Tome II. IV
12, Entre temps les travaux de notre évoque joints aux efforts de Foucault obtenaient de consolants succès. Grâce aux bons exemples que donnait le clergé, et aux missions qui se propageaient à travers le diocèse, le protestantisme perdait de jour en jour de son crédit et de son influence. Le catholicisme gagnait d'autant. Aussi le mémorialiste a pu dire: « Le 6 août 1681 j'ai écrit une lettre au P. de la Chaise ', par laquelle je lui ai mandé les bonnes dispositions où je trouvais être les ministres et principaux religionnaires de Montauban pour leur retour à l'Église romaine ; que leur conversion attireroit infailliblement celles de toutes les villes de Quercy, du Rouergue et du Bas- Languedoc qui ne cherchoient qu'une porte honnête pour rentrer dans l'Église; qu'ils demandoient pour cet effet et pour sauver leur honneur, qu'on fît une conférence où les points controversés seroient agités, et ceux qui sont les plus considérés et les plus accrédités dans le parti m'ont assuré que c'étoit la seule voie qui pût faire réussir le grand projet des conversions ; que celle de rigueur, de privation des emplois, les pensions et les grâces seroient inutiles 2. » Foucault revint plusieurs fois à la charge pour cette combinaison qu'il croyait la meilleure et la plus sûre. Le Tellier la rejettait toujours, et lui défendit d'en parler au roi : ces conférences, à son avis, outre qu'elles ne pouvaient être faites sans l'autorisation du pape (que pour lors on ne tenait pas à consulter), auraient le résultat du colloque de Poissy. L'intendant se soumit, mais non sans ajouter une réflexion sur cette timidité du chancelier c dans une entreprise qu'il jugeoit périlleuse. » Elle est t peut-être cause, dit-il, que l'ouvrage des conversions, qui auroit pu réussir par les conférences, soutenues d'autres moyens doux, a causé la ruine d'un si grand nombre de religionnaires et la perte du commerce et
* L'illustre jésuite, confesseur de Louis XIV, auquel, d'après Saint-Simon lui-même, les plus grands ennemis de la Compagnie sont obligés de rendre justice. Il sut se gagner la haine des jansénistes, en faisant sou devoir.
• * Mémoire* de Foucault, p. 79.
des arts 1. > — Ces démarches et ces appréciations sont loin de nous donner le Foucault dont on nous a fait de si sombres portraits. Tout en cherchant à favoriser la conversion des protestants par ces moyens légitimes dont on ne voulut pas user, il n'oubliait pas les œuvres catholiques. Aussi quelques mois avant cette tentative le chapitre provincial des Carmes, tenu à Alby le 5 mai, le gratifia du titre de principal bienfaiteur de l'Ordre. C'était la confirmation de la même faveur que le chapitre général réuni dans notre ville épiscopale lui avait décerné en 1680, c pour avoir rebâti la moitié de leur église, à Mon tauban, avec la sacristie, donné un tabernacle, une chaire très belle, et fait faire d'autres ouvrages 2. »
13. Avant de se séparer la petite Assemblée avait résolu c de demander au roi un concile national ou une Assemblée générale du clergé, composée de deux députés du premier ordre et de deux du second de chaque province, qui n'auraient en cette assemblée que voix consultative, et le reste, suivant l'avis des commissaires3. > L'ébauche de 1681 allait être terminée par un grand scandale. Le 16 juin le roi invite t tous les archevêques et évêques des pays et terres soumis à l'obéissance de S. M. » à tenir leurs assemblées provinciales, qui députeraient les
1 Mémoires, p. 80. Nous relèverons ici une appréciation de l'intendant, appréciation partagée par beaucoup d'écrivains, qui rarement sont remontés aux sources. Foucault attribue * la perte du commerce et des arts » aux vexations exercées contre les protestants, en suite desquelles ils ômigraient apportant à d'autres nations leurs fortunes et leurs talents. Avec une autorité qui s'impose, et les preuves en main, M. de Ségur-Dupeyron, homme fort compétent en pareille matière, a démontré que le déclin momentané qui frappa notre industrie pendant la seconde moitié du règne de Louis XIV est dû aux malheurs de la guerre et non aux émigrations occasionnées par les décrets du roi, et principalement par la révocation du fameux Édit de Nantes. Or, pour qu'on ne croye pas que cet auteur soit un admirateur de la mesure prise contre les protestants en 1685, « nous tenons à déclarer, dit-il, qu'à nos yeux l'acte le plus regrettable de Louis XIV a été la révocation de YÉdU de Hantes, ■ (Cf. Histoire des négociations maritimes et commerciales de la France aux XVII9 et XVIII* siècles, considérées dans leurs rapports avec la politique générale- Paris. B. Thorin, 1867-1873, 3 vol. in-8«.)
a Mémoires de Foucault, p. 77. -* La chaire dont il est ici question orne aujourd'hui réglise de Saint-Jacques de Montauban; nous croyons que le retable et le tabernacle qui forment le maître-autel de l'église paroissiale de Sapiac viennent aussi des Carmes.
» Fleury, mss 9,517 fr., Bibliothèque nationale.
membres t à l'assemblée indiquée à Paris pour le 1er octobre 1681 !. » On sait la déplorable pression qu'exerça le gouvernement sur le choix des candidats, et la valeur des membres qui furent députés 2. Notre évêque siégea dans cette assemblée à côté des 10 métropolitains, des 26 évoques et des 38 ecclésiastiques du second ordre, qu'une certaine école a toujours voulu faire passer pour t les plus savants et les plus vertueux du grand siècle 3. » Ils oublient sans doute, ces écrivains, la parole de Louis XIV : t II n'a pas tenu à ces Messieurs que je n'aie pris le turban. Je n'ai que trois évoques dans mon royaume 4. » Malheureusement notre prélat me sut pas se mettre du nombre de ceux qui faisaient passer leur conscience et leur devoir avant l'adulation et la flatterie. Sa nomination à cette assemblée s'imposait, et de plus elle fut imposée. Nous en avons la preuve authentique dans une des protestations que le vicaire-général de Pamiers, le courageux Dom Cerles 5, publia du fond de la retraite où il avait dû se cacher, et qu'il fit afficher aux portes de l'archevêché de Toulouse et des évôchés suffragants. € La nomination des députés n'est pas libre, écrivait-il, étant de notoriété publique que Mgr l'archevêque de Toulouse a reçu ordre de faire nommer MMgrs les évêques de Montauban et de Lavaur,
« Procès-verbaux du clergé, t. V, p. 336.
9 Cf. Recherches sur V Assemblée, cb. 4 et 5.
1 fiausaet, Dupio ... et leurs tenants.
* Cotaient les vertueux évêques de Rennet et de Grenoble, et probablement l'archevôque d'Aix.
6 A la mort du grand évoque Caulet, le chapitre nomma !e P. Cerles pour administrer le diocèse avec le litre de grand-vicaire. Les régalistes le poursuivirent de leur haine, et la cour de ses arrêts. 11 fut obligé de passer à l'étranger pour échapper à la mort, qui fut décrétée contre lui à Paris, à Toulouse et à Marseille. Cf. Procès-verbaux du clergé, t. V, et Mab. de la bibliothèque nationale fonds flr. 19,854; Lettres de Le Tellier, mss. fr. 5,267; Mélanges de Renaudol, IX; Mémoires de Foucault, p. 57-75. — Ce dernier auteur nous apprend que le frère de l'évoque défunt, l'abbé Caulet ôtqit prieur de Monclar, près Montauban. L'intendant manda à la cour que ce prêtre, retiré dans les environs de Pamisrs, dans le lieu de Sabrue,où il n'avait ni possession ni bénéfices, assistait de sa bourse le chapitre qui faisait opposition au roi. Aussi jugeait-il • bien nécessaire d'envoyer un ordre » pour le faire retirer dans son prieuré. (Mémoires, p. 65.)
quoique absents1, et MM. l'official et le théologal de Paris, qui, n'étant pas de la province de Toulouse et n'y ayant aucun bénéfice, n'en sauraient connaître ni défendre les intérêts 2. » Pour les délégués du second ordre, le gouvernement mit moins de formes. Afin de s'assurer des hommes de son bord, il fit choix dans le diocèse de Paris, contre toute légalité, de l'official Nicolas Chéron et du théologal Pierre Gourcier, un flatteur et un intrigant, dans les eaux de Harlay de Ghampvallon 3.
14. La fermeté d'Innocent XI arrêta l'Église gallicane sur l'abîme du schisme, et fit reculer le roi lui-même. Aussi a dit spirituellement Joseph de Maistre : c Louis XIV rompit brusquement l'Assemblée avec tant de sagesse et d'apropos, qu'on lui pardonne presque de l'avoir convoquée. » Les Quatre Articles étaient signés; mais les signataires eux-mêmes n'y croyaient pas. Et lorsque devant la lettre royale du 29 juin, ils durent, à leur grand étonnement, se séparer sur le champ, leur départ fut salué par des couplets comme l'avait été leur arrivée 4. Au grand mécontentement des légistes gallicans, ce moment d'erreur et d'aveuglement fut réparé ; la rétractation publique et officielle fut faite par tous ces évêques demandant au Saint- Père, avec le roi, d'oublier leurs errements et de vouloir bien croire c que tout ce qui avait été décidé n'aurait pas deiuite 5. >
1 Ces deux évoques n'assistèrent pas à la réunion provinciale dans laquelle, conformément aux ordres du roi, on devait faire le choix des représentants.
2 Bib. nat. Mss. Le Tellier, fonds fr. 6,902.
3 Pour l'appréciation de ces deux députés, voir Gôrin, Recherchée sur V Assemblée, p. 227, 229. — Il se trouva encore un autre député qui tenait à notre diocèse. C'était Etienne Lefranc de la Grange, docteur de Sorbonne et président de la Chambre des Aides de Montauban. 11 était député par la province de Narbonne avec l'abbé Fieury.
4 Entre autres pièces on trouve celle-ci au Recueil Clérambault, mss. t. II, p. 128 :
Prélats, Abbés, séparez-vous ; Laissez un peu Rome et l'Eglise !
Un chacun se moque de vous.
Et toute la Cour vous méprise.
Ma foi 1 l'on vous ferait, avant qu'il fût un au, Signer à l'Alcoran %
'• Journal de Dangeau, 27 juillet 1693 ; edit. Dussieux.
