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1? histoire m l'église de montauban.
6. Cette expulsion Tint bouleverser de nouveau le Collège de Montaubao. Un édit du roi, donné a Versailles au mois de février 1765, avait publié un règlement général sur l'organisa* tion des Collèges qui ne dépendaient pas des Universités. 11 constituait pour chaque établissement un bureau d'administration, composé de l'évoque, du premier officier de police, de l'officier chargé du ministère public, de deux officiers municipaux, de deux notables et du principal du Collège !. Ce règlement reçut son exécution dans notre ville, et le 9 mai 1763 le bureau fut ainsi constitué : Monseigneur, représenté par M. de Malarlic, prévôt du chapitre ; Géraud, lieutenant principal ; Garrigues, procureur du roi ; Dordé, premier consul ; Darassus, deuxième consul ; de Bernoy, père ; de Saint-Hubert, choisis comme notables, et Grelleau, secrétaire.
Attachant une grande importance à la prospérité de ce Collège, de Breteuil fit des démarches pour lui assurer la protection gouvernementale, et obtenir du roi la confirmation des privilèges antérieurs. 11 entretint à cet effet une correspondance à Paris avec M. Tabou reau-Desreaux. Après divers projets relatifs aux appointements et à la répartition des professeurs, révoque insistait auprès de celui qui devait l'appuyer dans sa demande de fonds. nécessaires à l'entretien. « Si l'utilité et même la nécessité d'un Collège à Montauban, écrivait-il, ont frappé le Parlement et la commission, on pourvoira sans doute aux moyens de le soutenir et de le mettre en état de mieux répondre aux vues proposées en proportion du bien qu'il peut répandre dans
1696 ; Franco, Jean,profôs à Toulouse, né à Montauban le 24 octobre 1688; Josselin, François, nu collège d'Audi, profès, né & Montauban le 27 novembre 1700; Marcie), Jean, profôs, à Culiors, ne A Montauban le 23 mars 1G98; Parriel, Jean-Baptiste, ne à Monlpezat-du-Quercy le 9 août 1698, à Toulouse, proies ; Pelaprad, Bertrand, profôs, à Rodez, né à Gramont, le l" Juillet 1693; Petit, Jean- Antoine, profôs au collège de Toulouse, né dans le diocèse de Montauban le 16 juin 1710; Dcsbans, Jacques, au collège d'Aubenas, né à Sérignac le 1 1 février 1709 ; Gaîral, Jean, né dans ce diocèse le 8 avril 1719, profôs, à Toulouse; GuilanJ, Jean, au collège do Bôziers, né à Beau mon t-do-Lomagne le 9 mars 1703.
• i Voir aux Archives départementales, fonds du Prôsidtal; recueil d'arrêts, 1762-1769, plto'e 5.
TROISIÈME PÉRIODE. — A.-F.-V. Dfi BRETBU1L (476SM794). *3
une ville d'à peu près 40,000 âmes. Les réparations qui se trouveront à faire pour mettre les lieux en état me gêneront bien pour compléter d'abord l'établissement, les fonds de mon Collège étant si justes, que pour peu qu'il en soit distrait, on perd la mesure1. » Ces démarches furent couronnées de succès. Le 19 avril 1765 le roi donna à Versailles les lettres-patentes portant confirmation du Collège de Montauban, qui, dès ce jour, fut appelé Collège royal. Il était enjoint par le règlement (art. 2) que c ledit collège sera composé d'un principal, d'un sous-principal et de deux professeurs de philosophie, d'un professeur de rhétorique et de cinq régents pour les 2e, 3e, 4e, 5e et 6e classes.» L'article 6e établissait le principe de la gratuité de l'enseignement. C'est sur ces bases que le Collège fonctionna jusqu'à la Révolution *. Témoin du zèle et de l'activité que déployait notre évoque pour reconstituer son Collège, l'archevêque de Toulouse le chargea (en 1764) de bénir la première pierre de son Séminaire, dans lequel les prêtres de Saint-Sulpice furent appelés à succéder aux Jésuites 3.
7. Avec non moins de sollicitude, le vigilant prélat s'occupait, depuis sa venue, de l'instruction chrétienne de l'enfance et de la jeunesse. Son premier soin fut de doler ses diocésains d'un Catéchisme. Dans l'Ordonnance, datée du 1er mars 1765
* Cf. cette Correspondance, au fonds du Collège, an. 1765 ; Archivée départementales. — -On a vu dans les biographies précédentes la fondation et le développement de ce Collège et de l'Académie. Le 23 octobre 1676 les jésuites avaient transporté leur établissement, primitivement fondé & l'angle des rues Cour-de-Toulouse et Fourchue, dans un local plus sain et plus confortable. Us acquirent pour le prix de 20,000 livres, somme fort élevée pour l'époque, le superbe bâtiment de Michel Colomb, qui sert présentement de Collège et d'école communale des jeunes filles. A cette époque dût être bâtie la chapelle, qui est aujourd'hui l'église paroissiale Saint-Joseph. Le 30 avril 1095, comme le Collège prospérait, le roi fit don aux jésuites de divers immeubles qui favorisèrent l'élargissement des bâtisses ; l'élection de Montauban donna une imposion annuelle de 300 livres pour la fondation d'un second cours de philosophie. C'est en cet état que se trouvait ce Collège, quand notre évoque eut à le réorganissr i nouveau.
' Pour plus amples détails et le complément de cet aperçu, voir la Notice historique èctite par M. Georges Bourbon.
* Histoire générale de l'Église de Toulouse, par l'abbé Salvan, t. IV, p. 4Ô8 On donna à cet établissement le nom de Calvet, qui en était le fondateur.
H HISTOIRE M L'fcUSI M MONTAUBAN.
et placée à la tête de ce livre, il dit : « Dès notre entrée dans le diocèse, nous avons été surpris qu'il n'y en eût aucun qui fût commun à tous les Pasteurs, et consacré par l'autorité épiscopale, pour réunir tous nos diocésains dans l'unité de la doctrine et dans le même langage de la foi. Chaque Curé choisit, selon son goût, parmi la multitude des Catéchismes, dont quelques-uns sont imparfaits, et d'autres au-dessus de la portée des gens de la campagne; quelque exacts qu'ils fussent d'ailleurs, ils nuisent par leur diversité, en divisant les mêmes Peuples dans la manière de s'exprimer sur les Mystères quj font l'objet de notre croyance, et sur les préceptes qui doivent former nos mœurs. Recevez donc, M. T. C. F., le Catéchisme que nous vous envoyons, comme le premier gage de notre sollicitude, et employez votre zèle à l'enseigner chacun à votre Peuple. » Après un exposé fort lucide et non moins pratique sur l'importance de l'étude de la religion et la méthode que les pasteurs doivent employer, Tévêque enjoignait, de l'avis du vénérable chapitre, d'avoir à enseigner dans tout le diocèse ce catéchisme à l'exclusion de tout autre, et de réunir à cette fin les paroissiens les jours de dimanches et de fêtes aux heures plus commodes. Bref, clair, substantiel, facile, telles sont les qualités de ce livre, qui devint le manuel des enfants et des grandes personnes. A la suite d'un Abrégé de la Doctrine renfermé en 20 pages, pour les plus jeunes, viennent huit chapitres divisés en un petit nombre de leçons, qui exposent et résument admirablement toute la science doctrinale nécessaire au chrétien. Au chapitre Ier, Dieu et les trois principaux Mystères; le IIe traite des quatre fins dernières ; au IIIe les Vertus et les Péchés ; le IVe est consacré aux Sacrements ; les Ve et YIe aux Commandements de Dieu et de l'Église ; dans le VIIe l'explication du Symbole ; enfin le dernier traite de la Prière, de la Grâce, de l'Écriture sainte et des Actions de la journée '.
* Petit in- 12, plusieurs fois imprime chez Footanel.
8. Si par la publication du Catéchisme l'évéque travaillait à l'instruction religieuse de ses fidèles, quelques mois après il secondait une œuvre qui, jusqu'à ces derniers temps, opéra le plus grand bien parmi les artisans de la ville épiscopale. Depuis le 20 mars 1 638 les Pères Jésuites dirigeaient une pieuse association, dans laquelle s'enrôlaient les hommes et les jeunes gens qui voulaient rester fidèles à leurs devoirs de chrétiens. Cette Congrégation, calquée sur celle que ces religieux établissaient dans leurs maisons pour grouper les élèves les plus pieux 4t les plus laborieux, était placée sous le vocable de l'Annonciation de la Sainte- Vierge et faisait ses offices dans une chapelle de ce nom, située sur la paroisse Saint-Jacques, à la rue des Soubirous-Bas. Les anciens directeurs ayant été chassés, l'évéque ne voulut pas laisser péricliter une œuvre aussi importante. Par ordonnance du 16 avril 1766 il confirme les Statuts et Règlements de cette Association, et se charge de fournir le prêtre préposé à la direction '. Toujours dévoué, nous le voyons vingt ans après publier un Mandement ' pour autoriser les confrères de cette Congrégation à exposer dans leur chapelle les reliques des saints martyrs Honeste, Emérite, Fauste et Colombe, qui, avec la permission du Souverain Pontife, avaient été prises dans le cimetière Cyriaque. Et c pour récompenser l'édifiante piété des Confrères » il leur donna ce même jour c partie des ossements des saints Victor, Victorien et Placide, qui, en Tannée 1693, furent vérifiés et reconnus avoir été pris du cimetière Calépide. » Cette association subsista jusqu'aux jours de la Révolution, avec la ferveur que Mgr de Bréteuil se plaisait à reconnaître. Reprise après le rétablissement du culte, elle tint ses réunions dans l'église cathédrale, et naguère au-dessus de la petite sacristie du chapitre on lisait cette inscription : Congrégation des Artisans.
