‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 83 sur 132 · III. — Du diocèse de Toulouse · texte numérisé non relu

III. — Du diocèse de Toulouse

Gastelsarrasin

5 succursales.

Beaumont

12 succursales.

Grisolles 8 succursales.

Montech

8 succursales.

Saint -Nicolas

8 succursales.

Verdun

9 succursales.

Villebmmier

5 succursales.

Gandalou. — Lagarde et Albe feuille. — Meauzac et Ventilhac. — Labastide-du-Temple. — Les Barthes. — (Saint-Jean, dans' Vintérieur de la mile).

Saint-Jean de Coquessac. — Sérignac. — Larrazet.

— Vigueron. — Escazeaux. — Gariès. — Le Cauzè. — Maubec — Faudoas, Goas et Escudès.

— Gimat et Marignac. — Lamothe-Cumont et Cumont. — Glatens. — Esparsac et Haulmont.

Pompignan et Saint-Clair. — Canals et Fàbas. — Dièupentale. — Bessens et Lapeyrière. — Monbéqui. — Campsas. — Labastide-Saint-Pierre. — Orgueil.

Escatalens. — Saint-Porquier. — Lavilledieu. — Montbeton — Lacourt Saint-Pierre et Verlhac Saint-Jean. — Bressols et BriaL — Montbartier. — Finhan.

Gastelmayran. — Caumont. — Gensac. — Angeville. — Garganvillar. — Saint-Aignan. — Cordes.

— Labourgade.

Savenès. — Aucamville. — Beaupuy. — Bouillac.

— Saint-Salvy. — Comberouger et Brive-Castel.

— Saint-Sardos. — Mas-Grenier. — Bourret et Montaïn.

i Reyniés et Moulis. — Corbarrieu. — Saint-Naus phary et Bonrepos. — Varennês et Puylauron. ( — Verlhac et La Vinouse.

Z. Ainsi organisé par la bulle apostolique, que Mgr Arnaud- Ferdinand de La Porte, évêque de Carcassonne, était chargé de

faire exécuter, notre nouveau diocèse se composait, avec l'église cathédrale, sous le vocable de Notre-Dame de PAssomption, de 25 cantons, 270 paroisses et 68 annexes. La sanction impériale vint bientôt confirmer cette érection. Du camp de Burgos, Napoléon signa, le 21 novembre, le décret par lequel : « Art. 1 . L'organisation du département de Tarn-et-Garonne sera faite sans délai; mais les divers établissements ne seront mis en activité qu'au 1er janvier 1809 !.,vArt. 2. // sera établi un\ Évêché à Montauban. > Si l'empereur voulait que les divers établissements qu'il constituait, au point de vue civil et religieux, fussent mis en activité à partir du lor janvier qui suivait son décret, le Pape spécifiait aussi que la fondation des sièges épiscopaux ne pouvait sortir son effet qu'autant que les rêvenus leur seraient assurés, dé même que tout ce qui allait à leur gouvernement, c'est-à-dire la dotation du chapitre cathédral et du Séminaire. Or, la détresse dans laquelle se trouvait le trésor gouvernemental, par suite des guerres et dépenses de toute sorte, ne permit pas l'institution canonique d'un évéque. Sa Majesté avait nommé à notre siège, par décret de ce 1 1 février, M. l'abbé Toppia, précédemment vicaire-général du diocèse d'Acqui, en. Italie. Cette nomination resta sans effet comme le décret de rétablissement. Neuf ans se passent, et le 6 des calendes d'août (26 juillet) de l'année 1817, après de nouvelles con-

* C'est donc à tort qu'on a écrit jusqu'ici que le ttatu quo devait être maintenu, d'après l'article I. jusqu'à la mise à exécution du décret et de la bulle. Le 4 novembre de cette môme année avait été signé par l'Empereur le Sénatus-Consulte organique qui ordonnait là « formation » du nouveau département de Tarn-et-Garonne, porté au Registre du Sénat conservateur^ sous la date du mercredi 2 novembre. (Cf. Bulletin des Lois, an. 1808, p. 194- 190, et pour « l'organisation, • môme année, p. 222-223.) Quant au département il était ainsi divisé: Trois arrondissements, à savoir: 1* Montauban, composé de Montauban est et ouest, Négrepelisse, Caussade. Caylus, Monclar, Lafrançaise. Monlpezat, Molières, tous cantons pris dans le département du Lot, et du canton de Saint-An ton in, du département de i'Aveyron. — 2» Moissac, composé de Moissac, Lauzerte, le Bourg-de-Visa, du département du Lot; plus Montaigut, Auvillar et Valence, du département du Lot-et-Garonne. — 3* Castelsarrasin, composé de Castelsarrasin, Beaumont, Grisolles, Montech, Saint-Nicolas, Verdun et Villebrumier, du départemont de la Haute-Garonne, plus Lavit du département du Gers. — L'article 4 du susdit Sénatus-consulte portait : • La ville de Montauban sera au nombre des bonnes villes, dont las maires assistèrent au couronnement de l'Empereur. •

Tentions intervenues entre le Pape et le Roi, la bulle Gommissa divinitus réitérait ot précisait, dans la récente circonscription des diocèses de France, l'érection du diocèse Montis-Albani, sub invocaliane B. Mariœ Virgims, relevant de la métropole de Toulouse. Arrivés à cette date, nous dirons ce qui advint de. cettâ dernière décision.

A. J&sqae-là H fallut parer aux soins de notre Église, destituée de premier pasteur. Les trois -évéques des diocèses dont avarient été distraites les paroisses affectées à celui de Montauban, forent chargés de veiller, chacun en ce qui le concernait, au spirituel de ces différentes populations. Ils y pourvurent en nommant un vicaire-général administrateur pour tout Ie> ressort du département de Tarn-et-Garonne. Leur choix tomba sur l'abbé de Trélissac qui, précédemment conseiller et vicairegénéral de Mgr de Breteuil, pouvait plus que tout autre porter le poids de cette charge fort délicate. Le 8 mars 1809 l'administrateur adressait au clergé la circulaire suivante :

c Nous nous empressons de vous prévenir que Son Excellence le Ministre des cultes nous a chargé de correspondre directement avec lui pour l'administration spirituelle du nouveau diocèse de Montauban, en vertu des pouvoirs que nous avons reçus de Nosseigneurs l'archevêque de Toulouse \ les évoques de Cahors et d'Agen. Vous voudrez donc bien vous adresser à nous pour tous les objets relatifs à nos fonctions, et croire qu'il nous sera toujours agréable de vous donner des preuves de notre estime et de notre attachement.

c Ennemi des innovations, nous. ne ferons des changements que ceux que pourroient commander le bien public ou l'empire des circonstances. Nous confirmons donc aujourd'hui les pouvoirs qui vous avoient été confiés par le respectable prélat que vous avez tant de raison de chérir et de regretter. Tâchez d'adoucir vos trop justes regrets, vous soutenir et partager avec nous les pénibles travaux du ministère : voilà Tunique objet de nos désirs; heureux si nous pouvons atteindre ce but.

« Vous continuerez à user, vous et vos paroissiens, des dispenses accordées par ménagement pour notre faiblesse, ou pour se conformer à la difficulté des temps et des lieux, et toujours pour épargner aux fidèles, par une sage condescendance, des infractions déjà trop fréquentes. Nous laissons à votre sagesse le soin de faire suppléer à la partie du précepte dont on se dispense, par des bonnes œuvres, telles que la prière, l'aumône et la pratique des vertus chrétiennes; nous nous en rapportons entièrement sur cet article à votre zèle et à votre discernement. Dans les trois jours qui suivront la réception de la présente, vous ferez parvenir à M. le Curé du canton une note contenant vos nom, prénoms, âge, le temps d'exercice dans les fonctions du ministère, le nom de votre succursale, celui de son patron : vous aurez l'attention d'expliquer si elle est impériale ou communale.

« S'il y a quelques prêtres résidants dans l'étendue de votre succursale, vous transmettrez également leurs nom. prénoms, âge, etc., et leur emploi.

t Pour prévenir toute lenteur et vous faciliter la distribution dès Saintes-Huiles, notre dessein est d'en avoir le dépôt dans notre secrétariat à Montauban : tout prêtre sera tenu de s'en pourvoir dans le mois, à compter du saint jour de Pâques. — Recevez, Monsieur, l'assurance de nos sentimens affectueux. L. de Trélissac1. »

5. Déjà chaque évoque avait, par Ordonnance, procédé à la nomination des curés et succursalistes. Devant les exigences du gouvernement, ce n'était pas chose aisée à régler. Par l'entremise des préfets le pouvoir civil avait, en effet, exprimé à nos évoques le désir de voir les prêtres assermentés figurer pour un tiers dans les nominations à faire. Un tiers, c'était beaucoup dans des diocèses qui avaient compté si peu de prêtres jureurs. On finit par s'entendre; à peu près tous les insermentés furent

* Original aux Archives do l'Évechô.

réintégrés dans leurs anciens postes, bon nombre de religieux, fidèles ou rétractés, offrirent leurs services, qu'on utilisa; les moins coupables, parmi les ex-titulaires, furent enfin autorisés à prendre du ministère. En même temps qu'ils entraient dans leurs paroisses les nouveaux pasteurs recevaient les réglementations pour l'exercice du culte et les statuts concernant les droits et charges de leurs offices. « La gêne des circonstances, la pénurie de prêtres, la crainte même d'imposer aux peuples un fardeau trop pesant, ont forcé d'établir moijjs de paroisses que la piété n'en auroit désirées, écrivait un des évêques de la région !. Quelques omissions involontaires ont pu laisser, pour un instant, de côté des prêtres recommandables, dont l'oubli feroit à l'Église un tort que nous noils empresserons de réparer... Votre sort temporel n'est point encore fixé, disait ce même prélat aux nouveaux pasteurs ; nous en gémissons, mais nous ne voudrions pas vous en voir découragés. Il ne rétoit pas pour les apôtres et rien ne leur a manqué... Que l'Église de France, comme Israël au sortir du désert, prenne possession de la terre qui lui est promise, dont nous devons, ainsi que Josué. faire le partage ; et qu'en rentrant dans les temples échappés à la destruction, elle fasse oublier tous les malheurs, et ramène avec elle toutes les vertus. » Aussi bien que leurs confrères du territoire Agenais, ceux du Toulousain et du Quercy entendaient presque dans les mêmes termes les mêmes recommandations, les mêmes encouragements3.