Et comme s'il eût voulu réparer les torts de son prédécesseur et venger l'honneur de notre Église, un de nos grands évoques, Mgr Doney écrivait, cent soixante-quatre ans après, contre ceux qui blâmant ce retour aux saines doctrines, voulaient donner force de loi à ces décrets surannés l : € Ces docteurs de palais veulent obliger le clergé et les évêques à adopter les Quatre Articles, à les croire, à les professer, parce que les évêques français en 1682 les décrétèrent. Mais si cette raison est bonne dans un cas, elle est bonne dans tous. Si je suis forcé, en ma qualité de catholique, de me soumettre à la Déclaration des évêques de 1682, comment se fait-il que je [ne le sois pas quand il s'agit des déclarations faites par les évêques de 1839 ou de 1845? Pourquoi les uns peuvent-ils se tromper et les # autres pas? Les évêques de 1682 déclarèrent que les décrets du Saint-Siège ne sont irréformables que lorsqu'ils ont été acceptés par l'Église, c'est-à-dire par l'Église universelle. Or, nous voulons bien qu'il en soit ainsi. Mais ce même consentement, cette même acceptation, ne serait-elle point nécessaire pour rendre irréformable la Déclaration de quelques évêques, faite d'ailleurs par eux à contre-cœur, et par l'ordre formel du prince? Si elle est nécessaire, l'ont-ils obtenue? Et s'ils ne l'ont pas„obtenue, leur Déclaration est-elle irréformable? Le consentement, l'acceptation, l'adoption du Roi, des Parlements, des magistrats d'alors et d'aujourd'hui, peuvent-ils tenir lieu du consentement de l'Église, c'est-à-dire du pape et des évêques, exigé par la règle de foi catholique, telle que les prélats de 1682 la comprirent et la promulguèrent. Nous avons peine à le dire, mais l'évidence nous y contraint : on se moque de l'Église et de ses ministres, ou l'on ignore jusqu'aux premiers éléments de sa constitution. La vérité est que l'Église catholique est libre par l'institution divine, selon la belle expression du pape Pie VIII, d'heureuse mémoire; que cette liberté, en ce qui
1 Recueil de$ actes épticopàux, 1646, t. IV, p. 276 et suiv.
concerne l'enseignement* doctrinal, est indépendante de toute autorité humaine, et qu'elle Ta toujours exercée à ce titre, sans craindre les persécutions, pas même le martyre. »
15. Deux mois étaient à peine écoulés depuis la dissolution de l'Assemblée, et l'Église de France fêtait la naissance du duc de Bourgogne. « Le 30 du mois d'août le marquis d'Ambres, lieutenant du roi de la province, accompagné des consuls, et le sieur Foucault, intendant de la généralité de Monlauban, à la tête du présidial, se rendirent à la cathédrale, où se trouva la Cour des Aides en robes rouges, et ils y assistèrent au Te Deum chanté en musique * . >
De leur côté les religionnaires de la Haute-Guyenne, avaient obtenu du roi l'autorisation de se réunir en synode à Saint- Antonin, en Rouergue2. Foucault en fit dresser très exactement les procès-verbaux par les commissaires qui y prirent part, et les adressa au secrétaire d'État. A quelque temps de là, il fit c ôter la charge de chapelain de Caussade au nommé Galvet, officiai de Montauban, qui ayant abjuré la religion catholique établit la religion prétendue réformée dans la province 3.» Bientôt après il autorisait l'entrée des PP. Récollets dans cette ville, t n'y ayant que l'église paroissiale, et les religionnaires étant en plus grand nombre que les catholiques 4. » Cependant l'Assemblée, alors même qu'elle exposait l'Église au plus déplorable danger, s'était occupée du sort de ces hérétiques. Le 1er juillet5
« Gazette do 1682, p. 650.
* Par lettres-patentes datées de Caslelnaudary (juillet 1622), Louis XIII avait remis aux consuls et habitants de Saint-An ton in la peine qu'ils avaient méritée pour s'être révoltés contre leur prince. Il leur accorda le libre exercice de leur religion, « à la charge néanmoins que ledit exercice se fera désormais en autre lieu qu'en celui où était alors leur temple, • lequel le Roy destine « pour y célébrer la messe et servir aux catholiques, attendu qu'il est bâti sur terre d'église et que lesdits habitants de la R. P. R. ont aussi démoli celle de ladite église. » — Note manuscrite ajoutée à YOrdo de Mgr de Grainville de l'an 1804, pro parle dUmesit Cadurcentis qxwe olim erat Ruthenensis. (Arch. de l'Évôché.)
• Il y a évidemment erreur dans cette mention. L'apostat qui introduisit la Réforme était curé de Montalzat. Nous en avons parlé dans la biographie de Jean de Letles, et il ne pouvait plus être en vie à celte date-ci.
4 Mémoires de Foucault, p. 85 et 88.
5 En novembre, selon les Mémoires de Foucault.
JV.
2f m HISTOIRE DE l'ÉGUSB DE MONTAUBAN.
elle rédigea un Avertissement pastoral qui devait être communiqué a tous les consistoires. Mais comme ceux-ci repoussaient toutes les instances des prêtres, il fallut, pour tenter un rapprochement, déployer, non l'appareil de la force, mais celui de l'autorité civile, afin d'obtenir des ministres et des anciens qu'ils entendraient la lecture de l'appel qui leur était adressé. Sans cette précaution, dit le continuateur de D. Vaissette, ils auraient rejeté, sans le lire, cet écrit si remarquable, comme dans les Indes les naturels du pays rejettent aujourd'hui les traductions des Livres saints, que leur offrent avec profusion les agents des sociétés bibliques1. Le 17 janvier 1683 2, par ordre du ministre Colbert, Foucault adressa l'Avertissement pastoral au consistoire de notre ville épiscopale et à tous ceux du ressort de la généralité. Il devait être lu dans chaque temple, en présence des ministres, des anciens et de tous les protestants qui voudraient y assister.
16. A Montauban c cette notification a été faite avec douceur et charité de notre part, et reçue avec respect par le consistoire, écrit Foucault 3. » De son côté un témoin irrécusable nous dit : t Cette action fut si célèbre, que je croy n'en pouvoir mieux rappeler les circonstances que par le récit de la manière dont elle se fit dans le temple de Montauban, le 17 janvier 1683. Car l'Assemblée du Clergé ayant envoyé cet Avertissement à notre Prélat, il me chargea d'en faire la lecture, et M. Foucault, alors notre Intendant, eut ordre du Roy d'y inviter le Consistoire et de m'y conduire. Si bien que m'estant rendu chez luy, accompagné du grand archidiacre et de deux chanoines de nostre Église, il nous mena au Temple vieux qui estoit celuy qui leur restoit. Deux Ministres et douze Anciens nous reçurent à la porte, et nous conduisirent au milieu du par-
4 Hùtoire de Languedoc, t, X, p. 20*.
> Selon M. Mary-Lafon cette assemblée eut lieu le 10 décembre 1682. Nous préférons nous en rapporter à la date donnée par les Mémoires et par Le Bret.
* Jfèmoira, p. 86.
terre, devant une petite table couverte d'un tapis vert, avec deux fauteuils d'un costé, dans l'un desquels se mit M. l'Intendant, etmoy dans l'autre, les Ecclésiastiques et les autres Catholiques s'étant assis sur des bancs à nos costez, et les Ministres, les Anciens et plusieurs autres personnes de la R. P. R. de l'autre costé de table. Comme la foule estoit grande, on fut quelque temps à se placer et à faire silence ; et alors M. l'Intendant s'adressant aux Ministres et Anciens leur dit : Qu'il avoit ordre de Sa Majesté de m'amener là pour leur parler de l'Église gallicane et leur faire la lecture de son Avertissement pastoral. Ce qu'il eut a peine achevé, que le sieur Izarn, l'un des Ministres, se leva et lui respondit debout et nu teste, qu'encore qu'ils ne reconnussent point la juridiction du Clergé, ils obéiroient à l'ordre du Roy, et écouteroient ce qu'on leur diroit, et la lecture qu'on leur vouloit faire, mais qu'ils protestoient que c'estoit sans préjudice de leurs privilèges portez par les Édits et Déclarations de Sa Majesté. Lorsqu'il eut achevé, je quittay mon chapeau, pris mon bonnet carré, comme cela m'estoit prescrit par le Clergé, et après avoir salué M. l'Intendant et toute l'Assemblée, je leur fis un petit discours touchant leur séparation de l'Église, hors laquelle il n'y a point de salut. Je m'étendis ensuite sur le défaut de ceux qui les avoient séparez, et les invitay à s'y réunir. Je leur lus après cela l'Avertissement en latin et en françois, dont je leur distribuay plusieurs exemplaires, et ce fut où finit cette action, qu'il fallut réitérer dans le temple de Meauzac avec toutes les mômes circonstances, M. Foucault en ayant reçu l'ordre. De sorte que comme ce que contenoit cet Avertissement estoit sans réplique, les Ministres gardèrent le silence1. >
17. 1 11 y a longtemps, nos très chers frères, disait l'Assemblée du Clergé, que l'Église de Jésus-Christ est pour vous dans les gémissements, et que cette mère pleine d'une très-sainte et
Récit de ce qu'a esté, . , , p. 4(M8.
JV.
très-sincère tendresse pour ses enfants, vous voit avec la plus vive douleur toujours éloignés de ses bras, de son sein, de ses mamelles, et toujours errants dans la solitude. Gomment, en effet, une mère pourrait-elle oublier cetix qu'elle a portés dans ses flancs? Et comment pourrait-elle ne pas se souvenir de vous, bien que vous soyiez des fils ingrats, que le poison de Terreur et la défection de la tempête calviniste ont arrachés au centre de l'unité chrétienne? Voilà, frères, pourquoi elle gémit et se plaint amèrement que vous avez déchiré ses entrailles. Elle vous cherche comme des enfants perdus, elle vous rappelle comme la perdrix, elle s'efforce de vous rassembler sous ses ailes comme la poule ses poussins ; elle vous presse comme l'aigle ses aiglon^ de prendre la route des cieux, et toujours travaillée des douleurs de l'enfantement, elle s'efforce, chers enfants, de vous donner la vie une seconde fois, résolue a souffrir les plus grands tourments pour que Jésus-Christ ressuscite catholiquement dans vos cœurs... Nous vous exhortons a l'amendement, au retour et a la concorde, et cela par les mêmes entrailles de miséricorde que vous avez déchirées jusqu'à présent ; par le, sein de l'Église notre mère, que vous avez divisée ; par cette charité fraternelle que vous avez si souvent violée; par ces divins sacrements que vous avez méprisés; par ces autels du Seigneur que vous avez mis en pièces ; en un mot, par tout ce qu'il y a de plus saint et de plus divin au ciel et sur la terre... Quand notre auguste prince notre Roi a écrasé tant et de si puissants ennemis, emporté de si fortes places, conquis de si vastes provinces et obtenu tous les triomphes, lui refuseriez-vous la palme qu'il préfère à toutes les autres?... Naguère en notre présence il disait tenir avec tant d'ardeur de ramener à l'Église ceux qui en sont séparés, qu'il tiendrait à honneur de répandre son sang pour cette cause... Vous donc, pauvres malades, qui avez besoin de médecins, membres de Jésus-Christ, séparés du corps par les artifices de l'ennemi commun, laissez-vous guérir par la main du Dieu
immortel, et recevez avec un esprit et un cœur de frères cet Avertissement pastoral. Que si vous vous montrez rebelles à nos exhortations el à nos prières, sachez que les anges de paix en pleureront amèrement, et que vous devez vous attendre à des malheurs incomparablement plus épouvantables et plus funestes, car votre persistance dans Terreur sera d'autant plus criminelle. >
18. Selon M. Mary-Lafon une « menace brillait dans ces derniers mots comme un éclair sinistre l. » Qui ne voit cependant, qu'il s'agit des châtiments éternels que se préparent les hérétiques, et cela d'autant mieux que les rédacteurs de cet écrit usent en ce passage des propres termes de la Sainte- Écriture 2. Quoi qu'il en soit, les calvinistes ne s'abusèrent pas sur les suites des exhortations du Clergé de France. Us sentirent que bientôt leur prétendue Réforme serait proscrite; et si quelques-uns se bercèrent du vain espoir d'être fortement secondés par les puissances protestantes, dans la résistance qu'ils voulaient opposer à la volonté du monarque, un grand nombre, les plus sages se préparèrent en secret à l'abjuration de leurs anciennes croyances. Foucault reçoit l'ordre du chancelier Le Tellier de faire raser le Temple vieux, le dernier qui restât aux protestants dans Mon tauban. L'intendant patienta jusqu'au mois de juin, et saisit, pour intimer cet ordre, l'occasion d'un grief semblable à celui qui, quelques jours auparavant, avait valu la démolition des temples de Bergerac et de Montpellier. Persécutant sans relâche ceux qui leur échappaient pour retourner au giron de la véritable Église, nos protestants par la peur et par l'argent avaient ressaisi quelques-uns des nouveaux convertis. Afin de sceller en quelque sorte leur nouvelle promesse, il les faisaient de suite participer à leur Cène. Le parlement de Toulouse intervint, et sur son arrêt du mois de juillet la démolition du
« Histoire <tune ville protestante, p. 227.
