RABASTENS
J Noire- Dame-de-Grâce. 1 Condel. ] Real. | Saint-Sébastien. j gal?agnac Saint-Laurent. )
Founlayrones. ]
i Saint-Bertrand d'Agassa.f Supprimées<
St-Laurent-Lapeyrouse. [ \ Notre-Dame de' Rimoulc.)
LAVAUB. | pu ylaurens! Saint-Sébastien. \ *■»!■««■*•
12. En conséquence de celle nouvelle constitution, clergé et paroisses de l'ancien diocèse passèrent sons trois différentes houlettes. Les fidèles qui furent attribués au département de Toulouse trouvèrent assis sur la chaire de saint Saturnin Mgr François de Fontanges. A Cahors siégeait Mgr Louis-Marie de Xicolaî. Le diocèse d'Albj avait à sa tête, Mgr de Bernis, coadjuteur de son oncle. Ces évêques surent donner à leurs prêtres l'exemple de la plus Terme fidélité à l'autorité de l'Église. Tous les trois refusèrent de prêter le serment constitutionnel ; destitués par ordre de l'Assemblée nationale, ils rirent leurs sièges épiscopaux illégitimement occupés par des intrus. Ce furent : à Toulouse, le P. Sermet ; à Alby, le curé de Rivières, M. Gausserand; à Cahors, Jean Danglars, archiprêtre de Cajarc. Puisque désormais nous relèverons de cette triple administration ecclésiastique, résumons en quelques mots les incidents de ces intrusions ; nous verrons ensuite le parti que surent prendre les ecclésiastiques dans chacune de ces régions.
15. Le jeudi 16 janvier 1791, Mgr de Fontanges adressa à son clergé une lettre pastorale relative au serment civique. L'intrépide archevêque, un de ceux qui n'avaient pas été appelés nominalement à la tribune pour donner son assentiment à la loi schismatique et était rentré à Paris après l'avoir refusé énergiquement, expliquait dans cet écrit l'attitude qu'il avait tenue en cette circonstance. A l'avance il déclarait schismatique et intrus quiconque oserait usuper son autorité épiscopale. Par contre, il proclamait adhérer pleinement à la lettre de Mgr de Boulogne, affirmait de nouveau refuser ledit serment et disait en terminant : « J'ai cru de mon devoir de confier à votre piété et à votre zèle mes sentiments et mes principes de conduite. J'ignore s'il me sera permis d'entretenir des relations avec le clergé de mon diocèse; la violence k laquelle il est possible qu'on ait recours, pourrait seule m'empêcber de remplir un devoir si cher à mon cœur, mais alors le plus ardent de mes vœux est qu'elle ne soit dirigée que contre moi. » C'était là
vraiment le langage d'un grand évêque, maintenant avec courage l'intégrité de la foi, et appelant sur lui seul des persécutions qu'il entrevoyait. Cette lettre était suivie d'un Mandement relatif aux dispenses du prochain Carême. Elle portait les armes de l'archevêque, et était contresignée par l'abbé Martin, secrétaire-général de l'archevêché, qui la fit afficher; il fut condamné pour cela k cinquante francs d'amende, ayant osé donner à son évêque, disaient les considérants de l'arrêté,, c les titres de Monseigneur et de Grandeur, abus remontant k Caligula, qui le premier se fit appeler Seigneur. » — On ne pouvait faire preuve ni de plus d'esprit, ni d'une plus vaste érudition !
Vu lé refus aussi noble que catégorique de ce confesseur de la foi, le procureur-général, syndic du district, convoqua une assemblée à Saint-Étienne pour élire le futur évêque. Dès qu'il en fut informé Mgr de Fontanges adressa, de Paris, le 27 février, une lettre suppliant en grâce les électeurs de ne pas consommer le schisme dans l'Église de Toulouse en nommant un évêque intrus. Cette prière ne fut pas écoutée, et le 1er mars le Directoire apprenait que Mgr de Brienne, archevêque de Sens,. était élu par le corps électoral comme métropolitain du Sud. Celui-ci préféra demeurer évêque de l'Yonne; il avait d'assez bonnes raisons pour cela. Le titre refusé par de Brienne fut donné au P. Sermet. Ce prêtre était originaire de Toulouse. Fort jeune il entra chez les Carmes déchaussés de cette ville, où son frère aîné occupa tour k tour les chaires de philosophie et de théologie. Pour lui, chargé de visiter en Europe les maisons de son Ordre, il se fit remarquer par une grande habileté. Précédé de la réputation d'orateur, il fut bientôt nommé prédicateur du roi. Mais ses opinions religieuses et politiques devenant de jour en jour moins tolérables, il quitta la vie religieuse et fut institué aumônier de la milice nationale dans le village de Saint-Geniez. Alors il ne garda plus de mesure contre la noblesse et le clergé, et, profitant de la nomination de M. de Brienne, il essaya de faire son panégyrique dans l'église de la Dalbade.
Nommé le 27 mars évêque métropolitain du Sad, Sermet se rendit deux jours après à la cathédrale Saint-Étienne pour y chanter le Te Deum d'actions de grâces. Le sacre lui fuj donné, à Paris, par le misérable Gobel, évêque de Lydda. A sa rentrée, il s'arrêta le 6 mai dans notre «ci-avant cathédrale, accompagné de M. Dupuy-Monbrun, maréchal de camp, suivi de M. Serres, Chéron, Berge et Martin, décorés de Saint-Louys, par M. Dupuy- Monbrun. » Ce cortège était précédé des musiques de la garde nationale et du régiment de Touraine, auxquelles s'unissaient les applaudissements de la foule. L'évèque et le maréchal furent harangués par M. Bagel; Sermet prononça une allocution qui souleva l'enthousiasme1. De là il partit pour sa ville métropolitaine, où il arriva le 7 et y fit son entrée officielle. Le lendemain la basilique le voyait procéder lui-même à son installation ; deux jours après, assisté des évoques intrus de Bordeaux et d'Auch, il célébra la cérémonie du sacre d,es évêques illégitimes de Narbonne et de Pamiers. Nos municipaux se hâtèrent de lui adresser une lettre de félicitations, et en, pleine assemblée on lut une pièce en vers patois composée a l'honneur de l'intrus *.
