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Tome II. IV

66 HISTOIRE DE l/ÉGUSB DE MONTAUBAN.

trateurs nommés par le chapitre pourvoyaient aux collations et provisions des cures et bénéfices1. Ils eurent aussi à faire procéder à un inventaire général de l'argenterie de chacune des églises, chapelles et communautés religieuses du diocèse. Cette mesure était imposée pour tout le royaume. Le roi voulait-il se rendre compte de la valeur immobilisée dans ces objets destinés au culte, et au besoin connaître les ressources qu'il pouvait en tirer pour l'entretien des 350,000 hommes mis sur pied, et formant les cinq armées de Flandre, du Rhin, d'Italie, des Pyrénées et de la Bretagne? — Ce n'était pas la première fois que les rois avaient fait ces calculs, et que les vases sacrés étaient tombés dans le trésor royal. — Voulait-H seulement s'assurer de l'exactitude des receveurs royaux chargés de fournir au temporel des églises? Quoique moins probable, cette supposition peut être faite, si l'on ne perd pas de vue la situation dans laquelle Louis XIV se trouvait vis-à-vis de l'Église. La cour romaine lui contestait toujours son droit de régale ; lui, tenait à remplir ses obligations comme décimateur du clergé. Il cherchait aussi un rapprochement avec Rome, et à faire oublier le mauvais effet produit par les délibérations de la trop fameuse Assemblée. — Chaque paroisse répondit à la demande qui lui avait été adressée, et les quelques déclarations qui sont encore conservées dans les archives, nous donnent une idée de la pauvreté de nos églises et des ecclésiastiques au sortir des guerres de religion.

c Veus les ordres à nous envoyés par Mrs. les vicairesgénéraux de Mon tau ban, le siège vaquant, portant injonction de déclarer toute l'argenterie qui peut estre dans nostre église de Maignanac dédiée à saint Pierre. Nous, pour satisfaire au désir et exécuter la volonté de nostre invincible monarque, avons déclaré et déclarons que nous avons dans nostre église une croix qu'on porte aux processions, deux calices avec leurs

* Cf. Archives départementales, série G, registres des insinuations relatifs a ces années.

TROISIÈME PBRfODE. — HENRY DE NKSMOND (4687-1703). 67

patènes, un ciboire et un soleil sans pied, nous servant pour ledit soleil du pied du ciboire; déclarant en outre que nous n'avons pas d'autre argenterie dans noslre église. — À Maignanac, ce sixième avril mil six cens nonante. Dalguel, prêtre dudit lieu. »

François de Mat ras, « curé des églises de Verlhac et Bonrepaux, son annexe, déclare qu'il n'y a dans chacune desdites églises que un ciboire, un calice et un soleil. » 17 avril. — Item pour Villebrumier ; déclaration du curé Monlong, datée du 15 avril.

- M. Borios, recteur de Mézens, déclare que t la vaisselle d'argent de l'église paroi ssiel le de Mezens consiste en un calice avec sa patène, un ciboire et un rayon sans pied ; celle de la chapelle de Notre-Dame de Rimoule, en un calice avec sa patène. » Déclaration du 17 avril.

AVarenues et Puylauron, son annexe, c il n'y a que deux calices avec leurs patènes, un ciboire, un porte-Dieu et petit reliquaire. > Déclaration du curé Magniaut, 25 avril.

M. Lestang, curé de Bondigous, déclare, le 15 du même mois, n'avoir dans son église < qu'un calice, un ciboire, un soleil et une croix d'argent. >

A Saint-Pierre de Craquettes, « un calice avec patène, et un ciboire. * Dans son annexe, Notre-Dame de Grâce, item. Le recteur Merle, 47 avril.

La paroisse du Terme possède € un calice, un ciboire, un soleil et une croix d'argent. * Déclaration du curéKourès, 16 avril;

A Beauvais et son annexe de Labejau, il n'y a qu'un calice et un ciboire pour chaque église. Decâmps, curé; 18 avril.

Le même jour, le curé de Gimat, Amouyn, déclare ne posséder dans son église qu'un calice, un ciboire et un soleil ; item pour Esparsac, son annexe, avec une croix servant aux processions.

M.Gerle, curé de Montgaillard et de l'annexe Sainte-Cathe-

JV.

rine de Chaulet, déclare qu'il n'y a dans ces deux églises c autre argenterie qu'un calice et un ciboire d'argent en chacune d'icelles, et que moymesmes j'ay achepté bien au prix de vingt escus de mes propres deniers, du temps de mon installation au bénéfice ; ce 28 avril. *

Le 17 du môme mois, Antoine Cadous, curé de Lavinouze et de l'annexe Mondurausse, certifie ne posséder que « deux calices et un ciboire. »

À Notre-Dame d'Àlem, sur la paroisse de Saint-Jean , le curé de Castelsarrasin s'est fait présenter l'argenterie par les marguilliers. Elle se compose de c six lampes d'argent de différentes grandeurs, deux couronnes, deux petits cœurs et trois paires figures d'yeux, le tout en argent. > Le curé étant absent, il n'a trouvé dans l'armoire ad hoc, que deux petits calices d'argent. Jullia, prêtre 4 .

8. Nos églises, on le voit, avaient à peine de quoi se suffire. Le peuple était presque réduit à la misère, car les hommes valides étaient sous les drapeaux et les impôts fort lourds. Mais lorsque le foyer de la guerre se concentra sur l'Espagne, les Quercinois saisirent cette circonstance avec avidité. Ils s'emparent des objets de consommation nécessaires aux troupes. L'argent circule alors avec abondance, et se répand dans les mains du cultivateur et de l'ouvrier. Par suite, le commerce s'accrut et donna de l'aisance surtout au parti protestant, qui applaudis* sant à toutes les guerres que le roi avait à soutenir, se jetait dans les spéculations et se tenait prêt k prendre la revanche* Leur ministre-prophète Jurieu n'avaitàl pas prédit « la fin du Papisme pour l'an 1690 2! * Le nouvel intendant, Lambert d'Herbigny, successeur d'Urbain Le Goux de la Berchère, en 1692, fit tous ses efforts pour que la richesse rentrât

* Ces diverses déclarations existent aux Archives départementales, série G, liasse 12. — Cette dernière est adressée sous lettre scellée d'un cachet de cire rouge à < Monsieur Deshayettes, vicaire-général. »

» Avis & tous tes chrétiens, en tête du livro de Y Accomplissement des prophéties.

dans la région. Un historien impartial ne saurait blâmer cette condescendance, tant qu'elle ne fut pas préjudiciable au parti qui composa toujours le vrai Montauban, et se montra le défenseur du droit et de la vérité. Mais il ne peut aussi accepter que « l'état de splendeur et d'opulence où parut cette ville, en peu de temps, » doive être attribué à la liberté complète rendue aux protestants *. Il y avait moins de danger, maintenant que les catholiques dominaient, à traiter plus bénignement la minorité, et à fermer les yeux sur l'inexécution de certaines lois. Ainsi agit l'intendant; mais il comprit que c'était surtout par la jeune génération qu'il formerait une nation telle que le voulaient le roi et l'Église. En conséquence, il enjoignit par Ordonnance aux pères et mères, tuteurs et autres, d'envoyer c leurs enfans aux écoles des régens et régentes qui sont dans les quartiers où ils demeurent. * L'instruction et l'éducation devaient les arracher aux vices, et leur fournir les moyens de développer le cœur et l'intelligence.

9. On était à toutes ces améliorations et aux prières d'actions de grâce pour les victoires remportées par l'armée royale, lorsque arriva l'heure de l'institution canonique et du sacre de celui qui portait depuis cinq ans le titre d'évôque de Montauban. Ses bulles, nous l'avons déjà dit, sont du 13 octobre 1692. Quel jour, en quel lieu, de quelles mains Henry de Nesmond reçut l'onction épiscopale? Personne n'a pu encore le découvrir. Les notices biographiques données jusqu'à ce jour n'en disent pas davantage sur l'âge, la famille et le pays d'origine de notre évêque. Selon les uns, les Nesmond sont de race irlandaise. D'autres les tiennent pour originaires de PAngoumois. Et tandis que ceux-ci placent le berceau d'Henry à Angoulème, ceux-là le font naître ou à Bordeaux ou à Angers 2. Si nous

* Cf. Histoire du Querci, t. III, p. 45*46 ; et Histoire d'une ville protestante, passim.

