‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 44 sur 132 · Tome II. V · texte numérisé non relu

Tome II. V

des bonnes vie et mœurs, piété et doctrine, grande suffisance et des autres vertueuses et recommandables qualités qui sont en la personne du sieur Michel de Verthamont *, docteur en Sorbonne, prêtre, grand vicaire et grand-chantre- de l'Eglise cathedralle de Limoges, et Sa Majesté se promettant qu'il employera avec zèle et application tous ses talens pour le service de l'Eglise, luy a accordé et fait don de l'Evesché de Montauban qui vacque aprésent par la démission du sieur d'Haussonville de Vaubecourt, conseiller en ses conseils, dernier titulaire, à la charge de 4,100 livres de pension annuelle et viagère que Sa Majesté veut estre doresnavant payée sur les fruicts dudit Evesché; scavoir : 2,000 livres au s. Jean-Louis de Faudoas de Séguenville, prêtre du diocèze de Montauban; 600 livres au sieur César de Cueret de Cogollin, prêtre du diocèze de Toulon ; 800 au s. Sebastien Geix, prêtre du diocèze de Lausanne, et 700 au s. Antoine Dejean, prêtre du diocèze de Béziers ; lesdites pensions franches et quittes de toutes charges et payables, tant par ledit sieur de Verthamont que par ceux qui posséderont après luy ledit Evesché, m'ayant Sa Majesté commandé d'expédier toutes lettres et dépêches nécessaires en cour de Rome pour l'obtention des Bulles et provisions apostoliques dudit Evesché. — Phelipeaux*. >

2. La chancellerie romaine ne présenta au Souverain-Pontife la cédule de postulation que le 28 novembre 1729, cinq mots après l'élection faite par le roi. Le proposé, disait le secrétaire postulateur, « sort d'une très noble et très catholique famille ; il est dans sa quarante et unième année, et environ la quinzième de sacerdoce 3. » Benoit XIII agréa la présentation, et

« On trouve quelquefois : Verlbamond ; nous adoptons l'orthographe employée encore par les descendants de cette famille, en supprimant le t et le d.

» Archives départementales, série G, liasse 21 ; Registre des iMinuati<ms,'toi. 43.

* Voici un extrait de cette cédule, toile que nous la lisons au fol. 43, verso du volume cité à la note précédente : « Ad relalionem Ecclesiœ Montia Albani, cui R. P. Franciscus d'Haussonville de Vaubecourt, illius episcopi nupor praesidebat, per libôram dimissionem regimini administrationis ipsius Ecclesiœ ab eodcm Francisco in manibus S. V. sponte foc-

les bulles furent expédiées. Enregistrées à Paris le 2 janvier 1730, elles parvinrent, quelques jours après, au doyen des chanoines, qui en donna lecture au chapitre général réuni à cet effet, le 6 du même mois. Comme on l'avait fait précédemment pour plusieurs de nos évoques, séance tenante le nouvel élu fut proclamé premier vicaire-général. «Aune heure de Papres midy, dans la sacristie de la Gathedralle, assemblés capi tu lai rement N... Le président a représenté qu'il convenait à l'honneur du Chapitre, à la vénération qui est due à Mr l'abbé de Verthamon, Evesque nommé dud. Montauban, de le nommer en premier rang pour vicaire-general et qu'il serait très humblement prié de voulloir accepter cette fonction *. * Puis le vote par scrutin lui assoeia comme administrateurs, en attendant la consécration épiscopale, Jean-Louis de Gironde, Arnaud Viguieres, François Pradal et Pierre Charron.

3. L'évêque nommé se rendit à bref délai à Versailles pour saluer le roi ; et le 15 janvier, dans la chapelle royale, il prêtait le serment de fidélité entre les mains d'Armand-Gaston de Rohan, cardinal-prêtre du titre de la Trinité-du-Mont, évêque et prince de Strasbourg, landgrave d'Alsace, prince du Saint-Empire, grand aumônier de France, commandeur de l'Ordre du Saint- Esprit, etc.. La teneur était : « Michel de Verthamon de Chavagnac, Evesque de Montauban, jure le très saint et sacré nom de Dieu et promets a Vostre Majesté que je luy seray, tant que je vivray, fidel sujet et serviteur, que je procureray de tout mon pouvoir le bien et le service de son Estât, que je ne me trouveray en aucun conseil, dessein ny entreprise au préjudice

tam per eadem S. V. Michaelis de Verthamon presbyter de vere catholicis et nobilissimis parentibus légitime* matrimonio et civitate Lemoviceusi nali, in quadragesimo primo sua? setatis anno et quradecim circiter airais in sacro presbyteratus ordine constiluli et in sacra Theologia doctori aliaque requisita habentis quem serinissimus princeps Ludovicus Francorum et Navarrœ Rex chrislianissimus in vigore Concordatorum inter sedem Apostolicam et Franciam. . . per suas litteras nominaverat, . , Datum Rom© in palatio cancellaria* Apoetolicœ, sub anno a N. D. 1729. »

* Archivée départementale*, série G, liasse 21, fol. 41-42, et pour les autres pièces de la chancellerie, fol. 62-tî3.