Informé de toutes ces profanations, Mgr de Fontanges, demeuré malgré tout l'archevêque légitime, ne tarda pas à protester. Le 20 mai il adressa à son clergé et à son diocèse une lettre pastorale, dans laquelle il démontrait le droit de son côté! et prouvait la nullité des pouvoirs de Sermet. 11 défendait à tout prêtre séculier ou régulier de reconnaître l'intrus pour évêque, et aux fidèles d'assister à sa messe et a celle des prêtres réfractaires. A cette lettre pastorale, le. constitutionnel opposa, le 15 juin, son premier Mandement dans lequel il osait parler de « communion avec le Saint-Siège apostolique. » C'était pousser fort loin l'audace, et montrer aussi combien cette communion était jugée nécessaire même par ceux qui
1 Aux Archives communales, Cf. Registre des délibérations, p. (il.
* Cf. Aichitws communales, ftpgistro des délibérations, an< 1790-91, p. 10 el 71.
la méconnaissaient davantage. On s'empressa de répandre dans tout le diocèse la lettre pastorale du véritable évoque, et on y joignit aussi a profusion un écrit intitulé : Réflexions d'un caûwliqiie romain, ou Sermel convaincu d'intrusion, d'hérésie et de schisme. Cependant les mauvais jours approchant, Mgr de Fontanges fut obligé de s'exiler. Il se retira à Palma, capitale des îles Baléares, où il vécut dans la retraite la plus absolue. Lorsque le Souverain-Pontife fit appel à la générosité de ces confesseurs de la foi, notre archevêque donna sa démission en 1801, et accepta le titre de simple évêque d'Autun, qu'il porta jusqu'en 1814, année de sa mort. Le saint prélat succomba à la maladie qu'il avait contractée en soignant les prisonniers de guerre. Ainsi laissait-il a ces deux diocèses l'exemple de la fermeté dans la foi et du dévouement à l'Église '.
14. Notre clergé et nos paroisses du Lot étaient également édifiés par la conduite de leur évêque, Mgr de NicolaL Ses quinze ans d'épiscopat sur la chaire de Cahors avaient prouvé comment il savait se dépenser pour le bien de son diocèse; et quand l'orage révolutionnaire éclata, sa grande âme fut obligée de plier, les protestations ne pouvant pas détourner la foudre. Uni à ses frères dans l'épiscopat, il refusa le serment, et, bientôt après cette profession de foi et d'attachement à l'Église, Dieu l'appela à lui, pour lui épargner de voir les désolations de son troupeau. 11 mourut à Montpellier dans le cours de cette année 1791. Ce troupeau, pasteurs et fidèles, était livré à un intrus. Voici en quels termes un journal de notre ville l'annonçait a ses affidés. < Messieurs les électeurs du département du Lot, assemblés à Cahors pour l'élection d'un évêque k la place de M. de Nicolaï, qui a refusé de prêter le serment, ont nommé à une grande majorité de suffrages M. Danglars, ci-devant archiprètre de Cajarc*. Il a été proclamé le lendemain en présence de
« Sur l'épiscopat de Mgr de Fontanges. Cf. Cayre et Salvan.
» II fut élu au troisième tour de scrutin, le 2 mars 1791, par 159 suffrages ; notre ancien compatriote, M. Goutte, en eut 110. Danglars prononça un discours de remerciement. Tome II. VII. 3.
34 HISTOIRE DE L'ÉGUSE JH MOKTAUEAN.
la Commune, de la garde nationale et de plus de trois mille citoyens, qui en ont témoigné la joie la plus pure» Le nouvel Evéque présent a renouvelé son serment, et Ton ne doute pas qu'il ne remplisse arec la plus grande exactitude la promesse qu'il a faite de veiller sur son troupeau *. » Le corps électoral du département du Lot fit immédiatement savoir celte grande nouvelle c a tous les citoyens de son territoire, > par l'Adressa suivante, datée du 4 mars : c Un nouvel Evéque est nommé : depuis long-temps FEglise était édifiée par ses vertus et honorée par ses talens. Ministres d'une religion sainte, venez reconnaître totre véritable Pasteur : pauvres de ce département, venez embrasser votre père. Danglars!... A ce nom les idées de patriotisme et de sainteté se réveillent; ceux qui l'ont connu -se réunissent pour célébrer ses vertus; ceux qui ne le connaissent pas, veulent partager l'allégresse publique. Mais pouvons-nous espérer que des ministres déjà réfractaires à la loi reviennent de leurs erreurs? 0 vous qui n'avez péché que par faiblesse, venez vous jeter dans ses bras! vous qui avez concouru à une coalition séditieuse et criminelle, revenez, il en est encore temps ; la Patrie et votre premier Pasteur vous y invitent. La Nation*., oh! la Nation aime à pardonner, la Nation n'aime pas à trouver des coupables. Mais, citoyens, si des ministres corrompus et séduits persistaient dans leur égarement, citoyens, veillez sur eux ; ne souffrez pas que la loi soit outragée, que l'autel s'élève contre l'autel, l'homme contre l'homme. Les circonstances sont orageuses : jamais peut-être vous n'avez eu besoin de tant d'union et de courage. La chaire apostolique peut être profanée ; le tribunal où le chrétien vient confesser ses:crimes peut devenir le foyer du crime; la révolte peut être prêchée au nom d'un Dieu de paix, le massacre au nom d'un Dieu de clémence. Citoyens, que les méchans cèdent la victoire à la Patrie, que les bons s'arment contre les mauvais,
« Cf. Io journal républicain. Nouvelles intéressante», numéro du 2 mars 1791 .
