‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 39 sur 132 · DE NETTANCOURT DE VAUBECOURT · texte numérisé non relu

DE NETTANCOURT DE VAUBECOURT

Sommaire. — 1. Le véritable nom de notre évoque. — 2. Sa famille et sa parenté. — 3. Ses promotions aux Ordres, et sa nomination à l'aumônerie du roi. — 4. Ses titres et sa nomination épiscopale. — 5. Nominations de vicaires-généraux pendant la vacance. — 6. Les vicaires-généraux de Tévéque ; prise de possession du siège. — 7. Entrée et réception officielle. — 8. Un projet de révolte entravé. — 9. Disette générale et charité de révoque. — 10. Ordonnance synodale. — 11. Constitution Onigenitus\ d'Haussonville réviseur du Mandement de M. de Noailles. — 12. Progrés du catholicisme. — 13. Mandement au sujet de la mort de Louis XIV. — 14. Occupations de révoque; sa vigilance. — 15. L'intérêt qu'il porte à sa famille. — 16. Le Gallia christiana. — 17. Encore le Jansénisme et notre évoque. — 18. Résignation du siège ; charité envers ses compatriotes. — 19. Derniers actes d'Haussonville; son décès. — 20. Éloges de cet évoque; ses armes.

1. Le nom patronymique de l'évêque qui succéda à Henry de Nesmond est de Neltancourt. Cependant tous les documents publics, tous les biographes et historiens l'ont toujours appelé d'Haussonville. C'est ainsi qu'il signait lui-même ses actes civils, et sous ce nom étaient publiées ses ordonnances et toutes affaires épiscopaleâ. Voici l'explication de cette divergence.

Notre évoque avait eu trois frères * : Jean VI de Nettancourt,

' Les archives de famille ont aussi conservé le non» de deux sœurs. C'étaient Marie de NcttancQurt-Hatmoiwille, mariée a François III, comte d'Eetaing, lieutenant-général des Tome IL V. 1.

baron de Haussonville, tué à la bataille de Lens, en 1648; Louis-Claude, comte de Vaubecourt, lieutenant-général des armées du roi et du gouvernement de Metz et de Verdun, gouverneur et vidame de Châlons, gouverneur de Verceil, commandant l'armée du Piémont, comme le plus ancien lieutenantgénéral, tué à la tête de ses troupes, le 17 mai 1705; enfin, le plus jeune, Nicolas- Joseph, mort âgé de dix-huit ans k peine, des blessures reçues au siège de Lichtemberg, en 1678*. Nicolas, leur père, avait été adopté par Jean III, son grand-oncle, baron de Haussonville, maréchal des camps et armées du roi, gouverneur de Verdun et du Verdunois, dernier rejeton de cette illustre famille, à la condition pour lui et sa postérité de prendre et de porter le nom et les armes de Haussonville *. Aucun de ses

armées du roi, chevalier de ses ordres; et Charlotte de NettancourLHaussonviUe, épouse de François Poussart, marquis de Fors et du Vigeao, lieutenant-général des armées du roi, gouverneur de Sainte-Ménebould, lieutenanl*génôral au gouvernement de Metz et du pays Messin. — Nota. La plupart des notes qui concernent la généalogie de cette famille sont dues à l'obligeance de M. le comte de Nettancourt, qui a bien voulu faire retranscrire pour noire usage les principaux documents des archives de sa maison.

* Cf. titres aux archives de la famille (dans la Meuse), et tous les ouvrages traitant de la maison de Nettancourt, tels que Moréri, Gourcelles, la Chcsnaye des Bois, la Biographie Chdlonnaite, par M. Lhôte; Y Impôt du sang, par d'Hozier, publié par M. Paris, t. in, p, 11, 1™ partie ; le Diocèse ancien de Châlons-sur-Marne, par M. de Barthélémy, 1. 1, p. 326; t. H, p. 223, etc. . .

' On voit ces armes dans l'Armoriai qui accompagne cette Histoire, et la description est au fond de cette biographie, selon la méthode adoptée dans tout l'ouvrage. En prenant celles d'Haussonville, notre évoque renonça aux armes des Nettancourt, qui étaient et sont « de gueules, au chevron ffior, » ainsi qu'à celles de Vaubecourt, « de gueule*, à treit heaumes d'argent. » Avec la communication de ces différentes armoiries et leur explication, M. le comte de Nettancourt nous écrivait : « François portait également les armes de la maison de Nettancourt, et ce sont celles qu'il fit enregistrer dans l'Armoriai de d'Hozier, en 1697; • (suit le texte même de cet enregistrement, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, Cabinet des titres), A ceci nous répondrons que, en 1697, François-Joseph ne pouvait pas flrire enregistrer les armes de Nettancourt, puisqu'il ne fût le véritable titulaire de cette famille qu'à la mort de tous ses frères, dont le dernier mourut seulement en 1705. Toutefois M. le comte pourrait faire valoir un argument en faveur de son opinion: il y a peu d'années a été retrouvée une vieille faïence (dont il a eu la complaisance de nous envoyer un croquis), sur laquelle sont peintes les armes des Nettancourt, sommées d'une mitre reposant sur un coussin, mjtre acostée à dextre et à senestre d'une crosse épiscopale, A cette objection on peut répondre : N'y a-t-il pas eu quelqu'autre membre de la lignée de Nettancourt qui ait été honoré de l'êpiscopat ? Du reste, la peinture dont il est ici question est accompagnée, sur une bando, de l'exergue PïLESIM UT PROSIM, qui n'a jamais été signalée comme devise de notre ôvéque. Et puis cette peinture n'ost-elle pas attaquable au point de vue de l'authenticité? Le peintre a placé deux crosses au lieu de la croix et de la

troisièmb période. — F.-j. d'haussonvillk (4703-4729). 3

frères n'ayant laissé de postérité, François-Joseph devint le chef de sa maison, l'héritier de tous les biens de sa branche et le titulaire de la substitution établie, en 1602, en faveur de son père. Ainsi François dut forcément changer de titre et de blason. Il le fit, en joignant au nom à' Haussonville celui de Vaubecourt, terre dont il avait eu l'apanage par droit de naissance. A ces appellations l'historien doit ajouter celle de la vraie lignée, qui est de Nettancourt * .