> Pour l'origine irlandaise, la Nouvelle biographie générale de Hoefer, article signé Fisquet. Selon ce biographe notre prélat serait né a Bordeaux, opinion qui est aussi partagée par Pierre Larousse, en sou Grand Dictionnaire universel du XIX* siècle» Dans l'éloge

n'avons pas été induit en erreur dans nos minutieuses recherches, nous pouvons affirmer que la famille Nesmond, plus tard de Nesmond, est originaire d'Angoulôme, et sortie — comme presque toutes les familles de robe — de la bourgeoisie industrieuse. A la fin du XVIe siècle elle entra dans le corps de ville de cette cité, et n'a cessé depuis lors de fournir des hommes marquants dans la magistrature, les lettres, les armées de terre et de mer.

Notre prélat était fils d'un premier président à mortier m parlement de Bordeaux. C'est dans cette ville qu'il naquit vers 1645. Sa mère appartenait à la maison de Pontac. Il avait pour frère le célèbre lieutenant-général des armées navales, dont la fille Marie-Louise-Catherine épdusa Louis d'Harcourt, comte de Sezanne !. Soit du côté de son père, soit du côté de sa mère, aussi bien que dans les alliances, Henry pouvait voir avec fierté bien des personnages illustres. Si les premiers de ses ancêtres paternels signaient du titre de « marchands » et de « parcheminiers 2, » au XVIe siècle ce sont des avocats, des sénéchaux, des conseillers au grand conseil, des échevins de l'hôteWe-ville, des présidents au parlement, des seigneurs et des chevaliers 3.

des Membres de V Académie française, d'Alembert le dit Angoumois. Quant à l'opinion qui le fait naître à Angers, elle est personnelle au rédacteur des Notices insérées dans l'ancienne Semaine oatliolique du diocèse; il a confondu cette ville avec Angoulômo. Comme aussi il date ses bulles du 22 août 1687 (!) et le dit né en 1670 (1). Ainsi Henri de Nesmond aurait été fait évoque à l'âge de 18 ans, et grand prédicateur avant celte époque.

* On lit dans les Mémoires de Saint-Simon, t. UI p. 182 : • Sezanne, frère de père du duc d'Harcourt, et de mère do la duchesse sa femme, chose tout à fait singulière, épousa la fille de Nesmond, mort lieutenant-général fort distingué des armées navales, qui ô.loit une riche héritière. • — La brandie des Nesmond de Mai Hou, formée par François de Nesmond en 1582, s'éteignit au commencement du XVIII» siècle, avec la femme de Louis d'Harcourt.

' Le plus ancien membre connu est Jean Nesmond, dit Monlberon, cité dans un Inventaire de la seigneurie de Bellejoie, aux dates des 4 février et 16 mars 1517. — On trouve plus tard (1528) Pierre et Penot Nesmond, marchands à Angoulème, et Penot Nesmund, paxcheminier (31 juillet 1536).

* Un Guillaume Nesmond, avocat à Àngoulôme, sénéchal de Ruffoc et de Villeboie* mourut en 1557, laissant veuve Marguerite Depont, sa femme, et six enfants, dont François qui fut conseiller au grand conseil en 1568, et plus tard premier président au parlement fie Bordeaux. Il figure do 15*720 Ï586, au nombro dos échevins do l'hôtel de ville d'Angoutême. En 1582 il acheta de François de Géllinard, sieur de Malaville, la seigneurie de Mail ton, et

Le plus illustre d'entre eux fut son aïeul ou bisaïeul André, seigneur de Chézac, premier président au parlement de Bordeaux, mort en 1617 !, laissant deux fils, dont un seul, François- Théodore, eut postérité. Ce dernier devenu, en 1593, président an même parlement, fut ou le père ou le grand-père de notre évèque. Un de ses oncles, André de Nesmond, petit-fils aussi de François-Théodore, était grand-archidiacre de la cathédrale d'Angoulême (1663-1695) lorsque Henry reçut la consécration épiscopale *.

10. Noire évéque avait alors quarant-sept ans environ (1692). Depuis le 26 avril 1685 il était honoré des charge et dignité de conseiller du roi au parlement de Toulouse, c Issu d'une

le 21 octobre 1605 il retira du greffe de la Chambre des comptes la reconnaissance des foi et hommage qu'il avait rendus au roi pour cette terre. Voir ce que nous en disons cidessus, à la fin de la note 1, p. 70. (D'après les notes communiquées par M. F. de Fleur y, archiviste du département de la Charente.)

* Ce président a laissé un ouvrage intitulé: Remonetrances, Ouvertures de Palais et Arrtstz prononcez en robes rouges, par Messùre André de Nesmond, seigneur de Chezac, premier Président au Parlement de Bourdeaux. — A Poicliera, par A. Mesnier, imprimeur ordinaire du Roy et de l'Université, 1617, in-4*. Publié avec dédicace à Messieurs du Parlement de Bourdeaux, par son fils François-Théodore. Au frontispice est gravé en taille douce un magnifique portrait de l'auteur, avec les armes de famille ; au bas on lit ces deux vers:

Hos voluit Nbmondxjs vivere Ubros, Privatus merito careat Nb Mundus honore.

Le pore François Garrassus, de la Compagnie de Jésus, prononça son oraison funèbre le 7 janvier 1617 en la nef do Saint-André de Bordeaux. Ce discours est mis en tôle de l'ouvrage. — Cet André de Nesmond avait épousé demoiselle de Miramion, fille de la célèbre Mario de Bonneau Miramion, fondatrice de la Congrégation des Miramionnes ou filles de de Sainte-Geneviève. Par cette alliance les Nesmond entrèrent en grandes relations d'amitié avec tes de Lamoignon, dont la demoiselle était Pamie intime de M»* la présidente de Nesmond. (Cf. à ce sujet Vie de Madame de Miramion, par M. l'abbé de Ghoisy, Paris, 1706.)

» Nous pouvons encore signaler : Jehan de Nesmond, qui le 20 mars 1582, était écuyer, sieur de Vérac, maître d'hôtel de Madame la grande duchesse. — Au mois d'octobre 1668 on trouve te nom d'Kmeric de Nesmond, veuve de François de Lambertge, chevalier. — Au 12 septembre 1729 est signalé Guillaume de Nesmond, chevalier, seigneur de la Pouquerie. — En avril 1748, Marie de Nesmond, femme de Robert d'Asniôres, chevalier; et Gabrielle de Nesmond, veuve de Jean de la Breville, chovalior. (Cf. divers documents des Archives de la Charente*) — Le 31 janvier 1770, Charles-Antoine, marquis de Barbeziêres, épousait à ÀDgoulême demoiselle FrançpiseJosôphine de Nesmond, fille de Philippe, seigneur de Brie, la Gauvisière, etc... Il n'y a plus actuellement do représentant mâle de la famille de Nesmond.