QUATRIÈMB PÉRIODE. •■"- SUPPRESSION DV DlOCÈSS (1790-1808). 35
qu'il jr ait1 une sainte coalition de patriotisme et de vertu; Respectez1 le* Sang 'de vos frères, mais arrêtez le fanatisme de ces ministres féroces qui, auteurs ou complices d'une résistance, visiblement combinée, feignent de servir Dieu en faisant égorger les hommes. Ici ion imagination s'épeuvante devant le tableau d'une guerre civile... La main du fanatisme va saisir la corde fatale que la justice réservait pour un autre usage. Le tocsin sonne, et ie son des cloches donne partout le signal du carnage et du meurtre. . La piété filiale, la tendresse paternelle, les affections conjugales, les nœuds sacrés de l'amitié disparaissent et s'éteignent dans tous les cœurs; des hommes destinés k s'aimer éternellement se changent en bêtes féroces, et l'image de la divinité emprunte la figure du démon de la discorde... Le père plongé le poignard dans îe cœur de son fils, qui vient d'égorger èa mère ; le mari arrache les entrailles du sein de son épouse, qui vient de sourire aux derniers soupirs de ses enfans; l'ami nend grâce au ciel d'avoir pu massacrer son ami, dont il contemple avec complaisance les membres épars et ensanglantés; et tandis que la nature frémit, que le soleil se cache, pour ne point éclairer ces scènes d'horreur, le monstre du fanatisme promène sa joie barbare sur les débris de la Nation française, S'applaudit du succès de son audace et de son triomphe.
« Voulez-vous éloigner ces calamités affreuses, votre âme estelle émue au récit de ces horreurs, que le Pasteur déchu par la loi cède paisiblement la place au Pasteur que la loi avoue. Habitans dés campagnes, portion utile et si avilie jusqu'à ce jour, c'est sur vous que les ennemis de la liberté ont fondé leurs espérances. Vous êtes simples, disent-ils. Ah! gardez votre simplicité : la simplicité est la compagne de la vertu. Mais prenez garde que nos tyrans n'en abusent ; preniez garde qu'ils ne vous trompent, en vous disant que la religion est perdue... La religion perdue ! ô nos amis ! 6 nos frères ! c'est vous qui nous avez nommés à l'Assemblée électorale. Pensez-vous que nous veuillions trahir notre sainte religion ? pensez-vous que
notre salut nous soit moins cher que le vôtre? Recevez donc, au nom de la religion et de la loi, recevez les Pasteurs que la Nation va vous envoyer ; c'est vous qui les avez choisis, et la voix du peuple est la voix de Dieu l... * Nous avons cité sans réflexions cette proclamation incendiaire, enflélée, hypocrite, et dans laquelle le lecteur aura certainement reconnu autre chose qu'un Mandement épiscopal, quoique une main de prêtre) de l'intrus sans doute, paraisse ne pas y être étrangère. L'Adresse fut publiée officiellement à Montauban le 27 mars, et envoyée à chaque commune du district par nos officiers municipaux. Ainsi annoncé, Tévéque Danglars pouvait prendre possession de son poste. Au nom de notre municipalité M. Pastoret fut chargé, le 8 anil, de rédiger une lettre de félicitations à l'intrus qui avait annoncé sa venue dans notre cité *. Nos archives n'ont rien consigné relativement à cette réception, pas plus qu'au sujet de l'administration de cet usurpateur. On sait seulement qu'il revint assez tôt de son égarement, se démit de sa charge (1802), et finit ses jours avec le titre de chanoine de Cahors, qui lui fut conféré en échange de sa démission 3.
1 5. L'évéque d'Alby donnait aussi à son diocèse l'exemple du pi os grand dévouement à la cause de l'Église ; mais là encore il nous fallait subir un intrus. Sur son refus de prêter le serment, Mgr de Pierre de Bernis, coadjuteur de son oncle, le cardinal de Bernis, ambassadeur à Rome, fut avisé qu'on procéderait à son remplacement. Le 13 mars 1791 deux cent einquante-un électeurs furent convoqués à Castres pour élire le nouvel évèque. Aux* deux premiers tours de scrutin, les voix ayant été partagées entre plusieurs candidats, ce ne fut qu'au scrutin de bal* lotage que M. Gausserand, ancien curé de Rivières, promoteur du diocèse d'Alby et député à l'Assemblée nationale, l'emporta
« In-4« de 4 feuilles, de l'imprimerie Fontanel, en nos archives ; et en Jn-12 dans la Recueil ci-avant signalé de la Bibliothèque publique, I, h. 5. N° 145.
1 Cf. Àrcïdoes communale», Registre dts délibérations.
»JA titre de dédommagement, l'empereur lui accorda un traitement de 6,000 franc*.
de quelques voix sur son concurrent, l'abbé Se r met, que nous avohs déjà vu sur le siège de Toulouse. L'élection eut Heu en l'église des Jacobins, et le résultat Fut proclamé dans celle de la Platée. Dans leur lettre d'avïs les administrateurs du département disaient à leur éhi : c Vos vertus civiques et religieuses sont aux yeux de tous les citoyen* les garants du bon choix que Ton vient de faire. Organe en ce moment de l'opinion publique, souffrez que hous nous réjouissions les premiers d'un choix dont l'exemple va ranimer au sein de la paix des pasteurs égarés par le fanatisme. » Désireux de voir leur nouvel évèque au milieu d'eux, ils rengagent à demander un congé au président de l'Assemblée, lui promettent de le seconder dans cette démarche, et le pressent de se foire consacrer par tel évêque qu'il jugera à propos, et instituer canoniquement par Loménie de Brienne. Avant de prendre possession du siège, l'évéque constitutionnel adressa une lettre pastorale au clergé et aux fidèles de son diocèse. Lui aussi osait mettre en tête de ce factum la formule en usage parmi les pasteurs légitimes : « Par la Providence divine et dans la communion du Saint-Siège apostolique ! » Ce curieux et volumineux document * est presque entièrement consacré à la justification dogmatique de la Constitution civile et de la légitimité de l'évéque constitutionnel. Malgré tout, les difficultés et les résistances lui apparaissaient. Ses craintes percent dans cet écrit, où, tout en protestant contre c les prétentions du Vatican, » il termine par des phrases pleines de découragement, et qui laissaient entrevoir un avenir effrayant. Sacré à Paris par l'indigne Gobel, il se rendit à Alby le 25 avril. L'autorité municipale lui fit une brillante réception le 1er mai suivant, et les principales villes du diocèse lui préparèrent des ovations, dès qu'elles surent qu'il allait les visiter.