2# François-Joseph était le troisième fils de Nicolas de Nettancourt, dit de Haussonville, comte de Vaubecourt, baron de Haussonville, baron d'Orne, et comme tel premier pair-né de Téveché de Verdun, baron de Saint-Georges et de Turquestein, puis de Ghoiseul, etc., capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances du roi, mestre de camp du régiment de Vaubecourt, lieutenant-général des armées du Rhin et au gouvernement des villes et évéchés de Metz et de Verdun, gouverneur 4e Ghâlons, de Landrecier, puis de Perpignan et du comté de Roussi lion. Sa mère se nommait Glaire-Guillaume de Saint- Eulieu, fille du baron de Saint-Eulieu, vidame de Ghâlons, et seconde femme de Nicolas de Nettancourt1. 11 vit le. jour à

crosse, insignes des évoques. Quand donc il peignit celte faïence pour un vrai descendant ôMfiettancowt, il n'alla pas se demander si celui-ci était substitué aux d'Haussonville ; de là, celte sorte d'anachronisme. Enfla, preuve décisive, et devant laquelle nous avons dû adopter les armoiries des Haussonville dans notre Armoriai, c'est que tous les documents portant le sceau de l'évoque, soit à froid, soit en impression, tous représentent la croix frettée; •pas un, a notre connaissance, qui reproduise le chevron d'or sur gueules. Et pour plus amples renseignements nous dirons encore que, telle que nous les reproduisons, ces armoiries sont peintes par deux fois aux folios 1 et 135 d'un registre des Archives départementales, intitulé : Reconnaissances des fief* de VE/oêchè de Montauban par indivis avec le Roy, en date de Ton 1367, remis le vingtiesme aoust mil sept cens dix et neuf à tnondit seigneur èeesque, G. liasse 38. — Nous ne contesterons pas que ce prélat ait porté le chevron avec la devise, alors qu'il était abbé, et môme que les deux crosses représentent les deux abbayes qu'il administra; cependant ces deux insignes, tournés À ^extérieur dans la peinture susmentionnée) ne peuvent indiquer des crosses d'abbé.

* Cette adoption confirmée par Charles III, duc de Lorraine, en 1605, et par Henri III, roi de France, en 1607, fut enregistrée en 1658. (Pièces aux archives de la famille de Nettancourt.)

a D'après les notes communiquées par la famille. Cf. adhuc, Gçurcelles, Histoire des pairs de France.

Châlons-snr-Marne, le 24 avril 1659. Ondoyé dans le château de ses pères aussitôt après sa naissance, il reçut le complément du baptême le 20 octobre de la même année, au château de Vaubecourt *. La maison d'où sortait notre futur évêque était certainement une des plus considérables de la Champagne dès le XIIe siècle ; la filiation en est établie à partir de cette époque*. En 1172 on trouve le nom de Pierre de Nettancourt avec ceux des sires de Joinville, de Vitry, de Possesse, de Garlande, de Dampierre et de Sainte-Ménehould, etc., parmi les vassaux de Henri I, comte de Champagne 3. Cette famille a donné deux chevaliers aux croisades : Dreux de Nettancourt, en 11904, et Jacques de Nettancourt, qui conduisit cinq cents chevaux en Terre-Sainte à la fin du XIIIe siècle5. Durant sept cents ans elle n'a cessé de s'illustrer dans la carrière des armes, et un grand . nombre de ses membres ont versé leur sang pour la patrie. Jean IV de Nettancourt, bisaïeul de notre François, commandait en 1590 l'aîle, gauche de la cavalerie à la bataille d'Ivry, et fut grièvement blessé au combat d'Àumale, en dégageant le roi Henri IV. Jean V de Nettancourt, son aïeul, s'est rendu célèbre par la prise sur les Turcs de la ville de Javarm, en 1598 •.

« Cf. État civil de Chalons-sur-Marne, et celui de Vaubecourt, Meuse. — Une note, dans laquelle on noua disait « Mgr de Montauban a dû naître & Neuville-sur-Ornain,prôs du bourg de Nettancourt, » est annulée par ces documents.

* Voir notamment pour celte confirmation, Le diocete ancien de Chdlon$, déjà cité, 1. 1, p. 326. Titres aux archives de la famille.

1 Bittoire de* duce et comte» de Champagne. — Ltore des vanaux du comté de Champagne, par M. Longnon, t. VU, p. 118. Paris, 1869.

* Titro original de 1190, par lequel Henri, comte de Bar, se rend caution de diverses sommes d'argent prêtées par des Siciliens à différent! seigneurs, notamment à Dreux, sire de Nettancourt. En vertu de cet acte, son nom et ses armes ont été inscrits dans ta première salle carrée du musée des Croisades à Versailles. — Archives de la famille de Nettancourt.

• Généalogie de la maison de Nettancourt, dans le grand Dictionnaire historique de Moréri, édit. de 1725, t. V, p. 570. Voir encore Bittoire de$ Paire de France, par de Courcelles, t. II, p. 2.

• Ouvrages déjà signalés, plus Bittoire de* Turc*t par Chaloondyle, édit* 1650, 1 1. p. 848-

troisième période. — r.-J. d'haussonvillb (4703-4729). 5

3« Contre l'usage du temps, François d'Haussonville attendit jusqu'à un âge relativement avancé pour entrer dans la cléricature. D'après les lettres dimissoriales délivrées par l'évéque de Châlons, Félix Vialard de Herse, il ne reçut la tonsure qu'à l'ordination de décembre 1678; François-Joseph avait alors trente ans f . Dix ans après il était promu au sacerdoce. Le jour même où il eut le bonheur de célébrer sa première messe, le roi lui conféra la charge et la dignité d'aumônier ordinaire de sa chapelle. Cette faveur lui fut annoncée par le célèbre confesseur de Louis XIV, le Père de la Chaise, en ces termes : « Le Roy ayant sceu que vous avez dit aujourd'hui votre première messe, vous a donné la charge de son Aumosnerie, qui vaque par la promotion de M. l'abbé de Brou à l'évêché d'Amiens. Vous voulez bien que je vous en félicite, vous assurant qu'on ne peut être plus sensible que je le suis certainement à tout ce qui vous touche, étant votre très humble et obéissant serviteur, De La Chaise. A Versailles, 35 décembre 2. — Le titre de nomination à 1-aumônerie royale suivit de près l'annonce qui lui était faite. Il est daté du 7 janvier 1688 8; le nouvel aumônier

* Ces lettres sont datées du 23 décembre 1678, et existent aux Archivée départementaki de la Marne, Registre des expéditions du secrétariat de l'Évechô, an. 1673-1679.