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illustre Famille, qui lui ouvroit des routés et qui lui offroit des modèles pour s'élever aux premiers emplois et aux plus éminentes dignitez de l'Église, de la Magistrature, de l'Art militaire et du Ministère politique, capable d'en remplir dignement toutes les différentes fonctions, par les talens qu'il avoit puisez dans le sang de ces~grands hommes, et qu'une éducation digne de sa naissance avoit perfectionnez, il tourna toutes ses vues vers le Ministère apostolique, auquel la Providence sembloit en effet l'avoir destiné par un esprit solide, par un raisonnement juste et profond ; mais surtout par un caractère de charité, par une éloquence naturelle^qui jointe au dehors le plus prévenant, ne pouvoient manquer de donner toute l'efficace aux vêritez qu'il devoit annoncer,.. 11 évangélisa les pauvres et les riches, les grands et les petits ; et marchant à pas de géant, dans cette sainte carrière, il annonça les véritez évangéliques dans la Cour la plus brillante et la plus polie, devant le plus grand Roy du monde, qui le regarda dès lors comme le plus éloquent Orateur de son royaume. Ces premiers essais eurent tout le succès qu'on en devoit attendre. Louis-le-Grand, frappé de la force, dq la solidité, de l'élégance, des grâces, des traits vifs et brillants répandus dans les Discours de M. de Nesmond, l'associa au grand dessein qu'il avoit formé de travailler à la réunion, des Novateurs, par des ministres dont la capacité fût en état de les convaincre, et dont l'Eloquence pleine de douceur et d'attraits pût les ramener. Il répondit à un choix si honorable par un zèle et une charité que toutes les diflicultez et tous les obstacles ne purent rallentir ni interrompre : zèle dont il recueillit bientôt le fruit, non-seulement par la satisfaction d'avoir rempli sa Mission avec succès, mais encore par le/hoix que le Roy fit de lui pour gouverner et pour édifier l'Église de Monlauban: cette ville ayant le malheur de renfermer dans son sein un grand nombre d'habitans qui avoient été infectez des erreurs que les derniers siècles avoient vu naître... Tel fut le motif de l'élévation de M. de Nesmond à Pépiscopat: elle fut

la récompense due à ses vertus et à ses talens; et si dans la suite il a été enlevé à cette première Epouse, pour être donné successivement aux Églises d'Alby et de Toulouse, cet accroissement de gloire et de dignitez fut une nouvelle preuve, aussi bien qu'une nouvelle récompense de ce que ses travaux méritèrent '• >

i 1 . Le zèle que cet apôtre avait déployé dans ses prédications, il le mit, dès son installation, à procurer une cathédrale plus digne de son chapitre et de la cité, plus spacieuse que Péglise Saint-Jacques, alors fort endommagée et devenue bien insuffisante pour le nombre toujours croissant des catholiques. Déjà sous son prédécesseur la question avait été mise à l'étude. Sur la demande de Michel de Colbert, l'iatendant de la Berchère avait fait dresser les devis d'un nouvel édifice. La dépense totale fut fixée à 144,000 livres, et un arrêt du conseil d'État, daté du 7 août 1685, autorisa la levée, pendant douze ans consécutifs, t conjointement avec la taille, et sans retardation pour icelle, » d'une somme de 12,000 livres, dont 8,000 prises dans les communes du pays d'élection appartenant a la Guyenne, et 4,000 livres dans les paroisses situées en Languedoc et formant le diocèse bas-Montauban. Sur la requête de Mgr de Colbert, les États approuvèrent cette disposition dans la séance du 3 novembre 1685 *. — Nous verrons que cette imposition fut insuffisante pour mener l'œuvre à sa fin. — En 1691 le syndic du diocèse, Pierre Merle, archiprêtre de Roquemaure, acheta, au nom du clergé, divers emplacements sur la place des Nonaim, pour y construire l'édifice projeté3. Quelques mois

1 Voir Éloge de Messire Henry de Nesmond^ archevêque de Toulouse, prononcé dans la salle de t Académie, le 10 juin 1727, par M. de Comynihan, Cun des quarante de* Jeux- Floraux, puhlié dana le Recueil de plusieurs pièces de poésie et d'éloquence présentées à l'Académie des Jeux-Floraux, pour les prix de Vannée 17:8, avec les discours prononcez celle année dans les Assemblées publiques de l'Acadétnie, volume in-lî.

* Cf, Épkèmérides Hmttalbanaises, p. 205.

* Archives départementales, série E, fonda des notaires, divers acles de l'élude de Me DuraoQs.

74 HISTOIRE DE L'tGLlSE DE M 0 NT A 0 BAN.

après les ouvriers étaient au travail, sous la direction de l'architecte Cotte, qui avait dressé le plan général, c Le X avril 1692, lisons-nous dans un procès- verbal, on jeta la pierre fondamentale de l'Église cathédrale de Mon tau ban. Le Chapitre sortit en corps pour faire la cérémonie en chantant les Litanies des saints, et passa par la porte des RR. PP. Cordeliers. M* Fraysse, chanoine du chapitre cathédral, mense Saint-Martin, y lit la cérémonie. On grava sur une grande pierre cette inscription :

Régnante et ^dificante Ludovico magno Henrico de Nesmond Episcopo Montalbanensi Henrico de Lamberto marchione de Tionville f.

De Nesmond ne devait pas voir cette œuvre achevée. On mit quarante-sept ans à la construction, dirigée successivement par les architectes Totin, Simon et Larroque qui enfin put la livrer au culte le 1er novembre 1739, sous l'épiscopat de Michel de Verthamon.

12. Dans l'âme de Henry de Nesmond se confondait avec l'amour de son diocèse, le dévouement à tout ce qui allait au bien de l'Église et à la grandeur de la patrie. Il le prouva dans ses harangues au roi et dans les nombreux discours qu'il prononça aux Assemblées des États de la province. Le dimanche 23 novembre 1692 il parla pour la première fois à l'ouverture de ces assises provinciales, dans la grande église de Pézenas, en présence de tous les députés, présidés par l'évêque de Carcassonne, Adhémar de Monteil de Grignan. Prenant pour texte le passage de saint Paul aux Romains (XIII, 7) : t Reddiie ergo omnibus débita: eut tribulwm, tributum; cuilimorem, timorem; çui honorem, honorem, » il démontra, dans un magnifique langage et avec des aperçus pleins d'à-propos, que le chrétien doit

* Archives cvmmunal's. t Inventaire» géuôral de lous les procès, bulles, reconnoissances, obils et autres documents qui sont dans les Archives du chapitre cathédral, mense Sainl- Marlia. * La citation ci-dessus est écrite sur la deuxième feuille de garde dudit registre.

la crainte à Dieu, des secours à l'État, l'édification au prochain. Dans une des sessions suivantes, pénétré des malheurs qui tombaient sur la France, alors plongée dans les désolations de' la guerre, il commentait avec des accents pleins de piété, de résignation et de confiance, cette parole de Jérémie : c Quare ergoj Domine, pereussisti nos? Expectavimus pacem, et non est bonum ; tempus curationis, et ecce lurbatto. Cognovimus, Domine, quia peccavimus tibi (XIV, 19-20). » La guerre, disait-il, c est la suite de nos dérèglements ; la paix sera la récompense de notre conversion. » Et ces deux pensées, qui partagèrent son discours, furent développées avec une abondance et une force qui durent produire de profondes impressions sur l'auditoire. Appelé à prendre encore la parole dans la session tenue a Notre- Dame de Montpellier, le 24 novembre 1697, il se plaît a exalter les bienfaits de la paix, enfin rendue à l'Europe. Le thème est tout tracé: l'orateur traitera des avantages de la paix, et des obligations qu'elle impose, t Si in prœceptis meis ambulaveritis, et mandata mea custodieritis, dabo pacem in finibus vestris, et firmabo pactum meum vobiscum, disait le Seigneur à son peuple (Levit., XXVI, 3, 6, 9). L'évêque, à l'aide de ces paroles, fait ressortir que la paix est le fruit de la miséricorde divine, et qu'elle doit être le motif de notre sanctification. Aux jours où la patrie est de nouveau menacée, Nesmond est encore chargé de parler aux États. Il s'inspire alors de cette recommandation de Y Ecclésiastique (L. 24-25) : c Et nunc orale Deum omnium, quia magna fecit in omrii terra, et fecil nobiscum fnisericordiam, det nobis fieri pacem in diebus nos tris per dies sempiternos, » et il en déduit que nous devons obtenir la durée de la paix par nos vertus, et la procurer par nos secours. « Elle est un don de Dieu, dit-îl ; c'est donc de Dieu qu'il faut l'attendre et la mériter. Elle est le bien le plus précieux de la terre ; il faut donc employer quelque portion de notre substance et de nos fortunes pour la rendre solide et durable. » Après ces discours l'Assemblée votait les subsides,

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et la confiance renaissait dans notre Languedoc. Qu'il harangue le roi, soit à la tête des députés des trois États de la province *, soit au nom des Assemblées générales du clergé de France *, notre évêque le fait toujours avec une délicatesse, une fermeté, des accents et une habileté qui dénotent une grande intelligence et des qualités supérieures.

