‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 33 sur 132 · Tome IL IV · texte numérisé non relu

Tome IL IV

choses concouroient à les flatter de l'espérance d'y réussir : le défaut de protection causé par la mort de la Reine-Mère, et celle du prince de Conty; le bruit qui couroit que le Roy avoit besoin d'argent, et l'offre que l'on prétendoit faire pour cela d'une somme de quatre cens mille livres. De sorte que la Cour des Aydes en ayant sçu la première nouvelle, comme par plusieurs raisons elle se trouvait bien à Montauban, elle députa, pour parer ce coup, M. de Boria, l'un de ses conseillers; et nos principaux catholiques joints à notre clergé me pressèrent tellement de me charger de cette affaire, que je ne pus le refuser. Je ne cherchay point d'autres patrons que M. l'Archevêque de Paris et M. le Tellier, qui appuyèrent si efficacement le placet que je présentay au Roy, que Sa Majesté défendit de luy plus parler de cette affaire. Je fis même quelque chose de plus avantageux ; car j'engageay ces Messieurs par tant de raisons à nous procurer un Évéque que, huit jours après, Sa Majesté nous accorda Jean-Baptiste-Michel Colbert de Saint-Poùange !. »

2. Ce nom dit assez le sentiment qui présida à cette élection. Un publiciste moderne a justement remarqué que si « les évéques nommés par Richelieu avaient été presque tous choisis sous d'excellentes influences, et, à quelques exceptions près, d'une piété fervente, » il n'en fut pas de même sous Mazarin et surtout au temps de Colbert et de Le Tellier. Ces deux conseillers du grand roi peuplèrent en effet « l'Église de France de leurs parents et de leurs créatures ; et ces deux grands ministres considérèrent toujours le clergé comme un rouage du système administratif, dont ils étaient les habiles et souples instruments 2. » Bossuet lui-même, qui bientôt devait tremper, mais moins coupablement qu'on a voulu le dire, dans un grand scandale, estimait le péril si manifeste, qu'il ne put s'empêcher de le dénoncer a la Cour en face de Louis XIV et de ses ministres, c Ah ! Messieurs, s'écriait l'illustre orateur, au jour de

4 Récit de ce qu'a esté et est Montauban, p. 44-45. > Carné, La Monarchie française au XVIII* siècle.

Pâques 1681, je vous en conjure par la Toi que vous devez à Dieu, par rattachement inviolable que vous devez à l'Église, à qui vous voulez donner des pasteurs selon votre cœur plutôt que selon le cœur de Dieu, et si tout cela ne vous touche pas, par le soin que vous devez à votre salut ; ah ! ne jetez pas vos amis, vos proches, vos propres enfants, vous-mêmes qui présumez tout de votre capacité sans qu'elle ait jamais été éprouvée ; ah ! pour Dieu ne vous jetez pas volontairement dans un péril manifeste *. » Ces paroles visaient bien directement le ministre Colbert 2. Celui-ci avait poussé le roi à nommer son cousin 3, Jean-Baptiste-Michel, à l'évêché de Montauban (22 novembre 1674). Le chancelier de France, Michel le Tellier, favorisa de tout son pouvoir cette nomination, qui portait sur son propre neveu et filleul, le fils de sa sœur Claude.

3. Agé de 36 ans, licencié en théologie et Maître des requêtes de la reine Marie-Thérèse, le jeune seigneur de Saint- Pouange et de Villacerf, fils de l'intendant de Lorraine, était conseiller-clerc au parlement de Paris, depuis le 1er avril 1667, et chanoine de cette Église depuis le 3 août 1668, lorsqu'il fut choisi pour notre évêché. Pourvu des bulles pontificales

* Édit. Lachal-Vivès, t. X, p. 182.

9 Pour De nous arrêter qu'aux nominations provoquées par cet infatigable et hostile solliciteur, nous dirons qu'à cette époque il fit nommer un de ses fils, Nicolas, à la coadjulorerie de Rouen, puis a la succession de ce siège, tandis que de son second fils, Antoine-Martin, il en fit un bailli et grand-croix de Malle. Un de ses frères fut successivement évoque de Luçon et d'Auxerre; & sa mort il lui fit substituer son cousin-germain, André Colbert. Un autre membre de cette famille, sans parler de celui qui nous occupe présentement, Charles- Joachim, devint évoque de Montpellier. Les sœurs de ce ministre tenaient les grandes abbayes de Sainte-Marie de Cbaillot, de Sainte-Glaire de Reims et du Lis, près Melun. A un troisième de ses fils il avait fait donner la grande abbaye de Bonport, dont il fut débouté, lorsque renonçant à l'état ecclésiastique il embrassa le mariage. — On peut juger par 1A ce gu'était l'épiscopat représenté à l'Assemblée de 1682.

* M. l'abbé Gayre s'est mépris quand il a écrit dans son Histoire des évéquet et archevêques de Toulouse : « L'archevêque de Toulouse qui succéda à Mgr Carbon fut Mgr Jean- Baptiste Michel Colbert de Villacerf, FILS du grand ministre de ce nom. • (p. 408). Comme nous le disons ci-dessus, la mère de notre évoque, futur archevêque de Toulouse, était Claude le Tellier, sœur du chancelier de France; tandis que le grand ministre de Louis XIV avait pour épouse Marie de Charron, fille de Jacques, seigneur de Ménar, grand bailli de Blois. Le père de notre prélat portait aussi, comme le ministre, les prénoms de Jean- Baptiste, mais il était de la branche des seigneurs de Saint-Pouange et de Villacerf.

