Tome II
fer doré aux quatre extrémités... L'architecte Larroque, pour accélérer l'exécution de cette cathédrale, abandonna le plan dangereux d'élever un grand clocher sur la coupole du milieu, et en substitua a la place deux plus petits ou campaniles, d'une architecture élégante et agréable, qui accompagnent le frontispice sans l'embarrasser !. » Ces gracieux campaniles, à forme ellipso-pyramidales furent démolis en 1831, sous prétexte que leur charpente menaçait ruine; ils furent remplacés par une lourde galerie de pierre qui n'a aucun rapport avec le style de l'édifice. Ainsi la façade de notre belle cathédrale perdit de son harmonie et de son élégance*. En 1840 on proposa de restaurer ces flèches, moyennant une somme de 20,000 francs ; la souscription fut entreprise par le Courrier de Tarn-et-Garonne, mais les événements politiques et aussi l'influence protestante arrêtèrent la réalisation de ce projet.
12. Grâce au calme qui avait permis aux catholiques de la cité épiscopale de relever leurs églises, le goût des lettres et des arts avait refleuri dans ses murs. L'évêque Colbert et l'intendant Foucault avaient autrefois formé le plan de faire sortir de l'obscurité, pour les rendre utiles à leurs concitoyens, les talents littéraires qui fructifiaient dans le secret du silence, parmi certain nombre de gens lettrés et érudits. En 1730 M. de La Mothe-Montlausur, conseiller à la cour des aides de notre ville, et M. Le Franc, avocat-général à la même compagnie, s'occupèrent a mettre ce projet à exécution. Dix ans après, l'élite de la société se réunissait chaque semaine, pour tenir des conférences littéraires, où les membres se communiquaient leurs ouvrages, c Cette Société naissante eut des approbateurs et des critiques, ainsi que tout ce qui a un air de nouveauté. Elle se soutint cependant avec distinction, et ses assemblées, qui avoient été discontinuées par l'absence de plusieurs membres qui les
• Histoire du Querci, t. III, p. 100-102,
* Voir la planche ci-jointe.
Tomk II. V.
'composoient, se renouèrent et devinrent assez nombreuses pour inspirer le désir d'un établissement stable et solide. Ce projet fut communiqué aux gens en place et à la ville, qui par une délibération du Conseil général voulut en assurer le succès. Elle présenta en son nom une requête au Roi (7 mai 1741), dans laquelle elle lui demanda des lettres-patentes pour l'érection d'une Académie. Sa Majesté accueillit cette requête, et approuva d'abord par une lettre du Ministre les assemblées de la Société littéraire, se proposant, disait le Monarque, de lui accorder toutes les mairies de sa protection (17 septembre). Il lui permit, en effet, l'année d'après, de tenir des assemblées publiques, ainsi qu'il est d'usage dans les corps littéraires. La première de ces assemblées eut lieu dans la salle épiscopale, que l'évêque Verthamon s'empressa d'offrir pour cette auguste cérémonie *. » Cet évêque, disent les Mémoires de Trévoux, dans le compte-rendu de cette première séance, cet évêque, « persuadé que l'étude des lettres forme des citoyens à l'État et des ministres à la Religion, a cru devoir favoriser un établissement dont son diocèse recueillera les premiers fruits. Dans cette vue, digne de son zèle et de sa piété, il n'a rien épargné pour donner à une cérémonie si intéressante tout l'éclat qu'elle pouvait avoir. » Le 25 août 1742 les associés se rendirent en corps à l'église paroissiale, où « M. l'Evoque célébra une messe basse, pendant laquelle on chanta un motet exécuté par la musique du Chapitre. Après la messe, M. l'abbé de La Tour, curé de la ville, et l'un des associés, prononça le panégyrique de saint Louis, que la Société a pris pour patron *. » Et tandis que l'après-midi fut employée à la lecture des premiers travaux des sociétaires, le lendemain « M. l'Evêque donna un magnifique dîner à la Société littéraire. On servit à ce repas deux plats, sur lesquels étaient représentés les attributs symboliques
» Histoire du Querci, t. III, p. 103-104.
* Ce discours est imprimé dans les œuvres du suVant chanoine. Cf. édition Ulgtû,
TROISIÈME PBMODB. — MICHEL DE VERTHÀMON (4729-4762). 84
des sciences et des lettres. M. l'Evêque a accompagné tous les honneurs qu'il a Tendus à la Société littéraire, des témoignages les plus flatteurs d'amitié pour chacun des associés. Et ce prélat, déjà si respecté dans son diocèse par sa vigilance pastorale, par sa charité sans bornes, s'est attiré dans cette occasion un nouveau degré d'estime et de vénération ». »
Par lettres-patentes datées de Dunkerque, le 19 juillet 1744, le roi'érigeâ cette Société littéraire en Académfe. « Ensuite à Metz, ce monarque profitant des premiers momens de sa convalence, après une cruelle maladie, qui avait jeté les plus vives alarmes dans le cœur de tous les Français, s'empressa de signer au mois de septembre le règlement qu'il vouloit être observé par la nouvelle Académie. Elle fut fixée alors k trente Académiciens ordinaires, non compris le Maire de la ville, Académicien-né, et a six' Associés étrangers, avec un Protecteur étranger qui devoit être choisi parmi les Princes du sang, les Cardinaux, les Ministres et les Gouverneurs de la province. A l'instar de l'Académie Française, dont elle a tous les privilèges, a l'exception du droit de Committimus, elle n'a point d'honoraires*. Tous les membres y sont d?une égalité parfaite, et on n'y recounoît d'autre prééminence que celle que donnent les talens. L*évêque Verthàmon, qui fût un des trente Académiciens, satisfait de cet utile établissement, et zélé pour les progrès de la religion et des mœurs, s'obligea à donner tous les ans un prix de la valeur dé deux cent cinquante livres k une pièce d'éloquence, dont le sujet seroit relatif a quelque point de morale des Livres Saints, et proposé par l'Académie, qui distribue ce prix k sa séance publique du jouf de la Saint-Louis. Cette générosité éprouva des censeurs ; elle parut k quelques stupides zoïles
* Mémoires de Trévoux, liv. d'octobre 1742, sous ce titre : Nouvelles Uttérairei de Mon' tauban, et Éphémérides Montalbanaises, p. 126-128.
1 Depuis cette époque le règlement de l'Académie a subi des changements dont le détail no saurait entrer dans le cadre de ce livre. On les trouvera exposés dans le Recueil que cette Société publie chaque année.
n'être point assez analogue à la dispensation de bienfaits que la religion prescrit à ce prélat charitable. « La corruption, répondit le vertueux Prélat à ces vils détracteurs, a soft principe dans l'ignorance, et la vertu dans les lumières. Il n'appartient qu'à l'homme instruit d'épurer dans sa raison, comme dans un creuset, toutes les parties de la morale, d'embrasser sans confusion et sans trouble les deux extrémités de la chaîne immense de nos devoirs, de ne jamais perdre de vue ce fil heureux, la conformité avec l'ordre, qui conduit l'homme dans le labyrinthe de ses obligations. Ce sont les Lettres qui éclairent l'esprit et règlent le cœur; ce sont les Lettres qui répandent cette aménité et cette douceur devant lesquelles fuient les vices qui dégradent l'humanité. Aussi les siècles de la littérature ont-ils toujours été les siècles des mœurs. Que ne doit-on pas donc attendre d'un corps littéraire dont les palmes honorables ne seront décernées qu'au seul génie, consacré à développer les lois de la morale puisées dans les sources mêmes de la religion? > L'Académie, reconnaissante, décida que les jetons d'argent de présence porteraient, sur une face les armes qu'elle avait adoptées, et sur l'autre celles de Verthamon l. Par autorisation royale cette Société prit pour armoiries : « un saule poussant de sa tige une branche de laurier, avec ces mots de Virgile en exergue : Miraturque novas frondes f. »
13. S'il donnait ses faveurs aux gens de savoir et se dévouait au progrès de l'Académie, notre évèque ne négligeait pas l'instruction de la classe pauvre et illettrée. Dans le cours de l'année 1742 il avait établi, à sa charge, les Frères de la Doctrine chrétienne. Voici en quels termes le secrétaire du conseil de ville
« Le prix d'éloquence devait consister en une médaille d'or de 250 livres, représentant S. Michel tenant une épée flamboyante et roulant aux pieds le dragon. Cette médaille ne fut jamais frappée. On la remplaça, en 1748, par une bourse aux armes du prélat et de l'Académie, renfermant de9 jetons d'argent. Un vice de forme ayant annulé le testament do notre évoque, la somme par lui destinée à ce prix a été pordue, mais le chanoine de La Tour y pourvut eu faisant à nouveau celte fondation. — Cf. Histoire de t Académie de Montauban (1740-1867), par M. de Broca, et Éphèmérides Montalbanaises, p. 15?.