Mgr le cardinal de Bernis n'avait pas attendu ces odieuses manifestations pour censurer, comme il le méritait, le prêtre
* Archives départementales du Tara, n' 1,587, grand in-t« de 35 pages, imprimé & AJbi, par Baurens.
38 HfSTOIRB DE L'ÉGUSB DE MONTlUBA».
usurpateur. De Rome il adressa le 30 mars une lettre pastel raie déclarant nulle et de nul effet la 'nomination du: nouvel éfêque, et invalidant tous ses actes; De son côté Mgr toooadjuteur publia un remarquable Mandement, en date du 03 aYrii\ et y joignit le bref par lequel le Souverahi-PoGtife annulait toutes les élections d'évêques faites d'après ,1a Constitution civile, les disait illégitimes et sacrilèges, et : ne reconnaissait d'autres évéques que ceux nommés ; par la cour de Roam et qui; restés fidèles à l'Église, avaient refusé le setment. Ces publia dations firent une grande impression. Le directoire du départe? ment s'en émut, et sur une plainte qui loi fut transmise le 17 mai 1791, il dénonça le coadjuteur d'AJby et le eardiâaLde Bernis à l'Assemblée nationale. Ils Vécurent l'un et «l'autre i Rome dans le plus grand calme; le cardinal s'étantidéobargé de soa ambassade y mourut le 2 novembre 1794* Son neveu, le coadjuteur, se démit volontiers et sans condition pour faciliter au Pape les conventions de 1801. Quant à Gausseraady forcé de renoncer à ses fonctions, lorsque les mauvais jours furent écoulés il se retira dans la retraite la plus absolue a Toulouse* où il est mort en l'année 1816, âgé de soixante-sept ans, sans avoir donné des marques d'une rétractation formelle *.
16. A peine notre siège épiscopal fut-il supprimé, que là municipalité se mit en mesure de s'approprier le palais de* èvêques. Elle l'obtint, comme nous Pavons déjà vu 3, et s'y installa le 26 février 1791, en même temps que le directoire do district et le tribunal de commerce. Ainsi se réalisait1 le voeu dés consuls qui depuis plus de deux cents ans convoitaient cet édifice, tour h. tour ruiné par les guerres politiques et religieuses des XIVe et XVIe siècles, et réédifié par deux de nos plus grands évoques, Pierre de Bertier et Michel de Colbert. Lorsque en
1 828 le roi avait cédé a la municipalité « la mayson et commen-
« Archives départementales du Tarn.
* Voir LediocèiecTAlbi, ses évéqiteset archeoéque*, par M. Hippolyle Croises.
* On trouvera ies détails de cette acquisition au fascicule IV de ce tome, p. 13.
cernent de chasteau qu'on nomme le Chaste^u-Neuf, > situé près du pont du Tarn, c pour y faire la Mayson commune) y retirer et mettre l'artillerie et harnoys, et aussi les documens et papiers d'icelle ville* pour ce q-u'^stoit toayson séparée des autres, et bors de dangier de» feu* > les- consuls n'eurent pas les ressour-r ces nécessaires pour) édifier leur hôtôl-»de-ville. En 1790, pour la somme de 81,450 -livrés, ils le trouvèrent magnifiquement bat* et atttéil&gé ', sans compter que l'adjudication joignit dems le bloc de cette enchère la maison contiguë, l'ancienne officmlité et la pièce de terre qui s'étendait jusqu'au pont, entre le Tarn et le Tesoeu. Les seules opérations' préliminaires pour la cons* imction de ce somptueux monument avaient coûté à Mgr de Bertier 517 livres 10 sols ! Nous avons dit aussi qu'en 147$ le consulat de la cité épiscopale . avait acheté pour 260 écus d'or la première maison de nos évoques. Ainsi las municipalités passaient d'une demeure épiscopale dans l'autre.
17. Avant son installation dans la nouvelle maison commune, la municipalité s'était mise en mesure de faire exécuter les ordres de l'Assemblée, transmis par le directoire. Le premier ordre concernait la déclaration des biens d'église que chaque paroisse, communauté et établissement religieux, aussi bien que tous les membres du clergé étaient tenus de faire et d'adresser à leur district respectif, conformément au décret du 13 novembre 1789. Le second prescrivait de publier officiellement la Constitution civile du clergé dans chaque église paroissiale, et de demander le serment à chaque prêtre ; ainsi que le voulait le décret, du 27 novembre 1790. On comprend facilement que r histoire générale d'un diocèse ne peut pas entrer dans les détails que comporteraient de$ monographies particulières. Aussi nous nous garderons de dépouiller sous les yeux de nos lecteurs l'immense nomenclature des déclarations de biens faites aux divers districts pour chacun des bénéfices ecclésiastiques et
» En voir la description dans les biographies des deux évoques nommés, fascicules III cl IV de ce volume.