JV.

datées du 10 juillet 1675, il demanda à son oncle, Charles- Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, de lui départir la consécration épiscopale. Il la reçut le 28 octobre 1675 à Paris, dans l'église des Pères de Picpus, assisté de Tévêque de Langres, Louis-Marie-Armand de Simiane de Gordes, et de son parent et homonyme révoque de Mâcon. Le 29 novembre suivant il prit possession par procureur1. Quelques jours après, frappé des abus qui s'étaient glissés durant les quinze mois de vacance du siège, il promulguait l'Ordonnance suivante :

c Nous avons été advertis qu'au grand préjudice des règlements de l'Église, et par un mépris visible de la discipline

* Voici le procès-verbal de cette mise de possession, tel qu'il est relaté dans les registres de Barthe. (Cf. Archives départementales, série E, liasse de Tannée 1675, f° 246).

• L'an mil six cens soixante quinze et le vingt-neuvième jour du mois de novembre, régnant notre Souverain. . ., à Monlauban, en Quercy et dans l'églize Saincl-Jucques, cathedralle de lad. ville, issue de vespres, pardevant moy Jean Bar tue, notaire-royal... ont comparu MM. Henry Lebret, prôb. prevost de laditte Eglize, au nom et comme procureur fondé de procuration spécialle de Messire Jean-Baptisle-Michel de Colbert, evesque dudit Mon tau ban, passée pardevant Roger et Moussinot, notaires apostoliques à Paris le unzieme octobre dernier. Lequel Lebret en laditte qualité. . . dit et represantô à MM. Jean Agan, doyen, Philipe André d'Ouvrier, grand-archidiacre, Pierre Louys d'Espaigne, aussy archidiacre, Estienne Maigne, chantre, Arnaud Peyronet, théologal, Rigal Douvrier, Barthélémy Murcia, Pierre Dubreilh, Pierre Rougiô, Estienne Figuier, Pierre Meric, Bernard Durand, Louys Falgayrouze, Anthoine Dubreil, Jean de Cahusac, Pierre Scipion de Gironde, Olivier Darsse, prôb. chanoines au chap. de lad. Eglize, capilulairement assemblés dans la sacristie... Que ledit Seigneur sur la nomination faite de sa personne par sa Maiesléà l'evesché de Monlauban, vacant par le décès de feu Messire Pierre de Bertier..., avoit obtenu de Notre Sainct Père le pape Clément dixiesme, des bulles des provisions dudit évesché, scellées en plomb, datées du dixiesme du mois de juillet aussy dernier, en exécution desquelles ledit seigneur a esté sacré et fait entre les mains de Sa Sainctetô le serment de fidélité, et lesquelles bulles de provision ensemble celles quy sont adressées audit Chap., scellées et datées comme dessus, ledit sieur Lebret a présentées audit Chapitre avec ladite procuration, le requérant. . . de mettre ledit seigneur Evesque, en la personne du sieur Lebret, en la possession réelle, actuelle et corporelle dudit Evesché, droicts, fruicts, profits en dôpendans. En suite de quoy pour donner audit Chapitre la liberté d'opiner, ledit sieur Lebret avoit laissé les bulles et procuration entre les mains du sieur Agan quy président. . . serait sorty de laditte sacristie, ou quelque temps après les sieurs archidiacres l'auroient fait rentrer, et ledit sieur Agan luy aurait dit qu'après la lecture des bulles et procuration ledit Chapitre avoit délibéré de le mettre audit nom en la possession réelle, corporelle et actuelle dudit Evesché. De sorte que ledit Lebret, la main sur les saints Evangiles, aurait audit nom fait le serment acoustumé et ensuite aurait esté conduit par lesdits sieurs doyen et grand archidiacre au grand autel, devant lequel ils se seraient mis à genoux. Et après quelques prières le luy auraient fait baiser et l'auroient mené à la chaise episcopalle, dans laquelle ils l'auraient fait asseoir ; ensuite tous lesdits sieurs dignitaires et chanoines en bonnets, surplis et aumusses, suivis d'une grande foule de peuple, au son de l'orgue et de

ecclésiastique et des Ordonnances de notre prédécesseur de pieuse mémoire, plusieurs clercs de notre diocèse se sont fait promouvoir aux Ordres sacrés de soudiaconat, de diaconat et de prêtrise pendant la vacance de notre siège Episcopal, les uns sans tiltre clérical ni patrimonial, les autres sans capacité, et tous sans avoir demeuré dans notre Séminaire le temps porté par les règlements particuliers de notre diocèse. A quoy étant nécessaire de pourvoir, nous avons ordonné et ordonnons que tous les clercs de notre diocèse promeus aux Ordres pendant la vacance de notre siège Episcopal raporteront incessamment par devant notre vicaire-général les tiltres en vertu desquels ils ont été promeus auxdits Ordres, pour être leus et examinés, et être ceux qui se seront trouvés avoir été promeus auxdits Ordres sans tiltres, ou sur des tiltres deffectueux déclarés avoir encouru l'irrégularité portée par les SS. Canons, et les autres dont les tiltres seront iuridiques, mais qui n'auront pas satisfait auxdits règlements, et jusques à ce qu'ils ayent satisfait, nous les déclarons suspens et interdits des fonctions desdits Ordres, ce que nous ordonnons être incessamment leu et publié aux prônes des messes paroissiales par les «curés de notre diocèse, à ce que personne n'en pretande cause d'ignorance. Donné à Montpellier, ce vingt-neufvième décembre mille six cents soixante et quipze. J.-B.-M. Colbert, évoque de Montauban. Du Mandement de mondit seigneur et évêque, Beaulier !. »