* Cf. Règles et prières de la Congrégation de l'Association de Notre-Dame établie dans la ville de Montauban, in-12, imprimerie Fontanel, 1776,
* Affiche in -fol. de l'imprimerie Fontanel, Collection Forestié
9. La France trouvait, sans tarder, le châtiment de ses fautes. Indocile à la voix des Souverains Pontifes qui, notamment par la bulle Âposlolicum, lui faisaient pressentir des guerres et des fléaux, il fallut bien qu'elle ouvre les yeux quand une paix ruineuse porta un coup terrible au commerce. Montauban et le Bas- Quercy furent particulièrement atteints dans leurs manufactures d'étoffes par la perte du Canada. A Motssac, à Caussade, où Ton vivait de cette industrie comme dans la ville épiscopale, on se livra à la préparation des farines de minot. L'écoulement considérable qui se fit dans les colonies poussa a défricher les terres pour l'ensemencement du blé ; mais du coup on ruinait les pacages, les bois, les récoltes de fruits, et tout ce qui concourait au commerce des laines, des soieries, autres branches de fortune pour le pays. Ce n'était encore la que le commencement des calamités. En 1766, malgré l'énergie et la vigilance de l'intendant de Gourgues, des bandes de voleurs ravagèrent la province. L'hiver fut des plus rigoureux et la plupart des vignes périrent; des brouillards gâtèrent, au printemps, les récoltes en grains, et des ouragans furieux ravagèrent, en été, plusieurs paroisses des environs de Montauban. Toute la région était ainsi en souffrance, lorsque dans la dernière quinzaine de novembre des pluies extraordinaires tombées dans les montagnes de la Lozère, où le Tarn prend sa source, ûrent déborder cette rivière. En quelques heures la crue des eaux fut si violente, que le faubourg Sapiac se trouva tout submergé ainsi que la plaine de Pechboyer; les habitants eurent à peine le temps de se réfugier dans la ville. Sur la rive gauche, Villebourbon était aussi envahi, malgré l'élévation du sol; et depuis Gasseras jusqu'à Lagarde, à près de quatre kilomètres on ne voyait plus qu'un lac. Trois jours durant la population fut dans la consternation, et tandis que la baisse commençait à s'opérer le 21, un vent du sud ramena • subitement les eaux à leur première élévation. Le 24 seulement la rivière rentra dans son lit. Alors on put mesurer l'étendue du désastre : plus de 300
maisons s'étaient écroulées, un grand nombre d'autres durent être démolies d'urgence ou reconstruites en partie. Une rue entière, appelée de Gaussai, disparut avec le terrain. Récoltes, provisions, bestiaux étaient perdus. Les habitants sans asile, ayant enlevé les objets de première nécessité, remplissaient les salles des casernes, des couvents, de la Cour des Aides, les églises, le collège, l'hôtel-de-ville et l'évêché. A ces calamités vint se joindre la crainte de manquer de pain : dans beaucoup de fermes les farines avaient été emportées, les fours des quartiers ne pouvaient plus fonctionner, et les trois moulins des Albarèdes, de Sapiac et de Sapiacou étaient tellement avariés, qu'il était impossible d'en rétablir de suite le service. Grâce aux soins de l'intendant de Gourgues, que les habitants surnommèrent le Sauveur du peuple, et à la générosité de révoque, qui de ses deniers vêtit plus de huit cents malheureux, on para à ces pressantes nécessités en faisant réunir chez les Cordeliers les grains et minots qui restaient dans le pays, et en envoyant, au travers des flots et de mille périls, du pain et des vivres partout où l'on apprenait que le besoin se faisait sentir. A un moment on craignit même pour le pont qui relie les deux parties de la ville ; les ingénieurs le firent charger de fer, de plomb et de matières pesantes, et après la disparition du danger on commença les avant-becs en éperon qui ont augmenté considérablement sa force de résistance. Ce désastre coûta plusieurs millions, tant à Montauban qu'à Moissac '.
10. Presque en même temps s'ouvrait une ère de tribulation pour l'administration épiscopale. L'agitation qui se produisait dans l'atmosphère politique se faisait sentir dans les affaires ecclésiastiques, et les absences forcées de l'évêque, réclamé par les États de la province, contribuaient à fortifier l'opposition. Une des premières difficultés que certains ecclésiasti-
* Pour les détails complets consulter YButoire du Querti, les Éphémérides et le Livre gris (fol. 216-224). De nombreuses relations et quelques poèmes ont été écrits sur cette inondation; en voir la nomenclature aux Épïiéméridet, p. 229-230.
Toue II. VI. 2.
48 HISTOIRE DE Lf£6LISE DE MONTA 0 BAN.
ques se plurent à compliquer, fut l'achat d'une Offudalité.- De tout temps, à Montauban, comme dans tous les évêchés, il y avait eu une maison affectée à l'oflicial, dans laquelle étaient établis la salle du tribunal, le greffe, les prisons et les archives de la justice ecclésiastique. Tous les bâtiments diocésains ayant été détruits dans les guerres de religion, il ne resta de celui-ci que le terrain et des débris de masures, non loin de la porte du Moustier. Mgr de Bertier le trouvant trop éloigné de son palais et voulant s'en épargner la reconstruction, en inféoda le terrain, avec le consentement de son chapitre, le 5 mai 1670, sous la rente de 60 sols tournois et l'hommage d'une paire de gants épiscopaux, à fournir chaque année à l'évêque, en sa demeure, le jour de la fête de saint Martin l. Mgr de Breteuil reçut une dernière fois cette rente le II mars 1765*. Deux mois après (21 mai), au nom de l'évêque, le grand-vicaire, M. de Malartic, convoqua le bureau des décimes et proposa l'achat d'une maison voisine du palais épiscopal, pour y établir les dépendances nécessaires à un office qui gênait la maison du prélat, et pour laquelle il fallait louer des appartements à l'extérieur. Par lettres-patentes, datées de janvier 1766, le roi autorisa cette acquisition, qu'il reconnaissait nécessaire et dont il devait résulter t beaucoup d'avantages, tant pour la régularité et la décence de J'oflicialité, que pour la sûreté des titres du diocèse 3. » Le bureau du clergé fut autorisé à dépenser de € six a sept mille livres y compris les réparations, » et peu de temps après le diocèse possédait en face de Pévêché 4 un immeuble aux armes de l'évêque et du chapitre.
1 Acle passé par-devant Barlhe, notaire; Cf. aux Archives départementales. Cette pièce a été publiée dans les Mémoires du chanoine de La Tour, qui était opposant; édition Migne; t. Vil, col. 823-821, et col. 813-814. Voir ces violents et curieux écrits.
* Voir aux Archives départementales le fonds du notaire Morin qui retint cet acle. Cf. De La Tour, Mémoires, t. VII, col. 821-825, et aussi col. 814-815.
* Original en parchemin aux Archives de l'Évêché. Transcription en. est faite dans les Mémoires, t. cit., col. 826.
« C'est actuellement l'immeuble qui fait face & l'hôtel-de-ville et dans lequel sont établis les bureaux de la Place. Celle maison, avant d'être Offlcialité, appartenait au cuisinier de révoque, Mulot, qui y tenait une auberge.
• H. Gomme plusieurs ecclésiastiques s'étaient opposés à la construction de l'Officialité, prétendant que cet établissement était inutile, et surtout ne devait pas être entrepris aux dépens du clergé, bon nombre de chanoines se soulevèrent ou plutôt continuèrent, à cette époque, la lutte contre la réduction du chapitre. Nous avons précédemment exposé l'objet et les débuts de cette affaire ', qui ne manqua pas de donner. des soucis à Mgr de Breteuil comme à ses prédécesseurs. Reprenant les projets déjà émis en 1712, le conseil des chanoines tint au mois de mai 1765 plusieurs assemblées, dans lesquelles on rédigea un vaste plan de réduction des titres bénéficiaux. Le plus grand nombre des membres y souscrivit, et, sur l'autorisation royale, après une réunion tenue au mois d'avril 1766, les délégués et fondés de pouvoir furent autorisés à en poursuivre l'exécution. Plusieurs capitulants, parmi • lesquels trois dignitaires, firent opposition. Le doyen, M. de La Tour, rédigea de nombreux et longs Mémoires en faveur des opposants. Selon lui les raisons alléguées pour réduire le nombre des titres n'étaient que de vains prétextes. Ainsi, il n'acceptait pas qu'on démembrât un chapitre pour parer à la pénurie des prêtres dans les paroisses; qu'on augmentât le nombre des vicaires et leur congrue ; qu'on employât aux réparations de la cathédrale une partie des revenus économisés par la réduction ; qu'on se plaignît de la modicité des bénéfices et de la nécessité d'augmenter la plupart des revenus qui venaient de ce chef, afin que les titulaires pussent vivre décemment. Tout cela n'était cependant que trop juste, et c'étaient les motifs qui plaidaient en faveur de la réduction. D'interminables et dispendieux procès furent engagés ; le parlement de Toulouse intervint et répondit par un refus d'homologation des patentes royales et du plan. Malgré tout, on procéda à cette modification, nécessitée par les circonstances. Aussitôt quatre parties appelantes comme d'abus
* Dans la biographie de Mgr de Verlhamon, p. 64 et 65,
20 aisTorRE de l'église de montauban.
agissent de concert pour faire opposition : la ville, les deux bas-chœurs et le corps des chanoines de la mense Saint-Étienne. Chacun fait valoir ses droits et envoie ses dossiers. Le grand défenseur, le doyen de La Tour, leur met en main toutes les armes que lui fournit sa vaste érudition, et finit même par vouloir prouver que Mgr de Breteuil est opposé à cette mesure, t Le prélat, dit-il, qui fait les délices de son diocèse, ne s'est point expliqué, n'a pu ni dû s'expliquer pour l'union ; il s'est même déclaré très-peu porté pour elle. C'est compromettre son autorité que de la citer contre la vérité du fait et la décence de la place, pour entraîner des ecclésiastiques qui ont pour lui le plus grand respect. Il est certain et notoire, on en appelle aux plus échauffés réduisants, que Monseigneur l'évêque dit à tout son Chapitre assemblé chez lui. qu'il n'entrait dans cette affaire que pour faire plaisir , quelle n'était point de son goût, et quelle était contraire à ses intérêts. On sait trop combien Mgr de Breteuil est plein d'honneur et de droiture pour en douter un moment '. »
12. Cette argumentation, qui ne prouvait rien parce qu'elle prouvait trop, ne fut pas écoutée. Alors furent lancés un Mémoire imprimé et un Cas de conscience, dont le texte n'a pas été conservé. Comme le chapitre s'y trouva outragé, il fut pris une série de délibérations par lesquelles les agresseurs étaient privés temporairement de la présence aux assemblées capitulaires, et devaient recevoir un blâme public. Avec sa mansuétude ordinaire, l'évêque intervint et obtint que ces mesures ne seraient pas mises à exécution, et même que les délibérations ne seraient pas couchées sur les registres *. Peu touchés de ces égards et de pareils actes de générosité, il se trouva encore des
* Mémoires, t. VII, col. 525. Voir ces longs écrits.