* Histoire du Querci, t, III, p. 105-107.
l'a relaté dans les registres des délibérations, à la date du 10 mai 1744» € La piété de Mgr l'Évêque de Montauban le porta, il y a environ deux ans, à faire à ses frais rétablissement d'une école au faubourg Villenouvelle, et il appela, pour la diriger, deux Frères de la Doctrine chrétienne, dont l'Institut est d'élever la jeunesse de toute condition, sans frais, et de lui apprendre à lire, écrire et compter, de lui enseigner les principes des mathématiques, si nécessaires pour les arts et métiers, et la tenue des livres en partie double, science infiniment utile pour le commerce. Les progrès que cet établissement a produits a Villenouvelle ont été si sensibles, qu'on a vu en peu de temps les enfans confiés aux Frères totalement changés ; ils ont appris à lire et à écrire très promptement... Mais ce qu'il y a de plus intéressant, dit le premier consul M. Mène, c'est que les Frères s'appliquent très-sérieusement .à leur enseigner la religion, à leur donner du goût pour la vertu et de l'horreur pour le vice, à leur inspirer de bonnes mœurs, enfin à leur donner une bonne et sainte éducation... Ces avantages, poursuit l'orateur de la, séance, ont inspiré aux habitants de cette ville le désir de voir augmenter un établissement si utile. On a cherché le moyen d'y parvenir sans aucune nouvelle charge ou imposition, en appliquant pour la subsistance et le logement d'un plus grand nombre de Frères de la même congrégation, la somme de 900 livres que la ville s'impose annuellement pour les régens des enfans des artisans. Il y a déjà deux autres écoles, l'une à Sapiàc dans le couvent des Pères Carmes, l'autre à Villebourbon '. » Le vœu des édiles de la cité fut réalisé ; les écoles des Frères se multiplièrent, et l'instruction fut donnée aux enfants pauvres avec un élan que, seule, la grande Révolution pouvait arrêter. Le 27 décembre 1791 les humbles instituteurs furent chassés de leur maison du Moustier '. Mais, grâce à la générosité d'un de
• Archives communales, Rog. des dôlib. du Conseil de ville, an. 1744; Éphèméndes.p. 51.
3 Cet établissement était situé à l'extrémité de la rue du Moustier, dans les locaux occupés présentement par la pension prolestante Fraysse.
54 HISTOIRE DB l/ÉGLISB DE MONUUBAN,
leurs anciens élèves, nommé Pierre Espieute, qui leur légua par testament des immeubles et des revenus assurés, les Frères purent rouvrir leur école le 27 mars 1820. Ils -établirent d'abord deux, classes dans la rue de la Fantaisie; en 1821 ils en ouvraient deux autres dans une partie du Collège. Le nombre des élèves augmentant, trois nouveaux Frères furent envoyés, en 1825, pour fonder une école à Villebourbpn ; quant k ceux du Collège, portés en 1850 dans une maison située au Fort, ils s'établirent définitivement dans h rue Mondésir. $i présentement le Conseil municipal laisse encore ces zélés instituteurs à titre de communaux dans la maison du Moustier, à cause de la fondation Espieute, il les a supprimés dans les quartiers Villebourbon et Vilienouvelle. Mais les catholiques ont rétabli, à l'aide de souscriptions et de quêtes, des écoles libres et gratuites.
14. A Montech la question des écoles inquiétait aussi légitimement les esprits. Depuis Tannée 1738 le roi avait défendu aux Clarisses de recevoir des novices dans leur maison; les vocations ne pouvant plus se recruter > les sujets vinrent à manquer pour donner l'instruction. Le conseil s'assemble et rédige une pétition au roi pour conserver ces institutrices, * si utiles à la ville et aux bourgs voisins; » la communauté « n'ayant pas les moyens d'avoir des régentes, s'oppose * à la suppression. Là-dessus le rapporteur expose que oe fut en 1607 que le chapitre, l'évêque de Murviel et les religieuses se réfugièrent dans Montech, fuyant la persécution des religionnaires, qui démolirent leur couvent de la ville de Montauban. Montech se flatte de n'avoir jamais eu de protestants dans ses murs* Les Clarisses, trop à l'étroit dans cette vilte, obtinrent de la communauté une délibération qui les autorisa, le 8 décembre 1613, k bâtir dans un champ, entre le fossé de défense et le faubourg de Bragues. Cette maison prospéra si bien, qu'en 1727 il y avait vingUcinq religieuses de chœur, et que depuis 1677 le roi y nommait les abbesses. Si donc, ajoutait le secrétaire, cet établissement dépérit
TROISIÈME PÉRIODE. — MICHEL DE VERTHAMON (< 723-1 "ft>2). 55
présentement, cela ne tient qu'à l'ordonnance de 1738. La plainte ne fut pas entendue, et un édit du 8 février 1748 ordonna d'unir ce monastère, « s'il y a lieu, » à celui de Montauban. Mais, poursuit le rapporteur dans sa longue supplique, l'évoque du diocèse n'ayant jusqu'à ce jour fait aucune opposition ni enquête, il semble qu'il ne juge pas utile cette union, d'autant plus que le couvent de Montech jouit trois métairies et environ 18,000 livres de rente. En conséquence le conseil décida de supplier S. M. « de conserver à la ville. ce couvent si utile à la jeunesse, l'édification et la gloire de la ville. » Entre temps, l'évêque reçut ordre d'informer sur cette affaire. L'enquête faite par le grand archidiacre, M. Blondeau, conclut à la suppression de cette communauté, et à son union au monastère de la ville épiscopale. Le décret épiscopal c d'extinction à perpétuité » (1 1 may 1760), la motive sur le fait du petit nombre de religieuses, « qui les met hors d'état de vaquer d'une manière convenable, à la célébration de l'office divin, et remplir les observances de leur règle. » Néanmoins l'évêque ne voulut pas que l'instruction des jeunes personnes en éprouvât un préjudice. Aussi en 1755 avait-il déjà fondé une rente en faveur des sœurs de la Providence chargées de cette éducation ; et le 29 mars 1762 il établissait définitivement, à ses frais, cette école et la rendait gratuite. Diverses terres des religieuses Glarisses furent achetées par la ville pour l'agrandissement du nouveau cimetière ; et ces pieuses institutrices rentrèrent dans la maison-mère, d'où elles étaient sorties aux mauvais jours des guerres de religion. En même temps qu'ils faisaient ces démarches et ces acquisitions, les consuls délibéraient (1756) de « demander à M. l'évêque des Frères pour l'instruction des garçons, comme il y en a à Montauban !. »
15. Tandis que l'ordre s'était fait dans nos régions, la guerre était allumée sur les frontières de la France. Il fallait tenir
* Pour tous ces détails, Cf. Archives communales de Montech, gros registre in- folio BD. 6» inscrit à l'Inventaire départemental projeté, série 6, liasse 2i, fol. 172.
