‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 52 sur 132 · Tome II. VI · texte numérisé non relu

Tome II. VI

Aussi zélé pour le bien public que pour l'intérêt des particuliers, son esprit bienfaisant a combiné les meilleurs moyens pour perfectionner l'administration temporelle. Il a répandu avec la plus impartiale attention plus d'égalité et de proportion dans la réforme presque entière des anciens départemens; il a tivifié son diocèse par trois grandes routes, que la province pourroit citer parmi celles qui honorent le plus ses entreprises; il a ouvert diiïérens embranchemens pour en étendre les avantages, et s'est occupé à rétablir par-tout les communications particulières, pour ranimer le commerce1.

* Peu de temps après l'inondation, l'abbé Teulières, professeur de rhétorique au collège royal de notre ville, chanta dans une ode le charitable évoque. Voici cette poésie qui est fort rare :

ODS,

BRETEUIL d'un poète vulgaire Permets l'essor audacieux ; L'amour, ainsi que la colère, Produit souvent des vers heureux.

Le vif sentiment qui m'inspire Peut tirer de ma faible lyre Quelques accens dignes de toi.

Il me semble dans mon ivresse Avoir la plume enchanteresse Des Saint-Hubert et des Bernoy.

Ne crois point que la flatterie Dans ce simple et léger tableau, De sa main profane et hardie Vienne diriger mon pinceau.

Des grands adulateur stupide Jamais d'un langage homicide Je n'emprunterai les détours:

Le seul mérite est mon idole, Et j'ignore cet art frivole, Hélas 1 trop connu de nos jours.

Des fastes des grandeurs humaines Ouvrons le dépôt respecté; Du sang qui coule dans tes veines J'y vois un trône ensanglanté.

Mais tes qualités héroïques, De tous ces titres magnifiques Absorbent la vaine splendeur. Tes vertus et ta bienfaisance, Plus encore que ta naissance, Font ta véritable grandeur.

A peine es- Lu sur ce rivage Où régnaieDt jadis les Césars.

Que ton zèle intrépide et sage Du Prince attire les regards.

Je vois déjà ta renommée Avec rapidité semée Faire d'incroyables progrès, Et volant jusqu'aux pieds du trône.

Du vil flatteur qui l'environne Renverser les hardis projets.

Jour chéri, jour rempli de charmes Où le ciel secondant nos vœux, Te choisit pour tarir les larmes Qui coulaient alors de nos yeux !

Tu parais ; les cris de la joie Que soudain notre Ame déploie, Succèdent à des cris plaintifs ; Et les transports de l'allégresse Bannissent au loin la tristesse Qui retenaient nos sens captifs.

Ainsi d'une nuit orageuse Oubliant le trouble et l'horreur, De l'espoir d'une course heureuse Le Pilote enivre son cœur, Quand sur les rives du Bosphore, Le retour brillant de l'aurore Annonce un jour pur et serein, Et que de la mer courroucée L'onde au haut des mats élancée Retombe et rentre dans son sein.

c C'est ce même intérêt du bien public qui, à la vue des charges et des besoins trop disproportionnés de l'Hôpital, lui a suggéré l'établissement d'une manufacture qui par ses succès ajoute aux secours des pauvres, remplit les vues du Gouvernement, et prépare des avantages à la société, en accoutumant au travail nombre d'enfans que la misère et l'oisiveté rendroient peut-être ou incommodes ou dangereux.

t On sent assez combien des objets si essentiels et si divers exigent de temps et d'application de la part de celui qui ne craint pas de les embrasser tous. Aussi croyons-nous inutile de dire combien M. de Breteuil se plaît à s'occuper utilement, et combien sont courts les momens qu'il donne aux dehors de sa place. Retiré à sa campagne, quoiqu'il y vive, comme à la ville, dans une représentation presque journalière, il ne s'y dérobe pas moins, pour remplir la mesure de travail qu'il s'est imposée. Aimable dans la société, il en fait les délices par la gaieté de son caractère, l'affabilité de ses manières, la décence de ses conversations. Jaloux du suffrage de tout le monde, il fait oublier sa place, pour rapprocher les distances, et se communiquer sans gêne à ceux avec qui il s'entretient. Nous en

Quoi ! déjà le destin barbare T'arrache du milieu de nous!

Le ciel de ses faveurs avare Reprendrait-il un bien si doux ?

Non : la religion sacrée Descend de la voûte azurée, Et reclame aujourd'hui ta voix.

Tu vas d'une illustre province Offrir le tribut à ce Prince, Le plus beau modèle des Rois.

Cependant de ta vigilance Rien ne peut arrêter le cours ; Sur noua ta vaste prévoyance Veille môme au milieu des Cours.