6. Ainsi la vie reprit peu à peu dans nos églises et au sein de nos populations déshéritées depuis plus de vingt ans De part et d'autre arrivèrent les premiers Mandements pour les prescriptions du carême 1809. On y autorisait l'usage des aliments gras les dimanche, lundi, mardi et jeudi de chaque semaine; et, pour se conformer à des exigences que l'Église

» Ordonnance de Mgr l'Évoque d'Agon, an XII. t'Archives de l'Évéchè.J

* Voir aux Archives de VÉvéché cet imprimés, ordonnances et placards, dans la série de la composition, organisation et délimitation des paroisses.

vru.

43 HISTOIRE DB l/ÉGLISÉ DE MONTACBAN.

avait dû accepter dans l'intérêt de la paix, il était défendu, sous peine de suspense encourue ipso facto, de solenniser les fêtes supprimées. Par contre, les fidèles se trouvaient fréquemment conviés à célébrer les triomphes de l'Empereur. Le 25 mai, jour de la Pentecôte, l'ancienne cathédrale retentissait du Te Deum prescrit en actions de grâces pour les victoires de Tann, d'Eckmùhl et de Ratisbonne. Un Mandement du vicaire-administrateur fixait ces mêmes prières dans toutes les églises au dimanche suivit. A peu de jours de distance on célébrait de la même manière l'entrée de nos troupes dans la capitale des États autrichiens. Bientôt c'était la victoire de Wagram, dont la solennisation coïncida dans l'église cathédrale avec l'installation d'un nouveau curé (1er août). Les mandements de carême pour les années suivantes (1810-1812) insistaient régulièrement sur la grave affaire des fêtes supprimées. Notre clergé, principalement dans la section toulousaine, se déshabituait difficilement de l'antique usage ; il lui en coûtait de célébrer dans le silence et loin de la foule des fidèles les solennités que la Révolution avait fait disparaître. Aussi, avec autant de prudence que de raison, Mgr Primat, le successeur de Mgr de Fontanges sur le siège de Toulouse, mettait-il ce premier article à son Ordonnance : c La même autorité, qui avait établi ces fêtes, en ayant prononcé la suppression, les fidèles sont déliés de l'obligation d'entendre la messe et de s'abstenir du travail. » De son côté l'évêque d'Agen, Mgr Jacoupy, avait porté ce règlement: c Les fêtes supprimées ont occasionné bien des plaintes et des disparates choquantes. Pour les éviter, et en même temps pour donner à l'autorité supérieure une preuve de l'obéissance qui lui est due, nous ordonnons à tous les prêtres de s'abstenir, aux jours des anciennes fêtes, de tout ce qui peut rappeler les fêtes chômées, et de ce qui ne se pratique qu'à leur occasion '. »

< On trouvera tes détails des faits relatô9 dans ce paragraphe, soit dans te Journal de Tarn-tt-Garonne, aux dates indiquées, soit dans les Ordonnances episcopales signalées

7. Pour aider au réveil de la foi dans nos populations, Dieu ménagea bientôt un événement qui, de nature à attrister et à abattre, ne lit que relever le courage des bons chrétiens. Nous voulons parler du triomphal voyage de Pie VII à travers la France. Parti de la prison de Fontainebleau le 23 janvier 4814, l'illustre captif reprenait, le chemin de Rome par les villes du Midi. On sait l'enthousiasme indescriptible que provoqua le passage de ce martyr. Arrivé à Cabors le 51 janvier, la foule courut c avec transporta sa rencontre; l'évêqye et le préfet s'empressèrent de lui rendre tous leurs plus respectueux hommages; et ce digne évoque, toujours inspiré par son grand cœur, se fit un devoir sacré de faire a ce glorieux martyr la noble offrande de 24,000 francs, qu'il n'accepta pas, n'étant pas dans le besoin. Ii le supplia encore d'accepter sa maison, ce qu'il ne put faire, n'en étant pas le maître. Il fût forcé de coucher dans cette ville ; il devait aller coucher dans l'auberge d'un mauvais village. A Montauban le concours fut immense, tant des campagnes que de la ville, quoique le temps fût très mauvais ; et comme on ne ht que changer de chevaux hors la ville, le clergé et toute la foule n'eurent que le temps d'éclater en transports, en cris de: Vive le Saint- Père! d'admirer sa face céleste, et de crier toujours plus fort: // ressemble à Notre- Seigneur Jésus-Christ; et de recevoir sa sainte bénédiction qu'il donna aussi a la ville. » Sa Sainteté prit d'ici le chemin vers Toulouse, toujours accompagnée de Mgr Geitazzoli et du colonel de gendarmerie Lagorce. Il traversa nos villes et nos villages jusqu'à la hauteur de Castelnau-d'Estrétefonds, limite du diocèse. La nuit du 1er février (la dernière que Pie VII passa sur notre territoire) fut pour Grisolles. Les pieux propriétaires de la modeste auberge qui le reçut dans cette localité, conservèrent longtemps les draps où avait dormi le Saint-Père, et ils voulurent l'un et l'autre être ensevelis dans cette pieuse reli-

plus haut, soit encore dans l'Histoire dm Évéques de Toulouse, par M. l'abbé Cayre, et aux Archives de Lot-et-Garonne* dan» les plaquettes renfermant les Mandements episcopaux.

que. A quelques jours de distance les vénérables cardinaux, compagnons d'exil dti glorieux pontife, traversèrent les mêmes provinces, sous l'œil des gendarmes, c Dans toutes les villes de leur passage, à Gahors particulièrement, mais surtout à Mon» tauban ils reçurent les plus respectueux hommages. Leurs éminences les cardinaux la Sommaglia, Pacca et Brancadero, arrivés dans cette ville, la veille d'un dimanche, y furent reçus avec tous les honneurs dus à leur dignité, et le lendemain, dans l'église paroissiale Saint-Jacques, par le curé avec son clergé, qui leur adressa un discours analogue à leur dure captivité et à l'héroïsme avec lesquels ils la souffraient. Ils y entendirent la messe. Le sanctuaire de cette église fut orné et illuminé comme un jour de fête la plus solennelle 1. >

8. Pie VII rentrait ainsi triomphant dans ses États (24 mai 1814), alors que, le 1er avril, celui qui fut le maître de l'Europe apprenait dans ce palais de Fontainebleau, où il avait emprisonné deux papes, que sa déchéance était prononcée par le Sénat. Les troupes impériales, refoulées jusque sous les murs de Toulouse, livrent un dernier combat. Cette grande et solennelle bataille remplissait encore notre région de ses tristes échos, lorsque Louis XVIII, rendu à son peuple, demandait aux évê«ques un Te Deum pour remercier le ciel de son retour dans la capitale de ses États. Il fut chanté dans nos églises paroissiales le 12 juin. Les sympathies royalistes que la sanglante Révolution de 1789 avait comprimées, et qui depuis le 13 vendémiaire n'avaient pas eu la moindre lueur de triomphe, se réveillèrent avec une bruyante ivresse. Aussi, lorsque pour la première fois les fidèles furent appelés, en 1815, à protester officiellement par leurs prières au pied des autels contre le régicide du 21 janvier 1793, les églises se trouvèrent trop étroites. Une ère de calme semblait s'ouvrir pour l'Église comme pour la

* Pour ces deux citations. Cf. Histoire du martyre de Pie VI et de Pie F7I, par 3i. Capmas, curé de Saint-Jacques, petit in-12 de V2 pages ; Toulouse, de ['imprimerie de Beniehet cadet.