tète aux armées alliées, et passer tour à tour de l'Espagne dans la Haute-Italie, de la Flandre sur les rives du Rhin, arrêter les prétentions de la Hongrie et de l'Angleterre coalisées. Aussi, pendant plusieurs années, notamment en 1744 et 1745, ce n'étaient que demandes de prières et chants de Te Deum. Le 2 mai 1744 Louis XV informe l'épiscopat qu'il va prendre luimême la direction et la conduite de son armée sur la frontière des Flandres. Le 22 parait un Mandement de Mgr de Verthamon c pour la conservation du Roy et la prospérité des armes de Sa Majesté. » En termes émus, l'évêque loue la bravoure et le dévouement de ce prince, qui aurait pu se contenter d'envoyer ses officiers a la tête de l'expédition ; il exalte sa religion, qui compte plus encore sur les bénédictions du ciel que sur ses propres forces, et le donne en exemple aux Gdèles, qui doivent voir combien il faut recourir à Dieu dans toutes nos entreprises. A cette fin il ordonne, dans tout le diocèse, que le S. Sacrement soit exposé pendant trois jours consécutifs à la grand'messe et aux vêpres, et que durant l'exposition on chante le Miserere, le Sub tuum, l'antienne Da pacem, avec le Domine salvum fac Regem et le Tanlmn ergo> De plus, jusqu'à la Toussaint il est prescrit de chanter à chaque grand'messe VExaudiat avec le verset et l'oraison pro Regey tandis qu'aux messes basses, chaque célébrant sera tenu de réciter les oraisons pro lempore beUi. Dans la ville, cette Oraison des 40 heures était fixée et divisée ainsi: les 24, 25 et 26 mai pour l'église cathédrale; les 4, 5 et 6 juin, à la paroisse Saint-Jacques ; les 7, 8 et 9 pour Villebourbon ; les 11, 12 et 13, à Sapiac et Villenouvelle ; les 14, 15 ^t 16 chez les Jésuites et les Augustins; les 21, 22 et 23 chez les Jacobins et les Cordeliers ; les 24, 25 et 26 pour les Pères Carmes et Capucins; enfin, les 28, 29 et 30 chez les religieuses Clarisses, Carmélites et Ursulines1, -*- Bientôt après, à l'annonce de la prise de Menin, un nouveau Mandement du 26 juin,
1 Archives départementales, affiche-placard, série G, liasse 10.
TROISIÈMB PÉRIODE. — MICflBL DE VBRTHÀMON (1729-1762). 07
vint exhorter les fidèles à remercier le ciel. « Que de nouvelles conquêtes, écrivait ce prélat, nous ramènent dans le lieu saint, pour rendre au Tout-Puissant de solennelles actions de grâces, et que les nouvelles faveurs du ciel nous fassent rentrer avec empressement jusqu'à l'autel, et jusqu'à Dieu même, en qui nous devons mettre notre joie... Le Roy, par sa prise de Menin, s'est ouvert une des plus belles carrières pour faire sentir à ses ennemis toute sa supériorité, et pour donner à ses sujets des exemples éclatans des plus rares vertus. Avec quelle intrépidité ce grand Prince n'est-il pas entré le premier dans la tranchée devant cette place forte!... Ses premiers exploits n'ont cédé en rien à ceux d'un héros ou d'un géant, selon l'expression de nos Livres saints, qui se hâte de remplir sa course... Vous voyez cet auguste Monarque au milieu des fatigues de la guerre, tenant toujours les rênes d'un grand Empire, ménager d'heureux momens pour aller dans les hôpitaux exercer des œuvres de miséricorde... et peut-être viviez-vous dans une molle oisiveté et dans un oubli criminel des membres de J.-C. ! » — Ainsi exaltait le roi, celui qui se dépensait pour l'œuvre de l'hôpital, dont il allait devenir le plus insigne bienfaiteur. — Le 51 juillet paraissait le Mandement demandant un Te Deum pour la prise de Fumes, alors que ce jour même on apprenait la victoire de Château-Dauphin. Tout en exaltant les vainqueurs, il donnait ces sages avis à ses fidèles : c Que la prospérité ne vous fasse pas oublier que la guerre est toujours, même pour le vainqueur, un fléau de la colère céleste ; tâchons de l'apaiser par des dignes fruits de pénitence, et ne nous contentons pas de dire que nous avons Abraham pour père, que nous sommes les enfans des Saints, et que le Tout-Puissant ne cesse de nous combler de ses bénédictions. Méritons-en la continuation par un cœur contrit et humilié, que Dieu ne méprisa jamais. > — Deux mois après il fallait Taire prier pour le rétablissement du roi. « Dans sa dangereuse maladie, disait notre prélat, comme un nouveau Ezéchias il a eu recours à Diei* par
des actes de religion les plus exemplaires, et son âme a été délivrée de la mort, le Seigneur a été touché de nos larmes et de nos gémissements. » Ce n'était pas là une exagération de langage, car, selon son panégyriste contemporain, « dans la cruelle attente des nouvelles qu'un jour apportait au jour suivant, le sommeil s'était éloigné de ses yeux, et il avait quelquefois passé des nuits presque entières a implorer, pour Louis-le-Bien-aimé, le secours de Celui qui fait vivre et qui fait mourir. » — A l'occasion de la prise de Demont et de la défaite de l'ennemi refoulé par delà le Rhin, paraît un autre Mandement le 23 octobre de cette môme année, pour demander un nouveau Te Deum le 25. — Tandis qu'il siégeait aux États du Languedoc, tenus à Montpellier, il adresse (22 novembre) un nouvel écrit relatif à la victoire remportée par les troupes de Sa Majesté et celles d'Espagne sur l'armée du roi de Sardaignè. « Nos ennemis, dit-il, se confiaient dans leurs machines de guerre, et nous dans le nom du Seigneur, notre Dieu, hi in equis... Fût-il jamais une campagne plus glorieuse... le Roy de Sardaignè est vaincu, le prince Charles est chassé, et nos frontières sont portées bien loin dans les Flandres*.. » Le Te Deum fut chanté le 29 novembre. — Vient la victoire de Fribourg, 15 décembre; de Verthamon l'exalte dans le Mandement daté du 20 de ce même mois. — La Flandre est conquise le 25 mai 1745, et l'évêque l'annonce à son diocèse cinq jours après, disant, entre autres choses : « Louis-le-Grand, dans toute sa gloire, n'a rien fait de semblable à ce que Louis-le-biea-aimé vient d'exécuter avec le courage et la supériorité d'un héros. * -r Quand la ville et la citadelle de Tournay tombent au pouvoir du roi, de Verthamon l'annonce le 11 décembre. « La prise de cette importante place vaut elle-même une grande victoire par les grands avantages qu'elle va nous procurer. » — Chaque jour, à partir du mois de juillet de cette année, apportait une nouvelle victoire ; pour chacune d'elles l'évêque publie un Mandement, toujours marqué au coin de la plus haute piété et du plus grand zèle pour l'hon-