1 Quema&aodura hic error vester novissimus erit pejor priore, sic erunt movissima vestra pejora prioribus,
28 HISTOIRE DE l/ÉGLISE DE MONT À UB AN.
temple fut décrétée. En sept heures de temps ', ce monument de la révolte religieuse, qui existait depuis 1615, fut mis au niveau du pavé. L'Ordonnance accordait un délai de c trois jours » aux religionnaires pour en faire disparaître toute trace. Ce temps passé, l'intendant avait ordre d'employer les catholiques à cette œuvre. Sur le refus des protestants, ceux-ci furent envoyés, c Pendant la démolition, dit le rapporteur, les boutiques ont été ouvertes, et les religionnaires n'ont marqué aucune inquiétude. > Or, tandis que l'intendant observe que cette démolition a été faite naturellement et sans préméditation dans l'octave du Saint-Sacrement2, » M. Mary-Lafon dit tout aussi expressément, en renvoyant aux Mémoires de Foucault, c qu'on avait choisi celle oclave, parce qu'au temps où l'on construisit l'édifice, l'évêque était contraint d'envoyer demander aux pasteurs par quelle rue devait passer la procession3. » Quoique cet auteur tienne encore à nous dire, en insistant, que « le calme et la constance des ministres... devant cet acte brutal, au caractère de triomphe et de vengeance, croissaient en raison de la rage des persécuteurs 4, > le fait est que les Réformés reprirent les armes et qu'ils ne rentrèrent dans l'ordre que devant la fermeté de Foucault, et sur les instances du populaire président François d'Aussonne 5.
Au milieu de cette agitation plusieurs familles émigrèrent, à l'exemple de ce qui s'opérait dans le reste de la France. Sous prétexte de se joindre à ces émigrants, les plus séditieux de leurs ministres, qu'on nous représente en proscrits « cachant
1 Dansun premier rapport du 23 juin 1683, Foucault parle de dix-neuf heures ; quelques pages plus loin et à une autre date il dit sept.
* Mémoires, p. 87.
» Histoire d'une ville protestante, p, 228. Foucault semble dire (p. 88) que l'évoque faisait cette démarche par condescendance et non par obligation. Les lois du royaume étaient au reste fort claires à cet endroit.
* Op. cit.* p. m
5 Histoire du Querci, t. III, p. 15, 16.
leur foi et leur symbole comme les premiers fils du Christ J, » se réunissent secrètement à Toulouse pour fomenter un soulèvement général de tous les protestants du Languedoc. Assemblés d'abord dans les appartements de Claude Brousson, puis dans le cloître, presque toujours désert, des Chartreux, ils prirent des résolutions et tracèrent des statuts, où sous un dehors de fausse religion respire la haine du roi et de l'Église. Ainsi il était arrêté qu'à dater du 27 juin, et après des jeûnes solennels, les ministres iraient prêcher dans tous les lieux défendus, sur les montagnes, dans les bois et jardins... Qu'il fallait se prêter main-forte pour exterminer les troupes qu'on mettrait après eux... Qu'on ferait c des listes de ceux qu'ils appeloient leurs persécuteurs, soit prêtres, soit gentilhommes, soit d'autres, dont on envoieroit les portraits ?. >
19. Ces décisions, auxquelles certains applaudissent comme au légitime triomphe c du vieil esprit d'indépendance mort, hélas ! sans retour, et bien enseveli sous les ruines des bastions3, * venaient confirmer de plus en plus le roi et ses ministres dans les actes d'énergie dont ils avaient besoin pour préserver l'État contre quelque coup de main. Une déclaration royale du mois de février 1683 unit aux hôpitaux les biens des consistoires. Après l'assemblée de Toulouse, les pasteurs de Montauban furent bannis, avec défense d'établir leur domicile à une distance de moins de six lieues. Avec l'envoi officiel de cet arrêt, Foucault mandait au gouvernement c qu'il étoit juste de leur donner un ministre pour baptiser les enfans, non l'un de ceux de Montauban, afin d'effacer entièrement les vestiges de l'exercice de la religion prétendue réformée qui vient d'être aboli, mais tel autre qu'on voudra choisir dans la province, qui soit sans emploi 4. * Il proposa lui-même à plusieurs
4 Mary-La fon, p. 228.
* Cf. Le Bret, Récit de ce qu'a esté. . . , p. 49 et suiv.: et Esprit de M. Arnaud, p. 338.
1 Mary-Lafon, op. cit., p. 23 J.
4 Mémoires, p. 87.
ministres d'accepter cette fonction; ils refusèrent. Pour les mettre en demeure, l'intendant engage les religionnaires a se choisir le pasteur qu'ils voudront ; nouveau refus. Foucault écrit alors à M. de Châteauneuf, secrétaire d'État : c qu'il étoit à propos que le roi leur nommât un ministre pour faire ces baptêmes, et que, faute par les religionnaires de faire baptiser leurs en fans par ce ministre, ils seroient portés à l'église pour y être baptisés. Ils les portoient à Villemade, et souvent les enfans mouraient en chemin '. » Nos ministres s'étaient transportés dans cette localité, et essayaient d'y grouper leurs coreligionnaires des environs et les émigrés. Le 9 juillet, Foucault fait publier dans ce temple et dans celui de Réalville (alors diocèse de Cahors) l'Avertissement pastoral. Malgré la présence à Montauban d'un pasteur 2 agréé par le roi, les familles protestantes continuent, durant plus de deux mois, à transporter leurs ' nouveaux-nés à Villemade pour le baptême. Cet acte d'insubordination et plusieurs autres dont ils se rendirent coupables, déterminèrent l'intendant à faire abattre ce temple. Même ordre était donné pour ceux de Corbarieu, de Verlhac et de Reyniès3. Ce fut en quelque sorte le dernier acte de Foucault. Malgré sa fermeté à exécuter les arrêts, il comprenait que le despotisme des ministres ne faisait qu'irriter davantage les passions religieuses; et blâmant au fond du cœur, avec l'Église et les catholiques, les édits qu'il faisait exécuter, il abdique l'intendance4 en faveur de Nicolas Dubois de Baillet, dont les ménagements pour les protestants furent excessifs. Ce qui a fait dire à Mary-Lafon, heureux de flageller notre prélat, que c peut-être l'évêque
< Mémoires, p. 88, 89.
9 Le sieur Bories, ancien ministre de Layrac
* Les Livre* de comptes relatent un paiement de 442 livres fait à l'évoque pour • frais de poursuites faits à Paris » au sujet de ces démolitions. (Arch. dép., série 0, liasse 115.)
4 Avant son départ il fit encore célébrer (Mémoires, p. 89) dans, la cathédrale, le service solennel pour le repos de l'âme de la reine-mère, Marie-Thérèse d'Autriche, décédée le 30 juillet. Enfin le 19 janvier 1684 il assistait à une dernière cérémonie, au Te Deum chanté pour la naissance du duc d'Anjou.
Colbert qui le trouvait trop humain, » l'éloigoa et le fit remplacer c par un homme selon son cœur, Urbain le Goux de la Berchère. »
20. Si notre évêque brisait ceux qu'il trouvait c trop humains, > il ne s'apercevait pas sans doute qu'il avait lui-même ce défaut. Malgré son esprit de parti, puisé dans les écrits suspects et peu exacts publiés par les ministres, l'historien du Quercy, tout en criant à la persécution, rend à Michel de Colbert l'éloge qui lui est dû. c Les enfans, dit-il, qu'on se bornoit à instruire furent moins difficiles à ramener que leurs pères, et se virent par là couvent en butte au ressentiment de leurs parens, qui voyaient à regret leur croyance contredite par des exemples domestiques. Ce ressentiment pouvoit conduire en particulier les personnes du sexe aux plus grands désordres. L'évêque Colbert, dont le nom porte avec lui l'idée du génie et de la supériorité des vues, leur ouvrit un asyle, où, à l'abri des mauvais traitemens et des écueils dangereux pour la vertu, qui en auroient été la suite inévitable, elles pussent suivre librement leur attrait pour la religion catholique1. » Dès Tannée 1682, uni à Foucault, c il avait proposé à M. de Châteauneuf d'établir à Montauban une maison où l'on pût retirer les filles nouvellement converties. » Dans cette idée, écrit le mémorialiste, c nous avons jeté les yeux sur celles de la Visitation, les religieuses de cet ordre de Toulouse offrant d'envoyer six de leurs religieuses, auxquelles elles payeroient leurs pensions pour commencer cet établissement, même de donner 6,000 livres pour entreprendre un bâtiment pour les loger, n'y ayant que des Ursulines et des Urbanistes 2, à Montauban qui ne sont point
1 Hutoire du Querci, t. III, p. 19, 20.
5 Religieuses de Saint-Claire, ainsi nommées du pape Urbain qui leur a donné la règle (Noie de Baudry). Selon M. l'abbé Cayre (Op. cit., p. 400.), ces religieuses portaient le nom tfUrbanùtes parce que leur couvent « était établi dans l'intérieur de la ville, » urbt. — Au sujet des Ursulines, Cf. biographie de Bertier, p. 59-60. Dans les procès-verbaux des assemblées de Tannée 1670 il est relaté un vote de secours • pour réparation du bâtiment de l'école des filles tenue par les religieuses Ursulines de Montauban. » (Archives départe-
JV.
en état de recevoir des pensionnaires >. » La demande auprès du secrétaire d'État ayant réussi, notre évêque fit bâtir, au faubourg du Moustier, une maison destinée aux nouvelles converties, et la mit sous la direction des Filles de l'enfant Jésus 2. Sur l'emplacement qu'elles occupent de nos jours encore, à l'angle de la rue du Lycée, elle se dévouèrent à cette belle œuvre. Les habitants, touchés des avantages que devait procurer cette fondation « assignèrent un revenu fixe k cette maison respectable, dont l'institut est le triomphe de la religion, en la dirigeant entièrement vers l'utilité publique3. » Bientôt les jeunes filles pauvres affluèrent auprès de ces bonnes maltresses qui, en 1688, avaient déjà quatre écoles non payantes, au Moustier, à Villenouvelle, Villebourbon et Sapiac. Lorsque l'œuvre des nouvelles converties fut achevée, ces Dames ouvrirent un pensionnat, où jusqu'à cette époque ont été élevées les jeunes demoiselles des meilleures familles de Montauban et du diocèse. Après les malheureux jours de la grande Révolution qui chassa ces institutrices comme les autres ordres religieux, elles furent autorisées à exercer de nouveau, par décret impérial du 17 août 1807. En 1815 le roi leur accorda c la somme de 50,000 francs pour contribuer au rétablissement de leur maison. » Le 17 juillet de cette même année, ces Dames reçurent l'autorisation de fonder à leurs frais quatre demi-bourses à la nomination du roi, dans ladite maison, à la condition d'en faire jouir « de préférence des filles de militaires ou fonctionnaires publics, âgées de treize à quatorze ans au plus, jusqu'à dix-huit ans. » Cette même ordonnance leur enjoignait de prendre le titre de Maison royale d'institution chrétienne, que l'on lit encore au fronton de leur établissement4. La grande renommée qu'elle avait
mentales, série G, 67.) Le couvent de cea religieuses était dans la Grande-Rue, près l'église Saint-Louis, qui leur servit de chapelle jusqu'à la grande Révolution.