France. Les Bourbons prennent à tâche de faire oublier et de réparer les fautes nationales. De toute part c'étaient des cérémonies d'expiation, qui commencèrent le dimanche 17 septembre 1815, pour se succéder pendant plusieurs mois à travers les paroisses du diocèse. La révolution des Cent jours vint jeter cependant une note discordante et réveiller de vieilles haines, au milieu de ces chants de paix et de réconciliation que, sur l'ordre du roi, prescrivaient nos évêques. En cette année (1816) la fête du Vœu de Louis XIII fut célébrée dans la principale église avec un éclat inaccoutumé. A l'issue des vêpres et avant la sortie de la procession générale, eut lieu la bénédiction des drapeaux de la Légion d'honneur de Tarn-et-Gàronne. M. de Trélissac prononça à ce moment un discours plein d'émotion sur les obligations qu'imposent aux guerriers français les drapeaux confiés à leur valeur. Rappelant à ses auditeurs les exemples des Bayard, des Duguesclin et de tant d'autres modèles de l'héroïsme national, il affirma que les soldats de la Légion sauraient allier la pratique de leurs devoirs religieux avec la discipline et le courage nécessaires aux défenseurs de l'État et du trône. Le 255 du même mois, semblable cérémonie pour l'étendard des cuirassiers d'Angoulême attirait la population montalbanaise dans son ancienne cathédrale.

9. Bientôt un deuil était annoncé à la partie du diocèse qui relevait de l'archevêché de Toulouse : Mgr Primat, frappé d'apoplexie dans l'église de Villemur, au moment où il allait conférer le sacrement de confirmation, rendit le dernier soupir à Toulouse, le 10 octobre 1816. Dans le diocèse, comme dans le reste de la France, les institutions religieuses se relevaient alors de leurs ruines. Parmi celles qui parurent des premières, avec l'aide du gouvernement et l'assistance des fidèles, furent les Ursulines de Montauban. Mme Jeanne Pradal de Sainte-Croix, autrefois de la communauté de Montpezat, en prit la direction à titre de Mère-supérieure. « Après avoir éprouvé toute sorte de persécutions dans les temps du délire révolutionnaire, elle

fut admise dans la maison des Carmélites de Montauban, qui, libres enfin d'une longue détention dans leur propre couvent, où elle avait été aussi renfermée, obtinrent de vivre en commun et selon leurs vœux, dans cette même maison qu'elles ont depuis rachetée. Quelque consolation que reçut Mme de Sainte- Croix de la vie édifiante de ses compagnes, elle désirait ardemment de réunir les religieuses de son ordre et de coopérer avec elles au but sacré de cette institution, l'instruction de la jeunesse. Malgré tous les obstacles que l'irréligion et les malheurs du temps opposaient à son pieux dessein, elle parvint enfin à rallier autour d'elle, et dans un local séparé de celui occupé par les Carmélites, plusieurs de ses dignes sœurs, qui, comme elle, voulaient bien se dévouer de nouveau, avec la permission de l'autorité, à l'exercice des devoirs de leur ordre. Dans les premiers temps, la pauvreté de leurs ressources et la modicité des secours particuliers entravèrent leur zèle apostolique : leur détresse était même telle alors, qu'une méchante paillasse servait de lit à trois religieuses. Ce n'est qu'après des privations inouïes et par la constance de leurs travaux et de leurs soins, qu'elles sont parvenues à augmenter leur maison de plusieurs sœurs, pensionnaires et externes, et à donner des leçons gratuites à un grand nombre de jeunes filles pauvres. Dès lors le succès arriva; le local, quoique vaste, fut insuffisant. Faisant appel à la munificence du roi et à la charité des catholiques qui avaient soutenu les Dames Noires, elles firent acquisition du ci -devant couvent des Cordeliers, dont les vastes bâtiments et le jardin conviennent parfaitement à leur œuvre. Elles s'y transférèrent le 21 octobre, avec quinze professes et sept jeunes personnes qui font leur probation. L'installation fut faite en présence du préfet, des autorités et d'un grand concours de peuple. M. de Trélissac célébra la messe du Saint-Esprit assisté d'un nombreux clergé *. *

* Cf. Journal de ram-ef-Gororuw, n* du 26 octobre. Ces religieuses occupent encore le môme établissement.

40. Cette famille religieuse, qui dut sa vie à quelques-unes des exilées survivantes de la communauté de Montpezat, devint à son tour la source de régénération de cette dernière maison. Dès la réouverture des églises, ces dignes filles de Sainte- Ursule, dispersées depuis la Révolution, avaient obtenu d'ouvrir une école gratuite à Montpezat; « mais ne sachant où placer les nombreuses enfants qu'on leur confiait, elles demandèrent une des salles de leur couvent * pour y faire la classe; ce qui leur fut accordé, et les encouragea à faire de nouvelles démarches afin d'en recouvrer une jouissance entière. Après quelques refus et beaucoup d'instances, on leur rendit enfin la moitié de la maison... L'église avait été profanée et avait servi de lieu de réunion au club révolutionnaire. L'édifice était presque entièrement délabré, et les bonnes sœurs étaient sans argent pour faire la plus petite réparation. » Les deux premières supérieures 2 qui reprennent cette œuvre se succèdent rapidement dans la tombe. « Les religieuses n'en voyant aucune parmi elles capable de prendre la conduite du monastère, s'adressèrent à la sœur Sainte-Croix, qui avait déjà à iMontauban une communauté nombreuse. Elle répondit à leur demande avec empressement, et leur montra son désir de leur être utile par le choix qu'elle fit de la mère Sainte-Agathe Malespine. Cette bonne mère arriva à Montpezat au mois de juillet 1827. Dès le commencement elle proposa, suivant ses conventions avec la mère Sainte-Croix, de reprendre le costume (les sœurs n'avaient encore, ainsi que celles de Montauban, qu'une robe noire, une coiffe blanche, sûr laquelle elles portaient une espèce de petit voile). Elle éprouva d'abord quelques difficultés, mais aidée de

* Ce monastère avait été fondé en 1631 par Mm" la marquise de Grammond, veuve. du aire de Grammond, baron des Angles, seigneur de Montpezat et autres places, Les religieuses furent jetées à la porte de leur couvent par la tourmente révolutionnaire; mais, clandestinement, quelques-unes continuèrent à donner des soins aux pauvres enfante. Leur couvent et le mobilier furent mis en vente par ordre du Directoire, au prix de 231 livres 14 sols, le 13 juillet 1793. (Cf. Archives départementales, série Q, reg. 6, fol. 2 et passim.) A peu de chose près, le couvent est actuellement tel qu'il était avant 1793.

' C'étaient la Mère Saint-Xavier et la Mère Saint-Joseph.

Tom IL VIII. 2.

48 05ÏTOU M LBGUSE M MOXEàXMàM.

la grâce, elle les sut aplanir, et tontes les sœurs des deux monastères eurent la consolation de se revêtir, à la même époque* des saintes livrées qu'elles portent encore aujounThui \ * Depuis ce temps, vouées à l'éducation des jeunes filles, ces saintes religieuses ont tu leur établissement prospérer, et au point de me des vocations et pour le nombre des élèves. Un an après cette restauration, 29 octobre 1828, des compagnes du même ordre s'établissaient à Àuvillars pour y poursuivre le même but.

41. A Montauban les Dames de Saint-Maur réapparurent aussi au grand jour. Elles avaient vu leur magnifique maison, transformée d'abord en ambulance pour les blessés de la première guerre d'Espagne, puis vendue en l'an VI (1797), et changée en usine à minot. Leur zèle et leur dévouement pour l'instruction des pauvres filles ne s'étaient pas ralentis; et sous le eostume laïque, dirigées par l'énergique Madame Caprony, elles continuèrent leurs cours chez des particuliers. Nous avons déjà dit comment le roi prit part au rétablissement de cette instititution *, et les services que leurs écoles gratuites et le pensionnat rendent depuis cette époque, aussi bien aux enfanta pauvres qu'aux jeunes filles de grande maison. Entre les noms illustres inscrits au rôle de leurs élèves, fut celui de Stéphanie de Beaubarnais, devenue grande duchesse de Bade, et dont nous aurons à parler quand nous nous occuperons plus immédiate* ment de M. de Trélissac. A quelques années de distance ces religieuses fondèrent un autre établissement d'éducation dans la ville de Saint-Antonio (1822), où la municipalité, appréciant leur dévouement, appella un personnel plus nombreux et leur

* Elles portent : tous les jours l'habit blanc des ermites de Saint-Augustin, avec un grand scapulaire par dessus, de môme étoffe et de même couleur. Les dimanches et les jours de fôte, l'habit noir et le manteau de chœur. Le bandeau leur courre habituellement les sourcils, et le petit voile n'est pas doublé de blanc. (Cf. pour l'fiiBtorique de ce couvent ; Annalet de sainte Ursule, 2 volumes, par Charles de Sainte-Foi.)

' CC la biographie do Mgr Colbert, fascicule 4 de ce volume, p. 32 et 86, Depuis cette publication, a paru dans le Bulletin catholique, puis en brochure, une petite Monographie â laquelle nous renvoyons nos lecteurs. Écrite par M. l'abbé Peujade, elle a pour titre : Le* Damet Noire» de Montauban, tn-8* de 16 pages.

C1HQUIÈME PERIODE. — YACANCB D0 SIÈGE (1808-4824). 49

confia la direction de l'Hôtel-Dieu (1849). Pour le soin des malades et l'enseignement des enfants, la ville de Nègrepelisse avait rappelé (20 novembre 1815) les Dames de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers. Ce même institut accourait aussi, trois ans plus tard, dans la petite ville de Montech , et y répandait les mêmes bienfaits. En 1822 ces dames viendront encore diriger à Verdun des classes et un hôpital. Déjà, au sortir de la Révolution, les Filles de Saint-Vincent de Paul reprenaient leurs saintes fonctions dans les hospices et les écoles pauvres de Mon tau ban, Castelsarrasin et Moissac; à Beaumont elles reparurent en 1818.