neur et la gloire de la patrie.. A la fin de cette année 1745, il signale la prise du château de G and, la reddition de Bruges et d'Oudenarde; les prises d'Endérimonde, Ostende, Nieuport, Torione, Plaisance et Parme ; les conquêtes du Piémont, de la ville .d'Asti, d'Alexandrie et de Valence. Dans le courant de 1746 il fait chanter l'hymne d'actions de grâces pour les prises de Bruxelles, des places de Saint-Ghissain et Charleroy, des villes de Mons, Namur et Anvers, puis les conquêtes successives dans la Flandre (10 novembre, 17 juillet 1747). Quand, par un dernier Mandement, il demande le Te Deum pour célébrer la prise •de Berg-oprZoom, « Venez, dit-il, et voyez les ouvrages du Seigneur; considérez avec admiration et reconnoissance le prodige qu'il vient de faire sur la terre en notre faveur. Les plus grands capitaines n'avaient jamais pu se rendre maîtres de Bergop-Zoom. Une armée entière et puissante le défendoit et le rafraîchissoit, continuellement ; en sorte que c'étoit bien plutôt cette armée ennemie que cette place quj sembloit imprenable, que nous assiégions ; mais enfin nous l'avons emportée d'assaut !... >
16. Malgré son dévouement au roi, dévouement qu'il ne cessait de manifester, soit dans le Conseil dont il faisait partie, soit dans les écrits dont nous venons de citer quelques extraits, notre évêque encourut la censure royale. Un arrêt du Conseil d'État, en date du*26 octobre 1753, relate: t Le Roy étant informé qu'il se débite dans le public un Écrit ayant pour titre : « Mandement de M. l'Evèque de Montauban pour faire chanter le Te. Deum en actions de grâces de la naissance de Monsieur le Duc d'Aquitaine, Sa Majesté se seroit fait représenter un exemplaire dudit Ecrit, dans laquelle Elle auroit trouvé des réflexions sur l'Histoire, non-seulement déplacées, mais même répréhensi- Wes. Et comme Sa Majesté a toujours eu une attention particulière ace qu'il ne fût rien écrit dans son Royaume qui pût blesser
4 Tous ces extraits ont été puisés dans le Livre marbré, où le conseil do ville les faisait transcrire in extenso. Cf. ce volume aux Archives communales, fol, 145-277. Pas un. seul exemplaire imprimé n'a élé conservé,
aucun Souverain : Ouï le rapport, le Boy étant en soe Conseil, a ordonné ci ordonne que ledit Ecrit sera et dcuwurera supprimé1. » Quelle était la portée exacte de ee MandeaMut, qoel fait vise l'arrêt de suppression, nous ne pouvons le définir. Les exemplaires forent si bien saisis et détruits, qu'il s'en note plus trace. Lorsque deux ans plus tard (décembre 1755) il fallut fêter la Baissante du comte de Provence, l'évéque n'annonça pas moins le chant du Te Dmm, auquel, le dimanche 7, les consuls et les corps constitués de la ville se rendirent à quatre heures du soir, précédés de fifres, de tambours et de la compagnie de dragons *. A la sortie fut allumé un feu de joie sur la place des Monges, et les habitants prirent part aux réjouissances usitées en pareille circonstance, et auxquelles ils avaient été invités la veille par des hérauts qui avaient parcouru les rues.
17, Une censure qui eut un grand retentissement dans l'Église de France, fut plus sensible à notre évêque que l'interdit royal dont avait été frappé un de ses écrits. L'abbé Jean -Martin de Prades, originaire de Castelsarrasin, sans grands talents en matière théologique, avait su se tirer de la foule et se faire une réputation par une thèse, qu'il soutînt le 18 novembre 1751. Cet écrit, approuvé par le syndic de la Sorbonne, qui sans doute ne l'avait pas lu, contenait les propositions les plus fausses sur l'essence de l'âme, sur les notions du bien et du mal, l'origine de la société, la loi naturelle et la religion révélée, les notes de la véritable Église, la certitude des faits historiques, la chronologie et l'économie des lois mosaïques, la force des miracles comme preuves de la révélation divine, le respect dû aux Saints Pères, etc. ; mais ce qui indignait surtout, c'était le parallèle impie entre les guérisons d'Esculape et les guérisons miraculeuses de Jésus-Christ. Quelques contemporains pensèrent que ces propositions, plus que hardies, avaient été suggérées au
« Pièces in-i», 9 pages, imprimerie royale; collection Forestiè. » Cf. Livrs grity dans les Archives communales, toi, 44.
jeune bachelier par Diderot, qui du reste l'avait attiré dans la rédaction de sa trop fameuse Encyclopédie. Quoi qu'il en soit de cette imputation, contre laquelle de Prades réclama toujours, la thèse qui tout d'abord était passée inaperçue, et se trouva môme défendue par certains docteurs de la Sorbonne, souleva une véritable tempête. Le premier, le docteur de Rouge la dénonça avec d'autant plus de vigueur, que de Prades pré* tendait avoir pris dans ses ouvrages plusieurs des propositions qui faisaient le plus de bruit. On examina alors l'écrit de près, et la Faculté le déclara condamnable et arrêta, qu'en attendant, de Prade9 serait suspendu de tout acte de licence. Bientôt tous les gens de bien réclamèrent contre ce premier essai public de la philosophie anti-religieuse et rationaliste. Le parlement de Paris sévit contre cette élucubration grossière et dégoûtante. A son tour la Sorbonne, ayant attentivement étudié et discuté chacune des propositions, après les avoir soumises, en onze assemblées générales, à cent quarante-six docteurs, porta la censure le 17 février 1752 l. De Prades demanda à s'expliquer ; mais on crut que les circonstances voulaient un exemple, et que cette thèse était liée à un complot contre la religion ; en conséquence, l'appel fut rejeté. Le célèbre archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, lança un Mandement plein de doctrine, daté du 29 janvier, et retira en même temps à ce prêtre tous les pouvoirs qu'il avait pour son diocèse *. Rome s'émut de ces fausses doctrines, et le pape Benoît XIV en porta condamnation le 22 mars suivant 3, les déclarant impies et favorables au déisme et au matérialisme. Le 29 mai l'évêque d'Auxerre en publiait une savante réfutation dans une Instruction pastorale. Notre vigilant évêque n'était pas resté en arrière.
« Pièce in-4», de 8 pages, Toulouse, imprimerie de Pierre Robert, au Saint Nom de Jésus; collection Forcstiê.
' Autre brochure, dans le môme état que la précédente.
* Damnatio et protnbitio cujutdam FoUi continente Thèses, quas in Sorbona defendendas proposait Joanncs-Martinus de Prades, sacerdos Montalbanenm}tub tilulo : Hierusalem cœlesti, etc., in-1*, 4 pages, Romeo ex typographie Rev. Camerœ ApostoUcœ.