* Le chanoine de La Tour, qui sentait la nécessité de 8e disculper, et ne laissait passer aucune occasion pour flageller les réduisants, a publié in-eœtenso ces délibérations qui devaient être comme non avenues. Mémoires t. VII, col. 835-84. Cf. sur cette affaire le Traité de la justice correctionnelle, col. 703-722.
ecclésiastiques qui soulevèrent un nouveau sujet d'ennuis. Depuis huit ans l'évêque étant en possession de l'évêché avec toutes ses appartanances, le roi conservait néanmoins les droits de régale sur les titres et bénéfices qui venaient à vaquer. On en fit un crime au prélat, alors cependant que ses intérêts se trouvaient lésés, aussi bien que ceux des patrons et des bénéficiera. A coups de Mémoires le chanoine batailleur réclamait la fermeture du droit abusif; et forcé de reconnaître que la chose n'était pas absolument au pouvoir de l'évéque, il s'attaqua au parlement de Toulouse, dont il voulut démontrer la compétence en pareille matière !.
15. A cette époque et depuis longues années déjà la religion n'était pas moins inquiétée dans sa doctrine que notre évêque au sujet de son administration. Une multitude d'ouvrages irréligieux faisaient irruption de toute part pour propager l'incrédulité que. les philosophes affectaient de professer. Sur les réclamations de l'Assemblée générale du clergé, le roi autorisa les poursuites contre ces livres et la diffusion d'un Avertissement sur les dangers de t Incrédulité. Cette œuvre collective des plus grands évêques de France et des ecclésiastiques le plus en lumière, fut adressée à chaque diocèse (10 août 1770). Les évéques étaient chargés de la faire connaître telle que a leurs diocésains, ou de publier un Mandement basé sur les principes qui étaient énoncés et démontrés dans ce savant écrit. Mgr de Breteuil envoya le texte même de Y Avertissement à chacune de ses paroisses et l'accompagna d'une Lettre datée du château de La Bastide, le 18 septembre 1770 '. L'Église, écrivait notre évéque, doit toujours vivre au milieu des combats et des persécutions. Plus que jamais elle se trouve aux prises avec ses tyrans, et la foi des fidèles est exposée. 11 lui faut donc des
* Autres écrits du môme auteur sur la Clôture de la Mgale> et la compétence du Parlement, Mémoires, t. VII, col. 721-750.
* Grand in-1* de 4 pages, de la collection Fores tic.
2* histoire m l'église de xoktacbax.
défenseurs pour fortifier les faibles. C'est le corps respectable du Clergé de France qui se lève tout entier € pour prémunir contre les dangers qui nous environnent et resserrer le double lien qui nous attache à la Religion et à la Patrie. Recevez donc cet Avertissement comme venant de la portion la plus précieuse de l'Église, notre tendre mère ; lisez-le, nous vous en conjurons, avec un véritable esprit de soumission, et un désir sincère de vous instruire et de vous fortifier. > Cinq ans après, avec le même empressement et le même désir d'être utile à ses ouailles. notre pasteur adressait le nouvel écrit de l'Assemblée Sur les avantages de la Religion chrétienne et les effets pernicieux de l'Incrédulité ' .
14. Un écrit d'un autre genre était répandu clandestinement dans le diocèse et au dehors, sur les derniers mois de * l'année 1772 ; c'était un libelle diffamatoire contre notre digne prélat. Cet écrit anonyme, d'une extrême violence, était si révoltant, que le clergé indigné se leva spontanément pour le flétrir par une vigoureuse réponse, et venger avec la réputation de son évéque l'honneur du diocèse. Le 19 novembre, à l'issue de la grand'messe, le chapitre est convoqué en assemblée extraordinaire. M. le prévôt expose à ses confrères le but de la réunion. Il leur dit : « qu'ayant été témoin de leur sensibilité sur le libelle anonyme qui avoit été répandu contre Monseigneur PEvêque, il s'étoit occupé avec eux d'en arrêter l'effet par une réclamation propre à détruire les horreurs qu'il contient, en rendant hommage à la vérité par l'effusion des sentiments d'amour et de vénération que les vertus de Mgr de Breteuil leur ont inspirés depuis son élévation à l'épiscopat : que dans le temps qu'il cherchoit a remplir les intentions de ces Messieurs, il avoit été instruit que MM, les Curés du diocèse, pénétrés de la même affliction que le Chapitre, s'occupoient aussi à consigner dans une réclamation publique, leur indignation contre cet ouvrage
< Imprimé par Fontanel, en 1770, in-8° de 98 pages.
de ténèbres : que le Chapitre se trouvant ainsi uni d'esprit et de sentiment avec le Corps respectable de MM. les Curés, il lui avoit paru plus convenable, selon le conseil de l'Apôtre, de n'avoir qu'un seul et même langage avec eux, et de ne faire qu'une seule et même réclamation..., qu'en conséquence il étoit convenu avec M. le syndic du Clergé d'un Mémoire propre à faire impression par la persuasive simplicité de son style, et par la vérité frappante des faits; qu'il le présentoit au Chapitre avec confiance, étant assuré que tant MM. les Chanoines que MM. les Curés y retrouveroient les mêmes sentimens dont ils sont pénétrés pour Mgr l'Évêque, et y reconnaitroient aussi ce Prélat tel qu'il s'est montré depuis son arrivée à Montauban. » On lira à la fin de cette biographie le texte même de ce magnifique panégyrique, qui fut acclamé dans la réunion capitulaire. Il suffit de rapporter à cette place la partie qui en expose le motif et flagelle l'écrit et son ténébreux auteur.
15. c Occupés depuis dix ans à goûter le bonheur d'avoir à notre tête M. de Breteuil, et à jouir de la satisfaction de voir nos vœux et nos sentimens pour lui justifiés par ceux du public, pourquoi faut-il qu'un libelle anonyme, répandu contre ce digne Prélat, vienne flétrir aujourd'hui nos cœurs, et les plonger dans l'amertume ?
c-Si cet écrit infâme, que personne ne veut avoir lu, parce qu'à tous égards il est indigne de l'être, n'eût été mis au jour que pour notre diocèse ou ses environs, peu alarmés du venin qu'il renferme, et de l'impression qu'il peut faire, nous laisserions avec confiance à la voix publique de justifier notre évêque, et nous nous bornerions à gémir devant le Seigneur de l'outrage fait à son Église dans la personne d'un de ses premiers Pasteurs; mais instruits qu'il n'est parvenu dans notre con-. trée qu'après avoir été envoyé dans presque toutes les villes du royaume, et aux personnes dont l'estime doit le plus flatter par leur influence et leur place, nous croyons qu'il ne nous est pas permis de rester dans le silence.
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c C'est, au reste, moins la justification de notre Prélat que nous entreprenons, qu'un hommage sincère que nous allons rendre à ses vertus. Ainsi nous ne suivrons point l'auteur dans les détails qu'il n'a pas eu honte de se permettre : il nous en coûteroit trop de tenir nos yeux fixés sur de pareilles horreurs, et la sainteté de notre ministère en seroit alarmée. It nous suffira, pour le confondre, de suivre M. de Breteuil depuis son élévation au siège de Montauban. jusqu'à ce jour. Heureux si dans le portrait que nous en tracerons nous savons le faire retrouver à ceux qui le connoissent ! plus heureux eneore, si ceux qui ne le connoissent pas y distinguent les traits du sentiment qui nous guide, et de la vérité qui nous inspire ! > Ce portrait, fait de main de maître et surtout avec un accent de sincérité qui touche et persuade, est accompagné de cette conclusion : 4 Que ce calomniateur obscur ressente donc aujourd'hui cette double confusion qui nait et du mal qu'il a voulu faire et du peu d'impression qu'il a fait. S'il est encore capable de quelque sentiment, nous le citons au tribunal de la pudeur, qu'il a si indignement offensée; au tribunal de la vérité, qu'il a encore plus honteusement violée ; au tribunal de l'ordre public, qu'il a si témérairement attaqué; au tribunal de la religion, qu'il a si sensiblement affligée ; ou plutôt, si la voix de sa conscience se fait encore entendre à son cœur, nous le conjurons de laisser couler de ses yeux les larmes amères que le repentir y fera naître à la vue du scandale qu'il vient de donner à l'Église do Jésus-Christ. Daigne le Seigneur le lui pardonner, et accueillir la demande que nous lui en faisons de concert! Contens d'avoir défendu contre ses efforts et manifesté la justice des sentimens que tout le Clergé réuni du diocèse de Montauban a voués à M. de Breteuil, nous oublierons l'amertume dont son libelle nous a comblés, si nous réussissons à graver dans son cœur et dans celui de tous ceux qui nous liront, ces marques authentiques de respect, d'amour et de vénération. Nous les signons tous avec d'autant plus de confiance et d'em-
pressement, que la voix du peuple, de tout ce qu'il y a de citoyens honnêtes, de Protestans même, nous y invite, partageant nos hommages, et dans cette circonstance notre sensibilité. > Tout le clergé signa avec enthousiasme cette magnifique protestation ; le chapitre en transcrivit une copie dans ses registres, c comme un monument de son zèle pour la .vérité et de son attachement respectueux à Mgr de Breteuil. > De son côté, le corps des hebdomadiers et des prébendiers des deux menses joignit une délibération qui applaudissait à la réclamation générale, protestait de sa vénération pour le prélat injustement et odieusement attaqué, et couvrait de son mépris « la voix solitaire, obscure' et séditieuse, qui a eu l'audace de s'élever contre Poingt du Seigneur. » Tous ces documents furent livrés à l'impression pour que le public pût s'édifier : et le chapitre en adressa un exemplaire a chacun des cardinaux, archevêques et évoques du royaume f .