* Ce gracieux autographe est encore conservé dans les archives de la famille.

* Voici le texte môme do ce titre, tel qu'il existe dans les archives de Vitry-ie-Français, et dont nous devons communication à M. le comte de Nettancourt.

RBTBKUB d'AUMOSNIBR DU ROY POUR LS Sr DE VAUBECOURT.

De par le Boy.

« Grand aumosnier de France, nostre premier aumoenler, premier M* et M«» ordinaires de nostre hostel, M" et contrôleurs de nostre Chambre aux deniers, salut. Estant informes des bonnes mœurs, piété, probité et capacité du Sr François d'Hausson ville Nettancourt de Vaubecourt,- et de ses sens, suffisance, fidélité et affection à nostre service, iceluy pour ces causes avons cejourd'huy retenu et retenons par ces présentes, signées de nostre main en Testât et charge de l'un do nos conseillers aumosniers vacante par la démission pure et simple du Sr Feydeau de Brou, nommé à l'évesché d'Amiens, dernier possesseur d'icelle, pour par led. S' de Vaubecourt l'exercer, en jouir et user aux honneurs, authoritez, prérogatives, prééminences, privilèges, franchises, iibertez, gages, droits, fruicts, profits, revenus et esmolumens accoustumôs et y appartenant, tels et semblables qu'en a jouy ou deu jouir led. S' de Brou, et ce tant qu'il nous plaira. Si vous mandons qu'après vous estre apparu des bonnes vie et mœurs dud. S' de Vaubecourt, et de luy pris et receu le serment en tel cas requis et accoustumô, vous ayez & (aire registrer cette sentence ôs-registcet

prêta serment en cette qualité, le 20 du même mois, et fut installé dans ces fonctions par Du Cambont de Coislin, évoque d'Orléans et premier aumônier du roi.

4. L'abbé de Nettancourt occupa tout son temps à approfondir la théologie, son étude favorite ; et trois mois après son Ordination sacerdotale, le 16 mars 1688 *f il obtenait le bonnet de docteur à la faculté de Paris. Le 1er novembre 1691 il fut créé abbé-commendataire de l'abbaye de la Chassaigne (ordre de Cîteaux); puis, le 8 septembre 1693, de celle de Saint-Mattiû d'Aisnay (ordre de Saint-Benoît), Tune et l'autre au diocèse de Ljron 2. « Plusieurs sièges épiscôpaux, entre autres celui d'Agde, lui avaient été offerts, mais sa modestie les lui fit refuser '. > Sa piété et son savoir c n'étaient pas moins considérables que sa Naissance, » au témoignage de ses contemporains4. Aussi futil obligé de céder enfin aux sollicitations du roi et de ses supérieurs ecclésiastiques ; et il accepta notre évêché, pour lequel

et papiers do nostre Chambre aux dénie;*, et du contenu cy-dessus le faire jouir et user plei nement et paisiblement, obéir et entendre do tous ceux et ainsy qu'il appartiendra eschoses concernant lad. charge ; mandons en outre aux, Trésoriers généraux de nostre maison que ledits gages et droits ils ayent à payer aud. Sr de Vaubecourt, à l'avenir par chacun an, aux termes et en la manière accoustumez suivant nostre estai. Car tel est nostre plaisir. Donné à Versailles, sous le scel de nostre secret, le sspÇesme jour de janvier mil six cens quatre vingts huit. — Signé : Louis. Plus bas : Par le Roy. Colbert. El scellé du Bcel royal. » En marge on lit la mention du serment prêté et de l'installation.

« Biographie Ckdlonnaise, déjà citée, p. 268.

' Nettancourt succédait dans l'abbaye d'Aisnay à Camille de Neufville de Villeroy, alors archevêque de Lyon, et il renonçait en môme temps au premier de ces bénéfices. Il signala son passage à Àisnay par de grar.ds bienfaits. Le quartier dans lequel était située l'abbaye était fort peuplé, très malsain et sillonné par des rues étroites et insuffisantes. Il le ilt reconstruire en partie eè l'assainit en ouvrant une large voie, qui est aujourd'hui encore une des principales de la ville de Lyon, et à laquelle on a conservé le nom de Vaubecourt. — (Notes de f.«mille fournies par l'archiviste de Lyon.) Malgré sa nouvelle dignité, Mgr d'Haussonville conserva l'abbaye d'Aisnay, comme le prouve une requête mentionnée dans Ylnventaire de» titres du monastère, présentée « à Mgr l'Evoque de Monlauban, abbé d'Aisnay, . par les curés, consuls, luminiers et habilans de Vernaison, » pour réclamer le droit de banchago (droit sur les bancs des étalagistes) pendant les deux foires de Vernaison. Aisnay est aujourd'hui une des paroisses de Lyon; c'est en peignant les fresques de cette église que, faute de jour, Hippolyte Flandrio a perdu Ja vue.

* Cf. Biographie ChdlonnaUe, p. 268, et Oallia chriitiana .

* Voir le Mercure de France, mai 1692, p. 195.

troisième période. — f.-j. d'haussonville (1703-1789). 7

il fut proposé à Rome le 17 décembre 1703, après avoir été nommé par ordonnance royale du 15 août. Préconisé le il février 1704, il fut sacré le 30 mars de la même année dans l'église de l'abbaye Saint- Victor, à Paris, par le cardinal de Noailles, assisté des évèques d'Amiens et de Sentis '. Le 9 avril suivant il prétait le serment ordinaire entre les mains du roi, à Marly.