Par un Mandement daté du 23 février il flagellait, comme elle le méritait cette thèse anti-catholique, et dénonçait lés erreurs dangereuses pour PÉglise et pour la société. C'est, dit-il, la* désolation au ctëur qu'il est obligé de frapper « cet enfant de perdition qui lui arrache les larmes les plus amères. Mais il nous a promis, ajoute-t-il, une soumission entière, et il est de notre charité de faire les derniers efforts pour ramener ce fils dénaturé, pour l'arracher des mains des séducteurs qui ont fasciné ses yeux, et pour lui faire réparer le scandale qu'il vient de donner à l'Église *. * De Prades, craignant qu'on ne s'en tînt pas seulement à la condamnation de son livre, se retira à Berlin, où il eut un canonicat de Bresîaw. Là il publia une Apologie *, dans laquelle il se répand en injures et en invectives contre ses censeurs. Cet ouvrage souleva de nouvelles polémiques, et valut quelques bons écrits de réplique, parmi lesquels Y Examen de l'Apologie, avec cet exergue : « Bis peceal qui crimen negat ; » et la Religion vengée des impiétés de la Thèse et de l'Apologie de M. l'abbé de Prades 5. Le malheureux prêtre ouvrit enfin les yeux, et grâce aux bontés de Pévéque de Breslaw il se réconcilia avec Rome, par une rétractation datée du 6 avril 1754, où il disait, entre autres choses, « qu'il n'avait pas assez d'une vie pour pleurer sa conduite passée et pour remercier le Seigneur de la grâce qu'il lui accordait. * De Verthamon annonça cette heureuse nouvelle par un Mandement introuvable, dans lequel était réhabilité le prêtre repentant. Réintégré dans tous ses litres et pouvoirs, de Prades fut fait archidiacre d'Oppolen et mourut à Glogau, en 1782, après avoir été enfermé pendant
1 In-1° de 6 pages ; à Montauban, chez Jerosme Légier ; collection Forestié.
* En trois parties, dont les deux premières furent imprimées à Amsterdam, en 1752; la troisième, qui était une réponse à l'éveque d'Auxerre, parut à Berlin, celte môme année,
3 Le premier de ces écrits, composé de 7i pages, est attribué au P. Patouillel de la C. de Jésus ; Barbier le donne comme étant du P. Brotier, de cette môme compagnie. Le second ouvrage, fort volume de plus de 500 pages, composé très probablement par l'abbé Paris, fut publié à Montauban en 1754. — Sur cette affaire de rabbô de Prades, Cf. Mémoire* pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le XVIW siècle, par l'abbé Picot, 1. 1, p. 369-373.
quelque temps au château de Magdebourg, comme accusé de conspiration contre la monarchie prussienne en faveur de la France. — On peut dire que l'écrit et la conduite de cet abbé firent lever le masque à l'impiété philosophique du XVIIIe siècle, qui, dès ce jour, ne se couvrit plus de l'anonyme pour attaquer la religion. Ce fut le premier cri de guerre de la secte, selon l'abbé Picot. Et le célèbre de La Harpe a dit : « La thèse de l'abbé de Prades, où les encyclopédistes furent impliqués, devoit encore ouvrir les yeux sur leurs machinations et sur le progrès de leur pernicieuse influence... Le déplorable éclat de cette thèse ne contribua pas peu a faire suspendre par lé gouvernement l'impression de l'Encyclopédie, dont il n'y avoit encore que deux volumes de publiés l. »
18. Deux graves questions s'agitaient entre temps: la réforme du bréviaire et la réduction du chapitre cathédral. Sans la fermeté de Tévêque et son orthodoxie, le clergé de la ville et de tout le diocèse se serait plusieurs fois trouvé divisé à cette occasion. Depuis que François de Harlay et le cardinal de Noailles, archevêques de Paris, par la publication d'un bréviaire diocésain en 1680, 1698 et 1714, avaient donn^ l'impulsion, les autres diocèses cherchaient à les imiter et à s'écarter de plus en plus du rit romain. On voulait, disait-on, moins de compositions humaines dans l'office divin ; il fallait l'enrichir d'antiennes et de répons pris exclusivement dans la Bible; on ne pouvait pas tolérer sérieusement certaines légendes et des hymnes dont la versification ne valait pas celle des Santeuil et des Coffïn. Mais l'idée gallicane et les prétentions jansénistes dominaient par-dessus tout, et inspirèrent certaines modifications qui furent alors apportées dans bien des diocèses. Nous le savons depuis longtemps, diverses Églises de France possédaient leur bréviaire, dont l'ordre et la composition étaient si admirables, que la mère de toutes les Églises daigna, en diverses circons-
4 Cité par l'abbé Picot dans ses Mémoires, t, II, p. 6.
tâfioes. emprunter à sa fille aînée plusieurs de ses chants et de ses prières. Mais pourquoi, au sortir des querelles do Gallicanisme et du Jansénisme, aller jeter le bouleversement dans l'unité de la prière officielle? Aussi lorsque un député de l'Assemblée provinciale du clergé, à Toulouse, proposa d'éditer un missel et un bréviaire pour toute la province, Mgr de Yerthamon s'y opposa, en disant : c Irais-je rompre ce lien qui nous attache à Rome, moi qui voudrais tout ramener à ce centre d'unité ! • Malgré tout, le bréviaire montalbanais parut ; l'évéque refusa de l'accepter. Il fut introduit plus tard par les soins des vicairesgénéraux de Mgr de Breteuil '. 11 avait été composé clandestinement ; les feuilles étaient envoyées de Paris à Toulouse, où une main inconnue les corrigeait.
19. L'affaire concernant la réduction du chapitre, sans faire courir autant de dangers que la réforme du bréviaire, ne passionna pas moins les chanoines et tous ceux avec qui ils avaient quelque attache Quoiqu'elle ne fût au plus chaud et n'ait eu de conclusion que sous l'épiscopat de Mgr de Breteuil, déjà elle se traitait depuis l'administration de Colbert et sous celle de Mgr d'Haussonville. Les luttes religieuses ayant prodigieusement réduit les bénéfices canoniaux, les charges imposées par le gouvernement grevant fortement leurs budgets, et la vie devenant de plus en plus difficile dans cette ville, il avait fallu, bien des fois, restreindre les dépenses capitulaires. Aussi le conseil canonial avait à plusieurs reprises exprimé le désir de diminuer ou ses obligations ou son personnel. «En 1712, dit le célèbre auteur des Mémoires, il fut présenté à M. de Vaubecourt un plan de réduction fort détaillé; on consulta des avocats, on fit des démarches, il ne parut point d'opposants. Cette entreprise cepen-
i Sans entrer dans de plus longs détails a ce sujet, voici quelques extraits du célèbre chanoine de La Tour. « On veut introduire un nouveau bréviaire ; le marché est fait avec les imprimeurs et des sommes sont imposées sur le clergé; outre la dépense de chaque particulier pour lui-même, on jette le chapitre dans les plus grands frais pour se procurer des Missels et livres de chœur, et en fournir à plus de 40 paroisses où il est décima teur. ■ (Cf. Mémoire*, collection Migne, t. VII, col. 578, 590, 615, etc.)
(tant n'eut aucun succès. Le prélat généreux refusa d'y souscrire, malgré l'appât qu'on lui offrait secrètement de l'application d'un canonicat à la mense épiscopale !. * Comme ses prédécesseurs de Nesmond et Colbert, l'évêque de Vaubecourt eût voulu au contraire donner plus d'éclat aux solennités, en augmentant soit le personnel du bas-chœur, soit t le corps de musique. » De Verthamon insista lui aussi sur ce dernier point, et ce ne fut qu'à regret qu'il céda aux représentations de son chapitre. Toutefois, éclairé sur le rendement des charges et offices ecclésiastiques *, il ne voulut jamais autoriser la réduction des titres bénéficiaux, qu'un projet composé en secret voulait porter de 84 à 34. L'ardent défenseur de l'ancienne constitution, le chanoine de La Tour, usa de toutes ces autorités quand il eut à plaider cette cause sous l'administration de Mgr Le Tonnelier de Breteuil. c M. de Verthamon, écrivait-il, dont la piété, la charité pour les pauvres, l'assiduité à tous ses devoirs a édifié le diocèse pendant 33 ans, a été plusieurs fois sollicité de réduire son chapitre. Personne n'ignore qu'il a toujours répondu que, bien loin de diminuer le nombre des ministres «des autels, il
* Mémoire*, édit. Migne, t. VII, col. 516-517. Y voir les raisons alléguées.