M IlSTOftl M L'ÉGUSI DE SOVEfttlA*.

(Tjceux, et que s'il sonnent quelque chose a m je le feray scaroir à Vostre Majesté. Aidsj Dieu ne soit es ay*fe et ses Saints Erangiles par moy touchés, f Micmel, Emfrn «V Moniuuban f. » — Eu retour, et sur la présestalîoo de* feelksv laite le 1er février, Louis XV donna, six jours après t les lettre* d'attache par lesquelles le prélat défait rendre s foy et hotHuge au Roy, pour raison des terres, fiefs et seigneurie dépendit de l'Eresthé et rele?ant de Sa Majesté. » L'éréque était munienant en mesure de reeeroir la consécration. Elle lui fut dénuée à Paris le 8 ce même mois *, par l'archevêque métropolitain, Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille du Luc. Les prêbt$ qui l'assistèrent étaient Charles-Antoine de la Roehe-ÀyvM,, éîéqoe de Tarbes, et Jean-Joseph Languet de Gergi, éféque de Soissons.

4. Notre nouveau pasteur avait alors quarante-un ans ; il était né le 7 novembre 1687 à Limoges *. Son père, Michel de Yertbamon, seigneur du Fraysse et de Chavagnac, faisait partie do conseil du roi, et occupait la charge de trésorier receveur-général des finances ; sa mère était dame Catherine de Petiot. Un de ses contemporains a écrit avec raison que notre Michel s regarda son nom, qui était ancien dans la robe et qu'il avait vu entrer plusieurs fois dans des familles distinguées, comme un noble fardeau qu'on exigerait un jour qu'il portât avec dignité *. » Parmi ses ascendants il voyait Pierre de Verthamon, seigneur de Bonabrit, en Limousin, qui fut choisi par la noblesse pour haranguer Charles VII à son entrée à Limoges, le jour de la

' Archive* départementales, série G, liasse 21, fol. 61.

* Tous les auteurs avaient assigné jusqu'ici le 8 janvier; M. Moulenq désigne aussi ce jour, et il parle de l'année 1728.

* Quoique tous les 'historiens le fassent naître à Limoges, nous ne pouvons l'affirmer; les registres civils et religieux de celte ville no rolatonl pas celte naissance. Que si nous avons maintenu cette donnée, c'est qu'elle nous parait quelque peu établie dans la cédale dool oïl vient de lire un extrait, note 3, de la page 34,

* Extrait de la Notice inédite qui fut lue le 25 août 1763 à l'Académie de Montauban, par M, l'abbé Bellot.

Pentecôte de Tannée 144?. Plusieurs de ses ancêtres avaient rempli les fonctions de procureurs, de sénéchaux, de présidents à mortier ; et par eux s'étaient faites les alliances avec les de Lavaud, les d'Ambloi, les Saint-Germain, les de Bonnefont, les Saint- Fort, etc. Tandis qu'il était appelé à l'épiscopat, il voyait sur le siège de Pamiers son cousin Jean-Baptiste de Verthamon; sur celui de Couserans, son oncle, Isaac-Jacques ; et son frère Guillaume-Samuel allait bientôt monter sur celui de Luçon '.

De bonne heure, dit son panégyriste, notre prélat s'était disposé à faire honneur à cette noble famille, c II parcourut avec courage la carrière .des études ordinaires. Le goût qu'il montra pour la piété, et qui chez lui ne vieillit jamais, le tourna du côté de l'état ecclésiastique. Quoique l'ainé de ses frères, il se hâta de choisir le Seigneur pour la portion de son héritage, et sa conduite se ressentit toujours de l'heureux choix qu'il avait fait. Les apparences toujours trompeuses furent une seule fois contre lui, lorsque arrivé à Paris pour prendre ses grades en Sorbonne, il se préparait à recevoir les Saints Ordres dans un séminaire fort célèbre, dont il parut le reste de sa vie avoir recueilli le double esprit. Un fonds de gaieté naturelle avait ouvert en lui une source intarissable d'innocentes saillies, et le fréquent usage qu'il en faisait répandit, à son insu, sur son caractère un soupçon de légèreté peu compatible avec l'austère gravité de la discipline de Saint-Sulpice. Un de ses supérieurs en fut alarmé ; mais il fut encore beaucoup plus surpris quand il vit que, pour amortir à cet égard le fou de son âge, il lui avait suffi de mettre sous ses yeux le tableau des mœurs sérieuses qui doivent distinguer un ministre des autels. Aussi M. de Verthamon disait-il quelquefois qu'il était persuadé qu'une forte résolution était toujours capable de retenir dans

« Comme membres des plus distingués de cette famille nous consignerons les noms de Mathieu et de François de Verlbamon, qui furent et abbés du Pré-Benoit et. doyens du chapitre de Limoges en 1591, 1606, 1621, 1624 et 1639. De plus, dans le monastère do La Régie fRegulœj on trouve, parmi les abbesses, Maurille, Jeanne, Mario et Flavie de Verthamon, qui administrèrent cette communauté depuis 1618 jusqu'à la Révolution.