13. S'il faut combattre corps à corps l'hérésie et les fausses doctrines, s'il faut démasquer les ruses du calvinisme, et affermir les nouveaux convertis dans la vraie foi de leurs pères, Henry de Nesmond maniera toutes les armes fournies par les arsenaux de la Sainte-Écriture, de la Patrologie et de la tradition. A preuve la Lettre pastorale adressée le 15 juillet 1699 aux nouveaux catholiques du diocèse. Parlant en père et en docteur, le prélat veut ouvrir les yeux k ceux qui, rentrés dans le giron de l'Église, sont timides, froids ou indifférents, c Je n'ignore pas, leur écrit-il, que les préjugés de la naissance se détruisent avec peine, et renaissent avec facilité. Il y a dans la foi comme dans les mœurs, des chutes, des tentations, des vicissitudes ; il en coûte toujours beaucoup quand il faut rompre les nœuds qu'ont serrés l'éducation et la coutume, et c'est ce qui faisait dire à saint Augustin qu'après la persévérance finale, le bienfait le plus important de la miséricorde de Dieu, ccst celui de mus faire nakre dans la communion de la vraie Église. > Et entrant de suite en matière, il les engage a se poser et à résoudre cette question : « Voyons si la religion catholique est telle que nos ministres nous l'ont dépeinte, et ne pouvonsnous point faire notre salut dans cette communion, où nos aïeux ont fait le leur avant la séparation? » Avec une dialectique nerveuse et serrée, il leur fournit les arguments les plus

* On trouve dans les ouvrages qui ont été publiés ; Une harangue au roi, en 1694, au nom des trois États de la province de Languedoc.

* Au nom du clergé, Nesmond harangua le roi en 1700, pour la clôture de rAssemhléo générale ; en 1711, item ; en 1715 pour l'ouverture , plus une harangue au Dauphin ; on 1725 harangue en présence de Louis XV, et plus tard aux commissaires du roi, ainsi qu'aux échevins de Paris. (Cf. Orateurs sacrés, collection Migue, t. XXX.)

concluants pour leur faire embrasser et pratiquer cette religion, la seule vraie, la seule divine. Il prouve d'abord que la séparation de leurs pères a été injuste, « puisqu'il ne peut jamais y avoir de raison légitime de rompre l'unité ; c'est le principe de saint Augustin (cont. Part., 1. II, cap. 2). » Or, ajoute-til, quelle est cette Église avec laquelle les protestants ont rompu? C'est celle de Jésus-Christ, celle qui porte tous les caractères de divinité. Pourquoi donc ont-ils rompu avec cette Église, les malheureux réformateurs? Et pour répondre, il passe en revue et réduit en poussière la doctrine de Luther, Calvin, Zuingle, sur la présence réelle, le culte de la Sainte- Yierge, l'autorité du Souverain-Pontife, etc.. Après avoir rapidement esquissé la conduite de ces réformateurs, qui est autre chose qu'édifiante, il examine leur mission et celle de leurs ministres. De mission, ils n'en ont point reçu ; elle n'a pas été prédite ; aucun fait surnaturel ne vient la confirmer. Ce sont là cependant les conditions requises pour tout ministère nouveau qui veut contredire ou prétend remplacer celui qui vient de Dieu, et est tracé tout entier dans les saintes Écritures. De plus, qui a conféré des pouvoirs aux nouveaux pasteurs? Quel évoque leur a imposé les mains? Où est dans cette nouvelle religion cette autorité sainte, visible, successive et infaillible qui dirige et a seule le droit et le devoir de corriger? Aux attaques des protestants contre cette autorité de l'Église catholique, l'évêque répond avec toute la force que donne la vérité puisée dans les Livres Saints et dans les écrits des docteurs et des Pères. Il engage enfin une longue discussion sur le dogme de l'Eucharistie, point capital à éclaircir aux yeux des nouveaux catholiques. Et après avoir parlé à leur raison et a leur esprit, en terminant il s'adresse à leur cœur. Il les presse de venir lui exposer « leurs difficultés et leurs doutes. > Il est leur pasteur et leur père. « Pour moi, dit-il, la douceur, la persuasion, la charité, les condescendances permises seront toujours les objets de mon ministère. Je gémirai sans cesse jusqu'à ce

que Jésus-Christ soit pleinemeut formé eu vous (Galat.f IV, 19); je dois aimer votre salut, puisque Dieu me demandera compte de mon administration, âme pour âme, et que vous serez un jour ou ma récompense ou ma confusion... N'écoutez donc point les mauvais conseils que certains esprits factieux, ennemis de votre repos et de leur patrie, vous donnent ou dans leurs discours ou dans leurs libelles. » Ainsi remplissait son ministère d'apôtre cet évêque que les protestants commençaient à redouter, que les catholiques avaient en vénération, et que M. Mary- Lafon dépeint sous les traits d'un terroriste *.

14. Pour le seconder dans cette instruction à donner aux convertis, Tévêque avait auprès de lui le savant prévôt Le Bret. Plus que jamais ce polémiste écrivit en faveur de la religion catholique, et attaqua les dogmes du protestantisme. Alors paru* rent ses nombreuses Lettres de controverse, ses Traités sur la Confession, Y Eucharistie, le Saint-Sacrifiée de la Messe2, etc., dont les saines et fortes doctrines ne pouvaient que desiller les yeux des plus aveugles.

Mais en travaillant au bien des fidèles, révoque veillait à la réforme du clergé, réprimait les abus qui se glissaient durant ces temps calamiteux, et mettait en vigueur les lois ecclésiastiques, les saints Canons et les statuts diocésains. C'est ainsi que, par ses soins, le chapitre cathédral réuni en Assemblée générale, le 2 novembre 1694, révisa les anciens règlements,

« Ce romancier apporte à preuve une lettre — dont nous ne voulons pas discutei l'authenticité — adressée par notre évoque au secrétaire d'État, M. de Chaleauneuf. De Nesmondlui fait savoir qu'une jeune fille de 14 ans, Mlu de Caumont, « fille d'un émigré, est entre les mains d'une mère et d'une grand'mèra très-huguenotes, » qui veulent la marier à un mauvais converti. L'évoque croit « qu'il sera nécessaire de faire mettre celle fille dans un couvent, > et ajoute que « M. de Baville, M. de Bezons et M. de la'Houssaye sont persuadés que cette proposition est très-prudente et très-nécessaire. * {Histoire d'une ville protestante, p. 243, 244 et 293, 294.) N'esl-il pas vrai de dire après cela, avec cet auteur, que « l'ôyôque surveillait les riches et les frappait au cœur. » Un bourreau, un assassin 1!1 « Ils (les protestants) ne sortaient des mains d'un farouche intendant ou de son subdélégué, que pour tomber dans celles des missionnaires et des curés souvent plus cruels encore. > (Histoire iVunè ville protestante, p. 244) !

* Cf. ci-avant, biographie de Pierre III de Bertier, p. 54, noie 2.

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et y apporta les modifications propres à maintenir la discipline ecclésiastique, à assurer la régularité et la décence du service divin, à combattre enfin l'esprit d'indépendance et la négligence qui s'était introduit dans le clergé. En trente-un articles sont passées en revue toutes les Ordonnances édictées depuis l'union des deux menses capitulaires, et les diverses obligations y sont expliquées et résumées d'une manière plus précise. Voici l'analyse succincte.