* Relatant l'état tel qu'il était en 1748, le chanoinQ La Tour dit : « Toutes charges payées, les canonicats de Montauban donnent, les uns de 1,100 1. à 1,200 L, les aulros de 8 à 900 ; les prébendes, les unes environ 400, et les autres environ 500 1. Les dignités dans le haut-chœur, les hebdomades dans le bas-chœur en ont même davantage. (Op. cit., col. 496.) — L'Église et l'Étal ont authontiquemenl jugé depuis cent ans que 300 1. suffisent à un curé, et 150 à un vicaire. Le clergé retranchait môme 50 à 60 1. pour les décimes jusqu'aux dernières assemblées, où le dernier tarif forme la taxe à 10 l. » (Ib.) — « La moitié des curés et vicaires non congruistes n'ont pas ce qu'on a à Montauban... Dans la moitié des chapitres du royaume, les chanoines et prébendiers n'ont pas ce qu'on a à Montauban. . . » (Ib. col. 497). — ■ Il y a 6 vioarials dans la ville, 8 aumôneries, une douzaine de dessortes à la campagne, plus de 20 petites chapelles, 9 emplois dans le chapitre, le collège fournit 8 places. » (Ibid.)— • La ville est très peuplée ; on y compte environ 40,000 âmes... Les six communautés religieuses fournissent à peine 30 prêtres et le chapitre une cinquantaine. Le clergé séculier et régulier y forme un corps de 100 personnes. Les cinq communautés de filles en font 4 peu près autant... Il y a une quinzaine de confesseurs ecclésiastiques, pout-ôtre autant de religieux, encore même les Jacobins et les Capucins sont interdits, et les Jésuites n'existent plus... Les Pâques dernières, il ne s'est consommé que 15 à 1,600 hosties & la paroisse Saint-Jacqnes. • (Ib., col 460). — « Il n'y avait au collège de Jésuites que 50 à 60 écoliers {col. 501); il y en a bien moins dans le nouveau collège, depuis qu'on parle de réduction. * (Ib., coli 610.)
Tom II. V. 5.
voudrait pouvoir l'augmenter ; il voulut lui-même donner par écrit les raisons de son refus. Ce Mémoire, dont il fut fait bien des copies, existe dans les archives du Chapitre ; la sagesse et la religion qui y régnent en attestent la vérité '. >
20. De Verthamon ne borna pas son zèle aux affaires purement religieuses. Dans son excessive charité, qui lui avait fait répandre à profusion une grosse part de ses revenus sur toutes les misères qu'il connaissait, il vit les difficultés et les charges des citoyens et de la ville pour loger les troupes royales. Aussi, voulant, pour l'avenir, alléger ces dépenses et mettre fin aux grands embarras qu'occasionnait ce logement, il entreprit à ses frais et posa la première pierre d'une vaste caserne qui ne fut terminée qu'après sa mort. Longtemps cet édifice (aujourd'hui caserne d'infanterie de Villebourbon) porta le nom de Caserne de l'Évêque.
Les pauvres aussi aimaient jadis à saluer de son nom l'hôpital qui, commencé par l'évêque Colbert, fut agrandi et terminé par Verthamon. Là, il fonda de ses deniers la salle destinée aux hommes, et la plaça sous le vocable de son patron, l'archange saint Michel. Il érigea l'autel qu'on y voit encore de nos jours, et sur lequel, chaque année, l'on célèbre une messe de fondation, le lundi des Rogations. Tout à l'heure nous dirons ce qu'il fit pour pourvoir aux soins des malades ; mais en signalant ici ces deux actes de munificence à l'égard de la cité, nous regrettons qu'on soit oublieux de ces bienfaits, et que les municipalités et les membres de l'Académie de Montauban n'aient pas immortalisé le souvenir de ce charitable évéque, en lui érigeant une statue ou en consacrant quelque Mémoire détaillé sur ces deux œuvres.
21. Peu importait du reste à ce pieux prélaj ce que feraient pour lui ceux qu'il comblait de ses générosités : il était assez
* Ce Mémoire épiscopal est rapporté in-exteaso dans les Œuvres complètes de de La Tour, t. VII, édition Migno, col, 513-515,
récompensé en faisant chaque jour des heureux, et son activité à se dépenser pour les autres usait et minait sourdement une santé qu'il ne savait pas ménager. Il venait de lancer un Mandement portant publication du Jubilé accordé par le pape Clément XIII, afin d'implorer le secours de Dieu au commencement de son Pontificat (28 avril 1758), lorsqu'il apprit la maladie mortelle dont son frère, l'évêque de Luçon, fut subitement frappé. Malgré ses soixante-dix ans et ses infirmités, il va au chevet du malade et recueille son dernier soupir le 1er novembre suivant- « On eût dit que cette mort avait été destinée à faire jouir singulièrement notre évêque de l'amour de ses diocésains. Toutes les églises, à l'envi les unes des autres, se couvrent de deuil, et les citoyens de tous les ordres, comme tous les ministres des autels y firent célébrer ou y célébrèrent, chacun k leur tour, des services où rien ne fut épargné. Dans ces lugubres cérémonies M. l'évêque de Montauban était à la tête de tout ; et en l'y voyant on se rappelait saint Ambroise faisant les obsèques de son frère, saint Satyre *. »
22. A ce deuil de famille, le cœur de Michel de Yerthamon associa celui de la patrie. L'alliance des maisons de Bourbon et d'Autriche avait entraîné des désastres pour le royaume. Comme toujours, nos protestants parurent vouloir profiter de cet état malheureux. < Leurs assemblées moins secrètes donnèrent lieu dans le Bas-Quercy à un événement dont on n'avoit pas eu d'exemple depuis longtemps, et auquel on ne devoit point s'attendre, après la protestation solennelle que les calvinistes sensés et éclairés avoient faite de ne jamais acquiescer à ces sortes d'assemblées. La garde bourgeoise établie à Caussade arrêta dans la nuit, et hors des portes de la ville, trois hommes qui, par leurs réponses, lui parurent suspects ; elle les conduisit au corps-de-garde. Les officiers municipaux avertis s'y rendirent le lendemain (13 octobre 1761), et ayant interrogé le plus appa-
* Notice manuscrite déjà citée, de l'abbé fiellet.