38 HISTOIRE DB i/ÉGLISÉ DE MONTA tJB AN.

le devoir, malgré la pente rapide du tempérament et de l'habitude.

- 5. t Dès qu'il fut revêtu du caractère sacerdotal, il alla exercer les fonctions de grand-vicaire auprès de M. l'Evêque de Couserans, son oncle, qui voulut le former aux affaires ecclésiastiques. — Ce prélat avait passé quelques années dans la Congrégation des Pères de l'Oratoire, et il y avait pris un tel goût pour l'élude des livres saints, qu'il savait par cœur la Bible tout entière, et que ses amis étonnés lui en avaient fait une espèce de surnom. Sa maison était donc une bonne école, et on le regardait tellement lui-même comme un grand homme, qu'il faillit être chargé de l'éducation la plus auguste et la plus importante du royaume, quand les connaisseurs que le feu roi 4 consulta pour faire un bon choix à cet égard, mirent sur les rangs l'évoque de Couserans avec l'évêque de Fréjus !. — L'Église de Limoges fut charmée d'acquérir M. l'abbé de Verthamon, que la réputation de sa piété lui avait déjà rendu cher. Attaché au chapitre de la cathédrale par une dignité (grandchantre) qui lui donnait juridiction dans le chœur, il montra dans toutes les circonstances le zèle le plus ardent contre tout ce qui pouvait blesser la majesté du culte divin, prêt à imiter la sainte indignation du Sauveur pour chasser les profanateurs du temple. Chanoine dans le sens le plus rigoureux, il respecta les Canons jusqu'à ne vouloir jamais profiter des dispenses qu'ils accordent à la faiblesse humaine. Un jour qu'il arrivait de la capitale, où des raisons légitimes l'avaient retenu quelque temps, il s'aperçut qu'on appelait dans ce moment les ministres de l'église à l'office du soir ; et laissant sur le champ tout autre soin pour remplir ses obligations, il courut se délasser au pied des autels. Dans le dessein de'rompre tous les liens qui pouvaient encore l'attacher au monde, il oublia à la lettre son peuple et la maison de son père. Il n'habita plus que dans

» Il s'agit de Mgr de Fleury

TROISIÈME PÉRIODE. — MICHKL DE VERTHAMON (4729-1762). 39

une maison de retraite, où devenu comme étranger dans sa propre patrie, il vécut .presque inconnu à tous ceux que le ministère dont il était chargé n'avait pas occasion d'amener à lui. Et ce fut du fond de cette espèce de tombeau, où il s'était enseveli, qu'en 1729 il entendit avec surprise la voix de Dieu, qui, par l'organe du prince, l'appelait au gouvernement de l'Église de Montauban '. »

6. Il vint en prendre possession cinq jours après le sacre, le 13 du mois d'avril2. Cette entrée coïncidait avec les grands démêlés que le Japsénisme et le Gallicanisme, frappés de recbef,

« Extrait de la Notice déjà citée, devant p. 36, note 4.