16. De Breteuil ne se lassait pas de rendre le bien pour le mal. Tandis, en effet, q«e ses ennemis déchiraient ainsi et son honneur et son cœur, lui se dépensait pour les besoins temporels et spirituels du diocèse. Soit dans l'assemblée générale du clergé, où il fut envoyé par la province ecclésiastique de Toulouse, soit aux États du Languedoc, où il parla plusieurs fois avec tant de justesse et d'éloquence qu'il fut chargé de présenter le cahier au Roi, il se dévoua aux intérêts de ses diocésains et de ses prêtres. Il s'assure des ressources pour ériger en cure la paroisse de Villenouvelle, qui comptait plus
« Celte Réclamation générale du clergé du diocèse de Montauban, grand in-4* de 16 pages, fut imprimée à Mon tau ban chez Fou tan oi, en 1772. On en trouve plusieurs exemplaires, tandis que le libelle est introuvable, alors cependant qu'il avait été répandu à profusion. Le chanoine de la Tour, que quelques-uns soupçonnaient faussement être l'auteur de cet écrit anonyme, signa la Réclamation, que du reste on trouve publiée in-extenso dans la collection de ses Mémoires, cf. t. VII, col. 841-850. Nous croyons que les écrivains qui font peser cette accusation sur ce doyen, ont fait une confusion. Le chapitre poursuivit Yanonyme qui écrivit le Cas de conscience dont nous parlons au f 10; mais cet anonyme se fil plus tard connaître par la note qu'il inséra en tôle de son Traité de la juridiction correctionnelle. Il dit : « l'auleur (le doyen du chapitre) etc.. >
de 10,000 âmes, et n'était encore qu'une annexe de Saint- Jacques; il fait doter celle de Villebourbon, la plus indigente de la ville ; il fournit par lui-même à l'entretien des élèves de l'Université de Toulouse, qui se destinaient k la vocation ecclésiastique, et leur facilite les moyens de s'abriter, pendant le temps de leurs études, dans le séminaire de cette ville, dont il avait posé la première pierre. Par ses soins et ses générosités, les Pères Cordeliers Tondent un grand pensionnat sur le plan de celui de Sorèze ; le grand séminaire est restauré et finit par réunir les sujets nécessaires au recrutement du sacerdoce. Pour aider à l'extension du commerce, à la facilité des communications et au bien-être de chacun, il détermine l'Assemblée provinciale * à faire le percement de trois grandes routes c que la province pourroit citer parmi celles qui honorent le plus ses entreprises. » A son zèle encore, la cité épiscopale dut l'établissement d'une manufacture destinée à donner du travail aux pauvres et à arracher, à la misère et a l'oisiveté des enfants qui, croupissant dans le vice, seraient fatalement devenus dangereux pour le pays. Malgré ce dévouement, les consuls et échevins de Montauban se montraient peu tolérants à son endroit, et le dénonçaient même au roi lorsque, par hasard, il manquait à quelque point des coutumes ou du cérémonial, au sujet des visites, des processions, des préséances, etc *. Mesquines taquineries qui ne laissaient pas d'inquiéter un évêque aux idées élevées et à l'âme grande.
4 On sait que le roi établit, pour veiller à l'intérieur du royaume, des administrations provinciales. Villefranche fut le siège de celle de la Haute-Guyenne; on s'y occupait do la répartition des impôts et de leur levée, des confections des grands chemins et des ateliers de charité. Celte administration se composait de dix membres du clergé, de seize gentilshommes propriétaires et de vingt-six membres du Tiers-État. Parmi les membres du clergé étaient les évoques de Montauban, de Rodez, de Vabres, de Cahors et six ecclésiastiques bénéficiera. Ceux des propriétaires de notre département qui furent nommés, à l'époque de l'érection de cette assemblée, étaient le comte de Durfort, le comte de Lastic-Saint-Jal, le marquis de Lavalette-Parisol, le baron de Cieurar, le baron de la Guépie, le comte de Vezins, et le sieur Castanet, seigneur de Gambairac.
* On peut voir une série de rapports au sujet des réceptions officielles et dos plaintes des consuls, dans le Livre gri$, fol, 122, 231, etc.
17. Il était occupé, dans les États, des intérêts de. la province, lorsque le 10 mai 1774 survint la mort de l'insouciant Louis XV. En son absence les vicaires-généraux publièrent un Mandement qui ordonnait, dans tout le diocèse, un service solennel pour le repos de l'âme du feu roi. Sur l'invitation officielle faite par la cour, la municipalité de Montauban le fit célébrer le dernier de mai dans l'église paroissiale Saint- Jacques. L'architecte de la ville fut chargé de faire dresser un gigantesque catafalque et de diriger l'ornementation intérieure et extérieure de l'église. Les décorations furent vraiment somptueuses et dignes d'un roi 4. Le prévôt grand-vicaire, l'abbé de Malartic, chanta la messe et donna l'absoute. Un chœur de chanteurs, d'artistes et d'amateurs de la ville exécuta la messe de Gilles, alors en vogue, et reconnue pour la plus brillante et la plus difficile do l'époque. Pour rehausser la pompe et faire œuvre de charité, les consuls avaient voulu que le monument funèbre fût entouré de soixante-dix pauvres de l'hôpital, habillés pour la circonstance aux frais de la communauté. De plus, les mendiants furent convoqués dans la cour de l'hôtel-de-ville, et chacun reçut 6 sols d'aumône.
Après la cérémonie de deuil, les fêtes de l'avènement de cet infortuné Louis XVI, qui, innocent des hontes de son aïeul, aussi bien que des misères publiques, allait cependant devenir la victime d'expiation. Le 2 juillet toute la région était dans la joie, et les municipalités unies au clergé célébraient par des réjouissances publiques et des Te Deum le sacre du nouveau roi. c L'évéque illumina magnifiquement son palais épiscopal, dont la façade du côté de la rivière répondait aux illuminations superbes que les particuliers de Villebourbon avaient artistement placées sur les balcons et façades du Côté opposé *. >
18. De splendides réceptions furent faites, le 16 avril 1776,
< Eo voir la longue description aux archives municipales, Livre rouge neuf, fol. 21 et suivants.
* Extrait du procès- verbal inséré dans le Livre rouge neuf, fol. 44.
2$ HISTOIRE DE l/ ÉGLISE DE MONTA UBAN.
au duc de Chartres, frère du roi, lorsqu'il traversa le diocèse pour aller visiter les ports de l'Océan et de la Méditerranée. Dans la ville épiscopale il reçut les honneurs princiers, et, conduit au palais de révoque sous le dais porté par les officiers municipaux, il admit à le haranguer la cour des Aides, le chapitre cathédral et l'Académie '. Un mois après (18 mai), le maréchal duc de Mouchy, gouverneur général de la Guyenne, faisait son entrée dans Montauban et descendait à l'évêché. € M. l'Evêque, dit la relation, attendoit Mgr le Maréchal sur 1* porte de son palais, et lui donna la main jusqu'au salon de compagnie. > Le lendemain il se rendit à pied à la cathédrale, où le doyen du chapitre le reçut à la porte, et après l'y avoir harangué le conduisit au prie-Dieu pour entendre la messe *. Vers ce même temps notre ville et les principales localités du diocèse reçurent avec moins d'éclat un visiteur dont le souvenir sera plus impérissable que celui du passage de ces puissants du siècle. C'était le pauvre mendiant d'Àmettes, le bienheureux Joseph Labre. Il accomplissait alors ses pèlerinages aux principaux sanctuaires de France. A cette date (1776) le grand jubilé était ouvert, Labre avait hâte dç regagner l'Italie pour bénéficier des indulgences des Lieux-Saints. Chez nous, comme à travers tous les pays que parcourut cet illustre pèlerin, les populations étaient avides de le voir, et sa mémoire s'est conservée sous forme d'anecdotes, que nos ancêtres redisaient encore en ces dernières années. Quand survint sa mort, le 16 avril 1783, on se hâta d'en instruire nos contrées. Des brochures renfermant la vie vraiement extraordinaire de ce saint furent répandues a profusion, et bien des familles gardent encore, soit des gravures, soit ces relations qui leur rappelaient celui qu'elles avaient pu voir et admirer 3. Tandis que ce saint personnage allait à Rome,
1 En voir la relation au Livre rouge neuf, fol. 45.
i Voir encore le procès- verbal de réception, Livre rouge neuf% fol 50-51 .
* L'imprimeur de l'évôchô publia une petite brochure rie propagande, intitulée : Relation trèi intérêt sa nie concernant le serviteur de Dieu Benoit Joseph Labre, in-t8, de 48 pages.
le 23 juillet notre évéque promulguait la bulle jubilaire publiée par le pape Pie VI, et l'accompagnait d'un Mandement daté du château de La Bastide 4.
19. Toujours soucieux de mettre dans l'administration diocésaine des hommes à la hauteur de ces Tondions, de Breteuil avait les yeux sur un jeune ecclésiastique qui, natif de Montauban, en était sorti pour aller suivre les cours de la Sorbonne et y recevoir le bonnet de docteur. C'était Charles-Jean- Henry de la Loge, ordonné prêtre dans la vieille église de Saint-Jean des Vignes de Soissons, le 20 septembre 1777. M. de Bourdeilles, évéque de ce diocèse, qui avait su distinguer le mérite et apprécier les brillantes qualités du nouveau prêtre, voulut se rattacher et lui offrit un bénéfice considérable ; mais la divine Providence, qui le destinait à rendre dans la suite au diocèse de Soissons de précieux services, ne voulut pas qu'il acceptât alors les offres qui lui furent faites. A peine le sut-il promu à la prêtrise, que M. de Breteuil « se" hâta de lui envoyer des lettres de grand- vicaire et de l'appeler dans son palais. M. l'abbé de la Loge se rendit à Montauban, encore tout plein du zèle et de la charité sacerdotale que l'ordination avait allumés dans son cœur. Rien de plus parfait que les dispositions, rien de plus ecclésiastique que les vues ave« lesquelles il commença, dans un âge si peu avancé, l'exercice des fonctions qui venaient de lui être confiées. Son évéque devint bientôt son ami le plus intime, il en reçut les marques les moins équivoques d'une confiance et d'un attachement qui ne pouvaient être portés plus loin. Il fut chargé de toute sa correspondance particulière, et le seconda puissamment pendant plus de dix ans, dans tout ce qu'en habile administrateur il entreprit pour le bien de son diocèse. > Plein de confiance en lui, l'évêque voulait qu'à la ville et dans sa propriété de Bretolio, à Verlhac-Saint-Jean, il fit les honneurs de sa maison. Bientôt
Bulle, Mandement et prières pour le Jubilé, de l'imprimorie Fontanel, in- 12 de 48 pages.
le jeune grand-vicaire fut en rapport avec les personnages et les familles les plus distinguées du diocèse. « Sa science profonde et la régularité de ses mœurs le mirent à même de rendre d'utiles services à la religion. Il eut aussi le bonheur de faire sentir l'influence de son ministère à plusieurs protestants. Les discours aussi touchants que solides qu'il leur adressa pour dissiper leurs doutes, éclairer leurs ténèbres, furent quel* quefois couronnés d'un plein succès. » Entr'autres c il s'occupait de la conversion d'un riche et célèbre protestant, qui habitait une paroisse peu éloignée de Montauban. Un des ministres de cette ville voulut traverser les efforts de son zèle et empocher le retour à la foi catholique d'un homme dont l'exemple et le crédit pouvaient en entraîner un grand nombre d'autres. Il se présente donc au château de son co-religionnaire un jour que M. de La Loge s'y trouvait conversant avec lui. A peine est-il introduit, qu'il engage la dispute sur un article de notre foi, et soutient que dans l'Église romaine on ne découvrait plus la sainteté promise par Jésus-Christ à son épouse. » Le grànd-vicaire détruisit un à un et pulvérisa les arguments de l'adversaire. Il montra si évidemment la fausseté des raisons alléguées, que celui-ci s'avoua vaincu et s'écria: « Victoire au docteur catholique !... si je n'étais ministre, et ministre d'une grande ville je prêcherais contre la Réforme '. » Cet aide puissant que sut s'adjoindre notre évêque le seconda jusqu'aux jours où la Révolution vint les séparer; nous les retrouverons ensemble sur la fin de notre récit.