* Mémoires, p. 81.
» Nommées aussi Dames des Écoles chrétiennes, de Saint-Maury de Pariset Dames Noires,
' Cathala, Histoire du Querci, t. III, p. 20.
4 Cf. ces divers documents aux Archives de TÉvôché.
acquise avant la Révolution, a valu à cette maison le premier rang parmi les institutions qui se dévouent à l'enseignement et à l'éducation de l'élite de la société. Mais cette œuvre du pensionnat ne préjudicia en rien « au soin des enfants pauvres, pour lequel cet institut a un grand attrait. > Aussi voit-on encore aujourd'hui une partie de ce bel établissement affectée à des classes gratuites.
21. Grâce au développement donné à l'instruction, le catholicisme augmentait. Par suite, les édifices religieux ne suffisaient plus : la cathédrale Saint-Jacques était seule au service des catholiques, dont le nombre croissait dans les faubourgs extra muros. Colbert suggéra au chapitre d'établir une annexe aux quartiers de Fossat-Villenouvelle. Cette idée les chanoines l'avaient déjà acceptée en principe dans une délibération du 22 décembre 1683, et un emplacement était acquis à cette fin depuis près de quarante ans1. Si la mense "Saint-Étienne eût voulu entrer en part dans les dépenses de construction, l'œuvre aurait été fort avancée sous l'épiscopat de Bertier ; elle était réservée à son successeur. Le chapitre cathédral pressa l'affaire et fit entrevoir aux collégiaux-unis la nécessité dans laquelle ils se trouvaient de participer à cette fondation, puisqu'ils avaient « dans la ville et sa juridiction une prémice, une boucherie et plusieurs autres revenus. * Ils voulurent aussi, porte la même délibération, que « l'évêque de Cahors, le doyen de Cayrac et les religieux de Belleperche y participent parce qu'ils partagent les fruits du prieuré de Saint-Jacques, et que la misère des cathédraux est si grande, que l'an passé les prébendiers n'eurent pas 40 écus, et auront encore moins, tant le blé est à vil prix2. » La détermination fut enfin prise, et le 18 avril de l'année 1684 le grand archidiacre André d'Ouvrier proposa
1 Acte d'achat passé pardevant Barlhe, notaire, le 9 juin 1644, sur la proposition du conseiller Élie Darassus. La vente fut faite par René Montagne et sa femmo Catherine Ramondis. (Archives communales.)
' Registre des délibérations du cliapilre, f* 246. (Archives départementales, série G.) Tome IL IV. 3.
de < passer transaction conjointement avec les collégiaux pour les 150 livres que le consulat doit donner pour la bâtisse de l'église Villenouvelle, succursale de Saint-Jacques *. » Le même acte constate que « les deux menses sont entrées en part de ce bâtiment avec la ville le 14 septembre dernier, par déférence pour l'Évêque, auquel la mense Saint-Martin désire plaire autant que ses forces et la modicité de ses chanoinies, qui ne vont qu'à environ 60 livres une année portant l'autre, et les prébendiers à ISO livres, le peuvent permettre dans une ville comme Montauban, où les louages des maisons et tout ce qui est nécessaire à la vie n'est pas moins cher qu'à Paris 2. » Les fondations de cet édifice furent jetées sur l'emplacement où on le voit aujourd'hui encore 3, et par reconnaissance le chapitre, opta pour qu'on le dédiât à saint Jean-Baptiste, patron de Tévêquç, son fondateur. Sans cela on l'eût évidemment placé sous le vocable de saint Antoine, qui désigna toujours ces quartiers depuis la venue des religieux du T. Le faubourg Sapiac réclamait aussi à grands cris une église. Jadis servie par la collégiale et de nombreux prêtres auxiliaires, cette populeuse et chrétienne paroisse souffrait de se voir sans asile. Répondant à ses Yœux, le zélé prélat fit ériger la succursale de Saint-Étienne au centre de ce faubourg 4. Il l'éloigna de l'île sur laquelle était
1 Registre des délibérations du chapitre, f» 246. (Archives départementales, série G.)
» Id.,tttf.,t248.
8 C'est à l'initiative de M. l'abbé Vaissière, ex-curé de celle paroisse, et sous le pastoral de son successeur, M. Belloc, que graco à la générosité des paroissiens et aux allocations diverses votées par la municipalité, on travaille aujourd'hui à doter ce faubourg d'uno monumentale église gothique. La première pierre en a été posée et bénite par Mgr Legain, le 2 mai 1875. Une médaille commémorative a été frappée par les soins du parrain, et donnée aux autorités de la ville, ainsi qu'à quelques amis. De grand module, elle porte ces inscriptions : sur la première face : • Reconstruction de l église Saint-Jean- Baptiste de Villenouvelle. — La première pierre de V édifice a été posée par Mm* veuve Pérès, Osmin {Marie-Louisej, et M. Pech, Jacques, le 2 mot 1875, Montauban. • — Sur le second côté : «fin présence de S. G. Mgr T/iéodore Legain, évéque du diocèse, M, Ambroise Desprès, préfet de Tarn-et-Garonne, M, Isidore Delbreil, maire de Montauban, M. Jacques Belloc, curé de la paroisse, M. Léopold Gardelle, architecte de la Mille. • — Dans les fondations on a jeté de distance en distance des pièces de monnaies en billon, frappées exprès à la demande de M. Pecli, sur les ordres du ministre des finances.
* Cette église subsiste encore aujourd'hui sur le même emplacement. En 1854 eut lieu la réparation extérieure, qui consiste en l'agrandissement et la prolongation de fa partie qui
TROISIÈME PÉRIODE. — J.-B.-MICHBL DE COLBBRT (167W687). 35
bâtie Téglise primitive, pour l'abriter contre les inondations du Tarn, qui, grossi des eaux du Tescou, affluant à l'angle même de cet édifice, l'avaient plusieurs fois ruinée. Le nouveau sanctuaire fut béni, comme celui de Villenouvelle, le 27 août 1687, par le vicaire-général.
22. De jour en jour les édifices religieux devenaient évidemment plus nécessaires. Le nombre des conversions volontaires et sérieuses augmentait dans des proportions si considérables, que déjà un rapport officiel du 29 août 1685 portait : t On peut dire présentement que Montauban est tout catholique i. » Suivant l'esprit de parti qui les pousse, les historiens ont raconté le fait à leur manière. Nous allons le reconstituer tel qu'il doit l'être, à l'aide des pièces officielles de l'époque et d'après le témoignage de graves témoins oculaires. Tandis que le continuateur de Y Histoire du Querci, dont l'esprit protestant est indéniable, place ces retours innombrables à la vraie foi après la révocation de l'Édit de Nantes, et les attribue à la pression morale et à l'horreur de la persécution, des témoignages contemporains irrécusables fixent aux conversions une date bien antérieure à cette fameuse révocation et découvrent d'autres mobiles. C'est au mois d'août qu'elles s'opérèrent ; la révocation de l'Édit est du mois d'octobre suivant. Quant à la manière dont elles s'effectuèrent, écoutons un des principaux acteurs : t Au mois d'aoust 1685, il arriva un changement que l'on ne peut attribuer qu'à un miracle visible de la grâce. J'avois eu quelques entretiens par écrit avec quelques ministres; M. Darassus, l'avocat avec lequel j'étois lié d'une amitié particulière depuis plusieurs années, en estoit l'entremetteur. De sorte que comme leurs écrits ne les satisfaisoient pas, et que je le voyais pancher du costé de la réunion, je luy
fait porche et façade, et lui donne un caractère de style renaissance. La réparation fut faito sous la cure do M. Boislong, au moyep de quêtes, souscriptions et loteries. Les travaux furent exécutes d'après le plan de M. Alexis Garde lie, architecte de la ville.
* Relation tommairede$ convenions de Montauban du 29 août 1685. (Arch. départ J
en parlay si souvent, qu'il me dit un jour que ce qui le retenoit, ainsi que plusieurs autres, estoit que chacun regardoit qui romproît la glace le premier. Je luy répondis qu'il estoit aisé de remédier à cette primeur, et que pour cela nous n'avions qu'à faire une liste des bien intentionnez, afin de les. porter à s'assembler et à se convertir tout à la fois. L'expédient luy plut; nous fismes et refismes plusieurs fois cette liste. Et comme nous crûmes que M. Satur, qui est un avocat célèbre, donneroit un grand poids à cette affaire, je m'adressay à M. Le Franc et à M. Grimai, conseiller de la Cour des Aydes, et ses amis familliers. Leur négociation réussit, il se mit de la partie avec plusieurs autres personnes de sa connoissance. Je ne m'arreste pas aux divers obstacles que nous rencontrâmes dans l'exécution d'un si saint projet. Il ne se fait rien de bien sans contradiction '. »
23. La contradiction qu'éprouva le plan si sagement conçu et conduit par le narrateur, devait provenir très probablement des bruits que certains intéressés faisaient courir. Avant ce mouvement de retour, les plus ardents calvinistes avaient essayé de soulever les masses, à la pensée que les troupes royales allaient venir prendre logement dans leurs maisons. C'était au mois d'août; il fallait faire briller aux yeux les poignards d'une nouvelle Saint-Barthélémy ! Sur l'annonce que le bataillon attendu c n'arriverait pas de sitôt, » ils se hâtèrent d'entraver le projet de réunion, en faisant dire à l'intendant c qu'ils obéiraient toujours au Roy, leurs consciences sauves 2. » L'ordre vint cependant de loger les troupes chez les religionnaires ; presque aussitôt entra le marquis de Boufflers à la tête de c deux régiments d'infanterie et de quatre compagnies de cavalerie. » Les indécis résolurent en conséquence de poursuivre leur plan, de s'assembler. « Je le communiquay à notre Prélat,
1 Récit de ce qu'a esté. . ., p. 52.
* Helation tommaire des conversions.
qui en fut charmé, poursuit l'historien Le Bret. Il en parla à M. de la Berchère, alors notre intendant, et leur en obtint la permission f. » D'après la Relation « M. l'Intendant donna ses soins pour cela, et pour s'assurer des bonnes intentions de ceux qui dévoient y entrer. En sorte qu'après avoir conféré plusieurs fois avec le marquis de Régniez et le baron de Villemade, et exhorté tous les autres en particulier à prendre une résolution aussi nécessaire pour leurs consciences, qu'elle seroit agréable au Roy, lesquels avoient été disposez d'ailleurs de longue main, par les soins de M. l'Evêque de Montauban, il accorda la permission de tenir une assemblée le vingt-troisième de ce mois, pardevânt le sieur Laccary, président à l'élection de Montauban, au nombre de trente des principaux de la ville, qui luy avoient assez ouvert leurs sentimens ; lesquels s'étant assemblez délibérèrent seulement de demander à M. l'Intendant de continuer l'assemblée, et de la rendre plus nombreuse; ce que M. l'Intendant leur accorda. Le bruit s'en était répandu, et plusieurs bien intentionnez s'y étant présentez, elle fut grossie jusqu'au nombre de cent quatre-vingts.