12. Pour combler les vides qu'avaient faits les congrégations dispersées par la tourmente révolutionnaire, et répondre à des nécessités pressantes, une généreuse chrétienne eut la pensée de fonder un institut nouveau. C'était Mme Genyer, fille de M. Gouges, riche négociant de Moissac. Devenue veuve à l'âge de quarante-six ans, elle fit en son particulier l'apprentissage de la vie religieuse. En 1806, soutenue des conseils de son frère, curé de Saint-Jacques de Moissac, elle fonda dans sa maison, à l'aide de sa grande fortune, la Congrégation des sœurs de la Miséricorde, dont elle devint la première supérieure générale, sous le nom de Mère Marie de Jésus. Depuis deux ans déjà, cette sainte femme avait entretenu de ses projets l'évêque diocésain, Mgr de Grainville. Après bien des hésitations, fort "excusables vu la difficulté des temps, le prélat autorisa la fondation que la Mère lui avait expliquée dans plusieurs 'conférences c en un langage magique. » Elle représenta surtout que le ministère qu'elle avait en vue ne donnerait aucun ombrage, puisqu'il ne s'adresserait qu'aux pauvres, aux petits et aux malheureux. C'étaient d'abord les classes gratuites, où les petites filles apprendraient à aimer cette religion que leurs parents venaient peut-être de blasphémer; c'était la congrégation des jeunes personnes, au moyen de laquelle celles-ci seraient soustraites au danger du monde ; c'était l'œuvre des orphelines

vin.

reçues gratuitement; c'était enfin, et surtout, le pansement des plaies fait régulièrement et avec tout le dévouement dont on serait capable. Pareille entreprise ne pouvait que recevoir les bénédictions du ciel ; elles ne lui manquèrent pas. L'évêque d'Agen voulut voir la fondatrice, et lui demanda une petite colonie de ses religieuses, pour l'établir dans sa ville épiscopale; le 19 novembre 1818, les voeux de Mgr Jacoupy étaient exaucés. Deux ans plus tard, 18 avril, une fondation nouvelle se faisait à Cahors; en 1824 notre cité fut dotée d'un établissement semblable : certains épisodes de la vie de Mgr Dubourg le ramèneront sous notre plume1. A Moissac où était établie la Maison-mère, aussi bien qu'à Montauban, cette congrégation fut entourée de la plus grande sympathie ; maintes fois les journaux signalèrent les actes de dévouement de ces saintes filles de * Mme Genyer, soit à l'époque des épidémies, soit au passage des troupes espagnoles 2.

13. Cette vénérable fondatrice ne devait pas borner son zèle à l'œuvre de la Miséricorde. Au sortir de la Révolution elle avait comme jeté les fondements d'un autre édifice qui ne devait le céder en rien au premier. Ayant perdu sa fille, elle ouvrit sa maison aux pauvres enfants du peuple et fit de son salon une véritable école. Elle y appelait de préférence les petits gar* çons, parce que la vue des jeunes filles lui remettant devant les yeux le précieux trésor qui lui avait été enlevé, rouvrait trop cruellement la plaie toujours saignante de son cœur. Ce fut là comme Te germe et le berceau du Séminaire. Bientôt elle loua une maison voisine de la sienne et en confia la direction à un de ces chrétiens, comme on en voyait dans la primitive Église. M. Léonard de Guiringaud, parent d'une des premières

* Un missionnaire du Sacré-Cœur a écrit la Vie de Jf« Genyer, in-12, imprimée à Toulouse en 1858.

» Voir ie Journal de Tarn-et-Garonne, an. 1814, 1824, etc. . . Fort souvent la municipalité leur vota des éloges et accorda des secours pour subvenir aux soins des blessés et malades Becourus par ces religieuses.

religieuses de M™ Genyer *, se donna tout entier à son œuvre. Riche, noble et des plus distingués, cet homme se faisait simple maître d'école, conduisait chaque dimanche les enfants à l'église et les ramenait avec ordre dans la petite maison, où il leur prodiguait ses soins les plus paternels. À sa mort, qui arriva subitement, tandis qu'il était en prière aux pieds des autels, un jeune prêtre du Rouergue, autorisé par Mgr Cousin de Grainville, poursuivit la tâche commencée, et se dévoua généreusement à cette famille dont le chiffre augmentait d'année en année. Aussi fallut-il songer à trouver un local plus spacieux et à lui donner les proportions d'un séminaire. Mme Genyer acheta une partie des bâtiments de la célèbre abbaye de Moissac, entreprit à grands frais la construction d'une chapelle, dé dortoirs, de salles d'étude et de classes; et afin de donner plus de stabilité à la fondation, elle la fit reconnaître comme école secondaire ecclésiastique2. Depuis 1818 cet établissement, toujours maintenu sur l'emplacement où le voulut la généreuse fondatrice, a subi bien des transformations ; mais, soigneusement dirigé, soit par les prêtres, soit par les religieux auxquels nos évêques crurent devoir le confier s, il est resté la véritable pépinière du clergé diocésain. Grâces soient rendues à Mme Genyer et à son digne frère, M. l'abbé Gouges, confesseur de la foi pendant la Révolution, et second fondateur de cette pieuse maison à laquelle il légua tous ses biens 4.

* Jeanne-Justine de Guiringaud, en religion sœur Marie-Justine. Cette compagne de la fondatrice apporta sa fortune pour rétablissement soit de la Miséricorde, soit du Séminaire; la plupart des actes et engagements passés au début de ces fondations sont signés simultanément par ces deux religieuses.

* On fit longtemps opposition à cette érection. Bile fut enfin autorisée par ordonnance royale du 2 avril 1823. (V. oorresp. et l'orig. du décret, Archives de VÉvécké.)

* Le premier supérieur fut M. l'abbé Blazy, ancien curé d'Espinas. Dans l'accord qui fut passé le 12 novembre 1823, entre ce vénérable prêtre et la Mère Marie de Jésus (original aux Archivée de VÉvéchéJ^ il était entendu qu'il ne devait « rien négliger pour établir ou faire établir dans cette maison une congrégation religieuse, • et qu'un des prêtres de cet établissement aurait la charge spirituelle du couvent de la Miséricorde. Les Pères Mariâtes de Paris ont été placés à la direction de ce Séminaire en 1851.

* Par acte du 25 avril 1807 M1™ Genyer et M«« de Guiringaud donnèrent le local du Séminaire, sis sur les dépendances de l'ancieine abbaye. Par testament du 12 juin 1827 elles

14. On le comprend, avec ces institutions et le retour des congrégations religieuses, le bien s'affermissait dans le diocèse. Il était aussi activé par les missions que l'administrateur, au nom des évoques, et le roi lui-même secondaient de toutes leurs faveurs. Le 15 décembre 1816 c trois hommes apostoliques, pleins de zèle et de talent, doués de toutes les vertus, nourris des maximes des saints, instruits à l'école de l'adversité1, > ouvraient dans notre cathédrale et pour toutes les paroisses de la ville, les exercices de ces prédications extraordinaires. M&ntauban n'avait pas assisté à pareilles fêtes depuis l'an 1753. Aussi pendant les quarante jours que dura cette mission ee fut un empressement, un élun auquel les plus endurcis ne purent pas résistée. Les relations faites au moment même nous disent que jusque dans les ateliers on se ressentait de l'ébranlement donné par la chaleureuse parole des prédicateurs, dont la plupart des maisons conservent non-seulement le souvenir mais encore le portrait; c'étaient MM. Miquel, de Chièz® et Capoul. Chaque. soir les. campagnards arrivaient enfouie de plusieurs lieues à la ronde, pour participer aux cérémonies. Les résultats spirituels dépassèrent toutes les espérances, et lorsque le vendredi 24 janvier, on clôtura ces exercices par la procession générale et la plantation de la croix en face de la porte de la cathédrale, les fidèles émus et sanglotant acclamèrent, avec les apôtres qui les avaient évangélisés, le roi et l'évêque, qui leur avaient procuré cette grâce 2. À travers le

léguèrent à l'Évoque de Montauban, pour ce Séminaire, un domaine aîlué à Piac, commune de Saint-Paul d'Espis»et qui provenait de la succession do l'al)bô Gouges. L'évoque fut autorisé à accepter ledit legs et les locaux du Séminaire par ordonnance royale du 25 novembre 1827. (Ct Archivée de l'ÉvéckéJ

1 Cf. Journal de Tarn-et-Garonne, qui plusieurs foiB pendant la durée des prédications fit des comptes-rendus des cérémonies ; n«* du 15 décembre 1816 au 27 janvier 1917.