4. Le nouvel évêque allait trouver un puissant secours dans un personnage qui a laissé un grand renom, l'intendant Joseph Foucault. Nous avons déjà dit que son entrée à la généralité de Montauban coïncidait avec les derniers jours de Pierre de Bertier. Créature de Colbert, sa position voulait qu'il fût mêlé aux affaires ecclésiastiques de notre pays. « Il y toucha, écrit

toutes les cloches l'auroient conduit jusques dans la salle du Pallais Episcopal et se seroient retirés. Et au moyen de ce, ledit Seigneur aurait été mis eu la réelle, actuelle et corporelle possession dudit Eveschô. >

1 Archives départementales, série G, pièce originale .

l'éditeur de ses Mémoires, par les attributions qu'exerceraient aujourd'hui les préfets et les procureurs généraux, en instrument toujours zélé du pouvoir central, exécutant sans réserve les ordres qu'il avait reçus '. » Aussi l'histoire devait-elle le juger avec cette sévérité ou cette bénignité qui dénotent l'esprit de parti. Pour les uns, cet intendant — dont on veut faire comme l'agent de notre évêque, alors qu'il n'était que le fonctionnaire passif d'un roi et de ministres plus qu'intolérants, — est un tyran à la conscience turque ; pour les autres, un homme aux mœurs les plus douces, au caractère des plus aimables 2. La suite de ces récits, en faisant juger ce célèbre magistrat à sa juste valeur, montrera ce qui lui revient dans les principaux épisodes où, catholiques et protestants, eurent tour à tour à se louer et à se plaindre de lui.

5. Ces derniers voyaient avec indignation la majeure part de leurs prosélytes embrasser la foi de l'Église romaine ; aussi les ministres cherchaient-ils, par tous les moyens, à soutenir leur parti chancelant. Ils y parvenaient en provoquant de fréquentes assemblées de religion ou de discipline. Mais un arrêt du grand conseil avait défendu d'en convoquer aucune sans la permission du roi, « non pas même celles qu'ils appeloient des notables, ou des députés des divers consistoires, sinon en la présence d'un magistrat royal 3. » Cet arrêt répandit le trouble

1 Introduction, p. cxxxiv.

9 Tandis que l'historien du Qucrcy le dit • sage et vertueux, affable et insinuant, d'un accès complaisant et facile, libéral et généreux..., traitant avec bonté tous les protestans de son département, versant, eu particulier sur eux, ses bienfaits qui excitaient leur reconnaissance, » peu propre d'ailleurs • par la douceur de son caractère à être le ministre des rigueurs odieuses, • (t. TU, p. 12, 16), M. Mary-Lafon le pose en persécuteur, bourreau et tyran (p. 224, 227, 230). D'après le biographe Michaud, « d'un accès facile el d'une humeur égale ; affable envers tout le monde, sévère à propos, » c'était lui qu'on recherchait pour mettre le calme dans les circonstances difficiles. Il y arrivait par de bons moyens, et en particulier en se conformant aux mœurs et usages des pays où il était envoyé. Dans ses Recherchée historiquet sur t Assemblée de 1682, M. Ch. Gérin, dit un mot de la cruauté de cet intendant, au sujet de la conduite qu'il tint à l'égard du célèbre évoque de Pamiers, persécuté pour les droits de régale (p. 45.) Cf. aussi la Biographie placée en tôle des Mémoirct par Baudry. p. x-xuv.

» Ménard» Histoire de la ville de Nismet, vi.

et la terreur parmi les sectaires. Il furent persuadés que roi et ministres leur retireraient tout appui. Cette conviction augmenta leur zèle pour les doctrines, qui bientôt allaient être proscrites. Aussi à Montauban, comme dans les principales villes protestantes du Midi, les calvinistes continuèrent-ils leurs assemblées pendant la nuit. De leur côté, les seigneurs qui professaient la R. P. R. réunissaient chez eux, malgré la défense qui en était faite, les protestants de leur voisinage. De violentes luttes s'engageaient au sein des communautés, le consulat s'agitait au sujet des questions religieuses ; et la série des moyens pris par le Gouvernement pour mettre un terme aux derniers efforts du Calvinisme expirant, annonçait que le pouvoir allait prochainement lui porter les derniers coups. Profitant des leçons de leurs devanciers, ou plutôt plus perspicaces que ceux-ci, les calvinistes affectaient de l'attachement aux intérêts de l'État, votaient les subsides qu'on leur demandait, et refusaient d'entrer, au moins ouvertement, dans les séditions qui, à cette époque, éclatèrent dans la Guyenne au sujet des impôts. Le roi, à cette heure encore, essaya de les ramener « à l'unité de culte et de sentiments, non par des voies de rigueur, toujours impuissantes en pareille matière, mais par la voie de l'instruction. » Notre prélat entre dans ces idées, et aidé de l'intendant Foucault qu'il seconde de ses largesses, il appelle des missionnaires chargés d'instruire les hérétiques et de t renouveller le troupeau entier. »