24. c II y eut d'abord, poursuit le rapporteur, plusieurs propositions faites dans cette assemblée de chercher des tempe* ramens et des adoucissemens pour rentrer dans l'Église, mais le sieur Satur s'étant déclaré, et leur ayant fait voir leur erreur, comme aussi en même temps le marquis de Régniez 2 et le baron de Villemade, leur opinion et leur exemple emportèrent le reste de ceux qui estoient presens; lesquels avant de sortir rédigèrent et signèrent une délibération de rentrer sous le glorieux règne du Roy, dans le sein de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, où ils vouloient vivre et mourir3. » Et
< Récit de ce qu'a esté..., p. 53.
1 On a vu en son temps que ce fui un membre de cette famille qui introduisit en quelque sorte le protestantisme dans nos murs, au lendemain de la SainU-Barthôlemy. Dieu voulait qu'un descendant de celte grande maison fût a la tôle du mouvement de conversion, et signât le premier l'acte d'abjuration.
8 » Us délibérèrent unanimement, dit Le Bret, qu'attendu qu'hors de l'Église il n'y a point de salut, et que leurs auteurs* s'en estoient séparez si mal à propos, ils vouloient donner au
ensuite ayant été chez M. l'Intendant, conduits par le sieur Lacarry, luy rendre compte de cette délibération, ledit sieur Intendant, après leur avoit donné toute sorte de démonstrations d'une joye parfaite de leur réunion, marcha à leur tête à l'Évêché, où ils furent reçus par Monsieur l'Évêque de Montauban d'une manière qui répondoit au zèle ardent avec lequel il les avoit exhortez à cette bonne action. Ils furent à l'instant conduits à la Chapelle, où ils firent leurs abjurations, et de là M. l'Évéque étant allé à la grande église, pour y faire chanter le Te Deum en action de grâces, il y fut suivy par un très grand nombre de ces nouveaux convertis. M. l'intendant y alla aussi avec M. le marquis de Bouflers l. » Complétant ce rapport, le prévôt-historien ajoute: c Je ne puis vous dire qui d'eux ou de nous en témoigna plus de consolation. Mais autant que de nostre part nous admirions un si puissant effet de la grâce, autant de la leur marquaient-ils en estre touchez par leurs embrassemens et les autres témoignages de joye qu'ils en faisoient paroistre2. » Ensuite c le reste du jour il y eut un si grand nombre de bons bourgeois qui furent signer la délibération, et abjurer, et le peuple suivit en si grande foule, que l'on fut contraint de lever les logemens, qui venaient à peine d'être faits, et de faire camper la nuit du vingt-quatrième le régiment de la Fère, avec quatre compagnies de celuy de Dampierre, qui arrivoient de leurs quartiers 3. *
25. L'élan était donné. « Le lendemain vingt-cinquième, les conversions furent si promptes, que n'y ayant plus assez de religionnaires pour loger toutes les troupes, M. de Bouflers fut obligé de renvoyer le régiment de la Fère dans ses quartiers.
Roy cette satisfaction pendant son glorieux règne, de se réunir à l'Eglise catholique, apostolique et romaine pour y vivre et mourir, (Récit. . ,, p. 53.)
* Relation sommaire..., ib.
* Récit de ce qu'a esté..., p. 54.
1 Relation sommaire..., ib. Une copie originale, avec les noms des signataires, fait partie de la collection Forestie.
Le vingt-sixième, les conversions continuèrent encore de telle manière, que le logement ayant été donné le matin au régiment de Dam pierre, il fallut le lever, et faire camper ce régiment pour donner un prompt soulagement aux nouveaux convertis. Ce même jour vingt-sixième, M. l'Évoque fit la procession du Saint-Sacrement, peur l'ouverture des prières de Quarante heures S et un très grand nombre de convertis s'y trouvèrent avec beaucoup d'édification. Enfin, les conversions ont été si fréquentes, et continuent encore de telle manière, qu'on peut dire présentement que Montauban est tout catholique 2. » Le prévôt-historien précise davantage en complétant le rapport officiel 3. « Le reste du peuple, dit-il, tant de la
* Il faut entendre sous celte désignation tout autre cérémonie que celle qui se célèbre dans l'Église à la première semaine du Carême, et ne peut varier qu'entre les mois de février et de mars; qu'on n'oublie pas que nous sommes au mois d'août. Celte procession était donc pour un autre objet, et très probablement une manifestation à l'occasion des conversions. Nous avons parlé précédemment des diverses processions votives, fixées, soit au 20, soit au 25 de ce môme mois et rappelant divers souvenirs religieux.
1 Relation sommaire..., ibid. — On lit dans les Mémoires de Dangeau $ur Vannée 1685 ; « 2 septembre. Le soir, on apprit que tous les huguenots de la ville de Montauban s'étalent convertis, par une délibération prise en la maison de ville. » Cf. Œuvres de Lemontey, t. IV, p. 21.
1 M. Mary-Lafon conteste l'authenticité de cet écrit. On comprend facilement Ja raison qui lui fait rejeter cette pièce officiel le, pour encadrer dans son récit les relations de ces faits d après YHUtoire de la révocation de VÉdit de Nantes, par le protestant Élie Benoît, auteur dont on connaît la valeur. « De grands doutes, nous dit notre historien montalbanais, doivent s'élever, du reste, sur la réalité do cette réunion. On trouve bien dans les Archives municipales do Montauban, registre de police 168."), f» 66 et 67, une sorte do procès-verbal qui présente les faits à peu près de la mémo manière, mais il est d'une écriture différente, il ne porte aucune signature et n'est approuvé par aucun consul. » (P. 235-233.) Les raisons alléguées pour attaquer l'authenticité de cette pièce ne sont rien moins que convaincantes. Premièrement, on peut voir qu'il y a des « signataires, » sinon des signatures; et M. Mary- Lafon les y a vus. puisqu'il rapporte leurs noms, p. 295 de son ouvrage, noms de ceux qui sont apposés à la copie officielle portée à l'évoque et adressée au roi. Qu'y a-t-il ensuite à objecter contre la différence de l'écriture. Le secrétaire ordinaire des procès-verbaux étaitil du nombre de ceux qui faisaient partie de la réunion extraordinaire, et qui du. reste n'était ni de sa compétence, ni de celle dos consuls de la ville. C'est ici une affaire de religion et non une délibération intéressant le conseil. Est-ce que les notables qui composaient cette assemblée n'étaient pas aptos à dresser par eux-mômes le rapport de leur réunion ? Il suffit do lire leurs noms au pied du procès-verbal, et de se souvenir de ceux dos principaux auteurs de cette assemblée. Enfin, quelle nécessité d'exiger l'approbation des consuls pour certifier la vérité du récit et du fait ? Les consuls n'étaient plus dans leur domaine en pareille matière. Pour en finir, les derniers mots nous disent que les présents ont signé à la délibéra-
ville et des faux-bourgs que des lieux ci rcon voisins, suivit cet exemple. De sorte qu'en moins de douze jours nous donnâmes l'absolution à quatorze mille trois cens personnes. Ensuite de quoy nostre Prélat commit des Prédicateurs et des Catéchistes dans toutes les églises, où les Testes et dimanches ces zélez prosélytes se rendoient pour être instruits et éclaircis sur les difficultés qui leur pouvoient rester. De sorte que les églises pouvoient à peine les contenir !. » Quelques jours après, le duc d'Estrées écrivait au roi : « Nous avons eu la semaine passée la nouvelle de la conversion de toute la ville de Montauban, dont nous avons fait connaître la grandeur, l'attachement et l'opiniâtreté en tout temps à la R. P. R., ce qu'on regarde comme une espèce de miracle. Nous en envoyâmes aussitôt un mémoire à M. le cardinal Gybo, pour le faire voir au pape. Il nous manda que Sa Sainteté avait appris quelque chose et que ce lui serait une grande satisfaction d'entendre le mémoire que nous lui avions envoyé 2. »
26. Le président d'Aussonne n'avait pas peu contribué à ces heureux résultats. Aimé de sa population, au moment où la réunion des notables se préparait il l'avait haranguée en ces termes 3 : c Citoyens chers à mon cœur, votre sort affligeant m'intéresse et me touche. Mon affection pour vous est un héritage que mon père m'a transmis, et que je compte au rang de mes premiers biens. Votre repos et votre félicité furent constamment l'objet des soins infatigables de ce père vertueux, le soutien du trône et l'ami des peuples. Vous vous rappelez encore avec reconnoissance la sagesse avec laquelle il ferma le précipice que le fanatisme creusait de nouveau sous vos pas
(ion, c'est-à-dire à la copie môme qui fut adressée à qui de droit. L'acte qui reste dans nos archives n'est qu'une transcription.
« Héeit de ce qu'a esté..., p. 54.
* -Rome, vol. 2%, 25 septembre 1685.
• Cette harangue nous paraît trop dans le goût et le genre du continuateur de l'Hiitoire du Querci, pour que nous la croyons l'œuvre môme de d'Aussonne.