20. L'un et l'autre étaient attentifs aux nécessités des fidèles. Une série d'années calamiteuses venait encore de visiter notre pays ; justes châtiments par lesquels Dieu voulait faire expier les désordres et préparer à la catastrophe de 1790. Lorsque le carême de Tan 1778 arriva, il fallut alléger les pénitences en réduisant les jours d'abstinence aux lundis, mercredis, vendre-
< Analyse de la Notice citée à la seconde note de cette biographie, p. 2,
dis et samedis Dahs le Mandement qui fut publié le 2 mars, Pévêque expliquait les raisons et donnait les avis utiles en pareilles circonstances : « L'Église, disait-il, toujours attentive à ménager à ses enfants des moyens de salut, avoit consacré à la pénitence les quarante jours qui précèdent la Pâque. Le jeûne, l'abstinence de la chair, la pratique des bonnes œuvres étoient une* préparation a la Communion pascale, et avec quelle ardeur, quel zèle n'observoient-ils pas ces œuvres de miséricorde? Mais si à mesure que la foi des peuples s'est refroidie, l'Église s'est relâchée de sa rigueur, ne devons-nous pas, M. T. G. F., nous prêter aux circonstances, et adoucir une loi sage et utile, à la vérité, mais qui est devenue pour ainsi dire onéreuse et comme impraticable aux gens de la campagne et à la plus grande partie des habitans des villes? Hélas ! vous le savez, M. T. C. F., le bras du Seigneur s'est levé sur nous, il nous a fait sentir les terribles effets de sa trop juste colère, en punition de nos crimes et de nos infidélités. Le ciel, devenu d'airain, a cessé de répandre ses douces influences sur la terre ; la terre ingrate a frustré l'espoir du laboureur ; des années de stérilité ont répandu la consternation dans plusieurs provinces du royaume. Les denrées de première nécessité sont montées à un prix exorbitant, et le pauvre, manquant de tout, même de travail, par l'impuissance des propriétaires, privés de leur récolte, seroit réduit à la plus affreuse misère, .si la charité des fidèles ne lui offroit encore une ressource dans ses malheurs. Déjà par les soins et le zèle infatigable des personnes les plus qualifiées de notre ville épiscopale, et dans plusieurs autres endroits de notre Diocèse, se sont élevés des bureaux de charité, où l'indigent trouve un adoucissement à sa triste situation. Qu'il est consolant pour nous de voir ces citoyens distingués, et vraiment patriotes, s'empressera l'envi de tendre une main secourable au malheureux, verser dans le sein des familles souffrantes les aumônes qui leur sont confiées, et arracher au danger du désespoir, par ces secours sagement dispensés, des
victimes infortunées prêtes à succomber! Mais ces secours, quoique ab on dan s, seroient peut-être encore insuffisans, si nous ne facilitions au pauvre les moyens de diminuer les frais de sa nourriture journalière.
c L'abstinence de la viande, vu la rareté et la cherté des légumes et des autres alimens maigres, seroit pour plusieurs une occasion d'enfreindre le précepte qui leur en interdit Pusage pendant le Carême, si, touché de leur état, et n'écoutant que la voix plaintive de l'humanité, nous ne les dispensions quelquefois d'une loi qu'ils ne pourroient observer peut-être malgré eux.
c À ces causes, nous permettons a tous les Fidèles de notre Diocèse, de quelque état et condition qu'ils soient, de faire gras le dimanche, le mardi et le jeudi de chaque semaine du Carême, à l'exception de la Semaine sainte, sans toutefois les dispenser du jeûne et de la collation, moyennant une aumône que chaque particulier fera dans notre ville épiscopale à la miséricorde, selon ses facultés et au poids de sa conscience, et dans les autres villes ou villages de notre Diocèse à ceux qui sont dans l'usage de soigner les pauvres, ou au bureau de charité, s'il y en a ; laissant à la prudence et à la discrétion de MM. les Curés d'étendre cette permission pour la classe la plus indigente de leurs paroisses, en lui permettant l'usage de la graisse pour tous les jours indistinctement. Exhortons en outre MM. les Curés de profiter de cette circonstance pour représenter k leurs paroissiens que leurs péchés sont la cause de la misère qui les accable, que le seul et véritable moyen d'apaiser le Seigneur, et ramener la fertilité de nos campagnes, c'est de se convertir à lui, et d'envisager leurs peines en esprit de pénitence, afin d'attirer sur eux les effets de sa miséricorde. Et sera notre présent Mandement lu, publié et affiché partout où besoin sera *. >
2 1 . Quelques semaines après cet allégement accordé dans les
* Reproduit d'après lo Journal de Montauban, du 10 mars 1778. Collection Forestié.
pénitences de carême, la municipalité da Montauban écrivit officiellement à l'évêque, pour qu'il voulût bien autoriser le travail à certains jours de fêtes, vu l'état de misère auquel était réduite la classe ouvrière. En l'absence du prélat, retenu aux États siégeant à Montpellier, les vicaires-généraux répondirent, le 15 avril, par le Mandement suivant : c Sur ce qui a été représenté par M" le Maire et Echevins de Montauban, que les ouvriers pussent gagner chaque jour de quoi subsister, et qu'à cet effet il nous plût leur permettre de travailler les deux dernières fêtes de Pâque et le jour de Saint-Théodard, Nous, voulant entrer dans leurs vues charitables, leur accordons l'objet de leur demande, et permettons indistinctement à tous les ouvriers le travail manuel pour les jours ci-dessus mentionnés, sans toutefois les dispenser de l'obligation d'entendre la sainte messe. Donné à Montauban, etc1... »
22. Comme le ciel se montrait toujours inclément et irrité, à la date du 26 août de cette même année 1778 l'évêque . adressa à son peuple un Mandement prescrivant des prières pour obtenir la pluie. Dans ces pages pleines de piété, il disait : t Rappelez, M. T. C. F., ces jours de stérilité et de famine, marqués dans l'Ecriture, où le Ciel, devenu d'airain, refusoit à la terre les douces rosées qui la désaltèrent et les pluies qui la fertilisent. > Après avoir décrit les malheurs qui fondaient alors sur le peuple d'Israël, et la prière d'Élie exaucée par le Très-Haut, le prélat continue : t La campagne est affligée d'uno sécheresse qui fait craindre pour la santé, les troupeaux et les fruits qui sont encore a cueillir. Les Prêtres saints doivent demander dans le sanctuaire, dans le vrai Temple du Seigneur, qu'il veuille la faire cesser. Venez donc, M. T. C, F., venez vous joindre à nous ; le Dieu que nous servons fait lui seul des choses dignes d'admiration. Il n'est point, comme l'homme, fait de chair et de sang : c'est un esprit vivifiant, plein de douceur,
* Cf. aux archives communales, livre rouge neuf, fol, 68. To»E II. VI.
de bonté et de clémence, qui soulage le misérable et console l'affligé ; pourvu que le misérable et l'affligé n'abusent point de ses grâces, et reviennent à lui sincèrement.
« A ces causes, nous ordonnons qu'on fera l'Oraison de Quarante-heures dans notre Église Cathédrale, et dans les paroisses de cette ville, demain jeudi, vendredi et samedi; dans les autres églises, tant des religieux que des religieuses et autres, les trois jours suivants ; et dans les autres villes ou villages le lendemain de la réception de notre présent Mandement. Voulons de plus que ladite Oraison soit précédée d'une Procession générale, à laquelle assisteront toutes les Communautés des Religieux qui ont accoutumé de s'y trouver, pendant laquelle on dira les Litanies des Saints... Nous enjoignons a tous les Prêtres de dire pendant quinze jours à la messe la collecte ad petendam pluviam*. »
23. Un mois après (19 septembre) paraissait un nouveau Mandement. Sur l'avis officiel adressé par le roi, pour demander des prières en faveur de la reine qui allait devenir mère, l'évêque écrivait : t Les vœux de la Nation commencent à être exaucés ; elle peut se livrer à l'espoir de voir bientôt des rejetons d'un Prince et d'une Princesse qu'olle adore.
t Hâtons-nous donc de prier Celui qui dans le sein de sa sagesse prépare le monde entier, selon l'expression d'un Prophète, cet Etre puissant, ce principe fécond de toutes choses, afin qu'il conduise heureusement a son terme ce sujet de nos espérances. Nous observons avec une douce satisfaction que les princes les plus vivement désirés ont été d'ordinaire les plus accomplis, et ceux qui ont ambitionné avec le plus d'ardeur le bonheur de leurs sujets:.. Il suffira de vous rappeler Louis-le- Grand, désiré pendant vingt-trois années, et dont le règne sera toujours la plus brillante époque de la monarchie.
€ Mais n'oubliez pas, M. T. C. F., que les bons rois, les rois
* Extrait de l'imprimé publié dans le Journal de Mmtauhan, ci-avant signalé.
justes, les rois bienfaisants sont la récompense des peuples fidèles, des peuples qui craignent le Seigneur ; qu'au contraire, Dieu dans sa colère, donne les mauvais princes, pour punir l'oubli et l'infidélité des Nations. Ainsi, s'il fait monter sur le trône les David et les Josaphat, il permet aussi que les Achas et les Jézabel prennent les rênes du gouvernement disraël.
« Méritons, par une observation plus exacte de la Loi saiute, par des mœurs plus pures, par une conduite plus chrétienne, que le Giél s'intéresse à notre sort, et qu'il lui plaise de nous donner un prince digne du sang de S. Louis et de son auguste père, digne des vertus d'une princesse qui doit nous devenir tous les jours et plus chère et plus intéressante.
t Puissions-nous nous écrier dans un vif transport de joie : Un enfant nous est né ! Puer natus est nobis ! et cet enfant est un prince destiné à faire le bonheur de son peuple : Et Filius dalus est nobis ; fiât! fiai !
c A chaque messe tou3 les prêtres diront, jusqu'à ce que la reine soit accouchée, les Collecte, Secrète et Post-communion pro mulier egravida, y insérant : Maria- Antonia-Josepha-Joanna Regina nostra ; les fidèles sont exhortés à prier et à faire des aumônes à cette fin l. » Le 19 décembre le roi annonçait la naissance d'une fille, et, demandant un Te Deum d'actions de grâce, qui fut prescrit par Mandement des vicaires-généraux, il recommandait de prier pour obtenir du ciel un Dauphin *.