5. Un an s'était écoulé depuis la promotion de Henry de Nesmond k l'archevêché d'Àlby. Aussitôt la vacance officiellement connue, le chapitre avait provoqué une .assemblée générale pour parer aux affaires du diocèse. Dans la réunion tenue au mois de décembre 1703, le prévôt Le Bret donna lecture d'une c lettre de Mgr l'archevêque d'Alby, fort honnête et obligeante envers la compagnie, dans laquelle il marquait qu'il avait receu ses bulles et qu'ainsi le Chapitre pouvait nommer dés vicairesgeneraux pour régir le diocèse, n'ayant plus aucune juridiction dans Montauban... » Lecture faite, il fut délibéré que la nomination serait remise à l'assemblée fixée pour le mardi 18 décembre, afin qu'on eût lé temps de. convoquer tous les ayant voix au chapitre. On se réunit en conséquence au jour dit, dans la sacristie de l'église Saint-Jacques, sous la présidence de M. Bastard, doyen, le prévôt étant absent. « Mais, continue le rédacteur du procès-verbal, avant de procéder à la nomination de MM. les grands-vicaires, il a été unanimement convenu que pendant le siège vacant la collation des bénéfices qui viendraient à vaquer sera faite par le chanoine-semainier, et qu'ainsi M. Lebret, prévôt, commencera dimanche prochain, 23e du courant, à entrer en semaine, ensuite M. Bastard, doyen, ainsi des autres suivâns alternativement; et les quatre jours restant

« D'après le Mercure de France (avril 1704, p. 295-296), le sacre aurait en lien le dimanche 28 mars. C'est une erreur, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les diverses piôceaofficielles que noua reproduisons dans ce récit» Voir encore ce môme ouvrage, livraison de mai 1736, p. 1030-1032. On s'explique la présence de l'évoque d'Amiens quand on sait, comme nous l'avons dit plus haut, qu'il fut son prédécesseur A raumôneriè de la chapelle royale* L'évoque de Senlis qui l'assista était Jean-François de Ghamillart.

jusqu'à dimanche prochain, le Chapitre y nommera en corps. Après quoy on a procédé à ladite nomination des vicaires-generaux, de sorte que tous ont d'abort nommé pour premier vicaire-general M. l'abbé de Vaubecourt, évesque nommé par Sa Majesté ; et toutes les voix ramassées, le plus grand nombre a esté en faveur de MM. Filhol, chantre; de SéguinvHle, théologal; Rigaud et Yerdier. On a nommé ensuite officiai M. de Gahusac, M. Granet pour veiller aux regîtres des archives, M. Beauchams pour promoteur, M. Figuier thresorier..* Ensuite de quoy tous les capitulans sont allés devant le Maître-Autel et ont requis M. Fraissé, secrétaire-général du Chapitre, de vouloir faire la publication de MM. les vicaires-generaux nommés, afin que tout le monde les reconnoisse et n'en prétende cause d'ignorance f. »

6. Aussitôt que les bulles d'institution canonique du nouvel évèque furent communiquées au chapitre (février 1704), les administrateurs capitulaires en informèrent officiellement le diocèse. François-Joseph n'oublia pas cependant que, dès sa nomination à l'évêché par le roi, les chanoines l'avaient institué premier vicaire-général; aussi, usant de la même courtoisie, il adressa, de Paris, en date du 5 avril 1704, les lettres de vicaires-généraux aux quatre membres qui avaient été nommés administrateurs avec lui 2. Peu après il donnait procuration au prévôt Le Bret de prendre possession du siège et du palais épiscopal. Le rapport de l'époque consigne cet acte en ces termes: cL'an mil sept cens quatre et le quatorzième jour du mois d'avril, à Moûtauban,.à l'issue de vêpres, par devant moy notaire royal et apostolique de la ville et diocèse... assemblés capitulaire-

* Cf. Archives départementales, série G, liasse 10, Registre des insinuations pour les années 1701 jusqu'à la première partie de 1709, fol. 65-66. —Nota. Ce registre renferme des actes de l'épiscopat de Nesmond, Colbort et Bertier; c'est une retranscription des documents insérés, pour la plupart, dans Tordre où ils 8e présentaient sous la main du greffier.

* Voir copie de ces lettres dans le Registre des insinuation*, an. 1701*1709. Arch, départementales, série G, 16.

TR0ISIÈ1IB PÉRIODE. — F.-J. Vhaussonvillb (4703-4789). 9

meut dans la sacristie de l'église de Saint-Jacques MM... auxquels le sieur Lebret auroit dit que le Roy ayant nommé Monseigneur François d'Haussonville de Vaubecourt à l'Evesché de Montauban, aux lieu et place de... N. S.-Père le Pape lui aroit octroyé les bulles au mois de febvrier de la présent année, en vertu des quelles ledit seigneur auroit esté sacré dans l'abbaye Saint-Victor de Paris le 30 mars aussy dernier, dont il auroit envoyé audit sieur Lebret ladite bulle avec sa procuration du 17 mars, pour prendre, par ledit sieur Lebret, en qualité de son procureur, possession dudit Evesché... » Bulles et procuration lues, fut « délibéré à l'unanimité que ledit seigneur, en la personne du sieur Lebret, seroit mis en la réelle, actuelle et corporelle possession dudit Evesché, ensemble des honneurs, prérogatives, droits, fruits, profits et revenus y appartenant et en dépendant. » Après le serment d'usage prêté par le procureur, et le baiser ayant été donné à chacun des membres du chapitre, on le conduisit, au son des orgues et des cloches, au pied du grand autel, de là au trône pontifical, où ou le fit asseoir. Puis le cortège des chanoines, revêtus de leurs surplis, s'étant formé, le délégué fut conduit processionnellement au palais épiscopal pour lui en livrer les clés et la possession *.