* Lire la description do cette cérémonie dans les feuilles publiques indiquées ci-avant. Le matin de la clôture, à la messe, M. de Chiôze avait proche la Passion. La procession sortit à 1 beure après midi, et n'arriva sur la place de la Cathédrale qu'à 4 heures et demie. A cette cérémonie, présidée par M. de Trôlissac, assistaient toutes les autorités, accompagnées des cuirassiers d'ÀngouJôme. Le P. Miquel prêcha du haut du piédestal.

diocèse c'était le même mouvement de retour au bien qui s'opérait. Il était dû principalement au célèbre Père Passenaud, - prédicateur et chanoine d'Àgeft. Parti de cette ville après le carême de 1817, il se fit entendre tout d'abord à Golfech, où après avoir entraîné sa religieuse population, il enflamma surtout le zèle d'une fervente et nombreuse association de con* gréganistes, dont plusieurs se dévouaient à l'éducation des enfants pauvres, et employaient les rétributions des riches aux infirmes de la commune. Bientôt après il se trouvait à Léribosc, de là il passait à Lafrançaise, puis à Villemade. Après une retraite donnée à la paroisse Saint-Joseph, cet intrépide missionnaire alla évangéliser Monclar, Montech, etc.4... et partit pour Paris, où ses succès ne furent pas inférieurs à ceux qu'il avait obtenus dans notre région.

15. Avec les vicaires capitulaires de Toulouse*, M. de Trélissac avait adressé a son diocèse le mandement du carême pour Tannée 1817. c Vu la grande cherté de l'huile, » on autorisa l'usage de la graisse, le mercredi seulement, pour la préparation des aliments maigres ; mais la permission de faire gras les dimanche, lundi, mardi et jeudi de chaque semaine disparut entièrement. — A ce moment s'agitait entre la cour romaine et le gouvernement français la question d'un nouveau Concordat qui fut assez libéral pour l'Église. Le 11 juin ce contrat était signé par Pie Vil et Louis XVIII ; c'étaient les dispositions du Concordat 'de Léon X et de François Ier, moins les derniers articles organiques en ce qu'ils avaient de contraire aux lois et à l'enseignement de l'Église. Tous les évéchés érigés en 1801 devaient être maintenus avec leurs titulaires et quarante-sept nouveaux sièges allaient être créés. Le Souverain-Pontife noti-

« La mission do Golfech fût donnée en mai 1817; du 14 au 30 octobre 1820, à Léribosc; en 1821, 18 janvier, à Lafrançaise; le 21 avril 1822, Villemade, etc...

s A la mort de Mgr Primat, dont nous avons parlé au | 9, notre vicaire-général avait été nommé vicaire capitulaire du diocèse de Toulouse avec MM. Cambon, prévôt du chapitre; Réguler de Rosière, chanoine et grand-archidiacre; Antoine Laroque, chanoine et doyen de la Faculté de théologie, et de Latour-Landorte, chanoine.

fia cet acte à la chrétienté par la bulle Commissa divinitus, datée du 6 des calendes d'août (26 juillet) 1817. De nouveau l'évéché de Montauban était officiellement réérigé dans cette teneur : « Itemque alias trigmla quinque ecdesias episcopaies, videlicel. . . Montis-Albani sub invocatione Mariœ Virginie f ; » et a l'article concernant la métropole de Toulouse, parmi les sièges suffragants, celui de : Montis-Albani , provincia Tamis et Garumnœ.

Pour occuper ce nouveau siège le roi jeta ses vues sur un prêtre des plus en renom dans nos pays, et que ses talents oratoires allaient bientôt faire connaître par toute la France. C'était l'abbé Nicolas de Mac-Carthy, alors âgé de 4-8 ans, et prêtre depuis trois ans à peine. Ses brillants débuts à Toulouse par des conférences sur la religion, et ses succès dans la chaire métropolitaine de Bordeaux à l'occasion des fêtes de la Pentecôte, non moins que l'éclat de sa famille le désignaient naturellement à ceux qui étaient chargés de faire les présentations à la chancellerie romaine2. Les instances de Louis XVIII et de per* sonnages influents furent inutiles : l'abbé de Mac-Carthy refusa obstinément cet honneur, et quelques jours après il faisait connaître sa résolution d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Au reste, le Concordat ne put être exécuté à cause de l'opposition gallicane qui lui fut faite dans les deux Chambres françaises : la tribune commençait à se poser en rivale du trône. Notre siège resta sans titulaire.

16. Celui de Rodez avait été rétabli dans les mêmes circonstances; un prêtre Montalbanais y fut nommé comme évêque. Curé à Saint-Thomas d'Aquin de Paris, l'abbé Charles-André- Toussaint-Bruno de Ramond-Lalande, institué par le Souverain- Pontife l'année même du dernier Concordat, ne put être sacré et installé que le 13 avril 1823. L'archidiocèse de Tou-

* Au $ 3 do ladite bulle, article Erectio novarum sedium.

* Ce célèbre prédicateur traversa plusieurs fois notre cité, notamment le 29 mai quand il rentrait de sa prédication de Bordeaux. — Il était uô à Dnblin, le 17 mai 1769.

louse, toujours privé de pasteur depuis le 40 octobre 1816, fut encore administré par les vicaires capitulaires jusque vers les premiers mois de Tannée 1820. A cette époque les difficultés relatives au Concordat étant aplanies par le bref que le Souverain - Pontife venait d'adresser aux évêques de France, Mgr François de Bovet prit enfin possession de son siège, sur lequel il ne devait passer que quelques mois '. Les administrateurs ne négligeaient rien pour procurer le bien de ce diocèse. Ainsi nous les voyons le 6 mars 1818 ordonner dans toutes les paroisses une quête, qui devait être faite à domicile, pour l'œuvre du Grand Séminaire. Le 15 septembre ils convoquaient le clergé à deux, retraites ecclésiastiques ; après trente ans d'interruption de ces saints exercices, c'était la première fois que se trouvaient réunis, depuis la Révolution, les prêtres qui avaient prêté le serment et ceux qui l'avaient refusé. Dans la partie de l'Agenais et dans le Lot nos deux évêques, Mgr de Grainville et Mgr Ja-* coupy, travaillaient avec autant de zèle et obtenaient non moins de résultats heureux pour les fidèles et pour les ecclésiastiques.

17. Si les élèves du sanctuaire, ainsi que nous l'avons dit précédemment, allaient se disposer au saint ministère dans l'un des trois Séminaires des villes épiscopales dont nous relevions, vint le moment où, vu l'abondance des vocations et la possibilité de leur donner des soins spéciaux, un certain nombre de ces candidats se prépara dans notre cité et y reçut une partie des saints Ordres. Le 20 avril 1806, secondé par les curés de Saint-Jacques et de Saint- Joseph 2, l'administrateur avait pu ouvrir un pensionnat qui allait être comme le noyau du futur Petit Séminaire et le germe du Grand Séminaire diocésain. Un prêtre, supérieur et économe tout à la fois, secondé par un seul professeur 5, s'occupa des dix élèves qui se présentè-

» Presque toujours malade, ce vénérable prélat résigna son titre en 1820; fait chanoine de premier ordre de Saint-Denis, il mourut le G avril 1838, à l'âge de 93 ans.

> M. Capmas et M. Balsac.

* L économe était M. Cazes; te professeur, M. Rey.

96 HIST01BB DE L'ÉGLISB DK MONTAUBAN.

rent le jour de l'ouverture, et furent logés dans la maison de M. Martin de Bellerive l. Au bout de trois jours le nombre des pensionnaires avait doublé 2; le personnel enseignant fut aussi augmenté 3, Bientôt les Messieurs de Saint-Lazare prirent la direction de l'institution, qui par leurs soins. devait mieux prospérer et prendre un caractère plus ecclésiastique* M* Jacques Perboyre, prêtre de la Mission, associé à un respectable ecclésiastique M. Antoine Gratacap, acheta l'ancien couvent des Carmes, sur la paroisse Saint-Étienne ; le 5 avril 1811 ils furent autorisés à ouvrir dans leur établissement une chapelle pour le service des élèves, et quatre ans après, à la demande des directeurs, qui s'étaient adjoint MM. Pellet et DeUel, le roi approuvait l'érection du pensionnat en école ecclésiastique *. Avec les études littéraires, qui devaient donner accçs aux carrières libérales, on cultiva principalement les vocations religieuses et ecclésiastiques ; un directeur envoyé par le supérieur-général était spécialement chargé de cette œuvre. Aussi, dès l'année 1818 (4- septembre), Mgr Tévéque de Cahors pouvait, dans la chapelle de cette communauté, conférer la tonsure à douze séminaristes. Le 25 juin de l'année suivante une ordination, plus nombreuse, se faisait dans l'église cathédrale, qui depuis trente ans environ n'avait pas eu pareille fête.

18. Au reste, Mgr de Grainville semblait avoir une prédilection toute spéciale pour notre ville épiscopale : les journaux de l'époque relatent à tout instant des cérémonies présidées par ce prélat, soit dans l'église Notre-Dame, soit à Saint-Jacques. Sans parler des confirmations qui le ramenaient chaque année plusieurs fois, ni de la visite pastorale qu'il faisait aux paroisses soumises à sa juridiction *, nous la trouvons le 3 octobre

* Située rue Cours-de-Toulouse.

* Les comptes fournis par la personne chargée de l'ordinaire,- relatent au jour le jour le nombre de soupes et portions fournies. (Cf. Arcldves de VÉvèchê.)

» Eu 1807, nous trouvons lo nom de l'abbé Dumons.

* Cf. Archives de PÉvéché et de la Mission chez les Lazaristes A Paris.