Tu diriges par ta lumière Ceux à qui de ton ministère Tu confias l'autorité, Dont les noms chers à la patrie, Malgré les efforts de l'envie. Iront à la postérité,

Victimes d'un fléau terrible Qu'à peine croiront nos neveux, Qui change en un séjour terrible Un séjour jadis gracieux, Rassurez-vous ; votre infortune À ce Prélat devient commune, Il partage votre douleur; Du sein d'une terre étrangère, Ses bienfaits de votre misère Ont calmé déjà la rigueur.

Que dis-je 1 il vient et l'abondance Renaîtra bientôt dans nos murs :

A ses yeux la pâle indigence Fuira dans ses antres obscurs.

Arbitre de nos destinées, Veille sur lui, que ses années Triomphent de la faux du temps, Et que parmi nous sa mémoire De ses hauts faits porte l'histoire Jusqu'à nos derniers descendans.

appelons au témoignage de tous ceux qui ont été à même de l'approcher, et nous ne craignons point d'en être démentis.

« La correspondance particulière dont il nous honore, nous met chaque jour à portée d'admirer la sagesse de son administration, la solidité de ses vues, la bonté de son cœur, la justesse, l'agrément même de -son esprit, l'étendue de sa piété et de sa religion. Nul d'entre nous ne s'est jamais retiré d'auprès de lui peu édifié ou mécontent, nul ne l'a trouvé, dans ses chagrins personnels, insensible ou peu compatissant, et nous dirons tous, avec autant d'affection que de vérité, que dans toutes les occasions il nous a témoigné les sentimens d'un ami, d'un Évêque, d'un père [. *

34. Les armes personnelles de Mgr de Breteuil et qui lui servaient de scel étaient : « D'azur, à Vvpervier cCor essorant, longé et grilleté aussi d'or. » Il avait aussi, surtout pour les impressions, les armoiries de famille, qui portaient en cœur son propre écu. On les lit ainsi : « Écartelées, au ior et 4* de gueules à trois léopards d'or passant; au 2e d argent chargé d'un marteau de tonnelier; au 5e d'or chargé aussi de la même pièce; en cœur, Vécu d'azur à Vépervier essorant d'or. > Ces armoiries ont été parfois représentées: « Écartelées, d'azur, au ier et 4* fascé d'or de trois pièces ; au 2e et 5e à trois trèfles d'argent posées deux et un *. > Ces dernières sont gravées sur un grand sceau à cire, qui a été dernièrement trouvé au milieu d'objets provenant de l'abbaye de Belleperche 3. Tout autour de ce scel on lit cette inscription : Ann . François . Victor . Le . Tonnelier . de . Breteuil . Epus . Montalbanensis ; sous le chapeau épiscopal repose, sur l'écu acosté de la crosse et de la mître, une couronne de marquis, et au bas dans une banderole ces mots : Nec spe nec me lu. On a vu comment, soit au point de

f Réclamation générale du clergé, dont nous avons parlé ci-avant, p. ?ô, note 1 .

' On trouve ces deux variantes dans le Rituel in-i».

* Communiqué par M. l'abbé Dubord, curé de Smnt-Arroumex,qui en est le possesseur,

vue politique, soit au point de vue religieux, Mgr de Breteuil réalisa cette fière devise.

Parmi les nombreux portraits qui existent nous signalerons : 1° Une toile à l'huile possédée par l'hôpital de la ville; 2° la gravure, format in-8°, placée en tête du Bréviaire publié par les ordres de cet évecjue ; 3° celle de la collection des députés à l'Assemblée nationale ; 4° un moulage en plâtre sur toile, par Ingres père ; 5° plusieurs portraits à l'huile appartenant aux des cendants de cette famille, ainsi que : 6° un médaillon en marbre blanc, de grandeur naturelle, attribué à Ingres père f. La galerie du palais épiscopal a aussi une copie sur toile avec les armes dans le coin.

« Propriété do la famillo de Breteuil.

Gravure sur cuivre. — Collection Fovestié.

NOTE BIBLIOGRAPHiaUE.

Durant l'épiscopat de Mgr de Breteuil parurent, entr'autres publications :

1* Ordonnances synodales du diocèse, publiées pour la première fois en 1711, rééditées vers 1763 et en 1770. — Montauban, petit in-12.

2* Heures et Pseautier, contenant l'office de l'Église à l'usage des Écoles chrétiennes; ensemble Les devoirs du chrétien envers Dieu. — Montauban, 1763, in-12.

3- Catéchisme pour le diocèse de Montauban. — Toulouse, J.-R. Robert, 1765, et autres éditions de Montauban.

4# Exercices lit 1er aires du Pensionnat des RR. PP. Cordeliers de Montauban, dédiés à Mgr Le Tonnelier de Breteuil. — Montauban, 1771.

5° Bègles et prières de la Congrégation de V Annonciation de Notre-Dame, établie dans la ville de Montauban. — Montauban, 1776.

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