6. Inspirés des mêmes sentiments de charité et de bienfaisance, l'évêque et l'intendant profitent de la déclaration donnée par le roi au mois de septembre 1676, portant « l'établissement d'un hôpital général dans les villes et gros bourgs du royaume, » pour adresser ensemble à M. de Châteauneuf, secrétaire d'État, un projet de lettres-patentes, à l'effet de commencer cette fondation dans la ville épiscopale1. € Il ne restoit

1 Mémoires de Foucault, p, 38, 39.

souvent dans Montauban, dit le continuateur de V Histoire du Qvèrci, à l'artisan accablé sous le poids des années ou des infirmités* d'autre salaire de ses utiles travaux que la misère et l'abandon, triste héritage qu'il laissait en mourant à des enfants orphelins. Colbert, touché de ces inconvéniens voulut y remédier; non qu'il prétendit alimenter la funeste indolence du peuple par une charité peu éclairée, t Je sais, disoit-il, que Tourner dans un état bien policé, n'a droit à sa subsistance qu'en travaillant. C'est en répandant par ses sueurs l'abondance et les commodités de la vie, qu'il acquiert un titre légitime pour réclamer les premiers besoins de nécessité. C'est de lui que la campagne attend les moissons, le commerce ses progrès, et les ateliers les chefs-d'œuvre de l'art. Il donne ses labeurs et son activité en compensation des fonds et des richesses qu'il n'a pas ; et cette compensation même resserre d'une manière indissoluble tous les anneaux de la chaîne politique. Une sage administration doit donc arracher le peuple à l'oisiveté, qui ne seroit pas moins un fléau pour lui-même que pour la classe opulente. Mais en même temps l'humanité et la religion doivent à la classe indigente des secours contre la décrépitude de l'âge et les infirmités qui engourdissent ses bras, éteignent ses forces, et dérobent la subsistance à une famille éplorée. Sans cet avenir consolant qui soutient le pauvre dans ses fatigues, sans ce puissant aiguillon qui développe ses talens, l'inertie, le désespoir et l'anarchie confondroient bientôt toutes les classes de la société. » Embrasé de ces sentiments sublimes et patriotiques, Colbert, en arrachant le peuple à l'oisiveté par des édifices et des embellissemens publics, dignes fruits de sa générosité, lui assura encore un asyle contre les horreurs de l'indigence.

7. c Déjà les Montalbanois, depuis la fondation de leur ville, avoient formé des établissemens nombreux, monumens éclatans de leur humanité et de leur étonnante population. On comptoit jusqu'à douze hôpitaux dans Montauban ou dans ses faubourgs: l'hôpital Sain1rÉtienney situé dans le faubourg Saint-Étienne de

Tescou, auprès de l'église collégiale, auquel Laurabit et sa mère donnèrent une partie de leur bien en 1260 1 ; l'hôpital A' Armel, fondé en 1266, dans le faubourg de Campagnes ou des Cordelière, près du ruisseau de Lagarriguc, par Guillaume Àmiel, le même qui fit bâtir en partie l'église des Cordeliers 2 ; l'hôpital Saint-Barthélemi, ainsi appelé de* la chapelle dédiée à saint Barthélemi, qui existait autrefois a Montmirat 3, non loin du lieu où est aujourd'hui le couvent de Sainte-Claire 4, auprès duquel Esquiva Laporte, fondateur, le plaça en 1278 ; l'hôpital de Parias, fondé en 1290, par Arnaud Parias, et par Roques, prêtre 5; l'hôpital de Carrière, fondé par un habitant de ce nom, à la place duquel les Montalbanois, avec la permission de l'évéque de Cahors et de l'abbé de Montauriol, bâtirent une chapelle a l'honneur de Saint-Louis en 1299 6; les hôpitaux de SaintrBlaise, de Saint- Antoine, de Saint-Lazare, de Saint- Eutrope et de Notre-Dame de Montauriol 7, dont on ignore la fondation ; l'hôpital de Sainl-Roc, établi pour les pestiférés par l'évéque Jean d'Auriolle, qui le plaça hors de la ville dans l'em-

1 Oq ignore le nom de son fondateur et l'époque de sa fondation ; mais nous savons qu'il était le plus ancien des hôpitaux de la ville. Il fut supprimé en 1548.

* Primitivement appelé Hôpital de la Vierge Marie; fut détruit pendant les guerres de religion.

* Cet hôpital fut ruiné par les Calvinistes. Le chapitre voulait, en 1675, le changer en grenier à foin; mais il ne fut pas donné suite à cette délibération (Arch. de Montauban, Registre des délibérations du cltapitre, an. 1671-1694, f»201).

4 Occupé, depuis le rétablissement du culte, par la Faculté de théologie protestante ; on voit encore le reste des fondations qui servent d'appui au mur du quai.

* Démoli en 1593 par les protestants, qui mirent à sa place le Collège.