24. Depuis longues années le vent soufflait à la réforme liturgique. Nous avons eu déjà l'occasion d'en parler précédemment 8. L'idée faisait sourdement son chemin, et tandis que sous l'épiscopat de Mgr Verthamon on tenta vainement d'imposer la nouvelle liturgie imprimée à Toulouse, le 5 septembre 1766 le chapitre cathédral proposait maintenant de donner un nouveau
* Texte dans le Journal de Monlauban.
> Voir le Journal ci-dessus, n* du 13 juin 1779. 1 Cf. biographie précédente de Michel de Verthamon, p, 63, 64,
36 HISTOIRE DE LvÉGLISfi DE MONTA URAX.
Bréviaire. Ennemi des changements en quelque matière ecclésiastique que ce fût, et surtout ultramontain jusqu'aux ongles, le chanoine de La Tour entreprit une campagne aussi vigoureuse contre ce projet que celle par lui menée contre la réduction du chapitre. Avec sa verve et sa science incontestable, ce formidable adversaire écrivit plusieurs volumes de Mémoires, montrant le danger de ces nouvelles liturgies, l'inutilité pour le diocèse, l'impossibilité au point de vue des frais, les altérations déplorables, l'incompétence des chapitres, le ridicule de telles légendes, de telles hymnes, etc {. Néanmoins le 24 février 1779 parut le Mandement épiscopal qui ordonnait c dans toutes les églises du diocèse l'usage du nouveau Bréviaire et du nouveau Missel de Montauban, ainsi que du Graduel et du Vespéral. » L'évêque data cet important écrit de Paris, où il était retenu par les affaires de l'évêché. Il y exalte tout d'abord l'importance du culte et la nécessité de perfectionner les prières liturgiques pour les rendre de plus en plus dignes de la sainteté de la religion et de la majesté de Dieu ; puis il ajoute : « Nous en avons été pénétré dès le premier moment que la divine Providence nous a appelé au gouvernement de ce diocèse, et c'est dès lors qu'à l'imitation des plus illustres prélats de France, nous nous sommes occupé de donner, à l'usage de notre diocèse, un nouveau Bréviaire et un nouveau Missel, et généralement tous les livres de piété, d'instruction, catéchisme, statuts et règlements particuliers, pour éclairer la foi, ranimer la piété et entretenir la bonne discipline par une pieuse émulation. Convaincu que l'uniformité de rit avec la Métropole et ses sufTragans ne peut que cimenter les nœuds de la charité chrétienne, et dans les pasteurs et dans les ouailles, en faisant disparoître la variété des Liturgies, qui peut étonner et ébranler les faibles et les simples; cette confiance, ainsi que les suffrages de notre vénérable Chapitre, nous a porté k préférer
* Aullome VII, ces Mémoires occupent près de 500 colonnes grand in-K La plupart de ces écrits, trop peu connus, sont vraiment fort remarquables.
le Bréviaire et le Missel adoptés et déjà en usage dans les autres diocèses de la suffragance de Toulouse !. » Ainsi fut introduite la liturgie gallicane. Notre diocèse fut le dernier de France à la prendre. Si alors on eût tenu compte des regrets du clergé qui réclama, mais en vain, les vieilles formules romaines dans lesquelles il avait toujours prié, on aurait épargné à notre temps les plaintes que souleva le retour k l'ancienne liturgie. A compter du 28 novembre 1779, premier dimanche de l'Aven t, tous les ecclésiastiques du diocèse furent tenus de se servir des nouveaux Bréviaires et Missels; toutes les paroisses et chapelles durent se fournir de Vespéraux et Graduels de la nouvelle liturgie. Peu de temps après paraissait le Rituel 2, traduit en français et précédé d'un Mandement.
25. Peu de jours après ces polémiques au sujet de la liturgie gallicane, le chanoine de La Tour donnait des preuves d'une charité vraiment sacerdotale, et montrait que s'il était ardent dans la lutte pour les principes, il ne manquait pas de générosité pour faire le bien. Par son testament du 7 décembre 1779, le vénérable chanoine légua 100 livres à l'hôpital et 300 aux communautés de la ville, avec charges de messes pour le repos de son âme. Aux pauvres de la ville il donna sa maison de la rue des Soubirous, estimée 4,500 livres c pour servir à l'instruction des enfants et en faire des écoles plus commodes et plus à portée que celle des faubourgs. > Le revenu de cet immeuble devait être c employé, partie à acheter quelques récompenses pour les enfants, partie à aider k l'entretien des maîtres, le tout par les mains et le ministère des Frères des Écoles chrétiennes3, qui en feront l'emploi selon leur
' Extrait du Mandement, publié dans le Journal de Montuuban.
' Malgré les critiques du chanoine de LaJTour sur la composition de ces divers ouvrages liturgiques, on ne peut nier que le Rituel, en particulier, ait de la valeur.. Lorsque l'abbé M igné publia le Rituel des Rituels, il y inséra la plupart des prières el exhortations de de relui de Montauban, comme modèle et type entre tous ceux de l'Église do France qu'il avait consultés.
* Voir a la biographie précédente, p. 52-5t, la fondation e( l'historique de cet établissement.
38 HISTOIRE DK L'ÉGLISE DE MONTACBAN.
sagesse et sans avoir aucun compte k rendre. » À ces zélés instituteurs il légua son mobilier, d'une valeur de 400 livres, ainsi que ses écrits et sa bibliothèque qui devait être soigneusement conservée. Dans l'intérêt du public il entendait que ses livres fussent communiqués à ceux qui voudraient les lire, sans cependant pouvoir les emporter hors de la salle où ils étaient renfermés. Le 26 mars 1787 le supérieur général des Frères, espérant que la ville donnerait 300 livres de traitement à un second Frère comme au premier qui ne pouvait suffire, consentit a ouvrir cette bibliothèque le mercredi et le vendredi, de 9 à 11 heures du matin et de 3 à 5 heures du soir, excepté en septembre et octobre. Notre bibliothèque publique était fondée. Quand les Frères furent chassés* par la Révolution, ces livres et ceux qui provenaient des couvents furent entassés dans une dépendance de la ci-devant cathédrale, où ils étaient encore le 20 janvier 1802, lorsque la police dressa un procès-verbal constatant qu'une partie des ouvrages avait été volée. Le chanoine de La Tour nomma l'abbé Belvèze, prébende au chapitre, son héritier et légataire universel. Par une clause de son testament il exprimait le désir d'être inhumé dans le cimetière de Sapiac, au milieu des pauvres. Ce vœu fut exaucé, et la croix qu'on y voit encore au milieu de la plantation de mûriers, indique le lieu où repose, depuis le 20 janvier 1780, ce vénérable chanoine ! .
26. A cette époque Mgr de Breteuil se dévouait dans r Assemblée de l'administration provinciale au bien-être des populations. Le roi voulut le récompenser du zèle qu'il mettait à doter le pays d'établissements charitables et de routes qui devaient favoriser si puissamment l'extension du commerce. Dans ce but il lui fit offrir la commende de l'abbaye diocésaine de Bellepercbe, laissée vacante par la mort de Henri-Joseph de
* Cf. Éphéméridet, p. 245, 216. Au Livre rouge neuf sont rapportées tout au long les conditions passées entre la ville et les Frères au sujet de la bibliothèque publique.
Montlezun. Les bulles apostoliques furent datées à Rome par le pape Pie VI, le 22 octobre 1781. Le 18 décembre suivant, M. le vicaire-général Domingon-Gassens prétait le serment et prenait possession de l'abbaye au nom du commendataire, d'après procuration qu'il en avait reçue de Paris le 28 octobre précédent*. Sur les entrefaites, et le jour même où le Souverain-Pontife signait la nomination de notre évêque k l'abbatiat de Belleperche, le roi annonçait à la France la grande victoire qu'il venait de remporter a York-Town sur les armées anglaises (14 octobre). Le Te Deum demandé fut chanté dans toutes les églises du diocèse, d'après Mandement des vicaires-généraux. Deux ans après, on célébrait par l'hymne d'action de grâces et des réjouissances publiques, la paix signée à Versailles le 20 janvier 1783*, entre la France et «l'Angleterre, pour l'indépendance des États-Unis. Deux autres années s'écoulent, et le parent de notre évêque, secrétaire d'État, le baron Breteuil, annonçait la naissance du duc de Normandie (28 mars 1785), et demandait les prières d'usage 3. Le 5 mai la municipalité, répondant aux désirs de la population désolée par la sécheresse, écrivait officiellement pour qu'on prescrivit dans toute la région les oraisons et cérémonies publiques ad pelendanpluviam. Un Mandement fut lancé le surlendemain et les prières furent faites le 8. Sur une nouvelle invitation datée du 26 juin, à raison de la continuité du fléau, les grands- vicaires publièrent une nouvelle lettre, et ordonnèrent pour le 28 une procession générale4. Entre ces deux cérémonies l'évèque s'était rendu dans sa ville épiscopale pour administrer le sacrement de baptême au fils de l'intendant, M. de Trimond, auquel il donna les noms de
* Cf. Archives départementales, série G, liasse 440; registre hors audience; el môme série, liasse 27, le texte même de la formule du serment, fol. 250-251 .
* Voir relation de ces fêtes au Livre rouye neuf, fol. 135-137.
* Document au Livre rouge neuf, fol, 178.
* Cf. ces divers Mandements avec les lettres de demande.au Livre rouge neuf foi. 180 «t suivants.
40 HISTOIRE DE l' ÉGLISE DE MONTA UB AN.
François de Salles1. Enfin, quelques années après (1788), la sécheresse désolant de nouveau la contrée, un Mandement épiscopal vint encore demander aux fidèles .de joindre la prière à la pénitence, afin de fléchir le ciel. Le corps municipal, qui avait pris l'initiative, se rendit aux cérémonies le 16 mai, et le soir, par ses ordres, le théâtre fut fermé. Un mois après (23 juin) on vit ie même empressement et la même ardeur pour obtenir la cessation de la pluie, qui depuis plusieurs jours tombait en grande abondance5.