7. L'évéque attendit encore trois mois et demi avant de faire son entrée dans la ville épiscopale. Elle eut lieu le 2 août, avec le cérémonial dont voici le rapport officiel : € L'an mil sept cent quatre et le second jour du mois d'aoust, dans le palais épiscopal de Montauban, après quatre heures du soir... Mgr Illustrissime et Reverendissime Père en Dieu, Messire François d'Haussonville de Vaubecourt, Evesque et seigneur dudit Montauban, revestu du surplis et rochet, estant dans la salle, y servaient arrivés Messieurs du vénérable Chapitre cathedral

« Cf. Registre des insinuation*, an. 170M7W, fol. 74*75. Archivée départemental, série G, liasse 16.

revestus de leur surplis et aumusses, précédés de la croix, les cloches de l'église sonnant, suivis d'un grand concours de peuple sachant que Monseigneur l'Evesque desiroit prendre la possession personnelle qu'il avoit déjà prise par procureur 4... Il y avoit quatre chantres revestus de pluviaux avec les quatre bourdons d'argent. Messire Henry Lebret, prevost du Chapitre, revestu d'un pluvial blanc faisoit l'office, portant une petite croix d'argent ; en allant oo ne chanta point. Le clerc du Chapitre portoit la croix élevée, et le clergé marchoit en suitte avec toute la modestie en ce cas requise ; et étant arrivé au palais Episcopal, M. le Prevost ayant fait une profonde inclination à Monseigneur l'Evesque qui étoit dans la salle basse, à genoux sur un carreau de velours, teste découverte, présenta la croix à baiser au Seigneur. Après le baisé, ledit sieur Prevost fit une profonde inclination de teste ; après quoy les quatre chantres entonnèrent l'antienne Sacerdos et PwUifex... Après cette antienne, les chantres entonnèrent le répons ton. 8, Ecce sacerdos magtois... Le clerc qui portoit la croix élevée sortit de la salle basse, pour aller en procession à l'eglise-cathedrale. Monseigneur l'Evesque alloit après M. le Prevost, ledit segr. Prélat avoit auprès de soyMr. Bastard, doyen > et M. Douvrier, grand archidiacre. Etans arrivés à l'eglise-cathedrale et à l'endroit où on avoit préparé un prie*dieu, sçaYoir entre les deux portes et sotibs le clocher, Monseigneur se mit à genoux un moment, sa teste découverte, à qui l'officiant présenta l'aspersoir après l'avoir baïsé et avoir fait une profonde inclination de teste, et ensuite ledit seigneur en donna aux autres. L'officiant ayant baïsé l'aspersoir et la main de l'Evesque, prit l'aspersoir. Après cela Mgr mit le bonet en teste; M. Lebret luy présenta la navete baisant la cuiller en la reprenant de la main de l'Evesque ; Mr. Pachy, prêtre prébende, revestu d'un surplis, portant l'encensoir, et Monsgr. mit do l'encens en même temps et fut

» togittre de* intintmlion*, déjà cité, fbl. 90-91.

TROISIÈME PÉRIODE. — F.-J. D'HàUSSONYILLE (1703-1729). 44

encensé par trois fois par ledit sr. Lebret, ayant fait une profonde révérence de teste devant et après. Après cela l'orgue joua. Après quoy les chantres entonnèrent le Te Deum, et l'orgue repondit à chaque verset, et allant au grand autel et passant par devant la chapelle du S. -Sacrement, se prosterna un moment pour l'adorer sur un agenoiller qu'on luy avoit préparé. Estans arrivés au grand autel, l'officiant monte à l'autel, in cornu Epùtolœ, avec le maistre de cérémonies, ayant salué la croix» tourné du costé du seigneur Evesque qui demeura au pied de l'autel où l'on avait préparé un troisième priedieu, sur lequel il se tint à genoux quelque temps, et ensuitte se tint debout jusques au dernier verset du Te Deum. Lequel chant fini, il se remit à genoux, et l'officiant dit les versets suivants : Prqtector nwter, etc.. L'oraison finie, l'orgue joua, et l'officiant présenta à Mgr l'Evesque, qui étoit £ genoux, entouré de tous les chanoines, la formule du serment que l'Evesque a accoustumé de faire à sa première entrée... L'Evesque l'ayant leueà genoux, Poftkiant luy présenta le Missel à l'endroit du Canon, et l'Evesque'ayant mis la main sur l'Evangile, l'officiant luy présenta la main et le conduisit à son. siège suivi de MM. le doyen, dignités et chanoines, où le seigneur Evesque se plaça. L'orgue ayant cessé de jouer, les quatre chantres entonnèrent l'antienne des Saints Jacques, Martin et Estienne, patrons de l'église: Mirificavit Domimis... Pendant qu'on chantait l'antienne, Monseigneur alla k l'autel, et Tayaut baïsé au milieu, se plaça m cornu Epistolœ, tourné du costé de l'autel, et dit à voix kaute Dominus vobiscum, etc.. L'oraisoudes patrons finie, il donna la bénédiction Sitnomen... Après la bénédiction, le seigneur Evesque fut reconduit à son siège épiscopal. M. le Prévost publia 40 jours d'indulgences à tous ceux qui avoient assisté à cette cérémonie. — Le seigneur Evesque s'en retourna à son palais épiscopal et marcha entre MM. Bas tard et Douvrier, le reste du clergé chacun selon son rang jusques à la salle basse de son palais. Après que tout le monde luy eut fait, la révérence, ledit

4 S HISTOIRE DE i/ÉGLISB DE MONTACBAN.

seigneur Evesque accompagna le clergé jusqnes à la grande porte de son palais *. »

8. c La douceur, la bonté et la bienfaisance montèrent avec lui sur le siège épiscopal, a dit l'historien du Quercy; et ces heureuses qualités ne contribuèrent pas peu à déterminer la conduite louable que tinrent alors les Quercinois. La révolte des Protestans des Cévennes venoit d'éclater. Ils se flattoient d'en* gager surtout dans leur sacrilège révolte les Montalbanois, dont le nom dans leur parti étoit le cri de l'honneur et des succès9» » Un de leurs émissaires se rend à Montauban et obtient une entrevue secrète avec les protestants. Au discours incendiaire qu'il prononça dans cette assemblée, les Montalbanais répondi* rent c que la première obligation d'un sujet est une entière soumission à son prince. » Et, ajouta un orateur indigné, c s'il en est parmi nous à qui la religion serve un jour d'infime prétexte pour troubler la tranquillité publique, ce seront des citoyens vils et obscurs, que démentira la partie la plus saine et la plus éclairée. Peut-être même ne sommes-nous déjà que trop coupables pour avoir si longtemps prêté l'oreille à un discours si criminel. > En terminant sa chaleureuse et indignée allocution, celui-ci demandait à ses auditeurs « de livrer au châtiment, sans balancer, > tout sujet révolté. Montauban laissé à luimême s'était retrouvé ce qu'il était jadis ; et si dans cette cité il pouvait se rencontrer encore des protestants qui, par esprit de vengeance, eussent été heureux de prêter secours à la révolte, la question d'intérêt les arrêtait ; car le commerce ayant repris dans la région, l'aisance revenait, et avec elle le calme et une lueur de prospérité.