' Cet hôpital fût aussi appelé de la Grand'rue. La chapelle Saint-Louis, qui y fut adjointe, absorba totalement le titre d'hôpital.

f Ce dernier asile fut connu aussi sous les vocables de Notre-Dame d'Espérance, dePechauriol et du Moustisr; Cf. passim les Registres des délibérations du Chapitre, principalement an. 1567-1600, f° 25 v«. — Celui de Saint-Eutrope était situé prés des Carmes, auxquels il fut donné en 1488. — L'hôpital Saint-Lazare ou dos Lépreux était bâti dans le quartier Villenouvelle ; les consuls le firent raser avant le siège de 1621, afin que les troupes royales n'y missent pas garnison. — Celui de Saint-Biaise occupait remplacement sur lequel s'élève aujourd'hui l'hôtel du marquis de Buisson d'Aussonne ; il fut supprimé en 1548.

placement où les Capucins ont leur jardin 1; et l'hôpital de Lautié 2.

c Mais ces différens hôpitaux ne remplissoient point l'objet de leur destination. La réparation des divers bâtimens, l'entretien des chapelains, absorboient presque tous les revenus, et rendoient ces établissemens, quoique très dispendieux en euxmêmes, entièrement nuls pour la subsistance des pauvres et le soulagement des malades. » Les fréquentes révolutions auxquelles nous avons assisté 3 c avoient altéré la constitution primordiale et œconomique de ces hôpitaux. D'ailleurs leur enceinte trop resserrée était un obstacle à la salubrité de l'air, et devenoit le germe sinistre des maladies épidémiques dans la ville, au sein de laquelle ils se trouvoient presque tous situés. Colbert conçut alors le dessein de bâtir un nouvel hôpital dans un endroit plus salubre et plus spacieux pour y placer tous lés malades. I) choisit un vaste emplacement au nord de la ville, et éloigné de ses murs, d'où le souffle pestilentiel que renferme nécessairement le concours de malades attaqués de diverses maladies, étoit moins dangereux pour les habitans. Il y élève à grands frais les bâtimens nécessaires, y transporte les meubles qui étoient dans les autres hôpitaux, et y réunit tous leurs biens sous le nom d'hôpital général 4. Cette réunion fut autorisée par des lettres- patentes et homologuée au Parlement 5. » Dans le courant du mois de décembre l'intendant y faisait enfermer une

* Actuellement Grand Séminaire. Cet hôpital fut rasé pendant les guerres de religion.

' Nous avons vu les différentes transformations qu'il dut subir depuis sa fondation, par la seigneuresse de Bressols, Navarre de Monlaut, femme de Raymond de Foland. Nous en avons parlé plusieurs fois depuis 1373.

1 Voir ce que nous en avons dit dans la biographie de Jean de Letles (t. I), et dans ce volume, biographies deMurviel et de Bertier, où il est parlé du Temple-Neuf des protestants.

* C'est aujourd'hui VHôtel-Dieu. Cet établissement possède dans une de ses principales pièces le portrait de son fondateur, peint sur toile. Leiong (t. IV, p. 192) signale quelques autres portraits de cet évoque: 1* gravé par Beaufrôre, 1678, in-folio; 2« gravé par Masson, 1677, in-folio, dans une thèse, d'après Largilliôre; 3* gravé par Edelinck, 1693.

* Hûtoûe du Quercit t. III, p. 90-24. Les patentes royales furent données à Versailles en septembre 1676. (Cf. Archives de P hospice de Moniauban.)

TROISIÈME PERIODE. — J.-B.-MICflEL DE COLBERT (167 M 687). 44

jeune fille qui, « tombée dans une aliénation d'esprit, » se disait fille de Turenne1.

8. Les protestants non moins que les catholiques applaudissaient à cette généreuse et charitable foudation. Ainsi le premier pasteur et le premier magistrat du diocèse travaillaient au bienêtre deï habitants, et réparaient les ruines accumulées par tant de luttes. D'un commun accord ils adressèrent encore au roi une demande de 600 livres de pension pour les deux filles du ministre converti Coras 2, alors que le père en recevait une de 800 livres du clergé 3. Par leur entremise les P. Jésuites obtinrent des secours du trésor royal pour relever leur Collège complètement ruiné par les guerres et la confection des fortifications en 1652. Grâce k cette assistance, ces religieux purent mettre la main a l'œuvre dans le courant du mois de mai 1678. A la demande de l'évêque et de l'intendant fut décidée définitivement par la Cour la question des préséances dans les cérémonies religieuses, aux processions et aux Te Deum officiels 4.

L'année suivante (12 juillet) Foucault mandait au ministre Colbert « qu'il était convenable et même nécessaire d'achever le bâtiment commencé par M. Bertier, pour le logement de

* C'était Réaile, fille d'un maître de poste de Tonneins [Mémoires de Foucault, p. 40.)

* Ci-dessus, biographie de Bertier, p. 66. ' Mémoires de Foucault, p. 44.