1 Telle est la relation conservée aux Archivée départementales, série G, liasse 21, fol. 57. • L'an mil sept cent trente et le treizième jour du mois d'avril, dans ce palais ôpiscopal de Montauban, à unze heures du matin, régnant notre Souverain et très chrétien Louis XV», par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre. Pardevani moy notaire royal, apostolique es dioceze de Montauban, a esté présent Monseigneur l'Illustrissime et Reverendissime Pore en Dieu M" Michel de Verthamont de Cliavaignac, Evesque et Seigneur de Montauban, conseiller du Roy en Jous ses conseils, revêtu d'un surplis et rochel, estant dans la grande salle dudit Palais, y seroient arrivés M" le Prévost, Doyen, Archidiacre, Dignités, Chanoines, Hebdomadiers et Predendiers du vénérable Chapitre dudit Montauban, en procession, revêtus de leur surplis et aususses, précédés de la croix, les cloches de l'église cathédrale sonnant, suivis d'un grand concours de peuple, sur ce que mondit Seigneur l'Evesque desiroit prendre la possession personnelle de son Evesché, qu'il auroit cy-devant prise par procureur; ledit seigneur Evesque estant à genoux sur un prie-Dieu qui a voit esté disposé sur l'entrée de ladite grande salle, M" Jean-Louis de Faudoas de Séguenville, prévôt, officiait, accompagné du diacre et sous-diacre, revêtu d'un pluvial, portant un crucifix en ses mains, serait entré dans ladite salle, et auroit présenté ledit crucifix à mondit seigneur l'Evesque qui l'auroit baisé pendant que le Chapitre chantait les prières ordinaires. Après quoy ledit Chapitre s'en retournant à ladite esglise, mondit seigneur l'Evesque suivant la procession et estant arrivé à la grande porte de ladite esglise, mondit seigueur l'Evesque se serait mis à genoux sur un prie-Dieu, sur un carreau qui avoit esté disposé dans ladite porte, où il auroit esté enseucô par ledit sieur de Faudoas de Séguenville par trois diverses fois, et ensuilte auroit présenté l'aspersoir & mondit seigneur qui auroit donné de l'eau bénite audit Chapitre et au peuple, et s'en allant au chœur mon seigneur l'Evesque so serait encore misé genoux sur un autre prie-Dieu, qui estoit disposé au-devant la chapelle du 1res Saint-Sacrement; après avoir prié Dieu s'estant relevé auroit esté conduit dans le chœur et au-devant le grand autel, où se serait mis à genoux sur un autre prie- Dieu, et un carreau qui avoit esté disposé au bas des degrés dudit autel pendant que le Ghapilre chantait le Te Deum, l'orgue sonnant. Lequel Te Dcum flny avec les Oraisons, mondit seigneur l'Evesque auroit esté conduit par ledit sieur de Faudoas de Séguenville, prévost, au siège ôpiscopal où 11 se serait assis. Et ayant esté ramené au grand autel il y auroit dit l'Oraison ; laquelle finie il auroit esté encore mené au siège ôpiscopal, où il aurait donné la bénédiction au peuple. Au moyen de toutes lesquelles formalitez mondit seigneur l'Evesque auroit esté installé en la réelle, actuelle et personnelle possession de son evesché de Montauban. »

suscitaient par les parlements. Notre parlement de Toulouse, uni à ceux de Paris, de Rennes et de Metz, faisait alors opposition an pape Benoit XIII, au sujet de l'office de saint Grégoire VII ; la coterie gallicane ne pouvait tolérer pareille fête. En même temps était publiée la bulle de béatification do vénérable Vincent de Paul ; nouveau sujet de mécontentement pour tous ceux qui protestaient contre l'autorité souveraine et infaillible du vicaire de Jésus-Christ. Chez nous cependant on accepta, en toute soumission et avec joie, Tune et l'autre décisions pontificales ; les bréviaires de l'époque contiennent le nouvel office, et les relations conservées par les Lazaristes nous apprennent que le triduum en l'honneur de leur glorieux fondateur fut solennisé en grande pompe, le 8 janvier 1750. dans notre séminaire, où se rendirent avec le clergé tous les Ordres religieux de la ville, pour assister aux prières et aux panégyriques !. Jansénisme, philosophie et impiété n'en concertaient pas moins leurs attaques. Ils saisissaient toutes les circonstances pour jeter les hauts cris et faire appel à l'intervention du pouvoir civil. Ici, comme à Paris, ils criaient à l'abus contre les prêtres qui exigeaient les billets de confession pour accorder les sacrements aux malades. Ils savaient bien cependant que cette pratique, à eux si odieuse, n'était pas nouvelle; elle était regardée comme indispensable dans les contrées où sévissait l'hérésie, dans les pays où vivaient quantité de gens suspects ou totalement inconnus de leurs pasteurs. L'Assemblée du clergé de France avait adopte cette mesure en 1654, et l'avait recommandée aux curés. Dans notre diocèse ils l'appliquèrent fidèlement, et les nombreux billets qui existent encore, soit dans les archives de 4'évêché, avec les professions de foi *, soit dans les

» Cf. colle relation dans noire volume sur le Grand Séminaire de Montauban et Ut prttres de la Mission avant la Révolution, p. 57-58. Nous tenons & relever ici ure erreur qui s'est gUssee dans la noie, par nous ajoutée au récit dont nous parlons. Le siège était réellement vacant à la date du 8 janvier, puisque nous venons de prouver que le nouvel évoque n'en pril possession que le 13 avril suivant.

» Voir quatorze registres d'abjurations dans ces Archives.

registres de l'état civil de chaque paroisse, alors tenus par le clergé, en sont une preuve manifeste.