* Pour éviter dos redites et no pas interrompre l'ordre des temps dans nos récits, nous signalerons ici les principales courses de l'évoque de Cahors & travers les paroisses de notre

1820, assistant dans notre cathédrale au Te Deum chanté à l'occasion de la naissance du duc de Bordeaux !. De notre ville il data le Mandement qui annonçait cette grande nouvelle à ses diocésains, et les invitait à remercier le ciel de l'heureux événement. Le dimanche suivant il pontifiait à la messe d'actions de grâces. Quelques mois auparavant (février), à la suite des lettres pastorales annonçant le lâche assassinat du duc de Berry, la cathédrale et toutes nos églises avaient pris leurs ornements de deuil et fait entendre des chants lugubres *. Ce fut encore dans notre cité, qu'après avoir célébré la solennité de la Toussaint, au milieu des paroissiens de Saint-Jacques, Mgr de Grainville eut le bonheur d'entonner dans notre cathédrale l'hymne de réjouissance pour le glorieux avènement du pape Léon XII (dimanche 2 novembre 1823).

diocèse. Le 27 août 1818 il confirme dans l'arrondissement de Moissac; le 28, rentré àMontau~ ban, il confère ce sacrement dans la pension de MM Dubois; le 29 à Saint-Jacques, l'église Caihôdralo étant en réparation. Après l'ordination du 4 septembre, il pari le 5 pour Causaade et de là rentre 4 Cahors. Le 25 juin 1818, ordination et confirmation dans notre Cathédrale; du 26 juin au l" juillet, il visite Nàgrepeiiase et le canton. En 1820 plusieurs tournées dans les cantons de Caylus, Montpezat, etc...; et 18 octobre il confirme dans la Cathédrale. Le jeudi 11 octobre 1821, arrivé à Montauban, il se rend au cbâleau de Reyniès, d'où il rentra le mercredi suivant et partit pour Grisolles. Le jour de la Toussaint il pontifie i la Cathédrale, et le lendemain y donne le sacrement de confirmation. En 1822 il passe encore la fôte des Morts parmi nous, et fait la môme cérémonie. Le lendemain, 3, jour de dimanche, il officio dans la chapolle des Ursuliues, et avant son départ il date de notre ville le Mandement relatif à la Mission générale qui doit être prôchée à Cahors, etc., etc.

« Cette heureuse nouvelle arriva a Montauban, à 2 houres du matin, par estafette. A midi les autorités, au milieu d'une foule innombrable, étaient réunies dans la Cathédrale, sous la présidence de Sa Grandeur.

* Ce service funèbre fut célébré dans l'église Cathédrale le 21 mars; M. de Trélissac officia; à Saint-Jacques on le fit le 10 avril. Parmi les manifestations qui eurent lieu on ces tristes cérémonies, nous signalerons celles qu'on fit dans l'église de Yillebourbon le 18 avril. Un gigantesque catafalque était dressé au milieu do la nef; on y avait tracé tout autour celte inscription : Carolo Ferdw/iudo Bitohicum nuct :

spes, amor et gent1s decor, astra pete, optime princeps,

sat tibi vixisti, pro patriaque parum.

hiec stupet horrescens, gemit ind1gnator et orb1s :

Sons, sociique tremant; est Deus, ultor erit. Quid loquor? Ut princeps, Deus, oro, parce scelestis

in cœlos, ven1am dando, precando subit.

19. Tandis que se déroulaient ces événements, tantôt tristes tantôt joyeux, le siège ëpiscopal de Toulouse était pourvu d'un nouveau titulaire : Mgr de Clermont-Tonnerre. A peine ins~ tallé, il parcourut une partie des paroisses qui, dans sa dépendance, étaient sur le territoire de notre diocèse. Ainsi le 14 octobre 1820 il se rendait à Montbeton, dans la noble famille de Bellissens; de là il visita chacune des églises qui se trouvaient sur le chemin conduisant à Toulouse. Avec l'affabilité et la douceur qui faisaient le fond de son caractère, ce vénérable vieillard (il avait alors 71 ans) aimait à répéter a nos prêtres qui le recevaient : « Le meilleur de moi-même doit être pour ces pauvres diocèses du Tarn-et-Garonne et de Pamiers qui ne peuvent pas avoir de Pasteur. » Grâce à sa vigilance, les sociétés et confréries qui se consacraient aux soins corporels et de pré* servation, se fondèrent ou prirent de l'accroissement ; le clergé fut réuni dans une association volontaire de* charité pour subvenir aux nécessités des ecclésiastiques infirmes ou indigents ; enfin, la grande œuvre des prédications extraordinaires reçut une puissante et efficace impulsion. Les abus introduits dans les paroisses firent encore l'objet constant des préoccupations de ce saint prélat ; nous signalerons entre autres réformes celle qui fut opérée par la circulaire du 19 juillet 1822. Il s'agissait de la célébration des mariages, qui en plusieurs paroisses avait lieu à minuit. « Cet usage, écrivait l'évoque, est absolument contraire à la discipline.de l'Église; c'est un oubli condamnable de la dignité et de la sainteté du sacrement de mariage ; enfin cet abus est entièrement contre les bonnes mœurs. » En conséquence, il fut stipulé qu'à partir du l6r août qui suivrait la lecture de l'instruction pastorale au prône de chaque messe, pareilles cérémonies étaient prohibées et ne pourraient plus avoir lieu au plutôt que summo mane *.

* Eu cette mémo année 1822 et le 14 décembre, le Souverain-Pontife envoya à notre archevêque un de ses garde-noble pour lui annoncer son élévation au cardinalat.

20. Différents Mandements furent adressés an clergé relativement aux prières publiques à faire dans toutes les églises pendant la durée des guerres d'Espagne (avril 1823). Tandis que nos populations attendaient avec impatience les résultats de cette expédition, conduite par le duc d'Angoulême, qui avait traversé nos pays, la duchesse, sa femme, arriva le 2 mai dans les murs de notre cité-mère. On lui fît de magnifiques ovations *, et parmi les délégations qui vinrent pour lui offrir leurs hommages, la royale orpheline du Temple n'en trouva pas de plus sympathiques que celles qui lui furent conduites par le vicaire-général. L'abbé de Trélissac se présenta, décoré des insignes de la Légion-d'honneur, qui lui avaient été remis le 1er mai, après la naissance du duc de Bordeaux. A sa suite marchait le clergé de la ville, auquel s'étaient jointes les communautés des Dames Noires, des Sœurs de Charité et les Frères des Écoles chrétiennes. Rétablis seulement depuis le 26 mars 1820, ces pieux instituteurs purent présenter à la duchesse d'Angoulême plus de sept cents enfants du peuple confiés à leurs soins. Le jour même où ils avaient été réinstallés dans leur ancien établissement, 300 élèves étaient sur les rangs pour se rendre à la messe du Saint-Esprit, dite par M. de Trélissac. En présence des autorités qui assistaient à cette inauguration, accompagnées de la musique du collège, M. l'abbé Grosilhes prêcha sur le bonheur de l'instruction chrétienne et ses avantages pour les familles et la société. Dans sa péroraison le prédicateur traça fort délicatement l'éloge du chanoine de La Tour, bienfaiteur de cette fondation. Et lorsque, suivi d'une foule nombreuse, le cortège fut entré dans l'établissement, M. le Maire, avant de mettre les chers Frères en possession du local, prononça un discours sur les services rendus au peuple et à la France par les membres de cet institut. Il termina par

< Voir les détails de celte réception dans le Journal de Tarn-ct-Qaronne, n» du 2 mai. Partie d'Âgen a 8 heures du matin, la duchesse arriva à Montauban à 1 heure et demie après midi.

30 HISTOIRE DE i/éGLBR DE MONTAUBAN.

un appel au dévouement des maîtres et à la confiance des parents.

21. Les enfants du peuple avaient retrouvé leurs vénérés maîtres, après une trop longue et trop regrettable séparation. Bientôt le diocèse allait aussi posséder un évêque et sortir d'un état fort préjudiciable au bien des fidèles et des paroisses. Les lettres apostoliques de Tannée 1817 n'ayant pu avoir leur effet, pour les motifs ci-avant énoncés, le Souverain-Pontife ménagea à plusieurs reprises des moyens de conciliation. Ils finirent par aboutir; et le dernier jour de septembre 1822 une bulle venait faire connaître l'exécution des décisions prises antérieurement, relativement aux diocèses et à leur administration1. Le roi présente alors son candidat pour le siège de Montauban. Comme en 1817, surgissent des difficultés administratives qui ne lui permettent pas de faire aboutir sa présentation. Par ordonnance royale du 13 janvier 1823, celui qui nous était destiné, Jean-Brumauld de Beauregard, est nommé à l'évêché d'Orléans, vacant par la mort de Mgr Pierre-Marin Rouph de Varicourt, et de longs mois se passent sans que l'entente entre le roi et la cour romaine se fasse sur un élu qui assurera à notre diocèse un administrateur tel qu'il le lui fallait. L'accord se fait, et, le 14 novembre les journaux annoncent que Mgr Lefèbvre de Cheverus, évêque de Boston, est débarqué au Havre pour venir prendre possession de l'Église de Montauban.

-içK^chr

1 Bulle Paternœ charitatis; voir le texte aux Archives de VÉvécité.

CINQUIÈMB PÉRIODE. — TACiNCE DD 8IÉ0B (1808-4824). 81

APPENDICE

£reoiio Cathedralia eoolesiœ Montls Albani K

Pius episcopus, servus servorum Dei, ad perpétuant rei memoriam.