40 HISTOIRE DB L '«G LISE DS MONTà&iAN..
par chaqne titulaire ; c'est par centaines qu'on compte les registres affectés à cet objet. Nous ne détaillerons pas davantage le* incidents touchant tes serments civiques prêtés,, refusés ou rétractés par notre clergé; en ceci, du reste, notre relation sur les prêtres assermentés, déportés et martyrisés jdpnnera une connaissance suffisante de l'état de notre diocèse à cette lamentable* époque. Néanmoins pour fournir un aperçu de ces déclarations et répondre en passant a tous ceux, qui ont crié au sujet de la fortune du clergé et des couvents, nous analyserons rapidement quelques-uns de ces documente pris dans les différentes parties du diocèse. Aussi bien nous serons édifiés mv la conscience avec laquelle nos prêtres et nos religion* déclaraient leurs possessions et revenus, et nous aurons par là une idée de la gestiou des rentes et bénéfices à cette époque, de l'emploi qu'on en faisait, et mille autres détails capables de fermer la bouche aux ignorants qui ont écrit des absurdités sur cette matière '.
18. Trois points principaux peuvent tout d'abord nous arrêter dans cette ébauche de nomenclature, parce que d'une part ils étaient d'un intérêt général pour le diocèse, et que, d'autre part, ils excitaient davantage l'appétit des affamés: ce sont Pévêché, le chapitre cathédral et le séminaire diocésain.
Le 24 février 1790 l'abbé Dupin <Je Saint-André, « vicairegénéral et procureur fondé de Tévêque , prieur et abbé , » adressa le tableau des revenus et charges de l'évêché et de l'ab* baye de Belleperche afférente à l'évèque. Le total des revenus de Pévêché était évalué à 71,081 livres, dont 22,990 provenant des bénéfices de Rivière** Verdun ? 56,234 de la partie du Languedoc; 11,782 de la Haute-Guyenne, et 75 du Condomois et de l'Agenais *. Sur ces sommes l'évèque devait prélever en
* Ce sera encore un appoint de preuves apporté au si remarquable ouvrage de M. Taine, sur la Révolution ; Ton sait que cet auteur ne peut être suspecté de favoritisme pour le clergé.
* Dans Rivière-Verdun l'évoque prélevait sur les paroisses de: GarSôs, le CaUze, Séguenville, VSgueroo, Escudos, Saint-Jean de Coquessac, Haulerive, Paudoas, Marignac, ftrive- Castel, Le Pin, Beaumont, Bolvôze, Kscazeaux, Gensac. — En Languedoc: Heynièset
QUATRIÈME PÊR10M. •*- SOTPRBSSION DU MOCÈ68 (4790-1808). 44
première ligne 888 livres 6 soi» 8 deniers pour. les honoraires des prédicateurs du Carême, de l'Àvént et diverses octaves à Montaubati, Villémur, Montech et Beaumont. 11 payait, en1 outre, au roi 5,624 livres 10 sols pour décimes annuels; plus 25 livres de rente à l'Université de Toulouse; diverses portions congrues pour 800 livres : les frais d'exploitation des bois et prairies, 6,070 livres; les fournitures de sacristie, réparation des églises bénéficiai es, entretien, etc., s'élevant à plus de 8,000 livres; les impositions des six derniers mois de Tannée 1789 portées à 2:812 livras 5 sols ; enfin indemnité accordée aux fermiers pour cas fortuits de grêle ou autres fléaux, « se portant année commune, bon an mail an, et plutôt plus que moins, à 2,800 livres, * — Les revenus de Bellëperche étaient estimés 34,741 livres 15 sols H deniers, et les charges près de 15,000, « mais, obser*vait le rapporteur, ce bénéfice doit prodigieusement diminuer par une suite des décrets qui ont supprimé les bamufttés dps £orgesr fours, moulins,, etc.,; <?e plus, les droits de chpmparts et.agriers, qui entrent pour beaucoup dans lesdits revenu, sont contestes ; enfin, malgré les décrets de l'Assemblée, certaines communautés .ont pris des délibérations formelles pour refuser la dixme; plusieurs fermiers ont fait des actes pour demander* la prestation des droits- seigneuriaux et on sait que les circons* tances actuelles ne sont pas favorables pour que l'abbé réclame ses droits, et cependant il ne restera pas assez de revenus-peur payer les charges1. »
19. L'état du chapitre cathédral n'était pas plus brillant lorsqne les trésoriers eurent à faire la déclaration officielle. Pour
Mou lia, Corbarrieu et Campsas, Labostide-Sainl-Piorre, Cunals, Montech, Villémur, Mondu ratisse et Lavinouso, Condel, Snint-Urcisse, Saint-Sébastien, Beauvais, Mongaillard, Sainte- Catherine, Le Born, Bonrepos, Fabas, Verlhac, Roquemaure, Grasac, Saint-Angel. —Dans ta Haute-Guigne : Le Fau, VerJbaguet, Villenouvellc, Léojac, Saint-Martial, Sapiac, la seigneurie de Monlauban, le jardin.de plaisance et laaaulière de la rivière vis-à-vis du palais êpiscopal. -r Au CondomoU : Donzac et Saint-Martial. — Dans VAgencUs : le péage du pont d'Auvillar. — Le notaire de l'offlcialité, M. Martin, contresigna tous ces inventaires.
« Extrait et analyse de la copie de l'Inventaire ; Cf. Collection Forettié et ArcUwe* départementales, id. pour tes citations suivantes. ..« .
vri.
43 HISTOIRE DB l/ÉGLISE DE MONTA UB1N.
un revenu de 52,904 livres provenant des obits, rentes, hommages et bénéfices affermés, la mense Saint-Martin avait environ 1 1,000 livres de charges, puis les chanoines prenaient les deux, tiers et les prébendes l'autre tiers. A la mense Saint- Etienne, où les chanoines percevaient les sept douzièmes, et les prébendes les autres cinq douzièmes, le revenu total était de 62,591 livres et les charges atteignaient plus de 12,000 ', Ensemble les deux chapitres avaient à acquitter annuellement 2,486 messes.de fondation. w ,
Au Séminaire on ne pouvait pas se suffire. Le supérieur, M. Compans, ne put déclarer pour tout revenu que 5,860 livres provenant du bénéfice de Brial, de la dîme de Corbarieu et du ferme de deux petites maisons. Les charges et dépenses arrivaient à plus de 2,550 livres. Sur cette somme étaient prélevés ce qui était nécessaire à l'entretien des deux églises, bénéficia* les, les aumônes aux pauvres de ces localités,, le jiroit de.déci* mes, la capitation. Il fallait en outre faire vivre les professeurs, acquitter 100 messes par an et l'hommage au chapitre. De plup, c à la blanchisseuse, 30 écus; à la couturière, 36 livres; au médecin, 1 louis; au chirurgien-barbier, 6 livres; remèdes, 30 livres ; pour la maison d'institution qui fournit à celle-ci les sujets dont elle a besoin, 260 livres; pour la maison de Saint- Lazare, tous les ans, 40 écus, sans compter les dépenses extraordinaires des Assemblées générales et de province. » Cet aperçu suffit à démontrer que cet établissement était à peu prè6 réduit a l'indigence *.