4° La mense Saint-Martin tiendra chapitre tous les vendredis, depuis deux heures jusqu'au moment des vêpres. — 2° Celle de Saint-Étienne s'assemblera aux mêmes heures tous les samedis ; l'assemblée des deux corps réunis aura lieu les premiers jeudis de chaque mois, et le chapitre général, auquel seront convoqués les étudiants et les séminaristes, se tiendra le 2 novembre. — 3° Nul ne géra accepté à faire partie du chapitre, a quelque titre que ce soit, que lorsqu'il certifiera avoir la conr naissance du plain-chant. — 4° Tous les bénéficier non prêtres sont tenus de communier à la grand'messe capitulaire aux fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, du Saint-Sacrement, de la Toussaint, de la Conception, de la Nativité, de l'Assomption, de saint Martin et de saint Etienne, sous peine de trois livres d'amende au profit de l'hôpital, et du double en cas de récidive. — 5° Tous sont tenus d'assister aux Matipes, même les officiants de la messe capitulaire et des messes qui la suivent, excepté pendant les mois de juin, juillet et août. — 6° Quiconque ne sera pas rendu ponctuellement au commencement de tout office, paiera une amende profitable à l'hôpital, à savoir: les chanoines dix sols, et les autres cinq sols, avec punition doublée pour la récidive. — 7° Le plus grand silence sera gardé dans la sacristie, le chœur et surtout dans les endroits où l'on se revêt des surplis. — 8° Tousse rendront fidèlement k toutes les processions, et on y gardera une modestie qui édifie les laïques. — 9° t Les bedeaux veilleront aux immodesties qui se commettent dans le chœur par quelques laïques et entre autres par

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certains indiscrets qui viennent avec le bonnet de nuit en teste, ainsi que par des enfans qui s'y promènent impunément ; ils prendront garde que les femmes n'y entrent point par la grande porte pour traverser, comme elles le font, par une témérité scandaleuse, qui ne se souffre en nulle part» » — 10° Ceui qui auront manqué à la récitation publique de l'office, ne pourront pas le dire dans le chœur pendant la grand'messe. — li° Les quatre messes basses de fondation qui se disent tous les matins, seront célébrées successivement depuis le commencement des Matines. — 12° Tous ceux qui, reçus depuis cinq ans, ne sauraient pas le plain-chant, devront le savoir dans le délai de trois mois; cela sous peine d'amende, profitable à l'hôpital. — 13° Ceux qui sont en âge d'être prouvus aux ordres, devront aller se préparer au Séminaire. — i4° On ne pourra célébrer les messes basses que dans l'intervalle d'un office à l'autre. — * 1 5° Ne point quitter le chœur avant la fin de l'office, sous peine de cinq sols d'amende, et du double pour la récidive. — 16° et 17° Défense d'aller et venir dans le chœur pendant les offices, et recommandation de psalmodier et chanter en mesure et uni* formément. — 18° Quiconque se déguisera t pour aller à la comédie et aux théâtres qui sont a la place, et même à des promenades, en compagnie de femmes et filles, » paiera pour la première fois un écu au profit de l'hôpital, et deux à la seconde fois. — 19° Seront choisis pour pointeurs les plus intelligents, les plus assidus et les plus exacts , lesquels feront serment de bien remplir leur emploi. — 20° Seuls les prêtres pourront présider au chapitre et au chœur. (Lévèque donna un surcis au présent article.) — 21° Les bénéfices du chapitre ne pourront être affermés à aucun des membres du chapitre, et cela sous peine de nullité et du quart de leur revenu au profit de l'hôpital. — 22° Ceux qui auront cinquante ans de service ou soixante-dix ans d'âge < seront libérez de la pointe, et se pourront dispenser du service, autant qu'en conscience ils jugeront le pouvoir faire. » — 23° Tous les prêtres seront tenus de dire la messe

au moins une fois chaque semaine, sauf empêchement légitime, qu'on fera connaître au chapitre. — 24° Les bénéficiera t ne porteront point de gants dans le choeur, ni hors du chœur des manchettes volantes, ni des bagues, mais des manchettes plates et unies, » sous peine de trente sols d'amende au profit de l'hôpital. — 25° Punition pécuniaire pour celui quf s'arrêtera dans les rues, les places publiques et à la promenade avec des femmes et des filles. — 26° Le chanoine de semaine ira s'assurer de l'état de santé de ceux qui se feront porter comme malades, et cela dès lé lendemain de la maladie, afin d'en informer le chapitre. — 27° Les bénéficiera c qui, par quelque nécessité, voudront l'hyver porter un manteau court, seront obligez de tenir leur soutane abatuë jusqu'aux pieds, pour ne pas montrer, comme certains particuliers l'affectent scandaleusement, leur culotte de couleur ou d'étoffe deffenduë aux ecclésiastiques. » — 28° c Tous les hebdomadiers qui ne capitulent pas, et tous les prébendes iront au lutrin à toutes les antiennes, aux respons et aux graduels des matines, de la messe et de vêpres, k peine de cinq sols au profit de l'hôpital. » — 29° Uniformité dans les mouvements qui demanderont de s'agenouiller, s'asseoir ou se tenir debout. — 30° Hebdomadiers et prébendes se mettront à genoux quand l'évêque donnera la bénédiction; ils feront la génuflexion lorsqu'ils passeront devant lui,* ainsi qu'à la fin de chaque leçon 4 .

15. Le trente-unième article soumet c très-humblement les dites délibérations à l'approbation du seigneur évêque. > Elle fut donnée le 10 mai par un Procez-verbal et Ordonnance de visite de l'Église et Chapitre cathédral*. L'évêque voulait : 1° Que les statuts, règlements et ordonnances de ses prédécesseurs t fussent exécutés en tous chefs. » — 2° Qu'il soit fait une croix d'argent au ciboire. Toutes les pierres des autels seront envelop-

< La présente Délibération capitulaire fut de nouveau promulguée et imprimée à la suite d'une assemblée générale tenue le 2 novembre 1720.

1 Imprimé à la suite de la Délibération dont il est question à la note précédente. Tome II. IV. 6.

pées de toile cirée. L'autel de saint Crespin aura des nappes propres et décentes] et un antipendium de < toutes couleurs. > Les fonts baptismaux seront fermés « à clef ou à c^denat. » — 3° Tous les ecclésiastiques du chapitre porteront soutane fermée, la tonsure c conforme à leur ordre, » les cheveux courts, des manchettes plates, ' et éviteront tout ce qui peut ressentir le luxe et la vanité du siècle. — 4° Les prébendes devront se présenter pour être promus aux Ordres dans l'année, et c il n'en sera à l'avenir reçeu aucun qui ne soit en âge dans l'an d'estre prestre. » — 5° Chaque jour les pointaires avertiront le semainier d'aller visiter les infirmes et malades qui se sont faits connaître pour tels. — 6° « Les messes des obits et chapelles seront dites les unes après les autres, afin que le peuple puisse commodément assister à ce saint sacrifice, et la dernière messe basse du Chapitre sera dite, en tout temps, précisément à onze heures du matin ; exhortant tous les prestres à dire la messe au moins les quatre festes annuelles, les festes Notre-Dame, le jour de Saint-Pierre, le jour de Saint-Martin, l'Invention de Saint-Étienne et les dimanches et les festes. » — 7° Les chapelains de Péduran et de Manse auront à remettre dans la huitaine, au secrétaire de l'évêché, les lettres de fonda* tion desdites chapelles, pour pouvoir en régler le service. — •8° Pendant les offices l'entrée du chœur est interdite aux femmes et aux filles. — 9° Sous peine de suspense ipso facto, il est défendu à tous les ecclésiastiques c de jouer aux jeux de hazard, tels que sont le lansquenet, le pharaon, la bassette et les jeux de dez. » — 10° Sous la même peine, défense c de tenir dans leurs maisons des femmes ou filles sous prétexte de parenté ou de service, à moins qu'elles n'aient au moins cinquante ans, et que le degré de parenté Nous soit connu ou à nos grands vicaires. > — 11° Toujours sous les mêmes peines, il est défendu aux ecclésiastiques c d'aller aux cabarets et caffés dans le lieu de leur résidence, aux spectacles, comédies et lieux suspects. » Dix jours après cette promulgation, une Ordonnance générale

composée de tons les articles qui concernaient le clergé des paroisses fut adressé à chaque ecclésiastique , 20 mai 1695 *.

