‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 46 sur 132 · LB 15 FÉVRIER · texte numérisé non relu

LB 15 FÉVRIER

La cérémonie de translation, présidée par Mgr Doney, eut lieu en présence d'un nombreux concours de fidèles, du chapitre cathédral, du clergé de la ville et du Séminaire, de l'administration de l'Hôtel-Dieu, ainsi que des filles de la Charité et des pauvres confiés à leurs soins.

26. L'académicien, auquel nous avons emprunté plusieurs traits de cette grande vie, complète son Éloge par les passages suivants, qui nous tiendront lieu d'Oraison funèbre : « Ainsi que dans les premiers âges du Christianisme, l'épiscopat n'eut d'at-

tait pour loi qoe par les vastes champs qrïl ouvre à la pratique de toute sorte de bonnes oeuvres. Il commença par s'imposer h loi étroite de ne perdre jamais de vue le troupeau qui lui aiait été confié, en ne sortant de son diocèse que pour porter son suffrage dans ces Assemblées respectables, dont les unes sont destinées à régler les affaires do clergé, et les antres à peser les intérêts de la province- Deux fois seulement, dans le cours de trente-trois années, il se permit quelques jours d'absence, soit pour remplir un devoir de bienséance à l'égard d'un évêque, son ancien et son ami, soit pour aller rendre hommage aux vertus d'un prélat de son sang et de son nom. Aussi, quand il fut nommé pour être l'interprète des trois États auprès de l'auguste monarque qui nous gouverne, le cardinal-ministre, en le produisant à la Cour, s'empressa-t-il de faire parler en sa faveur les vertus dont il avait embrassé la pratique* Le plaisir chaque jour renaissant de se livrer au détail de ses diverses obligations eut seul l'avantage de dérober M. l'évéqoe de Montauban aux ennuis d'une résidence continuelle... Il ne montra d'autre passion que celle de vaquer sans cesse aux fonctions de l'oint du Seigneur. Offrir journellement les saints mystères ; assister régulièrement au service divin, tous les jours de fête ; paraître à la tête du peuple fidèle dans toutes les solennités de chaque église particulière; soutenir, animer par sa présence tous les dispensateurs de la parole évangélique; visiter annuellement toutes les paroisses de la ville et de la campagne ; distribuer lui-même partout, en père, c'est-à-dire en évéque, le pain qui nourrit l'âme ; rebâtir les temples du Dieu vivant, ou les consacrer ; saisir toutes les époques assignées par la religion pour faire des chrétiens parfaits, ou pour multiplier le nombre des lévites; vouloir tout .examiner, tout voir de ses propres yeux; décider tout par le poids de son autorité ; enfin, ne se lasser jamais de lever les mains sur ses ouailles pour les bénir ou pour prier pour elles, en les édifiant par ses exemples : voilà l'histoire abrégée de sa vie, toujours égale, toujours uniforme,

TROISIÈME PKRIODB. — MICHEL DE VERTHAMON (4729-4762). 77

et dont tous les instants furent marqués au coin de la sollicitude pastorale.

c 11 est facile de comprendre que si la place qu'il occupait n'eût pas exigé qu'il se rendit continuellement accessible à la multitude, il lui en aurait rien coûté de vivre en solitaire dans l'intérieur de son palais. Dès qu'il était rendu à lui-même, il partageait son temps entre la prière et la lecture. On n'y aperçut jamais la trace la plus légère des délassements que les saints mêmes se sont quelquefois permis. La simplicité de ses mœurs en avait banni le faste et la magnificence. Sa table était plus que frugale, quand les bienséances ne l'obligeaient pas d'y appeler des étrangers. Dur' pour lui-même dans tous les genres, il ne s'accordait que le plus étroit nécessaire. On eût dit qu'il ne sentait que les besoins des pauvres, qui ont beaucoup plus joui que lui de ses revenus. Mais le droit et l'habitude de leur en céder la portion la plus considérable, en était pour lui la jouissance la plus pure et la plus délicieuse...

c Dans tout ce qu'il a fait ou entrepris, on ne lui a jamais contesté la pureté de ses intentions. La piété tendre dont il donnait si souvent le touchant exemple en était le garant le plus assuré... De l'abord le plus facile, il laissait à chacun la liberté de l'importuner ; et se faisant tout à tous, il montrait, en toute occasion, le désir sincère qu'il avait de les gagner tous. Il abandonnait volontiers au sacré caractère dont il était revêtu le privilège de leur en imposer. Avec l'innocence dans le cœur, la sérénité sur le front, l'enjouement dans le propos, il était le premier à écarter de son commerce le sérieux et la contrainte du cérémonial. Ferme, inflexible même dans ce qu'il regardait comme un bien, il s'exposait avec courage à dévorer les contradictions : il savait que les plus grands prélats n'en furent jamais exempts. Une longue administration l'avait mis à portée de connaître toute la malignité du cœur humain. »

Après avoir énuméré les principaux faits de la munificence de ce grand évêque, et les actes de son zèle apostolique, le pané-

gyriste académicien termine l'Éloge par ces mots : t Pour payer le tribut que nous devions à la mémoire de Mr. de Verthamont, nous nous sommes borné, selon nos usages, & raconter simplement des faits connus à peu près de tout le monde. La vérité historique n'admet point le langage de l'adulation ; et comme nos louanges dans ce genre ne tombent jamais que sur les morts, il faut bien qu'on s'aperçoive qu'elles ont le mérite d'être désintéressées '. » L'historien du Quercy résume en deux lignes tout le bien qu'il a dit de ce prélat : t II fut plus respectable encore par ses vertus et sa grande piété, que par sa place. Il sut être grand par ses qualités personnelles, et sans recourir au faste, il inspira la vénération et le respect *. »

* Voir la Notice manuscrite de l'abbé Bellet.

* Hietôire du Querci, t. III, p. 131. — Les élèves de rhétorique du Collège des Jésuites consacrèrent la mémoire de ce prélat par l'Ode suivante, que nous trouvons dans le Recueil de Voirie* françoUes et latines, imprimé à Montauban chez J. Teulières, 1741,

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