9. Cette espérance ne devait pas être de longue durée. Avec l'année 1709 (5 janvier) éclata le plus rigoureux hiver dont

« Document transcrit aux derniers feuillets en parchemin d'un registre in-4* appartenant aux archives de l'Évechô, et qui a pour titre : Bulle de $ècularUation du Chapitre cathédral de Montauban.

* Cathala-Coture, Histoire du Querei, t. m, p. 52-53.

troisième période, — f.-j. d'haussonviub (4708-4729). 43

l'histoire ait conservé le souvenir *. Quoique au midi de la France, le Quercy en éprouva toutes les rigueurs. « C'était peu que de voir les rivières glacées à plusieurs pieds de profondeur, et la glace même résister aux fardeaux les plus lourds. On entendoit dans les forêts les chênes se fendre avec un bruit effroyable ; la terre était jonchée de gibier et d'oiseaux de toute espèce; les animaux domestiques mouraient dans les étables. Les hommes même ne furent point à l'abri des effets meurtriers de cet hiver désastreux. Les uns conservèrent toute leur vie une partie de leur corps engourdie, et les autres virent leurs membres glacés tomber par lambeaux. Les fruits de la terre périrent presque tous ; les vignes furent emportées. Les gens de place et les Officiers municipaux signalèrent leur sagesse et leur bienfaisance dans toutes les villes du Querci. D'abondantes largesses et des feux sans cesse allumés dans les rues et dans les places, vinrent au secours du pauvre et de l'artisan à qui le froid avoit fermé les ateliers, où il trouvoit auparavant sa subsistance. > La disette devait nécessairement accompagner ce premier fléau; elle arriva en 1710. Alors éclata toute la charité de notre évêque. Son palais comme sa bourse fut ouvert à tous les pauvres sans distinction. Et si l'on peut dire qu'il eut des faveurs particulières, elles furent pour les frères séparés. € Il acceuilloit ces brebis chères à son cœur, qu'il espéroit ramener plus facilement au bercail, en leur faisant aimer une religion qui verse, sans distinction, ses bienfaits sur tous les hommes, égaux à ses yeux, lorsqu'il s'agit de remplir les premiers devoirs de l'humanité. Il n'épargna rien pour soulager les malheureux. Revenus, effets précieux, argenterie, il sacrifia tout généreusement à ce noble emploi. Cette conduite, digne des beaux siècles de l'Église, lui gagna tous les cœurs. La mémoire s'en conserva longtemps et les Protestans ne la rappellent encore qu'avec vénération. On vit souvent ce Prélat

« Cf. dans les Éphémèridet Montalbanaises, p. 266-269, l'article sur Les Mwr$ lu plu$ rigoureux de Montauban*

44 HISTOIRE DIS l/ÉGLISS DE MONTAUBAN.

se transporter secrètement chez l'indigent, prévenir ses besoins, et rendre à la- vie des familles entières qui préféroient une mort prochaine à la triste humiliation de découvrir leur indigence.1. > Nous aurons k constater, avant la fin de ce récit, des actes qui feront connaître, de plus en plus, la vertu distinctive de François d'Haussonville, dont la charité est restée proverbiale dans notre pays. - • ■

10. Tout en soulageant les malheureux de son diocèse, d'Haussonville prenait part aux grandes désolations de la France, ïtuinée par les guerres, appauvrie par les fléaux dont Dieu la châtiait, ensanglantée k cette heure par les troubles fanatiques des Cévennes, agitée et divisée par le Jansénisme, qui depuis soixante ans luttait contre les anathèmes de Rome et contre l'autorité royale, elle n'a que l'Église catholique pour la défendre. Soit dans leurs écrits, soit k l'Assemblée des Etats, les évoques se dévouent à tout ce qui pourra sauver la patrie et concourir au bonheur des populations. Le 13 août 1710 notre évoque a l'honneur de porter la parole dans l'Assemblée ; et k la tête des députés de la province du Languedoc il harangue le roi, lui exprimant le dévouement de son peuple et les vœux que le clergé, en particulier, formait pour .la paix de l'État et la prospérité de la famille royale. Ses devoirs de conseiller ou de député ne lui faisaient pas perdre de vue ceux de k charge épiscopale. A son tour, et comme ses prédécesseurs, il tint k promulguer les anciens Statuts diocésains et k y apporter les modifications nécessitées par les circonstances. Le 21 juillet 1711 fut convoqué, par son ordre, un Synode général du clergé du diocèse. La séance se tint dans la chapelle du palais épiscopal, où l'évêque présida, assisté « de deux députez du Chapitre et de deux archiprêtres, > au milieu de c tous les autres curés du diocèse revestus de leur surplis. » Alors fut publiée, en trente-six articles, l'Ordonnance dont voici la substance.

* Histoire du Querà, t. III, p. 56-57.

TROISIÈME rtRIODB. — F.W. n'tfACSSOftVILLK (1703-1729). 46

c Art. 1 . Tous ceux qui désireront recevoir h tonsure se présenteront à Nous où à nos Vicaires Généraux, trois mois avant l'ordination, afin que nous puissions examiner s'ils ont les qualitez requises. Celles que nous désirons trouver, qu'ils soient nés d'un légitime mariage, qu'ils sçachent le Catéchisme, qu'ils soient confirmez et qu'ils donnent des marques de leur vocation. > Pour cela, ceux qui habitent la ville auront à assister aux offices et instructions qui se feront trois mois auparavant dans le Séminaire ; ceux du dehors devront se faire instruire par leurs curés respectifs, dont ils apporteront un certificat. — 2. Nul ne sera admis s'il n'apporte du supérieur du Séminaire ou de son «uré une attestation en bonne et due forme de son assiduité aux offices, auxquels ils doivent assister c en soutane et surplis, » et de sa vie exemplaire. Ensuite de quoi ils seront acceptés au séminaire sur une c permission écrite, » et ils auront à y demeurer pendant trois, mois à l'époque de chacune des ordinations. — 3. Les nouveaux prêtres auront à dire chacun c leurs trois premières messes au Séminaire. » — 4. Tous ecclésiastiques, bénéficiers ou dans les ordres sacrés devront dans le diocèse porter toujours la soutane, sauf dispense ; avoir la tonsure proportionnée à leur ordre, et les cheveux courts et modestes. •Défense de porter c des cravates, des habits gris et juste-auxorps, même en voyage, > où ils pourront seulement se servir d'une soutanelle noire. — S. Sauf nécessité, la perruque est interdite ; et ceux qui en useront c les porteront courtes avec une tonsure de la grandeur marquée pour chaque Ordre, et d'une manière qui représente leurs cheveux naturels, et conforme à la modestie de leur état. * — 6. Défense « de se .trouver aux brelans, et de jouer à aucune sorte de jeu de pur hazard, et d'y faire jouer leur argent, à peine de suspense qui sera, encourue par le seul fait. » — 7. Item pour les c comédies, bals, opéra, farces de bateleurs et autres spectacles de ce caractère. > — 8. S'abstenir de c toute crapule et yvrognerie. » Suspense ipso facto pendant quinze jours pour < tout prêtre, diacre