7. L'autorité royale s'émut de Intervention de la magistrature dans les affaires ecclésiastiques et du domaine de la conscience. Mais le faible gouvernement de Louis XV se laissait aller bientôt lui-môme à de semblables empiétements. Le contrôleur des finances, Macbault d'Arnouville, déclare une guerre acharnée aux immunités temporelles du clergé, et provoque un édit, sur les établissements et les biens de main-morte. Cet édit, revêtu de la signature du roi, défendait de faire aucun nouvel établissement de chapitres, collèges, séminaires, maisons ou communautés religieuses, hôpitaux et asiles, sans une permission expresse. Pareille déclaration indiquait que dans la pensée du gouvernement, non-seulement l'accroissement, mais l'existence même de ces propriétés ecclésiastiques constituait un danger pour le royaume. Dès 1730 le syndic du diocèse se conforma à ces ordres royaux, et chaque année était adressée aux agents généraux du clergé c une caisse contenant les déclarations, extraits ou relevés, avec le potiillé des revenus des bénéfices et communautés du diocèse, plus un état des dettes et emprunts1. » Mais comme on voulait pouvoir contrôler l'exactitude de ces déclarations, il fut lancé une ordonnance qui enjoignit à tous les bénéficiers de fournir, dans six mois, le compte exact des biens et revenus de leurs bénéfices. — L'on sait que le but caché était de trouver des ressources pour le soulagement du trésor public. — Plutôt que de se soumettre à "de pareilles injonctions, qui ne respiraient que la défiance, le clergé consentit à accorder au gouvernement, à titre de c don gratuit, » des secours dont la concession laissait subsister intactes les immunités de l'Église. Mais que de fois dans nos paroisses et communautés ce don gratuit mit les ecclésiastiques dans un état voisin de la misère. Une lettre de notre évêque en donne

* Archives départementale*, série G, liasse 157, pour les années 1730-1735.

49 mou m l'ku» ss wmàxm*3-

la preuve. A la date do 12 mars 1742 il écrivait : « Les Cornmunautez religieuses de mon dioeeze sont si pauvres, qu'il n*j en a point qui ait de l'argent à placer. Plusieurs au contraire auraient besoin qu'on leur en donnât en aumône, et si vous sçaviez quelque expédient pour cela, tous m'obligeriez de m'en Caire part avec le même~zele pour les préférer dans les emprunte que vous allez faire '. »

8. Un nouveau mode d'empiétement, déguisé sous un dehors d'utilité publique, était le contrôle des actes qoi constituaient l'état civil et religieux des paroisses. Par une Déclaration é* Roy, adressée de Versailles le 7 septembre 1736, il était enjoint à tous les curés, vicaires, desservants, chapitres, supérieurs de communautés, administrateurs d'hôpitaux, etc., de tenir en double les registres cotés et paraphés des actes de baptêmes, mariages et sépultures, dont un exemplaire devait être envoyé tous les ans au greffe royal* Dans les 42 articles qui composent ce document sont indiqués les mode et formules à suivre pour la rédaction desdits actes. Les communautés religieuses durent aussi consigner de la même manière les attestations de Noviciats, Vétures, Professions et décès, de chacun de leurs membres, et en envoyer le double au bureau du greffe. Blême injonction était faite aux prieurés de S. -Jean de Jérusalem. Les archevêchés et évéchés eurent aussi à tenir des registres cotés par premier et dernier feuillet, pour l'enregistrement des actes des tonsures, des Ordres mineurs et sacrés '. Semblables mesures étaient, on le voit, l'extension des abus introduits par l'Ordonnance de 1667 et par diverses lois antérieures. Sans doute il y avait du bon à recueillir et à authentiquer ainsi les actes ; mais ces documents devaient être fatalement des armes terri-

< Autliograpbe de la collection Fores tiô. Cette lettre devait être probablement adressée an rowvmir dos dùcltnos; elle no porto pas de suscription.

i Imprimé In- 4° do 24 pages, sorti des presses do J. Teuliôres, imprimeur à Montauban; willooUoti Korostlé.

bles dans des mains ennemies; soixante ans ne s'étaient pas écoulés qu'on en voyait la preuve.