rent de ces prisonniers, il répondit se nommer Rochette, miqistre du Saint Évangile. Il ajouta qu'il venoit du désert, alloit au désert et babitoit le désert ; c'est ainsi qu'on désignoit tous les endroits où les protestants tenaient leurs assemblées. Surpris de cette réponse hardie, les Magistrats le firent fouiller. On trouva sur lui, dans son porte-manteau, plusieurs sermons, et des registres de baptêmes et de mariages faits au désert, avec la patente de Ministre, datée du Haut-Languedoc, ainsi que deux états de cotisations et de répartitions faites en sa faveur sur plusieurs villages de l'Agenois. Les maire et consuls jugeant l'affaire sérieuse, le firent conduire avec les deux autres dans les prisons royales ; ils y mirent une forte garde, et se hâtèrent de rendre compte à Alexis-François de Gourgue, intendant de Montauban. Ce jour étoit celui d'une grande foire à Caussade. Une troupe d'environ deux cents protestans de la campagne, munis de différentes armes et d'outils d'agriculture, profitant de la circonstance, s'approchèrent de la ville sans obstacle, et y entrant avec impétuosité, pénétrèrent jusqu'aux portes de la la ville, en criant : c Courage, allons délivrer noire Ministre! » La garde fit ferme et donna le temps aux habitans, avertis par le tocsin, de v^nir à son secours. Après un combat assez court, mais très vif, les séditieux furent repoussés avec perte de quelques-uns des leurs, qui furent pris et mis en prison. Cette entreprise annonçoit aux Magistrats ce qu'ils avoient à craindre. Ils firent prendre les armes à tous les habitans ; 'et l'on observe avec plaisir que les notables bourgeois protestans, qui lors de cette première émeute s'étoient renfermés chez eux, de peur d'être soupçonnés d'y avoir pris part, se présentèrent alors bien armés aux consuls, leur jurèrent fidélité, et demandèrent d'être employés pour la défense de la patrie. Leurs offres furent acceptées; on leur assigna un poste, et ils servirent avec honneur. L'Intendant apprit presqu'au même instant et la détention du Ministre et la nouvelle de la révolte. Il fit promptement expédier des ordres à toutes les brigades de la Maréchaussée du
département, de se rendre à Gaussade. Il fit aussi partir de suite celle de Montauban. Ces secours éloignés pouvoient être inutiles pour sauver la ville ; elle était saccagée sans les sages précautions des Magistrats. Dans la nuit, en effet, de ce même jour, ceux qui furent envoyés à la découverte, engagèrent un combat avec une troupe de plus de cinq cents hommes, qui venoient à grands pas au secours de leur Ministre, et qui se retirèrent à la vue des compagnies de la ville. Ce prélude semblent présager des suites bien fâcheuses. La journée du lendemain fut tranquille. Un cavalier de la brigade de Montauban arriva à Caussade, et apprit aux habitans que sa troupe avoit été arrêtée, à une lieue de là, par cinq ou six cents paysans armés, qui lui avoient barré le chemin avec menaces, et l'avoient forcée de s'enfermer dans Réalville, d'où par des chemins détournés, et au risque de sa vie, il étoit venu pour les avertir de se tenir sur leurs gardes. On députa aux villes voisines pour demander du secours. Caussade fut soigneusement éclairé pendant toute la nuit pour éviter le désordre en cas d'attaque ; et tout le monde y resta sur pied. Enfin, le troisième jour, vers les quatre heures du matin (17 septembre), on eut avis qu'une troupe nombreuse, cachée dans un bois voisin, n'attendoît que quelques renforts pour venir fondre sur la ville. Les volontaires, soutenus d'une compagnie, furent fouiller le bois indiqué, et n'y trouvèrent personne ; mais ils furent accueillis en sortant d'une décharge de môusquetairie qui partoit d'un fossé voisin. Ils marchèrent au feu, et virent sortir d'un autre bois deux ou trois cents hommes qui venoient à eux. La compagnie joignit promptement les volontaires, et ils fondirent ensemble sur les protestans. Ceux-ci, croyant les deux troupes réunies plus fortes qu'elles ne l'étoient, se replièrent sur le gros de leurs gens qui étoit posté au lieu de Gresels. Emportés par leur courage, les catholiques les suivirent et engagèrent le combat le plus inégal. Les révoltés étoient dix contre un. On se battit pendant deux heures avec acharnement ; et le nombre
étoit au moment de l'emporter, lorsque les paysans du lieu s'apercevant du désavantage, se rangèrent du parti le plus faible, et lui aidèrent a dissiper les factieux. On fit quelques prisonniers ; les chefs protestans (les trois frères Grenier, gentilhommes verriers) étoient du nombre. Ils furent conduits dans les prisons de Caussade. Les secours demandés aux Communautés voisines, avec toutes les Maréchaussées, le grand Prévôt à la tête, y arrivèrent dans le même temps. On ne vit plus paroitre de révollés ; mais on fut instruit qu'ils s'étoient postés en très-grand nombre sur le chemin de Montauban, résolus de faire tous leurs efforts pour enlever les prisonniers au passage. Ces prisonniers étoient au nombre de onze. Pour éviter un combat inutile et de nouveaux crimes a cette multitude frénétique, on lui donna le change. On fit partir les prisonniers promptement sous une forte garde composée de la Maréchaussée et des compagnies de Caussade, Montpezat, Puilaroque et Montalzat. On les conduisit à Cahors, d'où on les transféra sans obstacle à Toulouse. La procédure commencée à Caussade par le grand Prévôt, fut continuée d'autorité du Parlement, à la requête du Procureur-général. Le Ministre fut condamné à être pendu; les trois frères Grenier à être décapités ; deux des autres prévenus, aux galères à temps ; un au bannissement aussi à temps; et les autres mis hors de cour ou déchargés de l'accusation. L'arrêt fut exécuté le 19 février 1762 l. »
23. Toutefois les protestants eux-mêmes désavouèrent cette conduite criminelle. L'évêque eut le bonheur de la leur voir condamner avant de rendre le dernier soupir. « Depuis quelques années il étoit en proie aux douleurs les plus cruelles. Pour se soustraire aux suites dangereuses d'une opération formidable, il avait pris un fondant encore plus formidable qu'elle. Peu s'en fallut qu'il n'en fût dès lors la victime : il en perdit presque toute sa chaleur naturelle ; mais il n'y paraissait point,
« Cf. Histoire du Querci, t. III, p, 129-133.
dès qu'il avait à exercer ses fonctions. A l'aSpect du devoir sa jeunesse semblait se renouveller comme celle de l'aigle. Quand on lui disait qu'un excès de ferveur achèverait de miner sa santé, il répondait agréablement qu'un évêque aussi bien qu'un empereur doit mourir debout; et, en s'appliquant cette parole de Vespasien, il ne comptait pas, sans doute, qu'elle dût un jour si littéralement s'accomplir en lui dans tous les sens dont elle est susceptible. En effet, au mois de septembre dernier, après avoir soutenu avec courage la fatigue d'une ordination nombreuse, il commença encore ses visites pastorales. Ses forces se refusent tout à coup à son zèle : il est obligé de revenir sur ses pa3, ayant comme entendu prononcer en lui-même l'arrêt de sa mort K » Des détails très circonstanciés nous ont été conservés dans* une relation écrite sur place par le curé de Villebrumier; les voici : « Il avait commencé son cours de visites le 9 dudit mois par Nohic, Le Terme, Magnanac ; fut coucher à Yillemur le lundi. Il y resta tout le jour ; il en partit le mardi, et fît la visite à Bondigous, Layrac et Myrepoix, d'où il fut le mercredi à Mésens, où il dit la messe, et en la disant à Condel il se trouva mal ; il l'acheva pourtant, et partit d'abord pour s'en retourner à Montauban. Il se fit porter dans sa chapelle, pour y entendre la messe, le samedi suivant, et y reçut le Saint-Viatique. L'après-midi tout le Chapitre en corps y fut pour lui porter encore le viatique, et il le reçut. On lui administra le sacrement de l'Extrême-onction, et il mourut vers les huit heures et demie du soir, en son fauteuil *. » Selon le panégyriste contemporain, « la Providence amène heureusement auprès de lui un prélat digne du nom qu'il porte, pour lui rendre le même office que saint Honorât rendit à saint Ambroise dans une pareille circonstance. L'évêque mourant paraît moins céder au mal qu'à la sainte impatience où il est de se
* Voir la Notice académique de M. l'abbé Bellet.
> Extrait du registre dos délibérations de la paroisse do Villebrumier ; acte rédigé par M. Pendaries, curé de cette paroisse, mort lui-môme le 19 novembre 1768, à l'âge dp 76 ans.