16. Tandis que chapitre et évêque travaillaient de la sorte à la réforme du clergé, se réalisaient deux fondations mémorables qui devaient contribuer au bien du diocèse. Faites Tune et l'autre en faveur des pauvres, la première, pour leur soulagement corporel, concernait la ville de Nègrepelisse ; la seconde, pourvoyant aux soins intellectuels, était réservée à la ville épiscopale et à ses dépendances. « Avant de quitter Paris pour aller se mettre a la tête de l'armée du Rhin, et commencer cette dernière campagne qui devait se terminer pour lui à Salzbach *, » le brave général de Turenne, comte de Nègrepelisse, avait consigné dans ses volontés testamentaires cet article: « J'entends qu'il soit donné, après ma mort, aux pauvres qui se convertiront à Nègrepelisse, la somme de vingt mille livres 3. » Ainsi le maréchal, sérieusement converti au catholicisme, voulait c ramener au giron de l'Église ses anciens coreligionnaires 4. > On peut dire en toute vérité qu'à Nègrepelisse ce grand chrétien a voulu se survivre, c Son zèle catholique ne s'y est pas éteint par sa mort, répéterons-nous après ses panégyristes contemporains, Fléchier et Mascaron, sa libéralité y fait encore la guerre à Thérésie. Il ne s'est pas contenté que sa conversion y fût à jamais comme un phare qui avertit les hérétiques du chemin qu'il faut tenir pour éviter les écueils; il a voulu y préparer un port et un asile à ceux qui, se sauvant nus du naufrage, ont besoin de trouver sur la rive quelque main charitable qfui leur aide à conserver une vie qu'ils viennent de garantir des flots. — Il a voulu fournir les fonds nécessaires pour assister ceux qui abandonnent tout pour suivre Jésus-Christ, qui les

« Affiche-placard dans le fonds des Archives de l'Éveché.

* La fondation charitable du maréchal de Turenne à Nègrepelisse, brochure in-8-, Montauban, 1882.

' Extrait du. testament déposé le 22 août 1675, chez M* Pillaut, notaire, & Paris.

* Notice sur la fondation de l'hôpital de Nègrepeliise, lue devant l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, le 20 mars 1873, p. 11.

84 HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE MONTAtTBAN.

appelle ; non-seulement il leur montra derrière lui le port de la miséricorde par où il est passé lui-même; mais encore, digne fils de cette Église, dont la charité s'étend à tout, comme celle de Dieu, il a voulu procurer aux pauvres de sa chère comté de Nègrepelisse, l'héritage éternel, en même temps que le soulagement de leurs nécessités temporelles !. »

Après avoir fait conférer a ce testament une forme authentique — car en sortant de la plume du maréchal, il n'était pas revêtu des formalités légales — les héritiers et exécuteurs testamentaires stipulent, le 21 novembre 1678, que c les deniers qui devaient être distribués aux nouveaux convertis seront employés en œuvres pieuses par Tordre de l'évêque de Cahors, prélat diocésain, » dans le cas où « il n'y aurait plus, à Nègrepelisse aucuns de ceux de la R. P. R. » Cette hypothèse se réalisa peu de temps après la révocation de l'édit de Nantes. Aussi les mandataires du bienfaiteur arrêtent, le 11 avril 1097, devant les notaires du Châtelet de Paris, que * par les soins de l'évêque diocésain et des magistrats du comté de Nègrepelisse, il soit incessamment établi dans ladite ville de Nègrepelisse yn hôpital pour les pauvres dudit lieu. » A partir de ce jour les néce$* siteux de la contrée reçurent d'abondantes aumônes ; mais Téter blissement hospitalier ne put s'ouvrir que le 4 mai 1784; sons la direction des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers. Le 17 mai 1792 les bonnes religieuses furent jetées dehors par la tourbe révolutionnaire, et on leur substitua une ceVtaine citoyenne, Olivier, venue de Cahors. Mais quand le calme se fit, la population rappela ses anciennes religieuses (2 mai 1804), qui s'empressèrent de mettre ordre aux finances gaspillées, et de relever les ruines de l'édifice qu'elles occupent encore aujourd'hui *.

< Oraisons funèbres prôchées par Mascaron aux Carmélites du grand couvent de Paris, où le cœur de Turenne fut déposé, et par Fléchier dans l'église Saiut-Eus tache. Cf. La fondation charitable, p. 10-12,

' A propos de cet acte de charité nous signalerons un ouvrage dont on ne peut pîua trouver d'exemplaires. Dans le mémoire des impressions faites par Dubois, imprimeur, de

17, Montauban allait aussi bénéficier d'une fondation charitable. C'était l'œuvre du marquis de Grillon, conseiller du roi, intendant-général de la province. Pardevant notaire, il stipula ainsi sa donation : c L'an 1699 et le 23e jour du mois de feuvrier, après-midy, à Montauban, fut présent en sa personne Messire Joseph-Dominique-Nicolas de Balbis de Bertous..., chevalier-marquis de Grillon ', gouverneur général militaire du Querey, etc., lequel connoissant qu'il n'y a rien de plus agréable à Dieu que faire des aumônes qui durent à perpétuité, et qui procurent une tranquillité d'âme et une augmentation de biens spirituels, l'aumône selon le sentiment de l'apôtre saint Paul élant comme l'odeur d'un agréable parfum, une hostie plaisante et agréable a Dieu, et sçachant d'ailleurs que qui sème dans le champ de l'aumône, moissonne dans la bouche de miséricorde, au langage du prophète Ozée. A ces causes ledit seigneur de Grillon a volontairement donné et fondé... à perpétuité et par donation entière et à jamais irrévocable la somme de 300 livres de revenu annuel, du capital de la somme de 5,414 livres, pour être ledit revenu annuel de ladite somme de 300 livres pris annuellement a partir du présent jour à perpétuité... Que ladite somme de 300 livres soit uniquement emploïée à toujours et à perpétuité, pour la pension de trois jeunes filles pauvres, qui seront d'extraction noble ou de bourgeoisie, natives de la présent ville de Montauban ou des fauxbourgs et juridiction de ladite ville et non ailleurs; pour ladite pension de 300 livres estre payée à la communauté du couvent où elles seront pendant et durant le temps qu'elles y resteront, se reservant ledit marquis de Grillon, pendant et durant sa vie la nomination et choix desdites trois filles, et qu'après sa mort ladite nomination et choix soit faite par Monseigneur Henri de Nesmond, évesque dudit Montauban, et après luy par les autres

U:67 à 16G9, on trouve : « 150 exemplaires de Ut Conversion de Mr de Turenne. » (Archives dcparlemenlcdes, série G, liasse 143.)

* Nous maintenons l'orthographe du manuscrit, il faut lire de Crillon de Balbes de Berton.

86 HISTOIRE DE i/ÊGLISE DE MONTAUBAN.

évesques ses successeurs ; le priant de vouloir suivre et exécuter la volonté dudit seigneur fondateur, qui ne pourra estre changée ni commuée sur quelque cause ni prétexte que ce soit... Laquelle fondation a esté stipulée par Messire Jean de Bastar, docteur en théologie, doyen du chapitre dudit Montauban, faisant pour ledit seigneur de Nesmond, evesque dudit Montau* ban». » Cette rente a disparu dans le gouffre de 1790; mais la pensée charitable qui animait de Grillon lui a survécu. Les religieuses de Saint-Maur ont fondé à leur frais, ainsi que nous l'avons vu plus haut*, quatre demi-bourses, à la présentation de Tévêque et du préfet du département.

18. Toutes ces largesses suscitaient des tracasseries incessantes inspirées par l'esprit de révolte. Ici les quelques protestants qui survivaient et les mauvais convertis ne laissaient pas de donner de la sollicitude à Tévêque et au clergé. Les échos de la guerre, les révoltes des Cévennes, l'aggravation des impôts surexcitaient les esprits. De son côté le Jansénisme venait de temps à autre réveiller de vieilles querelles, et jeter les questions religieuses au milieu des divisions occasionnées par les malheurs du temps. Et de même que les intendants recevaient des ordres pour maintenir le calme dans le pays, que les receveurs royaux faisaient payer les impôts, les subsides et les levées par les États, de même les évêques avaient a communiquer à leur clergé les arrêts du Conseil d'État, t faisant défense d'imprimer, composer, débiter libelles sur les anciennes contestations de la doctrine de Jansenius 8. » Le roi convoquait aussi des assemblées extraordinaires du clergé4. Il avait à demander le secours des

* Acte passé pardevanl M* Damons, notaire à Montauban, et insinué le 1er mars 1699, aujourd'hui en l'étude de M»Freydier notaire, à Montauban. Copie de ce document est insérée dans le registre de la liasse lô, série G, aux Archive» départementales.