9. Ces tracasseries suscitées au parti catholique donnèrent de P audace a nos protestants; le départ de Duras pour les guerres d'Allemagne et sa nomination au poste de gouverneur de la Franche-Comté, ne contribue pas peu aussi à leur en inspirer. Depuis la révocation de redit de Nantes, ils ne se permettaient guère plus dans nos cités l'exercice public de leur culte, c Le calvinisme même paraissoit devoir s'éteindre dans leur cœur, si des Milords Anglois, jaloux .peut-être de la tranquillité de la France, n'avoienteu recours pour la troubler à un moyen perfide couvert des ombres de la générosité et du zèle pour les progrès de leur religion. Ils avoient fondé à Lauzanne des pensions gratuites en faveur des Proposans françois qui voudroient s'instruire des dogmes du protestantisme. Ces Proposans, revêtus de la qualité de Ministres du Saint Evangile, se répandirent dans les autres provinces du royaume où leur mission n'eut que trop de succès. Ils voulurent essayer de l'exercer dans le Querci. Ils se rendirent aux environs de Montauban, et choisirent des endroits montueux et couverts de bois, pour lé théâtre de leurs prédications qu'ils faisoient à la faveur de la nuit. Les paysans et quelques citoyens trop faciles y accoururent : ces assemblées nocturnes se dissipèrent bientôt. L'on arrêta un grand nombre des coupables ; les hommes furent envoyés aux galères, et les femmes rasées et enfermées dans les maisons de force. Les Ministres échappèrent à la vigilance des Magistrats ; et toujours munis des pouvoirs du Consistoire de Lauzanne, attendirent une occasion plus favorable pour exercer leur ministère !. » Cette occasion ne tarda pas à se présenter. Les longues guerres pour la succession d'Autriche tenant les forces loin de nos contrées, les protestants du Bas-Quercy s'enhardissent. « Leurs assemblées d'abord secrètes devinrent publi-

* Cathala-Colure, Histoire du Querci, l. III, p. 99-100.

M HISTOIRE DE L'iGUSK BE MONTAUBAN.

ques, non dans les villes mais en rase campagne. Une vaste prairie leur servoit de temple. Là, un Ministre leur prêchoit, les marioit et baptisoit leurs enfans. On crut pouvoir arrêter ce fanatisme renaissant par des amendes décernées, contre les chefs de famille. Ce moyen, mis en usage plus d'une fois, fut insuffisant. La maréchaussée eut ordre de dissiper ces attroupemens, et éprouva de la résistance. Plusieurs des mutins furent arrêtés, poursuivis criminellement et flétris *. » En 1745 l'intendant Gaspard Lescalopier condamne c les habitans Nouveaux* Convertis des Communautez qui composent l'arrondissement de Montauban, où il s'est tenu une Assemblée le 28 février dernier, en 3,000 livres d'amende et 600 livres de fraix. » Deux ans après, de nouvelles infractions forcent le vigilant et rude intendant à lancer de nombreux arrêts d'emprisonnement et de déportation sur les galères du roi. Les leçons ne profitaient guère, parait-il, puisque le 15 avril 1752 était porté un nouveau jugement qui c condamna plusieurs particuliers, sçavoir les hommes et garçons aux galères perpétuelles, et les femmes et filles à être recluses à perpétuité dans la maison de force à Caors, pour avoir assisté à une Assemblée de Nouveaux-Convertis, qui s'est tenue au hameau de Carnus, paroisse du Fau, jurisdiction de Montauban : et condamne les habitans Nouveaux- Convertis de l'arrondissement dudit Montauban, en l'amende de 3,000 livres, etc.* » — On a vu précédemment que l'Église était loin d'approuver les édits sanglants de Louis XIV. Nous ne louerons pas davantage ceux de Louis XV ; mais outre que le clergé ne peut pas plus être accusé de connivence sous ce gouvernement que sous celui du grand roi, il y eut des Ordonnances pour arrêter ces sortes de persécution. De loin en loin seulement, les intendants usèrent de répressions sem- . blables à celles que nous venons de signaler ; et ces déposi-

* Histoire du Qwrct, t. UI, p. 109-110.

s Résumé de trois grandes affiches-placards, où sont relatés les faits et les noms des inculpés; de l'imprimerie J. Teuliôres, collection Foreslié.

taires de la justice en firent assez pour rendre l'autorité odieuse, pas assez pour vaincre et détruire le fanatisme. Au reste, c les Calvinistes sensés applaudirent eux-mêmes à ce châtiment mérité, et protestèrent par écrit de ne jamais favoriser ees sortes d'Assemblées K »

10. Sur ces entrefaites l'on terminait la construction de la nouvelle cathédrale, entreprise sous les épiscopats de Nos Seigneurs de Colbert et de Nesmond. Quoiqu'elle fût imparfaitement achevée, en ce qui touchait à l'aménagement et aux décorations de l'intérieur*, le roi ordonna, par arrêt du 16 septembre 1758, d'y commencer la célébration des offices dans le plus bref délai. L'évêqueen informe son chapitre, et dès le 24 avril avril 1759 il dispose et scelle les reliques destinées à être enfermées dans le Maître-autel3. Par un Mandement c au clergé séculiet et régulier et à tous les fidèles, » daté du 27 octobre

« Histoire du Querci, t. III, p. 110.

