétiques commençaient, en effet, à braver de nouveau le parti catholique; ils se moquaient de leurs cérémonies publiques, et plusieurs fois, au centre de la ville, ils avaient arraché de nuit des emblèmes religieux : croix, images des saints, etc. D'autre part, quelques prébendiers de la mense Saint-Étienne, oubliant leurs promesses, renouvelaient leurs protestations. Trois d'entre eux pensèrent même à appeler de la dernière ordonnance épiscopale. La bonté excessive du prélat finit cependant par triompher de l'esprit de mutinerie et d'opposition de ces bénéficiera qui avaient scandalisé leurs confrères, et auraient été même dépouillés de leurs biens, si l'on n'eût redouté le triomphe du parti calviniste. Ce mauvais exemple était au reste fortement contrebalancé par la conduite du chapitre, du séminaire et des huit couvents, qui, grâce au calme de ces dernières années, entraient dans une ère nouvelle de prospérité. Aussi l'esprit religieux gagnait-il de plus en plus parmi les habitants. Forts de ces exemples et des dispositions des catholiques, les consuls votèrent l'érection d'une* croix, aux frais de la ville, sur l'emplacement formé par la cour du Temple vieux, jadis palais des évoques. Le 9 avril 1669 le vicaire-général d'Agan fut chargé d'en faire la bénédiction solennelle, et une inscription en lettres d'or, gravée sur le piédestal, consacra ce souvenir en ces termes :

Chri&lo Jesu Regum Régi, hoc regiœ pietalis Ludovici decimi quarli a Deo dati semper augusti Monumentum D*° Claudio Pel~ loto misso dominico jubenle Consules sumptu publico anno M.DC.LXIX.

66. Ce monument disait assez haut aux calvinistes les résolutions de l'autorité, qui s'inspirait des sentiments du roi. Maintenant le catholicisme pouvait seul s'afficher au grand jour, et l'heure approchait où Louis XIV allait proposer aux dissidents de se réunir pour ne faire qu'une seule religion dans le royaume. Ce serait nous jeter dans une trop longue digression

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