78 HISTOIRE DB L'ÉGLISE Dt MONT AU BAN.
rejoindre à son principe. Il meurt comme il avait désiré de mourir, c'est-à-dire, ainsi que s'exprimait en un cas semblable le pieux Alain de Solminiac, c dans le lit d'honneur d'un Évèque, » le 25 septembre 1762, âgé de soixante-quatorze ans dix mois dix-huit jours !. »
Le rédacteur de la chronique de Yillebrumier ajoute : c Le Chapitre le fit embaumer. On lui avait trouvé la cervelle fort saine ; le poumon et le foie quelque peu altérés ; les entrailles desséchées, surtout celles qui contenaient les matières fécales ; on lui trouva trois pierres* Le mercredi suivant, jour de saint Michel, son patron, on fit l'enterrement de son corps, que Ton promena dans toutes les rues ; on le déposa dans la cathédrale, où on le laissa trois heures, et vers les trois heures de l'aprèsmidi on l'enterra au cimetière de l'Hôpital, comme il l'avait laissé dit dans son testament. Le corps de Mgr l'évoque fut porté au tombeau par si* curés, savoir : les curés de Saint-Nauphary, de Corbarrieu, de Bressols, de Lagarde, de Lacour-Saint-Pierre, et... Il est à remarquer que le surlendemain, lundi, au matin, le Chapitre nomma deux chanoines qu'il députa, savoir : Mr. de La Tour et un autre. Ils allèrent à l'Evéché, entrèrent dans la salle où était le corps, et firent trois saluts à l'Evêque, en lui demandant à chaque salut: « Monseigneur, êtes- vous mort? Répondez-nous. > Cela fait, ils se retirèrent; furent rejoindre le Chapitre qui était resté assemblé, et lui rendirent compte que l'Evêque était mort, et que par conséquent ils annonçaient sa mort au Chapitre, qu'ils requéraient de vouloir procéder à l'élection de quatre vicaires-généraux. Ce qui fut fait. Les quatre vicaires-généraux furent Messieurs Blondeau, prévôt; de La Tour, doyen ; de Verthamon, grand archidiacre, et de Villars, chanoine et abbé de Saint-Martin *. »
24. Cette mort, qui arracha tant de larmes aux pauvres de la ville et jeta une profonde douleur dans le diocèse, fut ainsi
» De la Notice par l'abbé Bellet.
9 Relation du registre de Villebrumier, comme ci-avant.
signalée dans le Registre mortuaire du Chapitre et du clergé de l'Église cathédrale Notre-Dame l : « L'an mil sept cent soixante deux et le vingt-cinquième du mois de septembre, Monseigneur Michel de Verthamon de Chavagnac, Evêque et Seigneur de Montauban, a été administré dans sa dernière maladie du Saint- Viatique par M. Blondeau, prévost, et du sacrement de i'Extrémeonction par M. de La Tour, doyen, le tout le même jour, le Chapitre y assistant; et le seigneur Evêque est mort âgé d'environ septante-quatre années, le samedy du même jour et an, vers les neuf heures du soir, dans son palais épiscopal, où il a •été exposé jusques au mercredy vingt-neuvième dudit mois et an, auquel jour, à l'issue de complies, le Chapitre s'y est rendu en corps pour y chanter les vêpres des morts et y faire les absoutes accoutumées en pareille cérémonie, lequel office chanté, on Ta porté processionnellement à l'église cathédralle pour Yulr timum vale et de suitte a l'Hôpital pour y être inhumé et enterré dans le cimetière des pauvres, faisant l'office M. Descuris, grand-chantre, et Messieurs maîtres Calmel et Caries, celui de diacre et sous-diacre, et maître Calmel Jne de maître de cérémonies; et ont signé avec Carrère, prêtre-chanoine et sindic général. » — Suivent ces quatre signatures *.
* Registre ouvert l'an 1753, fermé en 1790 ; repris en 1803. Il fut retrouvé en 1816 par M. l'abbé Calvinhac alors vicaire de l'église cathédrale, et il a été continué jusqu'à nos jours.
1 Voici une partie des comptes établis pour les frais do cette sépulture, tels que nous les trouvons dans les Archives départementales, série 0, liasse 10
• Du 12«» novembre 1762,
Mémoire de ce que Jamar, tapissier, a fait et fourny pour le service de Monseigueur Faveque de Montauban, par ordre de Monsieur l'abbé de Mal ar tic, chanoine.
Premièrement, pour le louage de dix piesses de serge & 2 1. piesse 20 1. • 8.
Plus pour douze voit noir à 4 s 2 8
Plus pour trois cane serge noir coupé à bande pour le calafan à 1 1. 12 s. la
cane 4 16
Plus pour huit douzaine de armoirie, dout 5 douzaine que j'avoit et trois
douzaine de neuf, les 5 douzaine à 2 1. et les trois douzaine de neuf à 5 1. . . 25 •
Plus pour le papier blanc et noir 6 •
Plus pour les clous et épingles 3 •
Plus pour faire porter et remporter toutes les chesse noir 2 10
Donné à la loueuse de chesse. 2. »
25. Ce digne évoque, frappé presque subitement, n'avait pas été cependant surpris par la mort. Selon les conseils évangéliques, il avait songé de bonne heure à < mettre ordre aux affaires de sa maison. » Le 3 juin 1745 toutes ses dispositions étaient prises pour faire les pauvres ses héritiers et les administrateurs de l'hôpital ses exécuteurs testamentaires. C'est au milieu des. pauvres qu'il choisit sa sépulture; il les avait visités et consolés pendant sa vie, il ne voulait pas les abandonner après sa mort1. Ses pieuses volontés furent religieusement exécutées; sa dépouille mortelle fut déposée dans les jardins, tout proche des bâtiments hospitaliers. En 1782 l'administration de l'hospice éleva à son insigne bienfaiteur un modeste mausolée surmonté d'une pyramide, où furent solennellement renfermés ces précieux restes. Là ils reposèrent jusqu'aux mauvais jours de 1793. Alors des cœurs amis, tremblant de voir profaner ce tombeau, s'empressèrent de dérober nuitamment ces cendres pour les mettre en lieu sûr. Remises en terre après la tourmente révolutionnaire, elles furent recouvertes de la pierre sépulcrale, sur laquelle les indigents vinrent longtemps s'agenouiller et pleurer. Des constructions nouvelles étant nécessitées pour l'agrandissement des locaux, une troisième fois il fallut transporter ces ossements. Les.administrateurs, d'accord avec Mgr Dôney, alors notre évêque, décidèrent de les transférer dans la chapelle de l'établissement, au pied de l'autel de saint Vincent de Paul, à la gauche du maître-autel. C'est là qu'ils reposent
Plus pour faire blanchir le lingo ,..#.«. 8 •
Plus pour les sercle pour les consol 1 •
Plus pour 6 1. 1[4 de scierge, pris chez le sieur Vigiuô, à 1 1. 1 s 11 5
4 filles pour 2 nuit et 2 jour 40 >
Monte cy 125 18
Modéré le présent dompte à cent vingt livres, y compris les cierges qu'on a été obligé de prendre de surplus, et portez en compte par le sieur Jamar. A Montauban, le 14 novembre 1762. L'Abbé DE MAIARTIC.
« On trouvera, ci-aprôs, le texte môme de ce Testament, ajouté en1 Appendice, après le Gallia.
présentement sous la pierre du mausolée primitif, où est gravée cette inscription :
Ci Gist
monsegneur mlchel de uerthamon De Chavagnac Eveque et Seigneur de
MONTAUBAN ReCOMMANDABLE PàR Ses UeRTUS
Ardent Pour Tous les Genres de Bien que son
cœur et Son Esprit Pouvoint Lui Inspirer
Aimant Les Pauvres et Uoulant Etre Pauvre parmi eux
A Lhopital qu'Il fit Son Héritier Et après a
Uoir Gouverné Son Dioceze Pendant 34 ans
ET S'j ETRE ACQIS TANT DES DROITS A La UeNERA
Tion Et aux Regrets jl movrut Le %5 7BRB Ladministration Lui a Erigé ce Monument.
Sur une plaque de marbre noir, scellée au mur qui longe le tombeau, on lit :
monseigneur de verthamon
a été transféré
dans cette chapelle
par m0nbu* doney
sur le vœu de mm. les administrateurs
de l'hospice