1 Les bénéfices affermes par la mense Saint-Martin étaient : Villemadc, Tauriac, VilotU», Le Botn, Larouquette, le Fraisse, Leojac, Couromles, Castanèdes, Bonoefon, Saint-Cirice do Belmontet, Snint-Martial et Bcllcgardc, le Mousticr, Gasscras, Saint-Pierre Campredon, Genebriéres, Saint-Michel, Ghouastrac, Real, Mascale, Falguiôres, Bressols, le polrt Perget, Salni-Mourlce, Pantliiere et lu Pousaque, Roque maure, Mirepoix, Montbeton, Us prémices de Gassoras. — La mense Saint-Étienne affermait : Beaupuy, Goubiacet le Grès, fiasse ras, Sôguenville, Puyjourdan, Panlhac et Montjoie, Sépet et Sain te-C roi x, Saint-Martin de Belcasse, Saint'Porquier et Lacourt Saint-Pierre, Breasols, les Trapp-ttee et Montbeton, Castelnau-d'Ëstrélefonris, Launac et Galambru, Ondes, Besscns, Dieupentale et Lapeyriôre, Panthiôres et Lapaillolo.
> Pour complément, voir notro Étude $ur le Grand Séminaire, grand iu-8», Paris, 1893.
QUATRIÈME PÉftfODF. — 'SUPPRÉSSÏON DtJ BflOCÈSB (1790-1808). 43
20. La sît'uatiôh n'était' guère pluà florissante dans la plupart de nos éoùventsd'hômriïés et de femmes. Ainsi (Taphès l'inventaire ôffifciel dés Jacobine, sut un Yttvehti' de 5,619 livres 11 sols 10 dèiitërè,'îr ne léût restaitài'actffquer ©96 livrer 7 sols. 'Le couvert t'coîiiptair alors 15 religieux; — Chez les Cordelière il nyà pfllis qtle'6 pères- et 2 frères ; ils résument h longue énu^ mération de leurs1 rentes, mobiliers,- etc., far ces mots : «Le fcôttvent a qcrèîques -dettes1. Là communauté s'empresse d'y faire honneur ; après y avoir satisfait, il ne lui restera pas grand cho?è de ton pour 'elle, entre les mains; » — Les soeurs de Sàinte-CIâiVe sobt âtf nombre de 34, dont 5 converses. A part les t-éntes constituées qui s'élèvent à 2,248 livres environ, les ôhatfgég' absorbent presque entièrement les revenus. Ceux-ci provenaient dès métairies de Cesseras, dû prieuré de Cds, de terrés affermées à Cànals, Mbtitéch et Côrbarrieu. ~ Chez' les PP. - Carmes ! Se trouvaient 10 religieux prtrâès qui jouissaient d'un revenu de 2^279 livres; avec charge de 1D3 messes basses et 23 chantées, plus 79 livres 7 sols de redevances au chapitre, k divers couvents, et les droits de décime et de capitation. Leurs confrères de C as te Isa r ras in, au nombre de 6 seulement, étaient dans une situation 'bien moins prospère. « A la buchère, il y avait le bois nécessaire pour cet hiver seulement... Le couvent possède 17 sacs de bled et 1 sac de seigle, rente de toute fannée... La cave munie de 32 barriques, dont 14 pleines de vin. * Entre autres charges ils avaient à acquitter des t fondations et* obits auxquels un seul prêtre dans l'année pourrbit satisfaire ; plus 132 livres aux religieuses hospitalières de Toulouse, et 21 aux Clarisses de Montauban ; plus 86 livres de décimes, et les impositions royales. »
21. Un coup-d'œil sur les déclarations de quelques paroisses, nous dira l'état de fortune pour l'ensemble. Entre les plus revenantes et des plus importantes était Beaumont ; elle avait avec l'archiprètre deux vicaires, et « il m'en faudrait quatre, » écrivait M. Delboy dans sa déclaration . A l'église paroissiale était
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rattachée l'annexe du Pin ; Ja population était daprès de 4,000 habitants, dont environ 2,500 communiants. Les revenus, y compris la place de consorce attachée à l'arçhiprêtré, s'plevaient à 3,280 livres li sols. A la charge de l'archiprêtre, 13Q livres pour les décimes; 55 livres 6 sols pour sa. part d'honoraires au prédicateur de l'Avent; l'entretien de la lampe, 60 livres; impositions pour les champs et vigne dépendants de Tarchiprêtré, 18 livres; les impositions locales, telles qu'octrois, 36 livres; la vie, le traitement, la congrue aux vicaires et prêtres auxiliaires. Pour t aider Tarchiprêtre dans ses fonctions et la plus grande décence du culte de la religion, » une consorce de 12 prêtres était unie à la cure. Les revenus des consorsistes provenaient des obits et fondations grevés de charges assez lourdes, puisque, d'après la déclaration de l'inventaire, il né restait plus à se partager que 1,250 livres 13 sols 9 deniers. L'aumônier de l'hôpital établi dans cette ville pouvait aussi se suffire à peine. Outre ses droits de consorce, il n'avait guère que 180 livres de. revenus, et ce n'était pas une sinécure, t Durant le cours de 1789, relate l'inventaire, il est entré dans l'hôpital 211 malades, y compris les soldats et militaires passants..., on peut assurer qu'il est des années où il entre plus de 500 malades..., on y porte les pauvres de deux ou trois lieues à la ronde, il y a même des paroisses de campagne du voisinage qui ont des lits fondés. » — Si nous passons aux paroisses de moyenne importance nous verrons, par exemple, à Dieupentale, le curé exposé c à mourir insolvable, comme la plupart de ses prédécesseurs. » Avec ses annexes Bessens et. Lapeyrière il arrivait à 15,000 livres environ de revenus, et il fallait partager avec le chapitre cathédral, le commandeur de Verlhaguet et les vicaires.