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égarés 4. A peine le calme avait succédé à des troubles affreux, à peine de continuelles alarmes avoient fait place à la sécurité, la discorde, secouant ses funestes flambeaux sur vos têtes, remettait dans vos mains l'étendard de la révolte, quand ce magistrat guerrier, dont la valeur héroïque avoit terrassé des sujets factieux, vous empêcha par sa modération d'en grossir encore le nombre. Emeule de ses sentimens, j'ai eu moi-même aussi ce bonheur. Zélé cependant pour la religion catholique, il brûloit d'ardeur de vous voir réunis sous ses lois. Mais cette salutaire révolution, il Fattendoit de la parole divine et de la douceur compatissante de ses ministres. En déplorant votre aveuglement, il étoit bien éloigné de vous en faire un crime. A ses yeux éclairés vous étiez plus malheureux que coupables. Combien de fois n'a-t-il pas été votre médiateur auprès du Souverain dont un zèle inconsidéré ou peut-être l'ambition ne cessoit d'irriter la colère ? Combien de fois n'a-t-il pas éteint la foudre allumée dans ses mains contre vous? Déjà brilloit une riante aurore qui sembloit vous promettre des jours purs et inaltérables. Tous les citoyens réunis couroient a l'utilité commune. Les progrès de l'agriculture, le développement des arts, la naissance du commerce, les accroissemens de la population étoient les fruits consolans de cette union qui ne permettoit plus de vous distinguer des catholiques, que lorsqu'il s'agissoit (je ne balancerai pas de le dire pour rendre hommage à la vérité) de l'emporter sur eux par votre attachement aux intérêts de l'État. Eh ! par quelle fatalité le ciel permet-il que les rois soient jamais trompés? On vous a peints à cet auguste monarque que vous avez fidellement servi, comme toujours prêts à briser le sceptre, et à secouer le joug de l'autorité. Votre religion lui a paru inconciliable avec la subordination que doivent des sujets à leur Prince. Heureuse sans doute la France, si le souffle empoisonné de l'erreur n'eût point, par de fré-
« Voir à la biographie précédente le fait auquel fait allusion le fils et successeur du premier président.
4t HSTOUIB DE L'ÉGLISE DE MONT40B1N.
quentes convulsions, troublé son harmonie et détendu les ressorts de sa constitution politique ! Ah ! s'il ne falloit que mon sang pour vous rappeler tous à la religion de nos pères, je le verserois sans hésiter ; mais je laisse à l'Être suprême le soin de vous éclairer. Je sais qu'il n'a pas dépendu de vous de naître dans la fausse religion plutôt que dans la véritable, que la force des lois est impuissante contre un préjugé succé avec le lait, et qu'elle peut tout au plus faire des fourbes et des hypocrites ou des sujets rebelles. C'est en magistrat et en citoyen que je vous parle aujourd'hui . Le Souverain a proscrit pour toujours l'exercice de votre religion. A Dieu ne plaise que je parle ici le langage de l'hypocrisie, et que je vous suggère des démarches que démentiroient vos sentimens intérieurs ! Ce seroit un nouvel outrage à la Divinité. Mais si votre esprit se refuse encore à la lumière, soumettez-vous au moins aux volontés du Monarque, et ne vous permettez aucun exercice extérieur d'un culte qui vous est interdit. Votre devoir l'exige et votre honneur même en dépend. Voudriez-vous donc, par une sacrilège résistance, vous plonger dans l'abîme des malheurs qui ont si long temps enveloppé vos pères et vos ancêtres? Sans cesse luttant contre l'autorité, ils furent en proie à toutes les horreurs des guerres civiles. Le sang ruisselant dans l'enceinte de vos murs, les édifices livrés aux flammes, les campagnes entièrement dévastées: tel fut le prix de leur zèle aveugle et opiniâtre. Ou bien irez-vous sous des lois étrangères chercher une liberté qu'on vous refuse dans votre patrie? Eh quoi ! abandonnerez-vous des femmes éplorées, des vieillards languissans, des en fans chéris, à la merci des hasards et à la vicissitude des évènemens? Que la nature triomphe aujourd'hui et nous rappelle à la soumission dont aucun citoyen ne peut jamais se départir sans crime. Peut-être qu'un jour le Gouvernement détrompé, et reconnoissant en vous des sujets fidelles, vous rendra tous les droits que donne la qualité de citoyen, et vous fera participer à toutes ses faveurs. Peut-être même que le ciel (eh ! j'ose croire
TROISIÈME PÉRIODE. — J.-B.-MICBEL DE COLBBRT (4674-1687). 43
que l'événement justifiera ce pressentiment flatteur) couronnera votre fidélité et votre obéissance, en déchirant le funeste bandeau qui vous ferme les yeux à la vérité1. » Les auditeurs enflammés par cette allocution n'eurent qu'un cri pour répondre : c Nous sommes tous Catholiques ! » Ils le devinrent, et tinrent parole.
27. Quel douloureux retour sur le passé devaient faire alors ceux qui savaient l'histoire, s'écrie Mary-Lafon ! — Oui, vraiment douloureux pour le parti calviniste, ce retour sur le passé, t Les cadavres des 16,000 assaillants de 1621 qui n'étaient pas encore entièrement consumés au pied des murs de Montauban, » étaient ceux des catholiques chassés de leur ville, volés et égorgés par les hérétiques au nom de la sainte indépendance et du libre arbitre. Si la sentinelle calviniste, du haut de la tour de Saint- Jacques, s'était un jour réjouie à voir fuir les débris d'une armée royale et catholique, comme le dit l'historien-romancier, aucune sentinelle catholique n'y monta en 1685 pour jouir du spectacle d'une population qu'il représente t pleine d'épouvante et de stupeur. * L'épouvante n'est que dans le récit de M. Mary-Lafon, pleurant sur le retour des hérétiques à la vraie foi et regrettant la disparition de « Vidée républicaine qui avait fondé * et animait la Réforme dans nos murs. Si € tout plia à Montauban » dans la noblesse et dans la bourgeoisie, s'écrie-t-il, t c'est que la colonie catholique, importée avec la Cour des aides, avait substitué au vieil esprit démocratique la soumission passive au royalisme absolu ; c'est que, timide depuis la déchéance du pouvoir, effrayée depuis les persécutions, toujours égoïste a cause de ses richesses, la bourgeoisie réformée n'avait plus d'âme, et, dans les lieux illustrés par l'épée de ses pères, se courbait vilement sous le fouet des dragons 2. » Nous
* Cf. Histoire du Querci, t. III, p. 29, 32. Au courant do ce discours le lecteur aura relevé des inexactitudes, des erreurs môme que la position délicate peu vont justifier dans l'habile et intégre magistrat. Nous ne voulons pas insister sur ces points de détail.
» Histoire d'une ville protestante, p. 238.
JV.
laissons, après cette sortie, le romancier exploiter à sa guise les romans des Dragonades, dont la saine critique a fait justice au sujet des chiffres et des faits avancés par l'école voltairienne. De l'aveu même de l'historien du Quercy, t peu des Calvinistes qui firent alors leur abjuration se parjurèrent, autant par égard pour François d'Aussonne, que par conviction et délicatesse de sentimens. En matière de religion surtout, ajoute-t-il, la douceur a toujours de plus grands succès que la violence. L'opiniâtreté des Calvinistes qu'irritoient davantage les menaces et les châtimens, céda, par un charme irrésistible, au langage insinuant d'Aussonne1, » et aux sages procédés employés par ceux qui avaient préparé les voies d'union. La cérémonie des abjurations dura plusieurs jours. Quand elles furent terminées, l'Évêque statua « qu'à perpétuité, le jour de la fête de saint Barthélémy (jour où avait commencé cette belle manifestation religieuse), il serait rendu à Dieu de solennelles actions de grâces en mémoire de ce glorieux événement, plus frappant dans Montauban que dans les autres villes du royaume. » Cette mémoire en fut faite régulièrement par le chant du Te Deum, jusqu'aux jours néfastes de la grande Révolution.
28. L'exemple donné par notre ville épiscopale et dans les alentours porta d'heureux fruits. Il jeta « tant d'éclat, que la Gascogne, l'Agenois, le Périgord, le Quercy, le Roùergue et le Languedoc, excitez par un si grand exemple, n'y purent résister2. * Et, en effet, ajoute le rapporteur : t Pendant que ces choses se passoient à Montauban, les lieux voisins, où il y a des Religionnaires, et en aucuns desquels M. de Bouliers avoit fait marcher quelques troupes, se sont aussi presque tous convertis par des délibérations publiques, à l'exemple de cette ville, par le zèle et les soins de M. l'Évêque de Cahors, qui s'est rendu en plusieurs de ces endroits qui sont de son diocèse, pour les exhorter à une prompte conversion ; en sorte que
i Tom. III, p. 38.
3 Récit de ce qu'a eMè..., p. *»4.
TROISIÈME PÉRIODE. — J.-B.-MICHKL DE COLBBRT (1674-4687). 45
Ton peut compter que depuis le vingt-deuxième d'aoust, jusqu'au vingt-huitième, il se trouva plus de dix-sept mille personnes de converties; sçavoir neuf mil six cens à Mon tau ban, et le reste dans les lieux voisins, qui sont Gaussade, Realville, Bourniquel, Saint-Antonin, Bieùlé, Albias, Nègrepelisse, le Maz-Grenier, et quelques autres !. » Le même élan fut donné au Rouergue, et les protestants de Saint-Antonin et de Caylus, s'unissant à ceux de cette contrée, qui étaient au nombre de 8,000, firent leur abjuration en cinq ou six jours2. Les autres provinces les imitèrent t avec tant de succez, qu'on peut dire qu'en sept à huit mois la France ayant paru toute catholique, le Roy prit ce temps pour révoquer l'Édit de Nantes, et par ce moyen tout exercice de la Prétendue. Réforme 3. »
* Relation sommaire des conversions.
* Relation succincte des conversions du Rouergue; Cf. Histoire du Calvinisme, par l'abbé Soulior, p. 607, 608. — Voici quelques chiffres officiels qui feront juger du nombre de conversions opérées dans la majeure parlie de notre diocèse. L'intendaut de Languodoc, Lamoignon de Bas ville, dans un tableau qu'il a dressé pour les 23 diocèses du ressort do son intendance, donne pour :
Le bas-Montauban, nouveaux convertis 1,240
Dans Mon tau ban même (ville ne faisant pas partie du
Languedoc) 9,600
A ce chiffre ujoulous { Dans les lieux voisins du Quorcy, tels que Caussado,
Realville, etc 7,700
Dans notre partie du Rouergue 800
Total 19,340
Ne sont pas comprises dans ce total les conversions qui eurent lieu dans notre partie diocésaine appartenant alors au Toulousain, à l'Albigeois, au Gers el a l'A gênais.
Si à ce chiffre de 19,310 convertis nous ajoutons le nombre officiel des catholiques existant déjà avant redit, dans les principaux centres de notre diocèse, nous avons un total de près de 60,000 catholiques, ainsi répartis :
Bas-Montauban: Gentilshommes, anciens catholiques, par tôle de famille 62, a une moyenne de 4 personnes par famille 248
Bas-Montauban : Simples habitants, anciens catholiques * 34,396
Ville de Montauban : 90 gentilshommes, à 4 personnes par famille 760
Anciens catholiques 35,404
Nouveaux convertis 19,340
Total général 54,744
* Récit de ce qu'a esté,.., p. 5J.