• Dans un Mémoire présenté en 17M) au comte de Saint-Florentin, le chapitre ayant à expliquer certains actes qui avaient paru offensante pour l'ôvéque, relate • qu'il faut faire constamment dos réparations. » L'abbé de La Tour, dans ses Mémoire» liturgique*, écrivait en 1718, que le chapitre • a reçu l'église cathédrale malgré lui ; il y a du vice dans sa construction et dans le choix des matériaux : qu'il a employé chaque année les 150 livres que le roi donne, et qu'il y ajouté du sien... En 1745 la réparation était, disait-on, si pressante, qu'on n'osait pas entrer dans l'église, qu'on allait le jour môme se transporter aux Cordeliers, avec qui on avait déjà pris tous les arrangements. > (Cf. Œuvres du chanoine de La Tour, édition Migne, t. Vil, col. 603-504.) Dans leurs plaintes de 1740, les chanoines qui qualifiaient la cathédrale ,de « temple diconoclastes, » le disaient « sans tableaux de leurs patrons, sans crucifix, sans jubé en face de la chaire, etc. » {Archives départementales, série G, liasse 219, divers mémoires du chapitre et de l'évoque au comte de Saint-Florentin et à l'intendant de Lescalopier.)

• Voir a l'Appendice I, ci-après, le procès-verbal d'authenlication et de reposition des reliques. L'attestation sur parchemin qui fut déposée dans le tombeau de cet autel en a été retirée quand on plaça un nouveau maître-autel, sous Fépïscopat de Mgr Doney. Voici le texte de cette pièce conservée aux Archives de l'ôvôché :

• Anno Domini Millesimo Septingentesimo Trigesimo nono, Die prima Menais novembris Nos Michaêl de VERTHAMON de CHAVAGNAC, Bpiscopus et Dominus Montis-Albani consecravimus hanc novam Ecclesiam Cathedralem et Altare Majus in honorem sanciissims Assumplionis, et Reliquias Sanctorum in eo inclusimus, pro ut habetur in instrumente, Die XXIV' Aprilis Anni Currentis, a nobis facto et signalo cum Deputalis Capituli nostri, de translations dictarum reliquiarum, venerationi fidelium Ëxpositarum in ecclesia parochiali Sancti Jacobi, quandiu Bcclesiœ Gathedralis nomen obtinuit, et alias reliquias Roms recopias, légitime sigillatas et ipso Dedicationis die hue translatas, in prsesen liai tari (Majori

46 HISTOIRE Dl L'ÉGLISI M M0HTÀIJ1AS.

suivant, il annonçait la fête de la consécration et de la prise de possession pour le 1er novembre. « Le Roy, disait le prélat, vient de nous donner une Église, dont la piété de son auguste Bisayeul avoit jette les fondemens. Nouveau Salomon, il a achevé de construire dans le calme et le loisir de la Paix, la maison de Dieu, qu'un autre David avoit commencée au milieu des troubles et des horreurs de la guerre... Elle sera un Monument autentique du zèle et de l'amour de nos Rois pour la Religion. Elle a été élevée, pour ainsi dire, sur les ruines des Temples que l'hérésie avoit parmi nous. Nous devons la regarder comme un noble trophée érigé aux victoires que la foy a remportées dans ce Royaume... Nous avons choisi et déterminé le premier jour de novembre prochain, jour de la Toussaint, pour faire la Consécration et dédicace de notre nouvelle Eglise cathédrale, à laquelle Nous nous préparerons par la Prière et par un Jeûne que nous ordonnons dans tout notre Diocèse pour la veille dudit jour. Nous la dédierons à Dieu, sous le Nom et la Protection et en l'honneur de l'Assomption glorieuse de la Très sainte Vierge, mère de Dieu, que nous donnons comme Patronne à notre nouvelle Eglise et à tout notre Diocèse : laissant aux deuxMenses capitulaires leurs Patrons ordinaires, mais en les réunissant sous le Patronat prédominant de Marie, Reine des Anges et des Saints... Nous ordonnons à toutes les dignités, chanoines, hebdomadiers, prébendiers et autres bénéficiers de notre Cathédrale de se transporter tous et pour toujours ledit jour de la Toussaint prochain, dans ladite Eglise pour y chanter l'office divin et canonial, et s'y acquitter de leurs autres fonctions. Nous établissons dans ladite nouvelle Eglise notre siège

jam extructo cœmentato et signato) reposuimus, et liodie unum Atraam, et in die annivereurio consecrationia ipsam visitantibus, quadraginta Dies de vera indulgentia concesatmus. t MICHAEL, Eps. Montis-ALbani.

Place du sceau.

De Mandate III»1 ac Reverendiasimi Dni Dni mei Episcopi Montis-Albani.

GAY, prtr. «es Die j* novembres MDCCXXXJX.

