‹ Histoire de l'église de MontaubanChapitre 95 sur 132 · LÉGENDE · texte numérisé non relu

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ferme : Amen, amen. Il presse le Christ sur ses lèvres, et il exhale son dernier soupir. C'était six heures du matin et la veille du 27° anniversaire de sa préconisation.

Son compatriote et ami a fait de notre évêque ce portrait, qui est d'une exacte vérité: « D'une santé frôle, d'une prodigieuse maigreur, de haute stature, le front haut, le regard vif, les lèvres plates, la démarche alerte, la parole aisée, concise, rapide comme la flèche, il était aussi peu vêtu de chair et d'os qu'un homme peut l'être ici-bas. On eût dit une âme à peine retenue par les liens du corps et toujours près de s'en échapper '. > Exposé sur le lit de parade, dans la chapelle ardente de l'évêché, on l'eût pris pour un des Pères de l'Eglise; il en avait surtout à ce moment tous les traits caractéristiques.

Le jour même de la mort le diocèse en était informé par une Lettre-Circulaire du Chapitre cathédral, qui fixa les obsèques au mardi 24. Elles furent présidées par l'archevêque métropolitain, Mgr Fiorian Desprez. Les suffragants de Carcassonne et de Pamiers, qui devaient assister à ces funérailles, en furent empêchés au dernier moment; mais Mgr de la Bouillerie, évêque de Carcassonne, voulant donner au défunt et au diocèse un témoignage de sa sympathie, vint célébrer le 2 mars suivant le service de quarantaine. Devant l'empressement de la foule et les sollicitations du clergé, on ne put donner à cette sépulture le caractère de simplicité que le modeste prélat avait désiré. Les autorités civiles, la magistrature, l'armée, les divers corps constitués voulurent rendre les derniers honneurs à celui dont les qualités éminentes se révélaient dans les rapports personnels comme dans les actes administratifs. Ils s'unirent à l'immense cortège qui lui fit escorte d'honneur à travers les rues de la cité, et assistèrent à l'office. Toutes les classes de la société se pressèrent autour de sa dépouille mortelle avec les sentiments qu'on manifeste pour les reliques d'un saint. On vit nombre de personnes faire toucher à ses vêtements et à son cercueil des objets de piété, et de vaillants officiers poser avec respect leur épée sur ses restes. Dans leur lettre au Pape, les vicaires capilulaires purent, sans exagération, écrire cette

* Éloge par Mgr fiessoo.

phrase : t La vénération publique a éclaté en lui décernant comme une canonisation populaire. » L'éloge de ses vertus et spécialement de sa charité, mêlé aux regrets de sa perte, était sur toutes les lèvres, et les protestants eux-mêmes unissaient leurs voix à ce concert unanime.

Au service de sépulture, aussi bien qu'à celui de nenvaîne, on respecta la volonté du pieux évèque ; malgré l'usage qui semblait l'imposer, il n'y eut point d'oraison funèbre. Mais une plume auguste et divinement éloquente en fit le plus bel éloge qu'on aurait pu en concevoir. Dans sa réponse à la lettre par laquelle les vicaires capitulâmes l'informaient de la perte de notre vénéré pontife, te pape Pie IX ne se contenta pas d'exprimer ses regrets affectueux. Une phrase saisissante de vérité résume les qualités qui ont fait la gloire de Mgr Doney devant Dieu et devant l'Eglise. Cette phrase tombée du cœur et de la plume du grand Pontife de l'infaillibilité, est devenue justement l'épitaphe qu'on lira plus loin et dont voici la traduction : « Il a vécu non pour lui, mais pour le Christ, et il s'est constamment dépensé tout entier pour l'accroissement de la religion, la défense des droits de l'Eglise, la bonne administration de son peuple, l'utilité de tous, i

A l'ombre de cette grande parole, notre illustre évoque repose à côté de Mgr de Trélissac dans la chapelle dédiée à saint Théodard *. Son testament, qui fut lu dans chacune des églises du diocèse, révèle «on âme tout entière, et est une admirable profession de foi. En voici le texte intégral :

« Au nom de la Très-Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Ainsi soit-il 1

« Aujourd'hui vingt-trois janvier mil huit cent soixante-six, en la fête des saints Vincent et Anastase, vingt-deuxième anniversaire de