29. Louis XIV trouvait le moment favorable pour accomplir ce grand acte qui a suscité tant de querelles, de blâmes et d'écrits* Sans prétendre discuter les torts ou les raisons de cette suppression au point de vue politique, nous dirons avec un auteur, que certesTon n'accusera pas de partialité, qu'après c la victoire sur les ennemis du dehors, le roi songeait à vaincre les vieux adversaires du gouvernement catholique, tes proiestants formaient le véritable parti de l'étranger. Toutes les fois qu'il y avait eu péril pour la monarchie et coalition de ses ennemis, les huguenots avaient pris feu pour la Hollande et l'Angleterre. Il n'y avoit pas de sécurité dans le royaume tant qu'ils n'étoient pas proscrits.,. Il ne faut pas croire d'ailleurs, ajoute le môme écrivain, que cette mesure de la révocation de l'Édit de Nantes inspira aux générations contemporaines les sentiments de réprobation générale qui, plus tard, éclatèrent1. La société vit proscrire les protestants sans regret, parce qu'elle les sçavoit dangereux. » Une voix s'éleva contre de pareilles mesures, aussi bien que contre les arrêts qui les avaient précédés. Ce fut celle du pape Innocent XI, que la plupart des histoires, même classiques, chargent cependant de la responsabilité de cet acte, t La réunion de tous les protestants de France à l'Église romaine est sans doute un ouvrage qui aurait acquis au roi une gloire immortelle, si la manière dont on a entrepris d'exécuter ce grand dessein ne l'avait flétri2, > lit-on dans une réponse à l'avocat-général Talon, qui dans ses invectives furibondes voulait faire passer Innocent XI pour hérétique. Annalistes, poètes, romanciers, chansonniers ne se lassaient de critiquer, dans leur prose ou leurs vers, cette conduite du Souverain- Pontife, tant ils trouvaient de justice et de raison dans la
* Surtout dans le XVIIi* siècle. — Par contre, Mma do Sévignê écrivait à son cousin le comte de Bussy : « Jamais «ucun roi n'a fait et no fera rien de plus mémorable. » Cf. aussi Fléchier et Bossuet dans les Oraisons de Letellier ; II. Sismondi, Mm« de Gaylus, M»« de Main tenon, etc..
* Réflexion sur le plaidoyer de M. Talon, brochure imprimée en 1688, et recueillie dans les portefeuilles de Harlay. Mss. 179, 4 vol. (Cf. Gérin, Recherches sur V Assemblée, p. 321.)
résolution prise par le roi *. L'Église aima toujours mieux encourir de pareils blâmes que souscrire aux actes d'injustice et de despotisme quel que soit le personnage qui les ordonne. La révocation de l'Édit de Nantes était sans doute un acte d'intolérance ; mais les protestants et leurs défenseurs ont-ils tant à blâmer la joie immense qui éclata au sein des populations catholiques, principalement dans notre province ? Ces populalations pouvaient-elles oublier ces guerres si longues et si cruelles enfantées par l'hérésie et soutenues par l'étranger? N'avait-on pas présent à la mémoire le nombre presque incal-
» Dans ses Lettre* au prince de Conti et au duc de Vendôme, La Fontaine, indigné de l'opposition du Pape, disait :
Le Pape empire tous les jours ;
El ailleurs :
Nos soin*, de terreur triomphants, Ne font qu'augmenter sa colère Contre Vaine de ses enfants.
Le chevalier de Silleri En parlant de ce Pape-ci Souhaitait pour la paix publique Qu'il se fat rendu catholique, Et le roi Jacques, huguenot.
Je trouve assez bon ce mot.
Louis a banni de la France L'hérétique et Ires-sotte engeance, etc.
Daunon, dans son Essai sur la puissance des Papes, I, p. 254, assure que Racine lui-môme fait allusion au môme pape, pour les mômes motifs, dans ces vers du prologue d'Estber :
Et l'enfer couvrant tout de ses vapeurs funèbres, Sur les yeux les plus saints a jeté les ténèbres.
Le dernier éditeur de Racine, Paul de Mosnard, confirme l'opinion de Daunon. (Cf. Gérin, p. 319-320.)
A la date du 27 octobre 1685, les Nouvelles du temps disent. ■ Le Pape ne reçoit pas fort bien les nouvelles de toutes les conversions qui se font en France, et a môme dit qu'on se relevait d'une erreur pour retomber dans une autre. » Six jours après on remarque : « Le Pape ne se peut contenter de la manière que se font les conversions en France, et dit que c'est mettre la main à l'encensoir. » (Usa. fr. 10,265.) Dans ses Mémoires (p. 67) Le Gendre s'écrie: « Le croira-t-on, ce sera sans doute avec peine : cependant la chose n'est pas moins vraie. Quelque joie qu'eussent les catholiques d'un si heureux événement, on ne s'en réjouit guère à Rome, Innocent XI moins qu'un autre. * —Cf. le savant article de H. Charles Gérin : Le pape Innocent XI et la révocation de ledit de Nantes, dans la Bévue des questions historiques, t. XIV, p. 377.
culable de catholiques égorgés sans défense4. Les huguenots avaient-ils jamais respecté les opinions catholiques? Dès Tannée 1560 ne les voit-on pas se ruer en armes dans toutes les églises, briser les tabernacles, fouler aux pieds ou livrer à des animaux l'hostie consacrée, renverser les autels, violer la paix et les cendres des tombeaux, et démolir ou incendier les monastères après les avoir pillés? N'est-il pas attesté par leurs propres Mémoires que, dans les villes dont le sort des armes les rendait maîtres, ils avaient offert aux populations catholiques le choix entre la mort et l'adoption des doctrines de la prétendue réforme? Les ministres ne faisaient-ils pas retentir les voûtes de leurs temples, nos anciennes églises, de ces harangues sanguinaires dans lesquelles ils répétaient sans cesse que le peuple de Dieu devait exterminer les Amalécites, les Amorrhéens et les fils de Moab? Et sous ces noms ne désignaient-ils pas les catholiques? Qu'étaient leurs synodes, leurs prêches, leurs colloques? Avec quels étrangers, ennemis de la France, n'ont-ils pas entretenu des relations et fomenté des révoltes? Et leurs écrits! t II faut bien dire que la presse huguenote n'avait rien respecté. Jamais il ne s'était vu un tel débordement de doctrines anti-royales et anti-catholiques. C'étaient les pamphlets du XVI6 siècle, avec plus de hardiesse encore *. > Ces seuls délits contre la religion et le pouvoir auraient justifié, dans la pensée du monarque, la mesure extrême à laquelle il eut recours.
30. Ne tenant pas plus compte des défenses que des concessions qui leur étaient faites par redit de Fontainebleau ', bon
* De 1560 jusqu'en 16*28 les calculs de ces égorgements faits en Languedoc proprement dit, dans l'Agenais et le Rouergue, atteignent le nombre de plus de 67,000 prêtres, vieillards, femmes ou entants. Le chiffre des hommes catholiques tués en combattant ou lâchement égorgés après s'étro rendus, s'élève, dans la même période de temps, à 140,000. (Cf. Histoire de Languedoc, t. X, p. 211.)
s C'est l'auteur non suspect, Capeflgue, toc. tnp. cita. Après la révocation de l'Édit, les recherches faites chez les nouveau i convertis fournirent plus de 2,800 volumes sortis des presses protestantes, qu'on livra aux flammes. Rien de plus infâme que ces écrits. (Cf. Histoire de Langtiedoc, t. X, p. 211.)
• Le 10« article de l'édit portait : • Faisons très expresses et itératives, deffenses à tous nos sujets de ladite R, P. R. de sortir eux, leurs femmes et onfans de notre dit royaume, païa et
nombre de familles protestantes émigrèrent 4. Les ministres de Montauban et du reste du Quercy se retirèrent dans la Hollande, qui depuis longtemps leur tendait les bras et leur promettait un asile assuré. L'année d'après éclatait la fameuse ligue (FAugsbourg. Grâce à ces soi-disants patriotes, les envahissements étrangers se produisirent de tout coté à la fois. La France, menée par Louvois, dut déclarer la guerre à tout le monde simultanément, pour aller perdre bientôt de sa dignité, de sa grandeur et de ses forces sur plusieurs champs de bataille. En voulant faire la guerre à l'hérésie, le violent et fougueux ministre arrêta, pour quelque temps, la ferveur des conversions. Dans le diocèse, a ce moment, tout favorisait l'avancement de la religion et le bien-être des habitants. L'évêque venait d'obtenir du roi des secours pour exécuter le projet de son prédécesseur, l'édification d'une église cathédrale. La réalisation devait toutefois en être réservée à son successeur * .
terres de nôtre obeïssance, ny d'y transporter leurs biens et effets, sous peine pour les hommes des galères, et de confiscation de corps et biens pour les femmes. • Aux termes du 12* ils pouvaient: « en attendant qu'il plaise à Dieu les éclairer comme les autres, demeurer dans les villes, lieux de nôtre royaume, païs et terres de nôtre obéissance, et continuer leur commerce, et jouir de leurs biens, sans pouvoir estre troublez ny empêchez sous prétexte de ladite R. P. R., à condition, comme dit est, de ne point faire d'exercice ny de s'assembler sous prétexte de prières ou de culte de ladite religion, de quelque nature qu'il soit, sous les peines ci-dessus, de confiscation de corps et biens. > L'article 9* permettait encore à ceux qui avaient émigré avant la publication de l'édit, de rentrer daus un délai de 4 mois, et de reprendre possession de tous leurs biens.
* On a victorieusement réfuté les exorbitantes exagérations sur le nombre des ômigrants calvinistes. Alors que Voltaire et son école ne parlent de rien moins que de 600,000, les calculs officiels, pays par pays, ont à peine donné un total de 48,900. (V. Apologie de Louis XIV, p. 85 et suiv.) Le zélé prolestant Benoist lui-môme, dans son Histoire de la révocation de VÉdit de Nantes, fixe a 50,000 le nombre des émigrations qui suivirent la publication de l'édit. En résumé, toutes celles qui eurent lieu dans la France entière, depuis 1685 jusqu'en 1750, arrivent tout au plus à 120,000. Avec sa critique ordinaire l'historien du Quercy (III. p. 39) nous dit que tandis que « 500,000 allaient augmenter les forces de son voisins, la religion protestante persista dans le cœur de plus de 400,000 qui n'abandonnèrent point leur patrie. • Voilà donc un million de protestants après la révocation de l'édit de Nantes. Il n'y eut donc pas de conversions, puisque les documents officiels n'accusent qu'un million de citoyens français professant cette religion I Ce dernier chiffre est relaté dans les procès- verbaux do 1597, 1598, aussi bien que dans l'ouvrage de Benofsl, t. IV, M partie, p. 414.
' Les auteurs du Gillia ont laissé se glisser cette erreur dans leur ouvrage : Cathedralem eeeletiam inchoavit, alors qu'ils disent d'Henry de Nesmond, successeur de Colbert : Eeeletiœ tuœ cathedraUt fundamentajedt.
Tohe IL IV. 4.