Episeopal ; et voulons qu'elle soit reconnue par tous nos Diocezains pour l'Eglise-Mére et Maîtresse de toutes les autres Eglises de notre Diocèse..» Et après que notre Chapitre sera changé à la nouvelle Eglise, voulons que l'église paroissiale de Saint-Jacques qu'il occupoit, soit laissée au Curé de ladite Paroisse et à ses Vicaires et autres BéneGciers, pour y faire leurs fonctions ordinaires, suivant et conformément à nos Statuts synodaux... * » Comme faveurs spirituelles l'évêque consécrateur accorda un an d'indulgence à tous ceux qui visiteraient la. nouvelle église pendant un des jours de l'octave de sa dédicace, après s'être confessés et avoir communié ; a perpétuité il attacha une indulgence de quarante jours pour tous les fidèles qui viendraient y prier au jour anniversaire de la consécration.

H. t Cette église, écrit un auteur contemporain, Tune des plus magnifiques de la province, mérite une description particulière. Elle est construite en forme de croix à la grecque. Elle a dans œuvre quarante-cinq toises de long sur vingt de large (environ 90 mètres sur 40). Vingt piliers de pierre de taille, ornés de pilastres d'ordre dorique et de quarante-cinq pieds d'élévation (15 mètres), y compris les socles et l'entablement, portent une voûte de stuc de soixante-dix-sept pieds de hauteur (25 mètres) au-dessus du pavé. Seize grandes arcades surmontées de grands vitraux, donnent entrée de la nef dans les bascôtés, qui sont bordés de chapelles en enfoncement, vis-k-vis chaque arcade. L'autel est isolé et placé entre le chœur et la nef, sous la coupole où aboutissent les quatre branches de la croix, et n'est fermé que par une belle grille de fer, qui laisse voir à découvert toutes les cérémonies2. La chapelle de la

* Grand Mandementrplacard conservé dans la sacristie de notre cathédrale.

* Plus tard l'autel fut porté au fond du chœur ; en 1873 on l'a surmonté d'un riche ciborium en marbre, pierre et bois ; la grille en fer disparut pendant la Révolution. En reculant ainsi le maître-autel, on a disposé les stalles du chœur ou jubé en avant, et elles se trouvent séparées do la nef, réservée aux fidèles, par l'appui de communion placé à la hauteur des pilastres qui supportent la coupole centrale.

Vierge, où esl la réserve est dans le rond-point !; et sur le côté on trouve une belle sacristie d'une architecture noble, quoique simple, très bien éclairée, précédée d'un grand vestibule. On entre dans cette église par cinq portes, deux aux deux bouts des branches de la croix *, et trois au frontispice; où on monte par un perron de pierre de onze marches, qui règne sur toute la façade. La principale porte est ornée de deux colonnes isolées et accouplées de chaque côté, d'ordre dorique ; les deux autres portes plus petites, sont accompagnées de deux pilastres du même ordre avec des niches, dans les entre-deux. Sur ce premier ordre, il s'en élève un second qui est ionique et de la largeur seulement de la grande nef, composé de deux pilatres aussi accouplés de chaque côté d'un grand vitrau qui donne du jour à l'orgue, placé en dedans sur un arc, en anse à panier. Au devant des pilastres et à l'aplomb des colonnes sont placés les quatre Évangélistes 3, statues de dix pieds de haut (3 mètres 25), sur un socle de six {2 mètres); l'entre-deux des pilastres est orné dans toute sa longueur de trophées d'église en basrelief qui méritent l'attention des connaisseurs. Au-dessus de l'entablement est un fronton surmonté par une croix placée entre les statues de la Religion et de l'Espérance, assises sur la corniche rampante, et couchées sur le côté. Les petits clochers ou campaniles accompagnent ce second ordre, et sont terminés par des flèches bombées couvertes de plomb, et surmontées d'un globe doré qui porte une croix dorée. Sur tout l'édifice règne une magnifique charpente en arête, d'une grande élévation, et couverte d'ardoise, avec quatre grandes croix de

* La réserve n'est plus à cette chapelle, qui, toujours dédiée & la Sainte-Vierge, est devenue le petit chœur du Chapitre. Ces dernières années on y a fait quelques réparations qui consistent en une lanterne ouverte dans la coupole, et des stalles provenant de la cathédrale de Ne vers. Dans la sacristie est placé le chef-d'œuvre de Ingres, le Vœu de Louit XIII.

9 Los doux grandes portes latérales ont été fermées à l'intérieur ; et dans ces bras du transept sont disposées deux belles chapelles, dédiées l'une au Sacré-Cœur de Jésus, l'autre au Saint-Cœur de Marie.

« Les statues sont l'œuvre du célèbre Marc Arcis, l'un des fondateurs de l'Académie des Beaux-arts de Toulouse. — Voir Éphèméride$} p. 207.

FAÇADE DE LA CATHÉDRALE DE MONTAUBAN Avant 1* démolition M Canpanilos eu 1831 .

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