4 Une dernière contestation était survenue pour la procession du Corput Christi (juin 1678) entre les officiers du présidial de Montauban et les trésoriers de France (ci-dessus, p. 69). c Avant rétablissement de la Cour des Aydes à Montauban le présidial marchoit avant le bureau des finances, mais le roi ayant réglé que, lorsqu'il y a une compagnie supérieure dans une ville, le bureau des finances la suit immédiatement..., le présidial qui avoit précédé le bureau souffrait impatiemment ce changement et ne se trouvoit point aux cérémonies. M. l'Évoque de Montauban s'en plaignit à Ja cour qui m'envoya un ordre au mois de juillet pour obliger le présidial a marcher après le bureau. •(Mémoirei de Foucault, p. 46.) Semblable difficulté avait eu lieu le 3 mai 1677 entre l'intendant et le juge-mage, Rabasleins. Celui-ci avait dans un Te Deum refusé de se lever et de suivre les officiers du présidial, à la fin de la cérémonie. Obligation lui fut faite, de par la Cour, d'aller faire des excuses en présence de la Cour des Aides, du vicaire-général et des consuls. Sur son abstention, il lui fut signifié, par lettre de cachet du 27 juin, que s'il ne réparait sa conduite t à l'égard de l'évoque de Montauban et de l'intendant, » il serait interdit de ses fonctions. (Jd., p. 42.)

JV.

révoque, les religionnaires ayant démoli l'ancienne maison épiscopale, qui môme avoit été enfermée dans les fortifications de la ville. » L'intendant évaluait la dépense à 200,000 livres. Il fut décidé en conseil, qu'on imposerait à cette fin < sur toutes les paroisses de la généralité de Montauban 66,000 livres K » Immédiatement l'évêque fit mettre la main à l'oeuvre, et, sauf quelques détails, tels que le couronnement des deux pavillons situés sur la façade, il mena à bonne fin les travaux de construction commencés par son prédécesseur2. Le château élevé en Poitou, par Le Mercier pour le cardinal de Richelieu, paraît avoir servi de type au palais de nos évêques. « Ce dernier possède aussi, a chacun de ses angles, écrit M. Devais, un grand pavillon carré, et, bien que construit sur des proportions plus restreintes, ses bâtiments n'en offrent pas moins un ensemble vraiment monutaental. Les deux pavillons du corps de logis principal sont flanqués de tourelles et couronnés d'un comble aigu, dont la silhouette donne un aspect imposant au monument, vu de la rive gauche du Tarn. Quant aux deux pavillons de la façade, qui visiblement n'ont jamais été terminés, ils sont encore recouverts d'une toiture plate, qui jure avec le style de l'édifice, lorsque, à l'exemple du château de Richelieu, ils devraient être surmontés d'un comble en dôme surbaissé à quatre pans, que dominerait une élégante lanterne a jour. La partie la plus remarquable de l'édifice est sans contredit l'escalier monumental à rampes droites, dont la voûte d'arête a nervures, courant sur un plan incliné, repose sur une série d'élégantes arcades rampantes 3. > Au premier palier, Colbert établit la chapelle « le plus bel ornement > selon Le Bret 4; on peut en juger par la splendide salle consacrée aujourd'hui

1 Mémoires de Foucault, p. 51.

* Ci-dessus, biographie de Bertier, p. 74.

9 Notice sur Vhôtel-de-vUlc de Montauban, publiée dans le Bulletin arclièologique de Tarn-et-Quronnc, 1. 1, p. 46.

4 Récit de ce qu'a esté-.., p. t!.

à la Bibliothèque de la ville. Il embellit les autres pièces, dont une des principales était celle du Musée actuel ; il fit faire le terrassement, et jeter la rampe qui forme le jardin qu'on voit de nos jours au bas de ce monument, donnant sur la belle pièce d'eau formée par le Tarn l.

9. Par tous ces moyens Tévêque, aussi bien que l'intendant, voulait la paix et le relèvement du pays. De leur côté les anciens et les ministres nouaient de plus en plus des relations avec l'étranger et conspiraient secrètement contre le pouvoir. Louis XIV change alors de tactique à leur égard. Voulant quand