50 HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE MONTA lTBAN.
Au mois de mars les Jésuites avaient été confirmés dans la possession et direction du Collège, avec exclusion formelle de l'éducation mi-partie que les protestants prétendaient y faire donner. Ceux-ci j obligés de transporter leur Université à Puylaurens '„ protestaient de leurs droits et plaidaient contre le factum du syndic du chapitre de Lavaur, démontrant l'illégalité de cette installation dans ce diocèse. Pour les débouter de leurs prétentions, le syndic prouva que cette Université, transportée à Puylaurens en \ 1659, n'avait pas été établie légitimement dans la ville de Montauban, et qu'ainsi son existence était nonseulement irrégulière, mais encore opposée aux lois formelles de l'État. Lorsqu'en effet Henri III octroya les lettres-patentes d'érection d'un Collège dans notre ville épiscopale, en 1579, il fut expressément formulé que « la nomination des régens étoit à la nomination de l'Évêque et des consuls. > Cette clause précisait donc un Collège catholique. Les pouvoirs donnés n'étaient que pour « les lettres humaines et les arts libéraux. » En conséquence, ce Collège eût-il été même concédé à des huguenots, ils ne pouvaient y enseigner la théologie. Comment donc s'introduisirent-ils un jour dans ce Collège, de fondation et de destination catholique? Nous l'avons vu2; ce fut par le fait d'une délibération du consulat mi-parti. Cet acte avait-il force de loi? Loin de là. Ainsi établie par mode d'usurpation, l'Académie protestante « fut un attentat à Tauthorité souveraine, » comme le démontre le rédacteur du factum, qui n'est autre que le savant auteur de Y Histoire du Calvinisme, l'abbé Soulier 3. Lorsque, forcé par les circonstances, le roi Henri IV accorda aux huguenots des subventions pour l'entretien de leurs garnisons et leurs affaires secretles, les ministres et anciens des consistoires résolurent, dans une assemblée tenue à Montpellier (mai 1598), d'établir, à Y aide de ces fonds, deux
« Ci-avant, biographie de Berlier, p. 28-?9. ' Ci-dessus, biographie de Murvieh 1 39. » Voir cet ouvrage, p, 555, 563.
Académies, Tune à Saumur et l'autre à Montauban. Jamais lettres-patentes ne vinrent confirmer cette fondation. Au contraire, lorsque la délibération de rendre cette Académie mipartie, prise par le consulat montalbanais, fut présentée à Louis XIII, il fut répondu par le Conseil d'État (14 février 1634) qu' « on nr, devoit rien changer ny innover, et ordonné qu'elle demeureroit dans le même état. » Toutefois les protestants se flattèrent que leur Académie était reconnue et approuvée, au moins implicitement, par le fait même de la translation à Puylaurens, ordonnée officiellement le 12 décembre 1659. Cet argument d'induction est on ne peut moins concluant. Le roi trouvait alors une Académie établie et fonctionnant ; son but étant de faire cesser les troubles qu'elle occasionnait, sans s'occuper si l'établissement en était régulier ou non, il lance un ordonné de translation qui avait pour fin de surseoir, jusqu'au moment qu'il jugera convenable, à l'application de l'arrêt porté par son prédécesseur. Le moment était venu. Louis XIV fait demander aux protestants les titres qui établissaient leuts droits à l'Académie et à la perception des revenus affectés aux professeurs. Vu l'impossibilité dans laquelle ils se trouvent de les présenter et de les faire valoir, t le Roy estant en son Conseil... fait tres-expresses inhibitions et deffenses à tous ministres, regens, professeurs et à toutes autres personnes de la R. P. R. d'enseigner dans le Collège de ladite ville de Montauban, sur peine de désobéissance. Ordonnons que les Pères Jésuites qui enseignent dans ledit Collège de Montauban jouiront deffinitivement de tous les revenus qui sont affectez aux professeurs et regens dudit Collège ; avec deffenses à toutes personnes de quelque qualité et conditions qu'ils soient de les y troubler ; et ayant égard à la demande dudit syndic du clergé du diocèse de Lavaur, Sa Majesté a éteint et supprimé le Collège ou Académie de ceux de la R. P. R., présentement établie en la ville de Puylaurens ; fait tres-expresses inhibitions et deffenses à tous ministres, professeurs, regens et à tous autres de ladite
religion, d'y enseigner aucune science ny langue, soit publiquement, ou en allant dans les maisons particulières, sur peine de désobéissance et de trois milles livres d'amende *. »
31. Cette mesure, étendue à plusieurs autres Académies, préparait le décret par lequel toutes les écoles de France furent confiées aux ecclésiastiques (11 juin 1687). De Colbert, qui avait tant favorisé l'éducation, ne devait pas en voir les heureux effets se réaliser dans notre diocèse. En vertu d'un arrêt royal daté du 6 juin 1686, il est nommé abbé commendataire du Mas-Grenier3, et, le 15 août de l'année suivante3, Louis XIV le plaçait sur le siège archiépiscopal de Toulouse, laissé vacant par la mort de Joseph de Montpezat de Carbon. Ces titres ne devaient être ratifiés que six ans plus tard. Le Souverain-Pontife attendait que la fille aînée de l'Église revînt de ses égarements, pour consacrer des actes posés par l'autorité royale. Trente-cinq évêques nommés par le roi attendaient leur institution canonique. Louis XIV ouvrit les yeux et reconnut ses torts. Il commença par permettre aux évêques qui n'avaient pas fait partie de l'Assemblée de 1682, de solliciter leurs bulles. Bientôt après, sur la demande réitérée d'Innocent XII, il consentit à la rétractation de ceux qui avaient eu le tort de se jeter dans cette révolte 4, et fit aussi exprimer ses regrets et ses excuses pour la part qu'il avait prise à la trop célèbre Déclaration. Notre évêque se rétracta et déclara nuls les décrets
* t Fait au Conseil d'État du Roy, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le 5 mars 1685. Signé Phelippeaux. » (Cf. l'ouvrage de M. l'abbé Soulier, p. 062, 663.)
* Nommé à cette commende à cette date, il n'y fut reconnu par le Souverain-Pontife que le 5 mars 1694. C'est donc faussement que le Gallia nous dit que Colbert était revêtu de cette charge lorsqu'il fut nommé à notre ôvôchô : Abbasque MansirGarnerti, nomînatics e$t a rege episcopus Montalbani. (T. XIII, col . ?55.)
* Il faut encore ici relever une erreur du Gallia; elle n'est très probablement que typographique. On lit: 15 aprilis, pour augusti. Cette vraie date est du reste consignée a la col. 71.
* Nous renvoyons à l'ouvrage de M. Gôrin sur V Assemblée, pour les preuves qui établissent que Louis XIV était parfaitement au courant de la rétractation des évoques. Les tièces sont là pour démontrer que le texte de la protestation fut débattu entre les deux cours (p. 413, 4.')0),
qu'il avait signés dix ans avant, contre l'autorité du Souverain- Pontife. Sa nomination à la chaire métropolitaine fut présentée le 5 octobre 1693 au Saint-Père, qui l'agréa le 12 du même mois. Il prêta serment entre les mains du roi, et reçut lepallium le 9 novembre. L'entrée solennelle à Toulouse fut remise jusqu'au 7 février 1694.
Nous n'avons pas à suivre Colbert dans cet archidiocèse, où il eut de fréquentes difficultés avec le parlement, le chapitre et le clergé tant régulier que séculier, à cause surtout des impôts excessifs exigés par le roi '. Mais nous ne pouvons passer sous silence la fondation d'un obit qu'il fit à notre églisecathédrale. Plusieurs fois les syndics, les trésoriers du chapitre et les receveurs laïques délivrèrent quittance pour cette charge, à laquelle on dut satisfaire jusqu'à la grande Révolution *. Agé de 7i ans, il mourut, le il juillet 1710, à Paris, où il s'était rendu pour l'assemblée du clergé. Le chapitre de la capitale, auquel il avait appartenu avant sa promotion à l'épiscopat, et dont il était encore chanoine d'honneur, voulut faire les frais de ses funérailles. Par les soins de ces chanoines il fut enseveli dans l'église des religieux Minimes de la place Royale, le dimanche 13 juillet3.
Doué de grandes qualités, profondément dévoué à son Église et dévoré du zèle de la maison de Dieu, Jean-Baptiste-Michel
* ■ Multas habuit cum senatu altercation es necnon cum capitulo, imo cura omoi pêne clero tura seculari tum regulari, maxime ob tributa pro rege ultra modum exacla. » (Galtia, t. X III. col. 71.)
' Cf. Archives départementales, série G-, 149 et 152, quittances de Pichenot, trésorier, et de Buscon, an. 1700-1705 et 1713-1716.
s Le rédacteur des petites notices biographiques de nos évoques, publiées dans l'ancienne Semaine catholique du diocèse, a fait une découverte que nous ne devons pas passor sous silonec. • Il (Colbert) a laissé, dit-il, un onvrage intitulé : Explication des maximes des Saints sur la vie intérieure. • Jusqu'à cette révélation, nous avions toujours attribué cet ouvrage assez connu, à l'illustre Féoelon. Quant aux rapports entre Colbert et ce livre, ils consistent tout simplement en ce que dans une réunion des évoques de la province, tenue en 1699, il souscrivit avec obéissance et respect la constitution pontificale qui condamnait YExplmtion des Maximes.
de Golbert avait eu le malheur d'appartenir a une famille de ministres et de hauts fonctionnaires d'État, dans un siècle où le chef du pouvoir était trop ébloui de sa gloire et de sa grandeur.
Colbert portait dans ses armes : t D'or, à la couleuvre d'azur posée en pal ! . >
Bois contemporain de Golbert. — Collection Forestié.
* Ou voit facilement le sens des armes parlantes de cette famille: Colbert, Colubcr. Un moine défroqué, passé au protestantisme, usa de cet emblème pour insulter, dans un de ses écrits, un membre de celte famille, son ancien supérieur dans Tordre des Prémontrés. Il l'appelle : Venenatmimum colubrum. (Cf. Commentaire sur le De scriploribus ecclesiasticis, par Casimir Oudin.) La noblesse et l'illustration do celte famille n'est pas aussi ancienne qu'on a voulu le dire. Certains ont bien essayé do rattacher celte maison aux Cothbert d'Ecosse, dont on a retrouvé, dans l'église des Cordeliers de Reims, une pierre sépulcrale portant récussoii à la couleuvre tortillée en pal; mais los recherches généalogiques les plus sérieuses et les mieux établies démontrent la fausseté de celte filiation. Un certain Jean Colbert. maçon, établi à Reims, en 1189, fut la tige de cette famille de riches commerçants, dont les premiers membres qui prirent une qualification nobiliaire ne remontent qu'à 1599, et pour la branche directe de notre évoque à Oudart, sieur de Ville-à-Cerf, conseiller-secrétaire du roi (30 juin 161?). Ce dernier, non moins que le ministre-financier Colbert, rappellent souvent dans leurs écrits leur origine roturière. Pour s'édifier sur tous ces points, Cf. Lettres, instructions et mémoires de Colbei% publiées par ordre de l'empereur, par M. Pierre Clément; Histoire de la vie et de l'administration de Colbert, par le môme ; Histoire de la monarchie française, t. IV ; Note pour la famille Colbert, publiée en 1863 et signée N. Colbert. — Le sceau qui est apposé à l'Ordonnance ci-avant relatée, p. 4-5, est surmonté d'une couronne de marquis, combinée avec les fleurons portés par les évoques-seigneurs de Monlauban. La légende est ainsi courue: f JOAN. BAPT. COLBERT. EPVS. ET. DOM. MONTIS ALBANI.
NOTICE EXTRAITE DU GALLIA CHRISTIANA