« Cf. ci-avant biographie do Mgr de Golbert, f 20.

» Cf. ce document aux Archives départementales, série 0, liasse S. .

* De Colbert, alors archevêque de Toulouse» convoquait notre évoque à ces assemblées, par la lettre suivante, qui existe encore dans les Archives du département, série G, liasse 65. — « A Toulouse, ce mars 1702. Monseigneur, vous verres par la lettre du Roy que

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prières pour la patrie en danger S des votes de nouveaux impôts sur les biens d'église, et à apporter des améliorations dans le partage des charges entre les ecclésiastiques et les fonctionnaires civils- Ainsi le 28 juin de Tannée 1702 le conseil royal adressait à notre évêque des lettres-patentes par lesquelles étaient réunis au clergé de Montauban c les offices de greffier des registres de baptêmes, mariages et sépultures, » et l'emploi de « greffier des insinuations et de l'économe séquestre2. > Jusque-là les protestants avaient détenu la première charge ; la seconde avait toujours été confiée à des notaires-royaux.

19. Depuis longtemps déjà le roi voulait récompenser les services, le zèle et les talents de celui qu'il tenait pour c le plus beau parleur de son royaume. » L'archevêché d'Alby vient à vaquer, par la translation de Charles le Goux de la Berchère au siège de Narbonne. Louis XIV n'oublie pas que notre prélat

Messieurs les agents du clergé m'ont envoie que l'intention de Sa Majeslô est de convoquer une Assemblée générale extraordinaire du clergé au vingt-cinquiesme may prochain, à Paris, et comme il est nécessaire d'assembler nostre Province, pour envoïer a cette Assemblée générale extraordinaire deux députez : un du premier et un du second ordre; j'ay cru que le jour qui conviendrait le mieux pour tenir nostre Assemblée provinciale, seroit le meieredy cinquiesme avril prochain, auquel jour, je vous prie de vous rendre à L'archevêché à huit heures du matin, avec le député de vostre clergé. Je suis avec respect, Monseigneur, vostre Irès-humble et trôs-obeissant serviteur. — J.-B.-M, Combrt, Archevêque de Toulouse. • — Déjà en l'année 1690, alors que l'un et l'auire n'étaient encore que simplement nommés à leur siège, de Colbert faisait pareille invitation à notre évoque, par la lettre suivante autographe, qui existe aussi aux mômes Archives, Bôrie G, liasse 198. La voici : m Toulouse, ce 2l« ianvier 1690. Monseigneur, Jay receu les ordres du Roy pour la convocation de l'Assemblée gênerai du clergé à Saint-Germain en Laye, le ving cinquiesme du mois de may, dont je vous envoyé la copie avec la lettre de messieurs les Agens généraux du clergé ; si vous le trouvez bon nous tiendrons nostre Assamblée provinciale le trenteuniesme de ce mois, au quel iour ie lay indite dans le palais archiépiscopal; ie vous prie, Monseigneur, de vouloir bien vous y trouver avec le député de vostre clergé et de me faire touiours la justice d'estre persuadé que ie suis avec respect, Monseigneur, vostre treshumble et très obéissant serviteur.— J.-B.-M. Colbert, Archevêque N. de Toulouse. • El en post-seriptum : < Si vous voulés bien mener avec vous Monsieur Le Bret, vostre prevost, ie vous en sermy fort obligé ; c'est à dir de prendre Monsieur Le Bret pour député du clergé; en cas que sa santé luy permette. »

« Dans V Estât des impressions faites pùut le diocèse, en l'an 1691, se trouve: • Ordonnance de Monseigneur qui ordonne aux prostrés, de ce diocèse de dire dans les messes basses les Oraisons pour le r(n\ insérées dans le Missel, et à la fin des messes hautes et des complies le Pseaume Exaudiat, etc. • (Cf. Archives départementales, série G, liasse 139.)

* jitre sur grand parchemin, aux Archives départementales, série G, liasse 174.

était dans les meilleures relations avec cette noble famille : un de ses membres, Urbain, avait été intendant de Montauban. Il fait offrir le siège archiépiscopal d'Alby à Henry de Nesmond, qui fut institué canoniquement le 15 août 1703. Sept ans après (10 juin 1710) l'Académie française lui ouvrait ses portes et se faisait un honneur de lui donner le fauteuil du grand Fléchier « auquel, disent les contemporains, il n'était pas inférieur par l'éloquence. » Nommé abbé du Mas-Grenier en 1712, il prit possession de cette abbaye le 9 novembre de l'année suivante. Le 5 novembre 1719, Mgr René-François de Beau veau, archevêque de Toulouse, est appelé à la chaire métropolitaine primatîale de la Narbonnaise, en remplacement de Charles le Goux de la Bercbère. Le roi nomme aussitôt de Nesmond à Toulouse; mais cette présentation no fut agréée par le Saint-Siège que le 14 janvier 1722 ; et le 25 août de cette année le nouvel archevêque prêta serment entre les mains de Louis XIV.

20. Fort avancé en âge quand il fut placé à la tête de cette nouvelle Église, de Nesmond travailla au soin dg son troupeau avec le zèle et l'ardeur de ses premières années. Les assemblées du clergé et des États l'entendaient toujours avec le même enthousiasme. Le 28 octobre 1712 il prononçait à Reims le discours du sacre et du couronnement de Sa Majesté le roi Louis XV. Deux ans avant sa mort, âgé d'environ quatre-vingts ans, il haranguait encore le roi au nom du clergé réuni à Versailles (3 juin 1725). Épuisé par tous ces travaux l'illustre évêque s'éteignit à Toulouse le 27 mai 1727, léguant tous ses biens aux hôpitaux de sa ville métropolitaine.

L'Académie des Jeux-Floraux, qui s'était empressée de lui conférer le titre de Mainteneur en le recevant dans son sein, fit son éloge funèbre le 19 juin de cette môme année: « Vous sçavez déjà quel est le triste sujet qui nous assemble en ce jour, dit Comynihan, désigné pour porter la parole dans cette réunion. Chargé par le devoir de la place que j'ai l'honneur d'occuper, de remplir votre attente, que ne puis-je le faire d'une manière

digne de vous, digne du grand Prélat et du parfait Académicien que nous regrettons ! Que ne puis-je vous le représenter avec ces grâces, ces saillies vives et naturelles, cette bonté, cette affabilité, cette droiture ; avec la pureté de foi, l'étendue de connoissances, l'éloquence noble et mâle dont il a fait un si digne usage ; avec toutes ces grandes qualitez qui formoient son véritable caractère ! * Et après avoir rappelé les motifs qui portèrent le roi à nommer Nesmond à l'évôché de Montauban, et puis successivement aux Églises archiépiscopales d'Àlby et de Toulouse, le panégyriste poursuit en ces termes : c Vous savez, Messieurs, avec quel zèle il a rempli ces différens sièges et les grandes et pénibles fonctions de son ministère ; vous avez été les témoins de son attention pour l'instruction des troupeaux confiez à ses soins. Non content de leur donner des ministres sçavans et pieux, il les nourrit lui-même du pain de la parole par ses Man démens, par ses Lettres pastorales.

c Persuadé que l'Oint du Seigneur ne peut retenir la vérité captive, il la fit retentir dans tous les lieux où il pouvoit la faire éclater ; il la porta jusqu'au pied du Trône, avec une fermeté respectueuse.