16 HISTOIRE DR L'ÉGUSB DB MONTAUBAK.

et soûdiacre qui se seroit tellement oublié, que de prendre du vin jusques à s'enyvrer. » — 9. Au sujet des cabarets, est renouvelée la défense portée par son prédécesseur. — 10. Il en est de même pour ce qui touche aux personnes de service et autres qui habitent sous le même toit que les ecclésiastiques* — 11. Suspens ipso facto tout ecclésiastique qui irait c à la chasse des chiens acourans, sous quelque prétexte que ce puisse être, et autres semblables défendues par les saints Canons, et qui ne peuvent se faire sans un grand bruit. » Défendue encore c toute chasse qui se fait avec des armes à feu, comme aussi de porter des fusils, dagues ou épées, et autres armes, même en voyage^ » — 13. Défense de c prendre aucune ferme, à. moins que ce ne soit celle des dixmes de leur paroisse, et pour un bien de paix, et de faire aucun commerce, soit sous leurs noms, ou des noms empruntez. > — 13. Curés et vicaires garderont la résidence dans leurs paroisses ; il leur est fait défense de s'absenter c aucun jour de Feste ou de Dimanche, sans des raisons -très-importantes connues de nos Vicaires forains. » Et dans ce cas ils doivent trouver un prêtre pour les remplacer ; que s'ils étaient obligés de s'absenter pour plus d'un mois, ils devront en obtenir autorisation, soit de l'evêque, soit de ses vicaires-généraux. — 14. Dans tout le diocèse les messes paroissiales se diront à dix heures en hiver, et à neuf heures en été. Tous les dimanches prône et catéchisme, aussi que vêpres. Et pour que les paroissiens ne manquent point ï la messe paroissiale, il est défendu c de dire aucune messe basse dans l'église de la paroisse, depuis que la grande Messe aura été sonnée jusques à ce que l'élévation du S. -Sacrement ait esté faite. » — 15. On n'entendra les confessions que dans les églises et sacris-, ties, sauf pour les sourds et malades. Les confesseurs devront être revêtus du surplis pour l'administration de ce sacrement. — 16. Au sujet des mariages, défense est faite de publier les bans en dehors des messes paroissiales ; il faut un jour entier entre la publication et la célébration, et le certificat de publi-

troisième période. — f.-j. d'haussonviliji (4703-4729). 47

cation ne devra être délivré que le lendemain de la dernière. Ces publications ne seront faites qu'après qu'on se sera assuré que les parties contractantes savent le Pater, Y Ave, le Symbole, les Commandements de Dieu et de l'Église et l'abrégé de la doc* trine chrétienne. Les mariages ne seront célébrés, sauf permis* s ion, que dans l'église paroissiale de l'une ou l'autre des parties, et pas avant le lever du jour. Les prêtres, avant de publier les bans, devront s'informer du domicile des contractants, de leurs qualités et état, de leurs parents, et cela pardevant quatre témoins qui sachent signer, si on en peut trouver. — 17. Les curés et vicaires avertiront leurs paroissiens sur l'obligation des confession et communion pascales. Eu cas de mépris par ceuxci, ils les avertiront en particulier; puis, sans les nommer, les exhorteront du haut de la chaire à se rendre au précepte ecclésiastique. Que s'ils refusaient alors d'obéir, on les dénoncera nommément à la messe de paroisse, et cela pendant trois dimanches ; puis leur sera interdite l'entrée de l'église, et s'ils mouraient en cet état de révolte, privation de sépulture chrétienne. — 18. Les conférences ecclésiastiques sont fixées pour Mon tau ban, le ,1er jour de chaque mois dans la chapelle de l'évêché; à Castelsarrasin le 2e jour; à Montech le 10° ; le 15° à Beaumont; le 18e à Saint-Pofquier; le 20e à Garganvillar ; le 22e à Saint-Urcisse ; le 25* à Roquemaure ; le 30e à Villemur. Quand le dimanche ou une fête coïncidera avec quelqu'un de ces jours, la réunion sera remise au premier jour suivant non empêché. On y traitera les matières indiquées par l'évéque. Le procès-verbal devra être envoyé chaque mois, et portera le nom des absens et les causes de leur absence. On ne pourra pas s'absenter deux fois de suite, sans en donner avis dans la huitaine au chef de la conférence, qui en référera à l'autorité supérieure : et suspense serait portée si la raison n'était pas reconnue valable. Sont invités à se rendre aux conférences de la ville épiscopale tous les dignitaires du chapitre, les supérieurs des communautés religieuses, et ceux de leurs inférieurs qu'ils

To« IL V, 2.