27. Nous approchons de ia grande catastrophe sociale, pré* parée depuis si longtemps, par les fureurs du protestantisme, les haines et les violences du jansénisme, l'impiété, la licence de ia nouvelle philosophie, l'imprévoyance des rois, les scandales des cours, l'insubordination des peuples, et le triomphe simultané des mauvaises doctrines dans tous les États de l'Europe chrétienne. L'époque révolutionnaire va sonner, et d'effroyables calamités politiques et religieuses vont fondre sur le monde. L'ordre chronologique suivi dans toute cette Histoire demanderait que nous passions maintenant en revue les événements qui se déroulèrent dans notre diocèse depuis l'année 1789 jusqu'à la fin tragique de Tépiscopat de Mgr de Breteuil. Mais, devant traiter dans un chapitre spécial la période révolutionnaire, nous ne relaterons ici que les faits concernant directement notre évêque.
L'envoi de la circulaire des agents-généraux de l'année 1788 fit pressentir définitivement dans le diocèse la crise financière qui servit de prétexte à la Révolution. Depuis longues années déjà le Conseil d'État voulait alléger la dette royale, en remboursant les petits créanciers. Mais les guerres et autres préoccupations politiques avaient empêché la réalisation de ce projet. Vint le jour où il fallut cependant le mettre à exécu-
t La relation de cette cérémonie est écrite dans le Livre rouge naïf, fol. 182. * Dans les arebivos municipales et aux Épkêméridesy p. 5G.
tion. L'évèque reçut avis de cette mesure qui visait les détenteurs de rentes au-dessous de 20 livres. Sur son ordre le syndic du clergé adresse une lettre-circulaire à tous les ecclésiastiques du diocèse pour les inviter a faire connaître, dans le plus bref délai, au notaire de l'officialité l'état et la nature de ces rentes minimes, afin qu'ils pussent en être remboursés à temps; ou obtenir exception pour celles dont le remboursement les exposait à des pertes, celles par exemple qui étaient chargées de fondations. On était arrivé trop près du gouffre; grandes et petites rentes ecclésiastiques tout y fut englouti*.
28. Sur le funeste conseil de Necker, Louis XVI convoque les États-généraux, pour leur exposer la triste situation financière et s'en remettre à leur sagesse quant aux mesures nécessitées par cette crise. Ils s'ouvrirent a Versailles le 5 mai 1789. Nous l'avons déjà dit, notre évèque y fut député par les pays de Rivière-Verdun, Gaure, Léonac et Marestaing, en Armagnac. Il se trouva seul représentant ecclésiastique de cette province. Entre bien d'autres évoques, Le Tonnelier de Breteuil se fit remarquer par la solidité de son jugement, la sagesse de son esprit et la fermeté de son caractère, jointes à l'affabilité de ses manières. Lorsque, après quelques jours de séance, les États, ayant changé leur nom, leur but et leur mandat, s'appelèrent Assemblée nationale, les projets péniblement élaborés pour une Constitution civile du ctergé, pesèrent lourdement sur le cœur de notre évêque. Ce ne fut pas sans brisement qu'il entendit lire ces divers articles, qui réduisaient l'Église à la plus dure des servitudes. Aussi n'hésita-t-il pas un instant, avec tous ses frères dans l'épiscopat, à se lever et à sortir de la salle, en déclarant « l'Assemblée nationale incompétente à organiser ou réformer la discipline ecclésiastique. > Le 24 août 1790 le faible Louis XVI signa cet acte, un des plus indignes qu'ait enregistrés l'histoire; et la Constitution civile eut force de loi. Sans tarder
Imprimé et manuscrit. Archives de PÈveché ; liasse classée.
(30 octobre) vingt-neuf évêques rédigent et signent une profession de foi, devenue célèbre, sous le titre d'Exposition des principes sur la Constitution civile du clergé. Notre prélat eut l'honneur de faire partie du comité de rédaction, qui avait à sa tête l'illustre archevêque d'Àix, Mgr de Boisgelin. Bientôt ce document fut revêtu des signatures de tout le clergé français, sauf celles de MM. de Savines, de Jarente et de Loménie et des deux seuls évêques de l'Assemblée qui s'étaient séparés de leurs collègues ' .
29. Les principes exposés dans cette remarquable synthèse de la discipline ecclésiastique, les considérations si nettes et si avantageuses qui en découlaient, ne firent aucune impression sur l'opinion publique. En effet, le 27 novembre 1790 l'Assemblée constituante décréta que tous les évêques et curés qui n'auraient pas prêté, sous huit jours, le serment de fidélité à la Constitution civile, seraient censés avoir renoncé à leurs fonctions. On fixa au 4 janvier 1791 la prestation du serment pour les ecclésiastiques de l'Assemblée. Résolu à subir l'exil et la mort plutôt que de forfaire à sa conscience et de se déclarer schismatique, Mgr de Breteuil, dans cette journée si glorieuse pour le clergé de France, refusa le serment. Devant la loi civile, le diocèse avait cessé d'exister, et son premier pasteur était dépouillé de ses pouvoirs. Notre évêque était alors plus que sexagénaire; pour échapper au décret du 20 août 1792, qui condamnait à la réclusion les prêtres et évêques de cet âge non assermentés, il dut fuir. S'arrachant aux amicales étreintes de son grand-vicaire et intime ami M. de La Loge, qui l'avait suivi à Versailles et a Paris, il se retira en Normandie, espérant ainsi se dérober à l'exécution du décret.
30. c Les temps devenant de plus en plus fâcheux en 1793 et 1 794, le prélat ne pouvait plus espérer un asile que chez des personnes obscures et de la plus courageuse charité. Cet asile
< C'étaient l'évêquc d'Àulmi, Mgr de TaUeyraad. et celui de Lydda, Mgr Gobel.
lui fat offert par deux pieuses dames de Rouen, Edou Duteurtre et Rose Solo, qui vivaient ensemble, et à la bonne œuvre desquelles s'associa un simple garde-forêts, nommé Rémi Hervieux. Mais la persécution fut si active, que ses agents parvinrent à découvrir le refuge de l'évêque de Montauban. On l'arrêta avec les trois autres personnes, le 4 juillet 1794; et il fut d'abord jeté avec elles, ce jour-là même, dans la maison des Frères des Écoles chrétiennes de Saint- Yon, transformée en prison. L'accusateur public du tribunal criminel de la Seine- Inférieure, siégeant à Rouen, s'applaudissant d'avoir à provoquer la condamnation de ces quatre honorables victimes se hâta, de les faire amener dans la prison de ce tribunal, qui était celle de l'ancien parlement. Le mandat qu'il donna en cette occasion, et qui fut transcrit en entier sur le registre d'écrou, dont nous avons un extrait légalisé, est ainsi conçu :
c Olivier Leclerc, accusateur public près le tribunal de Rouen, mande et ordonne a tous les exécuteurs de mandements de justice, de conduire à la maison du tribunal criminel de Rouen, François Tonnelier, ci-devant évâque de Montauban, les nommées Edou Duteurtre, Rose Solo,* commensale de la dame Duteurtre, et Rémi Hervieux, garde des forêts nationales, prévenus, savoir: le ci-devant évoque de Montauban d'être resté sur le .territoire de la République contre la disposition des lois (d'être prêtre réfractaire), et la dame Duteurtre, Rose Solo et Rémi Hervieux, d'avoir caché et recelé le ci-devant évéque.
c Fait à Rouen, le 26 messidor an II (23 juillet 1794).
« Signé: LECLERG1. »
31. c Les quatre captifs de Jésus-Christ furent amenés et écroués le lendemain à la maison d'arrêt du tribunal, par un huissier nommé Gommé. Dans le cachot où Ton jeta l'évêque se trouvait un vénérable prêtre, auquel, prévoyant sa mort prochaine, il demanda les sacrements de l'Église, et celui-ci les
* Extrait de Fou v rage déjà cité de M. l'abbé Guillon, les Martyrs de la foi.
44 histoire de l'église de monta u ban.
lui administra. Le prélat en acquit une nouvelle force pour supporter les horreurs de sa situation. Là étaient aussi entassées d'autres victimes. Gomme elles, il n'avait pour se coucher que de la paille pourrie, et pour toute nourriture que du pain noir et de l'eau. L'événement du 9 thermidor (27 juillet 1794) étant bientôt survenu, et la faction triomphatrice ayant, par son air de modération, occasionné la suspension des Hécatomphonies, l'accusateur public n'eut pas le temps de faire immoler cette victime épiscopale. Un agent national de la commune de Rouen, voulant, conséquemment'aux apparences de justice qu'affichait alors la Convention, faire un recensement des prisonniers, vint, le 14 août, à la maison d'arrêt du tribunal. En y entrant, il prit deux factionnaires de la garde nationale qui étaient à la porte, et l'un d'eux se trouvait être un négociant de Rouen, avec qui l'évèque avait eu des relations. Ce négociant ne put retenir une douloureuse exclamation de surprise en reconnaissant le prélat parmi ces nombreux prisonniers dont la situation en général l'avait d'abord pénétré d'attendrissement. A ce cri, le prélat, succombant sous le poids de ses maux et presque sur le point d'expirer, se ranime, et avec l'accent d'une âme un peu soulagée par l'exclamation qu'il vient d'entendre, il s'écrie: « Que je suis heureux! Ayant que je meure, le ciel m'envoie du c dehors une âme compatissante ! > U reconnaît celui qui lui parle ; et pour lui répondre il se soulève sur sa paille vermoulue, laissant voir, à travers ses vêlements qui tombent en lambeaux, son corps décharné et plein d'ulcères. Le négociant ne peut s'empêcher d'engager avec lui une conversation sur son sort. L'agent national veut leur imposer silence; mais les cœurs étaient trop émus pour s'arrêter. Le négociant voyant que, dahs un si misérable état, l'Évêque manque de tout, lui annonce avec empressement qu'il va lui envoyer des secours, c Ah ! t reprend l'Évêque expirant, quoique je sois privé du néces- « saire, je n'ai besoin de rien ; Dieu m'a fait la grâce de bien c connaître la vanité des choses de ce monde, et je regarde
c comme un effet de la bonté divine, la force que j'ai de c souffrir patiemment les humiliations et les maux dont je suis t accablé. Je mourrais content si, par ce moyen, je pouvais t expier les fautes de mon ministère, et si je réparais le scan- « dale que j'ai donné. Je ne cesse d'implorer la miséricorde t divine, dans la ferme espérance de trouver en elle de puissants t motifs pour apaiser sa justice. Je la prie également pour mes c ennemis, afin que le Seigneur daigne les convertir et leur c faire la grâce de mourir dans le sein d'une religion aussi c consolante que celle dans les bras de laquelle j'ai le bonheur c de mourir. » Le négociant, vivement ému par ce discours et suffoqué d'autre part par la mauvaise odeur du cachot, se trouva mal, on fut obligé de le transporter au grand air, et deux heures après le vénérable évéque expira, âgé de 68 ans. En marge de son écrou est écrit : « François Tonnelier, mort le 27 thermic dor an II de la République française (14 août 1794). * La sainteté de sa mort laissa ses compagnons d'infortune et le geôlier même pénétrés de respect et d'admiration. Nul doute, d'après le témoignage de saint Cyprien, que ce prélat ne doive être mis au rang de nos martyrs, a côté des six autres évéques de l'Église gallicane, qui pendant la môme persécution furent immolés pour la cause de la foi : Gastellane, Dulau, Hercé, Rochefoucauld, Bayers, Sandricourt4. »
32. Ainsi mourut confesseur et martyr, un évoque dont l'affabilité a été traitée de galanterie, dont les grandes manières ont pu faire croire à de la dissipation, dont le genre de vie et les fréquentations ont été critiqués, sans qu'on ait pu fournir une preuve sérieuse qui autorisât ces attaques. Si le martyre est venu expier les fautes dont cet héroïque confesseur de la foi a fait l'aveu public, Dieu a voulu par là que sa mémoire fût lavée de toute souillure. Et quoique nous ne voulions pas rap-
< Ouvrage cité ci-dessus. Les compagnons de l'évoque martyr furent mis eu liberté par jugement du 25 vendémiaire an II (16 octobre 1794).