22. Par les déclarations semblables, qui arrivèrent de tous les points du diocèse, les directoires et les districts étaient édifiés sur la nature et l'importance des biens. Aussi quand ils furent évalués il était naturel (!) de les déclarer nationaux.
L'Assemblée Constituante ne faillit pas à cette tâche, et les biens d'église furent mis à la disposition de la Nation. Et comme dans cette besogne il faut se hâter, main-basse fut bientôt faite sur toutes les propriétés ecclésiastiques. — Nous n'avons pas à nous occuper des biens de la noblesse et des suspects ; c'est une histoire religieuse que nous écrivons. — De toutes parts on se mit donc en mesure de procéder à la vente aux enchères. Les biens en nature et le mobilier étaient apportés généralement sur la place publique du chef-lieu de canton ou de district, et livrés au plus offrant, d'après le mode de la criée et k l'extinction des trois feux. Pour les immeubles et propriétés on usait de la voie de l'annonce à son de trompe par le crieur public après trois publications par affiches. Trois pillages bien réglés et allant crescendo font disparaître tout le mobilier ecclésiastique, et ensevelissent à jamais des chefs-d'œuvres et des objets d'art du plus grand prix. Le premier pillage opéré de par la loi, en 1790 et 91, s'étend aux chapitres, abbayes, prieurés, chapelles et couvents supprimés. Rien ne fut oublié dans ce premier coup de main, pas même les vases sacrés. Un deuxième pillage fut organisé par décret du 10 septembre 1792, signé Danton: c'était la spoliation des t églises conservées. » Le législateur, uniquement préoccupé de la simplicité dans les cérémonies du culte, débarrassait ces églises de leurs meubles, effets et ustensiles en or et en argent, « comme étant de pure ostentation, et ne convenant nullement à la simplicité qui doit accompagner le service! » Cependant l'article 9 de la loi précitée exceptait de la spoliation < les soleils, ciboires, calices et autres vases sacrés seulement. » Cette exception ne dura pas longtemps. Par décrets des 17 et 24 brumaire, an II de la république (1793), un troisième pillage est mis à l'ordre du jour. Il émane des représentants du peuple près l'armée du Rhin. Entre autres prescriptions sont ordonnés : 1° la suppression de tout signe extérieur d'opinion religieuse, sur les places, dans les rues et sur les chemins publics ; 2° le dépouillement des
vu.
46 aisTOiBfl de l'éoli8& m «omuiAW. . .
bâtiments réservés au culte, Enfin, injonction, est faite i toutes tes communes d'envoyer à la monnaie toute l'argenterie restai eaeore dans les églises» sans excepter Jes v*5es scores,1 tels; 90e calices, ostensoirs et ciboires. Chaque commune devait choisir dans son seia des commissaires, boas patriotes .et aélé* républicains, pour opérer ces eaptares sacrilèges* Oa aait aweo quel zèle ces délégués remplirent ordinairement leur mandât, ftwar tiques et vandales .tout a la fois, la plupart outrepassent les ordres donnés. Autant ils sont inexorables pour renverser les croix, les statues de saints et piller les trésors sacrés, autant ils mettent de iureur à faire disparaître les armoiries, les fleurs de lis, les emblèmes seigneuriaux quelconques et à profaner le* tombeaux. Nos vieilles églises, sobi encore là pour attester, par les mutilations qu'elles portent dans leurs chapiteaux, leurs autels, leurs rétables et leurs :cor niches, la haine. aveugle de .ces forcenés. Les procès- verbaux de leurs exploits, restent aussi pour constater, avec leur impiété et leur grossièreté, leur ignorance de la langue française. Un de» nos commissaires écrirait. au sujet de la vente de l'église de sa çomuaune: qu'elle n'était plus d'au-» cune utilité « depuis qu'on en a délogé le cy-devant bong Dieu *. »
25. Un jout^ viendra, peut-être, où d'autres diront par le détail la vente des biens d'église. Nous sommes relativement encore trop près des infamies alors consommées, pour enregistrer les noms des acquéreurs et les prix dérisoires qui furent attachés aux choses les plus saintes. Dans presque chaque localité on raconte encore des épisodes de ces sacrilèges achats, on trace du doigt l'étendue et les limites des domaines religieux passés à des propriétaires enrichis aux dépens de ces spoliations; on montre, de ci de là, des pierres accusatrices^ qui des monastères, des églises sont passées dans des pans de murailles des fermes et bâtiments des nouveaux détenteurs. Et plus d'une fois
* Cf. Archives départementales, série Q.
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noue avons entendu les' vieillards, racontant les scènes lamenta* btes de' cette! époque et les terribles châtiments qui ont fondu s&f nombre (te familles détentrices de ces saintes dépouilles, répéter l'adage significatif de 'notre Quercy : * B6 dé vampano ni /Iourte ni nou grmo; bien de cloctoer ne fleurit ni ne graine. » On sait suffisamment comment le clergé et les religieux étaient traités dans leurs biens sur toute l'étendue du territoire français ; nos pays furent aussi bien rançonnés que les autres. Reste k dire comment les municipalités agirent à l'endroit (Tes ecclésiastiques au double point de vue du serment civique et constitutionnel ; reste à parler de nos prêtres fidèles ou renégats, des émigrés, des déportés, des martyrs.