« Pour en finir avec ce monument, dont noua avons suivi les diverses phasea depuis sa fondation, voici le résumé succinct de ce qu'en a écrit l'auteur de la Notice ci-dessus. Ce grandiose édifice servit de palais épiscopal jusqu'en 1790. A cette époque la suppression de notre diocèse eut naturellement pour résultat la réunion de ce monument au domaine de la Nation. La municipalité saisit l'occasion de recouvrer une ancienne propriété de la ville. Invoquant & la fois « l'incommodité, Kôloignomenl et la vétusté de l'ancien hôtel-deville, dont le bâtiment principal, disait-elle, menaçait ruine, » elle se hâta de « jeter ses vues sur la maison de PEvôchê, beaucoup mieux placée pour tous les habitants, plus vaste dans les corps de logis, et où la municipalité, le tribunal du district et celui du commerce pouvoient être commodément distribués. « (Arch. de Montauban, série DD, Lettre de la Municipalité à M. Poncet, député, du 24 novembre 1790.) Le lendemain du jour où était faite cette demande, le Conseil général de la commune autorisa les magistrats municipaux à soumissionner pour l'acquisition de cet immeuble, et, après trois enchères, ce superbe édifice que Le Bret appelait « le plus grand ornement de la ville, comme le plus beau baslimentde Guyenne et de Languedoc (Histoire de Montauban), fut, le 25 mars 1791, adjugé définitivement avec l'offlcialité située en face, « en faveur de M. Izarn-Capdeville, officier municipal, agissant pour la commuue de Montauban, pour le prix et somme de 81,450 fr. » (Arch. de Montauban, série, id.) L'installation des différents corps mentionnés ci-avant, fut faite dans le plus bref délai. Sur le prix auquel le palais épiscopal avait été adjugé, la ville n'avait encore payé (12 août 1791) qu'un à-compte de 24,100 fr., provenant de la vente de l'ancienne Maison commune, qui aussi avait été, nous l'avons dit, la première maison de nos évoques. Au passage de Napoléon Ier (28 juillet 1808), l'administration demanda la remise des sommes qu'il restait à verser en capital et en intérêts. L'Empereur répondit favorablement, et le palais de nos évoques fut acquis à la ville pour être définitivement la Maison commune. Outre les bureaux qui y sont splendidement et spacieusement établis dans le rez-de-chaussée, à l'exception de ceux des architectes qui occupent le 2* étage de l'aile gauche, on y a disposé la Bibliothèque publique, les Musées de peinture et de statuaire, et le Musée Ingres. Par les soins de l'administration municipale d'intelligentes et importantes restaurations ont été faites à ce monument sans toucher à son caractère. En 18G9 quelques-unes des salles basses furent appropriées, et l'une d'elles, dite du Prince Noirt attenant à celle de Chandos, a été convertie en Musée lapidaire, sous la direction de la Société archéologique du département. — Nous noterons aussi qu'en 1878 lut trouvée chez M. Poursiliié, une pierre en marbre noir sculptée, portant un cartouche entouré de couleuvres qui s'échappent d'un rinceau, et su/ lequel on lit : Palais épiscopal, 1685. Voir les armes de Colbert. — (Cf. Bulletin archéologique. I* trimestre 1878, p. 351; et les Êphèmérides Montalbanatoes.)

fV.

44 HISTOIRE DE L'ÉGUSE DE MONTA UBAN.

même faire aboutir la grande idée qui le dominait : tout ramener à l'imité! à partir de 1678 il lance arrêts sur arrêts. En janvier 1679, Foucault signifie aux protestants, par ordre de Colbert, le décret qui les excluait de toutes charges politiques '. Au mois de mars le roi établit des peines contre les relaps, et bientôt chargea les évêques de remettre les actes d'abjuration des prosélytes entre les mains de ses procureurs 2. Déjà il avait défendu aux ministres de prêcher les jours des visites pastorales 3; et, sur ce prétexte, fut ordonnée la démolition des temples dans une notable portion des villes où il y avait des sièges épiscopaux. Les protestants ne purent plus s'assembler sans l'assistance d'un commissaire catholique 4, ni les seigneurs hauts justiciers établir des juges qui n'appartinssent pas à la vraie religion 5. Les sages-femmes même ne pouvaient plus exercer leur profession si elles n'étaient pas catholiques 6; on n'était fermier ou traitant sous-fermier, ou commis des fermes qu'à ce titre7. Le . recouvrement des tailles ne fut plus confié aux religionnaires 8. Ce n'était pas assez ; par une sorte d'inquisition qui fut hautement désapprouvée du plus grand nombre des catholiques, le roi autorisa les juges ordinaires à visiter les malades, pour savoir d'eux s'ils n'étaient pas dans l'intention de se convertir ; et quatre mois après il commettait à ce soin les marguilliers, au défaut des juges °. On s'aperçut que les chambres mi-parties, ou chambres de l'édit, étaient devenues des cours souveraines, où les protestants triomphaient le plus souvent de

• Foucault profita de cet arrêt pour proposer « à la cour d'en rendre un pareil pour toutes les autres villes. » (Mémoiret, p, 48.)

' Déclaration du i« octobre 1679.

a Arrêt du conseil, du 31 juillet 1679.

4 Déclaration du 10 octobre 1679.

• Arrêt du conseil du 6 novembre 1679.

• Déclaration du 20 février 1680.

7 Règlement des fermes dressé par Colbert, 1 1 juin 1680.

• Arrêt du 17 août 1680.

• Déclaration du 19 novembre 1680.

leurs adversaires, tandis qu'elles avaient été créées pour donner à tous des garanties contre les passions des juges. Ces chambres furent supprimées, les protestants rentrèrent dans Tordre commun, et les présidiaux composés d'un bon nombre de leurs coreligionnaires, devinrent leurs tribunaux1. Bientôt il fut permis aux enfants de sept ans de changer de religion, de s'éloigner de leurs parents et de les forcer de fournir à leur entretien 2. Peu après Louis XIV ordonna aux notaires, procureurs, postulants, huissiers ou sergents huguenots de se démettre de leurs offices en faveur de titulaires catholiques3. Le nombre des ministres fut fixé dans les différentes localités 4; et les enfants nés d'un commerce illégitime durent être élevés dans la religion catholique 5. Prochainement il allait être enjoint aux familles protestantes d'envoyer leurs enfants aux écoles catholiques 6; et leurs pauvres n'eurent d'autres asiles que les hôpitaux créés en ces temps où tous les Français ne professaient qu'une même croyance 7.