4° Snpremo pastoralî munere Ghristi vices fungentes Noslrum esse intelligimus fidelium omnium gerere sollicitudinem, et si qua nécessitas aut universos, aut singulos constringat, eidem obviam ire, atque apostolica auctoritate providere : portamus enim, nt cum Siricio decessore Nostro loquamur, onera omnium qui gravantur ; quin imo hœc portât in nobis beatus Petrus, qui Nos in omnibus, ut confidimus, administrationis suae protegit et tuetur haaredem. Hinc malis licet undique circumdati, et assiduis animi an go ri bus cruciati, non deserimus ministeriura Nostrum, et quamquam non desint rationes, qua aliter saepe suaderent, eas ultro despicimus atque fidelium bono unice intenti, quod Deo disponente suscepimus munus, pro viribus exequi non desistimus.

2° Cum ob vastam nonnullarum diœcesum in Gallicano imperio amplitudinem, non facile sit illarura episcopis populorum spirituali administration! adamussin incumbere, omnia et singula loca fréquenter visitando, et diœcesanorum suorum necessitatibus prompte occurrendo, habitatores civitatis Montis Albani, intra limites vastae Cadurcensis diœcesis, enixas preces gubernio saeculari obtulerunt, ab eoque opportunum impetrarunt assensum, ut ipsa Montis Albani civitas, adsignato ei congruo terri torio ad episcopalis cathedrœ honorem restitueretur.

3° Gumque Nobis hujusmodi vota exhibita fuerint, una cum expresso consensu tam venerabilium fratrum nostrorum Tolosani archiepiscopi, et Gadurcensis ac Agennensis episcoporom, quam dilectorum filiorum metropolitanae et cathedralium prafatarum capi-

* Bulle inédite, communiquée par les Archives du Vatican. '

32 HISTOIRE DE i/ÉGLISS DE MONTAUBAN*

tulorum, a quorum respectivis dioecesibus varia erunt separanda loca pro novi episcopatus Montis Albani perficienda erectione, apostolici officii Nostri ducimus pia catholicorum desideria benigno prosequi favore, illorumque spirituali utilitati opportune cousulere.

4o Nos igîtur praedictam Montis Albani civitatem, quae viginti mille circiter numerat incolas, et in qua intégra adhuc extat fabrica antiquse cathedralis ecclesiae amplae et bonae structura, sub invocatione beat» Mariée Virginis, sive sancti Jacobi, a Cadurcensi diœcesi, ut infra separando, in civitatem Montis Albani nuncupandam, cum omnibus juribus, honoribus, praerogativis, privilegiis, non tamen titulo oneroso acquisitis, quibus alise civitates episcopali sede insignitae in Galliee existentes, et eorum cives fruuntur, potiuntur et gaudent, ac similiter ecclesiam supradictam in cathedralem ecclesiam Montis Albani sub eadem beatae Marias Yirginis vel sancti Jacobi invocatione nuncupandam ac pro tempore existenti archiespiscopo Tolosano suffraganeam, eique metropolitico juri subjectam, et in eadem sede et dignitatem episcopalera pro uno deinceps episcopo Montis Albani nuncupando, qui eidem ecclesiae Montis Albani, illiusque civitati et diœcesi, ut infra assignandae praesit et singula jura, officia, munia episcopalia habeat, et exerceat, cum suis capitulo, mensa episcopali «eterisque cathedralibus et pontificalibus insigniis, juribus, jurisdictionibus, praeeminentiis, praerogativis, privilegiis, honoribus, favoribus, gratiis et indultis realibus, personalibus et mixtis, quibus alise in Gallia existentes catbedrales ecclesiae, earumque prsesules, non tamen titulo oneroso utuntur, fruuntur, poliuntur et gaudent, et in ipsa cathedrali ecclesia Montis Albani, unam seu plures dignitates, et numerum convenientem canonicatuum pro totidem futuris dignitate seu dignitatibus et canonicis, qui adhuc ecclesiae Montis Albani, una cum aliis presbyteris et clericis inservire teneantur ; quique capitulum dictae cathedralis ecclesiae constituant, cum suis pari ter choro, mensa capitulari, arca, bursa et sigillo communibus, ac in eadem cathedrali ecclesia Montis Albani, chori servitium et divina officia, aliasque ecclesiasticas functiones laudabiliter persolvere teneantur; ex çerta scientia et matura deliberatione Nostris, deque apostolicae potestatis plenitudine perpetuo erigimus, et instituimus, cum hoc tamen quod futurus episcopus Montis Albani in dicta cathedrali

ecclesia per Nos, ut prafertur, e recta, theologalem, et pœnitontiariam praebendas, atque in dicta Montis Albani civitate seminarium poerorum ecclesiasticum ad praescriptum Concilii Tridentini respective erigere et instituera debeat, et intérim inter futuros in dicta Montis Albani ecclesia, per N03, ut praefertur, erecta, primo instituendos canonicos quos aetate, scientia et pietate, ad tbeologi et pœnitentiarii respective munera obeundo idoneos judicaverit destinare curet.

5° Et insuper, ut prafatae cathedra li ecclesiae Montis Albani, per Nos, ut praôfertur, erecta clerus et populus constituantur, ultra duas parochiales, ac tredecim curatas succursales numcupatas ecclesias in ipsa civitate, unam parochialem ecclesiam loci de Nègrepelisse cum octo succursalibus, ac aliam loci de Caussade cum septemdecim succursalibus, ac aliam loci de Caylux cum sexdécim succursalibus, ac aliam loci de Monclar cum undecim succursalibus, ac aliam loci de Lafrcmçaise cum octo succursalibus, ac aliam loci de Montpezat, cum quatuordecim succursalibus, ac aliam loci de Molière* cum tredecim succursalibus, ac aliam loci de Moissac cum septemdecim succursalibus, ac aliam loci de Lauzerte cum novemdecim succursalibus, ac reliquam loci de le Bourg-de-Visa cum duodecim succursalibus, nec non etiam alteram Saint-Antonin cum sexdécim suc* cursalibus, parochiales respective ecclesias in Cadurcensi; nec non aliam loci de Montaiga cum tredecim succursalibus, et aliam loci de Auvillar cum novem succursalibus, et aliam loci de Valence cum decem succursalibus, atque aliam loci de Lavit cum suis decem succursalibus, parochiales pariter respective ecclesias in Agennensi; et demum unam loci de Caslelsarrasin cum quinque succursalibus, ac aliam loci de Beaumont cum duodecim succursalibus, ac aliam loci de Grisolles cum octo succursalibus, ac aliam loci de Montech cum octo succursalibus, ac aliam loci de Saint-Nicolas cum octo succursalibus, ac aliam loci de Verdun cum novem succursalibus, ac reliquam demum loci de Villebrumier cum quinque succursalibus, parochiales pariter ecclesias in Tolosana respective diœcesibus existentia , cum eorum territoriis , confinibus , jùrisdictionibus, aliisque juribus Cadurcensem, Agennensem et Tolosanam respective ecclesias, illarumque mensas archiepiscopalem et episcopales corn- Tome IL VIII. 3.

34 HISTOIRE Dl L'ÉGLISE DE MONTA UB AN.

petentibus cujuscumque generis apostolica auctoritate pnesentmm tenore perpetoo dismembramus, sejungimus et separamus, ac clemm et populnm una cnm omnibus et singulis respective ecclesiis, cappellis ac aliis ecclesiasticis et piis locis, si qu» sint, nec non incolis, habitatoribus caeterisque ecclesiasticis ac saecularibus personis in snpradictorum locoram territoriis existentibus, ac respectiva Cadurcensis et Agennensis, nec non Tolosani archiepiscopi, et episcoporum ordinaria spirituali jurisdictione , superioritate et subjectione, visitatione ac correctione prorsus eximimus et libéra m us.

6° Nec non eamdem civitatem Montis AI ban i, omniaque et singula superius expressa loca, ut praefertur, dismembrata et sépara ta, omnesque et si n gui as personas, habitatores et incolas hujusraodi, novue catbedrali ecclesiaa Montis Albani, per Nos, ut praefertur, erectae, ejusque futuro prasuli pro suis populo et clero, civilate, territorio, et diœcesi in qua ipse semper residere debebit, eadem apostolica auctoritate similiter perpetuo concedimus, et assignamus, ac ordinariae futur i, et pro tempore existentis episcopi Montis Albani jurisdictioni, potestati et superioritati, perpetuo subjcimus, atque supponimus.

7° Mensae autem episcopali Montis Albani, sicut praefertur, erectae pro ejus dote, et ad hoc ut futurus et pro tempore existens episcopus Montis Albani, praesulis dignitatem decenter tueri valeat, idem annuus redditus erit assignandus, qui aliis Gallicani imperii episcopis fuit jam constitutus.

8° Ipsique fuluro et pro tempore existenti episcopo Montis Albani pro sui décente habitatione domum congruam ac sufficienter constructam in praefata civitate Montis Albani baud longe sitam ab ipsa cathedrali ecclesia, infrascriptus exequutor nostrarum literarum quam primum tribut curet.

9° Idem praeterea Nostrarum prœsentium literarum exequutor, diligenter studebit, dignitates atque canonicatus et praebendas in praedicta Montis Albani cathedrali ecclesia erigendas, de congrua dotatione provideri, ut illos et illas pro tempore respective obtinentes onera ei respective incumbentia valeant supportera.