24. D'après le décret du 27 novembre 1790, lecture devait être faite de la Constitution civile du clergé, et chaque prêtre était tenu de lui jurer fidélité. « Le serment, disait l'article 3, sera prêté un jour de dimanche, à l'issue de la messe... par les curés, leurs vicaires et tous autres ecclésiastiques fonctionnaires publics, dans l'église de leur paroisse, et en présence du Conseil général de la commune et des fidèles; et cela sous peine de privation de leur bénéfice et de bannissement. » Le 13 février 1791 les autorités de Montauban, précédées de cinquante hommes du régiment de Touraine et d'autant de gardes nationaux, se rendent dans les églises de la ville pour faire prêter ledit serment civique à chacun des prêtres en fonction. Un premier commissaire délégué, € accompagné du secrétaire de la Maison commune, > se transporta à dix heures du matin dans l'église paroissiale Saint-Jacques, c Étant entrés dans la sacristie, dit le procès-* verbal, où le prêtre desservant la paroisse ledit jour treize, étoit réuni avec deux autres ecclésiastiques .pour la célébration de la grande messe ordinaire, nous aurions requis le susdit desservant, nommé M. Feyt, de nous déclarer s'il se proposoit de se conformer au décret de l'Assemblée nationale du 21 janvier, portant que l'instruction de ladite Assemblée nationale sur la Constitution civile du
18 HISTOIHE DE L'ÉGLISE CE MÔJÎTAtTBAN.
clergé sera sans retardement lue un jour de dimanche à 1-isshe de la messe paroissiale, par le curé au son vicaire, et k létir défaut par le maire ou le premier officier municipal ; à qutii il nous a répondu qu'il rie pouvôit pas lire cette instruction satls en faire l'explication et l'interpréter d'aprts sa conscience ; et, sur son refus de lire purement et simplement ladite' instruction sans aucun commentaire, nous l'avons pré voua que npusnous chargerions de cette lecture à l'issue, du prône et dans ladite église ; et nous étant placés pour cet effet dans notre bma, accompagné du sieur T**, nous avons fait procéder j aussitôt le prône fini, à la susdite lecture à haute et intaHigibte soin, en présence de tous les assistais qui étaient <fôns ladite- égthq, et nous nous sommes retirés après la messe entièrement dite» bt avons de suite dressé le présent procèsrverbal pour servir et valoir ainsi qu'il appartiendra1. > ■» - --•'
25'.- Eft même temps un autre officier municipal," 4' lotis tie pouvant être à la fois dans les quatre églises, »' intime à M. Delmas, curé de Villebourbon, de faire à son peuple lecture de l'instruction. Celui-ci répondit en cas termes : « Messieurs, nous ne pouvons ni ne voulons, mon vicaire ni moi, foire lecture, à l'issue de la messe paroissiale, de l'instruction de l'Assemblée nationale sur la Constitution civile du clergé; aussi, Messieurs, quelqu'un de vous pourra se transporter dans notre église pour en faire la lecture lui-même ; mais nous devons vous observer qu'aux termes du décret, c'est un de nous et non un délégué par vous qui doit* en être chargé. Signé : Deltas. > La commission ayant fait choix d'un délégué pris en dehors de la municipalité, on adjoignit à celui-ci un commissaire, et ensemble ils procédèrent à cette lecture. Elle ne put pas être faite à Téglise Saint-Jean Villenouvelle. Le procès-verbal relate que îe vicaire Duc ayant refusé de faire la lecture d'après l'ordre à lui
* Procès-verbal de ce qui t'ett passé dans ï église de Saint-Jacques au sujet de la lecture de Vinstruction de l'Assemblée nationale; Cf. Archives départementale*, eôrie Oi registre provisoirement colô 11, fol. 45.
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intimé p*r upe. Içttre semblable à • celle qui avait été adressée ..au ; clergé de Villabourboa, au envoya un officier municipal. Ce délégué arriva trçpt tanj; < la messe ayant été avancée d'une he.ure de l'psage ordinaire, il n'y ^yait plus. personne !. » Fpr.ce fut de se retirer s^ns publier le document qui tenait , tant à coear aux soi-dis^nts. patriotes,
26. Que se passa-t-ii à cet effet dans la quatrième paraisse ' de la ville, Saint-Étiennedu Tescou, et dans les communautés religieuses? Malheureusement les archives ne le disent pas ; mais un journal républicain de l'époque, peu suspect de tendresse pour le clergé, a consacré une chronique, qui, au milieu d'appréciations faciles k comprendre, répond à notée question et donne l'exacte vérité sur l'ensemble des prestations de serment dans la cité cheMieu. Nous citons : « De 17 ecclésiastiques desservant les paroisses ou le collège de cette ville, un seul, MvSaint-Sar4os (vicaire de Sapiac) a prêté le serment prescrit par les lois ; mais aussi est-il généralement reconnu pour le plus vertueux et pour celui qu'on peut le moins soupçonner d'agir par intérêt* Au mois d'octobre dernier l'Assemblée électorale, dont il est membre, convoquée pour remplacer le curé de Villebourbon, lui offrit cette place, qui est maintenant une des meilleures. Il rejeta modestement cette offre, et pria MM. les électeurs de jeter les yeux sur quelque autre. Outre le traitement de prébende de la cathédrale, il jouit de plus de 2,000 livres de revenu patrimonial, dont il verse la plus grande partie dans le. sein des familles pauvres de la paroisse qu'il dessert depuis longtemps. Pour toute reconnoissance, la populace égarée par les malintentionnés, le déchirerait à cause du serment qu'il a prêté. Dimanche au soir, jour de l'apguste cérémonie,, la société patriotique, composée de 1,500 citoyens, fut en corps lui décerner la couronne civique au son des instruments de
1 Même registre que ci-avant. Ces relations s'arrêtent malheureusement à celle concernant Villenouvelle,