« Vous les avez lus ces Ouvrages ; vous y avez admiré la justesse et la solidité des pensées, la beauté des expressions, la variété des tours, l'élégance du stile et tout ce que l'art oratoire a de plus gracieux et de plus sublime... Je vous le ferois voir plein de droiture dans ses vues et dans ses actions, sincère dans ses paroles, d'un accès doux et facile; simple et naturel dans l'élévation, ennemi des louanges, quoique personne n'en fut plus digne que lui ; d'une conversation agréable et aisée , aussi éloigné de tout ce qui pouvoit sentir la satire et la médisance, que de ce qui pouvoit . sentir la bassesse et la flaterie.

« Pénétrons dans l'intérieur de son Palais... nous le verrons appliqué à pourvoir aux besoins spirituels et temporels de son troupeau ; tantôt travaillant par ses Ouvrages à arracher l'ivraye

JV.

90 UISTOlftX DE i/ÉGUSI DE M0NTAUB4N.

du champ de l'Église, avec un zèle selon la science, éloigné de de l'esprit de parti, qui le rend si souvent inutile ; tantôt soulageant de son abondance les pressans besoins des nécessiteux, par de grandes aumônes^qu'il se cachoit, pour ainsi dire, à luimême.

c Convaincu que les revenus de l'Église sont le patrimoine des pauvres, il a répandu dans leur sein, pendant sa vie, tout ce qui n'étoit pas nécessaire pour fournir à une dépense proportionnée à son état ; et il a fini sa courte en leur laissant une succession qu'il leur regardoit comme acquise, suivant les principes de sa charité, dont la mémoire sera éternellement en bénédiction.

c Tel est, Messieurs, le portrait ébauché de M. de Nesmond, dans lequel j'ai confondu le Docteur de l'Église avec l'Orateur, le Prélat avec l'Académicien ; mais dans lequel aussi je me flatte que vous aurez reconnu, bien qu'imparfaitement, les qualitez et les talens littéraires qui le rendoient si digne de la place qu'il occupoit parmi vous.

c II avait toujours regardé les Belles Lettres, non-seulement comme un délassement de ses pénibles fonctions, mais comme une ressource utile et un secours nécessaire . pour donner plus de force et plus d'éclat au ministère de la parole dont il étoit chargé : il s'étoit attaché dans tous les tems à les cultiver et à se perfectionner dans l'art de parler.

« Il y parvint à la perfection de cet art, en puisant dans la lecture assidue des anciens et des meilleurs auteurs les règles de la vraye éloquence. Ses Ouvrages, dans lesquels il n'a pas cédé aux plus excellens modèles, en sont des preuves bien éclatantes; on se souviendra de M. de Nesmond; on admirera les productions de son génie supérieur.

« En lui donnant une place parmi nous, vous n'avez pas moins contribué à sa gloire : il a de son côté contribué, à sa vôtre, en désirant avec ardeur de voir son nom écrit dans vos fastes, en faisant retentir ces lieux des témoignages de la plus

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vive et de la plus éloquente reconnoissance, et en ornant vos Recueils de ses Ouvrages ' »

21. Tous les écrivains qui ont parlé de cet évoque lui out décerné les mêmes éloges. Saint-Simon, bon juge, mais rarement indulgent, eut l'occasion de l'entendre le jour où il harangua le roi à Marly, au nom de l'Assemblée extraordinaire du clergé. « Il porta la parole, dit-il, dont je ne perdis pas un mot. Son discours,' outre recueil inévitable de l'encens répété et prodigué, roula sur la condoléance de la mort de Monseigneur, et sur la matière qui avoit occupé l'assemblée. Sur le premier point il dit avec assez d'éloquence ce dont il étoit susceptible, sans rien outrer. Sur l'autre il surprit, il étonna, il enleva ; on ne peut rendre avec quelle finesse il toucha la violence effective avec laquelle étoit extorqué leur don prétendu gratuit, ni avec combien d'adresse il sut mêler les louanges du roi avec la vigueur déployée a plein des impôts. Venant après au clergé plus expressément, il osa parcourir tous les tristes effets d'une si grande continuité d'exactions sur la partie sacrée du troupeau de Jésus-Christ qui sert de pasteur à l'autre, et ne feignit point dire qu'il se croiroit coupable de la prévarication la plus criminelle, si, au lieu d'imiter la force des évoques qui parloient à de mauvais princes et à des empereurs païens, lui, qui se trouvoit aux pieds du meilleur et du plus pieux de tous les rois, lui dissimuloit que le pain de la parole manquoit au peuple, et même le pain de vie, le pain des anges, faute de moyens de former des pasteurs, dont le nombre était tellement diminué, que tous les diocèses en manquaient sans savoir où en faire. Ce trait hardi fut paraphrasé avec force, et avec une adresse admirable de louanges pour le faire passer. Le roi remercia d'une manière obligeante pour celui qui avoit si bien parlé... Toute l'assistance fut attendrie de la réponse, et ne put se taire sur les louanges dé la liberté si nouvelle de

' Suite de Y Éloge déjà cité, ci-avant Dote 1 de la page TJ.

JV.

la harangue et l'adresse de l'encens dont il sut l'envelopper. Le roi n'en parut point choqué, et la loua en gros et en peu de mots, mais obligeants, à l'archevêque *. »

Louis XIV, qui savait si bien apprécier tous les genres de mérite, goûtait beaucoup la manière de notre prélat. Un jour, tandis qu'il le haranguait, Nesmond perd la mémoire et le fil de son sujet, c Je suis bien aise, Monsieur l'archevêque, lui dit spirituellement le roi, que vous me donniez le temps de goûter les belles choses que vous me dites5. » — Le critique Raynal jugeant les écrits de ce prélat, publiés pour la première fois en 1754 3, a donné cette appréciation: c II a réuni dans tous ses ouvrages l'élégance du style, la beauté des expressions, la justesse des pensées, la variété des tons et la noblesse des images. »

Au milieu de ces éloges, expressions de la plus stricte vérité, un biographe a cependant porté ce jugement : c II ne prêchait pas toujours comme un évêque, quoiqu'il ne cessât jamais de l'être pour lui-même ; il prêchait en homme du monde à ceux qui n'entendaient que ce langage, et à qui les vérités utiles devaient être présentées avec grâce et finesse sous peine de ne pas être écoutées 4. » Quand on a lu les écrits du savant prélat, on voit ce qu'il y a d'exagération dans ces lignes ; et pour se prémunir contre de pareilles tendances, il suffit de ne pas oublier l'état de la société à laquelle s'adressait Henry de Nesmond. Avec les éditeurs de la collection Migne, qui ont placé notre évêque au rang des orateurs du second ordre, nous croyons être dans le vrai en disant : c Le style de Nesmond, simple,

4 Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, t. VI, p. 161-16?, édition Hachette, 1865.

' Où cite à peu près les mômes paroles, adressées par Louis XIV à Massillon, au moment où ce grand orateur, prêchant en sa présence, s'arrêta un instant au milieu de son discours.

* C'est à tort que certains biographes donnent cos ouvrages comme publies en 1734; ils ne le furent qu'en 1751, et il n'y en a pas ou d'autre édition jusqu'à la publication (aile par M. l'abbé Migne.

* Cf. Nouvelle biographie générale, de Hoefer, article signé Fisquet.

élégant, souvent énergique, se fait encore remarquer par l'élévation des pensées et la noblesse des images. S'il ne manquait pas habituellement de cette chaleur, de ce feu qui anime et vivifie les productions de tant d'illustres orateurs, ses contemporains, on ne pourrait lui refuser une place honorable parmi les meilleurs écrivains du siècle de Louis, le Grand 1. »

Comme les membres de sa famille, Henry de Nesmond porta pour armes : c D'or, à trois cornettes (cors de chasse) de sable liées de gueules, l'embouchure à seneslre enguichée de gueules, posées deux et une *. >

4 Notice sur Nesmond, placée en tôte des œuvres publiées dans la collection des Orateurs, par l'abbé Migne. — Pour les détails sur son administration à Alby et à Toulouse, Cf. Histoire de* Éséqueset Archevêques de Toulouse, par M. l'abbé Cayre, et le diocèse d'Alby, par M. Hippolyte Crozes.

* II existe un portrait de Henry de Nesmond, gravé par N., à La Bibliothèque nationale,

NOTICE EXTRAITE DU GALLIA CHRISTIANA

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