CINQUIÈME PÉRIODE. — V4C1NCB DU SISGB (1808-4824). £5

40* EJt insuper eisdem futuris et pro tempore existentibus dignitatibus, et canonicis dicte cathedralis ecclesiae Montis Albani, par Nos,, ut praefertur, erectae^ ut ipsi in omnibus et singuiis priyilegiis, libertatibusy immunitatibus, exemptïonibus, praeeminentiis, praerogati vis , antelationibus, concessionibus , indultis, favoribus et gratiis tam spiritualibus quam temporalibus, quibus aliee in Gallia existentes cathédrales ecclesiae, eorumque capitula, canonici ac digûitates, de jure, usu, çonsuetudine fruuntur, potiuntur, et gaudent, ac uti, frui, potin et gaudere possunt et poterunt quomodolibet in futurum sirailiter, et pariformiter, et absque ulla prorsus differentia, dummodo tamen sacris canonibus et Concilii Tridentini decretis, aliisque constitutionibus, et ordinationibus apostolicis non répugnent uti, frui, potiri, et gaudere possint et valeant, eadem et apostolica auctoritate itidera perpetuo concedimus et impertimur.

11° Ac futuris dignitatibus et canonicis praefatis. tlt ipsi capitulariter congregati pradictae cathedralis ecclesiae Montis Albani, ut praefertur erectae, illiusque dignitatuum, et singulorum eanonicoruri mensae capitularis sacrarii, illarumque omnium rerum tam spiritualium quam temporalium prospero et felici regimine, gubernio et directione, onerumque illis respective incumbentium supportatione, divinorum ofûciorum, processionum, funeralium, anniversariorum, aliorumque suffragiorum celebratione, distributionum quotidianarum et aliorum emolumentorum quorumcumque exactione, pereeptione, divisione pœnarum per absentes, et drvinis officiis. non interessentes, seu onera, et munia eis et eorum cuilibet incumbentia subire négligentes incurrendarum incursu, singulorum praesentiis, et absentiis notandis, cseremoniis et ritibus in dicta cathedrali ecclesia Montis Albani, illiusque choro, capitulo, processionibus et aliis actibus servandis officialibus, et ministris dictée cathedralis ecclesiae Montis Albani necessariis deputandis et amovendis, servitiis et ministeriis per ipsos obeundis, ac eis salariis et stipendiis assigaandis, et quibusvis aliis rébus in prsemissis et circa ea quomodolibet necessariis et opportunis, quaecumque statuta, ordinationes, capitula et décréta licite tamen et honesta, sacrisque eanonibus, et Concilii Tridentini prasfati decretis ac praefatis constitutionibus apostolicis minime contraria, ac perfuturum episcopum Montis

36 USTOIBE DI L'ÉGLISE DE MOKTAUBMf.

Albani prias examinanda et approbanda edere, et edicU pravia approbatione prsfati foturi episcopi Montis Albani declarare et interpretare, alque ad meliorem formam redigere ac reformare, seu alîa de novo ex integro eisdem tamen sacris canonibus et Concilii bujus modi decretis et constitution bus apostolicis minime adversan lia, ac, at prafertar, examinanda et approbanda, nec non ab eis ad qaos pro tempore spectabit, sab pœnis in contrayenientes statnendis observa nd a et adimplenda coqdere et postquam condita fuerint toties quoties pro rerum et temporam conditione et qualitate, vel alias expediens videbitor, illa in toto vel parte corrigere, alterne, im'mutare et in melius reformare, de simili ejusdem futuri ac pro tempore existentis episcopi Montis Albani approbatione condero libère et licite possint et valeant, eadem apostolica auctoritate licentiam et facultatem concedimus et impertimur.

42° Ad cathedralem vero ecclesiam pradictam Montis Albani per Nos, at prafertar, erectam, et a primaeva illias erectione hajas modi yacantem in episcopam per Nos et romanum pontiGcem pro tempore existentem praficiendam, tam hac prima vice, quam in futuris illius vacalionibas, personam dignam et idoneam eadem prorsus methodo pro aliis Galliae episcopis statatum fait, nanc et in posteram prafici, apostolica auctoritate prefata, volumus atqae decernimas.

43° Présentes aatem literas nullo umquam tempore, de subreptionis, aut nullitatis vitio, vel intentionis Nostra, vel alio quovis defectu nota ri, impugnari, invalidari, seu in jus, vel controversiam revocari, aut adversus illas quodcumque juris, vel facti, aut gratiœ remedium impetrari posse, nec alias sub quibusvis derogationibus, aut aliis contra ri i s dispositionibus comprehendi, sed tamqaam ad divini cullus incrementam, et populi spiritaale regimen in salatem animaram éditas, semper ab illis excipi, validasque et efficaces esse et fore, suosque plenarios et integros effectus sortiri, et obtinere; sicque ab omnibus censeri : ita quoque per quoscumque judices ordinarios, vel delegatos quavis auctoritate fungcntes, etiam causaram palatii Apostolici auditores, ac sanctae Roman» Ecclesiae cardinales, sublata eis et eorum cuilibet quavis aliter judicandi et interpretandi facujtate, et auctoritate judicari, et definiri debere, et si secus super

his a quoquam quavis auctorilate scienter vel ignoranter coniigerit attentari, irritum et inane decerninus.

44° Quocirca venerabili fratri Nostri Arnaldo Ferdinando episcopo Carcassonensi, quem in exequatorem prsesentium Nostrarum literaram apostolicarum deputamus, ad hoc, ut ipse per se, vel alium, seu alios ab ipso spécial i ter, subdelegandum, aut subdelegandos, pro nova cathedra lis ecclesiae Montis Albani, illiusque capituli erectione, nec non mensarum episcopalis et capitularis dotatione, ac domus episcopalis assignatione et serainarii puerorum ecclesiastici institutione, ac pariter dotatione, sacrarii omnium sacrarum supelleclilium etiamad pontificalia exercenda instructione, nec non totius diœcesani terri torii constitutione, de quibus omnibus ad praesentium literarum plenariam exequtionem ab eo peractis, idem episcopus authenticum exemplar ad sedem Apostolicam transmittere teneatur, omnes et singulas ad hujusmodi effectum necessarias et opportunas facultates tribuimus, atque impertimur.

15° Non obstantibus felicis recordationis Bonifacii PP. VIII, pnedecessoris Nostri, ac quibusvis aliis etiam in synodalibus, provincialibus, generalibus universalibusque conciliis editis specialibus vel generalibus constitutionibus, et ordinationibus apostolicis, nec non Nostris et cancellariae apostolicœ regulis de exprimendo vero annuo valore, ac de dismenbrationibus committendis ad partes, vocatis quorum interest, nec non Lateranensis Concilii ultimo loco celebrati et quatenus opus sit Tolosanae, Gadurcensis et Agennensis respective Ecclesiarum etiam juramento, vel quavis firmitate alia roboratis statutis, et consuetudinibus ; privilegiis quoque, indultis et Iiteris apostolicis, quibusvis superioribus, et personis in génère, vel in specie sub quibuscumque tenoribus et formis, ac cum quibus* vis derogatoriis, aiiisque efficacioribus, efficacissimis, ac insolitis clausulis, irritantibusque decretis; quibus omnibus et singulis, etiam si pro illorum sufficienti derogatione, de illis, eorumque totis tenoribus specialis, specifica, expressa et individua, ac de verbo ad verbum, non autem per clausulas générales idem importantes mentio facienda, aut quaevis alia exquisita forma ad hoc servanda forent tenores hujusmodi, ac si de verbo ad verbum nihil penitus omisso, et forma in illis tradita observata inserti forent, eisdem

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praesentibus pro plène, et sufficienter expressis, ac 4e verbo ad verbum insertis habentes, illis alias in suo robore permansuris, àd praemissorum omnium et singulorum validissimum cffectum, hac vice dumtaxat specialiter, et expresse harum quoque série derogamus, caeterisque contrariis quibuscumque.

\ 6° Volumus autem quod praefata ecdesia Montis Albani, per Nos, ut praefertur, erecta, ex gratia speciali, ad instar aliarum Gallicani imperii ecclesiarum episcopalium, ad tercentum et septuaginta florenos auri de more taxari, et hujusmodi taxa in libris caméra apostolicœ describi debeat.

17° Volumus autem, quod praesentium literarum transumptis, sive exemplis etiam impressis, et manu alicujus notarii publici subscriptis, ac personae in ecclesiastica dignitate constitutae sigillo obsignatis, eadem prorsus fides ubique locorum adhibeatur, quae ipsis pra&sentibus adhiberetur, si originaliter essent exhibitae, vel ostensae.

18° Nulli ergo omnino hominum liceal hanc paginam nostrae dismembrationis, erectionis, institutions, concessionis, assignations, subjectionis, indulti, constitution is, commissionis, decreti, dérogations et voluntatis infringere, vel ei ausu temerario contraire; si quis autem hoc attentare prasumpserit, indignationem omnipotentis Dei, ac beatorum Pétri et Pauli apostolorum ejus se noverit incursurum. Datum Roraae apud sanctam Mariam Majorera, anno Incarnationis pominicae millesirao octingentesimo octavo, terliodecimo kalendas Martii, Pontificatus Nostri anno octavo.

Sceau du Chapitre, sede vacante.

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