10. Tandis que les historiens de l'école de M. Mary-Lafon s'indignent sur le sort fait à ces malheureuses victimes, et se plaisent à dépeindre c le calvaire » que les Réformés « gravissent douloureusement pendant dix-huit années en le trempant à chaque pas de larmes 8, » d'autres ont cherché à expliquer la raison de pareils actes. Les uns ont dit que le roi déjà vieux ne s'était décidé à frapper l'hérésie que par des motifs de conscience. Ceux-là se trompent. — Louis XIV poursuivait le protestantisme dès l'année 1665, et il n'avait alors que 27 ans.

* Déclaration du 9 avril 1681 .

* Déclaration du 10 avril 168t.

1 Arrêt du conseil du 21 juin 1681.

4 Arrôt du conseil du 24 novembre 1681.

* Déclaration du 31 janvier 1682.

* Arrôt du conseil du 11 janvier 1683. 7 Déclaration du 15 janvier 1683.

■ Histoire d'une ville prote$tante, p. 224.

IY.

À l'époque où nous sommes arrivés, heure d'agonie de cette fausse religion sous les étreintes de la main royale, le roi touchait à peine à sa 45e année. — Les autres ont prétendu que cette longue suite d'arrêts était un calcul sage et prudent pour arriver sans danger à la révocation de YÉdit de Nantes, qu'ils comparent à ces buissons épineux qu'il faut élaguer feuille a feuille pour les abattre complètement1. Louis XIV était-il homme à tâtonner? — Enfin, mentant grossièrement à l'histoire et à la vérité, nombreux historiens ont écrit que la sévérité du monarque contre les huguenots était inspirée et dirigée par les évoques et la cour de Rome. Mais par une singulière contradiction, que la Providence avait ménagée pour la justification de son Église, à cette heure même le grand roi traitait Pépiscopat et le Souverain-Pontife avec une dureté sans égale, c Renouvellant les querelles de Louis-le-Jeune et de Philippele-Bel, il avait interdit les envois d'argent à Rome, confisqué les biens ecclésiastiques et étendu à toutes les provinces la régale ou jouissance des revenus et bénéfices des évêchés vacants 2. » Aussi est-il vraiment juste de dire que c comme tous les princes violents, Louis XIV prétendait rassurer sa conscience et apaiser Dieu en sévissant contre les calvinistes. » Catholiques et protestants avaient donc à blâmer la politique du puissant monarque. Innocent XI désapprouva formellement les violences qu'on employait contre les calvinistes, flétrit avec courage l'odieux prosélytisme de tous ceux qui usaient de moyens illicites, et en reconnaissant qu'il était d'un roi de favoriser les conversions, il l'avertit par trois fois que ses violences ne répareraient pas ses torts 3.

11. Ces reproches, non moins que l'énergique résistance que l'illustre évoque de Pamiers lui faisait avec le Souverain-Pontife,

* Mémoire politico-critique, p. 52.

» Keller, Histoire de France, t. II, p. 225.

• Consulter le remarquable ouvrage de Mgr de Villeoourt: La France et le Pape,

âu sujet de la régale, aigrirent le caractère indomptable de Louis XIV1. Malheureusement, les évèques de France abandonnèrent lâchement leur chef. Aveuglés par l'éclat du trône, séduits par sa fatale protection, qui cependant ne laissait pas de les tyranniser 2, ils se firent les instruments de sa révolte et de son despotisme. Au mois de mars de Tannée 1681 ils se réunissaient chez l'archevêque de Paris, au nombre de cinquantedeux, et formèrent la petite Assemblée attentatoire aux droits du Saint-Siège et a leurs propres intérêts. On comprend à quel titre notre prélat fit partie de cette réunion vendue au roi et dirigée par le métropolitain de Paris, assisté de l'oncle de notre évoque, l'archevêque de Reims. Réunis, aux termes du procèsverbal, pour « trouver les moyens de pacifier toutes choses et les remettre dans l'ordre, » ces prélats se séparèrent après avoir 6igné des résolutions formellement schismatiques. Le roi fit répandre à profusion ces actes imprimés par son ordre ; mais ils reçurent moins d'applaudissements qu'on ne l'espérait. Les évêques eux-mêmes avaient eu conscience de leur faiblesse, et l'archevêque de Reims, le fier Le Tellier, en a laissé échapper l'aveu. Sous le nom d'Yves de Chartres il terminait son rapport par ces réflexions : « Des hommes plus courageux parleraient peut-être avec plus de courage. De plus gens de bien pourraient dire de meilleures choses. Pour nous, qui sommes médiocres en tout, nous exposons notre sentiment, non pour servir de règle en pareille occurrence, mais pour céder au temps, et pour éviter de plus grands maux dont l'Église est menacée, si on ne peut les éviter autrement 3. »

4 Pour s'édifier sur le sentiment des auteurs qui ne voient dans cette affaire qu'une i question d'argent, » ou la trouvent du moins • toul-à-foit étrangère à la religion et à la morale, » lire le II» chapitre des Recherches sur l'Assemblée, par M. Cb. Gérin.

* Voir dans l'ouvrage cité à la note précédente (ch. II), le nombre des pensions dont étaient grevés certains évôchés, p. 91-107. On connaît les mauvais traitements que notre intendant Foucault fil subir à MgrCaulet, évoque de Pamiers. Ibid., p. 45, 59. Les Mémoires de l'intendant en font foi, p, 57-75.

* Procès-verbaux du clergé, t, V, et Mémoires de (VAvrigny, ad« ann. 1681. Cf. Gérin, p, 66.

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