* Voici l'acte mortuaire, tel qu'il est dans VObituaire du Chapitre : « L'an 1871, Mgr Jean- Marie Doney\ ancien professeur de philosophio au séminaire de Besançon, évoque de Montauban, sacré le 10 mars 184*, assistant au trône pontifical, décéda le 21 janvier 1871, muni des sacrements de notre sainte Mère l'Église par M. l'abbé Fleys, archiprêtre, curé de la cathédrale, en présence du Chapitre, a élu inhumé à la cathédrale dans la chapelle de S.-Tbeodard le 24 janvier 1871. La cérémonie a été faite an entier par Mgr Dosprez, archevêque de Toulouse, assisté de M. Fleys, diacre, M. Com bal dieu, chanoine titulaire, et sous-diacre, Monsieur Dutemps, aussi chanoine titulaire. Le Chapitre et le clergé du diocèse étaient présents à la cérémonie. Bu foi de ce... •

ma promotion à l'évêcbé de Montauban, par Sa Sainteté le pape Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, j'ai fait, écrit, daté et signé de ma main mon testament, ainsi qu'il suit :

« J'ai vécu et j'espère mourir dans le sein de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, hors de laquelle, par la volonté de Dieu, il est impossible de faire son salut. Dieu m'a fait la grâce de l'aimer toujours d'un amour profond et dévoué, et de ne trouver dans mon c<Eur que les sentiments d'une docilité filiale envers le Vicaire de Jésus-Christ, et j'attribue à ces sentiments une autre grâce bien précieuse qu'il a daigné m'accorder encore, celle d'avoir été préservé dans mon administration déjà longue, de peines et de difficultés qu'on voit malheureusement souvent. Je n'ai trouvé dans mon clergé que docilité, obéissance et respect, et je n'ai pas eu l'occasion d'exercer aucun acte de $évérité proprement dite. J'en remercie Dieu, j'en félicite mon clergé, et je crois pouvoir lui promettre qu'en persévérant dans ces sentiments, il en trouvera une première récompense dans la docilité, dans le respect et dans la soumission des fidèles. — Comme j'ai composé et publié beaucoup d'écrits, soit pour l'instruction do mes diocésains et de mon clergé, soit pour la défense de la religion et de l'Eglise, depuis près de cinquante ans, je les soumets tous au jugement et à la correction, du Saint-Siège et des Congrégations romaines établies pour la garde et la conservation de la foi. Si quelqu'un de ces écrits venait à être condamné après ma mort, je reviendrais volontiers sur la terre pour témoigner de mon entière adhésion et soumission. Ainsi Dieu me soit en aide et son saint Evangile ! Amen. — Je me recommande instamment aux prières et au souvenir de mon clergé; il sait que je l'ai toujours aimé et protégé de toutes mes forces. Dans les actes de mon administration j'ai toujours cherché la vérité et la justice ; ce qui n'a pas empoché, sans doute, que je n'ai commis plus d'une faute et fait de la peine à plusieurs. C'est pourquoi je leur demande pardon, comme je pardonne tout ce qui m'aurait offensé de leur part, quels qu'ils soient, aussi sincèrement, aussi pleinement que je désire moi-même être pardonné de Dieu. — Je me recommande également au souvenir et aux prières de tous les fidèles, mais particulièrement à celles de toutes les communautés religieuses d'hommes et de femmes, et des Séminaires du diocèse. — Comme je ne possède absolument rien, si ce n'est un

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modeste mobilier, je suis obligé de laisser à mes héritiers le soin de faire les œuvres de charité et d'aumônes usitées au jour des funérailles, suivant qu'ils le pourront, et d'après ce que je pourrai avoir au jour de mon décès, ainsi que de donner à mes domestiques, pour leurs longs et bons services, les témoignages de reconnaissance et d'affection qu'il sera en leur pouvoir de leur accorder. -*- J'ai d'ailleurs pourvu d'avance aux messes et services qui devront être célébrées pour le repos de mon âme. C'est le Chapitre qui a bien voulu s'en charger, et je compte pour l'exécution de mes intentions, sur le constant attachement qu'il m'a témoigné, en retour de celui que je lui portais moi-même. »

L'épitaphe, gravée eh lettres d'or sur marbre noir, est ainsi disposée et conçue :

sic jàcit i. i. ac. a. r. A «PH^/ll *• *>• w crwsto PATE*

joaNnes maria DONET Eps montis-albani sotio pontificali àssistèns

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