46 HISTOIRB DE l'BGLISB DE MONTA UB AN.
procher deux noms, qui certes ne peuvent point l'être, nous remarquerons que s'il fut donné à l'évêque apostat de 1539, de pleurer sur la paille du cachot les désordres de sa vie, Mgr le Tonnelier de Breteuil trouva une grâce de purification sur la paille pourrie de la prison de Rouen. Le ciel récompensa ainsi la grande foi et l'héroïque charité de notre évéque. Il lui fut même accordé une faveur insigne, si du moins nous devons croire une relation inédite, c II mourut saintement, en présence de M. de la Harpe, qu'il eut le bonheur de convertir par sa résignation dans ses horribles souffrances, qu'il aurait pu cependant éviter en acceptant une chambre dans la ville; offre qui lui en fut faite par un municipe. Mgr parla à M. de la Harpe avec tant d'onction et de grâce, que le fameux philosophe ouvrit, sur l'heure, la porte de son cœur et de son grand génie à. la vérité *. » — Enfin, pour venger complètement la mémoire d'un prélat injustement attaquée par des historiens trop partiaux, nous laissons la parole à un publiciste qui ne saurait passer pour suspect. Parlant c du haut clergé au XVIIIe siècle, * Sainte-Beuve a écrit : « Ces prélats de qualité, engagés un peu légèrement dans leur état, en prenent cependant l'esprit avec l'âge ; ils deviennent à un moment des hommes d'Église dans la meilleure acception du mot, sans cesser pour cela d'être des hommes du monde et des gens aimables ; puis quand viendra la persécution, quand sonnera l'heure de l'épreuve et du danger, ils trouveront en eux du courage de la constance ; ils auront l'honneur de leur état ; vrais gentilshommes de l'Église, ils en voudront partager les disgrâces et les infortunes, comme ils en avaient recueilli par avance les bénéfices et possédé les privilèges*. * On ne saurait mieux dire pour apprécier la situation et la conduite de Mgr Le Tonnelier de Breteuil.
* Extrait d'une note manuscrite recueillie sur un Rituel du diocèse de Montauhan et signée : J. Brousse, curé de Bioule, le t« janvier 1820.
* Caumies du lundi; Causerie du lundi II avril 1853.
33. A titre de résumé et comme éloge, nous plaçons ici le texte de la Réclamation qui fut publiée par le clergé, quand, en 1771, il fallut venger la mémoire de notre évêque. c Issu* d'un sang illustre, M. de Breteuil parut toujours moins sensible a la gloire qui vient d'un fonds étranger, qu'à celle qui vient du fonds propre. Avant de le connoitre par nous-mêmes, il nous étoit déjà annoncé par l'estime dont il jouissoit dans tous les lieux qu'il avoit habités 1. Successeur de M. de Verthamon, dont nous respecterons toujours la mémoire, il ne nous donna presque pas le temps de nous apercevoir de la perte que nous avions faite. Ses vertus lui acquirent bientôt notre vénération ; ses lumières, notre confiance; ses bontés, nos cœurs. Eh! pouvions-nous lui refuser ces divers sentiments? Placé dans le Sanctuaire, il ne s'est pas regardé comme une de ces colonnes oisives, seulement destinées à la décoration extérieure, mais comme un flambeau mystérieux élevé sur l'Autel pour l'éclairer, et servir à sa gloire. Aussi, que de monumens de zèle et de sollicitude pastorale parlent en sa faveur ! un nouveau catéchisme, qui est l'abrégé de la plus saine théologie dogmatique et morale ; un supplément aux anciens statuts synodaux, qui rassure la pratique et perfectionne la discipline; différentes ordonnances pour établir plus de régularité et parer aux abus; la confirmation du Collège royal de Montauban, qui n'est due qu'à ses soins et à son amour pour les sciences ; l'établissement et les succès, sous ses auspices, d'un Pensionnat chez les RR. PP. Cordeliers, sur le plan d'études de celui de Sorèze; la renaissance du Séminaire, qui étoit désert depuis plusieurs années, et où l'on compte aujourd'hui presque autant de sujets qu'il peut en contenir.
* Le diocèse de Soissons surtout conserva le souvenir de notre évoque. Le chapitre de cette Église se fit honneur de le mettre au rang de ses chanoines honoraires, comme il conste de cette mention de YOrdo pour Tannée 1789 : « Ànnas-Franciscus- Victor Le Tonnelier de Breteuil de Chanteclerc, Kpiscopus Montis-Albani, canonicus honorarius R (eceptus) 30 septembre 1745. > Communiqué par H. l'abbé Pécheur, rédacteur des Annale* du dio~ ctte de Soissons.
c Quelle vigilance à écarter de la maison du Seigneur tout ce qui pourroit en troubler la paix et l'harmonie ! Quelle scrupuleuse attention a n'admettre aux Ordres sacrés que des sujets d'espérance, à n'approuver pour la direction des consciences que des Prêtres d'une capacité reconnue, d'une conduite éprouvée, d'une saine doctrine ! Quel discernement à ne placer à la tête des grandes paroisses que les Ecclésiastiques les plus capables de les instruire et de les édifier !
c Nous ne parlerons point de la réduction des bénéfices de la Cathédrale, qu'il avoit projetée, pour ne pas alarmer mal à propos les personnes respectables qui crurent devoir s'y opposer ; mais on nous permettra, au moins en passant, de Tendre justice à la sagesse des vues de M. l'Ëvêque, et de les manifester telles qu'il les a communiquées à plusieurs d'entre nous. Rendre au diocèse un certain nombre de Prêtres que la Cathédrale absorbe ; procurer du secours à la paroisse S. Jacques, où il y a tant d'ouvrage et si peu d'ouvriers, où malgré le zèle toujours soutenu de son Pasteur, accablé moins encore sous le poids des ans, que sous le fardeau du ministère, se perd une partie considérable de la moisson du père de famille ; s'assurer des ressources pour ériger en cure la paroisse de Villenouvelle, annexe de S. Jacques, qui contient plus de dix mille âmes, et pour doter la cure de S. Orens de Yillebourbon, dont le Pasteur lutte depuis un demi siècle avec la plus édifiante fermeté contre l'indigence et le travail : tels sont les dignes motifs qui firent désirer à M. de Breteuil la réduction du Chapitre de Montauban. Ils honoreront toujours son amour pour la religion, sa tendresse pour les peuples qui lui sont confiés, et sa sollicitude pour ceux qui partagent avec lui les travaux du ministère.
c Qui plus que nous est à portée d'en connoître l'étendue, et d'en éprouver les effets? Dans le cours de ses visites, qu'il a régulièrement rempli, à qui d'entre nous n'a-t-il pas inspiré du respect et de l'attachement, par cette envie marquée de
TROISIÈME PÉRIODE. — À.-F.rV. DB BRtfTEUIL (4762-4794). 49
gagner les cœurs, par ses soins à nous ménager la considération de nos paroissiens, en nous honorant publiquement de la sienne? Qui de nous n'a pas été édifié de sa décence. dans les fonctions saintes, de sa piété dans nos Temples, de son application à bien connoître l'état de nos paroisses, de son activité à rétablir Tordre, à réparer et embellir les Églises, principalement celles qui sont à sa charge, à rapprocher le service des annexes par des érections de cures ou de nouvelles distributions, et augmenter de ses propres fonds plusieurs Vicariats pour s'assurer d'un meilleur choix.
« Qui ignore parmi nous qu'un grand nombre de sujets de ce diocèse doivent à sa bienfaisance les ressources qui les soutiennent? qui ne sait pas qu'alarmé de la liberté funeste dont jouissent les jeunes Ecclésiastiques pendant le cours de leur Université, M. de Breleuil exige que tous les siens indistinctement vivent dans un des Séminaires de Toulouse, et que sa libéralité supplée souvent, en tout ou en partie, a l'insuffisance de leurs moyens ? Ainsi par toutes ces sollicitudes son diocèse se ressent peut-être le moins de la pénurie presque générale de sujets, ainsi par tous ces divers traits de générosité grave-t-il dans tous les cœurs les sentiments de la plus vive reconnoissance. Mille voix dans nos villes, comme dans nos campagnes, s'élèvent pour en publier les monumens, et nous n'oublierons jamais surtout cette époque désastreuse de l'inondation du Tarn en 1765, où les malheureuses victimes de ce fléau, arrachées de leurs maisons entrouvertes et croulantes, trouvèrent dans le concours des soins paternels de notre Evoque et de M. l'Intendant des ressources à leur misère, et des consolations dans leur infortune. Plus de huit cents pauvres puisèrent dans la charité de M. de Breteuil de quoi couvrir leur nudité, tandis que M. de Gourgue s'occupoit de leur subsistance. Quel tableau pour des hommes sensibles ! quels traits pour des cœurs reconnoissans !
« Mais c'est encore trop peu pour caractériser notre Prélat.