jugeront à propos de mener avec eux. — 19. Les ecclésiastiques qui voudront être vicaires devront se présenter à Pévêque ou à ses vicaires généraux pour être examinés ; puis tous les ans ils feront renouveler leur titre vers la S. Jean pour recevoir prorogation. — 20. Le baptême ne devra jamais être différé de plus; de quatre jours après la naissance ; on n'ondoyera les nouveaux-nés dans leur maison qu'en cas de nécessité, et au plus tard quinze jours après ils devront être portés à l'église, pour qu'il soit suppléé aux cérémonies. Les sages-femmes n'exerceront qu'après examen sur le baptême, subi pardevant les curés ou vicaires des paroisses. — 21. Quant aux honoraires à percevoir, ils seront ainsi fixés : pour la « levée d'un corps, avec la messe haute et les obsèques, > jamais plus de 15 sols, et pour chaque prêtre assistant pas au-dessus de 7 sols. Pour la levée d'un corps d'enfant, avec la messe, ne pas dépasser 10 sols, et pour les prêtres assistants 5 sols. Les messes basses de fondation n'excéderont pas 5 sols, à moins que le fondateur n'ait réglé une rétribution plus forte; les grandes messes de fondation seront chantées pour 15 sols, et s'il y a diacre et sous-diacre, chacun d'eux percevra 8 sols. Chaque publication d'annonces de mariage 5 sols, et autant pour les certificats. Publication de monitoire 10 sols, et la fulmination 1 5 sols. Il en sera de même pour les titres cléricaux. — 22. Chaque église aura un coffre fermé à deux clés pour renfermer les titres des fabriques et les offrandes des fidèles. — 23. Il sera fait un tableau des fondations à acquitter, et il demeurera exposé dans la sacristie. Le dimanche on lira au prône les jours de la semaine où lesdits services auront lieu. — 24. Les abjurations ne pourront être faites qu'entre les mains de l'évêque ou de ses délégués; le procès-verbal en sera remis au secrétariat de l'évêché. — 25. Ne pourront tenir écoles que ceux et celles qui auront été approuvés et examinés par l'évêque ou ses délégués. On n'admettra pas dans une même école des enfants des deux sexes. — 26. Défense de nommer, « le jour et feste du patron ou le diman-

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che qui le sait, un Roy et une Reyae, et plus encore, de recevoir de ceux qui auraient esté élus aucune offrande, soit en cire, argent, ou de quelque autre espèce que ce puisse être. » Les curés s'aideront mutuellement dans les besoins de leurs paroisses, principalement le jour de la fête du patron ; mais il est défendu expressément de faire en ces jours-là « aucune profusion dans les repas, même d'y inviter des séculiers *• >

11. Quand ces divers articles du règlement eurent été lus en assemblée, ils furent promulgués dans tout le diocèse, avec ordre aux vicaires forains d'en faire la lecture une fois tous les ans, à la première conférence du mois de mars. Chaque curé devait, en outre, publier au prône de la messe paroissiale les articles qui regardaient les fidèles. Par là, l'évêque aidait à cette restauration de la foi et pratique catholiques, bien refroidies par tous les bouleversements passés. Quatre ans après cette publication d'Ordonnance synodale, François d'Haussonville se trouvait mêlé aux violents débats qui avaient éclaté en 1713 au sujet de la Constitution Unigenilus. Arrivé à Paris depuis quelques jours seulement, notre prélat fut choisi avec les cardinaux d'Estrées et de Polignac, et avec l'évêque d'Arras pour réviser le Mandement, par lequel le cardinal-archevêque de Noailles promettait enfin au roi de faire sa soumission à la bulle papale. Monseigneur de Noailles avait désigné ces quatre prélats, qui jusqu'alors étaient demeurés étrangers à la lutte. Le roi ayant souhaité qu'on leur adjoignît d'autres évêques, de Noailles accepta comme seconds réviseurs le cardinal de Rohan, les archevêques d'Auch et de Bordeaux, les évêques de Meaux, de Soissons et de Blois. Les séances s'ouvrirent le 20 juin : les réviseurs n'y assistèrent que deux à deux ; les cardinaux d'Estrées et de Polignac furent admis les premiers.

* Analyse faite sur l'exemplaire unique, petit in -4° de 12 pages, appartenant à la collée* tfon Foreslié.

Après eux parurent les évoques deMontauban et d'ArrasJ. — On sait que ces conférences n'eurent pas le succès qui avait été espéré. Elles furent rompues après plusieurs mois et sans qu'on eût pu s'entendre et obtenir de Mgr de Noailles les concessions nécessaires.

12. D'Haussonville rentra dans son diocèse. Il le trouva tout occupé au négoce et à l'industrie, seules ressources pour réparer les désastres causés par les fléaux qui venaient de le ravager. La religion y fleurissait de plus en plus ; le clergé se recrutait assez abondamment, déjà même il avait la consolation de voir le catholicisme s'enraciner profondément dans l'âme des nouveaux convertis, et la génération élevée par les instituteurs catholiques fournissait de nombreuses vocations à Tétai ecclésiastique *. Les bénéfices étaient suffisamment pourvus de titulaires; le nombre des collations de grades théologigues augmentait, la régularité s'étendait de jour en jour pour la grande édification des fidèles. De son côté, l'évêque ne se contentait pas d'édifier par l'exemple de toutes les vertus, mais visitant son diocèse, envoyant des missionnaires à ses paroisses, s'assurant de l'état des églises et des progrès de la foi et de la pratique religieuse, il travaillait énergiquement à la réforme des abus* Ainsi, sachant que dans certaines localités les agents royaux du fisc, de la judicature ou de toute autre administration levaient des impôts, rendaient des arrêts ou des jugements aux jours prohibés par la loi de l'Église et de l'État, il obtint du roi une Ordonnance enjoignant, c sous peine de

* Voir Histoire de la Constitution Unigentcus, par Mgr Pierre-François Laflteau, évoque de Sisteron, ôdit. 18?0, p. 162 etsuiv. — L'évêque qui fut associé à d'Haussouville pour déposer ensemble sur ledit Mandement était Gui de Sève de Rochochoaart.

' Le Registre des insinuations de 1702 a 1709 suffit & lui seul à prouvor combien le recrutement du clergé s'opérait facilement. Le6 lettres d'ordinations, de collations de bénéfices et de grades théologiques abondent dans ce volume. Entre autres ordinations nous signale-* roos celle d'un petit-fils du célèbre Jacques Goras» dont nous avons raconté la conversion sous répiscopat de Mgr de Bertier. Cet ecclésiastique, fils do Jacques Imbert, attaché à la généralité de Montauban, et de Marie Coras, de la paroisse Saint- Jacques, reçut la tonsure des mains de notre évoque en Tannée 1702. Cf. Archiva départementales, série G, liasse 16.

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